{"id":7196,"date":"2007-02-07T14:27:13","date_gmt":"2007-02-07T13:27:13","guid":{"rendered":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/?p=7196"},"modified":"2016-02-07T14:36:38","modified_gmt":"2016-02-07T13:36:38","slug":"le-projet-a-lepreuve-du-trajet-dans-le-parcours-professionnel-du-sujet-adulte","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/2007\/le-projet-a-lepreuve-du-trajet-dans-le-parcours-professionnel-du-sujet-adulte\/","title":{"rendered":"Le projet \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve du trajet dans le parcours professionnel du sujet adulte"},"content":{"rendered":"<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Mich\u00e8le CL\u00c9ACH<a href=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2007\/02\/Volume11_1-2_projet-epreuve_089_trajet.pdf\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright wp-image-7075 size-full\" src=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2007\/02\/PDF.png\" alt=\"PDF\" width=\"50\" height=\"50\" \/><\/a><br \/>\n<\/em><\/strong><\/p>\n<hr width=\"100%\" \/>\n<p class=\"lien-1\" style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"#auteur\">Auteur<\/a><\/strong><\/p>\n<p class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><strong>R\u00e9sum\u00e9<a href=\"#abstract\">\/Abstract<\/a><\/strong><\/p>\n<p class=\"resume\" style=\"text-align: center;\"><em>Les parcours adultes fa\u00e7onn\u00e9s par le temps des projets<\/em><\/p>\n<p class=\"resume\" style=\"text-align: justify;\">Dans deux trajets d\u2019adultes marqu\u00e9s par un \u00e9v\u00e9nement \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de la vie adulte, \u00e9v\u00e9nement qui a fait bifurquer leur trajectoire, l\u2019auteur identifie les diff\u00e9rentes temporalit\u00e9s et les \u00e9tapes qui les ont conduits \u00e0 la mise en oeuvre d\u2019un projet collectif. En s\u2019appuyant sur la grille d\u2019analyse du projet propos\u00e9e par Jean-Pierre Boutinet, l\u2019auteur analyse de quelle fa\u00e7on le projet personnel a pu s\u2019articuler au projet collectif.<\/p>\n<p class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><strong>Contenu<\/strong><\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"#introduction\">Introduction<\/a><br \/>\n<a href=\"#1\">1. Le mode de recueils des r\u00e9cits<\/a><br \/>\n<a href=\"#2\">2. Des rep\u00e8res &#8211; ou balises &#8211; th\u00e9oriques <\/a><br \/>\n<a href=\"#3\">3. De l&rsquo;\u00e9v\u00e8nement marquant au projet<\/a><br \/>\n<a href=\"#4\">4. L&rsquo;espace du projet comme trajet professionnel et r\u00e9alisation du sujet<\/a><br \/>\n<a href=\"#conclusion\">Conclusion<\/a><\/strong><\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><a id=\"introduction\" name=\"introduction\"><\/a>INTRODUCTION<\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Nous traiterons dans cet article du temps du projet, et plus particuli\u00e8rement de l\u2019articulation du projet personnel et du projet collectif, dans des trajets d\u2019adultes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Notre exp\u00e9rience du projet &#8211; accompagnement d\u2019\u00e9tudiants dans la d\u00e9finition de leur projet professionnel, accompagnement d\u2019\u00e9quipes \u00e0 la conduite de projet, responsable de projets en formation d\u2019adultes &#8211; nous a amen\u00e9e \u00e0 d\u00e9velopper une relation critique avec le concept de projet, celui-ci \u00e9tant trop souvent pr\u00e9conis\u00e9 ou utilis\u00e9 comme rem\u00e8de \u00e0 tous les maux, qu\u2019il s\u2019agisse des personnes, des entreprises ou des institutions. Il nous semblait \u00e9galement que le projet \u00e9tait une r\u00e9ponse paradoxale aux temporalit\u00e9s auxquelles sont confront\u00e9s les acteurs sociaux. Temporalit\u00e9s de l\u2019urgence, de la simultan\u00e9it\u00e9, de l\u2019imm\u00e9diat, quand le projet rel\u00e8ve de la complexit\u00e9 et s\u2019inscrit dans un trajet de vie dans lequel coexistent les temporalit\u00e9s. Fallait-il pour autant rejeter en bloc le concept de projet, ou au contraire, examiner dans quelles conditions et dans quels contextes le projet restait un concept pertinent et sa mise en oeuvre, un mode de r\u00e9alisation personnel et collectif ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour ce faire, nous avons choisi d\u2019\u00e9tudier la conception et la r\u00e9alisation d\u2019un projet institutionnel (appel\u00e9 ici Art\u00e9mis) et d\u2019analyser la relation projet personnel \u2013 projet collectif, \u00e0 partir du r\u00e9cit de deux de ses protagonistes, Antoine et Alice, l\u2019un et l\u2019autre semblant l\u2019avoir v\u00e9cu comme une phase de maturit\u00e9 vocationnelle, maturit\u00e9 <em>\u00ab que l\u2019adulte obtient par ses r\u00e9alisations, par un engagement au contact de l\u2019exp\u00e9rience, d\u2019une exp\u00e9rience qui est pass\u00e9e par le conflit mais aussi l\u2019exploration d\u2019un espace des possibles.\u00bb<\/em> (Boutinet, 1995, page 63)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous avons fait donc l\u2019hypoth\u00e8se que la conduite de ce projet, le choix et les modes de management, la place du collectif et celle donn\u00e9e aux acteurs par l\u2019institution d\u2019une part et le responsable d\u2019autre part, ont permis aux acteurs de se r\u00e9aliser comme sujet en construisant leur projet personnel ; ce temps et cet espace du projet \u00e9tant ainsi, pour les adultes concern\u00e9s, un temps et un espace de maturation vocationnelle dans leur trajet d\u2019adulte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s avoir pr\u00e9sent\u00e9 le mode de recueil des r\u00e9cits d\u2019Antoine et d\u2019Alice, nous d\u00e9finirons notre cadre th\u00e9orique. Puis nous identifierons, dans une perspective comparative des deux trajets en amont du projet institutionnel, les diff\u00e9rentes temporalit\u00e9s travers\u00e9es par les deux sujets depuis leur entr\u00e9e dans la vie adulte, ainsi que les \u00e9v\u00e9nements marquants et les \u00e9l\u00e9ments qui les ont conduits \u00e0 prendre part au projet institutionnel et \u00e0 y occuper une place. Nous nous attacherons ensuite \u00e0 identifier ce qui, dans l\u2019espace du projet, a permis que cette temporalit\u00e9 soit v\u00e9cue par l\u2019un et par l\u2019autre comme une p\u00e9riode de r\u00e9alisation professionnelle et de r\u00e9alisation de soi.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><a id=\"1\" name=\"1\"><\/a>1. LE MODE DE RECUEIL DES R\u00c9CITS<\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Les deux r\u00e9cits ont \u00e9t\u00e9 recueillis au cours de l\u2019ann\u00e9e 2003. Antoine et Alice sont alors deux adultes au mitan de la vie qui ont respectivement 53 et 51 ans. Antoine, qui \u00e9tait responsable du projet, a quitt\u00e9 sa responsabilit\u00e9 et sa fonction depuis juin 2000. Alice, qui est dairectrice d\u2019Art\u00e9mis depuis mars 2000, est engag\u00e9e dans un processus de d\u00e9part volontaire de l\u2019Institution, d\u00e9part fix\u00e9 \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 2004.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le r\u00e9cit d\u2019Antoine a \u00e9t\u00e9 recueilli au cours d\u2019entretiens non directifs et organis\u00e9 par le narrataire <em>\u00ab en r\u00e9cit coh\u00e9rent d\u2019une s\u00e9quence signifiante et orient\u00e9e d\u2019\u00e9v\u00e9nements \u00bb<\/em> (Jean-Yves Robin, 2001). Le deuxi\u00e8me r\u00e9cit a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit par Alice dans le cadre d\u2019une d\u00e9marche autobiographique sur le rapport \u00e0 l\u2019\u00e9crit, mise en oeuvre pendant un s\u00e9minaire conduit par Danielle Desmarais<sup>1<\/sup> \u00e0 Paris 8 en juin-juillet de l\u2019ann\u00e9e 2004.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\"><a id=\"2\" name=\"2\"><\/a>2. DES REP\u00c8RES &#8211; OU BALISES &#8211; TH\u00c9ORIQUES<\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Dans nos soci\u00e9t\u00e9s postmodernes, l\u2019entr\u00e9e dans la vie adulte ne signe pas pour la personne, l\u2019acquisition, une fois pour toutes, d\u2019un \u00e9tat adulte. Le parcours de vie de la personne adulte est de plus en plus rarement un parcours lin\u00e9aire. Il est au contraire caract\u00e9ris\u00e9 par des al\u00e9as, des d\u00e9tours, des avanc\u00e9es et des r\u00e9gressions. Diff\u00e9rentes temporalit\u00e9s ou <em>\u00ab maturit\u00e9(s) et immaturit\u00e9( s) adultes \u00bb<\/em> (Boutinet, 1998), alternent ainsi tout au long du parcours de la vie adulte, qui font que, se sentir adulte ne rel\u00e8ve pas d\u2019un sentiment permanent.