{"id":7230,"date":"2007-02-08T18:09:16","date_gmt":"2007-02-08T17:09:16","guid":{"rendered":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/?p=7230"},"modified":"2016-02-08T18:20:23","modified_gmt":"2016-02-08T17:20:23","slug":"les-temporalites-de-la-vie-adulte-en-contexte-post-moderne-un-changement-de-perspectives","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/2007\/les-temporalites-de-la-vie-adulte-en-contexte-post-moderne-un-changement-de-perspectives\/","title":{"rendered":"Les temporalit\u00e9s de la vie adulte en contexte post moderne, un changement de perspectives"},"content":{"rendered":"<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\"><strong><i>Jean-Pierre BOUTINET<a href=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2007\/02\/Volume11_1-2_Temporalites_023_introduction.pdf\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright wp-image-7075 size-full\" src=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2007\/02\/PDF.png\" alt=\"PDF\" width=\"50\" height=\"50\" \/><\/a><\/i><\/strong><\/p>\n<hr width=\"100%\" \/>\n<p class=\"lien-1\" style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"#auteur\">Auteur<\/a><\/strong><\/p>\n<p class=\"s-titre\" style=\"text-align: left;\"><strong>R\u00e9sum\u00e9<a href=\"#abstract\">\/Abstract<\/a><\/strong><\/p>\n<table class=\" aligncenter\" border=\"0\" width=\"60%\">\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"60%\">\n<p class=\"resume\" style=\"text-align: center;\">\u00ab Une heure n&rsquo;est pas qu&rsquo;une heure. C&rsquo;est un vase rempli de parfums, de sons, de projets et de climats \u00bb.<\/p>\n<p class=\"txt-r\" style=\"text-align: right;\">Marcel Proust in <em>Le temps retrouv\u00e9<\/em>, p.39<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p class=\"resume\" style=\"text-align: justify;\">Si le temps v\u00e9cu est propre \u00e0 tout un chacun, nous sommes pourtant tous plac\u00e9s face au d\u00e9fi de devoir affronter les m\u00eames temporalit\u00e9s. En civilisation communicationnelle, ces temporalit\u00e9s insolites sont principalement centr\u00e9es sur le moment pr\u00e9sent de l&rsquo;urgence, de l&rsquo;imm\u00e9diatet\u00e9, de l&rsquo;\u00e9ph\u00e9m\u00e8re ou de la transition. Nous d\u00e9laissons en effet les temporalit\u00e9s monochrones, celles circulaires des soci\u00e9t\u00e9s rurales tout comme les temporalit\u00e9s lin\u00e9aires des soci\u00e9t\u00e9s industrielles pour nous confronter \u00e0 de nouvelles temporalit\u00e9s, celles-l\u00e0 polychrones et aux contours brouill\u00e9s, des temporalit\u00e9s qui favorisent une hypertrophie du moment pr\u00e9sent. Dans un tel contexte culturel in\u00e9dit, comment peut se situer la vie adulte habitu\u00e9e \u00e0 travailler et \u00e0 s&rsquo;orienter dans des temporalit\u00e9s durables ? Il s&rsquo;agit de prendre acte de parcours adultes devenus aujourd&rsquo;hui de plus en plus atypiques, sous la pression de ces nouvelles temporalit\u00e9s dominantes dont l&rsquo;inventaire reste \u00e0 faire. Il s&rsquo;agit aussi de s&rsquo;interroger sur le mode d&rsquo;utilisation que l&rsquo;adulte postmoderne va faire de telles temporalit\u00e9s polychrones : comment cet adulte peut-il penser son devenir et se frayer un chemin en jouant de pr\u00e9f\u00e9rence sur des temporalit\u00e9s \u00e0 vertu \u00e9mancipatrice et en mettant \u00e0 distance les temporalit\u00e9s consid\u00e9r\u00e9es comme assujettissantes ? Autant d&rsquo;interrogations auxquelles cherchent \u00e0 r\u00e9pondre les contributions ins\u00e9r\u00e9es dans ce num\u00e9ro th\u00e9matique.<\/p>\n<p class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><strong>Contenu<\/strong><\/p>\n<p class=\"txt-j\"><strong><a href=\"#intro\">Introduction<\/a><\/strong><br \/>\n<strong><a href=\"#1\">1. Des temps circulaires et lin\u00e9aires d\u2019autrefois aux temporalit\u00e9s r\u00e9ticulaires actuelles<\/a><\/strong><br \/>\n<strong><a href=\"#2\">2. Parler de temporalit\u00e9s adultes, quelle id\u00e9e\u00a0!<\/a><\/strong><br \/>\n<strong><a href=\"#3\">3. Vers de nouvelles temporalit\u00e9s dominantes<\/a><\/strong><br \/>\n<strong><a href=\"#4\">4. Temporalit\u00e9s \u00e9mancipatrices ou temporalit\u00e9s assujettissantes<\/a><\/strong><br \/>\n<strong><a href=\"#5\">5. Des parcours adultes de plus en plus atypiques<\/a><\/strong><br \/>\n<strong><a href=\"#6\">6. Vers une polychronie des temporalit\u00e9s adultes<\/a><\/strong><\/p>\n<hr align=\"left\" width=\"33%\" \/>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><a id=\"intro\" name=\"intro\"><\/a>Introduction<\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;organisation subjective du temps fait que chacune, chacun vit son temps \u00e0 sa mani\u00e8re et de fa\u00e7on tr\u00e8s personnalis\u00e9e. Pourtant nous pressentons aujourd&rsquo;hui que nous sommes toutes et tous plac\u00e9s face aux m\u00eames d\u00e9fis d&rsquo;un temps qui nous \u00e9chappe. Notre fa\u00e7on de vivre le temps se trouve en effet bien souvent bouscul\u00e9e lorsqu&rsquo;elle nous confronte aux caprices d&rsquo;une civilisation communicationnelle habile \u00e0 jouer de l&rsquo;imm\u00e9diatet\u00e9 et de l&rsquo;urgence par l&rsquo;entremise