{"id":7008,"date":"2008-02-05T15:24:15","date_gmt":"2008-02-05T14:24:15","guid":{"rendered":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/?p=7008"},"modified":"2016-02-05T15:34:25","modified_gmt":"2016-02-05T14:34:25","slug":"la-motivation-notion-fluctuante-faut-il-etre-motive-pour-travailler","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/2008\/la-motivation-notion-fluctuante-faut-il-etre-motive-pour-travailler\/","title":{"rendered":"La motivation, notion fluctuante (faut-il \u00eatre motiv\u00e9 pour travailler ?)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong class=\"txt-j\">Claude LEMOINE<a href=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2008\/02\/Volume11_3-4_La_Motivation_393_fluctuante.pdf\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright wp-image-6934 size-full\" src=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/PDF-1.png\" alt=\"PDF\" width=\"50\" height=\"50\" \/><\/a><br \/>\n<\/strong><\/p>\n<hr width=\"100%\" \/>\n<p class=\"lien-1\" style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"#auteur\">Auteur<\/a><\/strong><\/p>\n<p class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><strong>R\u00e9sum\u00e9<a href=\"#abstract\">\/Abstract<\/a><\/strong><\/p>\n<p class=\"resume\" style=\"text-align: justify;\">Sous cette question d\u00e9fi, on passe en revue les acceptions classiques de la notion de motivation, comme l&rsquo;int\u00e9r\u00eat, le besoin et l&rsquo;influence, qui sont pr\u00e9sentes dans les repr\u00e9sentations courantes et qui portent \u00e0 confusion. Avec une d\u00e9finition extensive, tout devient motivation et il est impossible de sortir de la notion, explication possible de tout comportement. Il s&rsquo;agit ainsi de rompre avec les conceptions habituelles qui appuient la motivation tant\u00f4t sur une explication interne en forme de besoin ou d&rsquo;int\u00e9r\u00eat, tant\u00f4t sur une source d&rsquo;influence ext\u00e9rieure, y compris indirecte, insidieuse et sans pression per\u00e7ue. Une enqu\u00eate par associations libres, r\u00e9alis\u00e9e aupr\u00e8s de jeunes Fran\u00e7ais allant du niveau lyc\u00e9e au niveau licence, montre l&rsquo;importance donn\u00e9e \u00e0 la place de l&rsquo;individu et \u00e0 son activit\u00e9 en fonction des situations o\u00f9 il se trouve. \u00c0 partir de l\u00e0, on dessine de nouvelles perspectives pour la notion, portant sur les objectifs vis\u00e9s, la valeur donn\u00e9e au travail ou \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9, l&rsquo;implication et la capacit\u00e9 \u00e0 intervenir sur soi.<\/p>\n<p class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><strong>Contenu<\/strong><\/p>\n<p class=\"txt-j\"><strong><a href=\"#1\">1. Position du probl\u00e8me<\/a><br \/>\n<a href=\"#2\">2. La motivation comme variable scientifique invoqu\u00e9e et changeante<\/a><br \/>\n<a href=\"#3\">3. La motivation dans le langage courant : \u00e9bauche d&rsquo;un mod\u00e8le<\/a><br \/>\n<a href=\"#4\">4. Revoir la notion de motivation en relation avec la valeur donn\u00e9e au travail et \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9<\/a><br \/>\n<a href=\"#5\">5. Conclusion : la motivation, notion galvaud\u00e9e ou nouvelles perspectives<\/a><\/strong><\/p>\n<hr align=\"left\" width=\"33%\" \/>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><a id=\"1\" name=\"1\"><\/a>1. POSITION DU PROBL\u00c8ME<\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;usage du terme motivation est devenu courant. Qui ne l&rsquo;utilise dans le cadre d&rsquo;un recrutement, d&rsquo;une lettre de \u00ab\u00a0\u00a0motivation\u00a0\u00bb pour obtenir un stage ou simplement pour indiquer son \u00e9tat psychologique, positif ou n\u00e9gatif, en vue de r\u00e9aliser une activit\u00e9 quelconque ? \u00c0 tel point que les synonymes communs, rep\u00e9r\u00e9s dans une enqu\u00eate par associations de mots aupr\u00e8s de jeunes, sont loin des d\u00e9finitions savantes : \u00ab\u00a0\u00a0j&rsquo;ai envie ou pas envie de, je le sens bien ou pas, j&rsquo;aime bien ou non, je veux, je souhaite ou non.\u00a0\u00bb On en viendrait \u00e0 oublier les origines d&rsquo;une notion scientifique qui est apparue \u00e0 la jonction entre behaviorisme et cognitivisme dans les ann\u00e9es 1960 pour r\u00e9soudre une impasse \u00e9pist\u00e9mique, notamment dans les th\u00e9ories de l&rsquo;apprentissage par association (Nuttin, 1968, 1980).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">En fait, la question de la motivation est doublement strat\u00e9gique : sur le plan th\u00e9orique d&rsquo;une part face \u00e0 la crise du mod\u00e8le stimulus \u2013 r\u00e9ponse, une m\u00eame stimulation ne produisant pas toujours la m\u00eame r\u00e9ponse, et sur le plan pratique d&rsquo;autre part, le probl\u00e8me \u00e9tant d&rsquo;obtenir une r\u00e9ponse plus importante, par exemple un travail plus cons\u00e9quent \u00e0 partir d&rsquo;une injonction initiale. On notera en passant la proximit\u00e9 relationnelle structurelle entre la consigne de l&rsquo;exp\u00e9rimentateur et celle du contrema\u00eetre ou du manager, qui dans les deux cas visent \u00e0 faire r\u00e9aliser une t\u00e2che ou un travail (Lemoine, 1994). Face \u00e0 cette double utilit\u00e9, th\u00e9orique et pratique, la motivation se pr\u00e9sente comme la solution des probl\u00e8mes. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, elle fonde l&rsquo;id\u00e9e que le sujet n&rsquo;est pas une simple machine \u00e0 r\u00e9pondre, qu&rsquo;il ne peut \u00eatre trait\u00e9 comme un objet standard \u00e9tudi\u00e9 par les sciences de la mati\u00e8re, qu&rsquo;il est n\u00e9cessaire d&rsquo;invoquer des variables interm\u00e9diaires pour expliquer la vari\u00e9t\u00e9 des r\u00e9sultats d&rsquo;apprentissage dans une m\u00eame condition, de l&rsquo;autre, elle permet d&rsquo;intervenir sur le sujet, de l&rsquo;influencer, de le conditionner, pour qu&rsquo;il r\u00e9alise une activit\u00e9 plus importante dans son travail. L&rsquo;affaire est r\u00e9gl\u00e9e et la motivation devient une notion indispensable, incontournable et explicative par laquelle les pratiques de commandement, puis de management trouvent leur fondement et leur justification dans une th\u00e9orie scientifique renouvel\u00e9e. On passe ainsi du stimulus qui sanctionne par r\u00e9compense ou punition (par conditionnement) \u00e0 l&rsquo;incitation ou \u00e0 l&rsquo;influence qui motivent.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Bref, la motivation est devenue une norme sociale n\u00e9cessaire : elle fonde la rupture avec le behaviorisme, et elle assure la dimension psychologique du travail selon laquelle il faut \u00eatre motiv\u00e9 pour travailler. D\u00e8s lors, il n&rsquo;est plus possible de penser que la motivation pourrait \u00eatre remise en question, pourrait devenir nulle ou n\u00e9gative ou serait critiquable. Ce serait tout \u00e0 la fois remettre en cause une avanc\u00e9e scientifique et un mod\u00e8le de fonctionnement organisationnel du travail. Des travaux r\u00e9cents (Fran\u00e7ois, 2008) montrent l&rsquo;existence de cette norme qui ne fait qu&rsquo;accro\u00eetre la liste des normes sociales associ\u00e9es aux injonctions psychologisantes du temps : il est requis d&rsquo;\u00eatre interne, responsable, comp\u00e9tent, dynamique, motiv\u00e9, surtout de fa\u00e7on intrins\u00e8que, mais pas seulement, et bien sous tous rapports, \u00e9videmment. Mais si l&rsquo;on souhaite que la motivation reste une notion scientifique pertinente, il est utile de se demander comment elle peut apporter un \u00e9clairage sur l&rsquo;activit\u00e9 humaine et comment elle permet de saisir les processus qu&rsquo;elle invoque.<\/p>\n<p class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><strong>D\u00e9finitions multiples, scientifiques ou communes ?<\/strong><\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Pour r\u00e9pondre \u00e0 la question de la n\u00e9cessit\u00e9 de la motivation dans le travail, il faut se demander d&rsquo;abord de quelle motivation il s&rsquo;agit, et si on la mesure sans modifier ses caract\u00e9ristiques, ce qui conduit \u00e0 quelques analyses critiques. On passe ainsi en revue les acceptions classiques de la notion de motivation en montrant qu&rsquo;elles se diff\u00e9rencient peu des repr\u00e9sentations courantes et qu&rsquo;elles portent \u00e0 confusion sur le plan conceptuel. Cette proximit\u00e9 entre mod\u00e8les th\u00e9oriques et conceptions communes donne une impression d&rsquo;\u00e9vidence imm\u00e9diate et partant, de propositions irr\u00e9futables. Les diff\u00e9rentes repr\u00e9sentations scientifiques (pour une revue, voir Morin, 1996, p. 127-129 ou Lemoine, 2004) qui se veulent aussi \u00eatre des explications du comportement semblent chacune aller de soi alors qu&rsquo;elles ne reprennent souvent que des affirmations courantes qui paraissent toutes vraies, mais renvoient \u00e0 des processus h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes. Mais en m\u00eame temps, on le verra, elles \u00e9vitent soigneusement quelques acceptions classiques, soit pour se distinguer de notions plus philosophiques comme la volont\u00e9 ou l&rsquo;intention, soit en raison de la difficult\u00e9 \u00e0 les mesurer.