<\/p>\n<p class=\"intertitre\" style=\"text-align: justify;\"><strong>2.1 La maturit\u00e9 de la vie adulte<\/strong><\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Nous pouvons dire alors que la maturit\u00e9 chez l\u2019adulte s\u2019apparente \u00e0 <em>\u00ab un processus marqu\u00e9 par l\u2019instabilit\u00e9 \u00bb<\/em> (Boutinet, 1995), instabilit\u00e9 d\u2019autant plus pr\u00e9gnante depuis la fin des trente glorieuses et les crises successives travers\u00e9es par notre soci\u00e9t\u00e9 postmoderne et qui touchent aussi bien les institutions, les entreprises ou les personnes, le politique ou l\u2019\u00e9conomique. Ajout\u00e9 \u00e0 cela, le d\u00e9veloppement des nouvelles technologies qui a plac\u00e9 la communication au coeur de la vie de l\u2019individu postmoderne, l\u2019amenant \u00e0 vivre de nouvelles temporalit\u00e9s, sur le mode de l\u2019urgence et de l\u2019imm\u00e9diatet\u00e9 et qui renforcent l\u2019instabilit\u00e9 du processus de maturit\u00e9 chez l\u2019adulte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans ce processus, <em>\u00ab la maturit\u00e9 vocationnelle \u00bb<\/em> serait l\u2019id\u00e9al auquel l\u2019adulte aspire car il se traduit, au-del\u00e0 des crises travers\u00e9es, par un sentiment d\u2019autonomie et de r\u00e9alisation de soi. Mais si la maturit\u00e9 vocationnelle est l\u2019id\u00e9al vis\u00e9, elle reste un \u00e9tat instable qui n\u00e9cessite la prise en compte permanente du temps n\u00e9cessaire \u00e0 la maturation, l\u2019actualisation des possibilit\u00e9s et la capitalisation des exp\u00e9riences. Toutes choses qui peuvent aujourd\u2019hui para\u00eetre paradoxales, confront\u00e9es aux exigences de r\u00e9activit\u00e9 et de productivit\u00e9. Chaque crise travers\u00e9e par l\u2019adulte remettant en cause cette capacit\u00e9 \u00e0 se r\u00e9aliser soi-m\u00eame, la maturit\u00e9 vocationnelle serait alors <em>\u00ab un id\u00e9al \u00e0 privil\u00e9gier, un id\u00e9al accessible auquel se r\u00e9f\u00e9rer.\u00bb<\/em> (Boutinet, 1995, page 63)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais si la maturit\u00e9 de l\u2019\u00e2ge adulte est un processus marqu\u00e9 par l\u2019instabilit\u00e9 , avec ses crises, au sens d\u2019incertitudes existentielles, elle conna\u00eet aussi des transitions qui \u00e9voquent <em>\u00ab cette obligation dans laquelle se trouve l\u2019adulte en soci\u00e9t\u00e9 post-industrielle d\u2019avoir \u00e0 se construire un trajet, un itin\u00e9raire fait d\u2019\u00e9tapes pour aller continuellement d\u2019un lieu \u00e0 un autre <\/em>\u00bb ; la transition serait \u00e9galement un processus de passage qui <em>\u00ab vise \u00e0 am\u00e9nager une exp\u00e9rience de rupture sur un continuum.\u00bb<\/em> (Boutinet, 1995, page 58).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La transition peut \u00eatre v\u00e9cue sur plusieurs modes, selon qu\u2019elle est impos\u00e9e ou anticip\u00e9e et dans ce dernier cas, non souhait\u00e9e mais accept\u00e9e, ou encore, mode que nous retiendrons ici, anticip\u00e9e, d\u00e9sir\u00e9e et pr\u00e9par\u00e9e. Ce type de transition place l\u2019adulte concern\u00e9 dans une temporalit\u00e9 prospective qui peut \u00eatre caract\u00e9ris\u00e9e par <em>\u00ab la figure anticipatrice du projet \u00bb<\/em> (Boutinet, 1995, page 60).<\/p>\n<p class=\"intertitre\" style=\"text-align: justify;\"><strong>2.2 Le projet et ses paronymes<sup>2<\/sup><\/strong><\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Dans ce contexte d\u2019instabilit\u00e9, le concept de projet n\u00e9cessite d\u2019\u00eatre explicit\u00e9. Pour ce faire, nous retiendrons le postulat de Jean-Pierre Boutinet : <em class=\"txt-j\">\u00ab tout projet traduit cette conscientisation croissante que l\u2019acteur contemporain op\u00e8re sur son existence, aussi bien sur lui-m\u00eame que sur son environnement de vie \u00bb<\/em> (Boutinet, 2003, page 302). Dans cette perspective, le projet en tant que situation existentielle s\u2019articule autour de cinq termes, paronymes du pro-jet : <em class=\"txt-j\">su-jet, ob-jet, trajet, re-jet, sur-jet : \u00ab Il s\u2019agit toujours du <strong>projet <\/strong>d\u2019un <strong>sujet<\/strong> qui \u00e9tablit une relation pr\u00e9f\u00e9rentielle avec certains <strong>objets<\/strong>, sur le mode du <strong>rejet<\/strong> d\u2019autres objets. Ce projet qui anticipe permet de modaliser l\u2019exp\u00e9rience pass\u00e9e, en donnant la possibilit\u00e9 \u00e0 l\u2019acteur de mieux comprendre, de mieux se r\u00e9approprier son propre<strong> trajet<\/strong> personnel qui est un trajet sans cesse orient\u00e9 : <strong>pas de trajet sans projet<\/strong> comme nous avons eu l\u2019occasion de l\u2019\u00e9crire. Mais un tel trajet, esquisse d\u2019un projet possible, n\u2019est jamais une entreprise solitaire ; il demande \u00e0 \u00eatre \u00e9tay\u00e9 par des <strong>sujets<sup>3<\/sup><\/strong> qui constituent autant de tentatives de cr\u00e9er des liens sociaux, voire des ruptures.\u00bb<\/em> (Boutinet, Id., page 302). C\u2019est la prise en compte de chacune de ces cinq notions, leur articulation, la fa\u00e7on dont elles interagissent les unes sur les autres, qui feront du projet une r\u00e9ponse possible, mais toujours complexe, \u00e0 un questionnement existentiel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est int\u00e9ressant de noter que la notion de sujet en tant que personne, <em>\u00ab \u00e0 qui l\u2019on attribue une valeur qualitative unique<sup>4<\/sup> \u00bb<\/em> est apparue, comme le concept de projet, \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la Renaissance. Le sujet est caract\u00e9ris\u00e9 par sa subjectivit\u00e9, cette <em>\u00ab conscience que la personne d\u00e9veloppe d\u2019elle-m\u00eame et de son rapport au monde \u00bb<\/em> (Desmarais, 2003, page 259). Le sujet est donc inscrit dans une relation aux autres et au monde, et c\u2019est dans cette relation qu\u2019il peut se d\u00e9velopper. Pour d\u00e9finir le sujet dans notre soci\u00e9t\u00e9 postmoderne, nous retiendrons la d\u00e9finition de Bernard Charlot : <em>\u00ab Un sujet est :<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Un \u00eatre humain, ouvert sur un monde qui ne se r\u00e9duit pas \u00e0 ici et maintenant, porteur de d\u00e9sirs et port\u00e9 par ces d\u00e9sirs, en relation avec d\u2019autres \u00eatres humains, qui sont eux aussi des sujets ;<br \/>\n&#8211; Un \u00eatre social, qui na\u00eet et grandit dans une famille (ou un substitut de famille), qui occupe une position dans un espace social, qui est inscrit dans des rapports sociaux ;<br \/>\n&#8211; Un \u00eatre singulier, exemplaire unique de l\u2019esp\u00e8ce humaine, qui a une histoire, interpr\u00e8te le monde, fait sens de ce monde, de la position qu\u2019il y occupe, de ses relations aux autres, de sa propre histoire, de sa singularit\u00e9. \u00bb (1997, page 47)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le sujet est donc un \u00eatre en devenir, anim\u00e9 par ses d\u00e9sirs, qui se construit et se r\u00e9alise tout au long de son parcours de vie, par un travail sur soi, dans l\u2019interaction avec d\u2019autres sujets et l\u2019action sur son environnement. Ce travail du sujet c\u2019est l\u2019historicit\u00e9, <em>\u00ab cette capacit\u00e9 de distanciation de l\u2019individu dans le rapport \u00e0 son histoire, le travail qu\u2019il effectue pour en modifier le sens, pour tenter d\u2019en devenir le sujet, la possibilit\u00e9 d\u2019abandonner des habitus impropres et d\u2019en acqu\u00e9rir d\u2019autres pour faire face \u00e0 des situations nouvelles \u00bb<\/em> (de Gaulejac, 1987, page 45). La capacit\u00e9 d\u2019historicit\u00e9 est essentielle pour le sujet en projet, celui-ci n\u00e9cessitant