{"id":7170,"date":"2007-02-06T15:02:25","date_gmt":"2007-02-06T14:02:25","guid":{"rendered":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/?p=7170"},"modified":"2016-02-07T13:55:40","modified_gmt":"2016-02-07T12:55:40","slug":"les-anniversaires-comme-revelateurs-des-temporalites-de-lage-adulte","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/2007\/les-anniversaires-comme-revelateurs-des-temporalites-de-lage-adulte\/","title":{"rendered":"Les anniversaires comme r\u00e9v\u00e9lateurs des temporalit\u00e9s de l&rsquo;\u00e2ge adulte"},"content":{"rendered":"<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Christian HESLON<a href=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2007\/02\/Volume11_1-2_Anniversaires_135_anniversaires.pdf\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-7075 size-full alignright\" src=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2007\/02\/PDF.png\" alt=\"PDF\" width=\"50\" height=\"50\" \/><\/a><\/em><\/strong><\/p>\n<hr width=\"100%\" \/>\n<p class=\"lien-1\" style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"#auteur\">Auteur<\/a><\/strong><\/p>\n<p class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><strong>R\u00e9sum\u00e9<a href=\"#abstract\">\/Abstract<\/a><\/strong><\/p>\n<p class=\"resume\" style=\"text-align: justify;\">Si l\u2019\u00e2ge constitue une d\u00e9clinaison particuli\u00e8re de la temporalit\u00e9, ce fut tout au long de la modernit\u00e9 l\u2019\u00e2ge civil qui servit de crit\u00e8re dans la r\u00e9gulation des trajectoires de vie. Or, c\u2019est d\u00e9sormais plut\u00f4t le rapport singulier que chacun entretient avec son \u00e2ge qui oriente les carri\u00e8res et parcours postmodernes. D\u00e9sign\u00e9 comme \u00ab \u00e2ge subjectif \u00bb par maintes \u00e9tudes encore mal connues, ce rapport \u00e0 l\u2019\u00e2ge qui s\u2019exprime notamment \u00e0 la faveur des anniversaires est r\u00e9v\u00e9lateur des actuelles temporalit\u00e9s adultes. Rapport\u00e9e aux pratiques contemporaines de l\u2019anniversaire individuel, la mesure de l\u2019\u00e2ge subjectif fournit alors un indicateur utile en mati\u00e8re d\u2019accompagnement des transitions de vie, autant qu\u2019un indice des chocs interg\u00e9n\u00e9rationnels \u00e0 venir.<\/p>\n<p class=\"resume\" style=\"text-align: justify;\">Mon p\u00e8re est mort il y a un an. Je ne crois pas \u00e0 cette th\u00e9orie selon laquelle on devient r\u00e9ellement adulte \u00e0 la mort de ses parents ; on ne devient jamais r\u00e9ellement adulte. Michel Houellebecq (2001, p.9).<\/p>\n<p class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><strong>Contenu<\/strong><\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\"><strong><br \/>\n<a href=\"#introduction\">Introduction : \u00e2ges et temporalit\u00e9s, une mise en perspective propice<\/a><br \/>\n<a href=\"#1\">1. Les anniversaires de la vie adulte, un r\u00e9v\u00e9lateur de temporalit\u00e9s contemporaines <\/a><br \/>\n<a href=\"#2\">2. L&rsquo;adulte face \u00e0 son \u00e2ge : des \u00abjuniors\u00bb aux \u00abseniors\u00bb<\/a><br \/>\n<a href=\"#3\">3. Le manque de temps malgr\u00e9 la vie plus longue <\/a><br \/>\n<a href=\"#4\">4. Les temporalit\u00e9s au fil de l&rsquo;\u00e2ge <\/a><br \/>\n<a href=\"#5\">5. \u00c2ge subjectif et agendas, une surimpression postmoderne ? <\/a><br \/>\n<a href=\"#conclusion\">Conclusion : temporalit\u00e9s de l&rsquo;\u00e2ge et transition de carri\u00e8re<\/a><\/strong><\/p>\n<hr align=\"left\" width=\"33%\" \/>\n<h3 class=\"s-titre\"><a id=\"introduction\" name=\"introduction\"><\/a>INTRODUCTION: \u00c2GES ET TEMPORALIT\u00c9S, UNE MISE EN PERSPECTIVE PROPICE<\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">La litt\u00e9rature philosophique et scientifique concernant le temps ignore le plus souvent l\u2019\u00e2ge, alors qu\u2019au contraire toute \u00e9vocation de l\u2019\u00e2ge renvoie imm\u00e9diatement au temps qui passe. Le temps se donne certes comme une sorte de m\u00e9tastructure l\u00e0 o\u00f9 l\u2019\u00e2ge semble plus anecdotique \u2013 ce qui en fait un objet d\u2019\u00e9tude relativement d\u00e9consid\u00e9r\u00e9 ainsi que le souligne Marcel Gauchet examinant <em>La red\u00e9finition des \u00e2ges de la vie<\/em> (2004). \u00c0 la noblesse des consid\u00e9rations sur le temps semble donc s\u2019opposer la trivialit\u00e9 de l\u2019\u00e2ge. Il est pourtant un puissant facteur identitaire, qui manifeste non seulement l\u2019inscription du vivant humain dans le temps mais constitue aussi l\u2019une des formes de l\u2019exp\u00e9rience m\u00eame du temps, de ces exp\u00e9riences concr\u00e8tes, palpables et essentielles dont Gauchet attend qu\u2019une \u00ab psychologie contemporaine \u00bb s\u2019empare enfin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est dans cet esprit qu\u2019on examinera ici les temporalit\u00e9s de l\u2019\u00e2ge adulte. La notion de temporalit\u00e9 qui renvoie \u00e0 la mani\u00e8re de vivre et d\u2019agencer le temps au quotidien \u00e9nonce certes de prime abord une subjectivit\u00e9 du court terme. L\u2019\u00e2ge qui renvoie au lent d\u00e9compte des ans para\u00eet au contraire d\u00e9termin\u00e9 par une objectivit\u00e9 du long terme. Il est pourtant d\u2019exp\u00e9rience commune que l\u2019\u00e2ge n\u2019est pas sans r\u00e9percussion subjective, puisqu\u2019il affecte la perception du temps au point que les ann\u00e9es semblent passer de plus en plus vite au fur et \u00e0 mesure que l\u2019on vieillit. Par ailleurs, les passages du long terme de l\u2019\u00e2ge au court terme de la temporalit\u00e9 ne sont pas simples changements d\u2019\u00e9chelle, entre unit\u00e9s annuelles ou d\u00e9cennales et unit\u00e9s journali\u00e8res ou hebdomadaires. Il s\u2019agit plut\u00f4t de sauts qualitatifs, de dilatations et de contractions du temps sensible et cognitif. L\u2019\u00e2ge est alors \u00e0 concevoir comme dilatation de l\u2019exp\u00e9rience du temps, et la temporalit\u00e9 comme contraction de l\u2019avanc\u00e9e en \u00e2ge.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Autrement dit, la mani\u00e8re de vivre le temps refl\u00e8te le rapport \u00e0 l\u2019\u00e2ge, quand la fa\u00e7on d\u2019aborder l\u2019\u00e2ge m\u00e9tabolise le rapport au temps. L\u2019examen des temporalit\u00e9s de l\u2019\u00e2ge adulte dans le contexte des soci\u00e9t\u00e9s occidentales d\u00e9velopp\u00e9es se justifie d\u2019autant mieux qu\u2019elles pr\u00e9sentent la double caract\u00e9ristique de m\u00e9tamorphoser les \u00e2ges de la vie et de transformer les temporalit\u00e9s. Si Jean- Pierre Boutinet (2004) tend \u00e0 consid\u00e9rer que la <em>mutation<\/em> <em>de temporalit\u00e9s<\/em> est premi\u00e8re et conditionne un nouveau rapport \u00e0 l\u2019\u00e2ge, l\u2019hypoth\u00e8se contraire selon laquelle la vie plus longue transforme le rapport au temps m\u00e9rite \u00e9galement r\u00e9flexion. L\u2019\u00e2ge d\u00e9signe le temps v\u00e9cu pour sugg\u00e9rer le temps restant \u00e0 vivre, l\u00e0 o\u00f9 la temporalit\u00e9 d\u00e9signe le v\u00e9cu du temps pour inviter au temps de vivre. Quelles sont donc leurs interf\u00e9rences ? L\u2019entr\u00e9e retenue pour traiter cette question est celle de l\u2019anniversaire, dont l\u2019extension r\u00e9cente \u00e0 tous les \u00e2ges de la vie est significative d\u2019un nouveau rapport \u00e0 l\u2019\u00e2ge et au temps. La deuxi\u00e8me partie du pr\u00e9sent article montre comment l\u2019\u00e2ge adulte en ressort r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9. La troisi\u00e8me partie en d\u00e9coule, qui regarde les temporalit\u00e9s du pr\u00e9sent comme autant de tentatives de d\u00e9viation de l\u2019in\u00e9luctable avanc\u00e9e en \u00e2ge. La quatri\u00e8me partie explore alors les temporalit\u00e9s selon l\u2019\u00e2ge, qu\u2019une cinqui\u00e8me partie ram\u00e8ne \u00e0 certains conflits temporels typiques de la postmodernit\u00e9. Le tout d\u00e9bouche sur diverses propositions carri\u00e9rologiques propices \u00e0 l\u2019accompagnement des transitions de vie contemporaines, \u00e0 la fois r\u00e9v\u00e9latrices de nouvelles avanc\u00e9es en \u00e2ge et d\u2019in\u00e9dites explorations temporelles au cours de la vie adulte.