{"id":7032,"date":"2007-02-05T15:49:33","date_gmt":"2007-02-05T14:49:33","guid":{"rendered":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/?p=7032"},"modified":"2016-02-05T16:09:39","modified_gmt":"2016-02-05T15:09:39","slug":"recensions-8","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/2007\/recensions-8\/","title":{"rendered":"Recensions"},"content":{"rendered":"<p class=\"lien-1\" style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#klein\">\u00c9tienne Klein, Les tactiques de Chronos<\/a><a href=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2007\/02\/Volume11_1-2_Recensions_347_recensions.pdf\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright wp-image-6934 size-full\" src=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/PDF-1.png\" alt=\"PDF\" width=\"50\" height=\"50\" \/><\/a><\/p>\n<p class=\"lien-1\" style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#boutinet\">Jean-Pierre Boutinet, Vers une soci\u00e9t\u00e9 des agendas, une mutation de temporalit\u00e9s<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-7036\" src=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2007\/02\/Volume11_3-4_381_chronos.jpg\" alt=\"Volume11_3-4_381_chronos\" width=\"250\" height=\"401\" srcset=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2007\/02\/Volume11_3-4_381_chronos.jpg 250w, https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2007\/02\/Volume11_3-4_381_chronos-187x300.jpg 187w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><\/p>\n<h3 class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\"><a id=\"Klein\" name=\"klein\"><\/a><b class=\"titre\">\u00c9tienne Klein<\/b><\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Les tactiques de Chronos<br \/>\nParis : Flammarion, 2003<br \/>\n220 pages, ISBN : 2-0821-0091- X, 18 Euros<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">\u00c9ditions Flammarion : <a href=\"http:\/\/editions.flammarion.com\" target=\"_blank\">editions.flammarion.com<\/a><\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">En ouvrant le livre d\u2019\u00c9tienne Klein, je me suis souvenu de cette anecdote amusante rapport\u00e9e par Jean Pucelle (Le Temps, PUF, 1967, p.31). Lors de la r\u00e9forme du calendrier, adopt\u00e9e seulement en 1752 par l\u2019Angleterre et la Su\u00e8de, des manifestants descendirent dans la rue en criant : \u00ab Rendez-nous nos onze jours \u00bb. En effet, on \u00e9tait pass\u00e9 du 4 au 14 septembre en une nuit ! C\u2019est dire combien toute r\u00e9forme du calendrier peut soulever des passions. Car le temps para\u00eet toujours en rapport avec les activit\u00e9s quotidiennes et avec la vie. R\u00e9former le calendrier n\u2019est-ce pas aussi raccourcir la vie ? Le temps sert essentiellement aux hommes de moyen d\u2019orientation dans l\u2019univers social et de mode de r\u00e9gulation de leur (co)existence, car le temps et eux sont en conformit\u00e9 avec les \u00e9v\u00e9nements terrestres. Galil\u00e9e, en \u00e9tudiant la chute des corps, comprend que le temps est la variable \u00e0 retenir plut\u00f4t que l\u2019espace parcourue. Lors de la chute d\u2019un corps dans le vide, la vitesse acquise est proportionnelle \u00e0 la dur\u00e9e de la chute et ind\u00e9pendante de la masse et de la nature du corps.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">\u00c9tienne Klein se livre \u00ab \u00e0 de petits exercices de d\u00e9construction \u00bb du temps en disant ce qu\u2019il n\u2019est pas. Ensuite, il nous donne l\u2019\u00e9tat des derni\u00e8res recherches sur le sujet. En quoi consiste ce temps qui s\u2019\u00e9coule alors qu\u2019il est toujours l\u00e0, ce temps qui ne change pas mais qui fait tout changer ? Le temps est-il apparu \u00ab en m\u00eame temps \u00bb que l\u2019Univers ou l\u2019a-t-il pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 ?<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Et ces questions, qui appartenaient pour certaines \u00e0 la m\u00e9taphysique, se trouvent pos\u00e9es aujourd\u2019hui dans le champ de la physique. Si bien que se pose la question des convergences entre temps physique et temps v\u00e9cu, car ce qui se d\u00e9roule <em>dans<\/em> le temps, n\u2019est pas la m\u00eame chose que <em>le<\/em> temps lui-m\u00eame. En effet, que montre une horloge ? Du temps ?<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Non, elle montre le mouvement des aiguilles. En donnant l\u2019heure l\u2019horloge dissimule plut\u00f4t le temps derri\u00e8re cette mobilit\u00e9 parfaite de ses aiguilles. Mais lorsque l\u2019horloge tombe en panne et que ses aiguilles s\u2019arr\u00eatent, le temps, lui, continue \u00e0 s\u2019\u00e9couler. L\u2019arr\u00eat du mouvement des aiguilles n\u2019\u00e9quivaut pas \u00e0 l\u2019arr\u00eat du temps, nous le savons ; mais avons-nous int\u00e9gr\u00e9 que mesurer une dur\u00e9e n\u2019\u00e9quivaut pas \u00e0 mesurer du temps ?<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">\u00ab Le temps est seulement ce qui permet qu\u2019il y ait des dur\u00e9es. Il cr\u00e9e de la continuit\u00e9 dans l\u2019ensemble des instants. Or la mesure d\u2019une dur\u00e9e ne fait nullement appara\u00eetre le temps qui l\u2019a fabriqu\u00e9e. Elle ne d\u00e9voile rien du m\u00e9canisme myst\u00e9rieux par lequel, sit\u00f4t apparu, tout instant pr\u00e9sent dispara\u00eet pour laisser place \u00e0 un autre instant pr\u00e9sent, qui lui-m\u00eame se retirera pour faire advenir l\u2019instant suivant. Le temps est pr\u00e9cis\u00e9ment ce m\u00e9canisme-l\u00e0, cette machine \u00e0 produire en permanence de nouveaux instants \u00bb (p.21). Ce temps, qui fabrique la succession des instants, reste invisible, inaudible, intouchable. Pourtant nous ne cessons de l\u2019\u00e9voquer comme un \u00eatre familier, alors que nul ne l\u2019a vu face \u00e0 face. Nous ne percevons que ses effets, qui peuvent nous tromper sur sa nature. Le temps est d\u2019abord un mot. Et ce mot englobe confus\u00e9ment trois concepts distincts : la simultan\u00e9it\u00e9 (\u00ab il fait toujours deux choses en m\u00eame temps \u00bb), la succession (\u00ab le temps viendra o\u00f9 cette recension sera termin\u00e9e \u00bb), et la dur\u00e9e (\u00ab l\u2019auteur a manqu\u00e9 d\u2019un peu de temps pour terminer son ouvrage \u00bb). Ainsi ce mot, o\u00f9 se retrouvent les exp\u00e9riences les plus diff\u00e9rentes, ne dit rien de la nature du temps. L\u2019expression la plus st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e consiste \u00e0 dire que le temps \u00ab passe \u00bb. Mais n\u2019est-ce pas un abus de langage ?