au moment de sa conception une relecture de l\u2019histoire des personnes ou des institutions concern\u00e9es, la projection dans le futur \u00e9tant conditionn\u00e9e par un retour r\u00e9flexif sur le pass\u00e9. Le concept d\u2019historicit\u00e9 pose \u00e9galement la question du statut du sujet dans le cadre du projet : sujet-auteur du projet ou sujet-acteur, assujetti aux intentions de l\u2019auteur ou sujet-acteur \u00e0 qui il est donn\u00e9 les moyens de r\u00e9aliser ses propres intentions ? (Boutinet, 2004)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019objet, du latin objectum : qui est jet\u00e9 devant, est ce sur quoi va porter la pens\u00e9e et l\u2019action du sujet et qui le mettra en projet, de fa\u00e7on \u00e0 atteindre cet objet, qu\u2019il soit \u00e0 r\u00e9aliser ou \u00e0 am\u00e9liorer (Boutinet, 2003). L\u2019objet est donc toujours ext\u00e9rieur au sujet, situations, environnement, voire autres sujets qui existent en dehors de lui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le rejet est l\u2019activit\u00e9 du sujet qui consiste \u00e0 faire des choix dans ce qui lui est propos\u00e9. C\u2019est un \u00e9l\u00e9ment incontournable dans la construction du sujet. Dans le cadre du projet, il s\u2019agit de rejeter tout ce qui ne correspond pas \u00e0 son objet, tout ce qui n\u2019entre pas dans \u00ab le champ de ses intentions \u00bb. Le rejet peut concerner des objets, des acteurs ou des opportunit\u00e9s, il peut \u00eatre momentan\u00e9 ou diff\u00e9r\u00e9 (Boutinet, 2003).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le trajet est une notion fondamentale dans l\u2019analyse du projet. Il concerne le projet lui-m\u00eame, mais \u00e9galement le ou les sujets concern\u00e9s par le projet. Si le trajet est \u00ab le fait de parcourir un certain espace pour aller d\u2019un lieu \u00e0 un autre \u00bb (le Petit Robert), il contient, de fait, une dimension temporelle, cet espace se parcourant en un temps donn\u00e9. Deux trajets s\u2019articulent au sein d\u2019un projet : le trajet en amont et le trajet en aval. Le premier concerne les trajectoires des auteurs-acteurs du projet avant sa conception, <em>\u00ab Ce projet qui anticipe permet de modaliser l\u2019exp\u00e9rience pass\u00e9e, en donnant la possibilit\u00e9 \u00e0 l\u2019acteur de mieux comprendre, de mieux se r\u00e9approprier son propre trajet personnel qui est un trajet sans cesse orient\u00e9 \u00bb<\/em> (Boutinet, 2003, page 303), le deuxi\u00e8me anticipe les \u00e9tapes et les \u00e9ch\u00e9ances pour r\u00e9aliser le projet. C\u2019est au cours du trajet effectu\u00e9 que le sujet et le projet se r\u00e9alisent et se transforment. Le sujet agit sur le projet et le projet, se r\u00e9alisant, agit sur le sujet et le transforme. L\u2019analyse du trajet des sujets va nous permettre de rep\u00e9rer les \u00e9l\u00e9ments de leur parcours qui les ont conduits \u00e0 participer au projet collectif et \u00e0 y articuler leur propre projet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La notion de surjet emprunt\u00e9 \u00e0 la couture : le surjet est un point de couture utilis\u00e9 pour assembler deux \u00e9toffes bord \u00e0 bord. Quand le surjet est trop l\u00e2che, la couture craque, le tissu se d\u00e9chire. L\u2019image est significative de cet assemblage qui doit \u00eatre tenu serr\u00e9, mais suffisamment souple pour que les tissus puissent \u00ab travailler \u00bb, qu\u2019ils ne \u00ab tirent \u00bb pas chacun de leur c\u00f4t\u00e9, qu\u2019ils ne \u00ab froncent \u00bb pas. Qu\u2019ils tiennent ensemble mais que le \u00ab jeu \u00bb entre eux soit possible.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le projet, le surjet, c\u2019est la question du lien, le lien entre les acteurs, le lien avec l\u2019environnement, le lien social : <em>\u00ab Le surjet dans son souci de jeter un lien\u2026pose le probl\u00e8me de savoir au service de quel lien social se d\u00e9veloppent les conduites \u00e0 projet \u00bb<\/em> (Boutinet, 2004, page 88). Avec cette notion de surjet, le projet, ne trouve son sens que dans son inscription dans un espace social et <em>\u00ab qu\u2019il soit individuel ou collectif, il est destin\u00e9 \u00e0 s\u2019ouvrir sur un espace de n\u00e9gociation dont il ne peut faire l\u2019\u00e9conomie.\u00bb<\/em> (Boutinet, 2004, page 88). La notion de surjet est particuli\u00e8rement pertinente dans le cadre du projet collectif qui a pour ambition de permettre aux acteurs du projet de trouver du sens \u00e0 leur action, et, partant, de d\u00e9velopper leur propre projet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En abordant le projet par ces cinq paronymes, nous pouvons rep\u00e9rer d\u2019embl\u00e9e que le projet est une donn\u00e9e complexe qui n\u00e9cessite de prendre en compte diff\u00e9rentes temporalit\u00e9s : celle de la r\u00e9flexion et de la conception, celle de l\u2019action, celle des institutions et celle des acteurs qui y participent ou qui sont vis\u00e9s par le projet. Il y aura donc, dans notre soci\u00e9t\u00e9 de l\u2019urgence et de l\u2019imm\u00e9diatet\u00e9, des paradoxes \u00e0 g\u00e9rer dans la conception et la r\u00e9alisation d\u2019un projet.<\/p>\n<p class=\"intertitre\" style=\"text-align: justify;\"><strong>2.3 L\u2019\u00e9v\u00e8nement<\/strong><\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">A cette grille d\u2019analyse du projet et son inscription dans les temporalit\u00e9s, nous avons apport\u00e9 un \u00e9l\u00e9ment th\u00e9orique additionnel, celui de l\u2019\u00e9v\u00e9nement. En effet, tout trajet qu\u2019il soit celui du sujet ou celui du projet, est marqu\u00e9 par des \u00e9v\u00e9nements qui vont plus ou moins influencer le dit trajet de fa\u00e7on imm\u00e9diate ou diff\u00e9r\u00e9e. Nous retiendrons ici la d\u00e9finition donn\u00e9e par Mich\u00e8le Leclerc- Olive : <em>\u00ab un \u00e9v\u00e9nement est d\u2019abord un changement ou une perturbation dans un syst\u00e8me relationnel triangulaire dont les \u00e9l\u00e9ments constitutifs sont respectivement la personne elle-m\u00eame, les autres et le r\u00e9f\u00e9rent \u00ab objectif \u00bb, nous voulons d\u00e9signer \u00ab le monde \u00bb, la r\u00e9alit\u00e9 telle qu\u2019elle est socialement construite \u00bb<\/em> (Leclerc-Olive, 1997, page 58). Autrement dit, l\u2019\u00e9v\u00e9nement est ce qui vient perturber le cours des choses et modifier la relation que le sujet entretient avec les autres sujets et le contexte social dans lequel il \u00e9volue. Il existe cependant des \u00e9v\u00e9nements de nature diff\u00e9rente. Danielle Desmarais propose de classer les \u00e9v\u00e9nements en deux cat\u00e9gories, la premi\u00e8re relevant de la perspective objectiviste, celle d\u2019un \u00e9v\u00e9nement ext\u00e9rieur au sujet, la deuxi\u00e8me relevant de la perspective subjectiviste, l\u2019\u00e9v\u00e9nement \u00e9tant <em>\u00ab en quelque sorte, cr\u00e9\u00e9 par le sujet-acteur, d\u2019une importance toute particuli\u00e8re dans les parcours de vie, en fonction de la charge signifiante qu\u2019ils portent pour le sujet-acteur. \u00bb<\/em> (Desmarais, 2005, page 30) Ces deux grandes cat\u00e9gories nous semblent recouvrir \u00ab les modalit\u00e9s id\u00e9ales-typiques diff\u00e9rentes de l\u2019\u00e9v\u00e9nement \u00bb, au nombre de quatre, r\u00e9pertori\u00e9es par Mich\u00e8le Leclerc-Olive (1997) : l\u2019accident, l\u2019\u00e9v\u00e9nement dans le monde, l\u2019action, la rencontre. \u00ab L\u2019accident \u00bb (par exemple la maladie) et \u00ab l\u2019\u00e9v\u00e9nement dans le monde \u00bb rel\u00e8veraient de la perspective objectiviste, \u00ab l\u2019action \u00bb, de la perspective subjectiviste. Cependant, la derni\u00e8re modalit\u00e9, \u00ab la rencontre \u00bb, pourra \u00eatre class\u00e9e dans l\u2019une ou l\u2019autre cat\u00e9gorie selon que le sujet la subisse ou au contraire, agisse sur elle, voire la provoque. De la m\u00eame fa\u00e7on, l\u2019action du sujet sur un \u00e9v\u00e9nement de type objectiviste pourra modifier l\u2019impact de celui-ci sur son trajet.