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: left;\"><a id=\"1\" name=\"1\"><\/a>1. LES ANNIVERSAIRES DE LA VIE ADULTE, UN R\u00c9V\u00c9LATEUR DES TEMPORALIT\u00c9S CONTEMPORAINES<\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Marquant chaque ann\u00e9e l\u2019avanc\u00e9e en \u00e2ge, l\u2019anniversaire rappelle \u00e0 l\u2019\u00e2ge et au d\u00e9compte des ans : <em>annus-versus<\/em>, l\u00e0 o\u00f9 tourne l\u2019ann\u00e9e. Or, c\u2019est au moment m\u00eame o\u00f9 l\u2019on cultive l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 face \u00e0 l\u2019\u00e2ge que se d\u00e9ploient les anniversaires individuels tout au long de la vie adulte. Les Occidentaux du vingt-et-uni\u00e8me si\u00e8cle connaissent en effet leur \u00e2ge avec pr\u00e9cision, s\u2019y r\u00e9f\u00e8rent d\u00e8s que n\u00e9cessaire et l\u2019int\u00e8grent \u00e0 leur identit\u00e9 consciente, pour l\u2019oublier aussit\u00f4t que possible et rarement appr\u00e9cier qu\u2019on le leur rappelle. Ces m\u00eames occidentaux se sont pourtant mis \u00e0 f\u00eater depuis trois d\u00e9cennies seulement leurs anniversaires de naissance tout au long de l\u2019\u00e2ge adulte, \u00e0 l\u2019instar des latins et des baroques (Heslon, 2006). Cette r\u00e9cente et remarquable extension de l\u2019anniversaire reste n\u00e9anmoins ignor\u00e9e, \u00e0 deux exceptions pr\u00e8s. William Johnston (1992) fut semble-t-il le premier \u00e0 rep\u00e9rer le <em>culte postmoderne des anniversaires<\/em>, que moque Jean-Pol Baras (2005) s\u2019amusant du <em>comm\u00e9moratisme<\/em> ambiant. Abordant l\u2019expansion de l\u2019anniversaire sous l\u2019angle sociopolitique de la comm\u00e9moration collective, ils sont une premi\u00e8re exception \u00e0 l\u2019absence g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e de prise en compte de l\u2019actuelle fi\u00e8vre anniversaire. La seconde de ces exceptions concerne le \u00ab syndrome d\u2019anniversaire \u00bb tr\u00e8s en vogue en psychog\u00e9n\u00e9alogie (Ka\u00efci, 2000 ; Sellam, 2004). Ces publications r\u00e9percutent cependant plus la magie des dates anniversaires et des chiffres d\u2019\u00e2ge qu\u2019elles n\u2019examinent la relation aux anniversaires du point de vue de l\u2019avanc\u00e9e en \u00e2ge.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut pour ce faire se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 la longue histoire de l\u2019anniversaire. Il se d\u00e9ploie dans les cultures dot\u00e9es d\u2019un \u00e9tat-civil et d\u2019un calendrier, d\u00e8s lors qu\u2019elles valorisent plus l\u2019individu que le collectif. Le go\u00fbt contemporain pour les anniversaires h\u00e9rite des pharaons, des latins de la d\u00e9cadence, des protestants et des baroques, alors que des chr\u00e9tiens des premiers si\u00e8cles et les catholiques m\u00e9di\u00e9vaux condamn\u00e8rent la f\u00eate anniversaire de naissance au titre du p\u00e9ch\u00e9 d\u2019orgueil pour y substituer la f\u00eate du saint patronymique (Lebrun, 1987). Ce n\u2019est qu\u2019au cours du vingti\u00e8me si\u00e8cle que l\u2019anniversaire se mondialisa et se d\u00e9mocratisa pour s\u2019\u00e9tendre \u00e0 toutes les classes d\u2019\u00e2ge et \u00e0 toutes les classes sociales. Encore aujourd\u2019hui, ce sont les civilisations les plus s\u00e9cularis\u00e9es qui acceptent le mieux l\u2019anniversaire de naissance, et les plus marchandes qui valorisent l\u2019anniversaire \u00e0 tout \u00e2ge. Nous sommes bien dans ce cas, au point d\u2019avoir oubli\u00e9 les interdictions religieuses qui frappaient les anniversaires des enfants fran\u00e7ais dans les institutions congr\u00e9gationalistes jusque dans les ann\u00e9es soixante, ce dont t\u00e9moigne le beau roman d\u2019inspiration biographique de J\u00e9r\u00f4me de Boissard (1999).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n\u2019\u00e9tait encore pas question \u00e0 cette \u00e9poque pourtant proche, que les adultes f\u00eatent leurs anniversaires. Le tournant des ann\u00e9es soixante-dix fut \u00e0 cet \u00e9gard d\u00e9terminant. D\u2019une part, la f\u00eate anniversaire commen\u00e7a \u00e0 s\u2019\u00e9tendre \u00e0 tous les \u00e2ges de la vie, d\u2019autre part \u00e0 gagner en l\u00e9gitimit\u00e9 et en publicit\u00e9. De nombreuses \u00e9tudes port\u00e8rent alors sur les r\u00e9actions aux anniversaires (Renvoise &amp; Jain, 1986), sur le <em>Birthday Blues<\/em> et sur le <em>Birthday Stress<\/em> (Wood, 1987). Elles \u00e9tablissent diverses corr\u00e9lations statistiquement significatives entre anniversaires de naissance et dates de d\u00e9c\u00e8s, notamment chez les femmes et chez les plus de 75 ans ainsi que dans le cas des suicides. Elles sont en outre r\u00e9v\u00e9latrices d\u2019une attention accrue depuis deux \u00e0 trois d\u00e9cennies \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019anniversaire de naissance. Ce r\u00e9cent succ\u00e8s de l\u2019anniversaire peut s\u2019expliquer de diverses mani\u00e8res : infantilisation de l\u2019\u00e2ge adulte, pression consum\u00e9riste, pr\u00e9texte \u00e0 faire la f\u00eate, occasion de retrouvailles d\u00e9li\u00e9es de toute obligation conventionnelle, palimpseste des anciens rites de passages entr\u00e9s en d\u00e9su\u00e9tude, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais l\u2019anniversaire est aussi, \u00e0 travers ces diverses raisons de son succ\u00e8s, un double marqueur temporel. D\u2019abord, il est \u00e9v\u00e8nement ponctuel, f\u00eate \u00e9ph\u00e9m\u00e8re et c\u00e9l\u00e9bration de l\u2019instant. Ensuite, il est source et occasion de r\u00e9capitulation biographique, d\u2019\u00e9vocation en photos et en chansons de l\u2019histoire de vie, de rassemblement des cercles relationnels successifs qui \u00e9maillent d\u00e9sormais une vie adulte plus heurt\u00e9e. L\u2019anniversaire fait alors d\u2019une part \u00e9cho aux temporalit\u00e9s du pr\u00e9sent, d\u2019autre part aux pratiques montantes de la relecture de vie : bilan, r\u00e9cit de vie ou VAE (Validation des Acquis de l\u2019Exp\u00e9rience). Isolant un moment pr\u00e9cis, celui de la bascule d\u2019un \u00e2ge \u00e0 l\u2019autre, il renoue avec le pass\u00e9 m\u00e9moriel pour rassembler, dans une \u00e9motion plus ou moins sc\u00e9naris\u00e9e, les diff\u00e9rents \u00e9l\u00e9ments du puzzle constitutif de vies adultes de plus en plus mouvement\u00e9es. La f\u00eate anniversaire \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte peut alors avoir des implications favorables et positives, \u00e0 la condition de permettre cette \u00ab reprise identitaire \u00bb dont Eleanor Elkin (1992) a mesur\u00e9 les effets b\u00e9n\u00e9fiques.