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\"><a id=\"2\" name=\"2\"><\/a>2. LA MOTIVATION COMME VARIABLE SCIENTIFIQUE INVOQU\u00c9E ET CHANGEANTE<\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">La motivation est d\u00e8s le d\u00e9part une notion peu d\u00e9finie et \u00e0 ce titre bien commode. C&rsquo;est ce qui pousse \u00e0 agir, \u00e0 mettre l&rsquo;individu en mouvement, en action. Elle peut se traduire par une force, sur le mod\u00e8le de la physique, par un besoin physiologique ou par un stimulus ext\u00e9rieur (Nuttin, 1980). Cette conception passe-partout, ambigu\u00eb, irr\u00e9futable, est compr\u00e9hensible quand on sait qu&rsquo;elle \u00e9tait un essai pour sortir de l&rsquo;insuffisance du behaviorisme : elle permettait de contourner l&rsquo;interdit d&rsquo;explorer la \u00ab\u00a0\u00a0bo\u00eete noire\u00a0\u00bb, suppos\u00e9e inaccessible, de jouer un r\u00f4le de variable interm\u00e9diaire et de r\u00e9soudre par un artifice le fait qu&rsquo;un m\u00eame stimulus ne conduit pas toujours \u00e0 la m\u00eame r\u00e9ponse dans des conditions identiques. On ouvrait ainsi la bo\u00eete de Pandore en supposant que les \u00e9carts provenaient de l&rsquo;individu, qui se trouvait par l\u00e0 m\u00eame r\u00e9introduit, du moins en partie. Mais on activait ainsi une norme sociale dominante qui renvoyait les diff\u00e9rences \u00e0 des questions de personnalit\u00e9 et de besoins. Si ce stratag\u00e8me ouvrait la porte pour \u00e9chapper au behaviorisme, il n&rsquo;\u00e9vitait pas d&rsquo;autres \u00e9cueils et notamment le flou th\u00e9orique cach\u00e9 sous un appel \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence courante.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Le \u00ab\u00a0\u00a0ce qui pousse \u00e0\u00a0\u00bb devait bien \u00eatre pr\u00e9cis\u00e9 et il fallait trouver une explication. L&rsquo;\u00e9lasticit\u00e9 de la notion en a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 pl\u00e9thore, des besoins, source in\u00e9puisable, et des traits de personnalit\u00e9 aux buts vis\u00e9s en passant par toutes sortes d&rsquo;influences ext\u00e9rieures, sans que l&rsquo;on se rende compte que les facteurs explicatifs invoqu\u00e9s rempla\u00e7aient la coquille vide de la motivation qui au d\u00e9part \u00e9tait l&rsquo;explication du comportement. Mais son insuffisance a conduit \u00e0 rechercher les multiples facteurs explicatifs en amont de la motivation m\u00eame. On cherchait ainsi \u00ab\u00a0\u00a0ce qui\u00a0\u00bb expliquait la motivation qui elle-m\u00eame expliquait le comportement. Cette voie qui vise \u00e0 \u00e9toffer la motivation par l&rsquo;adjonction de facteurs multiples permet de maintenir une approche scientifique mesurable tout en donnant une place, variable, au r\u00f4le de l&rsquo;individu. Selon le cas ou la tendance th\u00e9orique, les facteurs externes et internes interviennent chacun plus ou moins, l&rsquo;individu pouvant rester un pantin d\u00e9termin\u00e9, devenir un acteur jouant son r\u00f4le social programm\u00e9 ou encore quelqu&rsquo;un capable d&rsquo;intervenir sur soi et sur autrui (Lemoine, 1994).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Mais si les scientifiques, jouant du principe de pr\u00e9caution, \u00e9vitent de confondre les questions du pourquoi et du comment et laissent la porte ouverte \u00e0 des conceptions diverses, le probl\u00e8me du statut du sujet humain restant en suspens, l&rsquo;utilisation courante va facilement franchir le pas en fonction de la demande sociale en associant motivation, explication du comportement individuel et attribution de responsabilit\u00e9. La motivation, entit\u00e9 cach\u00e9e, inobservable directement, explique le niveau d&rsquo;activit\u00e9 de l&rsquo;individu et par-l\u00e0 le situe socialement. En m\u00eame temps, elle est une variable sur laquelle intervenir pour l&rsquo;inciter \u00e0 augmenter ses performances. Cette double utilisation permet d&rsquo;entretenir le flou entre les raisons et les buts. Et ce n&rsquo;est pas la multiplicit\u00e9 des mod\u00e8les scientifiques qui peut aider \u00e0 clarifier ce malentendu, du moins dans la perception sociale pr\u00e9dominante parfois relay\u00e9e par les th\u00e9oriciens. Passons donc en revue diff\u00e9rentes limites de la notion de motivation dans ses usages divers, mouvants et ses facteurs associ\u00e9s avant de proposer quelques pistes pour faire avancer le d\u00e9bat.<\/p>\n<p class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><strong>La th\u00e9orie de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat<\/strong><\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;int\u00e9r\u00eat est une notion ancienne. Adam Smith au 18<sup>e<\/sup> si\u00e8cle pense que les individus recherchent leur int\u00e9r\u00eat personnel et croit en la convergence des int\u00e9r\u00eats individuels vers l&rsquo;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral. C&rsquo;est la naissance de l&rsquo;homo economicus, \u00eatre rationnel et calculateur qui modulerait son activit\u00e9 en fonction du seul gain qu&rsquo;il pourrait en retirer. Si parfois ce mod\u00e8le s&rsquo;applique dans certains contrats de type donnant-donnant, il est loin d&rsquo;expliquer le niveau d&rsquo;activit\u00e9. Des facteurs affectifs, irrationnels, normatifs ou encore li\u00e9s \u00e0 des craintes par anticipation, comme \u00e0 la Bourse, d\u00e9mentent sa pertinence. Et limiter le travail \u00e0 la seule recherche de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat individuel calcul\u00e9 a montr\u00e9, notamment dans des services administratifs, que l&rsquo;on obtenait souvent l&rsquo;inverse de ce qui \u00e9tait attendu, c&rsquo;est-\u00e0-dire une limitation du travail et une insatisfaction au lieu d&rsquo;un accroissement et d&rsquo;un contentement. L&rsquo;activit\u00e9 travail ne peut ainsi se r\u00e9duire \u00e0 une simple quantit\u00e9 \u00e9conomique \u00e9chang\u00e9e. Si on s&rsquo;y tient strictement, on obtient une focalisation de l&rsquo;attention sur les limites comptables \u00e0 ne pas d\u00e9passer, ce qui restreint l&rsquo;activit\u00e9 et transforme n\u00e9gativement le sens social et psychologique du travail \u00e0 r\u00e9aliser. D&rsquo;autre part, si l&rsquo;on consid\u00e8re le facteur int\u00e9r\u00eat, il faudrait encore discuter entre l&rsquo;int\u00e9r\u00eat \u00e0 court terme et l&rsquo;int\u00e9r\u00eat \u00e0 long terme qui peuvent s&rsquo;opposer, et savoir si la perception de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat attendu est exacte ou erron\u00e9e. M\u00eame s&rsquo;il est difficile d&rsquo;\u00e9chapper \u00e0 une comptabilit\u00e9 permettant de mesurer un certain \u00e9quilibre entre les \u00e9changes, et \u00e0 une strat\u00e9gie du meilleur gain, le fait m\u00eame de l&rsquo;introduire modifie le sens donn\u00e9 \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9. C&rsquo;est ce qui a \u00e9t\u00e9 observ\u00e9 avec le passage aux 35 heures o\u00f9 chaque partie s&rsquo;est mise \u00e0 compter, ce qui d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 augmentait les contr\u00f4les et r\u00e9duisait la confiance, et de l&rsquo;autre, limitait plut\u00f4t le travail. Cette comptabilit\u00e9 rend \u00e9galement n\u00e9gligeable une s\u00e9rie d&rsquo;activit\u00e9s situ\u00e9es hors du champ \u00e9conomique, comme le don \u00e0 autrui, les \u00e9changes associatifs et humanitaires ou encore la tendance \u00e0 faire passer l&rsquo;int\u00e9r\u00eat pour autrui avant le sien (comme des parents le font pour leurs enfants). D&rsquo;autres ressorts ou facteurs que l&rsquo;int\u00e9r\u00eat poussent donc \u00e0 s&rsquo;activer.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Bien s\u00fbr, on peut toujours g\u00e9n\u00e9raliser et passer de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat \u00e9conomique \u00e0 l&rsquo;int\u00e9r\u00eat psychologique voire moral, la notion devenant alors polys\u00e9mique et utilisable pour tout. On obtient ainsi une notion \u00e9conomique (rechercher un profit, un b\u00e9n\u00e9fice) doubl\u00e9e d&rsquo;une notion psychologique (travailler selon ses int\u00e9r\u00eats, ses go\u00fbts), voire morale (la qu\u00eate de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat personnel s&rsquo;opposant au don et \u00e0 l&rsquo;altruisme). Cependant en psychologie, cette notion est peu utilis\u00e9e pour traiter de la motivation. On la rencontre surtout en vue du conseil en orientation professionnelle \u00e0 partir des tests et questionnaires d&rsquo;int\u00e9r\u00eats (Bernaud, Dupont, Priou et Vrignaud, 1994). Cependant, malgr\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e courante qu&rsquo;il est pr\u00e9f\u00e9rable de travailler selon ses int\u00e9r\u00eats, et malgr\u00e9 des validations statistiques nombreuses et une utilisation pratique certaine des tests d&rsquo;int\u00e9r\u00eats, il n&rsquo;est pas \u00e9vident que le go\u00fbt ou le penchant, consid\u00e9r\u00e9 spontan\u00e9ment comme tendance de la personnalit\u00e9 alors qu&rsquo;il provient davantage des acquisitions du milieu de vie, conduise \u00e0 une profession donn\u00e9e et la motive : on peut aimer la musique, voire en jouer sans devenir musicien professionnel. Et inversement, une mati\u00e8re peu connue au d\u00e9part ou m\u00eame non souhait\u00e9e peut devenir une activit\u00e9 professionnelle, ne serait-ce qu&rsquo;en fonction des efforts qu&rsquo;elle a demand\u00e9s. En effet, l&rsquo;int\u00e9r\u00eat pour une activit\u00e9 se d\u00e9couvre en la pratiquant, comme l&rsquo;app\u00e9tit vient en mangeant ou le d\u00e9sir d&rsquo;apprendre en allant en formation. Mais le syst\u00e8me de corr\u00e9lations, qui correspond en termes de processus psychologique \u00e0 un simple fonctionnement par associations ou connexions, a vite tendance \u00e0 \u00eatre utilis\u00e9 comme syst\u00e8me explicatif causal dans la pens\u00e9e courante, y compris celle des chercheurs, et \u00e0 s&rsquo;appuyer sur un mod\u00e8le implicite de la personnalit\u00e9 comme source d&rsquo;explication.