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><a id=\"3\" name=\"3\"><\/a>3. DE L\u2019\u00c9V\u00c9NEMENT MARQUANT AU PROJET<\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Notre recherche porte donc sur le temps de conception et de r\u00e9alisation du projet \u00ab Art\u00e9mis \u00bb, soit une d\u00e9cennie, du d\u00e9but des ann\u00e9es 1990 jusqu\u2019en 2000, sur la fa\u00e7on dont ce projet a \u00e9t\u00e9 v\u00e9cu et sur ce qu\u2019il a produit pour ces deux acteurs. Cependant le sens de cette exp\u00e9rience pour Antoine et Alice ne peut \u00eatre compris sans faire au minimum retour sur leurs trajets respectifs, ceux-ci \u00e9tant, comme dans tout trajet de vie adulte, constitu\u00e9s d\u2019exp\u00e9riences successives, d\u2019avanc\u00e9es, de r\u00e9gressions, de d\u00e9placements.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous ne rapporterons pas ici l\u2019analyse de la totalit\u00e9 du trajet d\u2019Antoine et de celui d\u2019Alice. Nous ne dirons rien de leurs trajets avant leur entr\u00e9e dans la vie adulte, m\u00eame s\u2019ils comportent des \u00e9v\u00e9nements importants et non sans cons\u00e9quence pour leur vie d\u2019adulte. Nous prendrons comme point de d\u00e9part de l\u2019analyse de leurs trajets respectifs le m\u00eame \u00e9v\u00e9nement marquant (Leclerc- Olive, 1997), qui intervient au seuil de leur entr\u00e9e dans la vie adulte : l\u2019abandon des \u00e9tudes universitaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet \u00e9v\u00e9nement qui se situe au d\u00e9but des ann\u00e9es 70 n\u2019aura pas le m\u00eame impact pour l\u2019un et pour l\u2019autre. Pour Antoine, les \u00e9tudes sup\u00e9rieures r\u00e9pondaient \u00e0 un projet professionnel. Leur interruption est li\u00e9e \u00e0 sa situation familiale qui n\u00e9cessite qu\u2019il gagne sa vie : \u00ab Pour diverses raisons, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 amen\u00e9 \u00e0 interrompre des \u00e9tudes qui, logiquement, m\u2019auraient entra\u00een\u00e9 vers la formation de jeunes, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 un poste d\u2019enseignant. Je les ai interrompues pour des raisons tout \u00e0 fait concr\u00e8tes, mat\u00e9rielles et p\u00e9cuniaires, puisqu\u2019il fallait faire bouillir la marmite. \u00bb Quant \u00e0 Alice, au sortir du lyc\u00e9e, son choix de fili\u00e8re s\u2019est fait \u00ab en n\u00e9gatif \u00bb : \u00ab philo, en partie pour me prouver que la philo c\u2019est autre chose que cette bouillie qui nous a \u00e9t\u00e9 servie jusque-l\u00e0, en partie parce que la philo n\u2019est pas enseign\u00e9e \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de X \u00bb. Il s\u2019agit pour elle de se d\u00e9rober \u00e0 la domination paternelle mais, encore mineure, elle n\u2019a pas obtenu l\u2019autorisation de partir \u00e0 Paris comme elle le souhaitait et elle ne s\u2019adapte ni \u00e0 la ville, ni \u00e0 l\u2019universit\u00e9 o\u00f9 elle a d\u00fb s\u2019inscrire : \u00ab Je ne m\u2019acclimate pas \u00e0 l\u2019univers universitaire et je \u00ab s\u00e8che \u00bb une grande partie des cours. Je n\u2019investis pas non plus cette ville qui m\u2019a \u00e9t\u00e9 impos\u00e9e, je reste sur mon d\u00e9sir d\u2019aller vivre \u00e0 Paris \u00bb et elle interrompt ses \u00e9tudes sans avoir obtenu de dipl\u00f4me. Interruption qu\u2019elle explique par l\u2019incapacit\u00e9 \u00e0 faire du sens avec les mondes auxquels elle est confront\u00e9e, mondes qui ne s\u2019articulent pas avec son propre \u00ab monde-de-vie<sup>5<\/sup>\u00bb, d\u2019autant plus qu\u2019aucun projet ne sous-tend ses \u00e9tudes universitaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si l\u2019abandon des \u00e9tudes n\u2019est pas pour Antoine raison de renoncement : \u00ab A la suite de discussions avec diff\u00e9rentes personnes, je m\u2019\u00e9tais dit, apr\u00e8s tout, peut-\u00eatre qu\u2019on peut y arriver par la formation permanente, et puis j\u2019avais vaguement entendu parler de l\u2019existence d\u2019une \u00e9cole \u00e0 formation professionnelle interne \u00bb. L\u2019id\u00e9e m\u00eame des \u00e9tudes sera abandonn\u00e9e pour longtemps par Alice. Au cours d\u2019un s\u00e9jour en Provence en 1973, elle a l\u2019opportunit\u00e9 d\u2019apprendre le tissage \u00e0 la main pour lequel elle \u00e9prouve un int\u00e9r\u00eat imm\u00e9diat : \u00ab Je pars deux mois en Su\u00e8de apprendre le tissage \u00e0 la main. Fin 1975 j\u2019installe une boutique avec un copain architecte reconverti dans la fabrication de m\u00e9tiers \u00e0 tisser. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour l\u2019un et l\u2019autre, l\u2019arr\u00eat des \u00e9tudes marque un tournant important dans leur orientation. La trajectoire d\u2019Antoine va se poursuivre sur le fil rouge de ce projet retard\u00e9, tandis qu\u2019Alice, dont le parcours universitaire ne r\u00e9pond \u00e0 aucun projet, m\u00eame flou, aura un cheminement fait de plus de d\u00e9tours et de t\u00e2tonnements dans lequel cependant on retrouvera des constantes au travers des activit\u00e9s exerc\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le regard que porte Antoine sur cet \u00e9v\u00e9nement et ses cons\u00e9quences sur son parcours, reste un regard positif, m\u00eame s\u2019il n\u2019\u00e9chappe pas, du fait de cette interruption d\u2019\u00e9tudes, \u00e0 ce qu\u2019on appelle aujourd\u2019hui \u00ab la gal\u00e8re \u00bb, mais dont il dit : \u00ab \u00e0 l\u2019\u00e9poque, je le vivais comme une instabilit\u00e9 mais je ne le vivais pas mal, je passais d\u2019une bo\u00eete \u00e0 l\u2019autre, je changeais de boulot tous les deux-trois mois, c\u2019\u00e9tait pas grave pour moi, \u00e7a me construisait de l\u2019exp\u00e9rience, m\u00eame si les boulots n\u2019\u00e9taient pas toujours folichons \u00bb. Cependant, apr\u00e8s cette p\u00e9riode d\u2019instabilit\u00e9, il int\u00e8gre la grande entreprise nationale (fin des ann\u00e9es 1970) dont il savait qu\u2019elle poss\u00e9dait en interne une \u00e9cole de formation, mais o\u00f9, dit-il, \u00ab j\u2019ai \u00e9t\u00e9 pris dans des logiques syndicales et rapidement, on m\u2019a propos\u00e9 de participer \u00e0 un stage de formation syndicale \u00bb. A partir de l\u00e0, les choses vont tr\u00e8s vite s\u2019encha\u00eener et, s\u2019il n\u2019int\u00e8gre pas cette \u00e9cole de formation initialement vis\u00e9e, il entre dans le syst\u00e8me de formation de son organisation syndicale : animateur, formateur, responsable de formation au niveau d\u00e9partemental. D\u2019exp\u00e9rience en exp\u00e9rience, il va se forger une culture et une comp\u00e9tence en formation d\u2019adultes, en participant par exemple \u00e0 une formation de formateurs dont il dit \u00ab c\u2019est une session qui m\u2019a vraiment fait franchir un cran \u00bb et il aborde sa responsabilit\u00e9 d\u00e9partementale en ayant d\u00e9j\u00e0 une pens\u00e9e construite sur ce que doivent \u00eatre les objectifs et les finalit\u00e9s de la formation syndicale : \u00ab il fallait travailler sur l\u2019articulation des fonctions, et notamment former en m\u00eame temps les responsables, si on voulait que les militants de base puissent \u00eatre form\u00e9s valablement ; qu\u2019il puisse y avoir un discours commun, un vocabulaire commun, des fa\u00e7ons communes d\u2019agir et de faire bouger le tissu militant, mais aussi la structure. \u00bb Par ailleurs, un \u00e9v\u00e9nement ext\u00e9rieur &#8211; de l\u2019ordre de l\u2019\u00e9v\u00e9nement objectif &#8211; une crise politique \u00e0 l\u2019\u00e9chelon sup\u00e9rieur de son organisation syndicale qui rend cette structure inop\u00e9rante, va l\u2019amener \u00e0 occuper, de fait, la place d\u00e9laiss\u00e9e par cette structure : \u00ab Ce qui fait que je me suis retrouv\u00e9 \u00e0 monter des dispositifs, \u00e0 participer \u00e0 des groupes de travail auxquels, normalement, en toute logique, je n\u2019aurais pas d\u00fb participer; je l\u2019ai fait par d\u00e9faut d\u2019une participation des acteurs l\u00e9gitimes \u00bb, jusqu\u2019\u00e0 sa participation \u00e0 la conception du projet Art\u00e9mis : \u00ab d\u00e9j\u00e0 \u00e0 cette \u00e9poque-l\u00e0, j\u2019ai particip\u00e9 \u00e0 la construction du projet Art\u00e9mis, m\u00eame si c\u2019\u00e9tait pas toujours apparent \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quant \u00e0 Alice, \u00e0 d\u00e9faut de projet, et sans aucun regret du langage, du savoir et du monde universitaire, elle va se d\u00e9placer vers d\u2019autres activit\u00e9s et d\u2019autres apprentissages \u00e0 partir desquels, dit-elle, \u00ab je pouvais cr\u00e9er de la relation, construire du sens \u00bb. Nous n\u2019\u00e9voquerons pas ici la s\u00e9rie de \u00ab petits boulots \u00bb qu\u2019a connus Alice au sortir de l\u2019universit\u00e9 \u2013 vendeuse, secr\u00e9taire, enqu\u00eatrice\u2026 &#8211; comme nous ne reprendrons pas non plus toutes les activit\u00e9s dont elle parle dans son r\u00e9cit. Nous nous attacherons \u00e0 celle du tissage, d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9e, car elle rel\u00e8ve \u00e0 notre sens d\u2019une temporalit\u00e9 et d\u2019un espace particulier dans le trajet d\u2019Alice et elle nous semble annonciatrice de la fa\u00e7on dont Alice va vivre la suite de son parcours.