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: left;\"><a id=\"2\" name=\"2\"><\/a>2. L\u2019ADULTE FACE \u00c0 SON \u00c2GE: DES \u00ab JUNIORS \u00bb AUX \u00ab SENIORS \u00bb<\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Or, ces b\u00e9n\u00e9fices potentiels de l\u2019anniversaire op\u00e8rent \u00e0 partir de ce marqueur temporel singulier qu\u2019est l\u2019\u00e2ge. Le formidable allongement des dur\u00e9es moyennes de vie que nous venons de conna\u00eetre en a consid\u00e9rablement modifi\u00e9 les coordonn\u00e9es en quelques d\u00e9cennies seulement. Deux illustrations en sont donn\u00e9es par le syndrome de Peter Pan isol\u00e9 par Dan Kiley (1985), o\u00f9 de jeunes hommes pass\u00e9s la trentaine ne parviennent pas \u00e0 accepter de grandir, et par le syndrome de Mathusalem qu\u2019observe Willy Pasini (2002), o\u00f9 l\u2019\u00e9cart d\u2019\u00e2ge entre deux conjoints fait qu\u2019ils pourraient \u00eatre p\u00e8re et fille ou, plus rarement, m\u00e8re et fils. L\u2019expansion de ces \u00ab syndromes \u00bb en interroge d\u2019ailleurs la nature : s\u2019agit-il toujours de syndromes morbides, de d\u00e9viances pathog\u00e8nes, ou bien ne constituent-ils pas le signe \u00e9mergent d\u2019une profonde recomposition des \u00e2ges de la vie, o\u00f9 l\u2019on m\u00fbrit plus tard et de mani\u00e8re plus d\u00e9synchronis\u00e9e ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il semble en effet que l\u2019adulte contemporain r\u00e9invente et r\u00e9interpr\u00e8te sans cesse son \u00e2ge, contournant les normes d\u2019\u00e2ge ant\u00e9rieures comme il contourne les normes morales et comportementales en g\u00e9n\u00e9ral. L\u2019ancienne peur de vieillir semble ainsi peu \u00e0 peu laisser place \u00e0 une aspiration contradictoire, celle \u00e0 \u00ab vieillir jeune \u00bb. Ce \u00ab vieillir jeune \u00bb signifie pouvoir \u00e0 tout \u00e2ge se former (formation tout au long de la vie) et former (consultants juniors et seniors), \u00e0 tout \u00e2ge procr\u00e9er (grossesses pr\u00e9coces ou m\u00e9dicalement assist\u00e9es), \u00e0 tout \u00e2ge travailler (b\u00e9n\u00e9volat des retrait\u00e9s) ou se retirer (cong\u00e9 sabbatiques et ch\u00f4mage), \u00e0 tout \u00e2ge \u00eatre en forme physique et r\u00e9aliser des exploits sportifs, \u00e0 tout \u00e2ge vivre une sexualit\u00e9 \u00e9panouie, \u00e0 tout \u00e2ge recomposer ses relations affectives et conjugales. Bref, pouvoir \u00e0 tout moment refaire ou rejouer sa vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce vieillir jeune configure la culture de \u00ab l\u2019homme rare, entretenu et form\u00e9 \u00bb, dont Marcel Gauchet (2004) affirme qu\u2019elle est celle de la vie longue et de la dilution de l\u2019adulte dans l\u2019entrelacs du brouillage des \u00e2ges. Pour \u00eatre complet, il faudrait ajouter \u00e0 cette d\u00e9finition de l\u2019homme, rare, entretenu et form\u00e9, les adjectifs de performant, d\u2019\u00e9panoui et d\u2019h\u00e9doniste. Appara\u00eet alors l\u2019effigie embl\u00e9matique du senior. Tenant du sportif exp\u00e9riment\u00e9 qui n\u2019est pas encore v\u00e9t\u00e9ran, du <em>se\u00f1or<\/em> ou du <em>signor<\/em> masculins dont la f\u00e9minit\u00e9 n\u2019est que d\u00e9clinaison <em>(se\u00f1ora et signorita)<\/em> et enfin du seigneur f\u00e9odal, ce nouveau venu s\u00e9mantique d\u00e9signe l\u2019\u00e2ge, la virilit\u00e9 et la domination tout en les masquant. Il reconduit sous un jour nouveau la temporalit\u00e9 du vieillissement, qu\u2019il enjolive de performances et d\u2019aptitudes conserv\u00e9es voire accrues. Mais il d\u00e9nie aussi l\u2019irr\u00e9versible cours des ans. On peut \u00e9galement y voir l\u2019ultime cri du cygne que pousse en postmodernit\u00e9 la domination du m\u00e2le \u00e2g\u00e9. Cette seniorit\u00e9 r\u00e9v\u00e8le en tout cas l\u2019ampleur de la r\u00e9interpr\u00e9tation de l\u2019\u00e2ge qui est en train de se produire. Elle a pour figure invers\u00e9e celle de la juniorit\u00e9 perp\u00e9tu\u00e9e, notamment par l\u2019introduction d\u2019un autre nouvel \u00e2ge aux interstices de l\u2019adolescence et de l\u2019\u00e2ge adulte. N\u2019y voir avec Tony Anatrella (1988) qu\u2019<em>interminables adolescences<\/em> ou avec Marie Giral (2002) qu\u2019<em>adulescence<\/em> risque fort de conduire \u00e0 m\u00e9sestimer la profonde transformation dans les temporalit\u00e9s de l\u2019\u00e2ge que ces ph\u00e9nom\u00e8nes r\u00e9v\u00e8lent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En effet, seniorit\u00e9 et perp\u00e9tuation de jeunesse ne sont que l\u2019envers et l\u2019endroit du vieillir jeune. Ils signifient que se d\u00e9sarriment l\u2019avanc\u00e9e en \u00e2ge et la r\u00e9duction des possibles. Ce qui distinguait hier encore la temporalit\u00e9 proche, appr\u00e9hension imm\u00e9diate des heures et de la journ\u00e9e, de la temporalit\u00e9 lointaine, avanc\u00e9e en \u00e2ge au cours des ann\u00e9es, c\u2019est que la premi\u00e8re comportait toujours ses possibles alors que la seconde \u00e9quivalait \u00e0 leur r\u00e9duction progressive. L\u2019avanc\u00e9e en \u00e2ge y \u00e9tait pr\u00e9sid\u00e9e par la n\u00e9cessit\u00e9 du renoncement aux fantasmes et d\u00e9sirs personnels, rendu supportable au moyen des n\u00e9cessit\u00e9s sup\u00e9rieures de la transmission, de la g\u00e9n\u00e9rativit\u00e9 et du passage de relais. Cette double n\u00e9cessit\u00e9 trouvait sa compensation dans la possibilit\u00e9 d\u2019habiter le temps imm\u00e9diat \u00e0 sa mani\u00e8re propre, d\u2019y op\u00e9rer des choix, de remettre \u00e0 demain, de planifier l\u2019action ou, plus simplement, de faire au fur et \u00e0 mesure ce qui devait \u00eatre fait. On peut dire que la dynamique s\u2019est dor\u00e9navant invers\u00e9e. Tout restant possible \u00e0 tout \u00e2ge, ce surcro\u00eet d\u2019autorisations tant sociales que personnelles butte maintenant et \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 sur un temps pr\u00e9sent de plus en plus satur\u00e9, bouch\u00e9, rempli, appauvri en rencontres, surprises et impr\u00e9vus. Ce n\u2019est plus \u00e0 demain que les choses sont remises, mais \u00e0 l\u2019ann\u00e9e prochaine, aux lustres et calendes d\u2019\u00e9ch\u00e9ances lointaines : fin d\u2019un emprunt, aboutissement d\u2019un projet, vacances futures o\u00f9 se logent toutes les esp\u00e9rances, p\u00e9riode de la retraite investie de reconqu\u00eates promises. Dans le mod\u00e8le pr\u00e9c\u00e9dent, l\u2019\u00e2ge d\u2019or \u00e9tait derri\u00e8re. Il est maintenant devant. C\u2019est pourquoi l\u2019anniversaire qui cultive le pass\u00e9 conna\u00eet aujourd\u2019hui un tel succ\u00e8s. Il f\u00eate certes l\u2019\u00e9loignement de la naissance. Mais il signale aussi le rapprochement d\u2019ann\u00e9es futures o\u00f9 sont report\u00e9es de plus en plus de r\u00e9alisations attendues. Si chaque ann\u00e9e v\u00e9cue revenait seulement \u00e0 s\u2019\u00e9loigner de sa naissance pour se rapprocher de la mort, il n\u2019y aurait gu\u00e8re de raison de s\u2019en r\u00e9jouir et de le f\u00eater. Remords et regrets sont moins propices \u00e0 la f\u00eate que les promesses d\u2019un \u00e2ge d\u2019or toujours \u00e0 venir, enfin affranchi des contingences de l\u2019\u00e2ge adulte et porteur de rattrapages fructueux, de r\u00e9cup\u00e9rations f\u00e9condes, d\u2019accomplissements de soi diff\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\"><a id=\"3\" name=\"3\"><\/a>3. LE MANQUE DE TEMPS MALGR\u00c9 LA VIE PLUS LONGUE<\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">La vie adulte contemporaine est ici soumise \u00e0 un paradoxe in\u00e9dit. Elle n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 en moyenne aussi longue, jamais \u00e9t\u00e9 proportionnellement aussi peu consacr\u00e9e au travail, jamais autant \u00e9t\u00e9 assist\u00e9e par des machines faisant gagner autant de temps dans l\u2019effectuation des t\u00e2ches domestiques, professionnelles et r\u00e9cr\u00e9atives. Elle n\u2019a pourtant jamais autant souffert de la sensation partag\u00e9e de manquer de temps. Stress, sentiment d\u2019urgence, d\u00e9bordement, retard permanent, anticipation r\u00e9currente en sont autant de sympt\u00f4mes. Bien s\u00fbr, nous nous donnons d\u2019autant plus \u00e0 faire, \u00e0 produire, \u00e0 r\u00e9aliser que les machines gagnent en efficacit\u00e9. Le niveau d\u2019exigence en ressort accru. Le TGV (Train \u00e0 Grande Vitesse) oblige le cadre \u00e0 \u00eatre plus ponctuel, le traitement de texte oblige la secr\u00e9taire \u00e0 remettre un document mieux fini, l\u2019Internet oblige l\u2019\u00e9tudiant \u00e0 l\u2019exhaustivit\u00e9, la machine \u00e0 laver oblige la