{"id":7150,"date":"2007-02-05T22:56:18","date_gmt":"2007-02-05T21:56:18","guid":{"rendered":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/?p=7150"},"modified":"2016-02-05T23:06:37","modified_gmt":"2016-02-05T22:06:37","slug":"ruptures-professionnelles-volontaires-au-risque-de-temporalites-insolites","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/2007\/ruptures-professionnelles-volontaires-au-risque-de-temporalites-insolites\/","title":{"rendered":"Ruptures professionnelles volontaires au risque de temporalit\u00e9s insolites"},"content":{"rendered":"<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Catherine N\u00c9GRONI<a href=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/Volume11_1-2_Ruptures_179_ruptures.pdf\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-7075 size-full alignright\" src=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2007\/02\/PDF.png\" alt=\"PDF\" width=\"50\" height=\"50\" \/><\/a><\/em><\/strong><\/p>\n<hr width=\"100%\" \/>\n<p class=\"lien-1\" style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"#auteur\">Auteur<\/a><\/strong><\/p>\n<p class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><strong>R\u00e9sum\u00e9<a href=\"#abstract\">\/Abstract<\/a><\/strong><\/p>\n<p class=\"resume\" style=\"text-align: justify;\">Cet article traite des reconversions professionnelles volontaires, il s\u2019appuie sur des donn\u00e9es empiriques : des r\u00e9cits de vie de personnes en situation de reconversion professionnelle volontaire interrog\u00e9es dans les diff\u00e9rentes temporalit\u00e9s de leur reconversion. L\u2019essentiel du propos consiste \u00e0 montrer que la reconversion professionnelle volontaire est une d\u00e9marche qui t\u00e9moigne d\u2019un souci de ma\u00eetriser les temporalit\u00e9s de sa biographie ; il s\u2019agit en quelque sorte pour l\u2019individu de se r\u00e9approprier les diff\u00e9rents temps sociaux professionnels, familiaux et priv\u00e9s qui organisent sa trajectoire. La reconversion professionnelle volontaire est pr\u00e9sent\u00e9e comme un processus s\u00e9quentiel qui se construit dans des temporalit\u00e9s successives qui sont orchestr\u00e9es et act\u00e9es. La personne en reconversion professionnelle volontaire se trouve au coeur du d\u00e9sir de ma\u00eetrise de son temps biographique.<\/p>\n<p class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><strong>Contenu<\/strong><\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\"><strong><br \/>\n<a href=\"#introduction\">Introduction : la lin\u00e9arit\u00e9 du parcours de vie en question<\/a><\/strong><strong><br \/>\n<a href=\"#1\">1. L&rsquo;individualisation des parcours de vie<\/a><br \/>\n<a href=\"#2\">2. De la vocation de soi<\/a><br \/>\n<a href=\"#3\">3. Les d\u00e9tournements du temps <\/a><br \/>\n<a href=\"#4\">4. La reconversion professionnelle volontaire : se r\u00e9approprier sa biographie <\/a><br \/>\n<a href=\"#conclusion\">Conclusion : ma\u00eetriser les temporalit\u00e9s insolites de sa biographie<\/a><\/strong><\/p>\n<hr align=\"left\" width=\"33%\" \/>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><a id=\"introduction\" name=\"introduction\"><\/a>INTRODUCTION : LA LIN\u00c9ARIT\u00c9 DU PARCOURS DE VIE EN QUESTION<\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Nous traiterons ici des reconversions professionnelles volontaires, c\u2019est-\u00e0-dire des personnes qui changent d\u2019activit\u00e9 professionnelle sans y \u00eatre contraintes. En effet, la qu\u00eate d\u2019un autre emploi n\u2019est plus une entreprise aussi marginale que par le pass\u00e9. Les tentatives de reconversion se multiplient et la reconversion professionnelle volontaire prend de plus en plus de place dans l\u2019espace social.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La reconversion professionnelle volontaire questionne la temporalit\u00e9 biographique de deux mani\u00e8res au moins : d\u2019abord, elle interroge le cours de vie. La reconversion professionnelle volontaire permet de repenser les trajectoires lin\u00e9aires. Elle renvoie au fait que l\u2019on exerce de plus en plus d\u2019emplois diff\u00e9rents au cours d\u2019une m\u00eame vie. On peut parler d\u2019une d\u00e9sinstitutionalisation du cours de vie, ce qui conduit \u00e0 constater une d\u00e9synchronisation des temps sociaux et des temps biographiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais aussi, l\u2019exp\u00e9rience de la reconversion professionnelle volontaire r\u00e9examine une valeur :<em> le souci de soi<\/em>. De nombreux travaux ont montr\u00e9 que le travail se veut plus proche de la notion de plaisir et d\u2019\u00e9panouissement (Baudelot et Gollac, 2003). Ainsi derri\u00e8re la reconversion professionnelle volontaire, se profile un mod\u00e8le diffus de la vocation, sc\u00e9nario de l\u2019anticipation de soi et du projet personnel o\u00f9 \u00ab chacun doit vouloir devenir ce qu\u2019il est en lui d\u2019\u00eatre \u00bb (Schlanger, 1997).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De plus, situ\u00e9e ici au mi-temps de la carri\u00e8re, la reconversion professionnelle volontaire qui offre une perspective privil\u00e9gi\u00e9e sur la carri\u00e8re de l\u2019individu, questionne les diff\u00e9rents temps sociaux :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Premi\u00e8rement, les reconversions professionnelles volontaires participent et s\u2019inscrivent dans un mouvement d\u2019appropriation de la biographie.<br \/>\n&#8211; Deuxi\u00e8mement, les diff\u00e9rentes temporalit\u00e9s de la reconversion professionnelle volontaire, t\u00e9moignent de la volont\u00e9 des acteurs de concilier des sph\u00e8res diff\u00e9rentes professionnelles, familiales et priv\u00e9es, et am\u00e8nent \u00e0 repenser l\u2019appartenance \u00e0 la classe ou au groupe social.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><a id=\"1\" name=\"1\"><\/a>1. L\u2019INDIVIDUALISATION DES PARCOURS DE VIE<\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Si les parcours de vie \u00e9taient jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent inf\u00e9od\u00e9s aux institutions professionnelles, d\u00e9sormais les cours de vie d\u00e9bordent le cadre normatif de l\u2019appartenance de classes ou du groupe social pour suivre le cours tumultueux des biographies individuelles.<\/p>\n<p class=\"intertitre\" style=\"text-align: justify;\"><strong>1.1 La d\u00e9sinstitutionalisation des cours de vie<\/strong><\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Il nous a sembl\u00e9 int\u00e9ressant de convoquer ici la th\u00e8se de la d\u00e9sinstitutionalisation des cours de vie et de la mettre en perspective avec la recherche d\u2019\u00e9panouissement de soi pr\u00e9sente dans les r\u00e9orientations professionnelles observ\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La th\u00e8se de Brose (1988) sur la d\u00e9sinstitutionalisation du cours de vie est la suivante : depuis 10 \u00e0 15 ans, une prise de conscience s\u2019est faite ; on constate que le d\u00e9veloppement social et \u00e9conomique n\u2019est plus synonyme de progr\u00e8s. Le d\u00e9veloppement social et \u00e9conomique ne m\u00e8ne plus \u00e0 un avenir obligatoirement ouvert. Les rapports entre temps social et temps biographiques sont remis en question. Le temps est d\u00e8s lors r\u00e9appropri\u00e9, la conscience sociale du temps est d\u00e9sormais orient\u00e9e vers la flexibilit\u00e9, afin d\u2019autoriser et d\u2019entretenir une variabilit\u00e9 des structures. Le syst\u00e8me de l\u2019emploi subit les m\u00eames effets ; le syst\u00e8me culturel se centre, lui, dans le pr\u00e9sent, le temps y est comme d\u00e9c\u00e9l\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Simultan\u00e9ment se construit un nouveau \u00ab mode d\u2019\u00eatre \u00bb autour de l\u2019\u00e8re de la communication sid\u00e9rale, des exigences de flexibilit\u00e9 de la mondialisation, une soci\u00e9t\u00e9 \u00e9clat\u00e9e o\u00f9 temps et espace sont d\u00e9multipli\u00e9s. Le monde du travail s\u2019est parcellis\u00e9 r\u00e9pondant \u00e0 des incitations de performances \u00e9conomiques : la flexibilit\u00e9 imprime sa marque dans la conception m\u00eame du travail, modifiant les relations sociales au travail et les rapports de l\u2019individu au travail.