<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">\u00ab Pour les hommes, c\u2019est le temps qui passe ; pour le temps, ce sont les hommes qui passent \u00bb (proverbe chinois). Nous sommes impr\u00e9gn\u00e9s de l\u2019id\u00e9e que le temps est en quelque sorte un fleuve qui \u00ab s\u2019\u00e9coule \u00bb et nous nous \u00e9coulons aussi, propuls\u00e9s \u00e0 chaque seconde dans un monde nouveau et un moi in\u00e9dit, si bien que \u00ab la seule chose qui ne change pas, c\u2019est la propri\u00e9t\u00e9 qu\u2019ont les choses et les \u00eatres de changer, de sorte que rien ne peut rester identique \u00e0 soi-m\u00eame \u00bb (p.36). Dans cette perspective, le changement exprime paradoxalement une loi intemporelle et manifeste l\u2019\u00e9ternit\u00e9. Si le temps s\u2019\u00e9coule comme un fleuve, quel serait son lit, ses berges ?<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">L\u00e0 aussi cette m\u00e9taphore postule l\u2019existence de quelque r\u00e9alit\u00e9 intemporelle. Et affirmer que le temps s\u2019\u00e9coule \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un fleuve, suppose aussi une certaine vitesse ! Dans le langage courant ne dit-on pas que le temps passe de plus en plus vite ?<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Et cette m\u00e9taphore fluviale du baigneur continue \u00e0 nous accompagner depuis l\u2019\u00e9poque o\u00f9 H\u00e9raclite disait que nous n\u2019entrons jamais deux fois dans le m\u00eame fleuve. Les mythes les plus anciens racontent que le temps ne serait entr\u00e9 en sc\u00e8ne qu\u2019au bout d\u2019un \u00ab certain temps \u00bb pour engager un processus, provoquer une \u00e9volution. Il est assimil\u00e9 au devenir, non \u00e0 ce qui maintient le monde dans la continuit\u00e9 d\u2019un pr\u00e9sent. Platon met \u00ab en sc\u00e8ne un d\u00e9miurge qui installe le temps pour permettre au devenir de participer \u00e0 l\u2019\u00e9ternel \u00bb (p.41). Cette fa\u00e7on de voir oublie que \u00ab le temps affecte l\u2019\u00eatre dans son immobilit\u00e9 autant que dans son devenir, qu\u2019il agit aussi lorsque nul changement ne se produit : <em>le devenir pr\u00e9suppose le temps, mais le temps n\u2019implique pas le devenir<\/em> \u00bb (p.42).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Il nous arrive de parler du temps comme s\u2019il pouvait s\u2019arr\u00eater, ne plus exister, suspendre son vol et rendre \u00e9ternelle une belle journ\u00e9e ou un moment de bonheur. Schr\u00f6dinger explique que pour cela il suffit d\u2019\u00eatre amoureux et d\u2019embrasser sur la bouche la fille qu\u2019on aime. Alors, dit-il, \u00ab le temps s\u2019arr\u00eatera et l\u2019espace cessera d\u2019exister \u00bb (p.46). C\u2019est du moins l\u2019impression ou l\u2019illusion que nous avons, car le temps ne cesse jamais de s\u2019\u00e9couler. Il ne stagne pas. Il n\u2019est pas une mare.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Parm\u00e9nide rejette les concepts de changement ou de mouvement au motif qu\u2019ils contredisent la tendance spontan\u00e9e de la raison \u00e0 privil\u00e9gier l\u2019identit\u00e9 et la permanence, alors qu\u2019H\u00e9raclite prend le parti exactement inverse : mati\u00e8re et mouvement se confondent. Tout est mobile et tellement mobile qu\u2019on ne peut m\u00eame pas imaginer de point fixe pour \u00e9valuer les changements qui se produisent dans le monde. Ainsi l\u2019\u00eatre et le devenir se sont fait une guerre sans merci. Dans l\u2019opinion commune, c\u2019est H\u00e9raclite qui l\u2019a gagn\u00e9e : \u00ab avec le temps, tout passe et rien ne demeure \u00bb (H\u00e9raclite, Fragment 95). Mais la physique, elle, s\u2019est rang\u00e9e dans l\u2019autre camp, celui de Parm\u00e9nide. Elle cherche, en effet, des relations invariables dans les ph\u00e9nom\u00e8nes. Elle semble fascin\u00e9e par l\u2019id\u00e9e d\u2019invariance ou d\u2019immobilit\u00e9. Et \u00ab les lois qu\u2019elle utilise sont a priori pos\u00e9es comme intemporelles, comme ext\u00e9rieures \u00e0 l\u2019Univers, comme planant tr\u00e8s haut au-dessus du temps (p.52) \u00bb. Si la force de la pesanteur variait de fa\u00e7on p\u00e9riodique dans le temps, qu\u2019elle serait par exemple tr\u00e8s faible chaque jour \u00e0 midi et tr\u00e8s forte \u00e0 minuit, on pourrait monter quotidiennement une charge au sommet d\u2019un immeuble \u00e0 midi et la projeter dans le vide \u00e0 minuit. L\u2019\u00e9nergie ainsi gagn\u00e9e serait plus \u00e9lev\u00e9e que l\u2019\u00e9nergie d\u00e9pens\u00e9e. Il n\u2019y aurait plus conservation de l\u2019\u00e9nergie. Les conditions physiques peuvent changer, non les lois. L\u2019Univers conserve ainsi la m\u00e9moire de ce qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 et la possibilit\u00e9 d\u2019y rejouer le sc\u00e9nario des premiers instants. Lorsque les physiciens provoquent de violentes collisions de particules dans leurs acc\u00e9l\u00e9rateurs, ils obtiennent des indications sur ce que fut le pass\u00e9 tr\u00e8s lointain de l\u2019Univers. On suppose que ce qui a pu varier au cours du temps, ce ne sont pas les lois elles-m\u00eames, mais les constantes qu\u2019elles font intervenir. Dans la pratique quotidienne, des lois \u00e9ph\u00e9m\u00e8res, c\u2019est-\u00e0-dire non permanentes, conduisent \u00e0 des situations invivables, o\u00f9 personne ne sait plus ce qui est autoris\u00e9 et ce qui est interdit. Ainsi cette histoire qui se passe \u00e0 Kaboul en 2001 : \u00ab la police religieuse arrivait avec ses fouets et l\u2019on apprenait alors que telle ou telle chose \u00e9tait impie \u00bb (Le Figaro, 29 et 30 d\u00e9cembre 2001). Lorsque le lien entre loi et permanence est d\u00e9truit, ce sont toutes les r\u00e9f\u00e9rences et les points de rep\u00e8res qui s\u2019\u00e9vanouissent. On comprend mieux alors ce que la physique a d\u2019id\u00e9al et de rassurant. Pour elle, le temps avance en maintenant fixement la forme des lois du monde. Le temps physique n\u2019est donc pas une abstraction. Il existe une exp\u00e9rience du temps physique qui est celle de