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A l\u2019issue de sa premi\u00e8re exp\u00e9rience de tissage, Alice d\u00e9cide d\u2019en faire son m\u00e9tier et apr\u00e8s quelques mois d\u2019activit\u00e9 lucrative pour payer son voyage et sa formation, elle part se former \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, acqu\u00e9rir un savoir-faire qui fait d\u00e9faut en France. Bien qu\u2019en d\u00e9licatesse avec les apprentissages techniques et technologiques, Alice assumera cet effort qui r\u00e9pond \u00e0 un objectif qu\u2019elle s\u2019est fix\u00e9. Pendant quelques ann\u00e9es elle exercera cette activit\u00e9 : cr\u00e9ation textile, formation, organisation d\u2019un voyage d\u2019\u00e9tudes \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, participation \u00e0 des salons, au comit\u00e9 de r\u00e9daction et r\u00e9dactrice d\u2019un journal professionnel\u2026 mais cr\u00e9ation et commerce ne vont pas toujours de pair et Alice est contrainte, faute d\u2019arriver \u00e0 en vivre, d\u2019y renoncer. Cet \u00e9v\u00e9nement, s\u2019il comporte sa part d\u2019\u00e9chec, n\u2019est cependant pas du m\u00eame ordre que l\u2019abandon des \u00e9tudes une dizaine d\u2019ann\u00e9es plus t\u00f4t. Certes, il va entra\u00eener un nouveau changement, un nouveau choix par d\u00e9faut, mais le bilan de ces ann\u00e9es, du point de vue de la construction du sujet, est un bilan positif : nouveaux apprentissages, nouveaux liens sociaux, nouveaux rapports au monde et \u00e0 soi-m\u00eame. Dans cette activit\u00e9 artisanale, par essence solitaire et individuelle, Alice aura articul\u00e9 son projet personnel \u00e0 celui d\u2019autres artisans, au travers de temporalit\u00e9s diff\u00e9rentes, recherchant des synergies (voyage d\u2019\u00e9tudes), participant au partage des connaissances et des informations (revue professionnelle) et \u00e0 la transmission des comp\u00e9tences (formation), sans oublier la production (n\u00e9cessitant cr\u00e9ation et autoformation) et la commercialisation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous sommes alors au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, et Alice \u2013 comme Antoine quelques ann\u00e9es plus t\u00f4t &#8211; fait le choix, contrainte par la n\u00e9cessit\u00e9 de gagner sa vie, d\u2019entrer dans une grande entreprise de service public o\u00f9 elle occupe un emploi d\u2019agent commercial dans un service dans lequel travaillent environ trois cents personnes, dont une centaine en simultan\u00e9e. Elle adh\u00e8re au m\u00eame moment \u00e0 une organisation syndicale dont elle s\u2019est toujours sentie proche. Tr\u00e8s vite, elle va accepter de se pr\u00e9senter aux \u00e9lections professionnelles, assumer des mandats puis des responsabilit\u00e9s. Dans cette entreprise, les modes de management dans les services op\u00e9rationnels sont encore tr\u00e8s hi\u00e9rarchis\u00e9s et infantilisants ; l\u2019engagement syndical lui appara\u00eet comme le seul moyen d\u2019agir sur le syst\u00e8me en place, en construisant de l\u2019action collective. S\u2019affirme ainsi le sujet (sociologique) d\u00e9fini par Claude Dubar : \u00ab <em>\u00ab \u00catre sujet, c\u2019est d\u2019abord refuser pour soi et pour les autres, les rapports de domination, d\u2019assujettissement, d\u2019autorit\u00e9 impos\u00e9e arbitrairement, de m\u00e9pris et de subordination personnelle\u2026C\u2019est pouvoir entrer volontairement dans des actions collectives susceptibles d\u2019am\u00e9liorer son propre sort et celui des plus d\u00e9munis. \u00bb<\/em> (Dubar, 2000, page 222). Entr\u00e9e dans l\u2019entreprise sans projet, ni professionnel, ni personnel, Alice se sent rapidement prise dans la nasse d\u2019un fonctionnement archa\u00efque. L\u2019investissement syndical est pour elle un engagement dans un projet collectif o\u00f9 l\u2019individu a toute sa place, o\u00f9 il trouve une r\u00e9ponse au besoin d\u2019individuation, de responsabilisation et de reconnaissance personnelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces s\u00e9quences de la vie d\u2019Alice s\u2019inscrivent dans<em> \u00ab les perspectives plurielles de la vie adulte<sup>6<\/sup> \u00bb<\/em> : illustration de la diversit\u00e9, des variations, des contrastes qui peuvent exister \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un parcours de vie et qui am\u00e8nent l\u2019adulte \u00e0 n\u00e9gocier et \u00e0 composer avec la r\u00e9alit\u00e9 objective. Les ann\u00e9es o\u00f9 elle exer\u00e7ait ses activit\u00e9s de tissage ont \u00e9t\u00e9 pour elle des ann\u00e9es d\u2019apprentissage et de d\u00e9veloppement ; confront\u00e9e \u00e0 une situation de travail qui n\u2019y contribue pas, ce ne sera pas dans une trajectoire professionnelle qu\u2019elle r\u00e9alisera son projet mais dans une trajectoire syndicale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En participant aux formations syndicales propos\u00e9es par l\u2019organisation, Alice rencontrera Antoine. Le projet institutionnel (Art\u00e9mis) est en gestation. Antoine lui propose d\u2019y participer, ce qu\u2019elle fera, \u00e0 temps partiel pendant trois ans, pendant lesquelles elle se formera en interne et \u00e0 plein temps \u00e0 partir de 1995, apr\u00e8s une ann\u00e9e de formation universitaire \u00e0 l\u2019ing\u00e9nierie de formation. S\u2019articuleront alors le projet professionnel et le projet syndical, les projets personnels et le projet collectif dans une pluralit\u00e9 de temporalit\u00e9s li\u00e9es \u00e0 l\u2019alternance de l\u2019action, la r\u00e9flexion, la production et la formation.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\"><a id=\"4\" name=\"4\"><\/a>4. L\u2019ESPACE DU PROJET COMME TRAJET PROFESSIONNEL ET R\u00c9ALISATION DU SUJET<\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">En 1992, \u00ab Art\u00e9mis\u00bb existe d\u00e9j\u00e0, mais \u00e0 l\u2019\u00e9tat embryonnaire. C\u2019est l\u2019institut de formation d\u2019une organisation syndicale qui a connu quelques probl\u00e8mes \u2013 \u00e9conomiques et politiques \u2013 au cours des ann\u00e9es 80. Il s\u2019agit alors de d\u00e9velopper l\u2019activit\u00e9 et d\u2019assurer sa p\u00e9rennit\u00e9 \u00e9conomique. Cette responsabilit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 confi\u00e9e \u00e0 Antoine, \u00e0 charge pour lui de constituer une \u00e9quipe de militants pr\u00eats \u00e0 s\u2019embarquer avec lui dans cette aventure.