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019apr\u00e8s Offe (1995), cette configuration particuli\u00e8re qui conjugue crise de l\u2019emploi et perte de sens du travail, montre que le travail occupe de moins en moins une position centrale. \u00c0 plus ou moins long terme, <em>\u00ab Discontinuit\u00e9 dans la biographie de travail et part de temps de travail diminu\u00e9e sur l\u2019ensemble de la vie auront probablement pour effet de transformer le travail en fait parmi d\u2019autres, et de relativiser sa fonction comme point de rep\u00e8re pour l\u2019identit\u00e9 personnelle et sociale.\u00bb<\/em> (Offe, 1995, p. 2078). Pour l\u2019heure, on ne peut affirmer que la valeur travail n\u2019est plus un rep\u00e8re fort dans la construction de l\u2019individu.<\/p>\n<p class=\"intertitre\" style=\"text-align: justify;\"><strong>1.2 Des parcours de vie \u00ab auto-r\u00e9flexifs \u00bb<\/strong><\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Les parcours de vie deviennent \u00ab auto-r\u00e9flexifs \u00bb; ce qui \u00e9tait le produit de d\u00e9terminations sociales devient l\u2019objet de choix et d\u2019\u00e9laboration personnels. Beck (2001) s\u2019attache \u00e0 montrer que les existences individualis\u00e9es qui sont rattach\u00e9es \u00e0 l\u2019autoconstitution de soi sont presque ouvertes \u00e0 l\u2019infini. <em>\u00ab Tous les \u00e9l\u00e9ments qui semblent distincts lorsqu\u2019on les aborde sous l\u2019angle d\u2019une th\u00e9orie du syst\u00e8me font partie int\u00e9grante de l\u2019existence individuelle : la famille et le travail, la formation et l\u2019activit\u00e9 professionnelle, l\u2019administration et les probl\u00e8mes de circulation, la consommation, la m\u00e9decine, la p\u00e9dagogie, etc. Les limites entre les diff\u00e9rentes parties du syst\u00e8me sont th\u00e9oriquement valables, mais elles n\u2019existent pas pour les hommes dans les situations individuelles d\u00e9pendantes des institutions \u00bb<\/em> (Beck, 2001, p. 292). Plus loin il poursuit : \u00ab Les existences individuelles abolissent la distinction entre syst\u00e8me et existence \u00bb, les situations individuelles seraient en quelque sorte <em>la face biographique de l\u2019institutionnel<\/em>. Beck d\u00e9fend l\u2019id\u00e9e que <em>\u00ab vivre sa vie, cela \u00e9quivaut \u00e0 r\u00e9soudre sur le plan biographique les contradictions du syst\u00e8me \u00bb<\/em> (Beck, 2001, p. 293). Il d\u00e9finit l\u2019individuation comme un processus par lequel l\u2019existence des hommes se d\u00e9marque de ses aspects \u00e9tablis, pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9s, elle rel\u00e8ve de d\u00e9cisions personnelles et constitue une mission pour l\u2019action de chaque individu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout contribue \u00e0 l\u2019apparition d\u2019un mod\u00e8le pratique de gestion du quotidien dont l\u2019individu est le principal acteur. Beck insiste : <em class=\"txt-j\">\u00ab Les d\u00e9terminations sociales qui interviennent dans la vie des individus doivent \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9es comme des \u00ab variables contextuelles \u00bb qu\u2019on peut minimiser [\u2026] Tout cela encourage l\u2019apparition d\u2019un mod\u00e8le pratique actif de gestion du quotidien dont le moi est le centre [\u2026], il faut d\u00e9velopper pour les besoins de sa propre survie, une image du monde centr\u00e9e sur le moi qui renverse en quelque sorte le rapport entre le moi et la soci\u00e9t\u00e9, et l\u2019adapte aux objectifs de l\u2019organisation individuelle de l\u2019existence \u00bb<\/em> (Beck , 2001, p. 291).<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><a id=\"2\" name=\"2\"><\/a>2. DE LA VOCATION DE SOI<\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Dans les reconversions professionnelles volontaires, il est question de \u00ab r\u00e9alisation de soi \u00bb, \u00ab de qu\u00eate de l\u2019identit\u00e9 \u00bb, o\u00f9 il s\u2019agit de d\u00e9velopper ses \u00ab capacit\u00e9s personnelles \u00bb, de toujours rester en mouvement. Sennett (2000) d\u00e9montre que paradoxalement c\u2019est le risque potentiel du ch\u00f4mage qui parfois va amener l\u2019individu \u00e0 prendre le risque d\u2019\u00eatre mobile et de quitter un emploi pour en trouver un autre plus satisfaisant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, il semble que le travail soit revenu en force comme r\u00e9f\u00e9rence identitaire pr\u00e9gnante. Le travail est cependant toujours une valeur centrale puisque de plus en plus d\u2019individus attendent qu\u2019il couvre d\u2019une part l\u2019ensemble de leurs besoins \u00e9conomiques et d\u2019autre part l\u2019ensemble de leurs besoins symboliques. Auparavant seules les personnes qui occupaient des fonctions importantes et \u00e0 responsabilit\u00e9s dans certains secteurs pouvaient pr\u00e9tendre s\u2019\u00e9panouir dans leur travail. L\u2019ensemble de la population revendique le droit \u00e0 l\u2019\u00e9panouissement personnel. Des refus manifestes d\u2019insertion sont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s \u00e0 une insertion dans un secteur ou un emploi d\u00e9valorisant. La possibilit\u00e9 de se former et d\u2019avoir du temps pour le faire s\u2019accro\u00eet dans tous les secteurs \u00e9conomiques avec le d\u00e9veloppement de l\u2019offre de formation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019exp\u00e9rience de la reconversion professionnelle volontaire montre la notion de travail plus proche de la notion de plaisir et d\u2019\u00e9panouissement (Baudelot et Gollac, 2003). En effet, la reconversion professionnelle volontaire appara\u00eet comme une seconde chance ; elle offre la possibilit\u00e9 de concilier travail et \u00e9panouissement personnel en permettant de s\u2019ins\u00e9rer dans un univers professionnel plus adapt\u00e9 aux attentes et aux d\u00e9sirs de la personne. Ainsi, l\u2019individu peut revenir sur une premi\u00e8re insertion peu satisfaisante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce mod\u00e8le diffus de la vocation, sc\u00e9nario de l\u2019anticipation de soi et du projet personnel introduit le \u00ab souci de soi \u00bb (Foucault, 2001), l\u2019\u00e9panouissement au travail, le temps pour soi dans la sph\u00e8re professionnelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette transformation est un produit des derni\u00e8res g\u00e9n\u00e9rations qui ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019une formation plus longue et plus pouss\u00e9e (Dubar, 2003). Les symboles traditionnels du succ\u00e8s -revenus, carri\u00e8re, statut social- ne suffisent d\u00e9sormais plus \u00e0 satisfaire les besoins nouveaux, comme ceux de trouver sa voie ou de s\u2019affirmer. La cons\u00e9quence en est que les individus s\u2019enfoncent dans un labyrinthe de doutes et de remises en cause personnelles, ils ne cessent de ressentir le besoin de se r\u00e9assurer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 propos de la cat\u00e9gorie de l\u2019individualisme (Foucault, 2001), qui m\u00eale tr\u00e8s souvent des r\u00e9alit\u00e9s tout \u00e0 fait diff\u00e9rentes, il convient de distinguer trois choses : <em>l\u2019attitude individualiste<\/em> caract\u00e9ris\u00e9e par la valeur qu\u2019on attribue \u00e0 l\u2019individu dans sa singularit\u00e9 et par le degr\u00e9 d\u2019ind\u00e9pendance qui lui est accord\u00e9 par rapport au groupe auquel il appartient et aux institutions dont il rel\u00e8ve ;<em> la valorisation de la vie priv\u00e9e<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019importance reconnue aux relations familiales, aux formes de l\u2019activit\u00e9 domestique et au domaine des int\u00e9r\u00eats patrimoniaux ; enfin <em>l\u2019intensit\u00e9 des rapports \u00e0 soi<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire les formes dans lesquelles on est appel\u00e9 \u00e0 se prendre soi-m\u00eame pour objet de connaissance et domaine d\u2019action, afin de se transformer, de se corriger, de faire son salut.