l\u2019ennui. C\u2019est lorsque rien ne se passe, rien n\u2019arrive, qu\u2019on n\u2019a rien \u00e0 faire, qu\u2019on est condamn\u00e9 \u00e0 attendre ou quand on n\u2019attend plus rien. L\u2019ennui nous met en contact avec un temps r\u00e9duit \u00e0 la succession des instants. Ne restent que le tic-tac. L\u2019ennui nous donne l\u2019occasion de \u00ab d\u00e9guster \u00bb un temps \u00ab pur \u00bb, tr\u00e8s proche du temps physique. Mais l\u2019ennui ne suffit pas \u00e0 construire l\u2019id\u00e9e du temps, car les horloges ne montrent pas explicitement le temps, mais seulement l\u2019effet de son passage. De plus, jamais nous ne pouvons nous extraire du temps pour observer sa continuit\u00e9 dans le pass\u00e9 ou le futur. \u00ab Comment puis-je \u00e0 la fois \u00eatre dans le pr\u00e9sent et prendre suffisamment de recul pour m\u2019apercevoir que le temps passe ? \u00bb, disait Saint Augustin dans ses <em>Confessions\u00a0<\/em>?<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Cette question reste d\u2019actualit\u00e9 ! Puisque les plan\u00e8tes tournent autour du soleil, que les saisons se suivent et se ressemblent, nous d\u00e9duisons de ce constat que le temps fait se r\u00e9p\u00e9ter certains \u00e9v\u00e9nements que le temps est cyclique. De fait pendant des si\u00e8cles c\u2019est la forme du cercle qui a tr\u00f4n\u00e9 sur le temps. Le cercle n\u2019\u00e9tait-il pas la forme g\u00e9om\u00e9trique la plus achev\u00e9e, celle qui n\u2019a ni d\u00e9but, ni fin ?<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Incarnant ainsi la figure de la perfection, il apporte plus de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 qu\u2019un temps dramatique ayant un d\u00e9but et une fin. Mais que reste-t-il de la notion du temps dans la doctrine du temps cyclique ?<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Pratiquement rien, car elle implique la n\u00e9gation du cours du temps dans le sens o\u00f9 elle nie ce qui est son fondement : la mutuelle exclusion du pass\u00e9, du pr\u00e9sent et du futur. \u00ab En allant vers le futur, on retourne au pass\u00e9 puis on revient au pr\u00e9sent. On a v\u00e9cu et on vivra le pr\u00e9sent que l&rsquo;on vit. On vit et on vivra le pass\u00e9 que l&rsquo;on a v\u00e9cu. On vit et on a v\u00e9cu le futur que l&rsquo;on vivra \u00bb (p.81). L&rsquo;\u00e9ternel retour d\u00e9ploie un non-temps. Tout est toujours d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, tout est toujours encore l\u00e0. L&rsquo;id\u00e9e de l&rsquo;\u00e9ternel retour s&rsquo;appuie sur le fait que certains \u00e9v\u00e9nements se r\u00e9p\u00e8tent et que cette r\u00e9p\u00e9tition des ph\u00e9nom\u00e8nes impliquerait que le temps lui-m\u00eame se r\u00e9p\u00e8te. Mais l&rsquo;existence de cycles dans le temps ne signifie pas que le temps est lui-m\u00eame cyclique. Cependant, pendant des si\u00e8cles la magie du cercle a fait pr\u00e9valoir l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un temps cyclique. En fait pour la \u00ab forme \u00bb du temps, il ne reste que deux configurations possibles. Soit la ligne qui le repr\u00e9sente est ouverte, soit elle est ferm\u00e9e sur elle-m\u00eame. Dans le premier cas elle se ram\u00e8ne \u00e0 une droite, dans le second cas elle \u00e9quivaut \u00e0 un cercle. Les physiciens ont adopt\u00e9 le temps lin\u00e9aire plut\u00f4t que le temps cyclique parce que le temps ne saurait tourner en rond en vertu du principe de causalit\u00e9. Tout fait a une cause et la cause d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne est n\u00e9cessairement ant\u00e9rieure au ph\u00e9nom\u00e8ne lui-m\u00eame. Dans un temps circulaire, la cause pourrait bien \u00eatre l&rsquo;effet et vice versa. Mais le principe de causalit\u00e9, aujourd&rsquo;hui, ne fait plus directement r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de cause, \u00ab mais se contente de mentionner un ordre obligatoire et absolu entre divers types de ph\u00e9nom\u00e8nes, sans que l&rsquo;un puisse \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9 comme la cause de l&rsquo;autre \u00bb (p.89). Le temps s&rsquo;\u00e9coule dans un ordre bien d\u00e9termin\u00e9. Il ne conna\u00eet pas la marche arri\u00e8re. Il n&rsquo;est pas cyclique mais il garantit que des \u00e9v\u00e9nements peuvent se r\u00e9p\u00e9ter au cours du temps. R\u00e9p\u00e9tition des ph\u00e9nom\u00e8nes, mais pas du temps. Pourtant, certains ressentent le temps comme une prison sans barreaux et r\u00eavent de \u00ab voyager dans le temps \u00bb, changer d&rsquo;\u00e9poque, sans changer d&rsquo;\u00e2ge ou remonter dans le pass\u00e9 pour transformer la r\u00e9alit\u00e9 historique, changer ce qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit ou v\u00e9cu. Les auteurs de science-fiction ont mis en sc\u00e8ne ces diff\u00e9rentes possibilit\u00e9s pour notre distraction et notre plaisir ! Mais \u00ab voyager dans le temps \u00bb rencontre l&rsquo;hostilit\u00e9 des physiciens. Le principe de causalit\u00e9, par son \u00e9nonc\u00e9 m\u00eame, vient imm\u00e9diatement emp\u00eacher les voyages dans le temps. Dans le cas contraire ceux-ci permettraient de r\u00e9troagir sur une cause qui a d\u00e9j\u00e0 produit ses effets. Heureusement, le monde est un endroit s\u00fbr pour les historiens : il ne peut y avoir qu&rsquo;une seule chronologie et le fait qu&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement se soit d\u00e9roul\u00e9 r\u00e9ellement n&rsquo;est pas susceptible d&rsquo;\u00eatre remis en question. Le pass\u00e9 est une forteresse imprenable !<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">De notre \u00e9ducation scolaire nous avons gard\u00e9 \u00e0 l\u2019esprit, d\u00e8s qu\u2019il est question de temps physique, l\u2019id\u00e9e d\u2019un temps absolu universel, partout le m\u00eame, qui s\u2019\u00e9coule identiquement en tout point de l\u2019univers. Ce temps l\u00e0, ind\u00e9pendant de l\u2019espace, indiff\u00e9rent au mouvement, nous l\u2019appelons le temps newtonien. Ce qui se passe maintenant pour moi se passe \u00e9galement maintenant pour tous les observateurs de l\u2019univers. Le concept de simultan\u00e9it\u00e9 est absolu : \u00e0 tout instant deux observateurs peuvent synchroniser leurs montres. Mais voil\u00e0 qu\u2019Einstein d\u00e9montre en 1905 que le temps physique n\u2019est pas newtonien. En couplant le temps \u00e0 l\u2019espace de fa\u00e7on quasi conjugale, il brise l\u2019autonomie de l\u2019un et de l\u2019autre et modifie leurs propri\u00e9t\u00e9s : ils deviennent partenaires. Il faut donc parler d\u2019espace-temps plut\u00f4t que d\u2019espace et de temps. Ce qui ne veut pas dire que longueurs et dur\u00e9es soient des entit\u00e9s semblables, mais qu\u2019elles deviennent l\u2019une et l\u2019autre relatives au r\u00e9f\u00e9rentiel dans lequel elles sont mesur\u00e9es.