m\u00e9nag\u00e8re \u00e0 l\u2019impeccabilit\u00e9, la m\u00e9canisation oblige l\u2019agriculteur \u00e0 la productivit\u00e9, la sophistication \u00e9ducative oblige le parent \u00e0 la perfection. Il faudrait ici analyser en quoi ce surcro\u00eet d\u2019exigence retombe plus sur les femmes quadruplement invit\u00e9es \u00e0 l\u2019excellence maternelle, professionnelle, domestique et sexuelle que sur les hommes, encore b\u00e9n\u00e9ficiaires pour quelque temps d\u2019une sorte d\u2019indulgence sociale. Il faudrait alors parall\u00e8lement regarder de pr\u00e8s les strat\u00e9gies f\u00e9minines de l\u2019usage du temps, plus synchroniques que diachroniques : tout \u00e0 la fois du c\u00f4t\u00e9 f\u00e9minin, successivit\u00e9 de l\u2019action du c\u00f4t\u00e9 masculin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par-del\u00e0 ces divergences de genre, deux objections nous restent opposables. La premi\u00e8re est sociopolitique. Car au temps trop-plein des sujets socialement int\u00e9gr\u00e9s d\u00e8s lors conduits \u00e0 remettre l\u2019essentiel \u00e0 plus tard, s\u2019oppose le temps vide dont souffrent maints adultes exclus, sans domicile fixe, malades de longue dur\u00e9e, allocataires du revenu minimum d\u2019insertion, remis\u00e9s en maison de retraite, emprisonn\u00e9s, accueillis en \u00e9tablissements sp\u00e9cialis\u00e9s ou vou\u00e9s au ch\u00f4mage de longue dur\u00e9e. Si l\u2019on y ajoute les retrait\u00e9s qui ont perdu avec leur travail leur principale source d\u2019utilit\u00e9 sociale, c\u2019est au moins un tiers des adultes pour qui le temps surabonde plus qu\u2019il ne fait d\u00e9faut. Ceux-l\u00e0 sont plus en peine d\u2019occuper le pr\u00e9sent qu\u2019ils n\u2019esp\u00e8rent dans les ann\u00e9es futures. En t\u00e9moigne leur passion pour les jeux de hasard, lotos, cartes \u00e0 gratter et concours t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s, qui fonctionnent sur le mode d\u2019un pr\u00e9sent magiquement r\u00e9dempteur. La seconde objection qu\u2019on pourra nous faire, au-del\u00e0 de ces exceptions nombreuses, c\u2019est que ces nouvelles fa\u00e7ons d\u2019habiter le temps qui surchargent l\u2019imm\u00e9diat et reportent \u00e0 de lointaines \u00e9ch\u00e9ances la r\u00e9alisation de soi r\u00e9sultent moins de la recomposition des \u00e2ges de la vie que de la puissance des technologies de la communication et de la mobilit\u00e9 qui relaient \u00e0 un point jamais atteint l\u2019\u00e9tendue du d\u00e9sir humain et sa constitutive insatisfaction. Le monde \u00e9tant devenu plus connect\u00e9, les distances semblant moindres, les sollicitations devenant plus nombreuses, le manque alors de plus en plus pour se saisir de la totalit\u00e9 des opportunit\u00e9s et tentations qui se pr\u00e9sentent virtuellement \u00e0 chaque instant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce n\u2019est que par compensation imaginaire que l\u2019on esp\u00e8re encore un temps f\u00e9cond \u00e0 venir, enfin profitable et pleinement consacr\u00e9 \u00e0 ce qui compte vraiment, aimer, rire, exprimer, go\u00fbter, sentir, parler, partager, avoir de la d\u00e9tente et du plaisir. Les plus adapt\u00e9s en deviennent cyniques et les moins adapt\u00e9s d\u00e9pressifs, les autres attendant d\u2019enfin jouir de leur temps le moment venu. L\u2019hypoth\u00e8que croissante des jours, semaines et mois \u00e0 venir que r\u00e9alisent les agendas accentue le ph\u00e9nom\u00e8ne. L\u00e0 o\u00f9 l\u2019agenda papier projette \u00e0 9 ou 12 mois, l\u2019agenda \u00e9lectronique peut aller jusqu\u2019\u00e0 dix ans, sans autre limitation que le sursaut de raison qui fera juger trop al\u00e9atoire un rendez-vous pr\u00e9vu pour 2025 \u2013 d\u2019autant que la machine aura d\u2019ici l\u00e0 sera tomb\u00e9e en panne, aura \u00e9t\u00e9 vol\u00e9e ou aura vu sa m\u00e9moire effac\u00e9e ! L\u2019avenir en ressort de plus en plus hypoth\u00e9qu\u00e9 \u00e0 longue \u00e9ch\u00e9ance et l\u2019\u00e2ge \u00e0 venir de moins en moins ouvert et riche en possibles. La vie plus longue est rattrap\u00e9e par l\u2019anticipation plus lointaine, d\u2019autant que les rendez-vous pris trop longtemps \u00e0 l\u2019avance perdent g\u00e9n\u00e9ralement de leur int\u00e9r\u00eat au fur et \u00e0 mesure que s\u2019\u00e9loigne le moment auquel ils furent d\u00e9cid\u00e9s, dans un instant d\u2019envie ou de n\u00e9cessit\u00e9 partag\u00e9es et \u00e9videntes.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><a id=\"4\" name=\"4\"><\/a>4. LES TEMPORALIT\u00c9S AU FIL DE L\u2019\u00c2GE<\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Une autre mani\u00e8re d\u2019examiner les relations entre \u00e2ge et temporalit\u00e9 consiste \u00e0 s\u2019interroger sur le v\u00e9cu du temps en fonction de l\u2019\u00e2ge. Jean Piaget (1955) fut l\u2019un des premiers \u00e0 s\u2019int\u00e9resser aux dimensions cognitives du temps, \u00e9tudiant la lente gestation de la conscience et de la ligne du temps au fur et \u00e0 mesure du d\u00e9veloppement de l\u2019intelligence chez l\u2019enfant. Dans cette perspective, le temps n\u2019est pas une donn\u00e9e externe, mais un construct interne. Ce n\u2019est qu\u2019autour des douze ans que la compr\u00e9hension du temps commence \u00e0 se rapprocher de l\u2019abstraction sophistiqu\u00e9e que suppose cette notion pour remplir sa fonction organisatrice des relations sociales. Ainsi que l\u2019analyse Andr\u00e9 Green (2000), la psychanalyse a par ailleurs montr\u00e9 que le temps psychique inconscient contrarie la ligne du temps chronologique. Cette temporalit\u00e9 inconsciente est moins orient\u00e9e par la fl\u00e8che du temps, pass\u00e9 \u2013 pr\u00e9sent \u2013 futur, que parcourue par la fixation, la r\u00e9gression, la rem\u00e9moration, l\u2019apr\u00e8s-coup et le resurgissement intact d\u2019\u00e9motions initialement \u00e9prouv\u00e9es lors d\u2019un \u00e9v\u00e8nement lointain. C\u2019est pourquoi Sigmund Freud (1900) posa l\u2019inconscient comme <em>Zeitloss<\/em>, hors-temps, indiff\u00e9rent \u00e0 la chronologie. R\u00e9habilitant contre le <em>chronos<\/em> le temps du <em>kairos<\/em>, celui du moment opportun, Gaston Bachelard (1973) ouvrait une troisi\u00e8me voie. Cette temporalit\u00e9 du moment, celui du hasard, de la rencontre, de la surprise, de la bifurcation ou de l\u2019accident, se combinent \u00e0 celles de l\u2019instant r\u00e9manent qui gouverne l\u2019inconscient comme \u00e0 celles de la dur\u00e9e con\u00e7ue cognitivement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Croisant ces trois paradigmes, Albert Jacquard (2005) vient de sugg\u00e9rer qu\u2019il conviendrait de consid\u00e9rer l\u2019\u00e2ge non plus en termes de d\u00e9coupage annuel r\u00e9gulier de la ligne du temps chronologique, mais en termes de proportionnalit\u00e9. A 1 an, l\u2019\u00e2ge proportionnel est bien d\u20191 an. Mais \u00e0 10 ans, 1 an de plus repr\u00e9sente 1\/10\u00e8me suppl\u00e9mentaire quand \u00e0 40 ans, il n\u2019en repr\u00e9sente plus qu\u20191\/40\u00e8me. Selon ce mod\u00e8le, le rapport \u00e2ge \/ temps serait moins affaire de dilatation de la temporalit\u00e9 et d\u2019extrapolation conceptuelle du temps \u00e9prouv\u00e9, per\u00e7u ou verbalis\u00e9 que m\u00e9tonymie de la pr\u00e9cipitation temporelle auquel est vou\u00e9 l\u2019\u00eatre humain, du fait de la conscience de sa finitude et de la cr\u00e9ativit\u00e9 de son imaginaire. Si la maturation cognitive conditionne la conceptualisation progressive du temps, si l\u2019inconscient y r\u00e9siste et s\u2019en excepte, si les moments propices du <em>kairos<\/em> enchantent ou majorent la s\u00e9v\u00e8re arithm\u00e9tique du <em>chronos<\/em>, la temporalit\u00e9 comme sensation et r\u00e9ceptivit\u00e9 au temps qui passe s\u2019\u00e9labore \u00e9galement au fur et \u00e0 mesure de l\u2019avanc\u00e9e en \u00e2ge tout