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces attitudes peuvent \u00eatre li\u00e9es entre elles. Ainsi il peut arriver que l\u2019attitude individualiste appelle l\u2019intensification des valeurs de la vie priv\u00e9e, ou encore que l\u2019importance <em>accord\u00e9e au rapport \u00e0 soi<\/em> soit associ\u00e9e \u00e0 l\u2019exaltation de la singularit\u00e9 individuelle. Mais ces liens ne sont ni constants ni n\u00e9cessaires. Dans la reconversion professionnelle volontaire, l\u2019individu est amen\u00e9 \u00e0 red\u00e9finir ses ordres de r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><a id=\"3\" name=\"3\"><\/a>3. LES D\u00c9TOURNEMENTS DU TEMPS<\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Le ch\u00f4mage dans une premi\u00e8re p\u00e9riode se r\u00e9sume \u00e0 un temps actif, orient\u00e9 vers un but : la recherche d\u2019emploi. Lors de la deuxi\u00e8me p\u00e9riode, l\u2019activit\u00e9 devient plus flottante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alain, commercial \u00e0 France T\u00e9l\u00e9com, tient des propos \u00e9clairants \u00e0 cet \u00e9gard. Il refuse de signer les conditions qui sont impos\u00e9es par la nouvelle organisation de son entreprise de t\u00e9l\u00e9communication. Plac\u00e9 en convention de conversion, il se met en qu\u00eate d\u2019un autre emploi. Si ses premiers mois sans travail sont d\u2019autant plus actifs qu\u2019il craint de ne pas retrouver d\u2019emploi ; pourtant, au bout de quelques mois, son temps n\u2019est plus organis\u00e9 autour de la recherche d\u2019emploi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab Je suis moins actif maintenant que les 4 premiers mois, c\u2019est vrai, j\u2019ai gard\u00e9 la t\u00eate dans le guidon en quittant EGT au mois d\u2019ao\u00fbt. Je me suis trouv\u00e9 un peu perdu au premier septembre, pour garder ce rythme de travail j\u2019ai fait des d\u00e9marches pour passer le maximum d\u2019entretiens et ne pas perdre trop de temps et puis j\u2019ai relev\u00e9 la t\u00eate comme on dit, il y a deux mois, parce que je me suis rendu compte que ce n\u2019\u00e9tait pas vraiment ce qui me correspondait.\u00bb (Alain, 41 ans cadre commercial dans une filiale de France T\u00e9l\u00e9com, cherche \u00e0 prendre un magasin en franchise.) \u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alain constate s\u2019\u00eatre peu \u00e0 peu d\u00e9sengag\u00e9 de la sph\u00e8re professionnelle au profit de la sph\u00e8re priv\u00e9e. Sa journ\u00e9e \u00e9tait jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent calqu\u00e9e sur le mod\u00e8le d\u2019une journ\u00e9e de travail, or l\u2019exp\u00e9rience de ch\u00f4mage l\u2019am\u00e8ne \u00e0 transformer son temps de ch\u00f4mage et \u00e0 appr\u00e9cier le temps libre, il n\u2019y parvient qu\u2019au bout de quelques mois. Le ch\u00f4mage introduit un rapport au temps diff\u00e9rent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La question du temps est un lieu de tensions certain dans les reconversions professionnelles. Mais, plus encore dans les reconversions f\u00e9minines. En effet, le temps consacr\u00e9 au travail, l\u2019investissement professionnel sont per\u00e7us par les femmes comme du temps vol\u00e9 \u00e0 la sph\u00e8re familiale, du temps qu\u2019elles ne passent pas avec leur enfant, d\u00e9l\u00e9guant leur r\u00f4le de m\u00e8re \u00e0 des nourrices agr\u00e9\u00e9es ou \u00e0 des institutions sp\u00e9cialis\u00e9es. Aussi de multiples manoeuvres sont mises en place par les femmes pour tenter de pr\u00e9server un \u00e9quilibre fragile entre les deux sph\u00e8res. Le maintien d\u2019une stabilit\u00e9 occasionne des tensions constantes. Une des strat\u00e9gies f\u00e9minines consiste \u00e0 \u00e9viter des situations conflictuelles dans ces deux espaces.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jenny est une jeune femme qui a occup\u00e9 un poste de gestionnaire de collection pendant 10 ans ; tr\u00e8s attir\u00e9e par les Beaux Arts et les m\u00e9tiers de cr\u00e9ation de la mode, elle fait un choix d\u2019\u00e9tudes qu\u2019elle qualifie de rationnel en se tournant vers un cursus commercial. Elle raconte ici comment sa r\u00e9orientation professionnelle va s\u2019engager lors de son cong\u00e9 formation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab Non je suis tomb\u00e9e enceinte pendant la formation, j\u2019ai accouch\u00e9 apr\u00e8s ma formation, \u00e7a n\u2019a p\u00e9nalis\u00e9 personne. Je ne suis pas revenue et repartie, tout s\u2019est bien encha\u00een\u00e9. Oui je suis quelqu\u2019un de tr\u00e8s organis\u00e9e qui pr\u00e9voit, qui blinde tout, j\u2019ai tout fait pour que \u00e7a se passe bien et \u00e7a se passe bien, la formation, le b\u00e9b\u00e9, les chances de mon c\u00f4t\u00e9, je les aie mises. \u00bb (Jenny, 30 ans, gestionnaire de collection deviendra styliste.)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les temps de maternit\u00e9s se glissent entre temps de travail et temps de formation, Jenny optimise son temps de maternit\u00e9, elle est enceinte dans la p\u00e9riode de formation et accouche dans le m\u00eame temps, elle n\u2019a \u00e9t\u00e9 absente qu\u2019une fois de l\u2019entreprise ; ainsi l\u2019entreprise n\u2019a subit aucun dommage li\u00e9 \u00e0 sa maternit\u00e9 comme des absences r\u00e9p\u00e9t\u00e9es ou une efficacit\u00e9 plus r\u00e9duite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le cong\u00e9 parental est un temps qui est utilis\u00e9 par les femmes comme une respiration professionnelle et comme un temps de formation. Il est aussi l\u2019occasion de prendre de la distance avec son travail. Il appara\u00eet comme un moyen de s\u2019offrir un temps de latence \u00ab institutionnel \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire de d\u00e9gager du temps en dehors de l\u2019entreprise, du temps hors-travail. Il introduit une distance amenant souvent \u00e0 une \u00e9valuation, un bilan dans sa trajectoire professionnelle. Lors de son deuxi\u00e8me accouchement, elle a des jumeaux, Jenny fait le point sur sa trajectoire professionnelle :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab J\u2019\u00e9tais peut-\u00eatre moins accapar\u00e9e par mon travail psychologiquement, parce que j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 un enfant et que je ne me voyais pas faire des 10 heures par jour, tous les jours. Avec la vie familiale, il y a des tas de choses qui arrivent quand on a des enfants. (\u2026) Et \u00e0 un moment donn\u00e9 de faire un point, et l\u00e0 le point, \u00e7a a \u00e9t\u00e9 le fait de changer de job, \u00e7a peut redonner une certaine motivation dans le travail.\u00bb<\/em> (Jenny, 30 ans, gestionnaire de collection, deviendra styliste.) \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsque le d\u00e9sir d\u2019investissement professionnel n\u2019est pas soutenu par l\u2019entreprise ; le choix du cong\u00e9 parental devient pour le salari\u00e9 une occasion de pression sur l\u2019entreprise. Miranda fait des \u00e9tudes de styliste et occupe un poste de d\u00e9coratrice-\u00e9talagiste en hypermarch\u00e9. Elle se met en cong\u00e9 parental \u00e0 temps partiel lors de la naissance de son deuxi\u00e8me enfant, ce choix d\u2019\u00eatre aupr\u00e8s de son enfant est aussi li\u00e9 \u00e0 la non reconnaissance de son travail au sein de l\u2019entreprise ; elle estime qu\u2019elle aurait d\u00fb \u00ab passer cadre \u00bb. \u00c9coutons-l\u00e0 :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab J\u2019ai mis le deuxi\u00e8me en route et j\u2019ai dit : \u00ab Je veux bien revenir \u00e0 39 heures, mais il faut que je sois agent de ma\u00eetrise et que j\u2019ai le salaire en cons\u00e9quence \u00bb. Ils m\u2019ont dit non, donc j\u2019ai repris un cong\u00e9 parental \u00e0 mi-temps, et de l\u00e0 ils ont mis un responsable d\u00e9co qui est le gar\u00e7on que moi