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">En se couplant \u00e0 l\u2019espace, le temps perd de son autonomie et son id\u00e9alit\u00e9 newtonienne. En cons\u00e9quence toute horloge ralentira le rythme de ses battements aux yeux de tout observateur qui ne l\u2019accompagnera pas dans son mouvement. La notion de simultan\u00e9it\u00e9, clairement garantie en physique newtonienne cesse d\u2019\u00eatre absolue. Il n\u2019est plus possible de \u00ab d\u00e9finir un instant pr\u00e9sent o\u00f9 se manifesteraient tous les ph\u00e9nom\u00e8nes qui se produisent au m\u00eame moment dans tout l\u2019Univers \u00bb En effet, \u00ab regarder loin dans l\u2019espace, c\u2019est donc regarder loin dans le pass\u00e9 et observer des tranches d\u2019Univers d\u2019autant plus anciennes qu\u2019elles sont \u00e9loign\u00e9es \u00bb (p.117). Toutefois, le principe de causalit\u00e9 continue d\u2019\u00eatre respect\u00e9. Un signal lumineux a le temps de partir de A pour atteindre B, ce qui signifie que A et B se trouvent dans un rapport de causalit\u00e9. Les dur\u00e9es deviennent relatives, mais les notions de pass\u00e9 et de futur gardent un caract\u00e8re absolu.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Quant \u00e0 l\u2019avenir il n\u2019existe pas, mais nous en parlons comme s\u2019il allait advenir avec certitude. L\u2019avenir n\u2019existant pas en soi, c\u2019est parce que nous l\u2019attendons qu\u2019il existe. Il ne peut \u00eatre pr\u00e9sent, d\u00e8s lors, que dans la conscience qui seule est capable de se repr\u00e9senter ce qui n\u2019est pas encore. Mais affirmer que l\u2019avenir est seulement pr\u00e9sent dans la conscience et non dans le monde, n\u2019est-ce pas lui accorder une ontologie sp\u00e9ciale ?<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">L\u2019avenir ne serait finalement que \u00ab le corr\u00e9lat imaginaire d\u2019une conscience en attente \u00bb selon Andr\u00e9 Comte-Sponville (p.123). Cependant, inspir\u00e9s par la relativit\u00e9 einsteinienne, certains voient les choses autrement : le pass\u00e9, le pr\u00e9sent et l\u2019avenir ont toujours \u00e9t\u00e9 \u00ab d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 \u00bb, reli\u00e9s en une r\u00e9alit\u00e9 intemporelle qui ferait que l\u2019Univers n\u2019a pas d\u2019histoire proprement dite. C\u2019est nous qui lui en attribuons une en d\u00e9roulant le fil du temps. Serions-nous les producteurs d\u2019une histoire que l\u2019Univers n\u2019aurait pas sans nous ? Le monde ne passerait pas ; mais nous le ferions passer en y passant. Le temps ne serait qu\u2019une apparence d\u2019ordre psychologique, li\u00e9e \u00e0 la structure tr\u00e8s complexe de notre cerveau. Serions-nous alors le moteur du temps ? Question cruciale ou simple affaire de point de vue ?<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Ceci soul\u00e8ve la question de l\u2019irr\u00e9versibilit\u00e9 de certains ph\u00e9nom\u00e8nes. Imaginons une table de billard : deux boules entrent en collision. Apr\u00e8s le choc, les deux boules repartent dans des directions oppos\u00e9es. Prenons soin de filmer la collision et projetons ensuite le film \u00e0 l\u2019envers, ce qui \u00e9quivaut \u00e0 intervertir les r\u00f4les respectifs du pass\u00e9 et de l\u2019avenir. Celui qui ne verrait que la projection du film invers\u00e9 serait incapable de dire si ce qu\u2019il voit s\u2019est r\u00e9ellement pass\u00e9 ou si le film a \u00e9t\u00e9 projet\u00e9 \u00e0 l\u2019envers. En effet, la seconde collision est r\u00e9gie par les m\u00eames lois dynamiques que la premi\u00e8re. Une telle collision est donc \u00ab r\u00e9versible \u00bb au sens o\u00f9 la dynamique ne d\u00e9pend pas de l\u2019orientation du cours du temps. Pour ces boules le cours du temps est arbitraire. Nous pourrions appeler pass\u00e9 ce que nous appelons avenir, et vice versa. Ceci vaut \u00e9galement pour tous les ph\u00e9nom\u00e8nes ayant lieu au niveau microscopique : ils peuvent se d\u00e9rouler dans un sens ou dans un autre, alors qu\u2019\u00e0 notre \u00e9chelle nous n\u2019observons que des ph\u00e9nom\u00e8nes irr\u00e9versibles. Nous ne pouvons pas refaire ce qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9fait. Nous sommes l\u00e0 devant une \u00e9nigme. Comment expliquer, en effet, l\u2019\u00e9mergence de l\u2019irr\u00e9versibilit\u00e9 au niveau macroscopique \u00e0 partir de lois physiques qui l\u2019ignorent au niveau microscopique ?<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">L\u2019embl\u00e8me de la fl\u00e8che, attribu\u00e9 jadis \u00e0 Eros, dieu de l\u2019amour, ne symbolise plus le d\u00e9sir amoureux, mais le constat qu\u2019il est impossible de modifier le cours de certains ph\u00e9nom\u00e8nes physiques, r\u00e9put\u00e9s irr\u00e9versibles. Tout syst\u00e8me physique \u00e9volue en g\u00e9n\u00e9ral sans revenir \u00e0 sa configuration initiale. \u00ab Cette loi postule d\u2019abord l\u2019existence, pour tout syst\u00e8me physique, d\u2019une grandeur appel\u00e9e entropie, fix\u00e9e par l\u2019\u00e9tat physique du syst\u00e8me \u00bb (p.129) Cette entropie ne peut que cro\u00eetre lors d\u2019un quelconque \u00e9v\u00e9nement physique : l\u2019entropie d\u2019une tasse de caf\u00e9 sucr\u00e9 est telle que le morceau de sucre n\u2019a plus le choix : il doit se dissoudre dans le caf\u00e9. Ph\u00e9nom\u00e8ne irr\u00e9versible. Le sucre ne retrouvera jamais ni sa forme si sa blancheur. Cependant, cette irr\u00e9versibilit\u00e9 ne serait-elle qu\u2019une apparence au niveau des seuls syst\u00e8mes macroscopiques ?