autant que la relation \u00e0 l\u2019\u00e2ge \u00e9volue en fonction de la mani\u00e8re dont chacun appr\u00e9hende et am\u00e9nage son propre temps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut ici pr\u00e9ciser que les cultures occidentales contemporaines ont export\u00e9, suspendu ou d\u00e9plac\u00e9 maintes exp\u00e9riences temporelles caract\u00e9ristiques des cultures traditionnelles. La pri\u00e8re n\u2019y scande plus les journ\u00e9es et les semaines. Les guerres n\u2019y confrontent plus \u00e0 la lutte pour l\u2019imm\u00e9diate survie. Les g\u00e9n\u00e9rations futures n\u2019y sont plus le lieu de la croissance du peuple, du clan ou de la famille. Le temps y est principalement devenu celui de la relation interindividuelle et de l\u2019action personnelle. Quand bien m\u00eame R\u00e9gis Debray (2005) veut y r\u00e9habiliter <em>Les communions humaine<\/em>s, selon lui formes universelles de rattachement \u00e0 la transcendance c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 ce qui se situe \u00ab hors du temps \u00bb, il n\u2019a gu\u00e8re mieux \u00e0 nous proposer que les \u00e9ph\u00e9m\u00e8res festivals et comm\u00e9morations auxquels nos cultures se vouent avec une rare passion. Car il faut bien constater que, quel que soit l\u2019\u00e2ge, l\u2019usage du temps s\u2019est d\u2019une part comprim\u00e9, g\u00e9n\u00e9rant ses stress et ses urgences, d\u2019autre part cliv\u00e9 entre temps subi du travail contraint et aspiration au temps choisi, t\u00f4t r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 par les m\u00e9dias et la consommation. C\u2019est plus de trois heures par jour que les Fran\u00e7ais consacrent en moyenne \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, et ce sont des dizaines d\u2019heures mensuelles qu\u2019ils gaspillent \u00e0 consommer du loisir priv\u00e9 d\u2019autre utilit\u00e9 sociale qu\u2019\u00e9conomique. Comme le note Jean-Claude Milner (1997), nous sommes l\u00e0 aux antipodes de l\u2019<em>otium latin<\/em>, temps d\u2019oisive pl\u00e9nitude.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les temporalit\u00e9s selon l\u2019\u00e2ge oscillent alors entre celles des relations et celles de l\u2019action. Le mod\u00e8le des quatre mariages que d\u00e9fend Pamela Paul (2002) illustre nos actuelles temporalit\u00e9s affectives selon l\u2019\u00e2ge. Selon elle, le <em>starter marriage<\/em> fait de passion et de compl\u00e9tude pr\u00e9c\u00e8derait le <em>parental marriage<\/em> consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9ducation des enfants, puis le <em>self marriage<\/em> tourn\u00e9 vers la r\u00e9alisation de soi, et enfin le <em>soulmate connection marriage<\/em>, mariage avec l\u2019\u00e2me soeur. Si ces quatre formes \u00e9volutives de conjugalit\u00e9 avec l\u2019\u00e2ge peuvent \u00eatre v\u00e9cues avec le m\u00eame partenaire \u00e0 condition de reconfigurer ensemble ses relations \u00e9motionnelles et sexuelles, elles pr\u00e9valent aussi aux changements de partenaires correspondant chaque fois au franchissement de l\u2019une de ces \u00e9tapes matrimoniales. Les d\u00e9sordres conjugaux r\u00e9sulteraient alors d\u2019un d\u00e9faut de synchronisation entre partenaires, l\u2019un \u00e9tant parvenu \u00e0 un stade de conjugalit\u00e9 ult\u00e9rieur \u00e0 celui de l\u2019autre. Quant aux temporalit\u00e9s de l\u2019action selon l\u2019\u00e2ge, les travaux de Ren\u00e9e Houde (1999) sur <em>Les temps de la vie<\/em>, de Danielle Riverin-Simard (2001) sur <em>Les \u00e2ges et la r\u00e9volution du travail<\/em> et de Jacques Limoges (2001) sur <em>Les strat\u00e9gies de maintien au travail<\/em> tendent \u00e0 les r\u00e9partir en trois phases. La premi\u00e8re correspond \u00e0 l\u2019entr\u00e9e dans le travail avec ses lots de pr\u00e9carit\u00e9, d\u2019al\u00e9as et d\u2019h\u00e9sitations. La seconde est celle de la confirmation, de l\u2019installation et de la v\u00e9rification. La troisi\u00e8me pr\u00e9pare \u00e0 la retraite. Elle est celle du legs, du mentorat et du passage de relais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est bien \u00e9videmment en interaction \u00e9troite qu\u2019interviennent ces deux niveaux de la temporalit\u00e9 affective et professionnelle. Ainsi, acc\u00e9der au second tiers de carri\u00e8re alors que l\u2019on en est toujours au <em>starter marriage<\/em> ne va pas plus de soi qu\u2019allier <em>self marriage<\/em> et premier tiers de carri\u00e8re. Une carri\u00e8re t\u00f4t engag\u00e9e va en effet souvent de pair avec un retard dans la construction conjugale, quant au contraire une entr\u00e9e dans la vie professionnelle retard\u00e9e par l\u2019allongement des \u00e9tudes am\u00e8ne souvent \u00e0 commencer \u00e0 travailler alors m\u00eame que l\u2019on a franchi une ou deux \u00e9tapes de sa vie conjugale. \u00c0 cette d\u00e9synchronisation temporelle s\u2019ajoute celle des genres. Hier la chronologie affective, conjugale, sexuelle et parentale des femmes s\u2019accordait au carri\u00e9risme des hommes. Maintenant, l\u2019aspiration partag\u00e9e \u00e0 la r\u00e9ussite \u00e9quitable tant affective que professionnelle donne soit lieu \u00e0 la concurrence entre mari et femme, soit \u00e0 l\u2019ajournement des aspirations de l\u2019un(e) au profit de celles de l\u2019autre. La r\u00e9alit\u00e9 de la situation fran\u00e7aise veut ainsi que les femmes consacrent une \u00e0 deux d\u00e9cennies de leurs vies \u00e0 \u00e9duquer les enfants avant de parvenir avec plus ou moins de succ\u00e8s \u00e0 r\u00e9investir la sph\u00e8re professionnelle \u00e0 la quarantaine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce temps contraint qu\u2019est le temps de la parentalit\u00e9 demeure g\u00e9n\u00e9ralement pens\u00e9 comme un temps choisi, du fait de la contraception qui a transform\u00e9 la conception des enfants en projet volontaire. Il n\u2019en est pas moins sur-occup\u00e9 et surinvesti. Les trois temps du couple, du travail et des t\u00e2ches parentales remplissent alors les heures, journ\u00e9es et semaines, r\u00e9clamant tous trois de plus en plus de temps consacr\u00e9s aux transports et aux d\u00e9placements, le peu de temps restant \u00e9tant consacr\u00e9 \u00e0 la consommation de loisirs oblig\u00e9s. Ce sont alors trois temporalit\u00e9s successives de l\u2019\u00e2ge adulte qui se profilent. La premi\u00e8re est celle des d\u00e9buts de la vie adulte. Elle est multiple, exploratoire et soumise au provisoire, alternant \u00e9tudes, stages, travail, loisirs, culture et voyages pour les plus chanceux. C\u2019est l\u2019\u00e2ge de l\u2019intermittence. La deuxi\u00e8me temporalit\u00e9 de la vie adulte est domin\u00e9e par les exigences et astreintes additionn\u00e9es de la vie conjugale, de l\u2019engagement professionnel et de la responsabilit\u00e9 parentale. Elle est domin\u00e9e par le d\u00e9bordement et le manque de temps. La troisi\u00e8me temporalit\u00e9 qui succ\u00e8de \u00e0 celle du trop-plein conjugal, professionnel et parental est celle de la seniorit\u00e9 pos\u00e9e comme moment opportun pour la reconqu\u00eate d\u2019un usage du temps librement choisi. Mais il arrive que les difficult\u00e9s affectives et financi\u00e8res des descendants ou que la d\u00e9pendance croissante des ascendants ne viennent sur-occuper cette s\u00e9niorit\u00e9 tant attendue. L\u2019aspiration \u00e0 une temporalit\u00e9 lib\u00e9r\u00e9e tant attendue accouche alors de nouvelles contraintes subies, quand ce n\u2019est pas l\u2019hyperactivit\u00e9 pourtant voulue par maints nouveaux retrait\u00e9s qui fait qu\u2019ils se condamnent eux-m\u00eames \u00e0 ne pas profiter de leur temps\u2026<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\"><a id=\"5\" name=\"5\"><\/a>5. \u00c2GE SUBJECTIF ET AGENDAS, UNE SURIMPRESSION POSTMODERNE ?