j\u2019ai embauch\u00e9\u2026 \u00bb (Miranda, 36 ans, employ\u00e9e d\u00e9coration en hypermarch\u00e9.) \u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le temps partiel est aussi un temps qui permet aux femmes de d\u00e9gager du temps pour se repositionner professionnellement. Elles repensent leur vie professionnelle. Le temps partiel est aussi une autre mani\u00e8re de lib\u00e9rer du temps. Isabelle apr\u00e8s avoir pass\u00e9 10 ans comme assistante de production \u00e0 la Redoute, va pr\u00e9senter un concours pour devenir professeur de vente en lyc\u00e9e professionnel. Elle ne supporte plus la pression et l\u2019ambiance, selon elle, peu humaine des entreprises priv\u00e9es. Sa r\u00e9orientation survient au moment de la naissance d\u2019un deuxi\u00e8me enfant. Elle prend d\u2019abord un temps partiel avec pour objectif la pr\u00e9paration de son concours. Son choix est alors celui de concilier temps professionnel et temps de formation. Mais une dispute avec son chef de service, qui r\u00e9v\u00e8le la difficult\u00e9 pour l\u2019entreprise d\u2019int\u00e9grer \u00ab les temps partiels \u00bb, va l\u2019inciter \u00e0 demander un cong\u00e9 parental. Ainsi le d\u00e9sinvestissement professionnel va permettre un surinvestissement dans la formation. Il prend la forme d\u2019une rupture annonc\u00e9e avec l\u2019entreprise par laquelle elle subissait de fortes pressions sans reconnaissance professionnelle et financi\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em class=\"txt-j\">\u00ab Oui j\u2019ai demand\u00e9 un temps partiel en me disant : \u00ab je pr\u00e9parerais le concours par correspondance \u00bb. Donc j\u2019ai repris pendant l\u2019\u00e9t\u00e9, c\u2019\u00e9tait pas folichon franchement. Apr\u00e8s mon accouchement, j\u2019ai accouch\u00e9 en avril, j\u2019ai repris juillet et ao\u00fbt, l\u2019ambiance s\u2019est d\u00e9t\u00e9rior\u00e9e. Je me suis rendu compte que \u00e7a allait \u00eatre vachement dur de pr\u00e9parer le concours, une copine m\u2019a dit : \u00ab tu peux encore t\u2019inscrire \u00e0 la pr\u00e9paration \u00e0 la fac m\u00eame si c\u2019est un peu tard. \u00bb Et, sur ce, je me suis disput\u00e9e avec mon chef, c\u2019\u00e9tait mi-novembre et j\u2019ai dit : \u00ab Je veux un parental temps plein et au plus vite \u00bb. Et un mois apr\u00e8s, j\u2019ai pu partir et j\u2019ai pr\u00e9par\u00e9 le concours comme \u00e7a quoi.\u00bb (Isabelle, 33 ans, assistante de production \u00e0 la Redoute, deviendra professeur de vente en Lyc\u00e9e d\u2019enseignement professionnel.) \u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Parfois les femmes parviennent \u00e0 instrumentaliser les temps de parentalit\u00e9, ces m\u00eames temps qui les mettent \u00e0 l\u2019\u00e9cart, hors course, hors comp\u00e9tition et les placent doucement sur la touche pour l\u2019entreprise, ces temps sont r\u00e9investis pour devenir des temps de formation et c\u2019est dans cette distance avec l\u2019entreprise qu\u2019elles conduisent leur d\u00e9marche de reconversion et leur insertion future dans un autre secteur professionnel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans ces diff\u00e9rentes situations, la rupture avec l\u2019organisation temporelle ant\u00e9rieure introduit un rapport au temps moins inscrit \u00ab dans le faire \u00bb, dans l\u2019occupation concr\u00e8te. La journ\u00e9e n\u2019est plus rythm\u00e9e par l\u2019organisation qu\u2019imposent des temps de travail r\u00e9guliers.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\"><a id=\"4\" name=\"4\"><\/a>4. LA RECONVERSION PROFESSIONNELLE VOLONTAIRE : SE R\u00c9APPROPRIER SA BIOGRAPHIE<\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">La tentative de r\u00e9appropriation du temps est centrale dans la d\u00e9marche de reconversion professionnelle volontaire entreprise. Dans la mise en perspective de soi, l\u2019acteur va mobiliser \u00e0 un moment donn\u00e9 un regard sur sa capacit\u00e9 \u00e0 synth\u00e9tiser le produit d\u2019un pass\u00e9, somme des exp\u00e9riences professionnelles ant\u00e9rieures afin de construire un autre avenir professionnel. C\u2019est dans la prise de d\u00e9cision de la r\u00e9orientation professionnelle, exp\u00e9rience \u00e0 la fois sociale et \u00e9minemment intime que l\u2019individu remet en cause l\u2019ensemble de sa trajectoire et \u00e9prouve l\u2019exp\u00e9rience du temps dans ce projet de r\u00e9alisation de soi. Dans la rupture professionnelle, il exp\u00e9rimente un autre temps, celui du doute de l\u2019ind\u00e9cision, et construit un processus de mise en action pour mener au bout sa d\u00e9marche de reconversion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La d\u00e9marche de reconversion professionnelle volontaire est une intervention sur la trajectoire biographique, ce que l\u2019on rep\u00e8re dans les r\u00e9cits des personnes en reconversion qui disent leur d\u00e9sir d\u2019appropriation du temps. La d\u00e9marche, elle-m\u00eame de reconversion professionnelle volontaire proc\u00e8de de temporalit\u00e9s diff\u00e9rentes qui se succ\u00e8dent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On a pu rep\u00e9rer trois temps diff\u00e9rents dans la d\u00e9marche de reconversion. (Bloch, 1959). Nous proposons de rapprocher ces trois moments identifi\u00e9s empiriquement du travail de Bloch sur la conscience anticipante. Nous expliciterons les trois moments centraux de cette d\u00e9marche : premier moment arr\u00eater le temps : la rupture avec le temps professionnel, deuxi\u00e8me moment : vivre dans le temps arr\u00eat\u00e9, troisi\u00e8me moment : la mise en action.<\/p>\n<p class=\"intertitre\" style=\"text-align: justify;\"><strong>4.1 Premier moment arr\u00eater le temps : le d\u00e9crochage avec le temps professionnel<\/strong><\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Le premier moment que relatent les interview\u00e9s est un temps de rupture avec le temps pr\u00e9c\u00e9dent, avec l\u2019organisation chronologique du temps. Cette d\u00e9sorganisation du temps trouve sa source dans une insatisfaction au travail : il n\u2019y a pas ou plus de \u00ab commitment \u00bb (Hughes, 1996), le travail est d\u00e9sinvesti soit par ce qu\u2019il n\u2019y a pas de travail, soit parce qu\u2019il y a trop de travail et donc trop de pressions pour investir sa t\u00e2che, soit parce qu\u2019il n\u2019est pas int\u00e9ressant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour Florent, ing\u00e9nieur, le d\u00e9sengagement d\u2019avec son univers professionnel est pr\u00e9sent d\u00e8s la premi\u00e8re ann\u00e9e. Il trouve sa source dans une charge de travail restreinte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab Le travail ne m\u2019int\u00e9ressait pas vraiment parce qu\u2019il n\u2019y en avait pas. Je vais dire des choses qui vont te para\u00eetre incroyables. Quand j\u2019\u00e9tais ing\u00e9nieur mon travail devait \u00eatre mal organis\u00e9, puisqu\u2019il se trouve que je ne faisais absolument rien. Il y avait une demi-heure, \u00e0 une heure de travail effectif par jour, le reste du temps, j\u2019en profitais pour soit jouer au billard, soit lire des bouquins, soit \u00e9crire un roman, soit lire le journal, bien s\u00fbr discuter avec les copains, mais comme je n\u2019en n\u2019avais pas, c\u2019\u00e9tait assez complexe. Et \u00e7a a dur\u00e9 tr\u00e8s longtemps : pendant un an je ne faisais quasiment rien de mon temps. \u00bb (Florent, 31 ans, ing\u00e9nieur, deviendra com\u00e9dien.) \u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le temps est alors investi autrement ; le temps de travail se parcellise en une multitude de petites t\u00e2ches plus satisfaisantes \u00ab jouer au billard, lire des bouquins, \u00e9crire un roman \u00bb qui viennent prendre la place du temps de travail. Une d\u00e9sorganisation du temps qui cr\u00e9e des espaces, des souffles, des ouvertures. Le temps d\u00e9sorganis\u00e9 ouvre sur d\u2019autres configurations du temps, d\u2019autres mani\u00e8res d\u2019occuper le temps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le cas