{"id":7265,"date":"2013-12-14T22:42:30","date_gmt":"2013-12-14T21:42:30","guid":{"rendered":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/?p=7265"},"modified":"2016-12-15T01:58:21","modified_gmt":"2016-12-15T00:58:21","slug":"la-transmission-du-metier-a-lepreuve-de-la-carriere-le-cas-des-compagnons-du-devoir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/2013\/la-transmission-du-metier-a-lepreuve-de-la-carriere-le-cas-des-compagnons-du-devoir\/","title":{"rendered":"LA TRANSMISSION DU M\u00c9TIER A L\u2019\u00c9PREUVE DE LA CARRI\u00c8RE : LE CAS DES COMPAGNONS DU DEVOIR"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong class=\"txt-j\">Annabelle HULIN<a href=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2008\/02\/Volume11_3-4_Facteur_motivation_453_validation.pdf\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright wp-image-6934 size-full\" src=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/PDF-1.png\" alt=\"PDF\" width=\"50\" height=\"50\" \/><\/a> <\/strong><\/p>\n<hr width=\"100%\" \/>\n<p class=\"lien-1\" style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"#auteur\">Auteur<\/a><\/strong><\/p>\n<p class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><strong>R\u00e9sum\u00e9<a href=\"#abstract\">\/Abstract<\/a><\/strong><\/p>\n<p class=\"resume\" style=\"text-align: justify;\">Nous interrogeons dans cet article la place et les impacts des pratiques de transmission du m\u00e9tier dans la carri\u00e8re. Nous le faisons \u00e0 travers une \u00e9tude de cas unique men\u00e9e \u00e0 l\u2019Association Ouvri\u00e8re des Compagnons du Devoir du Tour de France (AOCDTF). L\u2019objet de notre recherche est ainsi de montrer comment il est possible de concilier tradition et modernit\u00e9 autour du m\u00e9tier.<\/p>\n<p class=\"resume\" style=\"text-align: justify;\">L\u2019apprentissage d\u2019un m\u00e9tier, la pratique de celui-ci et sa transmission repr\u00e9sentent l\u2019assise fondamentale du compagnonnage du Devoir. Transmettre les valeurs professionnelles et culturelles re\u00e7ues des g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9c\u00e9dentes et les calquer \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 des m\u00e9tiers d\u2019aujourd\u2019hui et de demain, telle est la vocation du compagnonnage, r\u00e9sum\u00e9e de la fa\u00e7on suivante : \u00ab permettre \u00e0 l\u2019homme de s\u2019accomplir dans et par son m\u00e9tier \u00bb.<\/p>\n<p class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><strong>Contenu<\/strong><\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"#i\"> Introduction<\/a><br \/>\n<a href=\"#1\">1. CADRE TH\u00c9ORIQUE ET CONCEPTUEL : LES PRATIQUES DE TRANSMISSION DU M\u00c9TIER <\/a><br \/>\n<a href=\"#2\">2. ETUDE EMPIRIQUE <\/a><\/strong><strong><br \/>\n<a href=\"#6\">Conclusion<\/a><\/strong><\/p>\n<hr align=\"left\" width=\"33%\" \/>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><a id=\"i\" name=\"i\"><\/a>Introduction<\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">L\u2019origine du compagnonnage, qu\u2019elle soit inspir\u00e9e des l\u00e9gendes de la construction du Temple de Salomon \u00e0 J\u00e9rusalem ou de la construction des cath\u00e9drales, renvoie \u00e0 la vocation du devoir de transmettre. Tout compagnon se doit de transmettre ce qu\u2019il a lui-m\u00eame re\u00e7u (Gu\u00e9dez, 1994 ; Icher, 1999, 2000 ; De Cast\u00e9ra, 2003). Et c\u2019est sur la base de ce devoir de transmission que se d\u00e9roule l\u2019ensemble de la formation et de la carri\u00e8re de chaque compagnon.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Le compagnonnage du Devoir a souvent \u00e9t\u00e9 rel\u00e9gu\u00e9 dans le domaine du folklore, il est m\u00eame possible que certaines personnes soient surprises qu\u2019on parle encore du compagnonnage au XXI\u00e8me si\u00e8cle. La perception de l\u2019univers compagnonnique est longtemps demeur\u00e9e celle d\u2019une organisation close s\u00e9par\u00e9e par des croyances, des comportements et des valeurs qui semblent anachroniques. Le vocabulaire des compagnons, associ\u00e9 \u00e0 des symboles, des normes et des rites s\u00e9culaires, ont contribu\u00e9 \u00e0 alimenter cette image pass\u00e9iste (Icher, 2000). N\u00e9anmoins, les mouvements compagnonniques tiennent une place essentielle dans le monde actuel de la formation professionnelle. C\u2019est vraisemblablement un ensemble d\u2019actions proactives et prospectives qui ont permis aux mouvements compagnonniques de traverser les si\u00e8cles (Gu\u00e9dez, 1994).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Nous allons, dans cet article, interroger la place et les impacts des pratiques de transmission du m\u00e9tier sur la carri\u00e8re. Quelles sont les sp\u00e9cificit\u00e9s des pratiques de transmission du m\u00e9tier aux diff\u00e9rentes \u00e9tapes de la carri\u00e8re ? Comment le m\u00e9tier se construit-il tout au long de la carri\u00e8re ?Quel est le r\u00f4le de la transmission dans la construction du m\u00e9tier ? Nous tentons de r\u00e9pondre \u00e0 ces diff\u00e9rents questionnements \u00e0 travers une \u00e9tude de cas unique men\u00e9e \u00e0 l\u2019Association Ouvri\u00e8re des Compagnons du Devoir du Tour de France (AOCDTF), plus commun\u00e9ment connuesous le nom d\u2019association des compagnons du Devoir. L\u2019objet de cet article est ainsi de montrer comment il est possible de concilier tradition et modernit\u00e9 autour du m\u00e9tier et de sa transmission et d\u2019identifier le lien entre transmission du m\u00e9tier et \u00e9volution de la carri\u00e8re.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">L\u2019apprentissage d\u2019un m\u00e9tier, la pratique de celui-ci et sa transmission repr\u00e9sentent l\u2019assise fondamentale du compagnonnage du Devoir. Transmettre les valeurs professionnelles et culturelles re\u00e7ues des g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9c\u00e9dentes et les calquer \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 des m\u00e9tiers d\u2019aujourd\u2019hui et de demain, telle est la vocation du compagnonnage du Devoir, r\u00e9sum\u00e9e de la fa\u00e7on suivante : \u00ab permettre \u00e0 l\u2019homme de s\u2019accomplir dans et par son m\u00e9tier \u00bb.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Le m\u00e9tier est le reflet d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 p\u00e9renne, elle-m\u00eame porteuse d\u2019une culture, d\u2019un esprit, d\u2019un savoir-faire et d\u2019un savoir-\u00eatre. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment la finalit\u00e9 de cet article que d\u2019observer la fa\u00e7on dont les compagnons du Devoir construisent et \u00e9voluent dans leur carri\u00e8re. Nous allons pour cela, dans une premi\u00e8re partie, pr\u00e9senter le cadre th\u00e9orique et conceptuel de cette \u00e9tude, \u00e0 travers la d\u00e9finition du concept de m\u00e9tier et de ses pratiques de transmission en situation de travail (1.). La seconde partie pr\u00e9sente une application concr\u00e8te de cet objet de recherche aupr\u00e8s des compagnons du Devoir et illustre l\u2019importance des enjeux des pratiques de transmission du m\u00e9tier (2.).<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><a id=\"1\" name=\"1\"><\/a>1. CADRE TH\u00c9ORIQUE ET CONCEPTUEL : LES PRATIQUES DE TRANSMISSION DU M\u00c9TIER<\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">La litt\u00e9rature r\u00e9cente en sciences sociales marque un regain d\u2019int\u00e9r\u00eat pour le concept de m\u00e9tier (Descolonges, 1996 ; Boyer, 2002 ; Piotet, 2002 ; Osty, 2003 ; Dietrich, 2009). Les dynamiques li\u00e9es au m\u00e9tier sont red\u00e9couvertes (Osty, 2003). Comme le souligne Prot (2007, p. 17) : \u00ab l<em>\u2019usage du mot \u00ab m\u00e9tier \u00bb fait aujourd\u2019hui l\u2019objet d\u2019une remarquable effervescence qui en trouble les contours<\/em> \u00bb. Le langage courant utilise de nombreux termes pour \u00e9voquer le travail : qualification, profession, emploi, fonction, poste, m\u00e9tier. Ce dernier propose une vision plus large, le m\u00e9tier est ainsi vu comme \u00ab <em>un attribut de l\u2019individu autour de la possession d\u2019un savoir utile et dont la base est partag\u00e9e au sein d\u2019une communaut\u00e9 de m\u00e9tier<\/em> \u00bb (Acquier, Eyherabide, 2005, p. 192). Dans ce contexte, diff\u00e9rentes probl\u00e9matiques interpellent certaines communaut\u00e9s professionnelles et certains territoires : tensions sur certains m\u00e9tiers, soucis d\u2019attractivit\u00e9 sur certains m\u00e9tiers qui n\u2019attirent pas ou plus, probl\u00e8mes de faciliter et d\u2019encourager la mobilit\u00e9 sur certains m\u00e9tiers, risques de perte de connaissances et de comp\u00e9tences avec le d\u00e9part de certains individus.