<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">En effet, en vertu du th\u00e9or\u00e8me de r\u00e9currence, \u00ab tout syst\u00e8me classique, \u00e9voluant selon des lois d\u00e9terministes, finit par revenir \u00e0 un \u00e9tat proche de son \u00e9tat initial au bout d&rsquo;une dur\u00e9e plus ou moins longue \u00bb (p.131). Mais cette dur\u00e9e serait sup\u00e9rieure \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de l&rsquo;Univers ! Cette r\u00e9currence de principe, qu&rsquo;invoque le th\u00e9or\u00e8me de Poincar\u00e9, n&rsquo;ayant jamais eu le temps de se produire \u00e0 notre \u00e9chelle, elle \u00e9quivaut, d\u00e8s lors pour nous, \u00e0 une irr\u00e9versibilit\u00e9 de fait.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">La physique quantique, pour d\u00e9crire l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;un syst\u00e8me, utilise une donn\u00e9e math\u00e9matique qu&rsquo;on appelle la fonction d&rsquo;onde. Lorsqu&rsquo;on effectue une mesure sur le syst\u00e8me, par exemple de son \u00e9nergie, il se produit une modification brutale de la fonction d&rsquo;onde. Celle-ci se trouve r\u00e9duite par la mesure, et cet acte de mesure impliquerait la production d&rsquo;une \u00ab marque \u00bb irr\u00e9versible sur le syst\u00e8me. La th\u00e9orie dite de la d\u00e9coh\u00e9rence expliquerait de son c\u00f4t\u00e9 \u00ab pourquoi les objets macroscopiques ont un comportement classique tandis que les objets microscopiques, atomes et autres particules, ont un comportement quantique \u00bb (p.133). L&rsquo;environnement (l&rsquo;air, le rayonnement ambiant) dans lequel baignent les objets macroscopiques leur ferait perdre leurs propri\u00e9t\u00e9s quantiques, soit leur r\u00e9versibilit\u00e9. Leur irr\u00e9versibilit\u00e9 ne serait qu&rsquo;apparente et r\u00e9sulterait de la description limit\u00e9e que nous serions capables d&rsquo;en faire.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Des cosmologistes ont sugg\u00e9r\u00e9 que la fl\u00e8che du temps pourrait d\u00e9couler de l&rsquo;expansion m\u00eame de l&rsquo;Univers. Tous les processus seraient alors orient\u00e9s selon un cours irr\u00e9versible. Or, si les \u00e9quations de la relativit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale sont temporellement sym\u00e9triques, celles qui r\u00e9gissent l&rsquo;\u00e9volution de l&rsquo;Univers ne le sont pas. L&rsquo;Univers qu&rsquo;elles d\u00e9crivent est soit en expansion, soit en contraction. Ce qui nous renvoie \u00e0 l&rsquo;existence d&rsquo;une fl\u00e8che du temps cosmique. La physique th\u00e9orique du 20<sup>e<\/sup> si\u00e8cle a \u00e9t\u00e9 domin\u00e9e par le concept de sym\u00e9trie et davantage encore par celui de brisure. Les sym\u00e9tries g\u00e9om\u00e9triques sont connues (sph\u00e8re, cylindre) ; mais d&rsquo;autres, abstraites et d&rsquo;une grande port\u00e9e th\u00e9orique, sont utilis\u00e9es par les physiciens des particules. Parmi elles, trois concernent la question du temps. <em>Le renversement du temps <\/em>(T), consiste \u00e0 imaginer sur le papier que le temps s&rsquo;\u00e9coule du futur vers le pass\u00e9. Si le ph\u00e9nom\u00e8ne obtenu apr\u00e8s renversement est aussi physique que le ph\u00e9nom\u00e8ne de d\u00e9part, c&rsquo;est que les \u00e9quations en question sont r\u00e9versibles par rapport \u00e0 la variable temps. La <em>parit\u00e9<\/em> (P) consiste \u00e0 imaginer ce que deviendrait ce ph\u00e9nom\u00e8ne s&rsquo;il \u00e9tait observ\u00e9 dans un miroir. La position des particules serait modifi\u00e9e du fait de l&rsquo;inversion entre la droite et la gauche. Selon que ce ph\u00e9nom\u00e8ne peut ou non se r\u00e9aliser dans la nature ou en laboratoire on dit que l&rsquo;exp\u00e9rience respecte la sym\u00e9trie, sinon on dit qu&rsquo;elle la brise. La<em> conjugaison de charge<\/em> (C) est l&rsquo;op\u00e9ration qui consiste \u00e0 transformer (toujours sur le papier), une particule en son antiparticule et <em>vice versa<\/em>. L&rsquo;op\u00e9ration C remplace une particule par son antiparticule et lui impose de suivre la m\u00eame trajectoire que celle de la particule, mais en sens inverse. Si l&rsquo;op\u00e9ration se r\u00e9alise on dira l\u00e0 encore qu&rsquo;elle respecte la sym\u00e9trie, dans le cas contraire qu&rsquo;elle la brise. Ces trois op\u00e9rations TPC ne modifieraient aucune des lois connues de la physique et d\u00e9montreraient leur invariance. Mais les physiciens ont d\u00fb d\u00e9chanter. Car on sait aujourd&rsquo;hui que l&rsquo;Univers est constitu\u00e9 presque exclusivement de mati\u00e8re, mais qu&rsquo;il n&rsquo;en a pas toujours \u00e9t\u00e9 ainsi. Il contenait, dans son pass\u00e9 lointain, autant de particules que d&rsquo;antiparticules. Mais si particules et antiparticules ont des propri\u00e9t\u00e9s sym\u00e9triques, comment se fait-il que notre monde soit constitu\u00e9 des premi\u00e8res plut\u00f4t que des secondes ? Il y a donc une dissym\u00e9trie radicale : la mati\u00e8re domine, l&rsquo;antimati\u00e8re a \u00e9t\u00e9 \u00e9limin\u00e9e. La mati\u00e8re dont nous sommes faits serait donc la rescap\u00e9e d&rsquo;un gigantesque carnage !<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">La vie moderne nous impose un rythme inconnu auparavant : est-ce le temps cosmique qui s&rsquo;acc\u00e9l\u00e8re ? De plus, les astrophysiciens d\u00e9couvrent que l&rsquo;expansion de l&rsquo;Univers s&rsquo;acc\u00e9l\u00e8re elle aussi. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne pourrait-il \u00eatre \u00e0 l&rsquo;origine de l&rsquo;impression que nos vies s&rsquo;acc\u00e9l\u00e8rent ?<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Non, car ce ph\u00e9nom\u00e8ne est imperceptible et demande \u00e0 \u00eatre confirm\u00e9. Le temps, lui, n&rsquo;acc\u00e9l\u00e8re pas. Il est ce qu&rsquo;il est, indiff\u00e9rent \u00e0 nos agitations. Une heure dure toujours une heure, sauf pour le temps \u00ab psychologique \u00bb qui \u00e9volue en marge du temps physique. Sauf aussi pour l&rsquo;inconscient qui ignore le temps au sens o\u00f9 il n&rsquo;en subit pas les effets. Quant \u00e0 l&rsquo;origine du temps, si nous sommes capables de d\u00e9crire l&rsquo;Univers \u00ab \u00e0 rebrousse-temps \u00bb (p.177), son origine et l&rsquo;origine du temps cosmologique restent hors de notre port\u00e9e ! N&rsquo;est-il pas p\u00e9rilleux, d&rsquo;ailleurs, de se demander ce qu&rsquo;il y avait avant le big bang ? Peut-on envisager un \u00ab pr\u00e9-temps \u00bb diff\u00e9rent du temps physique ?