de Marc, en contrepoint de celui de Florent, montre des d\u00e9crochages successifs par rapport \u00e0 son m\u00e9tier d\u2019origine. Ceux-ci prennent leur source dans un exc\u00e8s de travail qui impose un rythme \u00ab stressant \u00bb \u00e0 sa vie. Entr\u00e9 en apprentissage comme p\u00e2tissier \u00e0 15 ans, il exerce son m\u00e9tier jusqu\u2019\u00e0 17 ans et demi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le premier d\u00e9crochage<\/strong> se concr\u00e9tise par un travail saisonnier comme vendeur de beignets sur la c\u00f4te :<br \/>\n<em><br \/>\n\u00ab Je voulais faire p\u00e2tissier et je me suis rapidement retrouv\u00e9 \u00e0 faire saisonnier p\u00e2tissier, 3 mois par an sur la C\u00f4te d\u2019Azur, 10000 francs par mois. Je ne me suis pas pos\u00e9 la question longtemps, et j\u2019ai fait ch\u00f4meur et saisonnier le reste de l\u2019ann\u00e9e. \u00bb (Marc, 31 ans, p\u00e2tissier, deviendra plasticien.) \u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ses conditions de travail ant\u00e9rieures changent. Il s\u2019aper\u00e7oit qu\u2019il peut travailler moins longtemps et gagner plus d\u2019argent. Le fait de lib\u00e9rer du temps non travaill\u00e9 introduit un rapport au travail diff\u00e9rent. On n\u2019est plus l\u00e0 dans un rapport de production taylorien du temps contraint o\u00f9 la productivit\u00e9 codifie le rapport au travail induisant une vision dichotomique du travail, divis\u00e9 en temps de travail productif et temps de loisirs. Cette vision dichotomique \u00e9clate \u00e0 partir du moment o\u00f9 le temps quotidien n\u2019est plus organis\u00e9, param\u00e9tr\u00e9 en deux temps : le travail et la d\u00e9tente. D\u00e8s lors que son activit\u00e9 professionnelle ne l\u2019occupe plus \u00e0 temps plein, Marc peut s\u2019envisager autrement. Le temps lib\u00e9r\u00e9 cr\u00e9e un espace, le repos ne suffit plus \u00e0 remplir son temps libre (Dumazedier, 1962 ; Sue, 1994) : il peut jouir diff\u00e9remment de son temps et s\u2019imaginer faire autre chose.<br \/>\n<strong><br \/>\nLe deuxi\u00e8me d\u00e9crochage<\/strong> est caract\u00e9ris\u00e9 par un \u00e9v\u00e9nement familial douloureux. \u00c0 sa majorit\u00e9, il per\u00e7oit l\u2019h\u00e9ritage de son p\u00e8re d\u00e9c\u00e9d\u00e9 qui s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 100 000 francs, et trois ans plus tard, celui de son fr\u00e8re, de 100 000 francs \u00e9galement. Il d\u00e9cide alors d\u2019arr\u00eater de travailler.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab Je devais d\u00e9penser une brique par mois et ne pas payer de loyer, j\u2019\u00e9tais toujours chez ma m\u00e8re, je passais mon temps \u00e0 consommer des livres, des disques et j\u2019allais en concert partout. Une fois que j\u2019ai eu d\u00e9pens\u00e9 tous mes sous, vu que j\u2019\u00e9tais satur\u00e9 de consommation, la soci\u00e9t\u00e9 de consommation m\u2019int\u00e9ressait moyennement : finalement j\u2019ai fait le bilan d\u2019avoir consomm\u00e9 comme \u00e7a sans avoir \u00e0 suer trop pour pouvoir en profiter.\u00bb (Marc, 31 ans, p\u00e2tissier, deviendra plasticien.) \u00bb<br \/>\n<\/em><br \/>\n<strong>Le troisi\u00e8me d\u00e9crochage<\/strong> s\u2019amorce lorsque sa trajectoire se trouve de nouveau boulevers\u00e9e lors d\u2019un voyage en Australie o\u00f9 il rejoint un ami boulanger. Le rapport \u00e0 l\u2019argent qu\u2019il observe dans ce pays et les relations qu\u2019il qualifie \u00ab d\u2019esclavagistes \u00bb des Australiens \u00e0 l\u2019\u00e9gard des Asiatiques contribuent \u00e0 modifier sa vision du monde, ses valeurs. De retour en France, il souhaite vivre du RMI.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour Marc, la distance au travail s\u2019accro\u00eet au fil du temps et au fur et \u00e0 mesure de l\u2019irruption d\u2019un certain nombre d\u2019\u00e9v\u00e9nements. De p\u00e2tissier, il devient p\u00e2tissier saisonnier, puis \u00ab rmiste \u00bb. Les d\u00e9crochages successifs d\u2019un emploi salari\u00e9 stable l\u2019am\u00e8nent \u00e0 une situation de d\u00e9sengagement, qui le place en situation d\u2019attente : il est en d\u00e9saffiliation au sens de Castel (1995), d\u00e9finie sous la forme d\u2019une absence de participation \u00e0 toute activit\u00e9 productive et d\u2019un isolement relationnel (Castel, 1995).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les deux cas pr\u00e9c\u00e9demment cit\u00e9s, on voit comment le temps de travail est investi par du temps priv\u00e9.<\/p>\n<p class=\"intertitre\" style=\"text-align: justify;\"><strong>4.2 Le deuxi\u00e8me moment : s\u2019installer dans un temps d\u00e9sorganis\u00e9<\/strong><\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Les effets de la rupture avec un temps organis\u00e9 conduisent au temps vide. Ce temps vide introduit un rapport plus ext\u00e9rieur au temps, il ouvre sur la possibilit\u00e9 de ma\u00eetriser le temps. Cette s\u00e9quence d\u2019attente pr\u00e9sente dans toutes les ruptures professionnelles est assimil\u00e9e \u00e0 un temps de gestation, une p\u00e9riode d\u2019incubation ce que Fuch Ebaugh (1988) nomme \u00ab the vacum \u00bb. Dans ce temps, la prise de d\u00e9cision imm\u00e9diate est diff\u00e9r\u00e9e. L\u2019individu est dans un \u00e9tat latent au sens de \u00ab en attente \u00bb. Le temps de l\u2019action est comme suspendu, fig\u00e9 en retrait, le mouvement et le temps sont ici arr\u00eat\u00e9s. L\u2019individu s\u2019il n\u2019est pas dans le temps actif n\u2019en est pas moins en recherche, une recherche erratique o\u00f9 se combinent des actes d\u00e9sordonn\u00e9s, des tentatives souvent \u00e9bauch\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pendant deux ans, Marc vit chez sa m\u00e8re avec les h\u00e9ritages qu\u2019il a per\u00e7us et le RMI, ses contacts sur l\u2019ext\u00e9rieur sont limit\u00e9s \u00e0 des \u00e9changes postaux vers des personnes qu\u2019il ne conna\u00eet pas. Il cr\u00e9e de petits ouvrages photocopi\u00e9s \u00e0 50 ou 100 exemplaires. Il initie des situations sans autre but pr\u00e9cis que celui de \u00ab provoquer les choses \u00bb, \u00ab c\u2019\u00e9tait comme des bouteilles lanc\u00e9es \u00e0 la mer \u00bb dira-t-il. Il s\u2019inscrit dans une dynamique du don.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Marc qualifie r\u00e9trospectivement cette \u00ab p\u00e9riode d\u2019incubatoire \u00bb. Il dit : \u00ab ma carri\u00e8re artistique a d\u00e9but\u00e9e comme \u00e7a ! \u00bb Ainsi, dans ce temps de l\u2019attente, il s\u2019explore sur un autre registre \u00e0 travers les \u00e9changes qu\u2019il suscite et qui sont autant de tentatives de qu\u00eate de soi (N\u00e9groni, 2005), dans le regard \u00ab d\u2019autruis significatifs \u00bb (Mead, 1963). Ce temps de recherche sur soi, interroge la place de la vie professionnelle et de la vie personnelle. Certains interview\u00e9s se revendiquent d\u2019un syst\u00e8me de croyances et d\u2019un plan de sens<sup>2<\/sup> (Zarifian, 1995) qui d\u00e9finit un engagement dans le monde. Le r\u00e9cit de Numa en rend compte :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab En fait ce que j\u2019ai v\u00e9cu dans le cadre de mon boulot s\u2019est bien pass\u00e9. Je n\u2019avais pas de probl\u00e8me. Mais j\u2019ai eu l\u2019impression de m\u2019ouvrir sur d\u2019autres choses plus essentielles et d\u2019avoir plus de profondeur, et \u00e7a correspondait \u00e0 une p\u00e9riode affective, \u00e7a correspondait \u00e0 une rupture avec la fille avec qui j\u2019\u00e9tais depuis sept ans, une transition avec \u00e7a et une ouverture sur d\u2019autres choses qui a provoqu\u00e9 un d\u00e9clic et qui a aussi vers\u00e9 dans la photographie. \u00bb (Numa, 33 ans, commercial, deviendra photographe) \u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La phase d\u2019incubation est aussi la prise en consid\u00e9ration des doutes qui s\u2019ancrent dans les manques et les insuffisances inh\u00e9rentes \u00e0 la situation de travail. Cette phase constitue la mise \u00e0 jour d\u2019un v\u00e9cu dont