de l&rsquo;\u00e9ph\u00e9m\u00e8re et de l&rsquo;alternatif. Cette civilisation nous plonge quotidiennement dans des environnements o\u00f9 r\u00e8gne en ma\u00eetresse la techno-science, celle de l&rsquo;ordinateur qui d\u00e9verse ses courriels, celle de l&rsquo;agenda \u00e9lectronique qui d\u00e9programme des engagements d\u00e9j\u00e0 pris autant qu&rsquo;il en programme de nouveaux, celle aussi du t\u00e9l\u00e9phone portable ce fameux cellulaire qui fait perdurer ind\u00e9finiment un \u00e9tat de veille. Les uns et les autres dispositifs qui nous sollicitent sont utilis\u00e9s d\u00e8s le matin avant d&rsquo;aller au travail jusqu&rsquo;\u00e0 tard le soir, pour meubler notre s\u00e9dentarit\u00e9 comme pour accompagner nos d\u00e9placements. Or une fa\u00e7on actuelle de vivre le temps semble d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment tourner une page par rapport \u00e0 ce que nous exp\u00e9rimentions hier \u00e0 travers des temporalit\u00e9s de la lin\u00e9arit\u00e9 et de la continuit\u00e9 qui nous faisaient entrevoir l&rsquo;avenir comme prometteur. Le temps disponible dans une soci\u00e9t\u00e9 qui cultive l&rsquo;activisme et l&rsquo;efficacit\u00e9 quasi instantan\u00e9e est devenu une donn\u00e9e de plus en plus rare et donc ch\u00e8re. Nous n&rsquo;avons plus le temps de rien ! Nous n&rsquo;arrivons plus \u00e0 donner du temps au temps, sauf \u00e0 d\u00e9crocher et \u00e0 sombrer dans l&rsquo;ennui. Mais l\u00e0 nous sommes renvoy\u00e9s \u00e0 une autre question. Cette incapacit\u00e9 qui semble \u00eatre la n\u00f4tre face \u00e0 un temps de turpitudes semble contraster avec le temps plus r\u00e9gulier et cyclique de ces soci\u00e9t\u00e9s \u00e0 dominante rurale dont les uns et les autres nous sommes tous issus \u00e0 une, deux ou trois g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e8s. Pour le moins elle sollicite l&rsquo;adulte postmoderne \u00e0 rep\u00e9rer ce qui se passe autour de lui pour le mieux prendre en compte et tenter de le ma\u00eetriser, m\u00eame s&rsquo;il sait que l&rsquo;\u00e8re des ma\u00eetrises totales est d\u00e9sormais derri\u00e8re lui.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\"><a id=\"1\" name=\"1\"><\/a>1. Des temps circulaires et lin\u00e9aires d\u2019autrefois aux temporalit\u00e9s r\u00e9ticulaires actuelles<\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Accordons-nous donc pour voir dans les temporalit\u00e9s des modes d&rsquo;organisation momentan\u00e9s du temps v\u00e9cu, c&rsquo;est-\u00e0-dire des mouvements et d\u00e9placements initi\u00e9s ou subis par une personne ou une collectivit\u00e9 et verbalis\u00e9s par elle ; ces modes d&rsquo;organisation sont largement pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9s par un environnement culturel donn\u00e9 mais laissent toutefois leur place aux reconstructions individuelles et sociales. En troquant le vieux calendrier rituel qui nous introduisait dans un temps cyclique, pour l&rsquo;agenda \u00e9lectronique qui nous ouvre \u00e0 un pr\u00e9sent fait de simultan\u00e9it\u00e9s \u00e0 travers les pluriactivit\u00e9s qu&rsquo;il nous propose, nous avons l&rsquo;impression d&rsquo;avoir chang\u00e9 radicalement de temporalit\u00e9s<sup>1<\/sup>; nous ne sommes plus sur la m\u00eame plan\u00e8te. Mis journellement sous surveillance par notre bo\u00eete de courriels pourtant tr\u00e8s fonctionnelle mais qui nous enjoint de la consulter et de r\u00e9pondre dans l&rsquo;imm\u00e9diatet\u00e9 \u00e0 nos correspondants, nous en venons \u00e0 nous rappeler avec force nostalgie voire tendresse, ces temps finalement assez r\u00e9cents o\u00f9 nous ouvrions notre bo\u00eete \u00e0 lettres pour y puiser le courrier re\u00e7u, quelques messages et non une abondance ; cette bo\u00eete, nous l&rsquo;ouvrions seulement apr\u00e8s le passage du facteur, alors que sa venue n&rsquo;\u00e9tait pas contrari\u00e9e par un jour ch\u00f4m\u00e9, une gr\u00e8ve ou des intemp\u00e9ries. Ce facteur ne nous surprenait pas 24h\/24. Il arrivait \u00e0 un moment pr\u00e9visible au cours de ses heures de service mais ce, aux jours les plus favorables : face \u00e0 nos correspondants nous pouvions alors nous donner tous les d\u00e9lais possibles pour r\u00e9pondre, voire invoquer l&rsquo;alibi que nous n&rsquo;avons jamais re\u00e7u ledit courrier. Seule la lettre recommand\u00e9e avec accus\u00e9 de r\u00e9ception dans son caract\u00e8re exceptionnel pour temps exceptionnel pouvait nous contraindre et nous mettre en situation d&rsquo;urgence.