<\/p>\n<p class=\"intertitre\"><strong>4.1 Les intentions du projet<\/strong><\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">La reprise d\u2019\u00e9tudes, pour Antoine et tous les acteurs du projet, et par cons\u00e9quent pour Alice, sera un \u00e9l\u00e9ment incontournable. Dans cette exigence, il y a bien s\u00fbr cette deuxi\u00e8me chance dont parle Antoine \u00ab Et puis, dans la vie, on fait quelquefois \u00e0 un endroit ce qu\u2019on n\u2019a pas pu faire \u00e0 d\u2019autres, il y a des effets de rattrapage, certains parlent de deuxi\u00e8me chance \u00bb. Il y a aussi le souvenir d\u2019une rencontre avec une femme qui professait \u00ab qu\u2019il fallait travailler \u00e0 la reconversion des responsables d\u00e8s le moment o\u00f9 ils arrivaient en poste \u2026 et je m\u2019\u00e9tais bien promis d\u2019essayer de mettre cette id\u00e9e en oeuvre au moment o\u00f9 j\u2019aurais \u00e0 assumer une responsabilit\u00e9 \u00bb (Antoine). Mise en oeuvre d\u2019abord pour lui-m\u00eame : \u00ab J\u2019ai engag\u00e9 un certain nombre de d\u00e9marches pour m\u2019inscrire \u00e0 l\u2019universit\u00e9\u2026j\u2019ai commenc\u00e9 par un bilan de comp\u00e9tences\u2026et, derri\u00e8re, j\u2019ai engag\u00e9 un processus de formation, d\u2019abord de validation des acquis de l\u2019exp\u00e9rience\u2026 \u00bb, Antoine entra\u00eene dans son sillage les autres acteurs du projet : \u00ab \u2026on a pris un engagement \u00e0 plusieurs pour entrer dans cette formation-l\u00e0 \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a enfin la volont\u00e9 de faire de ces acteurs des professionnels de la formation : \u00ab il y a un passage oblig\u00e9 par l\u2019universit\u00e9. Ce sera une constante de l\u2019institution : se former quand on arrive, continuer \u00e0 se former pendant qu\u2019on est l\u00e0 ! \u00bb (Alice). La formation continue est l\u2019une des formes que prendra la professionnalisation, parce qu\u2019elle permet d\u2019introduire de l\u2019alternance dans un syst\u00e8me o\u00f9 l\u2019action et la production sont intenses. L\u2019alternance action-formation, c\u2019est aussi ce qui contribue \u00e0 d\u00e9velopper de nouvelles comp\u00e9tences individuelles et de la comp\u00e9tence collective. \u00ab Une des choses importantes qui a marqu\u00e9 cette \u00e9tape-l\u00e0, je crois, c\u2019est le fait d\u2019\u00eatre dans un dispositif de professionnalisation : cela te fait prendre de la distance par rapport \u00e0 ce que tu es amen\u00e9 \u00e0 produire\u2026 tu es toujours en train de te r\u00e9interroger, \u00ab finalement ce que je fais, pourquoi je le fais ? \u00bb, et comme dans le m\u00eame temps tu as des apports th\u00e9oriques, cela t\u2019oblige \u00e0 repositionner les fondements de tes pratiques, de tes valeurs et de tes choix, \u00e7a fait un travail assez intense qui a son importance , d\u2019allers-retours avec une r\u00e9alit\u00e9 que tu essayes de faire bouger. \u00bb (Antoine)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Se professionnaliser, c\u2019est enfin pour tous les acteurs du projet d\u2019institut de formation syndicale le socle sur lequel va se construire leur nouvelle identit\u00e9 professionnelle. En d\u00e9veloppant leurs comp\u00e9tences (par la formation et la pratique), ils vont pouvoir assumer des t\u00e2ches et des responsabilit\u00e9s de plus en plus importantes et plus complexes dans lesquelles ils auront le sentiment de se r\u00e9aliser, et ainsi se reconna\u00eetre dans cette nouvelle identit\u00e9, identit\u00e9<em> \u00ab pour soi \u00bb<\/em>, comme ils auront la reconnaissance <em>\u00ab pour autrui \u00bb<\/em> des acteurs institutionnels ou destinataires des actions de formation : <em>\u00ab l\u2019identification par autrui est, en quelque sorte, redoubl\u00e9e par une identit\u00e9 pour soi qui assure une certaine co\u00efncidence entre le Moi attribu\u00e9 et le Soi revendiqu\u00e9. \u00bb<\/em> (C. Dubar, 2000, page 174)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La reprise d\u2019\u00e9tudes est le premier pas vers la professionnalisation pour tous les acteurs, c\u2019est la concr\u00e9tisation du projet \u00ab Art\u00e9mis\u00bb qui va leur permettre de devenir des professionnels de la formation et de se r\u00e9aliser pleinement. L\u2019exp\u00e9rience v\u00e9cue par chacun des acteurs, la possibilit\u00e9 qui leur est donn\u00e9e de concr\u00e9tiser leurs nouveaux acquis et de d\u00e9velopper leurs comp\u00e9tences, feront d\u2019Art\u00e9mis un espace de r\u00e9alisation professionnelle.<\/p>\n<p class=\"intertitre\" style=\"text-align: justify;\"><strong>4.2 Des \u00e9l\u00e9ments qui font sens<\/strong><\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Faute de pouvoir pr\u00e9senter ici la totalit\u00e9 de l\u2019analyse du projet Art\u00e9mis, nous avons isol\u00e9 quatre \u00e9l\u00e9ments identifi\u00e9s dans les r\u00e9cits d\u2019Antoine et d\u2019Alice qui pr\u00e9sident \u00e0 son fonctionnement, et qui nous ont paru essentiels quant au sens (direction et signification) donn\u00e9 \u00e0 l\u2019action men\u00e9e par les acteurs :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>&#8211; Une vision globale de la formation<\/strong><br \/>\nLa formation s\u2019inscrit dans le projet de l\u2019Organisation. Cela se traduit par la prise en compte des diff\u00e9rents acteurs : \u00ab on pensait articulation d\u2019un dispositif, d\u00e9veloppement des comp\u00e9tences dans diff\u00e9rents domaines, et en m\u00eame temps articulation sur un ensemble de niveaux de responsabilit\u00e9s \u00bb (Antoine) ; des diff\u00e9rents niveaux d\u2019action ; des \u00e9l\u00e9ments de contexte agissant sur l\u2019Organisation, \u00ab le turn-over, la faiblesse du tissu militant \u00bb (Antoine) ; des priorit\u00e9s d\u00e9finies en Congr\u00e8s, \u00ab le d\u00e9veloppement de la syndicalisation et la structuration et la formation des \u00e9quipes, y compris des responsables \u00bb. (Antoine)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>&#8211; Un fonctionnement collectif<\/strong><br \/>\nLe fonctionnement d\u2019Art\u00e9mis est organis\u00e9 et cadr\u00e9 collectivement : \u00ab Nous nous r\u00e9unissons une journ\u00e9e par mois. C\u2019est au cours de ces r\u00e9unions que les projets sont d\u00e9battus, en g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 partir de notes \u00e9crites par le responsable du dossier, d\u00e9cid\u00e9s collectivement\u2026 \u00bb (Alice). Cette organisation permet le d\u00e9bat et la recherche de consensus ainsi que la prise en compte des champs de pr\u00e9dilection des uns ou des autres, tout en assurant l\u2019activit\u00e9 : \u00ab il peut y avoir un partage op\u00e9rationnel selon les comp\u00e9tences, certains ayant plus de go\u00fbt pour telle ou telle activit\u00e9, tout en essayant de couvrir l\u2019ensemble du spectre des formations \u00bb (Antoine). Mais la responsabilit\u00e9 d\u2019un dossier n\u2019exclut pas d\u2019\u00eatre sollicit\u00e9s sur d\u2019autres dossiers qui n\u00e9cessitent un investissement important : <em>\u00ab \u00e0 chacun ensuite de les mettre en oeuvre, quitte \u00e0 solliciter tout ou partie de l\u2019\u00e9quipe selon les besoins \u00bb (Alice). Ce mode de fonctionnement qui concerne \u00ab la participation \u00e0 des actions avec d\u2019autres qui sont des \u00ab partenaires \u00bb, sur la base d\u2019un lien volontaire, \u00ab c\u2019est aussi la reconnaissance de chacun des partenaires comme acteur personnel autant que social \u00bb<\/em> (Dubar, 2000, page 195).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>&#8211; Des actions collectives<\/strong><br \/>\nL\u2019\u00e9quipe travaille collectivement sur la conception de produits et participe \u00e0 leur mise en oeuvre. Alice \u00e9voque dans son r\u00e9cit la conception d\u2019un dispositif embl\u00e9matique de l\u2019Institut, la formation des animateurs de formation : \u00ab Chaque ann\u00e9e, fin ao\u00fbt, nous nous \u00ab enfermons \u00bb pour un s\u00e9minaire de quatre \u00e0 cinq jours selon les ann\u00e9es. Le premier e\u00fbt lieu en 1993. Il a \u00e9t\u00e9 qualifi\u00e9 depuis de \u00ab mythe fondateur \u00bb ! Il est vrai que ce furent cinq jours de travail non stop, avec production d\u2019un gros projet de dispositif de formation d\u2019animateurs\u00bb. Alice \u00e9voque \u00e9galement la mise en oeuvre d\u2019op\u00e9rations importantes : \u00ab Je participe \u00e0 de grosses op\u00e9rations de formation comme la formation initiale des nouveaux \u00e9lus prud\u2019hommes, ou \u00e0 des initiatives qui regroupent une centaine de personnes, sur la loi anti-tabac, le d\u00e9cret \u00e9cran, le stress&#8230; Nous sommes mis \u00e0 rude \u00e9preuve ces jours-l\u00e0 : au fur et \u00e0 mesure que les groupes produisent nous pr\u00e9parons en \u00ab temps r\u00e9el \u00bb les synth\u00e8ses de restitution. Rude \u00e9preuve, mais apprentissage \u00e0 la vitesse