<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est comme si nous demandions ce qu&rsquo;il y a au nord du p\u00f4le Nord ! Tout commencement, loin d&rsquo;\u00eatre un fondement, demande toujours \u00e0 \u00eatre lui-m\u00eame fond\u00e9 (p.179). Ni la relativit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, ni la physique quantique, ni une \u00e9ventuelle synth\u00e8se des deux ne permettent de d\u00e9crire l&rsquo;apparition de l&rsquo;Univers. Si le temps physique est consubstantiel \u00e0 l&rsquo;Univers, avec l&rsquo;homme appara\u00eet \u00ab un autre temps, proprement humain, dont les temporalit\u00e9s refl\u00e8tent les fa\u00e7ons dont l&rsquo;homme vit et se vit \u00bb (p.180). Et l&rsquo;id\u00e9e de la mort a, sans aucun doute, un impact sur notre perception humaine du temps. Nous savons bien qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas la fin du temps, mais la fin de la dur\u00e9e d&rsquo;un \u00eatre dans le flux ininterrompu du temps.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Andr\u00e9 E. Botteman, D.Ps.<br \/>\nDirecteur adjoint de \u00ab Carri\u00e9rologie \u00bb<\/p>\n<hr \/>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-7035\" src=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2007\/02\/Volume11_3-4_381_agendas.jpg\" alt=\"Volume11_3-4_381_agendas\" width=\"250\" height=\"402\" srcset=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2007\/02\/Volume11_3-4_381_agendas.jpg 250w, https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2007\/02\/Volume11_3-4_381_agendas-187x300.jpg 187w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">\n<h3 class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\"><a id=\"boutinet\" name=\"boutinet\"><\/a><b class=\"titre\">Jean-Pierre Boutinet<\/b><\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Vers une soci\u00e9t\u00e9 des agendas, une mutation de temporalit\u00e9s<br \/>\nParis (France) : Presses universitaires de France, Coll.: Sociologie d\u2019aujourd\u2019hui, 2004.<br \/>\n260 pages, ISBN 2-13053-873-8, 49.95$ CAD<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Les Presses Universitaires de France : <a href=\"http:\/\/www.puf.com\" target=\"_blank\">www.puf.com<\/a><\/p>\n<p class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\">Pr\u00e9sentation de l&rsquo;auteur<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Jean-Pierre Boutinet, psychosociologue, professeur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 catholique de l\u2019Ouest (UCO) \u00e0 Angers, est bien connu dans le domaine de l\u2019\u00e9ducation, de la sociologie et de l\u2019orientation, entre autres pour son livre<em> Anthropologie du projet<\/em> (2004), r\u00e9\u00e9dit\u00e9 huit fois depuis sa parution en 1990. Il a aussi r\u00e9dig\u00e9 les ouvrages <em>Psychologie des conduites \u00e0 projet<\/em> (1993), <em>Psychologie de la vie adulte<\/em> (1995) et <em>L\u2019immaturit\u00e9 de la vie adulte<\/em> (1998), publi\u00e9s aux Presses Universitaires de France.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">L\u2019auteur de Vers une soci\u00e9t\u00e9 des agendas est professeur associ\u00e9 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Gen\u00e8ve et chercheur associ\u00e9 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Paris X et \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Sherbrooke (d\u00e9partement d\u2019orientation professionnelle). Il est aussi membre du Comit\u00e9 scientifique de la revue <em>Carri\u00e9rologie<\/em> pour la francophonie europ\u00e9enne et africaine. Ses travaux de recherche, notamment au sein du Centre de recherche de l\u2019Institut de Psychologie et de Sociologie appliqu\u00e9es (CERIPSA) dont il est le directeur, portent sur les conduites \u00e0 projet individuelles et collectives. Ses travaux examinent aussi les approches th\u00e9oriques, m\u00e9thodologiques et interculturelles ainsi que les multiples facettes de la vie adulte dont les formes de maturit\u00e9s, de maturation et, \u00e9videmment, les nouvelles formes de temporalit\u00e9s du moment pr\u00e9sent.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\"><span class=\"s-titre\">R\u00e9sum\u00e9 du livre<\/span><\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Selon le professeur Boutinet, on assiste pr\u00e9sentement \u00e0 une remise en cause des rep\u00e8res temporels traditionnels associ\u00e9s au moderniste, notamment en ce qui a trait \u00e0 la croyance d\u2019un actuel porteur d\u2019avenir (p.4).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Ces remises en cause s\u2019observent, entre autres, par des choix de carri\u00e8re diff\u00e9rents qui laissent place \u00e0 plus de fluidit\u00e9, moins de constance ou encore par la mise en place de modes de soutien nouveaux comme l\u2019accompagnement qui semblent reposer sur d\u2019autres valeurs que celles pr\u00f4n\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la modernit\u00e9. Vers une soci\u00e9t\u00e9 des agendas analyse ces changements sur la base du concept de projet, et de son d\u00e9riv\u00e9, les conduites \u00e0 projet. L\u2019auteur passe d\u2019abord en revue certains paradoxes tels \u00ab l\u2019extr\u00eame mollesse de certains projets aux allures existentielles qui cohabitent avec la plus ou moins grande duret\u00e9 de certains autres au caract\u00e8re plus instrumentalis\u00e9 \u00bb (p.8) ; il examine \u00e9galement la coexistence de conduites \u00e0 projet \u00e0 la fois subjectives et techniques, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la fois soucieuses d\u2019orienter des changements existentiels tout en \u00e9tant ax\u00e9es sur la simple production d\u2019objets et encore le paradoxe de la d\u00e9mocratisation du projet et de son implantation dans des sph\u00e8res diverses, tant sur le plan individuel que social (\u00e9tablissement, entreprise, service) alors que celui-ci a \u00e9t\u00e9 l\u2019apanage pendant plusieurs si\u00e8cles d\u2019une \u00e9lite intellectuelle.