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Qu&rsquo;est-il donc arriv\u00e9 \u00e0 nos temporalit\u00e9s, ces temps v\u00e9cus \u00e0 travers lesquels nous organisons nos activit\u00e9s et d\u00e9placements qui constituent la trame de nos existences quotidiennes, pour qu&rsquo;elles se trouvent ainsi bouscul\u00e9es ? Sous l&rsquo;effet du paradigme de la technologie de l&rsquo;information, qu&rsquo;avec Castells (1996) nous consid\u00e9rons ici comme essentiel, le temps lin\u00e9aire irr\u00e9versible et pr\u00e9visible s&rsquo;est d\u00e9sint\u00e9gr\u00e9 au profit d&rsquo;un temps r\u00e9ticulaire, r\u00e9versible et relatif. En lien avec ce temps r\u00e9ticulaire et de facture paradoxale, des temporalit\u00e9s courtes et discontinues de nos projets doivent apprendre \u00e0 cohabiter avec les temporalit\u00e9s longues de nos existences, ce que d\u00e9j\u00e0 soulignaient Boltanski et Chapello (1999) voici quelques ann\u00e9es. Des temps qui apparaissent de plus en plus d\u00e9synchronis\u00e9s les uns des autres, rendant difficiles les moments de rencontre. Qu&rsquo;avons-nous sur une ann\u00e9e en guise de grands synchroniseurs en dehors du jour de No\u00ebl et du Premier de l&rsquo;an ? De quelle ma\u00eetrise ou au contraire d\u00e9prise pouvons-nous donc finalement t\u00e9moigner sur de telles temporalit\u00e9s aux allures chaotiques ?<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\"><a id=\"2\" name=\"2\"><\/a>2. Parler de temporalit\u00e9s adultes, quelle id\u00e9e\u00a0!<\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Les interrogations que nous venons d&rsquo;\u00e9voquer s&rsquo;adressent particuli\u00e8rement \u00e0 cet adulte postmoderne friand de communication, de technologies, d&rsquo;exploration d&rsquo;un monde de possibles. Un tel adulte a quitt\u00e9 les rivages de l&rsquo;avenir qui attiraient tant ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs, ces adultes modernes port\u00e9s par la croyance en un monde meilleur, celui du progr\u00e8s et de l&rsquo;utopie. Aussi les possibles offerts \u00e0 cet adulte contemporain par le tout technologique, sp\u00e9cialement de l&rsquo;informatique, ce sont pour lui des possibles, non plus \u00e0 explorer pour demain mais \u00e0 saisir d\u00e8s aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Les temporalit\u00e9s modernes en effet voulaient initier de grandes perspectives en se donnant des orientations sur le moyen et le long terme tout en posant des fractures avec le pr\u00e9sent issu d&rsquo;un pass\u00e9 dont on cherchait \u00e0 se d\u00e9barrasser pour donner toutes ses chances au pr\u00e9sent porteur d&rsquo;avenir. Or les temporalit\u00e9s postmodernes sont tout autres. Polychrones, peu soucieuses de continuit\u00e9, peu attentives aux discontinuit\u00e9s, ce sont des temporalit\u00e9s brouill\u00e9es qui ne vivent que de paradoxes et d&rsquo;oxymores<sup>2<\/sup>. Bel exemple justement d&rsquo;oxymore, celui qui nous fait parler aujourd&rsquo;hui de temporalit\u00e9s adultes, expression tout \u00e0 fait postmoderne qui individualise le temps l\u00e0 o\u00f9 la modernit\u00e9 le socialisait par l&rsquo;entremise de l&rsquo;une ou l&rsquo;autre forme de planification, de pr\u00e9vision ou de prospective. Ce temps, maintenant fortement individualis\u00e9 \u00e0 travers les temporalit\u00e9s adultes, notamment celles de la carri\u00e8re, du projet, de la transition ou encore de l&rsquo;alternance, que nous r\u00e9v\u00e8le-t-il ? Il nous signale une opposition s\u00e9mantique entre ces deux termes pourtant bien communs de temporalit\u00e9s et d&rsquo;adultes. Si en effet les temporalit\u00e9s, de par leur d\u00e9finition m\u00eame, d\u00e9signent des mouvements et visent des changements, les adultes quant \u00e0 eux sont ordonn\u00e9s \u00e0 demeurer dans la permanence de leur maturit\u00e9, dans le non-changement, comme le sugg\u00e8re d&rsquo;ailleurs l&rsquo;origine \u00e9tymologique adultus qui d\u00e9signe ce qui a cess\u00e9 de cro\u00eetre, de se transformer, ce qui est arriv\u00e9 au terme de son d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Aussi parler de temporalit\u00e9s adultes c&rsquo;est \u00e9voquer deux id\u00e9es contraires, une r\u00e9alit\u00e9 fluctuante, en mouvement et une autre jusqu&rsquo;ici consid\u00e9r\u00e9e comme invariante mais que l&rsquo;on veut immerger dans le changement : Vous vous rendez compte, m\u00eame les adultes changent ! Ils ont aussi leurs temporalit\u00e9s propres ! L&rsquo;adulte n&rsquo;est plus ce qu&rsquo;il \u00e9tait, mais confront\u00e9 \u00e0 un environnement de mobilit\u00e9 et de flexibilit\u00e9, il doit lui-m\u00eame se penser comme en partie immature<sup>3<\/sup>, comme toujours en maturation, en devenir au sein d&rsquo;une carri\u00e8re faite d&rsquo;interminables transitions. Cette maturation peut tout aussi bien se transformer en fragilisation, r\u00e9gression m\u00eame, au regard de certaines temporalit\u00e9s, telles celles de l&rsquo;urgence et du court terme g\u00e9n\u00e9ratrices de corrosion de caract\u00e8re et de harc\u00e8lement moral, ce qu&rsquo;a bien soulign\u00e9 Sennett (2000).