grand V ! \u00bb (Alice). C\u2019est pour l\u2019\u00e9quipe r\u00e9unie autour d\u2019un objectif commun, d\u2019une prise de risque partag\u00e9e et d\u2019une confiance r\u00e9ciproque, un b\u00e9n\u00e9fice collectif et individuel en termes d\u2019identit\u00e9, d\u2019acquisition de comp\u00e9tences, de professionnalit\u00e9, de reconnaissance, toutes choses fondamentales pour le fonctionnement d\u2019une \u00e9quipe de travail : <em>\u00ab la place faite \u00e0 la responsabilisation des personnes, la confiance r\u00e9ciproque, le travail d\u2019\u00e9quipe, la prise de risques mesur\u00e9s, la lutte pour pr\u00e9server le sens des valeurs communes \u00bb<\/em> (Niewiadomski, 2003). Et c\u2019est dans ce mode de fonctionnement, \u00e0 partir du moment o\u00f9 il est r\u00e9investi, que chacun peut puiser sa motivation, cette <em>\u00ab \u00e9nergie individuelle qui se d\u00e9clenche lorsqu\u2019une personne trouve dans son environnement de travail des raisons de \u00ab s\u2019investir \u00bb dans des activit\u00e9s qui r\u00e9pondent \u00e0 ses attentes et \u00e0 ses d\u00e9sirs. \u00bb<\/em> (Verne et Tissier, 2001)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Fonctionnement et actions collectives sont, de plus, deux \u00e9l\u00e9ments importants pour la coh\u00e9sion de l\u2019\u00e9quipe, coh\u00e9sion qui se traduit par une coop\u00e9ration entre les acteurs mais aussi un plaisir et un bonheur partag\u00e9 : \u00ab la coh\u00e9sion de l\u2019\u00e9quipe, elle s\u2019est faite sur l\u2019envie, la r\u00e9ussite, l\u2019adversit\u00e9\u2026 l\u2019envie de continuer, le bonheur d\u2019\u00eatre ensemble, le fait que les gens aient trouv\u00e9 leur satisfaction ; ils savaient exister au travers de \u00e7a\u2026 \u00bb (Antoine). L\u2019activit\u00e9 est importante, le travail peut \u00eatre contraignant, mais les modes d\u2019organisation, la valorisation des actions, les relations qui se sont instaur\u00e9es entre les acteurs participent du plaisir de travailler ensemble.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>&#8211; Une responsabilisation et une reconnaissance personnelle<\/strong><br \/>\nLa gestion collective et la conduite d\u2019actions collectives n\u2019emp\u00eachent pas la responsabilit\u00e9 personnelle. C\u2019est d\u2019embl\u00e9e, une des revendications d\u2019Antoine, d\u2019assumer sa responsabilit\u00e9, que ce soit sur les embauches : \u00ab Quand j\u2019ai \u00e9t\u00e9 effectivement en responsabilit\u00e9\u2026j\u2019ai pos\u00e9 le principe d\u2019avoir aussi la libert\u00e9 de choix, dans le cadre d\u2019une autonomie bien comprise, sur les gens embauch\u00e9s\u2026 \u00bb, sur l\u2019organisation interne et les modes de pilotage : \u00ab j\u2019annonce que je vais faire des choses et je les fais\u2026j\u2019ai accept\u00e9 d\u2019assumer un certain nombre de r\u00e9gulations pas toujours faciles \u00e0 faire\u2026d\u2019assumer des d\u00e9cisions collectives, d\u2019en \u00eatre le porte-parole et de garantir leur mise en oeuvre, d\u2019en assumer la responsabilit\u00e9, quoiqu\u2019il arrive \u00bb ou le d\u00e9veloppement de l\u2019activit\u00e9 : \u00ab j\u2019ai \u00e9t\u00e9 cherch\u00e9 un carnet de commandes inlassablement \u00bb. Cette responsabilit\u00e9 revendiqu\u00e9e et assum\u00e9e par Antoine, il la reconna\u00eet aux personnes de son \u00e9quipe : \u00ab tu as des gens qui sont plus particuli\u00e8rement responsables de tel ou tel aspect, donc ils le portent, ils en sont porteurs en termes d\u2019identit\u00e9 professionnelle \u00bb (Antoine). Pour Alice \u00ab Ma deuxi\u00e8me mission est sur la communication : proposer des dispositifs de formation \u00e0 la communication \u00e9crite et orale, trouver des intervenants et des produits qui correspondent \u00e0 nos besoins\u2026 J\u2019ai \u00e9galement en charge la communication institutionnelle, je cr\u00e9e un catalogue de nos offres de formation, produis les documents et plaquettes d\u2019information sur les nouveaux \u00ab produits \u00bb\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette responsabilit\u00e9 est accompagn\u00e9e de la reconnaissance personnelle dont Tzvetan Todorov dit que<em> \u00ab c\u2019est elle qui marque, plus qu\u2019aucune autre action, l\u2019entr\u00e9e de l\u2019individu dans l\u2019existence humaine \u00bb<\/em> et il ajoute qu\u2019elle <em>\u00ab englobe de toute \u00e9vidence des activit\u00e9s innombrables, aux aspects les plus vari\u00e9s \u00bb<\/em> (1995, page 95).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Todorov a identifi\u00e9 deux volets dans la reconnaissance : la reconnaissance de l\u2019appartenance au groupe, ou <em>\u00ab reconnaissance de conformit\u00e9 \u00bb<\/em>, et la reconnaissance de la sp\u00e9cificit\u00e9 de chacun, de la comp\u00e9tence particuli\u00e8re, ou <em>\u00ab reconnaissance de distinction \u00bb<\/em>, volets que nous retrouvons dans le cadre d\u2019Art\u00e9mis. Cette reconnaissance participe du renforcement du sentiment identitaire des acteurs, d\u2019autant plus que la place de chacun est d\u00e9termin\u00e9e : \u00ab une place \u00e0 occuper, \u00e0 vivre et \u00e0 exercer \u00bb (Antoine), une place, c\u2019est-\u00e0-dire <em>\u00ab un statut, une identit\u00e9, une reconnaissance, une existence sociale \u00bb<\/em> (de Gaulejac &amp; Taboada L\u00e9onetti, 1994, page 19).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce sont ces quatre \u00e9l\u00e9ments, la vision globale de la formation, le fonctionnement collectif, les actions collectives, la responsabilit\u00e9 et la reconnaissance personnelle, qui, \u00e0 notre sens, et avec d\u2019autres que nous n\u2019avons pas pu \u00e9voquer ici, ont permis l\u2019articulation des projets personnels des acteurs au projet collectif et institutionnel.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><a id=\"conclusion\" name=\"conclusion\"><\/a>CONCLUSION<\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Les trajets d\u2019Antoine et d\u2019Alice, d\u00e9tourn\u00e9s de leur projet initial par un m\u00eame \u00e9v\u00e9nement, les ont amen\u00e9s \u00e0 vivre diff\u00e9rentes s\u00e9quences de vie, qui si elles n\u2019avaient pas toutes fait l\u2019objet d\u2019un choix d\u00e9lib\u00e9r\u00e9, \u00e9taient toujours ou presque, dans l\u2019articulation du personnel et du collectif, du priv\u00e9 et du social, jusqu\u2019\u00e0 leur participation au projet \u00ab Art\u00e9mis\u00bb. Ces ann\u00e9es-l\u00e0 participent de ce <em>\u00ab processus marqu\u00e9 par l\u2019instabilit\u00e9 \u00bb<\/em> qu\u2019est l\u2019accession \u00e0 la maturit\u00e9 chez l\u2019adulte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le moment d\u2019entr\u00e9e dans le projet d\u2019institut de formation est sans doute pour Antoine et Alice, et probablement pour les autres acteurs du projet, ce moment de <em>\u00ab transition d\u00e9sir\u00e9e \u00bb<\/em>, sans doute pas <em>\u00ab anticip\u00e9e \u00bb<\/em> et <em>\u00ab pr\u00e9par\u00e9e \u00bb<\/em> (Boutinet, 1995, page 60) de la m\u00eame fa\u00e7on pour Antoine et Alice, o\u00f9 les sujets-acteurs cherchent \u00e0 agir sur leur avenir, tout en constituant une r\u00e9ponse \u00e0 ce d\u00e9sir de changement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour Antoine et Alice, participer au projet \u00ab Art\u00e9mis\u00bb c\u2019est, dans un premier temps, assumer ce qui leur a fait d\u00e9faut \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de la vie adulte : les \u00e9tudes sup\u00e9rieures et l\u2019obtention d\u2019un dipl\u00f4me universitaire. Ce retour aux \u00e9tudes marque l\u2019entr\u00e9e dans un processus de formation continue tout le temps de leur participation au projet, signant ainsi une temporalit\u00e9 de l\u2019alternance. (Ils reprendront l\u2019un et l\u2019autre un cursus universitaire avant de quitter \u00ab Art\u00e9mis\u00bb). C\u2019est cette m\u00eame alternance de temporalit\u00e9s que nous retrouverons dans le fonctionnement de l\u2019Institut ainsi que dans les activit\u00e9s conduites par les acteurs du projet : conception, r\u00e9alisation, r\u00e9flexion, formation, m\u00eame si l\u2019importance de l\u2019activit\u00e9 les am\u00e8ne \u00e0 vivre \u00e0 un rythme soutenu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le projet \u00ab Art\u00e9mis\u00bb fut une exp\u00e9rience personnelle et collective inscrite dans un lien social et institutionnel pour ses acteurs, confront\u00e9s aux exigences temporelles de la soci\u00e9t\u00e9 postmoderne. C\u2019est probablement le d\u00e9sir de r\u00e9alisation commune de tous ses acteurs qui a permis \u00e0 chacun et tout au moins \u00e0 Antoine et Alice de se r\u00e9aliser et d\u2019articuler leur projet personnel au projet collectif.