l\u2019incompl\u00e9tude impose une prise de d\u00e9cision qui jusqu\u2019alors avait \u00e9t\u00e9 diff\u00e9r\u00e9e. Cette phase d\u2019introspection est un moment de retour sur soi o\u00f9 la dimension expressive occupe une position centrale. L\u2019expressivit\u00e9 est plac\u00e9e au coeur du r\u00e9cit. L\u2019individu fait alors le bilan de sa trajectoire professionnelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u2013 \u00ab Comment vous qualifieriez votre d\u00e9marche ? \u00bb<br \/>\n\u2013 \u00ab Je pense que c\u2019est vraiment se rendre compte de la situation actuelle, c\u2019\u00e9tait une \u00e9valuation sur mon m\u00e9tier. Comme si je me r\u00e9veillais et je me disais : \u00ab ben voil\u00e0, tu as quand m\u00eame un bac D qu\u2019est ce que tu fais l\u00e0 ? \u00bb, et c\u2019\u00e9tait une mise au point et me dire, tu peux plus continuer c\u2019est vraiment du g\u00e2chis ! \u00bb (Alice, 33 ans, op\u00e9ratrice de saisie en VPC, deviendra secr\u00e9taire m\u00e9dicale)<br \/>\n<\/em><br \/>\nDans ce moment que l\u2019on pourrait assimiler \u00e0 un temps de retour sur soi, le pass\u00e9 est convoqu\u00e9. Les interview\u00e9s l\u2019expriment tr\u00e8s clairement. L\u2019individu s\u2019envisage sous diff\u00e9rentes facettes, il introduit son pass\u00e9, investit ses d\u00e9sirs pass\u00e9s, les r\u00eaves d\u2019enfants tomb\u00e9s en sommeil r\u00e9apparaissent. C\u2019est le temps de la lev\u00e9e de tous les interdits, o\u00f9 l\u2019on tente de revenir sur les regrets pass\u00e9s. Sont convoqu\u00e9s tous les projets avort\u00e9s ou qui n\u2019ont jamais vu le jour comme autant de possibilit\u00e9s \u00e0 prendre en compte : \u00ab Je me suis demand\u00e9 ce que je voulais \u00eatre \u00bb. La trajectoire est revisit\u00e9e. On peut v\u00e9ritablement parler d\u2019immersion dans le pass\u00e9, c\u2019est le temps des \u00ab utopies abstraites faites de mystifications et de conditionnement \u00bb (Bloch, 1959). Dans ce moment de temps non contraint que nous avons identifi\u00e9 comme un temps d\u2019attente, les individus reviennent sur les blocages pass\u00e9s, les refus, les noeuds de leur trajectoire.<\/p>\n<p class=\"intertitre\" style=\"text-align: justify;\">4.3 Troisi\u00e8me moment : la mise en action<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Ce troisi\u00e8me moment marque une rupture avec le temps lin\u00e9aire du \u00ab chronos \u00bb pour s\u2019ouvrir au ka\u00efros (Tr\u00e9d\u00e9, 1992), le temps soudain, simultan\u00e9. C\u2019est l\u2019\u00e9mergence du ka\u00efros qui appara\u00eet comme un point de jonction dialectique de deux dur\u00e9es : la longue maturation du pass\u00e9 et le surgissement de la crise qui exige rapidement l\u2019acuit\u00e9 d\u2019un coup d\u2019oeil tendu vers l\u2019avenir. Le ka\u00efros cristallise en son sein des dispositions pass\u00e9es dans l\u2019espace du pr\u00e9sent. C\u2019est comme si la situation objective, l\u2019espace social dans lequel s\u2019ancre l\u2019individu \u00e0 un moment donn\u00e9 faisait conjonction, coh\u00e9rence avec quelque chose de profond\u00e9ment intime et que les individus nomment successivement destin, chance ou personnalit\u00e9. L\u00e0, le destin n\u2019est pas une entit\u00e9 autonome qui agit le sujet. L\u2019acteur a donc le pouvoir d\u2019agir sur le destin, de le bousculer et si ce n\u2019est de le changer, du moins de l\u2019infl\u00e9chir. Le destin inclut une dimension de l\u2019irr\u00e9m\u00e9diable de l\u2019in\u00e9vitable \u00ab \u00e7a devait se faire \u00bb et une dimension temporelle \u00ab c\u2019est ici et maintenant \u00bb (N\u00e9groni, 2003).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Convoquons ici le concept d\u2019\u00e9volution cr\u00e9atrice de Bergson que l\u2019on peut d\u00e9finir comme une dimension particuli\u00e8re du pr\u00e9voir : \u00ab Pr\u00e9voir consiste \u00e0 projeter dans l\u2019avenir ce que l\u2019on a per\u00e7u dans le pass\u00e9, o\u00f9 \u00e0 se repr\u00e9senter pour plus tard un nouvel assemblage, dans un autre ordre, des \u00e9l\u00e9ments d\u00e9j\u00e0 per\u00e7us. Mais ce qui n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 per\u00e7u, et ce qui est en m\u00eame temps simple est n\u00e9cessairement impr\u00e9visible.\u00bb (Bergson, 1938). Ce concept rend bien compte de la situation de projet qui consiste \u00e0 investir son futur d\u2019une configuration d\u2019\u00e9l\u00e9ments pass\u00e9s-pr\u00e9sents. Dans les reconversions professionnelles volontaires, le moment pr\u00e9sent est v\u00e9cu par les interview\u00e9s sur le mode questionnant : c\u2019est parce qu\u2019il est insatisfaisant que cette premi\u00e8re rupture pourra se faire ; elle vise \u00e0 esquisser un temps et un espace meilleurs. La seconde rupture s\u2019efforce d\u2019interrompre le travail d\u2019anticipation pour lui donner un d\u00e9but de concr\u00e9tisation dans le r\u00e9el. Elle traduit un refus de se laisser entra\u00eener dans une fuite en avant vers le monde des r\u00eaves. Il s\u2019agit, dans un mouvement inverse au premier, de construire \u00ab son avenir d\u00e9sir\u00e9 \u00bb en tentant de le r\u00e9aliser. Ces deux ruptures s\u2019apparentent \u00e0 un \u00e9change dialectique, dans le sens o\u00f9 toute anticipation appelle une validation et o\u00f9 toute concr\u00e9tisation va modifier l\u2019anticipation premi\u00e8re. Il \u00ab s\u2019instaure une interaction continuelle entre le dessein et le dessin \u00bb <sup>3<\/sup>(Boutinet, 1990).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce dernier temps de la d\u00e9marche de reconversion est le temps de l\u2019\u00e9bauche de la formalisation. L\u2019individu envisage globalement toutes les modalit\u00e9s de changement qui lui semblent possibles : la promotion interne, le changement de poste sont avanc\u00e9s mais rarement retenus parce que souvent impossibles. Tous les souhaits sont r\u00e9examin\u00e9s. C\u2019est la confrontation d\u2019un pass\u00e9, de d\u00e9sirs contr\u00e9s \u00e0 un pr\u00e9sent-futur o\u00f9 les possibilit\u00e9s sont encore ouvertes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chez certaines personnes, ce temps latent se transforme tr\u00e8s vite en un temps de recherche active. Cette phase devient un temps tourn\u00e9 vers le projet lorsque l\u2019individu prend conscience des possibilit\u00e9s et des impossibilit\u00e9s. Il r\u00e9sout le conflit interne qui se noue entre ses aspirations et ses possibilit\u00e9s de r\u00e9insertion. La situation ne se d\u00e9bloque que lorsqu\u2019il prend la mesure de la situation et l\u2019accepte. Il peut alors imaginer une solution de sortie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab Euh\u2026 Donc, j\u2019ai beaucoup r\u00e9fl\u00e9chi personnellement et j\u2019ai cherch\u00e9 d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et de l\u2019autre et j\u2019ai lu des articles partout, et je me suis rapproch\u00e9e de la Chambre de commerce et d\u2019industrie \u00e0 Armenti\u00e8res et j\u2019y ai pris des petits livrets et je me suis rendu compte qu\u2019il y avait le Fongecif (Organisme financier pour la prise en charge des cong\u00e9s individuels de formation) qui \u00e9tait l\u00e0 et que j\u2019avais peut-\u00eatre des possibilit\u00e9s de trouver quelque chose. \u00bb (Marie-Anne, 40 ans, laborantine, deviendra repr\u00e9sentante m\u00e9dicale)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En ce sens, on peut parler de seconde chance li\u00e9e \u00e0 l\u2019opportunit\u00e9 d\u2019intervenir sur son pass\u00e9, de revisiter sa biographie. Pour certains, il s\u2019agit d\u2019une quasi \u00ab qu\u00eate du Graal \u00bb comme si, au-del\u00e0 de cette entreprise de r\u00e9conciliation, la porte s\u2019ouvrait vers un possible incommensurable, vers la qu\u00eate d\u2019un autre soi, la recherche d\u2019une autre identit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J.P. Boutinet (1993) fait \u00e9tat d\u2019une \u00ab fonction d\u2019anticipation<sup>4<\/sup> \u00bb n\u00e9cessaire \u00e0 la conception du projet. Les entretiens montrent que l\u2019anticipation existe parfois depuis tr\u00e8s longtemps, sous la forme d\u2019un projet larv\u00e9 qui ne s\u2019est jamais r\u00e9alis\u00e9 et qui \u00e9tait un d\u00e9sir de jeunesse pr\u00e9sent lors de l\u2019orientation scolaire. Cette anticipation s\u2019exprime tr\u00e8s t\u00f4t chez certaines adolescentes <em>\u00abJ\u2019avais mis ma\u00eetre-chien sur la fiche de voeu \u00bb<sup>5<\/sup><\/em>.Cette attirance premi\u00e8re est pr\u00e9sent\u00e9e a <em>posteriori <\/em>comme un d\u00e9sir qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 agi<sup>6<\/sup>. Dans cette phase de la d\u00e9marche de reconversion, l\u2019individu explore ses projets de jeunesse \u00e0 partir d\u2019un ici et maintenant. Ce temps de retour sur soi est aussi une tentative d\u2019anticipation de son devenir, de sa biographie. Selon E. Bloch (1959), l\u2019anticipation se place au coeur du <em>non encore conscient<\/em>, dans \u00ab cet obscur du moment v\u00e9cu \u00bb : \u00e9tat pr\u00e9liminaire du r\u00eave \u00e9veill\u00e9 o\u00f9 l\u2019on d\u00e9c\u00e8le les traces du futur.