<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\"><a id=\"3\" name=\"3\"><\/a>3. Vers de nouvelles temporalit\u00e9s dominantes<\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Validations des Acquis de l&rsquo;Exp\u00e9rience (V.A.E.), bilans de comp\u00e9tence, pratiques d&rsquo;accompagnements, projets \u00e9mergents ou innovants renvoyaient hier en modernit\u00e9 \u00e0 des temporalit\u00e9s insolites et peu utilis\u00e9es. Leurs fr\u00e9quences d&rsquo;apparition font qu&rsquo;elles deviennent aujourd&rsquo;hui entre autres r\u00e9alit\u00e9s des banalit\u00e9s quotidiennes de la vie adulte. De telles banalit\u00e9s semblent n\u00e9anmoins r\u00e9v\u00e9latrices des nouvelles temporalit\u00e9s qui traversent nos environnements culturels actuels plac\u00e9s sous la dominance du paradigme communicationnel. Ces temporalit\u00e9s qui sous nos yeux se banalisent voient en effet se d\u00e9velopper une hypertrophie du moment pr\u00e9sent, ce que l&rsquo;historien Hartog (2003) a appel\u00e9 le pr\u00e9sentisme, cette grande extension que le 20\u00e8me si\u00e8cle finissant a donn\u00e9 \u00e0 la cat\u00e9gorie du pr\u00e9sent, un pr\u00e9sent fabriquant quotidiennement le pass\u00e9 et le futur dont il a besoin. Ost (1999) fait remarquer \u00e0 ce sujet que lorsque le pass\u00e9 n&rsquo;impose plus son autorit\u00e9 et que l&rsquo;avenir ne mobilise plus les \u00e9nergies, la source de la valeur se concentre dans l&rsquo;\u00e9change pr\u00e9sent. Ce dernier, notamment par la prise en compte des acquis de l&rsquo;exp\u00e9rience et des comp\u00e9tences valid\u00e9es s&rsquo;exprime \u00e0 travers diff\u00e9rentes variantes mais de concert avec le souci d&rsquo;un regard r\u00e9trospectif sur le pass\u00e9 en vue de le r\u00e9capituler ; toujours est-il qu&rsquo;il laisse la prospective en points de suspension, sans engagement pr\u00e9cis du c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;avenir. Ainsi la figure du projet qui cherchait voici encore une g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 d\u00e9cliner l&rsquo;avenir est souvent \u00e9voqu\u00e9e d\u00e9sormais \u00e0 l&rsquo;occasion d&rsquo;une remise en forme compr\u00e9hensive de l&rsquo;exp\u00e9rience pass\u00e9e.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Pour illustrer notre propos, prenons l&rsquo;exemple des coordonn\u00e9es temporelles propres \u00e0 la V.A.E. pour constater qu&rsquo;elles sont \u00e0 l&rsquo;inverse de celles associ\u00e9es au dipl\u00f4me. En effet ce dernier, outil privil\u00e9gi\u00e9 des modernisations pr\u00e9c\u00e9dentes, reste muet sur les ann\u00e9es de formation qu&rsquo;il est cens\u00e9 r\u00e9capituler et sanctionner, m\u00eame s&rsquo;il les pr\u00e9suppose ; il s&rsquo;institue au contraire en point de d\u00e9part et annonce un pronostic de carri\u00e8re en anticipant un certain type d&rsquo;activit\u00e9 professionnelle \u00e0 venir qu&rsquo;il s&rsquo;engage d&rsquo;une certaine mani\u00e8re \u00e0 garantir et de fa\u00e7on p\u00e9renne. C&rsquo;est bien parce qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui le dipl\u00f4me se trouve de plus en plus mis en difficult\u00e9 dans sa fonction pronostic pour garantir l&rsquo;avenir, qu&rsquo;il en arrive \u00e0 \u00eatre supplant\u00e9 par sa logique inverse, celle de la V.A.E. : on ne sait pas tr\u00e8s bien ce sur quoi cette derni\u00e8re est susceptible d&rsquo;ouvrir et ce qu&rsquo;elle peut garantir face \u00e0 un avenir charg\u00e9 d&rsquo;incertitude mais on est s\u00fbr pr\u00e9sentement qu&rsquo;elle r\u00e9capitule une exp\u00e9rience identifi\u00e9e avec les comp\u00e9tences qui lui sont associ\u00e9es, des comp\u00e9tences reconnues pr\u00e9sentement pour valoir ce que de fait et non plus de ce que de droit, c&rsquo;est-\u00e0-dire des comp\u00e9tences identifi\u00e9es \u00e0 titre provisoire \u00e0 une double condition suspensive, qu&rsquo;elles restent ma\u00eetris\u00e9es, qu&rsquo;elles demeurent d&rsquo;actualit\u00e9.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Dans ce contexte l&rsquo;inversion de temporalit\u00e9s que nous venons de signaler \u00e0 propos du projet, comme la substitution de la V.A.E. au dipl\u00f4me signifie que selon les situations et selon les \u00e9poques des temporalit\u00e9s apparaissent comme dominantes \u00e0 un moment donn\u00e9 et se trouvent \u00e0 un autre domin\u00e9es. Hier dans la logique du dipl\u00f4me, les temporalit\u00e9s dominantes \u00e9taient celles de l&rsquo;anticipation et d&rsquo;un avenir en partie programmable, consid\u00e9r\u00e9 comme prometteur. Aujourd&rsquo;hui avec la V.A.E., les temporalit\u00e9s de l&rsquo;anticipation deviennent moins cr\u00e9dibles, plus capricieuses dans leur impr\u00e9visibilit\u00e9 et se font de plus en plus marginalis\u00e9es ; on leur substitue en revanche de nouvelles temporalit\u00e9s dominantes, celles de la simultan\u00e9it\u00e9 et de l&rsquo;instantan\u00e9it\u00e9, celles aussi de la r\u00e9capitulation et de la m\u00e9moire \u00e0 travers une prise en compte pr\u00e9f\u00e9rentielle du pass\u00e9 r\u00e9cent. Temporalit\u00e9s dominantes et temporalit\u00e9s domin\u00e9es sont appel\u00e9es \u00e0 s&rsquo;inscrire chacune dans l&rsquo;un ou l&rsquo;autre des trois grands registres temporels qui structurent toute histoire personnelle ou collective, celui du pr\u00e9sent qui r\u00e9alise, celui de l&rsquo;avenir qui anticipe et celui du pass\u00e9 qui r\u00e9capitule.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Ainsi en va-t-il de nos temporalit\u00e9s dominantes. Le calendrier mettait en sc\u00e8ne en guise de temporalit\u00e9s dominantes le temps cyclique propre aux soci\u00e9t\u00e9s rurales. L&rsquo;horloge qui l&rsquo;a doubl\u00e9 en est venue \u00e0 mesurer le temps lin\u00e9aire de nos soci\u00e9t\u00e9s industrielles. L&rsquo;agenda quant \u00e0 lui arrive en superposition par rapport aux deux pr\u00e9c\u00e9dents marqueurs de temporalit\u00e9s pour promouvoir ces temporalit\u00e9s brouill\u00e9es du moment pr\u00e9sent qui font cohabiter dans les environnements postmodernes la transition et l&rsquo;alternance avec l&rsquo;urgence et l&rsquo;imm\u00e9diatet\u00e9.