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">En terme de d\u00e9finition, l&rsquo;int\u00e9r\u00eat renvoie tant\u00f4t au gain, au b\u00e9n\u00e9fice, et tant\u00f4t au go\u00fbt, \u00e0 l&rsquo;envie, les deux assertions ne se rejoignant que par l&rsquo;id\u00e9e dominante d&rsquo;un individu \u00e9gotique ou \u00e9gocentr\u00e9, qui cherche toujours un plus pour lui-m\u00eame, y compris dans l&rsquo;altruisme. On se trouve donc avec une notion irr\u00e9futable, qui peut tout expliquer. On n&rsquo;y \u00e9chappe pas facilement, toute activit\u00e9 pouvant toujours \u00eatre expliqu\u00e9e par un certain int\u00e9r\u00eat, soit commercial ou financier, soit psychologique. On retrouve le sch\u00e9ma habituel de l&rsquo;individu calculateur, strat\u00e8ge, chercheur de richesses et de pouvoir, et r\u00e9tif au travail sauf \u00e0 l&rsquo;y forcer par des promesses de r\u00e9compenses ou de punitions (type X de Mc Gregor, 1969). La motivation vient donc dans ce cas de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat recherch\u00e9 ou esp\u00e9r\u00e9 ou de la crainte de sa perte anticip\u00e9e. On risque alors de revenir au simple conditionnement dans lequel la motivation reste superflue, sauf \u00e0 penser que l&rsquo;impression d&rsquo;int\u00e9r\u00eat per\u00e7u vienne expliquer les r\u00e9ponses dites conditionn\u00e9es. Dans ce cadre, on peut \u00e9galement situer l&rsquo;une des formes d&rsquo;engagement organisationnel fond\u00e9 sur le calcul des int\u00e9r\u00eats personnels escompt\u00e9s (Meyer, Allen et Smith, 1993). Si le salari\u00e9 y trouve son int\u00e9r\u00eat, soit financier ou extrins\u00e8que, soit psychologique ou intrins\u00e8que, quand le travail est \u00ab\u00a0\u00a0int\u00e9ressant\u00a0\u00bb, il s&rsquo;engage pour l&rsquo;entreprise, la d\u00e9fend, se donne \u00e0 fond et la fait prosp\u00e9rer. Mais \u00e0 l&rsquo;inverse, s&rsquo;il n&rsquo;y trouve pas son compte, il la quitte ou \u00e0 d\u00e9faut r\u00e9duit le travail au minimum, en dehors de toute consid\u00e9ration affective ou normative. On voit que cet engagement calcul\u00e9 peut aussi devenir l&rsquo;oppos\u00e9 d&rsquo;un engagement, au m\u00eame titre que l&rsquo;engagement normatif (Vonthron, 2002), sachant que l&rsquo;appr\u00e9ciation positive ou n\u00e9gative peut varier \u00e0 la fois dans le temps et dans les types de crit\u00e8res. Si la comp\u00e9tence du salari\u00e9 est rare et recherch\u00e9e, l&rsquo;int\u00e9r\u00eat et l&rsquo;implication pour le m\u00e9tier peuvent l&#8217;emporter largement sur l&rsquo;engagement envers l&rsquo;organisation. Il reste alors pour chaque partie \u00e0 bien conna\u00eetre ses int\u00e9r\u00eats, souhait\u00e9s ou vis\u00e9s, qui ne peuvent se r\u00e9duire \u00e0 une fid\u00e9lisation marketing par bons points.<\/p>\n<p class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><strong>La th\u00e9orie du besoin<\/strong><\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Avec l&rsquo;id\u00e9e de besoin (Maslow, 1954), on se situe dans une autre perspective, celle des besoins et passions de nature \u00e0 satisfaire, m\u00eame si on peut toujours transformer un int\u00e9r\u00eat donn\u00e9 en l&rsquo;expliquant par un besoin \u00e0 assouvir. Cette th\u00e9orie des besoins para\u00eet tout \u00e0 fait \u00e9vidente pour fonder les motivations\u00a0: celui qui manque, cherche \u00e0 combler le manque et donc s&rsquo;active en cons\u00e9quence\u00a0; par exemple, j&rsquo;ai soif, je vais me d\u00e9placer pour aller chercher de l&rsquo;eau. Et on peut bien s\u00fbr hi\u00e9rarchiser les besoins en fonction de l&rsquo;urgence pour la survie : l&rsquo;air, puis l&rsquo;eau, puis la nourriture, sans oublier le besoin de se d\u00e9placer et seulement ensuite celui de communiquer, etc. Depuis les \u00ab\u00a0\u00a0hommes des cavernes\u00a0\u00bb avec l&rsquo;image de la chasse et de la cueillette, jusqu&rsquo;aux explorateurs et aux astronautes, il faut assurer l&rsquo;activit\u00e9 de subsistance primaire, tandis que la recherche de satisfactions via la culture et les besoins dits sup\u00e9rieurs arrive apr\u00e8s \u2026 On sait que cette hi\u00e9rarchie est factice et d\u00e9pend des personnes et de la culture (Louche, 2001). Elle \u00e9tait critiqu\u00e9e par Alderfer d\u00e8s 1972, ce qui ne l&rsquo;a pas emp\u00each\u00e9e de se d\u00e9velopper, peut-\u00eatre en raison de sa simplicit\u00e9, de son \u00e9vidence apparente pour expliquer les comportements quotidiens ou de son mod\u00e8le hi\u00e9rarchique attractif qu&rsquo;on peut faire remonter \u00e0 Aristote.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Pourtant, de nombreux exemples contredisent la liaison entre besoin et motivation \u00e0 agir (Lemoine, 2004). On peut citer le fait que les gens ayant de grands besoins sur le plan \u00e9conomique sont aussi ceux qui consomment le moins, tandis que les populations les plus d\u00e9velopp\u00e9es pr\u00e9sentent une demande soutenue. D&rsquo;autre part, lorsque le besoin est satisfait, on devrait s&rsquo;attendre \u00e0 un arr\u00eat ou une r\u00e9duction de l&rsquo;activit\u00e9, ce qui n&rsquo;est pas le cas en mati\u00e8re de consommation. Il en est de m\u00eame pour des secteurs comme la richesse et le pouvoir qui ne semblent pas se r\u00e9guler par eux-m\u00eames. La demande peut donc \u00eatre favoris\u00e9e sans r\u00e9f\u00e9rence aux besoins, comme l&rsquo;ont bien compris les publicitaires, tandis qu&rsquo;il faudrait s&rsquo;interroger sur l&rsquo;usage de la notion de besoin pour inciter \u00e0 agir. Ainsi, en mati\u00e8re de formation professionnelle, on voit souvent des institutionnels avan\u00e7ant que telle population a besoin de formation alors que celle-ci ne la souhaite pas vraiment. Il en r\u00e9sulte des arr\u00eats et des \u00e9checs qui pourraient \u00eatre \u00e9vit\u00e9s si l&rsquo;on v\u00e9rifiait ant\u00e9rieurement la pr\u00e9sence d&rsquo;une demande venant des int\u00e9ress\u00e9s, sachant aussi que celle-ci varie et se d\u00e9veloppe en cours de formation, suite \u00e0 la d\u00e9couverte de nouvelles r\u00e9alisations. Faut-il \u00eatre motiv\u00e9 si le besoin se fait sentir ? Et inversement, suffit-il de motiver si l&rsquo;activit\u00e9 n&rsquo;est pas attractive ? Pour le moins, il serait pr\u00e9f\u00e9rable de traiter de l&rsquo;attractivit\u00e9 de l&rsquo;offre et de l&rsquo;importance de l&rsquo;attente ou de la demande plut\u00f4t que d&rsquo;un besoin suppos\u00e9 et d\u00e9cr\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Il est possible de transf\u00e9rer ce raisonnement dans le domaine du travail, qui est actuellement l&rsquo;objet d&rsquo;une attention accrue, afin de se d\u00e9tacher de l&rsquo;opinion commune que le besoin motive et fait agir, et de son corollaire que la satisfaction du besoin fait cesser l&rsquo;activit\u00e9. Ce sc\u00e9nario ne fonctionne pas comme attendu : ceux qui sont loin du milieu du travail et en manquent ne savent g\u00e9n\u00e9ralement pas en trouver, tandis que ceux qui ont d\u00e9j\u00e0 un travail sont sollicit\u00e9s pour des heures suppl\u00e9mentaires ou confront\u00e9s \u00e0 un surcro\u00eet d&rsquo;activit\u00e9 et se trouvent surcharg\u00e9s.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">A contrario, si le mod\u00e8le du besoin fonctionnait, on s&rsquo;arr\u00eaterait de travailler, de se former ou d&rsquo;agir d\u00e8s que l&rsquo;on atteindrait la satisfaction, ce qui serait dommageable pour le travail \u00e0 r\u00e9aliser (de m\u00eame que l&rsquo;on fait la sieste apr\u00e8s un bon repas !). Il faudrait que le travail devienne un besoin perp\u00e9tuel, jamais satisfait, tout en l&rsquo;\u00e9tant suffisamment, sachant que le besoin ne peut fonctionner que s&rsquo;il est per\u00e7u comme d\u00e9sirable et accessible, ce qui ne manque pas d&rsquo;\u00eatre contradictoire. On peut remarquer aussi que l&rsquo;on aborde ici une caract\u00e9ristique g\u00e9n\u00e9ralement non prise en compte de la courbe \u00e0 maximum, \u00e0 savoir le c\u00f4t\u00e9 cyclique de l&rsquo;activit\u00e9, bien connu chez les sportifs : apr\u00e8s un effort intense, il est n\u00e9cessaire de r\u00e9cup\u00e9rer sous peine de contreperformance. Cela r\u00e9duit notablement le r\u00e9sultat d&rsquo;ensemble si l&rsquo;on compte le temps total (pr\u00e9paration, r\u00e9alisation, r\u00e9cup\u00e9ration). On pourrait dire aussi que le besoin satisfait, l&rsquo;activit\u00e9 s&rsquo;arr\u00eate. Or la situation de travail demande plut\u00f4t une activit\u00e9 r\u00e9guli\u00e8re et continue qui s&rsquo;\u00e9tale dans le temps, et non un exploit ou une acc\u00e9l\u00e9ration \u00e0 un moment donn\u00e9. Cela rend caduque la comparaison \u00e0 l&rsquo;exploit sportif qui demande un effort intense, mais passager. Il ne suffit donc pas de fournir \u00ab\u00a0\u00a0un coup de collier\u00a0\u00bb sous l&rsquo;effet d&rsquo;une incitation ponctuelle. Il faut donc regarder d&rsquo;autres facteurs susceptibles de susciter une activit\u00e9 de travail continue et soutenue. Il serait donc n\u00e9cessaire de distinguer plusieurs formes de motivation selon la dur\u00e9e de l&rsquo;activit\u00e9. Avec un travail s&rsquo;\u00e9talant dans le temps, les processus invoqu\u00e9s ne peuvent \u00eatre les m\u00eames que pour une action isol\u00e9e ou ponctuelle.