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Au cours des vingt-cinq ou trente derni\u00e8res ann\u00e9es la notion de projet a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e ou r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e pour diverses fins et dans diverses disciplines (\u00e9ducation, ing\u00e9nierie, politique, philosophie). Le professeur Boutinet situe ces utilisations selon quatre p\u00f4les : les p\u00f4les existentiel ou signifiant, pragmatique ou local, technique ou proc\u00e9dural, organisationnel ou soci\u00e9tal. Ces p\u00f4les traduisent dans leur extr\u00eame, soit un projet attestataire ou un projet contestataire. Dans sa premi\u00e8re signification, il repr\u00e9sente les activit\u00e9s de planification et de fabrication des soci\u00e9t\u00e9s industrielles alors que le projet contestataire repose sur une transformation de l\u2019individu, \u00ab une production de soi \u00bb (p.130), issue d\u2019une insatisfaction existentielle ou soci\u00e9tale.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Mais avant de pr\u00e9senter cette configuration des conduites \u00e0 projet des ann\u00e9es de la modernit\u00e9 et celle qu\u2019il voit actuellement \u00e9merger, le professeur Boutinet examine diff\u00e9rentes formes de temporalit\u00e9s pour mieux faire saisir l\u2019ampleur des mutations observ\u00e9es. Le terme de temporalit\u00e9s a dans cet ouvrage le sens que lui donne Romano (1999) dans L\u2019\u00e9v\u00e9nement et le temps (cit\u00e9 par Boutinet) c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019 \u00ab elles \u00e9voqueront l\u2019unit\u00e9 originaire de l\u2019avenir, de l\u2019avoir-\u00e9t\u00e9 et du pr\u00e9sent \u00bb (p.37). Essentiellement, le terme \u00ab temporalit\u00e9s \u00bb r\u00e9f\u00e8re aux exp\u00e9riences v\u00e9cues sur le plan individuel ou social. Le terme n\u2019a pas la signification plus neutre qui est donn\u00e9 au terme temps, par exemple, dans l\u2019expression \u00ab temps solaire \u00bb qui repr\u00e9sente une mesure plut\u00f4t qu\u2019une intention humaine.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">L\u2019auteur expose deux mod\u00e8les temporels contrast\u00e9s du projet, (MT 1 et MT 2) qui valorisent diff\u00e9remment le pr\u00e9sent, le pass\u00e9 et l\u2019avenir. Dans le premier mod\u00e8le, le pr\u00e9sent est \u00ab un simple instrument permettant l\u2019acc\u00e8s au futur \u00bb (p.42) alors que dans le second, centr\u00e9 sur le moment pr\u00e9sent, il se d\u00e9compose en trois formes : \u00ab le pr\u00e9sent des choses pass\u00e9es, \u00e0 travers la m\u00e9moire, le pr\u00e9sent des choses pr\u00e9sentes, celles de l\u2019instantan\u00e9it\u00e9 comme celles de la simultan\u00e9it\u00e9, le pr\u00e9sent des choses futures \u00e0 travers l\u2019anticipation \u00bb (p.43). Le concept de projet, s\u2019inscrit simultan\u00e9ment, selon le professeur Boutinet, dans l\u2019un et l\u2019autre de ces deux mod\u00e8les, ce qui constitue un autre paradoxe qu\u2019il exprime comme suit :<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">(\u2026) nous pouvons facilement constater que les conduites \u00e0 projet ont toujours travaill\u00e9 de fa\u00e7on alternative sur ces deux temporalit\u00e9s compl\u00e9mentaires et oppos\u00e9es, celle du futur \u00e0 travers telle ou telle forme d\u2019anticipation op\u00e9ratoire \u00e0 esquisser, une anticipation qui exprime un changement d\u00e9sir\u00e9, celle du pr\u00e9sent qui se veut une r\u00e9a-appropriation singuli\u00e8re existant sur lequel se d\u00e9ploie momentan\u00e9ment l\u2019action projet\u00e9e (\u2026). (p.43).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">L\u2019auteur illustre l\u2019inscription simultan\u00e9e de la notion du projet dans les deux mod\u00e8les par une application dans le domaine de l\u2019\u00e9ducation : le projet p\u00e9dagogique qui valorise le moment pr\u00e9sent comme instrument de passage vers le futur et la p\u00e9dagogie du projet dont l\u2019objectif est de favoriser dans l\u2019imm\u00e9diat des apprentissages reli\u00e9s \u00e0 une situation \u00e9ducative.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Les mod\u00e8les de temporalit\u00e9s MT1 et MT2 constituent des bases importantes de l\u2019analyse pr\u00e9sent\u00e9e par le professeur Boutinet pour mieux comprendre les mutations observ\u00e9es mais il d\u00e9fend encore davantage sa th\u00e8se \u00ab vers une soci\u00e9t\u00e9 des agendas \u00bb en d\u00e9crivant plusieurs formes de modernit\u00e9 qui se sont succ\u00e9d\u00e9 depuis la Renaissance et dont les manifestations sont caract\u00e9ris\u00e9es par des ruptures avec des pratiques consid\u00e9r\u00e9es comme r\u00e9volues, par exemple, la modernit\u00e9 de l\u2019imprimerie modifia l\u2019art d\u2019\u00e9crire et la communication orale. Boutinet r\u00e9f\u00e8re \u00e0 Jeremy Rifkin pour qui le nouveau medium de l\u2019imprimerie introduisit une nouvelle fa\u00e7on d\u2019organiser le savoir \u00e0 travers une approche qu\u2019il qualifie de rationnelle et calculatrice; le texte obligeant une pr\u00e9sentation lin\u00e9aire, s\u00e9quentielle et causale de la pens\u00e9e.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Selon l\u2019auteur, on assiste depuis quelques ann\u00e9es \u00e0 un mouvement inverse de la modernit\u00e9, la contre-modernit\u00e9, qui prend diverses formes comme l\u2019apparition d\u2019un certain scepticisme et pessimisme \u00e0 l\u2019\u00e9gard du progr\u00e8s, la valorisation d\u2019un pass\u00e9 plus lointain, consid\u00e9r\u00e9 autrefois comme d\u00e9pass\u00e9 ou sans int\u00e9r\u00eat pour le pr\u00e9sent. La contre-modernit\u00e9 s\u2019accompagne aussi, selon Boutinet, de manifestations que l\u2019on peut consid\u00e9rer comme des r\u00e9gressions sociales. L\u2019utilisation du projet sans que l\u2019individu en soi lui-m\u00eame le porteur illustre ce mouvement de contre-modernit\u00e9. L\u2019auteur donne en exemple des plans sociaux qui se r\u00e9duisent \u00e0 une mobilit\u00e9 professionnelle forc\u00e9e ou des plans de formation qui sont pris comme exp\u00e9dient plut\u00f4t que comme adjuvant ou encore \u00ab des projets associatifs de d\u00e9veloppement social o\u00f9 le social se r\u00e9duit \u00e0 de l\u2019occupationnel \u00bb (p.72). Selon son examen, \u00ab l\u2019individu contre-moderne n\u2019est plus la personne moderne dot\u00e9e de libert\u00e9, d\u2019autonomie et d\u2019authenticit\u00e9 identitaire; il n\u2019est plus identifi\u00e9 \u00e0 un d\u00e9sir de conqu\u00eate d\u2019un devenir \u00e9mancipateur \u00bb (p.73). Dans un tel contexte, l\u2019accompagnement serait alors vu comme l\u2019outil le plus appropri\u00e9 pour encadrer les personnes en situation de pr\u00e9carit\u00e9 ou fragilis\u00e9es par une scolarit\u00e9 insuffisante mais cette fois-ci l\u2019accompagnement n\u2019est plus, selon les termes de l\u2019auteur, \u00ab celui de nos illusions mais celui de nos d\u00e9sillusions \u00bb (p.74).