<\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">A vrai dire, l\u2019intermittence et le manque de temps se retrouvent \u00e0 tout \u00e2ge. Ces deux temporalit\u00e9s sont rapport\u00e9es par Jean-Pierre Boutinet (2004) \u00e0 la postmodernit\u00e9, qu\u2019il d\u00e9compose en hyper-modernit\u00e9, contre-modernit\u00e9 et au-del\u00e0 de la modernit\u00e9. L\u00e0 o\u00f9 la modernit\u00e9 orient\u00e9e par le progr\u00e8s fonctionne sur la base de l\u2019emploi du temps et de planning, la postmodernit\u00e9 sous ses diverses formes est culture de l\u2019agenda surcharg\u00e9. Cet agenda est \u00e0 la fois le sympt\u00f4me et l\u2019outil des temporalit\u00e9s du pr\u00e9sent, qui l\u2019emportent en postmodernit\u00e9 sur celles de la modernit\u00e9 qui misent au contraire sur le progr\u00e8s, c\u2019est-\u00e0-dire sur l\u2019avenir prometteur qui fait table rase du pass\u00e9. Pratique temporelle fond\u00e9e par le rendez-vous et l\u2019agencement r\u00e9visable des journ\u00e9es, des semaines et des mois, l\u2019agenda hypoth\u00e8que l\u2019avenir en remplissant par avance l\u2019ensemble des moments disponibles. Il suspend alors le d\u00e9roulement chronologique des heures, des saisons et des ann\u00e9es en donnant l\u2019illusion de le ma\u00eetriser. Il r\u00e9fute du m\u00eame coup l\u2019avanc\u00e9e en \u00e2ge et la finitude de ses utilisateurs, en d\u00e9niant le temps qui passe au profit d\u2019une succession d\u2019instants interchangeables. Fournissant aux individus toutes les raisons de croire en leur propre permanence, il les \u00e9loigne du caract\u00e8re provisoire de leurs existences et les distrait de la prise en compte de leur vieillissement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, c\u2019est dans ce contexte des temporalit\u00e9s du pr\u00e9sent et des pratiques de l\u2019agenda que se sont d\u00e9velopp\u00e9es maintes \u00e9tudes relatives \u00e0 l\u2019\u00e2ge subjectif. Denis Guiot (2001) en synth\u00e9tise les diff\u00e9rents mod\u00e8les et les diverses \u00e9chelles, cherchant \u00e0 cerner l\u2019\u00e2ge auquel on s\u2019identifie, celui que l\u2019on ressent ou que l\u2019on per\u00e7oit, tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9ralement inf\u00e9rieur \u00e0 l\u2019\u00e2ge civil effectivement atteint. C\u2019est de ce point de vue que l\u2019agenda est bien en phase avec nos actuelles relations \u00e0 l\u2019\u00e2ge : il ne relie plus au passage des ans comme le faisait le calendrier et laisse miroiter sinon le fantasme de ma\u00eetriser le temps, du moins celui de toujours pouvoir disposer de son temps ind\u00e9pendamment des al\u00e9as de l\u2019avanc\u00e9e en \u00e2ge. Si l\u2019\u00e2ge civil est une donn\u00e9e identitaire largement int\u00e9gr\u00e9e par les membres des soci\u00e9t\u00e9s occidentales, le fait qu\u2019ils r\u00e9pugnent parall\u00e8lement \u00e0 vieillir les engage \u00e0 user de leurs agendas en fonction du rapport personnel et singulier qu\u2019ils entretiennent avec leur \u00e2ge. Baptis\u00e9 \u00ab \u00e2ge subjectif \u00bb, ce rapport personnel et singulier \u00e0 l\u2019\u00e2ge est entre autres mesur\u00e9 par l<em>\u2019\u00e9chelle des \u00e2ges du moi<\/em> de Robert Kastenbaum (1972). Souvent v\u00e9rifi\u00e9e en termes de fiabilit\u00e9 et fid\u00e9lit\u00e9 statistiques, la passation de cette \u00e9chelle aupr\u00e8s de publics vari\u00e9s d\u00e9montre que les individus adultes tendent \u00e0 compenser la r\u00e9alit\u00e9 de leur \u00e2ge civil par la tendance \u00e0 se vivre subjectivement largement moins \u00e2g\u00e9s qu\u2019ils ne le sont effectivement (Guiot, 2001). C\u2019est ainsi qu\u2019\u00e0 force de se vivre comme plus jeune qu\u2019il n\u2019est, l\u2019adulte postmoderne en devient avide de vieillir jeune et de d\u00e9r\u00e9gulation des normes d\u2019\u00e2ge. T\u00e9lescopant \u00e2ge subjectif et \u00e2ge civil, l\u2019anniversaire en devient d\u2019autant plus pr\u00e9cieux qu\u2019il s\u2019est fait agendisable. Car l\u2019annuel retour de date anniversaire ne donne pas n\u00e9cessairement lieu \u00e0 une c\u00e9l\u00e9bration ponctuelle. Il sera bien souvent f\u00eat\u00e9 apr\u00e8s sa date effective, en fonction des agendas et disponibilit\u00e9s des convives attendus, quand ce ne sera pas seulement tous les cinq ou dix ans que les adultes f\u00eateront leurs avanc\u00e9es en \u00e2ge. Les \u00e9tudes que nous avons men\u00e9es \u00e0 cet \u00e9gard tendent m\u00eame \u00e0 montrer que c\u2019est \u00e0 l\u2019occasion des anniversaires quinquennaux et d\u00e9cennaux que la plupart des adultes prendraient v\u00e9ritablement acte de leurs avanc\u00e9es en \u00e2ge. En effet, aux f\u00eates anniversaires particuli\u00e8rement marquantes et r\u00e9ussies \u00e0 ces \u00e9ch\u00e9ances quinquennales et d\u00e9cennales semble correspondre un rapprochement entre \u00e2ge subjectif et \u00e2ge civil, quand l\u2019absence de c\u00e9l\u00e9bration festive ou son ratage semblent se traduire par le maintien d\u2019un \u00e2ge subjectif fortement inf\u00e9rieur \u00e0 l\u2019\u00e2ge civil (Heslon, 2006).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces constatations laissent penser que l\u2019actuel engouement pour l\u2019anniversaire r\u00e9sulte de la superposition de l\u2019agenda sur le calendrier qu\u2019il op\u00e8re. L\u2019anniversaire en tant que retour de date est naturellement calendaire. Mais la festivit\u00e9 anniversaire postmoderne est essentiellement agendaire. G\u00e9n\u00e9ralement report\u00e9e \u00e0 quelques jours ou semaines, mais aussi de plus en plus souvent transform\u00e9e en rendez-vous n\u00e9goci\u00e9 au fur et \u00e0 mesure de l\u2019avanc\u00e9e en \u00e2ge, la c\u00e9l\u00e9bration anniversaire en ressort moins obs\u00e9d\u00e9e d\u2019exactitude chronologique que de justesse existentielle. C\u2019est ainsi que, sans avoir voulu f\u00eater leurs 51, 52, 53 et 54 ans, certains f\u00eateront vivement par eux-m\u00eames leurs 50 ou 55 ans quand d\u2019autres esp\u00e8reront secr\u00e8tement qu\u2019on songe \u00e0 f\u00eater ult\u00e9rieurement leurs seuls 60 ans. L\u2019anniversaire contemporain pr\u00e9f\u00e8re ainsi les rythmes aux dates, les ajournements aux conventions, les ponctuations aux cycles, les agencements aux normes et les variations aux r\u00e8gles. Dates, conventions, cycles, normes et r\u00e8gles calendaires instauratrices de l\u2019\u00e2ge civil moderne ont d\u00e9sormais c\u00e9d\u00e9 la place aux rythmes, ajournements, ponctuations, agencements et variations agendaires r\u00e9v\u00e9latrices de l\u2019\u00e2ge subjectif postmoderne. L\u2019adulte contemporain en ressort d\u2019autant plus conduit \u00e0 agendiser la c\u00e9l\u00e9bration de son \u00e2ge qu\u2019il agendise sans cesse son temps en g\u00e9n\u00e9ral. Si les dates anniversaires calendaires persistent, il est aujourd\u2019hui plus qu\u2019hier \u00e0 m\u00eame d\u2019affirmer la subjectivit\u00e9 de son rapport au temps en faisant \u00e9tat de son \u00e2ge subjectif. C\u2019est pourquoi l\u2019anniversaire contemporain de la vie adulte surimprime alors l\u2019agenda sur le calendrier collectif, l\u2019\u00e2ge subjectif allant de pair avec l\u2019agenda quand l\u2019\u00e2ge civil va de pair avec le calendrier.