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Ainsi, la notion de besoin semble tentaculaire et fluctuante : d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, elle fait appel \u00e0 un \u00e9tat de nature qui fonde l&rsquo;individu, mais le limite \u00e0 un profil de personnalit\u00e9 \u00e9tabli, invoquant une explication interne, hors contexte, de l&rsquo;autre, elle s&rsquo;appuie sur une n\u00e9cessit\u00e9 venant de l&rsquo;ext\u00e9rieur, sous forme de pressions diverses, pour obtenir un effort suppl\u00e9mentaire, au cas o\u00f9 le naturel ne suffirait pas : le besoin d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 se transforme alors subrepticement en source d&rsquo;influence.<\/p>\n<p class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><strong>Une th\u00e9orie de l&rsquo;influence<\/strong><\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">M\u00eame si l&rsquo;on sait que l&rsquo;activit\u00e9 spontan\u00e9e est le propre de l&rsquo;homme et de son d\u00e9veloppement, il est plus s\u00fbr de la renforcer, surtout si l&rsquo;on souhaite augmenter la performance et si l&rsquo;attractivit\u00e9 initiale est faible, comme pour le travail encadr\u00e9 et structur\u00e9. Il faut donc cr\u00e9er le besoin, ce qui montre en passant qu&rsquo;il n&rsquo;y est pas, par toutes sortes d&rsquo;incitations, d&rsquo;injonctions ou de pressions. On peut ici passer en revue l&rsquo;ensemble des motivations dites extrins\u00e8ques qui sont autant d&rsquo;essais pour accro\u00eetre l&rsquo;effort au travail, la pers\u00e9v\u00e9rance et surtout la performance, et qui rel\u00e8vent toutes de l&rsquo;influence exerc\u00e9e de l&rsquo;ext\u00e9rieur pour obtenir davantage de travail.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Mais l\u00e0 encore, il faut se demander si la motivation augmente de cette fa\u00e7on et si le but est atteint. Travaille-t-on plus et mieux si l&rsquo;on gagne plus ou si l&rsquo;on esp\u00e8re recevoir une prime, si l&rsquo;on a un meilleur statut ou encore moins d&rsquo;heures de travail \u00e0 effectuer ? La r\u00e9ponse positive semble \u00e9vidente. Cependant, des observations de terrain et des recherches plus syst\u00e9matiques ont montr\u00e9 que les effets \u00e9taient souvent bien plus faibles que ceux attendus et parfois m\u00eame inverses (Lemoine, 2001). Franc\u00e8s (1998) par exemple montre que le syst\u00e8me des primes n&rsquo;est pas tr\u00e8s efficace. Pour qu&rsquo;il le soit, il faudrait \u00e9tablir un lien plus direct et un temps plus court entre l&rsquo;activit\u00e9 exceptionnelle et la prime, et il faudrait aussi que le syst\u00e8me d&rsquo;attribution au m\u00e9rite soit transparent et consid\u00e9r\u00e9 comme \u00e9quitable (Vacher et Lemoine, 1995\u00a0; Steiner, 2000). A d\u00e9faut, mieux vaut encore le syst\u00e8me d&rsquo;\u00e9quir\u00e9partition qui, s&rsquo;il annule les diff\u00e9rences li\u00e9es au m\u00e9rite, a au moins l&rsquo;avantage d&rsquo;\u00e9viter les contestations et les dissensions. Le risque est en effet d&rsquo;introduire un syst\u00e8me d&rsquo;\u00e9valuation pesant (Romano, 1998) et une suite de comparaisons \u00e0 autrui qui vont \u00e0 l&rsquo;encontre du travail en \u00e9quipe et de la coop\u00e9ration dans le travail. Dans ce cas, l&rsquo;effet prime devient n\u00e9gatif et tend \u00e0 d\u00e9t\u00e9riorer le climat social. Il risque aussi de d\u00e9valuer le travail habituel, les efforts se dirigeant en premier sur ce qui permet d&rsquo;obtenir le gain suppl\u00e9mentaire. Il en r\u00e9sulte que le syst\u00e8me de primes est \u00e0 utiliser avec beaucoup de pr\u00e9cautions, sachant en outre que les effets sont limit\u00e9s dans le temps tandis que l&rsquo;activit\u00e9 de travail se doit d&rsquo;\u00eatre prolong\u00e9e. On revient ici \u00e0 l&rsquo;effet passager des r\u00e9compenses qui doivent \u00eatre suffisamment rares pour rester efficaces, et ne peuvent donc \u00eatre \u00e9rig\u00e9es en moyen structurel de gestion des relations de travail et d&rsquo;augmentation de l&rsquo;activit\u00e9.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Ces incitations extrins\u00e8ques conduisent plut\u00f4t, comme l&rsquo;indiquait Herzberg (1966) \u00e0 des insatisfactions. Et il est sans doute pr\u00e9f\u00e9rable de d\u00e9velopper des facteurs intrins\u00e8ques comme le travail int\u00e9ressant ou autonome pour \u00e9viter des probl\u00e8mes. Cela indique aussi qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de proportionnalit\u00e9 entre travail et r\u00e9tribution et que le go\u00fbt pour un travail ne vient pas seulement du gain obtenu. On pourrait aussi g\u00e9n\u00e9raliser ce mode d&rsquo;intervention extrins\u00e8que en rassemblant les tentatives multiples recherch\u00e9es pour faire travailler plus, que ce soit les \u00e9valuations affich\u00e9es, les cercles de qualit\u00e9 ou les r\u00e9unions de concertation sans d\u00e9cision par les int\u00e9ress\u00e9s. Dans tous les cas, il s&rsquo;agit de donner un peu ou de cr\u00e9er une impression positive pour stimuler l&rsquo;activit\u00e9, ce qui risque d&rsquo;\u00eatre per\u00e7u comme une sorte de manipulation et de susciter par l\u00e0 une r\u00e9sistance plut\u00f4t qu&rsquo;une adh\u00e9sion, m\u00eame si chaque partie peut tirer un avantage de la formule.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">\u00c0 l&rsquo;oppos\u00e9, on trouve aujourd&rsquo;hui dans les m\u00e9thodes de management des orientations qui privil\u00e9gient la sanction n\u00e9gative plut\u00f4t que la r\u00e9compense (Masclet, 2000). La crainte permanente du licenciement, l&rsquo;incertitude sur le type ou le lieu de travail, la charge excessive d&rsquo;activit\u00e9s multiples en simultan\u00e9 qui conduit au stress, la pression sur les r\u00e9sultats \u00e0 obtenir, l&rsquo;appel aux aspects psychologiques pour tenir les individus sous tension sont autant de moyens pour faire travailler plus et plus vite. Mais est-ce encore de la motivation ? Ce serait tout au plus l&rsquo;incitation \u00e0 des conduites d&rsquo;\u00e9vitement, par conditionnement\u2026 Mais qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de sanctions positives par r\u00e9compenses ou n\u00e9gatives par crainte de cons\u00e9quences n\u00e9fastes, il faut bien remarquer que ces modes de rapports et de fonctionnement sociaux, que l&rsquo;on trouve aussi bien dans les organisations qu&rsquo;en politique internationale, rel\u00e8vent du syst\u00e8me stimulus \u2013 r\u00e9ponse comme arch\u00e9type du management des individus ou des ensembles constitu\u00e9s. \u00c0 ce titre ils sont tr\u00e8s peu \u00e9volu\u00e9s, se rapportent au b\u00e9haviorisme classique et ne demandent pas le passage par la motivation, m\u00eame si celui-ci peut \u00eatre \u00e9voqu\u00e9 en terme de cognition ou de repr\u00e9sentation interm\u00e9diaire des stimuli manipul\u00e9s. Par opposition \u00e0 ce mod\u00e8le d&rsquo;influence, il est possible de d\u00e9finir davantage ce qu&rsquo;on entend par motivation, au sens d&rsquo;une prise en compte des souhaits, des attentes et des valeurs de l&rsquo;individu, ce qui suppose lui permettre de s&rsquo;exprimer sur son travail et de le d\u00e9finir en concertation. Mais pour cela, il serait n\u00e9cessaire de sortir du couple ferm\u00e9 liant les actions de motiver et de travailler plus, couple qui rel\u00e8ve d&rsquo;une perception st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e plus que d&rsquo;une question scientifique.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\"><a id=\"3\" name=\"3\"><\/a>3. LA MOTIVATION DANS LE LANGAGE COURANT : \u00c9BAUCHE D&rsquo;UN MOD\u00c8LE ?