<\/p>\n<p><strong>1.1. Le concept de m\u00e9tier<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La d\u00e9limitation du concept de m\u00e9tier permet de mettre en \u00e9vidence trois approches compl\u00e9mentaires : le m\u00e9tier individuel, le m\u00e9tier entreprise et le m\u00e9tier sectoriel. Dans le cadre de cet article, la notion de m\u00e9tier semble nous concerner plus directement. En effet, par nature, elle permet d\u2019effectuer des liens tr\u00e8s \u00e9troits avec les compagnons. Le cadre de l\u2019\u00e9tude empirique se pr\u00eate difficilement \u00e0 illustrer les notions de m\u00e9tier entreprise et m\u00e9tier sectoriel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Historiquement, une forme persistante et dominante de valorisation de ce concept reste l\u2019image des \u00ab\u00a0gens de m\u00e9tiers\u00a0\u00bb(Sainsaulieu, 1993 ; Boyer, 2002), avec une r\u00e9f\u00e9rence majeure aux racines culturelles des corporations de m\u00e9tiers institu\u00e9es en France jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution (Osty, 2003). Cette r\u00e9f\u00e9rence renvoie directement \u00e0 une profession, un art et donc \u00e0 l\u2019artisan, \u00e0 l\u2019ouvrier. Ainsi la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ces \u00ab\u00a0gens de m\u00e9tier\u00a0\u00bb\u00a0fait r\u00e9sonance avec leur organisation et notamment celle du compagnonnage ou des corporations. La vision du m\u00e9tier individuel est le plus souvent attach\u00e9e \u00e0 la seule dimension technique du m\u00e9tier. Le m\u00e9tier individuel est \u00e0 rapprocher du compagnon dont les comp\u00e9tences sont fortement tacites (Scouarnec, 2002). L\u2019apprentissage d\u2019un m\u00e9tier suppose des modes de transmission en situation concr\u00e8te de travail, avec l\u2019observation des plus exp\u00e9riment\u00e9s et des plus anciens (Osty, 2003).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces diff\u00e9rents points appuient et sous-tendent l\u2019id\u00e9e de professionnalisation et de comp\u00e9tences individuelles (Boyer, 2002). Il est important de consid\u00e9rer la comp\u00e9tence au travers de ces trois dimensions (Scouarnec, 1999) : les dimensions individuelle, cognitive et sociale. La comp\u00e9tence est attach\u00e9e \u00e0 une personne ou \u00e0 un collectif dans la r\u00e9alisation d\u2019une activit\u00e9 (Wittorski, 1997). Il s\u2019agit d\u2019un processus \u00e0 l\u2019intersection de trois champs : le parcours de socialisation, l\u2019exp\u00e9rience professionnelle et la formation. La comp\u00e9tence professionnelle n\u2019existe que lorsqu\u2019elle est mise en \u0153uvre dans son contexte de travail (Cnpf, 1998 ; Le Boterf, 2000). Elle n\u2019a de sens que par rapport \u00e0 une situation de travail donn\u00e9e. Par ailleurs, les comp\u00e9tences sont des capacit\u00e9s exerc\u00e9es dans des situations de travail destin\u00e9es \u00e0 r\u00e9aliser des activit\u00e9s pr\u00e9cises, observables et mesurables (Boyer, 2002). Le champ d\u2019application, dans lequel s\u2019exerce la comp\u00e9tence, et l\u2019objectif \u00e0 atteindre, doivent ainsi avoir un sens pour l\u2019individu (Dejoux, 2001).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En r\u00e9sum\u00e9, le concept de m\u00e9tier peut se d\u00e9finir comme un ensemble d\u2019acquis, de connaissances, de savoir faire et habilit\u00e9s appliqu\u00e9s \u00e0 la fourniture d\u2019une prestation ou la transformation d\u2019un produit dans le cadre parfois d\u2019une dimension technique importante (Boyer, 2002). De ce fait, le m\u00e9tier conf\u00e8re une identit\u00e9 au salari\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon Tourmen (2007 : 18), le m\u00e9tier se cr\u00e9e \u00ab <em>quand des gens d\u2019un m\u00eame domaine se regroupent pour n\u00e9gocier la d\u00e9finition des r\u00f4les, des t\u00e2ches, des savoir-faire et connaissances que les candidats au m\u00e9tier doivent d\u00e9velopper et ce pour sortir de la polyvalence indiff\u00e9renci\u00e9e, indistincte (opposition entre polyvalence et m\u00e9tier)<\/em> \u00bb. Il existe deux types de m\u00e9tiers individuels (Boyer, 2002) :<\/p>\n<ul>\n<li style=\"text-align: justify;\">les m\u00e9tiers individuels que l\u2019on va retrouver dans diverses organisations : ils peuvent \u00eatre qualifi\u00e9s de m\u00e9tiers universels, c\u2019est-\u00e0-dire que les connaissances n\u00e9cessaires sont les m\u00eames quel que soit le contexte d\u2019exercice du m\u00e9tier (Lef\u00e8vre et al., 2005) ;<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">les m\u00e9tiers individuels qui sont \u00e9troitement li\u00e9s \u00e0 l\u2019organisation elle-m\u00eame : il peut s\u2019agir de m\u00e9tiers particuliers c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019ils ont une base commune de connaissances et des \u00e9l\u00e9ments compl\u00e9mentaires propres \u00e0 l\u2019organisation concern\u00e9e, ou de m\u00e9tiers singuliers qui ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9s directement dans une organisation sans lien avec des m\u00e9tiers d\u00e9j\u00e0 existants (Lef\u00e8vre et al., 2005).<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le prolongement de cette distinction, Clot (2005, 2008) distingue le m\u00e9tier g\u00e9n\u00e9ral (impersonnel), le m\u00e9tier g\u00e9n\u00e9rique (d\u00e9contextualis\u00e9) et le m\u00e9tier r\u00e9el (en situation concr\u00e8te de travail).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>1.2. Les pratiques de transmission du m\u00e9tier<\/strong><\/p>\n<p>Les dispositifs de formation professionnelle ont de plus en plus souvent recours aux situations de travail comme moyen de formation, en compl\u00e9ment des situations scolaires (Veillard, 2004). Le travail est donc consid\u00e9r\u00e9 comme un \u00e9l\u00e9ment cl\u00e9 de la transmission et de l\u2019acquisition des comp\u00e9tences (Conjard et al., 2006).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous nous int\u00e9ressons ici aux pratiques de transmission mises en \u0153uvre d\u00e8s lors que la situation de travail est organis\u00e9e afin de faciliter et d\u2019encourager l\u2019apprentissage et la construction des connaissances et des comp\u00e9tences li\u00e9es \u00e0 un m\u00e9tier, dans le cadre d\u2019une relation individualis\u00e9e et plus ou moins formalis\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La question pos\u00e9e est celle du management des connaissances, avec comme point d\u2019entr\u00e9e le processus de transmission. Mbengue (2004, p. 15) propose une d\u00e9finition relativement large du management des connaissances, vu comme : \u00ab <em>une d\u00e9marche volontariste, souvent explicite et syst\u00e9matique, de valorisation des ressources immat\u00e9rielles de l\u2019entreprise<\/em> \u00bb. Il s\u2019agit alors d\u2019une v\u00e9ritable intention strat\u00e9gique. D\u2019un point de vue plus fonctionnel, Prax (2005, p. 23) d\u00e9finit le management des connaissances comme le fait de \u00ab <em>manager le cycle de vie de la connaissance depuis l\u2019\u00e9mergence d\u2019une id\u00e9e, formalisation, validation, diffusion, r\u00e9utilisation, valorisation<\/em> \u00bb. La transmission des comp\u00e9tences est donc l\u2019une des constituantes du management des connaissances. Cette caract\u00e9ristique essentielle est renforc\u00e9e par le contexte actuel de forte \u00e9volution des m\u00e9tiers et des organisations du travail qui impose, de plus en plus, la mise en place de ce processus de transmission de comp\u00e9tences internes \u00e0 l\u2019entreprise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, \u00ab <em>la transmission \u00e9voque un processus qui, pour s\u2019op\u00e9rer efficacement, ob\u00e9it \u00e0 des conditions de possibilit\u00e9, de faisabilit\u00e9 et d\u2019efficience, loin d\u2019\u00eatre anodines, en particulier dans les entreprises de petites tailles<\/em> \u00bb (Conjard et al., 2006, p.3). Christin et al. (2008) distinguent les six \u00e9tapes de la transmission de comp\u00e9tences : anticiper le besoin de transmission des comp\u00e9tences, identifier les comp\u00e9tences cl\u00e9s \u00e0 transmettre, identifier les personnes cl\u00e9s impliqu\u00e9es dans le transfert et leur r\u00f4le, former les \u00ab\u00a0transmettants\u00a0\u00bb, r\u00e9aliser le transfert, contr\u00f4ler la r\u00e9ussite du transfert.