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\"><a id=\"conclusion\" name=\"conclusion\"><\/a>CONCLUSION : MA\u00ceTRISER LES TEMPORALIT\u00c9S INSOLITES DE SA BIOGRAPHIE<\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">J.P. Boutinet fait le constat d\u2019une d\u00e9ritualisation du cours de vie au travers des rites qui, s\u2019ils sanctionnaient le passage des \u00e2ges, labellisaient l\u2019accession \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte. Ils n\u2019ont d\u00e9sormais plus cours ou ne sont effectivement plus reconnus dans nos soci\u00e9t\u00e9s comme des marqueurs d\u2019identit\u00e9. Les fossoyeurs des rites ont fait recette. Les rites, vestiges d\u2019une civilisation perdue, \u00e9taient garants d\u2019un mod\u00e8le de vie. Il n\u2019y a plus de mod\u00e8les, il faut en inventer. L\u2019\u00e9laboration des projets vient occuper l\u2019espace vacant laiss\u00e9 par les rites. Le projet ultime devient la construction de soi. Elle passe donc d\u2019abord par le r\u00e9agencement des temporalit\u00e9s de sa biographie, et plus particuli\u00e8rement par le contr\u00f4le de temporalit\u00e9s insolites. Ainsi, le cong\u00e9 individuel de formation, le ch\u00f4mage, le cong\u00e9 parental, le temps partiel sont autant de dispositifs qui introduisent une distance temporelle et spatiale et qui offrent l\u2019opportunit\u00e9 \u00e0 l\u2019acteur d\u2019une prise de distance avec son v\u00e9cu professionnel. De plus, l\u2019acteur, lorsque sa charge de travail n\u2019est pas lourde, peut se saisir du temps d\u00e9gag\u00e9 pour l\u2019investir alors dans des activit\u00e9s choisies. Ainsi, la d\u00e9sorganisation du temps professionnel quotidien par l\u2019introduction de nouvelles temporalit\u00e9s lib\u00e8re un espace dont la vacuit\u00e9 ouvre la possibilit\u00e9 de se r\u00e9approprier le temps et donc de l\u2019inscrire dans la vis\u00e9e du projet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En outre, la reconversion professionnelle volontaire est un analyseur des temps de la biographie. Elle agit comme un compresseur et un d\u00e9compresseur : les diff\u00e9rents temps ne sont plus juxtapos\u00e9s, mais ils s\u2019imbriquent les uns dans les autres, le temps d\u00e9multipli\u00e9, est r\u00e9affect\u00e9 en des temporalit\u00e9s et en des espaces diff\u00e9rents. La reconversion professionnelle volontaire rend visible le processus de mise en action. La succession de s\u00e9quences montre des instants synchrones d\u2019une proposition de mise en ordre des temps biographiques. Ils prennent place alors dans l\u2019histoire particuli\u00e8re, celle de l\u2019acteur qui construit et s\u2019approprie sa biographie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u00e0, l\u2019acteur est \u00ab l\u2019individu incertain \u00bb (Ehrenberg, 1996), d\u00e9pourvu d\u2019un dehors lui dictant une ligne de conduite, qu\u2019il doit d\u00e9sormais trouver lui-m\u00eame, et lui seul. La responsabilit\u00e9, l\u2019injonction d\u2019\u00eatre soi-m\u00eame, de s\u2019assumer ou d\u2019\u00eatre toujours au meilleur de sa forme, constitue le nouveau noyau de l\u2019\u00e9thique moderne. La responsabilisation de l\u2019individu \u00e9merge comme une figure de la domination. Celle-ci, dans sa r\u00e9alit\u00e9 ultime est \u00e0 placer du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019affaissement de toute matrice h\u00e9g\u00e9monique de la condition moderne. Si la ma\u00eetrise de ses temporalit\u00e9s biographiques, celle de disposer de soi, est une gageure, le projet peut prendre alors le relais d\u2019une matrice structurante pour l\u2019individu. Construire son parcours de vie prend la forme d\u2019un projet et constitue une \u00e9taie, au sens d\u00e9fini par Danilo Martuccelli (2003), pour continuer \u00e0 tenir dans le monde.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><a id=\"auteur\" name=\"auteur\"><\/a>Auteur<\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\"><strong>Catherine N\u00e9groni<\/strong> est ma\u00eetre de conf\u00e9rences \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Lille 3. Elle a soutenu une th\u00e8se de sociologie en 2003, intitul\u00e9e \u00ab La vocation de soi : une sociologie de la reconversion professionnelle volontaire \u00bb. Elle poursuit ses recherches sur les bifurcations professionnelles et la question de la formation professionnelle en entreprise.<br \/>\nCourriel : catherine.negroni@univ-lille3.fr<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Universit\u00e9 Charles-de-Gaulle &#8211; Lille 3<br \/>\nDomaine universitaire du \u00ab Pont de Bois \u00bb<br \/>\nrue du Barreau &#8211; BP 60149<br \/>\n59653 Villeneuve d\u2019Ascq Cedex<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\">Notes<\/h3>\n<ol style=\"text-align: justify;\">\n<li class=\"txt-j\">D. Demazi\u00e8re et C. Dubar concernant la gal\u00e8re des jeunes montrent que si les r\u00e9cits font \u00e9tat de la construction de la gal\u00e8re comme une accumulation d\u2019\u00e9checs, cependant pour rendre compte de leur situation au moment de l\u2019entretien et des perspectives d\u2019avenir, aucun d\u2019eux ne d\u00e9clare \u00ab gal\u00e9rer \u00bb, ils disent : \u00ab ne pas savoir, et attendre \u00bb. Ainsi \u00e0 propos de l\u2019introduction de l\u2019argument de l\u2019attente, Demazi\u00e8re et Dubar constatent que c\u2019est une mani\u00e8re de rompre avec le temps de la gal\u00e8re. \u00ab Dire j\u2019attends et pas seulement \u00ab je gal\u00e8re \u00bb est la marque d\u2019un tournant du cycle de vie et de l\u2019existence : ce qui quelques ann\u00e9es plus t\u00f4t pouvait \u00eatre v\u00e9cu sur le mode de l\u2019insouciance et de l\u2019indiff\u00e9rence, traits sociaux de la jeunesse, doit \u00eatre r\u00e9appropri\u00e9 selon d\u2019autres normes sociales.(Demazi\u00e8re et Dubar, 1997, p. 265)<\/li>\n<li class=\"txt-j\">La notion de plan de sens fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la \u00ab contre-effectuation \u00bb du sens, il s\u2019agit de donner un sens aux \u00e9v\u00e9nements, et d\u2019imprimer un cadre au r\u00e9el pour l\u2019inscrire dans un plan de sens.<\/li>\n<li class=\"txt-j\">C\u2019est lorsque qu\u2019il y a un d\u00e9calage entre dessin et dessein que peut se cr\u00e9er de la dissonance.<\/li>\n<li class=\"txt-j\">Notion qu\u2019il emprunte \u00e0 Bloch.<\/li>\n<li class=\"txt-j\">Tir\u00e9 de l\u2019entretien de Vanessa 24 ans, vendeuse qui cr\u00e9era une entreprise de toilettage canin.<\/li>\n<li class=\"txt-j\">On pourrait lire cette anticipation inconsciente comme une disposition n\u2019attendant qu\u2019un d\u00e9clic pour \u00eatre agi, ce que Lahire lirait comme un sch\u00e8me d\u2019action incorpor\u00e9 (Lahire, 1998).