<\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Il n&rsquo;est pas s\u00fbr que les consid\u00e9rations ci-dessus soient pr\u00e9sentes dans la fa\u00e7on de traiter de la motivation dans le langage courant. Une enqu\u00eate exploratoire r\u00e9alis\u00e9e par questions ouvertes aupr\u00e8s de jeunes fran\u00e7ais de 18-20 ans (n = 21) en lyc\u00e9e (classe de 1 \u00b0 en section technique de laboratoire) a \u00e9t\u00e9 compl\u00e9t\u00e9e avec deux autres groupes : des techniciens sup\u00e9rieurs en biochimie (BTS, bac + 2) (n = 21) et des \u00e9tudiants en psychologie (bac + 3) (n = 42), avec des conditions de questionnement identiques. L&rsquo;enqu\u00eate de trois questions ouvertes \u00e9tait \u00e9tablie sur le principe des associations spontan\u00e9es : \u00ab\u00a0\u00a0\u00e9crire tous les mots qui vous viennent \u00e0 l&rsquo;esprit \u00e0 partir du mot \u00ab\u00a0\u00a0motivation\u00a0\u00bb\u00a0; \u00e9voquer une situation, exemple ou exp\u00e9rience o\u00f9 vous \u00eates tr\u00e8s motiv\u00e9(e)\u00a0;\u00e9voquer une situation o\u00f9 vous n&rsquo;\u00eates pas du tout motiv\u00e9(e)\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Les r\u00e9sultats peuvent para\u00eetre inattendus, mais instructifs en terme de repr\u00e9sentations de la notion. Chez les lyc\u00e9ens, en dehors des \u00e9l\u00e9ments conjoncturels li\u00e9s au lieu et au temps des examens, quatre cat\u00e9gories ressortent : le travail (1), les objectifs (2), le vouloir et la pers\u00e9v\u00e9rance (3), l&rsquo;envie et la passion (4). Ces r\u00e9sultats sont pr\u00e9sent\u00e9s dans le tableau 1. Les situations qui motivent confirment et pr\u00e9cisent ces activit\u00e9s agr\u00e9ables et choisies, la r\u00e9alisation d&rsquo;un projet personnel et la place des activit\u00e9s relationnelles (cf. tableau 2). \u00c0 l&rsquo;oppos\u00e9, les situations non motivantes comprennent les activit\u00e9s habituelles obligatoires (ex : aller en cours), le fait de se lever (ce n&rsquo;\u00e9tait pas attendu), ce qui n&rsquo;a pas de but ou para\u00eet d\u00e9sagr\u00e9able, y compris le fait d&rsquo;\u00eatre pouss\u00e9 \u00e0 \u00eatre motiv\u00e9 (cf. tableau 3).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Chez les techniciens (BTS), on retrouve les quatre cat\u00e9gories indiqu\u00e9es dans le tableau avec seulement quelques mots proches en compl\u00e9ment : travail (1), but (2), courage, pers\u00e9v\u00e9rance, volont\u00e9, effort, d\u00e9termination (3), r\u00e9ussite, envie, aimer bien, plaisir de r\u00e9aliser, passion (4), et aussi se donner la peine, \u00eatre actif, tout faire pour. Il faut y ajouter les rubriques \u00ab\u00a0\u00a0r\u00e9ussir\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0\u00a0s&rsquo;impliquer\u00a0\u00bb, moins fr\u00e9quentes chez les lyc\u00e9ens. On trouve \u00e9galement l&rsquo;opposition entre les situations o\u00f9 l&rsquo;on est motiv\u00e9, comme le sport, les loisirs, les sorties entre amis, la famille, cr\u00e9er, r\u00e9aliser un projet, faire ce qui passionne, et les situations non motivantes, comme r\u00e9viser des cours, faire ce que je n&rsquo;aime pas, \u00eatre oblig\u00e9 de faire ce que je n&rsquo;ai pas envie, me r\u00e9veiller le matin.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Le groupe d&rsquo;\u00e9tudiants en psychologie donne aussi des informations allant dans le m\u00eame sens : \u00eatre motiv\u00e9 est associ\u00e9 au travail (travail bien fait) (1), \u00e0 la d\u00e9termination, l&rsquo;effort, l&rsquo;investissement, la volont\u00e9, le courage, l&rsquo;implication, l&rsquo;engagement, l&rsquo;\u00e9nergie, l&rsquo;entrain, le dynamisme, l&rsquo;enthousiasme (3), et l&rsquo;envie, le plaisir de faire l&rsquo;activit\u00e9, la passion, les apports affectifs (4). On trouve aussi la r\u00e9ussite, l&rsquo;ambition, la performance (5), ainsi que l&rsquo;implication, l&rsquo;engagement que l&rsquo;on a regroup\u00e9s avec l&rsquo;entrain, le dynamisme, l&rsquo;enthousiasme (6), et qui peuvent \u00eatre rapproch\u00e9s d&rsquo;un \u00e9tat (distinct d&rsquo;une action) de satisfaction (enjou\u00e9, heureux, joyeux, sourire, positif).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Parmi ce qui motive, on note \u00e0 nouveau les activit\u00e9s que l&rsquo;on aime, le travail choisi, ce qui fait plaisir aux autres, le sport, les loisirs, les sorties, les groupes d&rsquo;amis, la r\u00e9ussite aux examens, les \u00e9tudes, les projets. Tandis que les situations qui ne motivent pas rassemblent les activit\u00e9s d\u00e9sagr\u00e9ables, les r\u00e9visions, certains cours, se lever t\u00f4t, ranger ou nettoyer, les transports en commun, le sport, les activit\u00e9s contraintes ou encore l&rsquo;absence d&rsquo;activit\u00e9.<\/p>\n<p class=\"s-titre\" style=\"text-align: center;\" align=\"center\"><strong>Tableau 1<\/strong><br \/>\n<strong> Mots associ\u00e9s \u00e0 la motivation<\/strong><\/p>\n<p class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\" align=\"center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-7014\" src=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2008\/02\/Volume11_3-4_La_Motivation_tableau1.png\" alt=\"Volume11_3-4_La_Motivation_tableau1\" width=\"600\" height=\"215\" srcset=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2008\/02\/Volume11_3-4_La_Motivation_tableau1.png 600w, https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2008\/02\/Volume11_3-4_La_Motivation_tableau1-300x108.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/p>\n<p class=\"s-titre\" style=\"text-align: center;\" align=\"center\"><strong>Tableau 2<\/strong><br \/>\n<strong> Situations motivantes (o\u00f9 vous \u00eates tr\u00e8s motiv\u00e9)<\/strong><\/p>\n<p class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\" align=\"center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-7013\" src=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2008\/02\/Volume11_3-4_La_Motivation_tableau2.png\" alt=\"Volume11_3-4_La_Motivation_tableau2\" width=\"600\" height=\"131\" srcset=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2008\/02\/Volume11_3-4_La_Motivation_tableau2.png 600w, https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2008\/02\/Volume11_3-4_La_Motivation_tableau2-300x66.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/p>\n<p class=\"s-titre\" style=\"text-align: center;\" align=\"center\"><strong>Tableau 3<\/strong><br \/>\n<strong> Situations non motivantes (o\u00f9 vous n&rsquo;\u00eates pas du tout motiv\u00e9)<\/strong><\/p>\n<p class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\" align=\"center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-7012 size-full\" src=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2008\/02\/Volume11_3-4_La_Motivation_tableau3.png\" alt=\"Volume11_3-4_La_Motivation_tableau3\" width=\"600\" height=\"186\" srcset=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2008\/02\/Volume11_3-4_La_Motivation_tableau3.png 600w, https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2008\/02\/Volume11_3-4_La_Motivation_tableau3-300x93.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Ces donn\u00e9es, bien que variant un peu selon les groupes, apportent des informations convergentes non n\u00e9gligeables : elles retrouvent l&rsquo;importance des projets, des objectifs et des r\u00e9sultats \u00e0 atteindre (2) (cf la th\u00e9orie de Locke et Latham, 1990) ou encore des r\u00e9sultats obtenus, de la r\u00e9ussite (5). Elles associent \u00e9galement la motivation au domaine du travail, de l&#8217;embauche et de la fatigue (1). Elles montrent en premier lieu sa proximit\u00e9 avec la d\u00e9termination, l&rsquo;effort, la volont\u00e9 (3), qui sont \u00e0 rapprocher de l&rsquo;implication, voire l&rsquo;entrain, l&rsquo;\u00e9nergie (6), ce qui renforce la place donn\u00e9e \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 du sujet lui-m\u00eame. Elles soulignent aussi les aspects positifs affectifs, l&rsquo;envie, la passion, le souhait pour une activit\u00e9 que l&rsquo;on aime (4), parfois li\u00e9e au bien-\u00eatre et r\u00e9alis\u00e9e \u00e0 plusieurs.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">On note que ces domaines \u00e9voqu\u00e9s sont \u00e9loign\u00e9s des notions d&rsquo;int\u00e9r\u00eat, de besoin et d&rsquo;influence qui ont occup\u00e9 le terrain th\u00e9orique depuis longtemps. D&rsquo;autre part, les mots associ\u00e9s ne renvoient pas \u00e0 un \u00e9tat de la personnalit\u00e9, mais surtout \u00e0 des actions, tant\u00f4t difficiles, demandant de prendre sur soi, de s&rsquo;y mettre, tant\u00f4t agr\u00e9ables, mais toujours per\u00e7ues comme recherch\u00e9es ou d\u00e9cid\u00e9es par l&rsquo;int\u00e9ress\u00e9. A l&rsquo;inverse, les contraintes ou ce qui para\u00eet comme tel sont sources de motivation n\u00e9gative, ce qui ne signifie pas pour autant une absence d&rsquo;activit\u00e9.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Si l&rsquo;on reprend les quatre th\u00e8mes centraux qui ressortent des mots associ\u00e9s (tableau 1) : travail, projet, passion, implication (d\u00e9termination, entrain), on obtient plusieurs configurations possibles. Parmi elles, on trouve les ensembles \u00ab\u00a0\u00a0travail, projet (de vie), implication\u00a0\u00bb (a), \u00ab\u00a0\u00a0\u00a0activit\u00e9s d\u00e9sir\u00e9es (passion), implication et projet\u00a0\u00bb (b), \u00ab\u00a0\u00a0travail, passion, implication\u00a0\u00bb (c), \u00ab\u00a0\u00a0travail, projet, passion\u00a0\u00bb (d). Selon les tableaux 2 et 3 qui indiquent la valence positive ou n\u00e9gative, les ensembles (a) et (b) dominent largement, avec une opposition du couple \u00ab\u00a0\u00a0travail passion\u00a0\u00bb, association qui pourrait \u00eatre pr\u00e9sente avec une autre population. On a plut\u00f4t ici le couple \u00ab\u00a0\u00a0projet, travail\u00a0\u00bb (cf. Goguelin et Krau, 1992, Lamoureux et Morin, 1998), et le couple \u00ab\u00a0\u00a0passion, implication\u00a0\u00bb, qui renvoie davantage \u00e0 la th\u00e9orie de Vroom (1964) sur les attentes \u00e0 valence positive (cf. Fran\u00e7ois, 1998), tandis que les secteurs \u00ab\u00a0\u00a0activit\u00e9s de travail activit\u00e9s agr\u00e9ables\u00a0\u00bb sont bien distingu\u00e9s et oppos\u00e9s.