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il semble important de souligner que, dans la litt\u00e9rature, les termes de transmission et de transfert sont utilis\u00e9s de mani\u00e8re indiff\u00e9renci\u00e9e. Dans notre recherche, nous pr\u00e9f\u00e9rons le terme de transmission \u00e0 celui de transfert. La notion de transfert indique le d\u00e9placement de quelque chose d\u2019un endroit \u00e0 un autre. Alors que transmettre, c\u2019est faire passer ce que l\u2019on poss\u00e8de en la possession d\u2019un autre. Par l\u2019utilisation de cette terminologie, nous voulons souligner qu\u2019il s\u2019agit davantage que d\u2019une simple transposition.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><a id=\"2\" name=\"2\"><\/a>2. ETUDE EMPIRIQUE<\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Cette section se compose de trois points. Le premier pr\u00e9sente le terrain de recherche choisi et la m\u00e9thodologie mise en \u0153uvre (2.1.). Le second point expose les r\u00e9sultats de notre \u00e9tude empirique (2.2.). Le dernier point s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la discussion des r\u00e9sultats obtenus (2.3).<\/p>\n<p><strong>2.1. Le terrain de recherche et la m\u00e9thodologie<\/strong><\/p>\n<p>Nous allons, dans un premier temps, pr\u00e9ciser le terrain de notre \u00e9tude empirique (2.1.1.) pour ensuite expliciter la m\u00e9thodologie mise en \u0153uvre (2.1.2.).<\/p>\n<p><strong>2.1.1. Le terrain de recherche : l\u2019association ouvri\u00e8re des compagnons du Devoir du tour de France (AOCDTF)<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le terme \u00ab\u00a0compagnonnage\u00a0\u00bb\u00a0occasionne des impr\u00e9cisions et dissimule une r\u00e9alit\u00e9 m\u00e9connue. Etant donn\u00e9 la diversit\u00e9 des acceptions, et la densit\u00e9 des \u00e9v\u00e9nements historiques, il semble difficile d\u2019\u00e9voquer le compagnonnage dans sa globalit\u00e9. En France, on distingue actuellement trois organisations compagnonniques :<\/p>\n<ul style=\"text-align: justify;\">\n<li>l\u2019Union Compagnonnique des Compagnons du Tour de France des Devoirs Unis (UC),<\/li>\n<li>la F\u00e9d\u00e9ration Compagnonnique des M\u00e9tiers du B\u00e2timent (FCMB),<\/li>\n<li>l\u2019Association Ouvri\u00e8re des Compagnons du Devoir du Tour de France (AOCDTF), plus commun\u00e9ment connue sous le nom d\u2019association des compagnons du Devoir. Nous nous int\u00e9ressons exclusivement au cas de cette association dans notre recherche. En effet, l\u2019importance de ses effectifs et ses liens avec de nombreux acteurs institutionnels font de cette association le plus visible des mouvements qui composent le compagnonnage fran\u00e7ais actuellement. Cette association s\u2019adresse \u00e0 15 000 compagnons issus de 25 m\u00e9tiers diff\u00e9rents.<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019association des compagnons du Devoir a \u00e9t\u00e9 constitu\u00e9e, selon la loi de 1901, en juillet 1941. Le contexte historique de cr\u00e9ation de l\u2019AOCDTF pr\u00e9sente de nombreuses sp\u00e9cificit\u00e9s analys\u00e9es dans les travaux de recherche de l\u2019historien Icher (1999, 2000). Cette association regroupe les compagnons des corps de m\u00e9tiers traditionnels du compagnonnage du Devoir : menuisier, forgeron, peintre, tailleur de pierre, ma\u00e7on, charpentier, couvreur, m\u00e9tallier-serrurier, \u00e9b\u00e9niste, plombier, pl\u00e2trier, carrossier, chaudronnier, m\u00e9canicien, mar\u00e9chal-ferrant, tapissier, sellier, cordonnier, maroquinier, boulanger, p\u00e2tissier, tonnelier, jardinier-paysagiste, \u00e9lectricien. Les m\u00e9tiers de jardinier-paysagiste, d\u2019\u00e9lectricien et de peintre ont \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9s r\u00e9cemment \u00e0 cette liste. De fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, ces m\u00e9tiers ont pour caract\u00e9ristiques communes de permettre de r\u00e9aliser \u00ab <em>une \u0153uvre pour la transformation de la mati\u00e8re, o\u00f9 l\u2019homme est impliqu\u00e9 de la conception \u00e0 la r\u00e9alisation<\/em> \u00bb (Article 3 des statuts de l\u2019AOCDTF).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019association des compagnons du Devoir se situe dans une d\u00e9marche de formation tout au long de la vie avec la mise en \u0153uvre de trois types d\u2019actions :<\/p>\n<ul>\n<li style=\"text-align: justify;\">la formation initiale en apprentissage pour acqu\u00e9rir les bases d\u2019un m\u00e9tier. En octobre 2008, l\u2019AOCDTF compte plus de 7000 apprentis en formation dans ses structures ;<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">le tour de France pour se perfectionner dans un m\u00e9tier par le voyage. Il s\u2019agit d\u2019un d\u00e9placement p\u00e9riodique de lieu de vie, de ville en ville, de pays en pays, permettant de multiplier les exp\u00e9riences professionnelles ainsi que les rencontres et les acquisitions g\u00e9n\u00e9rales et culturelles (Association des compagnons du Devoir). En octobre 2008, 3500 personnes \u00e9taient en formation sur le tour de France ;<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">la formation continue pour les salari\u00e9s qui souhaitent parfaire et approfondir leurs comp\u00e9tences dans certains domaines.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ces trois types d\u2019actions ont une finalit\u00e9 formalis\u00e9e dans les statuts de l\u2019association : \u00ab <em>la formation d\u2019hommes et de femmes de m\u00e9tiers par le m\u00e9tier<\/em> \u00bb. Pour reprendre les mots du directeur de la formation, des \u00e9tudes et de la recherche chez les compagnons du Devoir, les actions de l\u2019association peuvent se r\u00e9sumer de la fa\u00e7on suivante :<\/p>\n<ul>\n<li>une finalit\u00e9 : l\u2019Homme,<\/li>\n<li>un moyen : le m\u00e9tier,<\/li>\n<li>une d\u00e9marche : la transmission.<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>2.1.2. La m\u00e9thodologie<\/strong><\/p>\n<p>Notre recherche est construite sur la base d\u2019une \u00e9tude de cas qualitative, exploratoire, abductive men\u00e9e, entre novembre 2007 et f\u00e9vrier 2009, au sein de l\u2019association des compagnons du Devoir. Trois instruments de collecte de donn\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 mis en \u0153uvre : l\u2019entretien semidirectif, l\u2019observation ouverte et le recueil de documents \u00e9crits.<\/p>\n<p>Nous avons effectu\u00e9 25 entretiens semi-directifs d\u2019une dur\u00e9e moyenne de 1H30, entre novembre 2007 et f\u00e9vrier 2009. Nous avons ainsi collect\u00e9 plus de 26 heures de discours enregistr\u00e9s. De fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, notre \u00e9chantillon est construit sur le principe de comparaison par la multiplicit\u00e9 des t\u00e9moignages d\u2019acteurs dans des situations distinctes ou non, ayant une vision plus ou moins diff\u00e9rente de la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p>La structure et la nature de l\u2019\u00e9chantillon des entretiens effectu\u00e9s peuvent \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9es en fonction du statut de la personne interview\u00e9e (tableau 1). Afin de garantir l\u2019anonymat des personnes interrog\u00e9es, les entretiens ont \u00e9t\u00e9 cod\u00e9s suivant le statut de l\u2019individu et le num\u00e9ro chronologique de l\u2019entretien.