<\/li>\n<\/ol>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><a id=\"abstract\" name=\"abstract\"><\/a>Abstract<\/h3>\n<p class=\"resume\" style=\"text-align: justify;\">This article examines the voluntary professional reconversion based on a corpus of about sixty life stories of people undergoing professional reorientation and met during various times on this period of professional change. The main idea here, is to consider professional reconversion as a will to control the temporalities of the biography, the fact is for individual to appropriate different times of biography: social times, professional times, family times, and private times. The volontary professional reconversion is regarded as a sequential process, this process is built in successive temporalities. The person engaged in a voluntary professional reconversion takes up the control of his biographical times.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">BAUDELOT, C. et GOLLAC, M. (2003). <em>Travailler pour \u00eatre heureux ? Le bonheur et le travail en France<\/em>. Paris : Fayard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">BECK, U. (1986). <em>La soci\u00e9t\u00e9 du risque. Sur la voie d\u2019une autre modernit\u00e9<\/em>. Paris : Aubier (\u00e9d. de 2001).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">BERGSON, H. (1938). <em>La pens\u00e9e et le mouvant<\/em>. Paris : Quadrige, PUF (\u00e9d de 2001).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">BESSIN, M. (1994). La police des \u00e2ges, entre rigidit\u00e9 et flexibilit\u00e9 temporelle, <em>Temporalistes<\/em>, n\u00b027, p 8-13 et n\u00b028, p 10-15.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">BLOCH, E. (1959). <em>Le principe d\u2019esp\u00e9rance<\/em>. Paris : Gallimard (1976, traduction 3<sup>\u00e8me<\/sup> \u00e9dition).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">BOTTEMAN, A. (1999). Vocation et vocationnel en orientation scolaire et professionnelle, <em>Carri\u00e9rologie<\/em>, vol. 7, n\u00b03-4, p. 39-79.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">BOUTINET, J.P. (1990). <em>Anthropologie du projet<\/em>. Paris : PUF (1993 3<sup>\u00e8me<\/sup> \u00e9dition).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">BOUTINET, J.P. (1993). <em>Psychologie des conduites \u00e0 projet<\/em>. Paris : P.U.F.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">BOUTINET, J.P. (1999). Brouillage des \u00e2ges et qu\u00eates identitaires, <em>\u00c9ducation permanente<\/em>, n\u00b0138\/1, p. 9-19.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">BOUTINET, J.P. (2002). Nouvelles donnes autour des itin\u00e9raires carri\u00e9rologiques de la vie adulte, <em>Carri\u00e9rologie<\/em>, vol. 8, no. 1, p 21-24.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">BRODA, J. (1990). Formation et remaniements identitaires, <em>Formation Emploi<\/em>, n\u00b032, octobre-d\u00e9cembre, p. 101-115.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">BROSE, H.G. (1988). Temps social et temps de la vie. Dans Mercure D., Wallemacq A. (eds),<em> Les Temps sociaux<\/em>. Bruxelles : De Boeck, p. 161-78.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">CASTEL, R. (1995). <em>Les m\u00e9tamorphoses de la question sociale. Une chronique du salariat<\/em>. Paris : Fayard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">DEMAZI\u00c8RE, D. et DUBAR, C. (1997).<em> Analyser les entretiens biographiques. L\u2019exemple des r\u00e9cits d\u2019insertion<\/em>. Paris : Nathan, Essais &amp; Recherches.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">DUBET, F. (1994). <em>Sociologie de l\u2019exp\u00e9rience<\/em>. Paris : Seuil.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">DUBAR, C. (2003). La formation tout au long de la vie : Vieille id\u00e9e, id\u00e9e neuve. <em>Cahiers d\u2019\u00c9tudes du CUEEP<\/em>, n\u00b052, p. 19-31.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">DUBAR, C. (2000). <em>La crise des identit\u00e9s. L\u2019interpr\u00e9tation d\u2019une mutation<\/em>. Paris : PUF.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">DUMAZEDIER, J. (1962). <em>Vers une civilisation des loisirs<\/em>. Paris : Seuil.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">EHRENBERG, A. (1996). <em>L\u2019individu incertain<\/em>. Paris : Calmann-L\u00e9vy.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">FOUCAULT, M. (2001). <em>Histoire de la sexualit\u00e9 III. Le souci de soi<\/em>. Paris : Gallimard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">FUCH EBAUGH, H. R. (1988).<em> Becoming an ex. Chicago<\/em>: University of Chicago Press.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">HUGHES, E. (1996). <em>Le regard sociologique, Essais choisis<\/em>. Paris : EHESS.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">MARTUCCELLI, D. (1999). <em>Sociologie de la modernit\u00e9 : l\u2019itin\u00e9raire du XX<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle<\/em>. Paris : Gallimard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">MARTUCCELLI, D. (2001).<em> Dominations ordinaires. Explorations de la condition moderne.<\/em> Paris : Voix et regards.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">MEAD, G. H. (1963). <em>L\u2019esprit, le Soi et la Soci\u00e9t\u00e9<\/em>. Paris : PUF.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N\u00c9GRONI, C. (2005). La reconversion professionnelle volontaire: une exp\u00e9rience de conversion de soi, <em>Carri\u00e9rologie<\/em>, vol. 10, n\u00b0 2, p. 331-348.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N\u00c9GRONI, C. (2005). La reconversion professionnelle volontaire : d\u2019une bifurcation professionnelle \u00e0 une bifurcation biographique, <em>Cahiers Internationaux de Sociologie<\/em>, vol. CXIX.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N\u00c9GRONI, C. (2003). La reconversion professionnelle volontaire un projet de formation construit par l\u2019acteur, <em>Cahiers d\u2019\u00c9tudes du CUEEP<\/em>, n\u00b0 52, p. 111-120.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">OFFE, C. (1995). <em>Travail et sociologie, Les temps modernes<\/em>, p. 2059-2093.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">SCHLANGER, J. (1997). <em>La vocation<\/em>. Paris : Seuil.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">SENNETT, R. (2000). <em>Le travail sans qualit\u00e9s : Les cons\u00e9quences humaines de la flexibilit\u00e9<\/em>. Paris : Albin Michel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">SINGLY (de), F. (1996). <em>Le soi, le couple, et la famille contemporaine<\/em>. Paris : Nathan.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">SUE, R. (1994). <em>Temps et ordre social. Sociologie des temps sociaux<\/em>. Paris : P.U.F.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">SUPIOT, A. (1999). <em>Au-del\u00e0 de l\u2019emploi<\/em>. Paris : Flammarion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">TR\u00c9D\u00c9, M. (1992). Kairos : <em>L\u2019\u00e0-propos et l\u2019occasion<\/em>. Paris : Klincksieck.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">ZARIFIAN, P. (1995).<em> Le travail et l\u2019\u00e9v\u00e9nement<\/em>. Paris : L\u2019Harmattan<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Catherine N\u00c9GRONI Auteur R\u00e9sum\u00e9\/Abstract Cet article traite des reconversions professionnelles volontaires, il s\u2019appuie sur des donn\u00e9es empiriques : des r\u00e9cits de vie de personnes en situation de reconversion professionnelle volontaire&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":101011,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[96],"tags":[],"class_list":["post-7150","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-volume-11-numero-1-2007"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7150","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/101011"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7150"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7150\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7155,"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7150\/revisions\/7155"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7150"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7150"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7150"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}