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Dans ce cadre, la motivation renvoie \u00e0 une activit\u00e9 d\u00e9sir\u00e9e o\u00f9 l&rsquo;on s&rsquo;implique, ce qui donne priorit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 du sujet sur soi par auto-emprise (Lemoine, 1994, 2005), \u00e0 rapprocher de l&rsquo;automotivation (Deci et Ryan, 2000). Cette activit\u00e9 ne pr\u00e9juge pas des facteurs de d\u00e9termination ext\u00e9rieurs mais souligne que ceux-ci passent par le filtre de l&rsquo;individu qui les restructure, se les approprie \u00e0 sa fa\u00e7on ou les rejette (Lemoine, 1994), cherche \u00e0 avoir la ma\u00eetrise de ses choix et de son investissement dans ses activit\u00e9s, et pas seulement dans le domaine du travail, m\u00eame si cela n&rsquo;est pas acquis d&rsquo;avance.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">On peut aussi situer la motivation comme une intention de faire qui est reli\u00e9e \u00e0 une activation, une dynamisation psychologique, une \u00e9nergie potentielle, pr\u00eate \u00e0 \u00eatre mise en \u0153uvre ou \u00e0 \u00eatre d\u00e9ploy\u00e9e, mais qui peut aussi ne pas l&rsquo;\u00eatre si l&rsquo;activit\u00e9 ne correspond pas aux attentes et aux souhaits. Cela d\u00e9pend donc de la valeur attribu\u00e9e au travail ou plus g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 en vue (qui peut \u00eatre r\u00e9alis\u00e9e hors contrat de travail). On peut traiter dans ce sens aussi bien des questions d&rsquo;orientation professionnelle (Forner, 2007), de l&rsquo;intention d&rsquo;entreprendre (Odoardi, sous presse) ou de la motivation \u00e0 la formation (Battistelli, Lemoine et Odoardi, 2007).<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\"><a id=\"4\" name=\"4\"><\/a>4. REVOIR LA NOTION DE MOTIVATION EN RELATION AVEC LA VALEUR DONN\u00c9E AU TRAVAIL ET \u00c0 L&rsquo;ACTIVIT\u00c9<\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s avoir pass\u00e9 en revue les notions qui laissent facilement penser que la motivation au travail vient de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat, du besoin ou de l&rsquo;influence ext\u00e9rieure assur\u00e9e par des r\u00e9compenses ou des punitions, comme cela revient au go\u00fbt du jour, et apr\u00e8s avoir d\u00e9couvert que les repr\u00e9sentations courantes ne correspondaient pas \u00e0 ces notions, du moins chez des jeunes, il reste \u00e0 en tirer parti et \u00e0 se tourner vers d&rsquo;autres notions plus \u00e9labor\u00e9es pour mieux comprendre le d\u00e9veloppement et le maintien de l&rsquo;activit\u00e9, notamment dans le travail. Une image peut servir d&rsquo;amorce \u00e0 la r\u00e9flexion : celle d&rsquo;un observateur sur un pont regardant les flots de voitures essayant d&rsquo;arriver quelque part malgr\u00e9 les embouteillages, tant\u00f4t pour aller travailler, tant\u00f4t pour aller en vacances.<br \/>\nQuatre processus, qui renvoient aux r\u00e9sultats ci-dessus, peuvent \u00eatre appel\u00e9s pour rendre compte d&rsquo;une notion de motivation revue et repens\u00e9e en fonction de son lien \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 des personnes.<\/p>\n<p class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><strong>Une motivation \u00e0 g\u00e9om\u00e9trie variable : motiv\u00e9 et non motiv\u00e9<\/strong><\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">La motivation varie selon les activit\u00e9s, selon les objets et selon les cultures. Ainsi un travail peutil \u00eatre source de motivation comme source de non-motivation, et il en est de m\u00eame d&rsquo;une activit\u00e9 qui n&rsquo;est pas un travail. Par exemple, le sport est pour certains une activit\u00e9 souhait\u00e9e et d\u00e9sir\u00e9e, donc motivante, alors que pour d&rsquo;autres il n&rsquo;est ni recherch\u00e9, ni demand\u00e9, et se place parmi les activit\u00e9s pour lesquelles on n&rsquo;est pas motiv\u00e9. Il en est de m\u00eame des \u00e9tudes et du travail qui sont per\u00e7us tant\u00f4t positivement, notamment en relation avec les projets d&rsquo;avenir, tant\u00f4t n\u00e9gativement, quand ils sont associ\u00e9s \u00e0 une activit\u00e9 d\u00e9sagr\u00e9able comme les r\u00e9visions. Cette configuration est susceptible de varier selon le contexte social, le travail pouvant \u00eatre plus ou moins central selon les r\u00e9f\u00e9rences culturelles existantes. Une m\u00eame activit\u00e9 peut ainsi \u00eatre motivante ou non motivante et pour le travail, cela d\u00e9pend de la valeur et de la place qui lui est accord\u00e9e.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Cela signifie aussi qu&rsquo;une m\u00eame personne peut \u00eatre motiv\u00e9e pour une activit\u00e9 et non motiv\u00e9e pour une autre. Elle n&rsquo;est donc pas motiv\u00e9e en soi. Il en ressort qu&rsquo;il est pr\u00e9f\u00e9rable d&rsquo;\u00e9viter de lier motivation et personnalit\u00e9 prise au sens d&rsquo;un \u00e9tat permanent, et ainsi de sortir d&rsquo;un st\u00e9r\u00e9otype bien ancr\u00e9. Cela induit enfin que l&rsquo;activit\u00e9 peut \u00eatre r\u00e9alis\u00e9e sans \u00eatre associ\u00e9e \u00e0 une motivation, ce qui renvoie au cas d&rsquo;amotivation (Deci et Ryan, 2000), m\u00eame si le souhait de la r\u00e9aliser \u00e9l\u00e8ve le niveau d&rsquo;activit\u00e9. Mais dans ce cas, il vaut mieux parler de d\u00e9cision ou de d\u00e9termination plut\u00f4t que de motivation.<\/p>\n<p class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><strong>Une motivation comme source d&rsquo;\u00e9nergie<\/strong><\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">La motivation peut \u00eatre vue comme une source d&rsquo;\u00e9nergie potentielle, plus ou moins disponible ou mobilisable. Cependant, on reste ici avec un mod\u00e8le physique, m\u00e9canique, et il faut se demander qui l&rsquo;active. Ce peut \u00eatre le sujet lui-m\u00eame ou une source ext\u00e9rieure. Dans ce dernier cas, on en revient \u00e0 l&rsquo;ancien mod\u00e8le de l&rsquo;influence par activation, aux origines de la psychologie sociale (Triplett, 1897), selon lequel un individu augmente sa performance en pr\u00e9sence d&rsquo;autrui, m\u00eame si, dans d&rsquo;autres cas, l&rsquo;\u00e9valuation et l&rsquo;observation peuvent inhiber les conduites (Zajonc, 1967, Lemoine, 1994). Il faut se rappeler ici que l&rsquo;activit\u00e9 fait partie des conduites habituelles acquises d\u00e8s le plus jeune \u00e2ge, la motivation ne la cr\u00e9ant pas, mais pouvant l&rsquo;infl\u00e9chir quelque peu selon sa pr\u00e9sence ou son absence et selon son intensit\u00e9.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Sur le plan psychologique, il en ressort que l&rsquo;activit\u00e9 humaine est \u00e9minemment modulable, qu&rsquo;elle peut s&rsquo;annuler ou au contraire se d\u00e9cupler, bien que de fa\u00e7on limit\u00e9e et avec des retomb\u00e9es dans le temps (par ex. en terme de r\u00e9cup\u00e9ration). Toutefois, ce mod\u00e8le centr\u00e9 sur le r\u00e9sultat n&rsquo;indique ni les multiples facteurs ext\u00e9rieurs ou internes qui interviennent, ni les processus qui l&rsquo;expliquent. Mais on retiendra que la motivation est vue ici comme un ph\u00e9nom\u00e8ne fluctuant, non continu et de dur\u00e9e limit\u00e9e, qui peut augmenter temporairement un niveau d&rsquo;activit\u00e9 \u00e0 la marge, sauf \u00e0 le r\u00e9duire quand la tension est d\u00e9j\u00e0 maximale, comme cela arrive dans des comp\u00e9titions sportives. Ce mod\u00e8le convient donc peu \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 travail qui s&rsquo;\u00e9tend dans le temps et se doit d&rsquo;\u00eatre r\u00e9guli\u00e8re. Il ne r\u00e9pond pas non plus \u00e0 une d\u00e9termination de longue haleine, capable de surmonter beaucoup de difficult\u00e9s, comme on peut la rencontrer chez des personnes en mobilit\u00e9 sociale, culturelle ou g\u00e9ographique, et qui peut m\u00eame s&rsquo;\u00e9tendre sur plusieurs g\u00e9n\u00e9rations. Cette \u00e9nergie ne peut trouver sa source que dans un projet \u00e9labor\u00e9 dans la perspective d&rsquo;un r\u00e9sultat recherch\u00e9, voulu et attendu.