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-7269\" src=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/tableau1-structure-echantillon-des-entretiens-AOCDTF.png\" alt=\"tableau1-structure-echantillon-des-entretiens-aocdtf\" width=\"600\" height=\"326\" srcset=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/tableau1-structure-echantillon-des-entretiens-AOCDTF.png 600w, https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/tableau1-structure-echantillon-des-entretiens-AOCDTF-300x163.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Certains de ces statuts sont propres \u00e0 l\u2019univers compagnonnique et m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre explicit\u00e9s :<\/p>\n<ul style=\"text-align: justify;\">\n<li>Le Pr\u00e9v\u00f4t est le \u00ab <em>directeur d\u2019une maison. En poste pour trois ans, il est choisi parmi les compagnons volontaires ayant achev\u00e9 leur Tour. Il g\u00e8re et anime la maison et supervise les relations entre les jeunes et les entreprises, aid\u00e9 par la M\u00e8re pour l\u2019intendance et le suivi psychologique<\/em> \u00bb (Hautin, Billier, 2000, p. 151).<\/li>\n<li>Le r\u00f4le des ma\u00eetresses de maison (\u00e9galement appel\u00e9es M\u00e8re ou dame h\u00f4tesse suivant le niveau d\u2019initiation compagnonnique) est de g\u00e9rer le budget de la partie h\u00f4tellerie des maisons des compagnons du Devoir. Elles sont aussi pr\u00e9sentes pour soutenir les jeunes dans leur quotidien et ainsi recr\u00e9er les conditions les plus proches possibles de l\u2019univers familial.<\/li>\n<li>Les Provinciaux : la province est un \u00ab terme utilis\u00e9 au sein de l\u2019Association ouvri\u00e8re des compagnons du Devoir afin de d\u00e9signer une r\u00e9gion g\u00e9ographique et administrative qui recouvre plusieurs pr\u00e9v\u00f4t\u00e9s. Le compagnon \u00e9lu pour assumer la responsabilit\u00e9 de la province re\u00e7oit le titre de provincial \u00bb (Icher, 1999, p. 567).<\/li>\n<li>Le Coll\u00e8ge des M\u00e9tiers est une structure mise en place au sein de l\u2019association des compagnons du Devoir en 1943. Son objectif est la mise en relation des techniques traditionnelles et des techniques nouvelles. Il poursuit un travail de recherche et organise la formation dans les diff\u00e9rents corps de m\u00e9tiers compagnonniques (De Cast\u00e9ra, 2003).<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify;\">De fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, l\u2019\u00e9chantillon est construit sur le principe de comparaison par la multiplicit\u00e9 des t\u00e9moignages d\u2019acteurs dans des situations distinctes ou non, ayant une vision plus ou moins diff\u00e9rente de la r\u00e9alit\u00e9. A titre d\u2019illustration, nous avons pu interroger des apprentis qui viennent seulement d\u2019int\u00e9grer l\u2019AOCDTF ou, au contraire, des provinciaux qui \u00e9voluent au sein de l\u2019AOCDTF depuis de nombreuses ann\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019\u00e9chantillon des entretiens effectu\u00e9s peut \u00e9galement \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9 en fonction du m\u00e9tier de la personne interview\u00e9e (tableau 2). Il faut n\u00e9anmoins souligner que le m\u00e9tier exerc\u00e9 par la personne au moment o\u00f9 nous l\u2019avons interrog\u00e9e n\u2019est pas forc\u00e9ment celui pour lequel elle a \u00e9t\u00e9 form\u00e9e. Par exemple, les compagnons du Devoir sont parfois amen\u00e9s \u00e0 prendre des responsabilit\u00e9s (des g\u00e2ches selon leur vocabulaire) qui les \u00e9loignent de leur m\u00e9tier quelque temps. Face aux donn\u00e9es collect\u00e9es pour ces entretiens, il faut donc bien \u00eatre conscient que ces individus n\u2019exercent plus directement leur m\u00e9tier de base au moment o\u00f9 ils sont interrog\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-7270\" src=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/tableau2-structure-echantillon-des-entretiens-AOCDTF.png\" alt=\"tableau2-structure-echantillon-des-entretiens-aocdtf\" width=\"800\" height=\"433\" srcset=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/tableau2-structure-echantillon-des-entretiens-AOCDTF.png 800w, https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/tableau2-structure-echantillon-des-entretiens-AOCDTF-300x162.png 300w, https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/tableau2-structure-echantillon-des-entretiens-AOCDTF-700x379.png 700w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019objectif des ces entretiens est de recueillir des informations sur trois th\u00e9matiques essentielles (qui constituent le guide d\u2019entretien) :<\/p>\n<ul style=\"text-align: justify;\">\n<li>les valeurs des compagnons du Devoir : \u00eatre compagnon du Devoir, la transmission chez les compagnons du Devoir, la vie communautaire ;<\/li>\n<li>le d\u00e9roulement de la carri\u00e8re : le parcours global, le r\u00f4le vis-\u00e0-vis des autres compagnons du Devoir, la place du voyage, le travail d\u2019adoption, le travail de r\u00e9ception ;<\/li>\n<li>la transmission chez les compagnons du Devoir : les contacts quotidiens avec les compagnons plus \u00e2g\u00e9s et plus exp\u00e9riment\u00e9s, le suivi et l\u2019encadrement chez les compagnons du Devoir, transf\u00e9rer, transmettre et enseigner.<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify;\">Notre statut d\u2019observateur \u00e9tait connu des personnes observ\u00e9es. Nous n\u2019avons pas pris part formellement aux t\u00e2ches quotidiennes de l\u2019association. Afin de ne rien oublier des phases de pr\u00e9sence sur le terrain, un journal de bord a \u00e9t\u00e9 tenu. Son utilisation permet la triangulation des donn\u00e9es (Baribeau, 2005). Plusieurs types de notes ont \u00e9t\u00e9 \u00e9tablies (Mucchielli, 1996) : des notes de terrain, des notes m\u00e9thodologiques, des notes d\u2019analyse. Ces phases d\u2019observations nous ont permis de nous familiariser avec la culture compagnonnique, ses valeurs et son histoire et de comprendre le v\u00e9cu des compagnons du Devoir au quotidien. Nous avons \u00e9galement particip\u00e9 \u00e0 des manifestations organis\u00e9es par l\u2019AOCDTF : journ\u00e9es portes ouvertes, conf\u00e9rences et visites de lieux de m\u00e9moire compagnonnique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous avons collect\u00e9 plusieurs types de documents : le journal de l\u2019association (il s\u2019agit d\u2019un journal mensuel publi\u00e9 depuis la cr\u00e9ation de l\u2019AOCDTF en 1941), le recueil de chansons compagnonniques (les chansons sont un des attributs essentiels de la culture compagnonnique), les actes des cycles de conf\u00e9rences organis\u00e9s par l\u2019AOCDTF, les publications du groupe de travail \u00ab\u00a0le devenir des m\u00e9tiers\u00a0\u00bb\u00a0de l\u2019AOCDTF et des plaquettes et documentations diverses. Le recueil documentaire nous a permis de nous familiariser avec la culture compagnonnique, ses valeurs et son histoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour traiter l\u2019ensemble des donn\u00e9es collect\u00e9es (entretiens, observations, documents \u00e9crits), nous avons utilis\u00e9 le logiciel d\u2019analyse de donn\u00e9es qualitatives <em>Nvivo 8<\/em>. Ce logiciel permet l\u2019analyse th\u00e9matique de contenu. Les donn\u00e9es qualitatives collect\u00e9es sont ainsi segment\u00e9es (en mots, expressions, phrases, paragraphes) pour ensuite permettre d\u2019attribuer des codes \u00e0 ces segments. \u00ab <em>Une caract\u00e9ristique du logiciel [Nvivo] est de se rapprocher le plus possible de l\u2019analyse qualitative papier-crayon<\/em> \u00bb (Deschenaux, 2007, p.11). Le principe d\u2019analyse du logiciel Nvivo s\u2019inscrit dans une d\u00e9marche de d\u00e9structuration-restructuration. Le principe de d\u00e9structuration consiste \u00e0 extraire des \u00e9l\u00e9ments du corpus afin de les regrouper dans des cat\u00e9gories, des th\u00e8mes sp\u00e9cifiques (ce sont les codes). Tous les documents sont ainsi d\u00e9structur\u00e9s