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\"><a id=\"4\" name=\"4\"><\/a>4. Temporalit\u00e9s \u00e9mancipatrices ou temporalit\u00e9s assujettissantes<\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Qu&rsquo;elles soient dominantes ou domin\u00e9es, les temporalit\u00e9s dans leur diversit\u00e9 g\u00e9n\u00e8rent pr\u00e9f\u00e9rentiellement des effets contrast\u00e9s vis-\u00e0-vis des adultes qui les manipulent ; enfant, adolescent et vieillard sans pour autant vivre en autarcie ont des temporalit\u00e9s propres \u00e0 leur \u00e2ge, le r\u00eave pour l&rsquo;un, la perspective pour le deuxi\u00e8me, la m\u00e9moire ant\u00e9rograde pour le troisi\u00e8me. Pour les adultes les temporalit\u00e9s semblent davantage tributaires de leurs environnements culturels que de leur \u00e2ge. Elles peuvent en effet se montrer \u00e9mancipatrices, porteuses de plus d&rsquo;autonomie vis-\u00e0-vis de ces adultes dans leurs activit\u00e9s, notamment lorsque ces activit\u00e9s leur permettent de disposer d&rsquo;un horizon temporel prospectif suffisamment recul\u00e9. C&rsquo;est ainsi que se trouvent valoris\u00e9es depuis quelques d\u00e9cennies les temporalit\u00e9s de la transition et de l&rsquo;alternance, jadis brocard\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque des anticipations du moyen et long terme, pr\u00e9sentement recherch\u00e9es dans la mesure o\u00f9 elles semblent d\u00e9sormais recueillir ces vertus \u00e9mancipatrices sur le court terme qui demeure pr\u00e9sentement l&rsquo;une des temporalit\u00e9s dominantes.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Mais les temporalit\u00e9s peuvent tout aussi bien se faire pernicieuses et assujettissantes lorsque dans leur organisation elles apparaissent comme coercitives, c&rsquo;est-\u00e0-dire contraignantes dans l&rsquo;instant : c&rsquo;est le cas notamment de temporalit\u00e9s qui ne disposent pas d&rsquo;horizons temporels suffisamment recul\u00e9s ; ainsi en est-il des temporalit\u00e9s de l&rsquo;urgence, de l&rsquo;imm\u00e9diatet\u00e9, de la crise non anticip\u00e9e qui se donnent d&#8217;embl\u00e9e comme d\u00e9stabilisatrices.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est sans doute le propre de la vie adulte de devoir travailler avec une polychronie de temporalit\u00e9s, dont la gamme appara\u00eet toutefois de plus en plus \u00e9tendue en contexte postindustriel. Cette polychronie permet de ne pas succomber aux seules temporalit\u00e9s dominantes ; elle \u00e9vite dans le meilleur des cas \u00e0 l&rsquo;adulte de devenir tributaire de telle ou telle forme d&rsquo;injonction sociale productrice de r\u00e9p\u00e9titions et de rigidit\u00e9s. Dans des contextes o\u00f9 l&rsquo;adulte est plac\u00e9 face \u00e0 des temporalit\u00e9s qui lui sont impos\u00e9es, ces temporalit\u00e9s sociales ambiantes, la question demeure malgr\u00e9 tout de savoir si cet adulte peut prendre l&rsquo;initiative de r\u00e9agir en promouvant d&rsquo;autres temporalit\u00e9s, choisies par lui au sein des actions qu&rsquo;il d\u00e9roule : or si la vie adulte actuelle dispose d&rsquo;une gamme \u00e9tendue de temporalit\u00e9s, on peut jouer avec une telle opportunit\u00e9 pour que ces temporalit\u00e9s diversifi\u00e9es dans le meilleur des cas puissent \u00eatre am\u00e9nag\u00e9es et pour certaines d&rsquo;entre elles choisies.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\"><a id=\"5\" name=\"intro\"><\/a>5. Des parcours adultes de plus en plus atypiques<\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Avec les nouvelles temporalit\u00e9s dominantes de notre \u00e8re communicationnelle, nous sommes mis face \u00e0 des mouvements brouillons, saccad\u00e9s et pluriels du moment pr\u00e9sent, que ce pr\u00e9sent soit celui de la transition ou de l&rsquo;alternance, de l&rsquo;imm\u00e9diatet\u00e9 ou de l&rsquo;urgence, de la pluri-activit\u00e9 ou de l&rsquo;une ou l&rsquo;autre forme de mobilit\u00e9, voire de son contraire, le maintien. Dans ce d\u00e9cor disparate, on peut s&rsquo;interroger sur le sens que prend le parcours de la vie adulte, \u00e0 un moment justement o\u00f9 les th\u00e9oriciens de l&rsquo;orientation d\u00e9solidarisent cette derni\u00e8re de la seule jeunesse pour l&rsquo;\u00e9tendre aux diff\u00e9rents \u00e2ges de la vie et postulent \u00e0 son propos la figure du chaos vocationnel (Riverin- Simard, 1996). De leur c\u00f4t\u00e9 bon nombre d&rsquo;adultes interrog\u00e9s sur le sens qu&rsquo;ils donnent \u00e0 leur itin\u00e9raire disent en \u00e9cho qu&rsquo;ils ont eu jusqu&rsquo;ici un parcours atypique. Cette atypicit\u00e9 de parcours constat\u00e9e, voire revendiqu\u00e9e comme expression du chaos vocationnel<sup>4<\/sup> peut \u00eatre mise en lien avec le d\u00e9sordre des temporalit\u00e9s de la mobilit\u00e9 : un d\u00e9sordre polychronique qui tant\u00f4t fragilise la vie adulte aux prises avec un ordonnancement capricieux de son trajet