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: left;\"><a id=\"conclusion\" name=\"conclusion\"><\/a>CONCLUSION: TEMPORALIT\u00c9S DE L\u2019\u00c2GE ET TRANSITION DE CARRI\u00c8RE<\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">De nombreuses \u00e9tudes restent \u00e0 mener concernant les interf\u00e9rences entre anniversaires, \u00e2ge subjectif et carri\u00e8re. On pourra ainsi \u00e9tudier, d\u2019un point de vue fondamental, en quoi les anniversaires sont r\u00e9v\u00e9lateurs de l\u2019\u00e2ge subjectif et de quelle mani\u00e8re ils contribuent \u00e0 le faire \u00e9voluer. Mais on pourra \u00e9galement examiner sur un mode plus pragmatique les relations entre \u00e2ge subjectif et transitions de carri\u00e8re. Diverses probl\u00e9matiques peuvent d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 \u00eatre esquiss\u00e9es. Il faudra par exemple se demander si un \u00e2ge subjectif tr\u00e8s inf\u00e9rieur \u00e0 l\u2019\u00e2ge civil permet de mieux se projeter dans de nouvelles orientations de carri\u00e8re ou non. Il faudra de m\u00eame interroger la fonction de l\u2019\u00e2ge subjectif sur les d\u00e9cisions professionnelles et les projets de vie. Il est ainsi probable que c\u2019est quand l\u2019\u00e2ge subjectif se rapproche de l\u2019\u00e2ge civil que certaines bifurcations de carri\u00e8re sont choisies ou d\u00e9sir\u00e9es, afin de mieux se r\u00e9aliser dans un nouveau type d\u2019activit\u00e9 avant qu\u2019il ne soit trop tard pour changer. Mais il est \u00e9galement vraisemblable qu\u2019un \u00e2ge subjectif \u00e9lev\u00e9 incline moins au changement qu\u2019\u00e0 la poursuite d\u2019une voie famili\u00e8re. On sait en tout cas que l\u2019\u00e2ge est fr\u00e9quemment mentionn\u00e9 en bilan de comp\u00e9tences, en formation, en accompagnement professionnel ou en conseil d\u2019orientation. Or c\u2019est \u00e0 chaque fois simultan\u00e9ment d\u2019\u00e2ge civil et d\u2019\u00e2ge subjectif dont il s\u2019agit. Certains sujets \u00e2g\u00e9s de 45 ans d\u00e9clareront alors que c\u2019est parce qu\u2019il leur reste un bon tiers de carri\u00e8re qu\u2019ils souhaitent prendre de nouvelles directions, quand d\u2019autres penseront exactement au m\u00eame \u00e2ge qu\u2019il n\u2019est au contraire plus temps ou que c\u2019est trop risqu\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019\u00e2ge subjectif n\u2019est bien \u00e9videmment pas la seule variable \u00e0 prendre en consid\u00e9ration. Le fait que les changements de carri\u00e8re s\u2019imposent du dehors ou sont d\u00e9cid\u00e9s du dedans, les facteurs familiaux, le fait d\u2019\u00eatre homme ou femme, le niveau de formation, le domaine de comp\u00e9tences, la r\u00e9sidence urbaine ou rurale conditionnent bien s\u00fbr \u00e9galement les transitions de carri\u00e8re dans la vie adulte. L\u2019environnement et les conditions de vie interf\u00e8rent d\u2019ailleurs directement avec l\u2019\u00e2ge subjectif. Il ne s\u2019agit donc pas de faire de l\u2019\u00e2ge subjectif le d\u00e9terminant majeur des transitions de carri\u00e8re. Il s\u2019agit par contre de rep\u00e9rer qu\u2019il y intervient d\u2019une mani\u00e8re encore mal connue et trop peu souvent prise en compte. Il dessine en tout cas de v\u00e9ritables conflits des temporalit\u00e9s du temps long, c\u2019est-\u00e0-dire de la projection dans le panorama d\u2019une existence qui voit d\u00e9sormais s\u2019estomper le clivage vie priv\u00e9e\/vie professionnelle et repousse la finitude en se centrant sur le temps court. Ce conflit des temporalit\u00e9s du temps long est au coeur de la f\u00eate anniversaire adulte. Il est celui entre l\u2019\u00e2ge subjectif et l\u2019\u00e2ge civil, entre les possibles et la finitude, que les transitions carri\u00e9rologiques am\u00e9nagent sous la forme du compromis.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Deux perspectives s\u2019ouvrent alors. La premi\u00e8re consiste \u00e0 repenser les temps de la vie carri\u00e9rologique. Ceux-ci se ram\u00e8nent essentiellement \u00e0 trois dominantes : l\u2019apprentissage, le travail et la r\u00e9alisation personnelle. Si l\u2019on se forme \u00e0 tout \u00e2ge et si l\u2019on aspire \u00e0 se r\u00e9aliser tout au long de la vie, nous n\u2019en continuons pas moins \u00e0 fonctionner \u00e0 partir d\u2019un mod\u00e8le implicite o\u00f9 se succ\u00e8dent trois p\u00e9riodes de vie. La premi\u00e8re est domin\u00e9e par l\u2019apprentissage (enfance et jeunesse), la deuxi\u00e8me par le travail (vie adulte) et la troisi\u00e8me serait enfin celle de la r\u00e9alisation personnelle (seniorit\u00e9 et retraite). Les temporalit\u00e9s de l\u2019\u00e2ge subjectif sont au contraire celles de la simultan\u00e9it\u00e9 ou de l\u2019alternance rapproch\u00e9e entre ces trois dominantes. Travailler plus t\u00f4t et plus tard tout en apprenant plus r\u00e9guli\u00e8rement et en b\u00e9n\u00e9ficiant de r\u00e9guli\u00e8res p\u00e9riodes sabbatiques permettrait alors non seulement de r\u00e9pondre aux enjeux dits de la \u00ab flexicurit\u00e9 \u00bb qui combine flexibilit\u00e9 et s\u00e9curit\u00e9 tout en esquissant des parcours de vie plus fluides, complets et \u00e9panouissants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La seconde perspective est plus anthropologique. On peut en effet constater \u00e0 quel point la temporalit\u00e9 du pr\u00e9sent s\u2019accompagne d\u2019obsession de pr\u00e9vention des risques, qui ne fait finalement que construire cet avenir mena\u00e7ant auquel s\u2019int\u00e9resse Jean-Pierre Dupuy (2002) avec son <em>catastrophisme \u00e9clair\u00e9<\/em>. Parall\u00e8lement, deux \u00e9v\u00e8nements sociaux viennent en France d\u2019illustrer <em>Le choc des g\u00e9n\u00e9rations<\/em> qu\u2019annon\u00e7ait Bernard Pr\u00e9el (2000) : l\u2019embrasement des banlieues \u00e0 l\u2019automne 2005 et la r\u00e9volte contre le Contrat Premi\u00e8re Embauche au printemps 2006. On a dans les deux cas d\u00e9plor\u00e9 la c\u00e9cit\u00e9 et la surdit\u00e9 des seniors qui gouvernent \u00e0 cette<em> impuissance de la jeunesse d\u2019aujourd\u2019hui <\/em>que constatent Matthieu Amiech et Julien Mattern (2004). Au moment o\u00f9 des milliers de jeunes priv\u00e9s de reconnaissance br\u00fblaient des milliers de voitures, le septuag\u00e9naire Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique Fran\u00e7aise comm\u00e9morait la lib\u00e9ration du camp de concentration nazie du <em>Struthoff<\/em> en Alsace. Un tel d\u00e9calage entre le pouvoir de seniors occup\u00e9s \u00e0 f\u00eater l\u2019anniversaire d\u2019un pass\u00e9 qu\u2019ils ne veulent plus revivre et la d\u00e9sesp\u00e9rance de jeunes g\u00e9n\u00e9rations priv\u00e9es d\u2019horizons est pour le moins significatif. On sait qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une particularit\u00e9 bien fran\u00e7aise, mais on dit moins qu\u2019il s\u2019agit \u00e9galement d\u2019un d\u00e9ficit international dans les passages de relais interg\u00e9n\u00e9rationnels. C\u2019est peut-\u00eatre de cet impossible passage de relais, condition de la reconqu\u00eate de l\u2019avenir, dont parlent \u00e9galement au plan micro-social les anniversaires individuels de la vie adulte\u2026<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><a id=\"auteur\" name=\"auteur\"><\/a>Auteur<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Christian Heslon<\/strong> est psychologue des \u00e2ges de la vie et docteur en \u00e9ducation de l\u2019Universit\u00e9 de Sherbrooke au Qu\u00e9bec. Enseignant-chercheur affili\u00e9 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Catholique de l\u2019Ouest \u00e0 Angers en France, il est \u00e9galement consultant en accompagnement m\u00e9dico-social aupr\u00e8s de nombreuses institutions d\u2019\u00e9ducation et de soins sp\u00e9cialis\u00e9s. Ses domaines d\u2019intervention concernent les transitions de la vie adulte, la psychog\u00e9rontologie et les soins palliatifs, les conduites \u00e0 projet et les relations interg\u00e9n\u00e9rationnelles. Il est l\u2019auteur d\u2019une Psychologie de l\u2019anniversaire publi\u00e9e en 2007 aux \u00e9ditions Dunod.