pour construire un nouvel ensemble compos\u00e9 des extraits de toutes les sources renvoyant \u00e0 un code. Pour construire notre dictionnaire des codes, nous avons proc\u00e9d\u00e9 en deux \u00e9tapes. Nous avons d\u2019abord effectu\u00e9 un codage ouvert ou \u00e9mergent, gr\u00e2ce \u00e0 une premi\u00e8re lecture dite flottante du corpus de donn\u00e9es. Les codes obtenus sont alors essentiellement descriptifs. Lors d\u2019une seconde \u00e9tape, nous avons pu reformuler et regrouper certains th\u00e8mes (Paill\u00e9, Mucchielli, 2005), et ainsi effectuer un codage axial, appel\u00e9 \u00e9galement codage th\u00e9matique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>2.2. La pr\u00e9sentation des r\u00e9sultats<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019analyse th\u00e9matique des donn\u00e9es collect\u00e9es a permis de mettre en exergue les caract\u00e9ristiques cl\u00e9s de la carri\u00e8re d\u2019un compagnon du Devoir et leurs principales implications en termes de pratiques de transmission du m\u00e9tier. Elles sont au nombre de quatre : la vie communautaire (2.2.1.), le m\u00e9tier (2.2.2), l\u2019apprentissage (2.2.3), le tour de France (2.2.4.). La derni\u00e8re section nous permettra de synth\u00e9tiser l\u2019importance de la transmission tout au long de la carri\u00e8re d\u2019un compagnon du Devoir (2.2.5.).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>2.2.1. La vie communautaire<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La vie communautaire est un \u00e9l\u00e9ment essentiel de la formation compagnonnique. Elle s\u2019explique \u00e0 partir de plusieurs points : l\u2019accueil, les maisons des compagnons et l\u2019accompagnement des individus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019accueil est la premi\u00e8re \u00e9tape de la vie communautaire. Deux acteurs du compagnonnage du Devoir jouent alors un r\u00f4le essentiel : le Pr\u00e9v\u00f4t et la M\u00e8re (ma\u00eetresse de maison ou dame h\u00f4tesse suivant le degr\u00e9 d\u2019initiation compagnonnique). Le Pr\u00e9v\u00f4t est le responsable de la maison. La M\u00e8re est l\u00e0 pour garantir une atmosph\u00e8re familiale, chaleureuse et amicale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>L\u2019accueil chez les compagnons, il est important, puisqu\u2019on s\u2019est toujours dit que c\u2019\u00e9tait un\u00a0peu le premier contact et qu\u2019on se devait de tout dire d\u00e8s le d\u00e9part<\/em> \u00bb (Entretien D3).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chaque maison de compagnons est un lieu d\u2019h\u00e9bergement, de restauration, de formation, de culture et d\u2019\u00e9change. La cr\u00e9ation et l\u2019am\u00e9nagement de chaque maison a respect\u00e9 le principe suivant : \u00ab <em>offrir aux jeunes ouvriers un cadre fonctionnel et agr\u00e9able pour leurs \u00e9tudes et leurs travaux, tout en montrant aux visiteurs (nouveaux venus dans l\u2019univers compagnonnique) que le compagnonnage n\u2019est pas une institution archa\u00efque ou anachronique<\/em> \u00bb (Icher, 1999, p. 155). Le choix de la terminologie utilis\u00e9e pour nommer ces lieux d\u2019accueil des compagnons est \u00e9galement charg\u00e9 de sens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le quotidien est ponctu\u00e9 par les cours du soir, les causeries (d\u00e9bat ou soir\u00e9e \u00e0 th\u00e8me men\u00e9e par des intervenants compagnons ou non), les cours de dessin, les sorties p\u00e9dagogiques et culturelles, les g\u00e2ches (t\u00e2che accept\u00e9e par un membre de la communaut\u00e9 des compagnons du Devoir) et le respect de la R\u00e8gle des compagnons. Cette derni\u00e8re correspond \u00e0 l\u2019ensemble des r\u00e8gles et principes qui doivent \u00eatre respect\u00e9s au sein des maisons des compagnons du Devoir. L\u2019accompagnement rythme cette vie communautaire. Il s\u2019exerce de diff\u00e9rentes fa\u00e7ons : l\u2019\u00e9coute de la M\u00e8re face aux probl\u00e8mes personnels des jeunes, la pr\u00e9sence des \u00ab anciens \u00bb, le soutien des autres lors du travail \u00e0 l\u2019atelier, etc. Il est consid\u00e9r\u00e9 par Le Boterf (2006b) comme l\u2019un des dispositifs essentiels de la professionnalisation des individus. Dans la p\u00e9riode de transition entre la vie scolaire et la vie professionnelle, les individus ont des besoins \u00e9lev\u00e9s de s\u00e9curit\u00e9, de stabilisation et d\u2019informations. L\u2019int\u00e9gration dans le monde du travail et de l\u2019entreprise peut \u00eatre source de d\u00e9stabilisation et de questionnements. \u00ab <em>Pour construire et mettre en \u0153uvre ses comp\u00e9tences, le professionnel a besoin de sens<\/em> \u00bb (Le Boterf, 2000, p. 183). Le champ d\u2019application, dans lequel s\u2019exerce la comp\u00e9tence, et l\u2019objectif \u00e0 atteindre, doivent avoir un sens pour l\u2019individu (Dejoux, 2001 ; Le Boterf, 2006a). Cependant, la notion m\u00eame de sens du travail peut pr\u00eater \u00e0 discussion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>Chaque homme est un professionnel en devenir et s\u2019il est en devenir, il faut l\u2019accompagner<\/em> \u00bb (Entretien ME1).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>On sait toujours qu\u2019il y aura quelqu\u2019un pour nous aider<\/em> \u00bb (Entretien ME4).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En effet, la vie communautaire est l\u00e0 pour aider les compagnons \u00e0 affronter les p\u00e9riodes de difficult\u00e9s. Chaque compagnon s\u2019int\u00e8gre dans un groupe avec une dynamique propre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>Tu vas vivre avec des jeunes plus \u00e2g\u00e9s que toi qui vont te transporter, qui vont te soulever vers le haut<\/em> \u00bb (Entretien AP5).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le langage compagnonnique est un des aspects essentiels de cette vie communautaire. Chaque compagnon a pour obligation de l\u2019utiliser.<\/p>\n<div class=\"page\" title=\"Page 124\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p><strong>2.2.2. Le m\u00e9tier<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les compagnons du Devoir ont une approche sp\u00e9cifique de la notion de m\u00e9tier. Le m\u00e9tier est porteur d\u2019identit\u00e9 et repr\u00e9sente \u00ab <em>une communion de l\u2019esprit, qui con\u00e7oit, qui trouve une solution \u00e0 un probl\u00e8me ou planifie l\u2019ex\u00e9cution d\u2019un projet, et de la main qui r\u00e9alise gr\u00e2ce \u00e0 la ma\u00eetrise de l\u2019outil de l\u2019exp\u00e9rience<\/em> \u00bb (Hautin, Billier, 2000, p. 51).<\/p>\n<div class=\"page\" title=\"Page 125\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Par essence, le compagnonnage se cantonne aux seuls m\u00e9tiers dits manuels qui travaillent la mati\u00e8re. Le travail de l\u2019\u00e9lectricien peut-il vraiment \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un travail de la mati\u00e8re ? De plus, si l\u2019on consid\u00e8re les \u00e9volutions des technologies de l\u2019information et de la communication, quels sont les attributs des m\u00e9tiers compagnonniques dans la soci\u00e9t\u00e9 actuelle ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>C\u2019est quoi un m\u00e9tier manuel ? C\u2019est un m\u00e9tier o\u00f9 l\u2019on se sert de ses mains. Ok tr\u00e8s bien mais on se sert autant de sa t\u00eate, la main elle marche pas sans la t\u00eate. C\u2019est r\u00e9ducteur \u00e7a va pas \u00e7a ! C\u2019est quoi le m\u00e9tier d\u2019un chirurgien ? Le type s\u2019il est pas bon de ses mains&#8230; c\u2019est un m\u00e9tier manuel !!! [&#8230;]Ben \u00e7a on le dit jamais par contre<\/em> \u00bb (Entretien ME12).