existentiel, tant\u00f4t l&rsquo;exemplarise en lui conf\u00e9rant une singularit\u00e9 pourvoyeuse de reconnaissance. Ainsi, comme nous l&rsquo;avons signal\u00e9 d\u00e9j\u00e0, la figure embl\u00e9matique du projet refl\u00e8te-t-elle un tel d\u00e9sordre : hier outil d&rsquo;anticipation de l&rsquo;avenir, elle en est venue aujourd&rsquo;hui \u00e0 n&rsquo;\u00eatre plus que la r\u00e9plique \u00e0 l&rsquo;une ou l&rsquo;autre injonction paradoxale, voire \u00e0 une relecture de nos histoires de vie ou encore \u00e0 un am\u00e9nagement bricol\u00e9 de notre moment pr\u00e9sent. Mais dans le meilleur des cas, elle peut aider une exp\u00e9rience \u00e0 se dire dans son originalit\u00e9 d&rsquo;un projet de vie in\u00e9dit, saisi r\u00e9trospectivement. Ces parcours adultes atypiques ne sont plus guid\u00e9s par une perspective d&rsquo;avenir bien identifiable comme l&rsquo;\u00e9taient les trajectoires de la modernit\u00e9 pr\u00e9c\u00e9dente ; cet avenir en voie d&rsquo;effacement pour reprendre l&rsquo;expression de Taguieff (2000) ne remplit plus sa dimension d&rsquo;esp\u00e9rance, ce que soulignait d\u00e9j\u00e0 de son c\u00f4t\u00e9 d\u00e8s 1993 Besnier lorsqu&rsquo;il constatait notre incapacit\u00e9 actuelle \u00e0 assumer l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;avenir. Cette id\u00e9e dans son extr\u00eame discr\u00e9tion n&rsquo;appara\u00eet plus comme r\u00e9gulatrice dans l&rsquo;orientation d&rsquo;un parcours de vie : il semble donc qu&rsquo;il soit arriv\u00e9 quelque chose \u00e0 l&rsquo;avenir qui jadis ouvert para\u00eet d\u00e9sormais clos. Seul le pass\u00e9 va constituer ce r\u00e9gulateur \u00e0 travers l&rsquo;importance donn\u00e9e \u00e0 la m\u00e9moire contre l&rsquo;histoire en guise d&rsquo;exploration du pass\u00e9 (Bedarida, 2003), cette m\u00e9moire entrevue comme relation d&rsquo;int\u00e9riorit\u00e9 avec le pass\u00e9 (Traverso, 1980) et outil d&rsquo;une possible anticipation.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;atypicit\u00e9 du parcours adulte saisie par un retour sur son exp\u00e9rience pass\u00e9e reste tributaire des vicissitudes du moment pr\u00e9sent et de son hypertrophie qui fait passer l&rsquo;adulte au gr\u00e9 des \u00e9v\u00e8nements et des mobilit\u00e9s, de transition en transition. Elle prend acte de ce qui la constitue \u00e0 travers des temporalit\u00e9s paradoxales, int\u00e9gr\u00e9es \u00e0 l&rsquo;un ou l&rsquo;autre des deux dispositifs suivants :<br \/>\n&#8211; D&rsquo;une part un dispositif sous-jacent au parcours, pas toujours visible mais r\u00e9sistant et durable, constitu\u00e9 d&rsquo;une trajectoire singuli\u00e8re imprimant au parcours une certaine force et une direction ; cette trajectoire singuli\u00e8re, comme l&rsquo;a montr\u00e9 Bourdieu (1997) int\u00e9riorise \u00e0 sa fa\u00e7on chez l&rsquo;adulte et d&rsquo;abord l&rsquo;enfant qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 les trajectoires sociales ambiantes, notamment familiale et scolaire ; ce dispositif dans ses caract\u00e9ristiques propres g\u00e9n\u00e8re de la pr\u00e9visibilit\u00e9 et int\u00e8gre des \u00e9l\u00e9ments typiques familiers.<br \/>\n&#8211; D&rsquo;autre part un second dispositif plus conjoncturel, plus al\u00e9atoire, mixant le volontaire des projets et l&rsquo;involontaire des situations, un dispositif associ\u00e9 aux mobilit\u00e9s et opportunit\u00e9s ambiantes ; il s&rsquo;agit du parcours biographique proprement dit qui va accentuer, effacer, corriger, r\u00e9orienter la dite trajectoire singuli\u00e8re ; ce parcours fait de maintes atypicit\u00e9s devient aujourd&rsquo;hui de plus en plus impr\u00e9visible dans ses \u00e9tapes, ses orientations et ses r\u00e9orientations<sup>5<\/sup>.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Parler d&rsquo;atypicit\u00e9 des parcours adultes, c&rsquo;est donc \u00e9voquer deux r\u00e9alit\u00e9s paradoxales : sur fond de r\u00e9gularit\u00e9 associ\u00e9e \u00e0 une trajectoire singuli\u00e8re, r\u00e9plique de trajectoires sociales, se d\u00e9ploie l&rsquo;entrecroisement capricieux de temporalit\u00e9s disparates qui vont organiser le parcours biographique de l&rsquo;adulte.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\"><a id=\"6\" name=\"6\"><\/a>6. Vers une polychromie des temporalit\u00e9s adultes<\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Ce sont ces nouvelles temporalit\u00e9s dominantes que nous avons appr\u00e9hend\u00e9es plus haut, qui vont constituer la trame des textes qui vont suivre. De telles temporalit\u00e9s, foisonnantes dans leur d\u00e9sordre et largement tributaires de nos environnements communicationnels postmodernes seront mises en sc\u00e8ne dans les contributions subs\u00e9quentes qui chercheront \u00e0 les \u00e9clairer \u00e0 partir de tel ou tel point de vue sp\u00e9cifique. Tout en admettant que d&rsquo;autres d\u00e9coupages auraient \u00e9t\u00e9 possibles, la mise en ordre suivante t\u00e9moigne de cette polychronie des temporalit\u00e9s postmodernes \u00e0 travers des points de vue que nous avons regroup\u00e9s en sept entr\u00e9es diff\u00e9rentes dont chacune nous semble caract\u00e9ristique des dynamiques temporelles