<\/p>\n<p class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><strong>Une motivation par recherche d&rsquo;un objectif valoris\u00e9<\/strong><\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Le niveau d&rsquo;activit\u00e9 est fonction de l&rsquo;objectif \u00e0 atteindre, de la proximit\u00e9 du but, et partant du fait d&rsquo;avoir un but pr\u00e9cis \u00e0 poursuivre. Et avoir un projet devient \u00e0 son tour source de motivation. \u00c0 ce titre l&rsquo;effet de but est bien connu, mais il suppose ces conditions r\u00e9unies et reste limit\u00e9 dans le temps : un but per\u00e7u comme trop \u00e9loign\u00e9, trop impr\u00e9cis ou trop difficile \u00e0 atteindre r\u00e9duit ou annule l&rsquo;activit\u00e9. La notion de projet peut suivre ces m\u00eames processus. Dans cette p\u00e9riode o\u00f9 les projets se multiplient, tant sur le plan des bilans de comp\u00e9tences que dans le fonctionnement des administrations, il n&rsquo;est pas inutile de se le rappeler. L\u00e0 encore un projet peut \u00eatre motivant, s&rsquo;il canalise les \u00e9nergies, mais il doit aussi pouvoir \u00eatre atteint et permettre la r\u00e9ussite. \u00c0 d\u00e9faut, on se retrouve \u00e0 nouveau dans la configuration du stimulus n\u00e9gatif qui g\u00e8le toute activit\u00e9. Il est utile de le savoir quand les cr\u00e9dits d\u00e9pendent de plus en plus des projets retenus : que deviennent ceux qui ne le sont pas et qui, normalement, se trouvent mis en \u00e9chec ? Facilite-t-on par l\u00e0 l&rsquo;innovation et la cr\u00e9ativit\u00e9 ou limite-t-on les potentialit\u00e9s ? On aborde ici le revers des th\u00e8ses de Bandura (2003) qui ne suscitent le succ\u00e8s que si l&rsquo;on y croit : mais que se passe-t-il quand l&rsquo;on n&rsquo;y arrive pas, quand on ne peut r\u00e9aliser le projet ou qu&rsquo;il est rejet\u00e9 ? On n&rsquo;est finalement pas vraiment sorti de la logique du conditionnement, tout au plus int\u00e9rioris\u00e9. Le projet, merveilleux, dopant de l&rsquo;activit\u00e9, peut aussi devenir une tyrannie (Botteman, 1997) et une source d&rsquo;antimotivation (notion inusit\u00e9e).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Il faut ici se demander qui veut d\u00e9cupler l&rsquo;activit\u00e9 ou le travail, et dans quels buts ? Cela est sans doute \u00e0 relier \u00e0 l&rsquo;image positive ou n\u00e9gative associ\u00e9e aux objectifs vis\u00e9s. Ceux-ci sont-ils valoris\u00e9s ou non socialement ? Attractifs ou non ? La question conduit \u00e0 la valeur donn\u00e9e \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9, ce qui se traduit en terme de culture du travail, de norme sociale soutenant le sentiment de valeur (cf. Paill\u00e9, 2002), d&rsquo;utilit\u00e9 sociale per\u00e7ue, de r\u00f4le jou\u00e9 socialement, et finalement d&rsquo;attractivit\u00e9 du projet, de l&rsquo;objectif, et du travail \u00e0 r\u00e9aliser. \u00c0 nouveau l&rsquo;activit\u00e9 du sujet ne peut \u00eatre ind\u00e9pendante de son milieu, de son environnement porteur ou non, de la valeur culturelle qui est donn\u00e9e et per\u00e7ue comme telle. C&rsquo;est peut-\u00eatre ce qui est cach\u00e9 derri\u00e8re l&rsquo;id\u00e9e de go\u00fbt, d&rsquo;envie, de demande, mais qui n&rsquo;est pas trait\u00e9 de m\u00eame selon le c\u00f4t\u00e9 o\u00f9 l&rsquo;on se trouve : pour les uns un travail peut \u00eatre attractif, tandis que pour les autres il sera une contrainte (Bernaud et Lemoine, 2007, p. 435). De m\u00eame, un achat souhait\u00e9 chez un consommateur pourra \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme l&rsquo;effet d&rsquo;une influence commerciale du c\u00f4t\u00e9 vendeur. Mais dans les deux cas et pour chacun des p\u00f4les, le r\u00e9sultat peut \u00eatre vu comme le fruit d&rsquo;une intention en fonction d&rsquo;une finalit\u00e9, m\u00eame si elle est diff\u00e9rente. Ce qu&rsquo;on appelle motivation ne peut plus se d\u00e9finir seulement en termes d&rsquo;influence ou de manipulation, mais fait appel \u00e0 une d\u00e9marche construite en fonction d&rsquo;un objectif recherch\u00e9 par le sujet lui-m\u00eame qui ainsi \u00ab\u00a0\u00a0se motive\u00a0\u00bb. Et la notion m\u00eame de manipulation suppose l&rsquo;existence d&rsquo;un manipulateur (parfois exp\u00e9rimentateur) qui a bien une intention d&rsquo;influencer autrui et d&rsquo;en obtenir quelque chose, une conduite, un achat ou une soumission.<\/p>\n<p class=\"s-titre\"><strong>Une motivation par auto-emprise induite : s&rsquo;impliquer dans le travail et se l&rsquo;approprier<\/strong><\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">La d\u00e9marche scientifique \u00e9vite de revenir \u00e0 la question philosophique de la volont\u00e9 avec ses formules morales d&rsquo;effort, de courage, de pers\u00e9v\u00e9rance, et avec leur transcription dans le langage courant par les termes d&rsquo;ardeur, de vigueur et par leurs contraires la nonchalance, la mollesse, la paresse, l&rsquo;indolence, l&rsquo;inertie, la faiblesse. Mais elle ne sait pas non plus traiter des probl\u00e8mes de l&rsquo;intention et rejette l&rsquo;image du self made man qui \u00ab\u00a0\u00a0en veut\u00a0\u00bb et a voulu r\u00e9ussir ou celle du vaincu qui veut \u00ab\u00a0\u00a0relever le gant\u00a0\u00bb, prendre une revanche ou prouver sa capacit\u00e9, pour lui ou pour les autres. Avec l&rsquo;id\u00e9e de motivation elle ne peut \u00e9chapper \u00e0 reconsid\u00e9rer le mod\u00e8le du sujet humain \u00e9tudi\u00e9 : celui-ci n&rsquo;est pas seulement un objet r\u00e9actif, influen\u00e7able, manipulable, mais aussi quelqu&rsquo;un capable d&rsquo;intervenir sur soi, de d\u00e9cider une action, de se prendre en charge et d&rsquo;\u00eatre d\u00e9termin\u00e9 \u00e0 r\u00e9aliser une activit\u00e9. C&rsquo;est bien l&rsquo;un des buts principaux du conseil en orientation professionnelle que de permettre \u00e0 des jeunes de passer d&rsquo;un \u00e9tat d&rsquo;ind\u00e9cision de carri\u00e8re \u00e0 une dynamique de choix actif (Forner, 2007). Avec cette possibilit\u00e9 d&rsquo;intervenir sur soi, et celle de d\u00e9couvrir de nouvelles informations sur soi, la motivation d\u00e9bouche sur de nouveaux horizons conceptuels, ceux de l&rsquo;implication, de l&rsquo;autor\u00e9gulation et de l&rsquo;autoemprise, et prend une nouvelle dimension, car elle se fonde sur l&rsquo;orientation forte de la personne qui est de se g\u00e9rer, de se d\u00e9velopper et de s&rsquo;approprier son activit\u00e9.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;autor\u00e9gulation suppose en effet une action du sujet sur lui-m\u00eame pour \u00e9quilibrer des facteurs contraires. D\u00e9velopp\u00e9e notamment \u00e0 partir des recherches sur l&rsquo;analyse et l&rsquo;observation de soi par autrui (Lemoine, 1994), cette notion appara\u00eet chez Deci et Ryan (2000) pour traiter de la motivation intrins\u00e8que. Dans les deux cas, c&rsquo;est la place du sujet qui est mise en avant, celui-ci d\u00e9terminant par lui-m\u00eame sa conduite ou son niveau de motivation interne, m\u00eame si souvent la r\u00e9gulation peut venir d&rsquo;une r\u00e9action \u00e0 une emprise ext\u00e9rieure ou d&rsquo;une cause externe (pour la motivation extrins\u00e8que). Il faut ici rappeler la distinction que ces auteurs font entre la motivation intrins\u00e8que et l&rsquo;introjection d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 (Deci et Ryan, op.cit.), et entre l&rsquo;autocensure et l&rsquo;auto-emprise de l&rsquo;autre (Lemoine, 2007, p 281). \u00ab\u00a0\u00a0L&rsquo;auto-censure, acquise par int\u00e9riorisation de normes ext\u00e9rieures, (\u2026) forme de soumission, (\u2026) rel\u00e8ve d&rsquo;une activit\u00e9 \u00e0 la fois d&rsquo;anticipation et d&rsquo;\u00e9vitement qui ent\u00e9rine l&rsquo;autorit\u00e9 en place tout en cherchant \u00e0 ne pas l&rsquo;affronter\u00a0\u00bb, tandis qu&rsquo;avec l&rsquo;auto-emprise par analyse, il est possible de subir sans se soumettre. \u00ab\u00a0\u00a0Dans ce cas la surveillance externe suscite une auto-attention qui focalise le sujet sur sa conduite et la rend plus consciente\u2026 Il peut alors essayer de ma\u00eetriser davantage la situation en r\u00e9gulant sa conduite\u00a0\u00bb. La motivation vient alors de l&rsquo;implication dans son activit\u00e9 et de l&rsquo;appropriation de son travail.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">On remarque que ces op\u00e9rations, impliquantes pour le sujet, n&rsquo;ont rien d&rsquo;automatique ni d&rsquo;acquis d&rsquo;avance. Il ne s&rsquo;agit donc pas d&rsquo;opposer de fa\u00e7on binaire et r\u00e9ductrice une d\u00e9termination par l&rsquo;ext\u00e9rieur (motivation externe) \u00e0 une autonomie ou une libert\u00e9 qui serait pr\u00e9existante. Goguelin (1992), Goguelin et Mitrani (1994) montrent la n\u00e9cessit\u00e9 de se former pour passer de \u00ab\u00a0\u00a0l&rsquo;acteur\u00a0\u00bb qui remplit un r\u00f4le comme ex\u00e9cutant \u00e0 \u00ab\u00a0\u00a0l&rsquo;auteur\u00a0\u00bb qui d\u00e9cide par lui-m\u00eame et apprend ainsi \u00e0 passer \u00e0 la concertation et au management participatif. Dans le m\u00eame sens, l&rsquo;auto-emprise par analyse s&rsquo;apprend et demande des conditions sociales favorables pour \u00e9merger, comme on l&rsquo;a \u00e9tudi\u00e9 et transpos\u00e9 dans les bilans de comp\u00e9tences (Lemoine, 2005). L\u00e0, le sujet, en analysant et rep\u00e9rant ses comp\u00e9tences, en se les appropriant et en \u00e9laborant son projet, augmente sa capacit\u00e9 \u00e0 intervenir sur soi, \u00e0 se d\u00e9cider et \u00e0 assurer davantage le gouvernement de soi. On est loin \u00e0 la fois d&rsquo;une soumission \u00e0 la seule causalit\u00e9 ext\u00e9rieure (ch\u00e8re aux scientistes) et d&rsquo;un effet d&rsquo;auto-suggestion qui renvoie \u00e0 la m\u00e9thode Cou\u00e9, forme d&rsquo;autopersuasion, assez peu \u00e9loign\u00e9e de la fa\u00e7on d&rsquo;obtenir une image positive de soi \u00e0 partir du sentiment d&rsquo;efficacit\u00e9 personnelle, sentiment qui d\u00e9pend en fait surtout de l&rsquo;\u00e9valuation favorable d&rsquo;autrui (Bandura, 2003).