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est bien la reconnaissance du sujet, la prise en compte du moment o\u00f9 il se situait dans son trajet, l\u2019int\u00e9r\u00eat commun pour un objet et donc le rejet de ce qui pouvait entraver l\u2019accession \u00e0 cet objet, et enfin la volont\u00e9 commune de faire du surjet qui a fait du temps du projet, pour Antoine et Alice, un temps de <em>\u00ab maturit\u00e9 vocationnelle \u00bb<\/em>.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><a id=\"auteur\" name=\"auteur\"><\/a>Auteur<\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\"><strong>Mich\u00e8le Cl\u00e9ach<\/strong> est formatrice-consultante. Elle a dirig\u00e9 pendant cinq ans un centre de formation syndicale. Titulaire du Dipl\u00f4me Universitaire des Histoires de Vie en Formation (D.U.H.I.V.I.F.), elle anime des ateliers Histoires de vie et des ateliers d\u2019\u00e9criture.<br \/>\nCourriel : michele.cleach@kersaint.com<\/p>\n<p class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><strong>Notes<\/strong><\/p>\n<ol style=\"text-align: justify;\">\n<li class=\"txt-j\">Anthropologue, professeure \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec \u00e0 Montr\u00e9al<\/li>\n<li class=\"txt-j\">Se dit de mots presque homonymes. Le Petit Robert.<\/li>\n<li class=\"txt-j\">C\u2019est moi qui souligne<\/li>\n<li class=\"txt-j\">Jacques Ardoino, Jacqueline Barus-Michel, in <em>Vocabulaire de Psychosociologie<\/em>, page 259<\/li>\n<li class=\"txt-j\">Selon la d\u00e9finition donn\u00e9e par Christine Delory-Momberger : \u00ab le \u00ab monde-de-vie \u00bb est constitu\u00e9 par la r\u00e9serve d\u2019exp\u00e9riences et de savoirs qui nous sont transmis par notre milieu familial et social d\u2019origine et par ceux que nous constituons par nous-m\u00eames lors de nos socialisations successives. Cette r\u00e9serve de savoirs disponibles forme un univers symbolique de r\u00e9f\u00e9rence dans les situations de la vie quotidienne \u00bb (2003, page 70)<\/li>\n<li class=\"txt-j\">J.P. Boutinet Maturit\u00e9(s) et Immaturit\u00e9(s) adultes : du singulier g\u00e9n\u00e9rique au pluriel sp\u00e9cifique, <em>Carri\u00e9rologie<\/em>, volume 8, n\u00b01, \u00c9t\u00e9 2001<\/li>\n<\/ol>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><a id=\"abstract\" name=\"abstract\"><\/a>Abstract<\/h3>\n<p class=\"resume\" style=\"text-align: justify;\">By studying the paths of two adults who experienced a life-changing event at the beginning of their adult life, the author identifies the different temporalities and steps which led them to the building of a collective project. Using the grid proposed by Jean-Pierre Boutinet, she analyses how they managed to associate their personal projects to the collective project.<\/p>\n<p class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><strong>R\u00e9f\u00e9rences<\/strong><\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">BERTAUX, D. (1997). <em>Les r\u00e9cits de vie<\/em>. Paris : Nathan. Universit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">BOUTINET, J.P. (1990). <em>Anthropologie du projet<\/em>. Paris : Presses Universitaires de France, 2003, 7\u00e8me \u00e9d..<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">BOUTINET, J.P. (1993). <em>Psychologie des conduites \u00e0 projet<\/em>, Paris : Presses Universitaires de France, 2004, 4\u00e8me \u00e9d.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">BOUTINET, J.P. (1995). <em>Psychologie de la vie adulte<\/em>, Paris : Presses Universitaires de France<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">BOUTINET, J-P. (1998). <em>L\u2019immaturit\u00e9 de la vie adulte<\/em>, Paris : Presses universitaires de France.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">BOUTINET, J-P. (2001). \u00ab Maturit\u00e9(s) et Immaturit\u00e9(s) adultes : du singulier g\u00e9n\u00e9rique au pluriel sp\u00e9cifique \u00bb, <em>Carri\u00e9rologie<\/em>, volume 8, n\u00b01. pp.39-53.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">CHARLOT, B. (1997). <em>Du rapport au savoir<\/em>, Paris : Anthropos.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">DELORY-MOMBERGER, Ch. (2003). <em>Biographie et \u00c9ducation, Figures de l\u2019individu-projet<\/em>, Paris : Anthropos.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">DESMARAIS, D. &amp; al. (2003). <em>L\u2019alphab\u00e9tisation en question<\/em>. Outremont : Quebecor.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">DESMARAIS, D. (2005). <em>Probl\u00e8mes sociaux<\/em>. Montr\u00e9al : Presses de l\u2019Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">DUBAR, C. (2000). <em>La crise des identit\u00e9s, L\u2019interpr\u00e9tation d\u2019une mutation<\/em>. Paris : Presses Universitaires de France.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(de) GAULEJAC, V. (1987) <em>La n\u00e9vrose de classe<\/em>. Paris : Hommes et Groupes Editeurs .<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(de) GAULEJAC, V. &amp; TABOADA-LEONETTI I. (1994).<em> La lutte des places<\/em>. Paris : Descl\u00e9e de Brouwer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">LECLERC-OLIVE, M. (1997). <em>Le dire de l\u2019\u00e9v\u00e9nement (biographique)<\/em>. Villeneuve d\u2019Ascq : Presses Universitaires du Septentrion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">NIEWIADOMSKI, Ch. (2003). <em>Penser la dimension humaine \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. Une d\u00e9marche d\u2019histoire de vie de collectivit\u00e9 dans un service hospitalier<\/em>. Paris : S\u00e9li Arslam.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">PINEAU, G. (2000).<em> Temporalit\u00e9s en formation. Vers de nouveaux synchroniseurs.<\/em> Paris : Anthropos.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">PINEAU, G. &amp; Le GRAND, J.L. (1993). <em>Les histoires de vie<\/em>. Paris : Presses Universitaires de France.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">ROBIN, J.Y. (2001). <em>Biographie professionnelle et formation, Quand les responsables se racontent. <\/em>Paris : l\u2019Harmattan.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">TODOROV, T. (1995). <em>La vie commune, Essai d\u2019anthropologie g\u00e9n\u00e9rale<\/em>. Paris : Le Seuil.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">VERNE, E. &amp; TISSIER, D. (2001).<em> Management situationnel, voies de l\u2019autonomie et de la d\u00e9l\u00e9gation<\/em>. Paris : I.N.S.E.P. Consulting.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mich\u00e8le CL\u00c9ACH Auteur R\u00e9sum\u00e9\/Abstract Les parcours adultes fa\u00e7onn\u00e9s par le temps des projets Dans deux trajets d\u2019adultes marqu\u00e9s par un \u00e9v\u00e9nement \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de la vie adulte, \u00e9v\u00e9nement qui a&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":101011,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[96],"tags":[],"class_list":["post-7196","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-volume-11-numero-1-2007"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7196","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/101011"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7196"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7196\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7202,"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7196\/revisions\/7202"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7196"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7196"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7196"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}