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>2.2.3. L\u2019apprentissage<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019apprentissage est g\u00e9n\u00e9ralement la premi\u00e8re \u00e9tape de la carri\u00e8re d\u2019un individu au sein du compagnonnage du Devoir. Les apprentis \u2013 travaillent six \u00e0 huit semaines en entreprise et se retrouvent ensuite deux semaines en centre de formation des apprentis (CFA) dans le but d\u2019acqu\u00e9rir les bases d\u2019un m\u00e9tier. La majorit\u00e9 des formateurs sont des compagnons itin\u00e9rants en fin de <em>tour de France<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>L\u2019apprentissage en soi est un moment important de la vie. Je crois que tous les gens qui ont \u00e9t\u00e9 apprentis dans leur vie, qu\u2019ils aient continu\u00e9 dans le m\u00e9tier ou pas, restent tr\u00e8s attach\u00e9s \u00e0 cette p\u00e9riode l\u00e0<\/em> \u00bb (Entretien ME12).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019apprentissage s\u2019op\u00e8re aussi bien sur des savoirs, des savoir-faire que des savoirs \u00eatre (FredyPlanchot, 2007). Cette p\u00e9riode d\u2019apprentissage est caract\u00e9ris\u00e9e par un accompagnement humain tr\u00e8s pr\u00e9sent (ma\u00eetre d\u2019apprentissage, compagnons itin\u00e9rants, aspirants, M\u00e8re, dame h\u00f4tesse, etc.).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>2.2.4. Le tour de France<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019origine de la formation compagnonnique repose davantage sur l\u2019importance du voyage que sur le dispositif d\u2019alternance. Cette formation par le voyage est l\u2019une des sp\u00e9cificit\u00e9s du compagnonnage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur le march\u00e9 du travail, les individus doivent s\u2019adapter aux \u00e9volutions des organisations et aux exigences de la mobilit\u00e9 professionnelle, et c\u2019est l\u00e0 tout l\u2019enjeu de la formation par le voyage propos\u00e9 par les compagnons du Devoir. Ce voyage entra\u00eene diff\u00e9rentes formes de mobilit\u00e9 : g\u00e9ographique bien s\u00fbr mais aussi verticale, lat\u00e9rale, horizontale et fonctionnelle. Le tour de France est l\u2019un des modes majeurs de la transmission, il d\u00e9passe d\u2019ailleurs aujourd\u2019hui tr\u00e8s largement les fronti\u00e8res nationales. Les membres de l\u2019AOCDTF ont la possibilit\u00e9 de voyager dans 45 pays dans le monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>Le voyage c\u2019est d\u00e9paysant je veux dire ; moi je ne con\u00e7ois m\u00eame pas qu\u2019on puisse avoir envie de rester chez soi<\/em> \u00bb (Entretien AP3).<\/p>\n<p>Le tour de France d\u2019un compagnon est marqu\u00e9 par des c\u00e9r\u00e9monies initiatiques et des titres particuliers. L\u2019adoption repr\u00e9sente le premier degr\u00e9 de cette initiation. Elle symbolise l\u2019appartenance \u00e0 la communaut\u00e9. \u00c0 la suite de celle-ci, l\u2019individu prend le titre d\u2019aspirant. Il re\u00e7oit son premier nom compagnonnique, sa canne et ses couleurs frapp\u00e9es aux marques de son m\u00e9tier.<\/p>\n<div class=\"page\" title=\"Page 126\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>L\u2019aspirant est d\u00e9j\u00e0 quelqu\u2019un qui se perfectionne dans son m\u00e9tier, qui a d\u00e9j\u00e0 suivi une p\u00e9riode\u00a0d\u2019apprentissage.<\/p>\n<p>\u00ab <em>C\u2019est tr\u00e8s identitaire le moment o\u00f9 ils deviennent aspirants<\/em> \u00bb (Entretien PR3).<\/p>\n<p>Le terme adoption est charg\u00e9 de sens et de signification quant aux particularit\u00e9s et \u00e0 l\u2019intensit\u00e9 de la culture compagnonnique. L\u2019adoption est une des \u00e9tapes importantes de la construction de l\u2019identit\u00e9 professionnelle des jeunes compagnons.<\/p>\n<p>\u00ab <em>Les compagnons c\u2019est une famille, on est adopt\u00e9 par la famille<\/em> \u00bb (Entretien ME24).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le travail r\u00e9alis\u00e9 en vue de la r\u00e9ception va permettre \u00e0 un aspirant de devenir compagnon. Ce travail, autrefois appel\u00e9 chef d\u2019\u0153uvre, doit d\u00e9montrer les comp\u00e9tences professionnelles de l\u2019aspirant. Il mat\u00e9rialise \u00e0 la fois l\u2019habilet\u00e9 technique et l\u2019adh\u00e9sion \u00e0 la philosophie du compagnonnage. La r\u00e9ception d\u2019un compagnon marque l\u2019engagement dans un nouveau processus de formation, d\u2019apprentissage et de transmission.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>La vie compagnonnique, les repas, les c\u00e9r\u00e9monies [&#8230;] c\u2019est quelque chose qu\u2019on peut vivre nulle part ailleurs [&#8230;] c\u2019est quand m\u00eame quelque chose qui a sa vie, les compagnons c\u2019est unique quoi<\/em> \u00bb (Entretien AP3).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand le compagnon itin\u00e9rant d\u00e9cide de mettre fin \u00e0 son voyage, celui-ci s\u2019installe \u00e0 son domicile et se s\u00e9dentarise. Dans la plupart des cas, il prend part \u00e0 la vie de la maison des compagnons la plus proche.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>2.2.5. L\u2019importance de la transmission<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les compagnons ont un \u00ab\u00a0Devoir\u00a0\u00bb, il s\u2019agit de l\u2019obligation librement consentie de transmettre. C\u2019est une des raisons d\u2019\u00eatre du compagnonnage depuis plusieurs si\u00e8cles. Les compagnons consid\u00e8rent la transmission comme le moyen essentiel pour pr\u00e9parer le devenir de leurs m\u00e9tiers.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La relation entre celui qui apprend et celui qui sait est le lieu sp\u00e9cifique de la transmission du m\u00e9tier (Jalaudin, Moreau, 2002). La transmission des savoirs, et avec eux des identit\u00e9s en construction, ne se r\u00e9sument pas au fait de s\u2019appliquer \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter ou m\u00eame \u00e0 recr\u00e9er des gestes (Adell-Gombert, 2008).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>Pour moi l\u2019acte de transmettre, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 une capacit\u00e9 \u00e0 comprendre l\u2019autre, \u00e0 se mettre au niveau de l\u2019autre et faire cet effort d\u2019essayer de comprendre l\u2019autre, de se mettre \u00e0 son niveau, c\u2019est forc\u00e9ment un acte de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 [&#8230;] on formalise dans l\u2019enseignement compagnonnique cet acte de transmission, on s\u2019engage \u00e0 \u00e7a, on est condamn\u00e9 \u00e0 \u00e7a, \u00eatre compagnon, c\u2019est donner, c\u2019est partager, tout prend son sens<\/em> \u00bb (Entretien ME12).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les compagnons du Devoir sont organis\u00e9s autour de la transmission perp\u00e9tuelle des savoirs, des syst\u00e8mes de valeurs, des repr\u00e9sentations et des attitudes. Dans ce processus, la dimension morale importe tout autant que la valeur professionnelle. Tous les membres et tous les acteurs de l\u2019association sont invit\u00e9s \u00e0 participer au processus de transmission. Des ann\u00e9es d\u2019exp\u00e9rience professionnelle ne sont pas forc\u00e9ment n\u00e9cessaires pour transmettre aux autres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>Nous sommes tr\u00e8s attach\u00e9s \u00e0 l\u2019image du ma\u00eetre qui transmet directement \u00e0 un jeune, mais cette image est incompl\u00e8te si, \u00e0 ce ma\u00eetre, ne s\u2019ajoute pas la pr\u00e9sence active de compagnons et d\u2019aspirants d\u00e9j\u00e0 chevronn\u00e9s qui, chacun \u00e0 sa place, peuvent assurer une part de l\u2019enseignement. De m\u00eame que chaque g\u00e9n\u00e9ration a son r\u00f4le, de m\u00eame dans l\u2019\u00e9quipe de chaque corps de m\u00e9tiers, les compagnons et les aspirants prennent part, chacun selon ses possibilit\u00e9s, \u00e0 cette t\u00e2che de transmission.<\/em> \u00bb (Extrait du journal \u00ab Compagnonnage \u00bb).