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Ces distinctions indiquent qu&rsquo;il existe plusieurs formes possibles d&rsquo;intervention sur soi, qui ne produisent pas les m\u00eames effets mais qui toutes font appel \u00e0 une autonomie limit\u00e9e (cf. Crozier, 1963) et modulable. On trouve sans doute ici les fondements d&rsquo;une motivation red\u00e9finie qui s&rsquo;appuie sur les notions d&rsquo;appropriation, d&rsquo;autonomie et de capacit\u00e9 d&rsquo;autor\u00e9gulation, notions qui vont de pair avec une implication importante du sujet puisqu&rsquo;il se trouve au centre des op\u00e9rations qu&rsquo;il anime. Cela ne signifie nullement que les interactions sociales n&rsquo;interviennent pas puisque, on l&rsquo;a vu, elles favorisent ou d\u00e9favorisent l&rsquo;\u00e9mergence m\u00eame de ces processus, mais cela situe la motivation dans des processus qui int\u00e9ressent directement le sujet humain dans ses activit\u00e9s, et qui renvoient \u00e0 des variables intrins\u00e8ques (Herzberg, 1966), sans n\u00e9cessit\u00e9 de passer par le besoin ou les traits de personnalit\u00e9, comme la r\u00e9alisation de ses comp\u00e9tences, l&rsquo;autonomie, l&rsquo;activit\u00e9 int\u00e9ressante ou les initiatives (Lemoine et Bouton, 2003). Ces facteurs sont reli\u00e9s \u00e0 la valeur donn\u00e9e au travail par les autres et par soi-m\u00eame et se retrouvent dans l&rsquo;implication au travail et parfois dans l&rsquo;engagement envers l&rsquo;organisation qui les soutient.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: left;\"><a id=\"5\" name=\"5\"><\/a>5. CONCLUSION : LA MOTIVATION, NOTION GALVAUD\u00c9E OU NOUVELLES PERSPECTIVES ?<\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">\u00c0 partir des conceptions classiques de la notion de motivation qui font appel \u00e0 l&rsquo;int\u00e9r\u00eat, aux besoins et finalement \u00e0 l&rsquo;influence exerc\u00e9e pour intervenir sur autrui et le faire travailler plus, plusieurs r\u00e9flexions critiques ont permis de rep\u00e9rer les limites et les incoh\u00e9rences du syst\u00e8me de repr\u00e9sentation de la motivation en lien automatique avec une augmentation du travail ou de l&rsquo;activit\u00e9. La motivation ne peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e ni comme un trait de personnalit\u00e9 qui existerait en soi, ni comme une source d&rsquo;explication de tout comportement, ce qui conduirait \u00e0 ce qu&rsquo;il ne peut y avoir d&rsquo;activit\u00e9 sans motivation. On retrouve ici une tautologie d\u00e9j\u00e0 utilis\u00e9e avec la notion de stimulus : comme un stimulus est ce qui provoque la r\u00e9ponse, tout ce qui ne provoque pas de r\u00e9ponse n&rsquo;est pas un stimulus. Il est donc n\u00e9cessaire de red\u00e9finir la motivation, de limiter son extension, d&rsquo;observer qu&rsquo;il existe des facteurs de d\u00e9motivation, voire d&rsquo;antimotivation, y compris les primes qui peuvent en fait d\u00e9cevoir et cr\u00e9er un syst\u00e8me d&rsquo;injonctions qui d\u00e9t\u00e9riore finalement l&rsquo;activit\u00e9 et le sens donn\u00e9 au travail.<br \/>\nL&rsquo;enqu\u00eate par encha\u00eenement d&rsquo;id\u00e9es r\u00e9alis\u00e9e aupr\u00e8s de jeunes Fran\u00e7ais a montr\u00e9 \u00e0 la fois la centration sur l&rsquo;individu et la variabilit\u00e9 de la motivation en fonction des facteurs de la situation per\u00e7ue. De l\u00e0, il a \u00e9t\u00e9 possible de mettre en avant des dimensions sur lesquelles repose l&rsquo;activit\u00e9 de travail et son maintien dans le temps. Parmi celles-ci on a d\u00e9velopp\u00e9 en particulier le soutien possible \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 \u00e0 partir d&rsquo;un projet, d&rsquo;une perspective ou d&rsquo;un objectif pris en charge par le sujet, l&rsquo;importance de la valeur donn\u00e9e \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 ou au travail, et le c\u00f4t\u00e9 central de l&rsquo;implication personnelle qui est en relation avec le sentiment d&rsquo;appropriation, l&rsquo;autonomie, et la possibilit\u00e9 de se gouverner davantage soi-m\u00eame, dimensions qui contribuent \u00e0 la r\u00e9alisation de soi. Il en ressort que le travail r\u00e9alis\u00e9 n&rsquo;est pas seulement fonction d&rsquo;incitations ext\u00e9rieures comme la r\u00e9mun\u00e9ration, ni m\u00eame des seules conditions de travail, mais qu&rsquo;il d\u00e9pend de la valeur qu&rsquo;on lui attribue notamment dans la relation qu&rsquo;il entretient avec le d\u00e9veloppement personnel. On peut donc travailler sans motivation au sens d&rsquo;un besoin ou d&rsquo;un int\u00e9r\u00eat extrins\u00e8que, mais non sans une dynamique interne, image et soutien \u00e0 la fois de la structuration personnelle par appropriation de son travail.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><a id=\"auteur\" name=\"auteur\"><\/a>Auteur<\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\"><strong>Claude Lemoine <\/strong>est professeur de psychologie (sociale et du travail) \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 Lille 3, Laboratoire PSITEC (Psychologie, Interactions, Temps, \u00c9motions, Cognitions) EA 4072, \u00e9quipe Id\u00e9SH (Interactions, d\u00e9cision, \u00e9valuation dans les syst\u00e8mes humains). Il est responsable du Master SHS Psychologie, sp\u00e9cialit\u00e9 Psychologie du travail et des organisations (3 options). Il est pr\u00e9sident de l&rsquo;AIPTLF, Association internationale de psychologie du travail de langue fran\u00e7aise, et directeur \u00e9ditorial de la revue \u00ab\u00a0\u00a0Psychologie du travail et des organisations\u00a0\u00bb. Courriel : claude.lemoine@univ-lille3.fr<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Universit\u00e9 Lille 3, UFR Psychologie, BP 60149, F 59653 Villeneuve d&rsquo;Ascq cedex<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><span class=\"s-titre\"><a id=\"abstract\" name=\"abstract\"><\/a>Abstract<\/span><\/h3>\n<p class=\"resume\" style=\"text-align: justify;\">Under the heading challenging question, we review the classical meanings of motivation, such as interest, needs and influence, which are found in usual representations and induce confusions. With an extensive definition, every thing becomes motivation and it is impossible to get out from the notion which explains all behaviours. The objective is to revise conceptions where motivation is founded on the one hand, on internal explanations as needs or interests, and on the other, on external sources of influence, which may be even indirect, insidious and without perceived pressures. An enquiry involving free associations, carried out on young french people from grammar school to bachelor&rsquo;s degree, shows the importance given to the individuals and to their activities according to the place where they evolve. Henceforth, some new perspectives are taking shape relating to expected goals, work values, involvement and the possibilities of intervening on oneself, with an appropriation of one&rsquo;s work.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">ALDERFER, C.P. (1972). <em>Existence, relatedness and growth<\/em>. New York : Free Press.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">BANDURA, A. (2003).<em> Auto-efficacit\u00e9. Le sentiment d&rsquo;efficacit\u00e9 personnell<\/em>e. Bruxelles : De Boeck.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">BATTISTELLI, A., LEMOINE, C. et ODOARDI, C. (2007). La motivation \u00e0 la formation : le r\u00f4le des objectifs personnels. <em>Psychologie du travail et des organisations,<\/em> vol. 13, n\u00b0 3, p. 3-20.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">BERNAUD, J-L. et LEMOINE, C. (2007).<em> Trait\u00e9 de psychologie du travail et des organisations<\/em>. Paris : Dunod<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">BERNAUD, J.L., DUPONT, J.B., PRIOU, P. et VRIGNAUD, P. (1994). Les questionnaires d&rsquo;int\u00e9r\u00eats professionnels. <em>Psychologie et psychom\u00e9trie<\/em>. N\u00ba hors s\u00e9rie.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">BOTTEMAN, A. (1997). La dictature du projet. <em>Carri\u00e9rologie<\/em>, vol. 6, n\u00ba 3-4, p. 5-6. CROZIER, M. (1963). 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Normativit\u00e9 sociale de la motivation intrins\u00e8que au travail. Dans : Salengros, P., Balikdjian., A., Lemoine, C. et Kridis, N. (Eds), <em>Valeurs du travail, normativit\u00e9 et recrutement.<\/em> Paris : L&rsquo;Harmattan (sous presse).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">FRANCOIS, P.H. (1998). Bilan de comp\u00e9tences et motivation : pour l&rsquo;utilisation de la th\u00e9orie expectation \/ valence en bilan, perspectives d&rsquo;applications et de recherches.<em> Revue europ\u00e9enne de psychologie appliqu\u00e9e<\/em>, vol. 48, n\u00ba 4, p. 275-283.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">GOGUELIN, P. (1992). Auteur et acteur, deux conceptions clef du management, outil de diagnostic du degr\u00e9 de participation dans les entreprises. Dans : Lemoine, C. (Ed.), <em>Evaluation et innovation dans les organisations<\/em>. 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