actuelles. C&rsquo;est ainsi que successivement seront pass\u00e9s en revue :<br \/>\n&#8211; Les temporalit\u00e9s que les jeunes projettent sur leur vie adulte \u00e0 venir (Carole Dimpre, Claude Savinaud) ;<br \/>\n&#8211; Les temporalit\u00e9s qui mettent en sc\u00e8ne le retour sur l&rsquo;exp\u00e9rience (Corinne Beillouin, Gilles Pinte) ;<br \/>\n&#8211; Les temporalit\u00e9s organis\u00e9es autour du projet de vie (Mich\u00e8le Cl\u00e9ach, Francis Danvers) ;<br \/>\n&#8211; Les temporalit\u00e9s qui favorisent une immersion dans le moment pr\u00e9sent (Jacques Aubret et Fabienne Meunier, Christian Heslon) ;<br \/>\n&#8211; Les temporalit\u00e9s du parcours de vie dans ses diff\u00e9rents \u00e9tats de continuit\u00e9, de rupture et d&rsquo;\u00e9ph\u00e9m\u00e8re (Jacqueline Monbaron, Mireille Prestini-Christophe) ;<br \/>\n&#8211; Les situations de vie o\u00f9 se rencontrent des temporalit\u00e9s inconciliables (Catherine N\u00e9groni, Pascal Roquet) ;<br \/>\n&#8211; Les temporalit\u00e9s associ\u00e9es \u00e0 la formation (Laurence Cocandeau, Francine d&rsquo;Ortun, Jacques Limoges).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">A la lecture des textes qui appr\u00e9hendent ces diff\u00e9rentes temporalit\u00e9s, nous red\u00e9couvrons la pertinence du propos d&rsquo;Aristote lorsqu&rsquo;il affirmait que le temps \u00e9tait le nombre du mouvement. Une telle affirmation peut nous aider \u00e0 comprendre comment notre actuelle soci\u00e9t\u00e9 de la mobilit\u00e9 est g\u00e9n\u00e9ratrice de temporalit\u00e9s foisonnantes hier in\u00e9dites, aujourd&rsquo;hui devenues banales mais brouill\u00e9es, associ\u00e9es \u00e0 l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration du temps v\u00e9cu. Dans un tel contexte au sein duquel nous \u00e9voluons nous constatons en effet que nous accordons de plus en plus d&rsquo;importance au temps, saisi dans sa raret\u00e9, notre temps disponible comme nos contraintes de temps, \u00e0 un moment o\u00f9 les temporalit\u00e9s qui encadrent nos activit\u00e9s quotidiennes nous font passer incessamment d&rsquo;une mobilit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;autre. Ce temps gagn\u00e9 ou perdu par les adultes \u00e0 travers l&rsquo;\u00e9v\u00e8nementiel, l&rsquo;instantan\u00e9it\u00e9 ou une certaine dur\u00e9e, ce temps gagn\u00e9 ou perdu par les organisations qui les emploient dans les flux tendus, le temps r\u00e9el ou l&rsquo;ing\u00e9nierie simultan\u00e9e est devenu un v\u00e9ritable budget temps \u00e0 forte charge symbolique, une nouvelle richesse ou la nouvelle pauvret\u00e9 des individus comme des organisations.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Ce temps v\u00e9cu simultan\u00e9ment comme perte, ressource, contrainte, impasse ou opportunit\u00e9, ce temps que nous n&rsquo;avons pas ou plus, pour accomplir telle ou telle t\u00e2che, faute de nous le donner, constitue donc un v\u00e9ritable enjeu. Un tel temps est \u00e0 approcher au travers de ces temporalit\u00e9s d\u00e9sordonn\u00e9es, saccad\u00e9es, plurielles qui repr\u00e9sentent certainement l&rsquo;une des marques les plus caract\u00e9ristiques de nos cultures postmodernes. Selon les circonstances, de telles temporalit\u00e9s peuvent conforter ou fragiliser une vie adulte aux prises avec l&rsquo;ordonnancement de son trajet existentiel d\u00e9programm\u00e9. Elles marquent pour le moins une m\u00e9tamorphose par rapport aux temporalit\u00e9s lin\u00e9aires encore en filigrane dans certains parcours.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Toujours est-il que de telles temporalit\u00e9s, tant\u00f4t en concurrence les unes avec les autres, tant\u00f4t en cohabitation plus ou moins tacite ou en simultan\u00e9it\u00e9 signent bien ce que Bujold et Gingras (2000) avaient pressentis, la fin de la carri\u00e8re, ce qu&rsquo;en d&rsquo;autres termes, de son c\u00f4t\u00e9 Cardinal \u00e9voque en parlant de carri\u00e8re \u00e9clat\u00e9e face aux exigences d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 de la mobilit\u00e9 qui impose une carri\u00e8re prot\u00e9iforme. C&rsquo;est donc ces nouvelles temporalit\u00e9s hier encore in\u00e9dites voire insolites que ce num\u00e9ro th\u00e9matique se propose de rep\u00e9rer et d&rsquo;\u00e9clairer empiriquement \u00e0 partir d&rsquo;un recueil de donn\u00e9es portant sur la perception qu&rsquo;en ont les adultes eux-m\u00eames, jeunes adultes, adultes du mitan de la vie, ou encore adultes accomplis, adultes femmes ou adultes hommes.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><a id=\"auteur\" name=\"auteur\"><\/a>Auteur<\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Enseignant-chercheur en Psycho-sociologie, <strong>Jean-Pierre Boutinet<\/strong> est Professeur \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 Catholique de l&rsquo;Ouest (U.C.O.) \u00e0 Angers et Directeur de l&rsquo;Institut de Psychologie et Sociologie Appliqu\u00e9es (I.P.S.A.). Il est par ailleurs Professeur associ\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Sherbrooke et Chercheur associ\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 Paris X-Nanterre. Courriel : jean-pierre.boutinet@wanadoo.fr<br \/>\nSite internet : <a href=\"http:\/\/www.jeanpierreboutinet.fr\">http:\/\/www.jeanpierreboutinet.fr<\/a><\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Universit\u00e9 Catholique de l&rsquo;Ouest &#8211; I.P.S.A.