<\/p>\n<div class=\"page\" title=\"Page 127\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La vie communautaire et le quotidien des compagnons invitent \u00e0 cela. Pour un compagnon, le m\u00e9tier s\u2019acquiert exclusivement par cette d\u00e9marche de transmission. N\u00e9anmoins, cette transmission concerne aussi bien des \u00e9l\u00e9ments techniques que l\u2019enseignement compagnonnique, les r\u00e8gles de vie en communaut\u00e9 et les diff\u00e9rents principes \u00e9thiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les compagnons du Devoir se pr\u00eatent \u00e0 \u00e9voquer r\u00e9guli\u00e8rement une phrase du compagnon Jean Bernard, fondateur de l\u2019AOCDTF : \u00ab <em>transmettre c\u2019est une mani\u00e8re d\u2019aimer, aimer ce que l\u2019on transmet et aimer celui \u00e0 qui l\u2019on transmet<\/em> \u00bb. Cette transmission peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme une v\u00e9ritable vocation. En effet, \u00ab <em>transmettre son m\u00e9tier \u00e7a demande du courage, \u00e7a demande de l\u2019abn\u00e9gation, parce qu\u2019il n\u2019y a pas de transmission sans abn\u00e9gation<\/em> \u00bb (Entretien ME24).<\/p>\n<p><strong>2.3. Discussion et prolongements<\/strong><\/p>\n<p>Pour terminer, nous proposons deux prolongements possibles pour cet article \u00e0 travers l\u2019exploration de deux notions : l\u2019identit\u00e9 (2.3.1.) et la prospective (2.3.2.).<\/p>\n<p><strong>2.3.1. L\u2019identit\u00e9 et le m\u00e9tier<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les compagnons se pr\u00eatent \u00e0 dire qu\u2019il est important pour chacun d\u2019entre eux \u00ab\u00a0d\u2019exercer son m\u00e9tier en compagnon\u00a0\u00bb. La fa\u00e7on d\u2019\u00eatre et de se comporter dans la soci\u00e9t\u00e9 prend autant d\u2019importance que la dimension technique. Ainsi, l\u2019identit\u00e9 du compagnon du Devoir se construit \u00e0 travers l\u2019exercice de son m\u00e9tier. Ceci n\u2019est pas sans rappeler l\u2019identit\u00e9 li\u00e9e au travail qu\u2019Osty (2003) consid\u00e8re comme le produit d\u2019une socialisation et de diff\u00e9rentes pratiques de transmission.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Exercer son m\u00e9tier en compagnon, c\u2019est \u00e9galement respecter le \u00ab\u00a0Devoir\u00a0\u00bb. La notion de \u00ab\u00a0Devoir\u00a0\u00bb, qui d\u00e9signe l\u2019ensemble de l\u2019id\u00e9al et des pratiques du compagnonnage (De Cast\u00e9ra, 2003), est consid\u00e9r\u00e9e comme une culture ouvri\u00e8re, o\u00f9 fraternit\u00e9 et transmission sont les deux principaux points d\u2019ancrage. \u00ab Aujourd\u2019hui comme hier, le Devoir appara\u00eet comme une valeur sacr\u00e9e pour des compagnons qui lui accordent, bien plus qu\u2019aux termes de m\u00e9tier et de travail, une dimension identitaire essentielle \u00bb (Icher, 1999, p. 444). La culture du m\u00e9tier, de l\u2019organisation, les structures de formation, les diff\u00e9rents mod\u00e8les participent \u00e0 la structuration de ce processus identitaire (Osty, 2003). Il faut donc envisager le concept de m\u00e9tier de mani\u00e8re polymorphe. La profession, le m\u00e9tier, le travail sont alors consid\u00e9r\u00e9s comme des lieux de construction identitaire par voie de socialisation. Comme le souligne Sainsaulieu (1997, 2003), l\u2019organisation dans laquelle s\u2019inscrit l\u2019exp\u00e9rience professionnelle de l\u2019individu constitue un lieu fondamental pour la construction de son identit\u00e9 professionnelle. Dans le cadre de l\u2019exemple des compagnons du Devoir l\u2019identit\u00e9 peut \u00eatre rapproch\u00e9e du Devoir au sens du compagnonnage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le \u00ab\u00a0Devoir\u00a0\u00bb\u00a0fait \u00e9galement r\u00e9f\u00e9rence aux obligations des compagnons (Gu\u00e9dez, 1994). Il s\u2019agit du respect des principes \u00e9nonc\u00e9s dans la R\u00e8gle. Dans cette perspective, les compagnons consid\u00e8rent le m\u00e9tier comme un moyen efficace pour les hommes et les femmes de se r\u00e9aliser, de s\u2019\u00e9panouir, de conserver leur libert\u00e9 et leur ind\u00e9pendance dans la soci\u00e9t\u00e9 actuelle.<\/p>\n<div class=\"page\" title=\"Page 128\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le m\u00e9tier conf\u00e8re ainsi une identit\u00e9 individuelle \u00e0 celui qui l\u2019exerce mais peut \u00e9galement contribuer \u00e0 la construction d\u2019identit\u00e9s collectives, suivant des conditions d\u2019acc\u00e8s et d\u2019exercice plus ou moins fortes (Piotet, 2002).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>2.3.2. La prospective et le m\u00e9tier<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019association des compagnons du Devoir travaille essentiellement sur une d\u00e9marche de prospective individuelle et sectorielle, servant de points d\u2019appui \u00e0 la recherche et \u00e0 la mise en \u0153uvre de solutions au niveau des branches professionnelles concern\u00e9es. L\u2019AOCDTF op\u00e8re un effort de r\u00e9flexion et d\u2019analyse notable sur les m\u00e9tiers pr\u00e9sents dans le compagnonnage du Devoir et les comp\u00e9tences associ\u00e9es. Tout en gardant \u00e0 l\u2019esprit l\u2019histoire et le patrimoine culturel du compagnonnage, l\u2019AOCDTF s\u2019attache \u00e0 accompagner les diff\u00e9rentes \u00e9volutions contemporaines. Cette recherche tend \u00e9galement \u00e0 mettre fin \u00e0 l\u2019image pass\u00e9iste attach\u00e9e aux compagnons.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La f\u00e9minisation et l\u2019int\u00e9gration de nouveaux m\u00e9tiers \u00e0 l\u2019AOCDTF repr\u00e9sentent des marqueurs essentiels du devenir des m\u00e9tiers compagnonniques. Les techniques \u00e9voluent et les besoins de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e9galement. Des compl\u00e9mentarit\u00e9s s\u2019observent entre les comp\u00e9tences n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019exercice des diff\u00e9rents m\u00e9tiers. Par ailleurs, la f\u00e9minisation a entra\u00een\u00e9 de nouvelles probl\u00e9matiques \u00e0 envisager pour les compagnons : comment int\u00e9grer les femmes dans les entreprises partenaires ? Dans la vie communautaire ? Dans l\u2019enseignement et l\u2019initiation compagnonnique ?<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><a id=\"6\" name=\"6\"><\/a>6. CONCLUSION<\/h3>\n<div class=\"page\" title=\"Page 128\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Notre article a analys\u00e9 une figure singuli\u00e8re de r\u00e9f\u00e9rence et d\u2019identification au m\u00e9tier : l\u2019association ouvri\u00e8re des compagnons du Devoir du tour de France (AOCDTF). Cette association pr\u00e9sente aujourd\u2019hui le visage d\u2019une institution qui a su \u00e9voluer depuis des rites et pratiques parfois consid\u00e9r\u00e9s comme folkloriques vers une modernisation de la transmission du m\u00e9tier (De Cast\u00e9ra, 2003). Un des enseignements du compagnonnage du Devoir est qu\u2019aucun m\u00e9tier n\u2019est r\u00e9ductible \u00e0 des aspects techniques.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><a id=\"auteur\" name=\"auteur\"><\/a>Auteur<\/h3>\n<div class=\"page\" title=\"Page 128\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p><strong>Annabelle HULIN<\/strong> est doctorante en sciences de gestion \u00e0 l\u2019Institut d\u2019Administration des Entreprises (IAE) de l\u2019Universit\u00e9 de Tours. Elle appartient au laboratoire de recherche CERMAT (Centre d\u2019Etudes et de Recherches en Management de Touraine). Ses travaux de recherche portent sur les pratiques de transmission du m\u00e9tier et sur la prospective des m\u00e9tiers. Elle m\u00e8ne des activit\u00e9s d\u2019enseignement en tant qu\u2019attach\u00e9e temporaire d\u2019enseignement et de recherche en gestion et management des ressources humaines \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Tours.<\/p>\n<p>Courriel : annabelle.hulin@univ-tours.fr<br \/>\nAnnabelle Hulin<br \/>\nInstitut d\u2019Administration des Entreprises<br \/>\nUFR Droit, Economie et Sciences Sociales<br \/>\n50 avenue Jean Portalis<br \/>\nBP 0607<br \/>\n37206 TOURS cedex 03\u00a0&#8211;\u00a0 FRANCE<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><span class=\"s-titre\"><a id=\"abstract\" name=\"abstract\"><\/a>Abstract<\/span><\/h3>\n<div class=\"page\" title=\"Page 129\">\n<div class=\"section\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>We go, in this article, question the place and the impacts of the practices of transmission of the trade in the career. We shall make him through a unique case study led to the French association \u00ab\u00a0Association Ouvri\u00e8re des Compagnons du Devoir du Tour de France\u00a0\u00bb. The object of our research so is to show how it is possible to reconcile tradition and modernity around the trade.