<br \/>\nCourriel : christian.heslon@wanadoo.fr<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Christian Heslon,<br \/>\nLa Perri\u00e8re<br \/>\n2, route d\u2019Epir\u00e9<br \/>\n49080 Bouchemaine<br \/>\nFrance<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><a id=\"abstract\" name=\"abstract\"><\/a>Abstract<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span class=\"resume\">Aging is an expression of adult\u2019s temporality. All along modernity, the life\u2019s trajectories were strictly referred at civil age. But it seems that subjective age is now more important than chronological one, because everyone aspires to a personal way of life and aging. That impact of subjective age is revealed by adult\u2019s birthday, and by the success of anniversaries in post-modern societies. Birthdays parties, but also birthday blues and birthday stress, are expressions of that new temporality in adult life. That\u2019s why studies about subjective age may be useful in counselling and psychological help all along adult\u2019s life. It may also be useful in carrierological coaching.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">AMIECH, M. et MATTERN, J. (2004). <em>Le cauchemar de Don Quichotte. Sur l\u2019impuissance de la jeunesse d\u2019aujourd\u2019hui<\/em>. Montpellier : Climats.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">ANATRELLA, T. (1988). <em>Interminables adolescences : les 12-30 ans<\/em>. Paris : Cerf.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">BACHELARD, G. (1973). <em>La dialectique de la dur\u00e9e<\/em>. Paris : PUF.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">BARAS, J.P. (2005). Le \u00ab comm\u00e9moratisme \u00bb, r\u00e9jouissant exercice. <em>Le Monde<\/em>, 16 janvier 2005, 13.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(DE) BOISSARD, J. (1999). <em>Le ch\u00e2teau de mon enfance<\/em>. Paris : Ramsay.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">BOUTINET, J.P. (2004). <em>Vers une soci\u00e9t\u00e9 des agendas. Une mutation de temporalit\u00e9s<\/em>. Paris : PUF.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">DEBRAY, R. (2005). <em>Les communions humaines. Pour en finir avec \u00ab la \u00bb religion.<\/em> Paris : Fayard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">DUPUY, J.P. (2002). <em>Pour un catastrophisme \u00e9clair\u00e9. Quand l\u2019impossible devient certain<\/em>. Paris: Seuil.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">ELKIN, E.F. (1992). Therapeutic implications of birthday celebrations. <em>Psychotherapy : Theory, Research, Practice, Training<\/em>, 29(3), 491-499.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">FREUD, S. (1900). <em>L\u2019interpr\u00e9tation des r\u00eaves<\/em>. Paris : PUF. (r\u00e9\u00e9d. trad. 1967).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">GAUCHET, M. (2004). <em>La red\u00e9finition des \u00e2ges de la vie. Le d\u00e9bat<\/em>, 132, 27-44.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">GIRAL, M. (2002). <em>Les adulescents, enqu\u00eate sur les nouveaux comportements de la g\u00e9n\u00e9ration Casimir<\/em>. Paris : Pr\u00e9-aux-Clercs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">GREEN, A. (2000). <em>Le temps \u00e9clat\u00e9<\/em>. Paris : \u00c9ditions de Minuit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">GUIOT, D. (2001). Tendance d\u2019\u00e2ge subjectif XE \u00ab \u00e2ge subjectif \u00bb : quelle validit\u00e9 pr\u00e9dictive ? <em>Recherche et Applications en Marketing<\/em>, 16, 1, 25-43.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">HESLON, C. (2006). <em>L\u2019effet anniversaire. Une psychologie des \u00e2ges de la vie<\/em>. Paris : Dunod. (\u00e0 para\u00eetre).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">HOUDE, R. (1999). <em>Les temps de la vie. Le d\u00e9veloppement psychosocial de l\u2019adulte<\/em>. Montr\u00e9al : Ga\u00ebtan MORIN. (3<sup>\u00e8me<\/sup> \u00e9d.).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">HOUELLEBECQ, M. (2001). <em>Plateforme<\/em>. Paris : Flammarion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">JACQUARD, A. (2005). <em>Nouvelle petite philosophie<\/em>. Paris: Stock.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">JOHNSTON, W.M. (1992). <em>Post-modernisme et bimill\u00e9naire. Le culte des anniversaires dans la culture contemporaine<\/em>. Paris : PUF. (trad.).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">KA\u00cfCI, M. (2000). <em>Le temps anniversaire : m\u00e9moire vive des maladies et syndrome d\u2019anniversaire<\/em>. Paris : Similia.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">KASTENBAUM, R. DERBIN, V., SABATINI, P., ARRT, S. (1972). The Ages of Me &#8211; Toward Personal and Interpersonal Definitions of Functional Aging. <em>Aging and Human Development<\/em>, 3, 2, 197-211.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">LAHIRE, B.(1998), <em>L\u2019homme pluriel, les ressorts de l\u2019action<\/em>, Paris : Nathan.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">KILEY, D. (1985). <em>Le syndrome de Peter Pan<\/em>. Paris : Laffont. (r\u00e9\u00e9d. trad. 2003).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">LEBRUN, F. (1987). <em>Le livre de l\u2019anniversaire<\/em>. Paris : Robert Laffont.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">LIMOGES, J. (2001). <em>Strat\u00e9gies de maintien au travail et dans d\u2019autres situations de vie<\/em>. Sainte- Foix : Septembre \u00c9diteur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">MILNER, J.-C. (1997).<em> Le salaire de l\u2019id\u00e9al. La th\u00e9orie des classes et la culture du XX<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle<\/em>. Paris : Seuil.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">PASINI, W. (2002). <em>Les nouveaux comportements amoureux<\/em>. Paris : Odile Jacob. (r\u00e9\u00e9d. trad. 2003).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">PAUL, P. (2002). <em>The Starter Marriage and the Future of Matrimony<\/em>. New-York : Villard Books.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">PIAGET, J. (1955). Les stades du d\u00e9veloppement intellectuel de l\u2019enfant et de l\u2019adolescent. In P. OSTERRIETH (dir.), <em>Le probl\u00e8me des stades en psychologie de l\u2019enfant<\/em>. Paris : PUF. 33-42.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">PR\u00c9EL, B. (2000). <em>Le choc des g\u00e9n\u00e9rations<\/em>. Paris : La D\u00e9couverte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">RENVOIZE, E.B. ; JAIN, J. (1986). Anniversary reactions. <em>British Journal of Psychiatry<\/em>, 148(3), 322-324.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">RIVERIN-SIMARD, D. (2001). Les \u00e2ges et la r\u00e9volution du travail. <em>Carri\u00e9rologie<\/em>, vol. 8, num\u00e9ros 1-2, 79-89.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">SELLAM, S. (2004). <em>Le syndrome du gisant<\/em>. Montpellier : B\u00e9rangel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">WOOD, J.B. (1987). The birthday\/deathday effect: fact or artifact ? Omega: <em>Journal of Death and Dying<\/em>, 17(4), 321-326.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Christian HESLON Auteur R\u00e9sum\u00e9\/Abstract Si l\u2019\u00e2ge constitue une d\u00e9clinaison particuli\u00e8re de la temporalit\u00e9, ce fut tout au long de la modernit\u00e9 l\u2019\u00e2ge civil qui servit de crit\u00e8re dans la r\u00e9gulation&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":101011,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[96],"tags":[],"class_list":["post-7170","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-volume-11-numero-1-2007"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7170","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/101011"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7170"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7170\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7178,"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7170\/revisions\/7178"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7170"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7170"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7170"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}