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Le projet r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9 dans un esprit postmoderne s&rsquo;illustre aussi dans l&rsquo;engouement des entreprises pour le management par projet ou de projet ou la gestion de projet. Selon l&rsquo;auteur, l&rsquo;introduction de la notion de projet dans le domaine de la gestion est symptomatique des nouvelles tendances \u00e0 adopter des perspectives op\u00e9ratoires et \u00e0 privil\u00e9gier l&rsquo;efficacit\u00e9 au d\u00e9triment des dimensions symboliques possibles \u00e0 donner au projet. L&rsquo;agenda joue un r\u00f4le important dans cette nouvelle g\u00e9n\u00e9ration du projet car, \u00ab le management de projet est une organisation g\u00e9r\u00e9e par un agenda avec des d\u00e9lais qui tendent \u00e0 \u00e9vacuer toute forme d&rsquo;incertitude; le chronos du projet commande imp\u00e9rativement son cha\u00efros en se souciant de couvrir de fa\u00e7on plus ou moins homog\u00e8ne l&rsquo;espace-temps de la conception et de la r\u00e9alisation du projet au travers d&rsquo;une programmation d&rsquo;\u00e9ch\u00e9ances (\u2026) \u00bb (p.140).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;agenda est ici pr\u00e9sent\u00e9 comme une figure embl\u00e9matique du d\u00e9sir de conqu\u00e9rir le pr\u00e9sent. Il repr\u00e9sente \u00e0 la fois l&rsquo;action \u00e0 conduire et celle du temps \u00e0 organiser. Boutinet analyse \u00ab cet objet nomade \u00e9nigmatique \u00bb sous diverses usages et implications : par exemple, comme outil le plus \u00e9labor\u00e9 et le plus complexe de l&rsquo;organisation du temps depuis le calendrier et l&rsquo;horloge et servant \u00e0 noter les engagements personnels, les devoirs sociaux \u00e0 assumer. Sous sa forme \u00ab agenda- anticipation \u00bb, il conna\u00eet des limites de perspectives plus importantes que dans sa version moderne associ\u00e9 au mod\u00e8le MT1. Comme le dit l&rsquo;auteur, \u00ab \u00c0 premi\u00e8re vue on pourrait penser que l&rsquo;agenda anticipe tel ou tel engagement \u00e0 honorer sur un horizon temporel prospectif (\u2026) En fait il nous renferme bien dans le moment pr\u00e9sent en expulsant l&rsquo;incertitude caract\u00e9ristique de toute relation avec notre avenir au-del\u00e0 du dernier engagement agendaire pris (\u2026) \u00bb (p.164).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Le professeur Boutinet poursuit son analyse d&rsquo;une mutation des temporalit\u00e9s \u00e0 travers des figures actuelles de la simultan\u00e9it\u00e9 au travers les concepts de l&rsquo;alternance, de transition et de pluri-activit\u00e9 (exemple : multiplicit\u00e9 des identit\u00e9s) et de ce qu&rsquo;il appelle les temporalit\u00e9s de l&rsquo;\u00e9ph\u00e9m\u00e8re, celles de l&rsquo;imm\u00e9diatet\u00e9, de l&rsquo;urgence et de l&rsquo;innovation.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Le livre de Jean-Pierre Boutinet, vous l&rsquo;aurez compris par ce r\u00e9sum\u00e9 qui ne rend que tr\u00e8s partiellement justice \u00e0 la richesse de son contenu, est plus qu&rsquo;un \u00e9crit sur le ph\u00e9nom\u00e8ne de l&rsquo;agenda comme outil synchronisateur des nombreux engagements tant sociaux que personnels repr\u00e9sentatif des mutations que la soci\u00e9t\u00e9 postindustrielle conna\u00eet depuis les trente derni\u00e8res ann\u00e9es. L&rsquo;ouvrage sociologique dresse, \u00e0 partir de multiples observations et de nombreux \u00e9crits philosophiques contemporains, une analyse approfondie de l&rsquo;\u00e9volution de la notion de projet au regard principalement de deux mod\u00e8les d&rsquo;interpr\u00e9tation des temporalit\u00e9s (MT1 et MT2).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Nos observations d&rsquo;intervenantes et d&rsquo;intervenants, particuli\u00e8rement en \u00e9ducation des adultes, recoupent celles de Boutinet, par exemple en ce qui a trait au glissement du projet port\u00e9 par la personne vers un individu porteur d&rsquo;un projet con\u00e7u pour lui mais sans lui. L&rsquo;auteur nous fournit une grille beaucoup plus large pour examiner, interpr\u00e9ter et comprendre ces observations, notamment en ce qui concerne la signification du moment pr\u00e9sent en contexte postmoderne.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\"><em>Vers une soci\u00e9t\u00e9 des agendas<\/em> porte un regard nouveau sur la notion de projet d&rsquo;un auteur qui a pu voir son \u00e9volution et sa r\u00e9interpr\u00e9tation, voir son glissement vers un tout autre sens que celui qu&rsquo;il lui \u00e9tait donn\u00e9 en 1990 dans <em>Anthropologie du projet<\/em>.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\"><strong>Manon Gosselin, c.o. Ph.D.<\/strong><br \/>\nProfesseure D\u00e9partement d&rsquo;orientation professionnelle<br \/>\nUniversit\u00e9 de Sherbrooke<br \/>\nMembre de l&rsquo;\u00e9quipe de recherche sur les transitions et l&rsquo;apprentissage (\u00c9RTA)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9tienne Klein, Les tactiques de Chronos Jean-Pierre Boutinet, Vers une soci\u00e9t\u00e9 des agendas, une mutation de temporalit\u00e9s \u00c9tienne Klein Les tactiques de Chronos Paris : Flammarion, 2003 220 pages, ISBN&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":101011,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[89,95],"tags":[],"class_list":["post-7032","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-volume-10-numero-1-2005","category-volume-11-numero-2-2007"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7032","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/101011"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7032"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7032\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7039,"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7032\/revisions\/7039"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7032"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7032"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7032"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}