<br \/>\n3 place Andr\u00e9 Leroy<br \/>\nBP 10808 &#8211; 49008 ANGERS Cedex 01<\/p>\n<p class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><strong>Notes<\/strong><\/p>\n<ol class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">\n<li>Cf. \u00e0 ce sujet notre \u00e9tude <em>Vers une soci\u00e9t\u00e9 des agendas<\/em> (2004).<\/li>\n<li>C&rsquo;est au moment o\u00f9 la Modernit\u00e9 tardive bascule insensiblement vers la postmodernit\u00e9\u00a0qu&rsquo;Yves Barel attire notre attention sur la place \u00e0 accorder au paradoxe dans la fantastique\u00a0sociale. Cf. Yves Barel, <em>Le paradoxe et le syst\u00e8me<\/em>, 1989.<\/li>\n<li>Sur cette question de l&rsquo;immaturit\u00e9 actuelle de la vie adulte, cf. notre travail <em>L&rsquo;immaturit\u00e9 de la\u00a0vie adulte, 1998.<\/em><\/li>\n<li>Les adultes en formation interrog\u00e9s sur le sens qu&rsquo;ils donnent \u00e0 leur parcours de vie parlent\u00a0spontan\u00e9ment de parcours atypique de pr\u00e9f\u00e9rence \u00e0 parcours chaotique ; c&rsquo;est que le premier\u00a0sous-entend une id\u00e9e de valorisation quand le second v\u00e9hicule une id\u00e9e de d\u00e9pr\u00e9ciation.<\/li>\n<li>Sur cette notion de parcours biographique et son opposition \u00e0 celle de trajectoire, Cf. L&rsquo;espace\u00a0contradictoire des conduites \u00e0 projet : entre le projet d&rsquo;orientation du jeune et le parcours\u00a0atypique de l&rsquo;adulte, <em>L&rsquo;orientation scolaire et professionnelle<\/em> (\u00e0 para\u00eetre).<\/li>\n<\/ol>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><a id=\"abstract\" name=\"abstract\"><\/a>Abstract<\/h3>\n<p class=\"resume\" style=\"text-align: justify;\">While experienced time is specific to each individual, we nonetheless all have to face the same temporalities. In communicational civilization, conspicuous temporalities mainly concern the present time of urgency, immediateness, ephemerality and transition. Indeed, we neglect monochromatic temporalities, such as the circular temporalities of rural societies and the linear temporalities of industrial societies, and focus on new colourful temporalities with fuzzy outlines: temporalities that tend to hypertrophy the present moment. In such a novel cultural context, how can we situate the lives of adults who are used to working and orienting themselves in long-lasting temporalities? This requires acknowledging adult careers that are becoming less typical under pressure from the new dominant temporalities, which have not yet been inventoried. We also need to study the way postmodern adults use such polychromatic temporalities: how do they think about the future and plan career paths that take advantage of emancipating forms of temporality and distance from those that are considered to be enslaving? These are some of the questions that the contributions to this thematic number attempt to address.<\/p>\n<h3 class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\"><a name=\"references\"><\/a><span class=\"s-titre\">R\u00e9f\u00e9rences<\/span><\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">BAREL, Y. (1989).<em> Le paradoxe et le syst\u00e8me, Essai sur la fantastique sociale.<\/em> Grenoble : Presses universitaires de Grenoble.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">BEDARIDA, F. (2003). <em>Histoire, critique et responsabilit\u00e9.<\/em> Bruxelles : \u00c9ditions Complexe.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">BESNIER, J.M. (1993). <em>L&rsquo;humanisme d\u00e9chir\u00e9<\/em>. Paris : Descartes.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">BOLTANSKI, L. ; CHAPELLO, E. (1999). <em>Le nouvel esprit du capitalisme<\/em>. Paris : Galllimard.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">BOURDIEU, P. (1997). <em>M\u00e9ditations pascaliennes<\/em>. Paris : Le Seuil.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">BOUTINET, J.P. (1998).<em> L&rsquo;immaturit\u00e9 de la vie adulte<\/em>. Paris : Presses Universitaires de France.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">BOUTINET, J.P. 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Marcel Proust in Le temps&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":101011,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[96],"tags":[],"class_list":["post-7230","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-volume-11-numero-1-2007"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7230","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/101011"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7230"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7230\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7236,"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7230\/revisions\/7236"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7230"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7230"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7230"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}