<\/p>\n<p>The learning of a trade, the practice of this one and its transmission represent the fundamental base of the trade guilds, summarized in a following way: \u00ab\u00a0allow the man to come true in and by his trade\u00a0\u00a2.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">ACQUIER A., EYHERABIDE M. (2005). \u00ab Le m\u00e9tier de concepteur peut-il se g\u00e9rer ? Deux exp\u00e9riences men\u00e9es dans le secteur de l\u2019automobile \u00bb, p. 189-208, in : BOYER L., SCOUARNEC A., <em>L\u2019observatoire des m\u00e9tiers : Concepts et pratiques<\/em>, Colombelles, Editions EMS.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">ADELL-GOMBERT N. (2008). Des hommes de Devoir :<em> Les compagnons du Tour de France (XVIIe-XX\u00e8 si\u00e8cle)<\/em>, Paris, Editions de la Maison des sciences de l\u2019homme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Association ouvri\u00e8re des compagnons du Devoir du tour de France, <em>Compagnons du DevoirLes Compagnons<\/em>. Disponible sur &lt;http:\/\/www.compagnons-du-devoir.com&gt;.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">BARIBEAU C. (2005). \u00ab Le journal de bord : un instrument de collecte des donn\u00e9es indispensable \u00bb, <em>Recherches Qualitatives<\/em>, Vol. HS(2), p. 98-114.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">BOYER L. (2002). \u00ab Le devenir des m\u00e9tiers \u00bb, <em>Revue fran\u00e7aise de gestion<\/em>, vol. 28, n\u00b0140, p. 151-168, septembre-octobre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">CASTERA B. (de) (2003). <em>Le compagnonnage<\/em>, Paris, Que sais-je ?, PUF.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">CHRISTIN J., COLLE R., BROSETA X. (2008). \u00ab Le talent des seniors : une approche sp\u00e9cifique ? \u00bb, p. 145-161, in : PERETTI J.M., <em>Tous talentueux<\/em>, Paris, Editions Organisation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">CLOT Y. (2005). \u00ab Le d\u00e9veloppement du collectif : entre l\u2019individu et l\u2019organisation du travail \u00bb, p. 187-199, in : TEULIER R., LORINO P., <em>Entre connaissance et organisation : l\u2019activit\u00e9 collective<\/em>, Paris, Editions La D\u00e9couverte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">CLOT Y. (2008). <em>Travail et pouvoir d\u2019agir<\/em>, Paris, PUF.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">CONJARD P., DEVIN B., OLRY P. (2006). \u00ab Acqu\u00e9rir et transmettre des comp\u00e9tences dans les organisations \u00bb, XVII\u00e8me congr\u00e8s de l\u2019AGRH, IAE de Lille et Reims Management School, 16-17 novembre, Reims, 16-17 novembre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">CNPF (actuel MEDEF) (1998). <em>Objectif comp\u00e9tences,<\/em> Journ\u00e9es internationales de la formation, Deauville.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">DEJOUX C. (2001), <em>Les comp\u00e9tences au c\u0153ur de l\u2019entreprise<\/em>, Paris, Editions d\u2019Organisation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">DESCHENAUX F. (2007). \u00ab Guide d\u2019introduction au logiciel QSR Nvivo 7 \u00bb, <em>Les cahiers p\u00e9dagogiques de l\u2019Association pour la recherche qualitative<\/em>, janvier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">DESCOLONGES M. (1996).<em> Qu\u2019est-ce qu\u2019un m\u00e9tier ?<\/em>, Paris, PUF.<\/p>\n<p>DIETRICH A. (2009). \u00ab Avatars, paradoxes et enjeux de la notion de m\u00e9tier \u00bb, <em>Colloque \u00ab La prospective au service du management et de la GRH \u00bb, ESSEC, IAE de Cane, Revue management et avenir<\/em>, Cergy-Pontoise, 16 mars.<\/p>\n<p>FREDY-PLANCHOT A. (2007). \u00ab Reconna\u00eetre le tutorat en entreprise \u00bb, <em>Revue fran\u00e7aise de gestion<\/em>, vol. 33, n\u00b0175, p. 23-32.<\/p>\n<p>GUEDEZ A. (1994). <em>Compagnonnage et apprentissage<\/em>, Paris, Presses Universitaires de France.<\/p>\n<p>HAUTIN C., BILLIER D. (2000). <em>Etre compagnon<\/em>, Paris, Presses Universitaires de France.<\/p>\n<p>ICHER F. (1999).<em> Les compagnonnages en France au XX\u00e8me si\u00e8cle : Histoire, m\u00e9moire, repr\u00e9sentations<\/em>, Paris, Grancher Editeur.<\/p>\n<p>ICHER F. (2000). <em>Le compagnonnage<\/em>, Paris, Descl\u00e9e De Brouwer.<\/p>\n<p>JALAUDIN C., MOREAU G. (2002). \u00ab Transmettre le m\u00e9tier. Les complexit\u00e9s de la relation ma\u00eetre\/apprenti \u00bb, in : F. Piotet, <em>La r\u00e9volution des m\u00e9tiers<\/em>, Paris, Presses Universitaires de France, p. 53-76.<\/p>\n<p>LE BOTERF G. (2000). <em>Comp\u00e9tence et navigation professionnelle<\/em>, Paris, Editions d\u2019Organisation.<\/p>\n<p>LE BOTERF G. (2006a). <em>Construire les comp\u00e9tences individuelles et collectives<\/em>, Paris, Editions d\u2019Organisation.<\/p>\n<p>LE BOTERF G. (2006b). <em>Professionnaliser : Le mod\u00e8le de la navigation professionnelle<\/em>, Paris, Editions d\u2019Organisation.<\/p>\n<p>LEFEVRE P., ROOS P., SARDAS J.C. (2005). \u00ab Les m\u00e9tiers de la conception automobile \u00bb, p. 171-186, in : BOYER L., SCOUARNEC A., <em>L\u2019observatoire des m\u00e9tiers : Concepts et pratiques<\/em>, Caen, Editions EMS.<\/p>\n<p>MBENGUE A. (2004). \u00ab Management des savoirs \u00bb, <em>Revue Fran\u00e7aise de Gestion<\/em>, n\u00b0149, marsavril, p. 13-31.<\/p>\n<p>MUCCHIELLI, A. (1996). (dir.).<em> Dictionnaire des m\u00e9thodes qualitatives en sciences humaines et sociales<\/em>, Paris, Armand Colin.<\/p>\n<p>OSTY F. (2003). <em>Le d\u00e9sir de m\u00e9tier : Engagement, identit\u00e9 et reconnaissance au travail<\/em>, Rennes,\u00a0Presses Universitaires de Rennes.<\/p>\n<p>PAILLE P., MUCCHIELLI A. (2005). <em>L\u2019analyse qualitative en sciences humaines et sociales<\/em>, Paris, Armand Collin.<\/p>\n<p>PIOTET F. (2002). \u00ab Introduction : La r\u00e9volution des m\u00e9tiers \u00bb, in : F. Piotet, <em>La r\u00e9volution des m\u00e9tiers<\/em>, Paris, Presses universitaires de France, p. 1-19.<\/p>\n<p>PRAX J.Y. (2005). <em>Le manuel du Knowledge Management : une approche de 2<sup>nde<\/sup> g\u00e9n\u00e9ration,<\/em> Dunod, Paris.<\/p>\n<p>PROT, B. (2007). \u00abRemettre le m\u00e9tier au travail : le style d\u2019activit\u00e9 au travail.\u00bb, p. 17-32, in MONTANDON, C., TRINCAZ, J. <em>Vieillir dans le m\u00e9tier<\/em>, Paris, Vuibert.<\/p>\n<p>SAINSAULIEU R. (1993). \u00ab La valeur travail \u00bb, <em>Education permanente<\/em>, n\u00b0116, p. 159-172.<\/p>\n<p>SAINSAULIEU R. (1997). <em>Sociologie de l\u2019entreprise. Organisation. Culture et d\u00e9veloppement<\/em>, Paris, Presses de la FNSP-Dalloz.<\/p>\n<p>SAINSAULIEU R. (2003). \u00ab L\u2019identit\u00e9 au travail \u00bb, in : Allouche J., <em>L\u2019encyclop\u00e9die des ressources humaines<\/em>, Paris, Vuibert, p. 686-692.<\/p>\n<p>SCOUARNEC A. (1999). <em>Pratiques de gestion par les comp\u00e9tences et perception des salari\u00e9s : une analyse des effets sociaux<\/em>, Doctorat de l\u2019Universit\u00e9 de Caen.<\/p>\n<p>SCOUARNEC A. (2002). \u00ab Vers la cr\u00e9ation d\u2019un observatoire des m\u00e9tiers du marketing \u00bb, <em>Revue fran\u00e7aise de gestion<\/em>, vol. 28, n\u00b0140, p. 169-186.<\/p>\n<p>TOURMEN C. (2007). \u00ab Activit\u00e9, t\u00e2che, poste, m\u00e9tier, profession : quelques pistes de clarification et de r\u00e9flexion \u00bb, <em>Sant\u00e9 publique<\/em>, n\u00b019, p. 15-20.<\/p>\n<p>VEILLARD L. (2004). \u00ab Le tutorat \u00e0 l\u2019\u00e9preuve des sp\u00e9cialit\u00e9s sociales et techniques de l\u2019entreprise \u00bb, <em>Education permanente<\/em>, n\u00b0159, juin, p. 117-138.<\/p>\n<p>WITTORSKI R. (1997). <em>Analyse du travail et production de comp\u00e9tences collectives<\/em>, Paris, L\u2019Harmattan.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Annabelle HULIN Auteur R\u00e9sum\u00e9\/Abstract Nous interrogeons dans cet article la place et les impacts des pratiques de transmission du m\u00e9tier dans la carri\u00e8re. 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