{"id":6846,"date":"2008-02-04T17:49:33","date_gmt":"2008-02-04T16:49:33","guid":{"rendered":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/?p=6846"},"modified":"2016-02-04T18:40:23","modified_gmt":"2016-02-04T17:40:23","slug":"recensions-6","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/2008\/recensions-6\/","title":{"rendered":"Recensions"},"content":{"rendered":"<p class=\"lien-1\"><a class=\"lien-1\" style=\"text-decoration: none; font-weight: bold;\" href=\"#bridges\">William Bridges (2006). Transitions de vie Comment s&rsquo;adapter aux tournants de notre existence<\/a><a class=\"lien-1\" href=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2008\/02\/Volume11_3-4_673_recensions.pdf\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright wp-image-6682 size-full\" src=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/PDF.png\" alt=\"PDF\" width=\"50\" height=\"50\" \/><\/a><\/p>\n<p class=\"lien-1\"><a class=\"lien-1\" style=\"text-decoration: none; font-weight: bold;\" href=\"#michaud\">Guylaine Michaud, Patricia Dionne et Ginette Beaulieu (2006). Le bilan de comp\u00e9tences. Regards crois\u00e9s entre la th\u00e9orie et la pratique<\/a><\/p>\n<p class=\"lien-1\"><a class=\"lien-1\" style=\"text-decoration: none; font-weight: bold;\" href=\"#heslon\">Christian Heslon (2007). Petite psychologie de l&rsquo;anniversaire <\/a><\/p>\n<p class=\"lien-1\"><a class=\"lien-1\" style=\"text-decoration: none; font-weight: bold;\" href=\"#negroni\">Catherine N\u00e9groni (2007). Reconversion professionnelle volontaire. Changer d&#8217;emploi, changer de vie. Un regard sociologique sur les bifurcations <\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-6853 size-full\" src=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2008\/02\/Volume11_3-4_LIVRE_bridges.jpg\" alt=\"Volume11_3-4_LIVRE_bridges\" width=\"250\" height=\"386\" srcset=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2008\/02\/Volume11_3-4_LIVRE_bridges.jpg 250w, https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2008\/02\/Volume11_3-4_LIVRE_bridges-194x300.jpg 194w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\"><a id=\"bridges\" name=\"bridges\"><\/a><b class=\"titre\">William Bridges<br \/>\n<\/b><em>Transitions de vie. Comment s&rsquo;adapter aux tournants<br \/>\nde notre existence<\/em> (trad. Myriam Shalak)<br \/>\nParis : Inter\u00c9ditions-Dunod, 2006<br \/>\n192 pages, ISBN : 2-10-049691-3<br \/>\n43,95$<\/p>\n<p><u>www.dunod.com<\/u><br \/>\n<u>www.intereditions.co<\/u><\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;ouvrage de William Bridges est d\u00e9j\u00e0 bien connu par les lectrices et les lecteurs s&rsquo;int\u00e9ressant aux transitions et en mesure de lire l&rsquo;anglais. En effet, la premi\u00e8re \u00e9dition de ce livre a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e en 1979 et l&rsquo;auteur affirme que \u00ab\u00a0cet ouvrage a fait prendre conscience \u00e0 des centaines de milliers de personnes qu&rsquo;elles avaient du mal \u00e0 g\u00e9rer leurs transitions\u00a0\u00bb (p. 4). La version fran\u00e7aise de 2006 est une traduction d&rsquo;une r\u00e9\u00e9dition de 2004, Transitions : <em>Making sense of life&rsquo;s changes<\/em>, publi\u00e9 aux \u00c9tats-Unis par Lifelong Books.<\/p>\n<p class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;origine, le contexte et le public de l&rsquo;ouvrage<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Ce livre t\u00e9moigne du processus d&rsquo;apprivoisement et de compr\u00e9hension des transitions par un auteur qui associe le point de d\u00e9part de ce processus \u00e0 de \u00ab\u00a0difficiles changements, tant dans ma situation concr\u00e8te que dans mon \u00e9tat psychologique\u00a0\u00bb (p. 11), au cours de sa quarantaine. Dans une approche typique de certaines formes d&rsquo;\u00e9ducation non formelle (B\u00e9lisle, 2004) et d&rsquo;apprentissage avec des pairs des ann\u00e9es 1970, l&rsquo;homme qui vient alors de quitter le monde de l&rsquo;enseignement et qui change radicalement de mode de vie en s&rsquo;installant \u00e0 la campagne avec sa famille, initie un s\u00e9minaire sur le th\u00e8me <em>\u00catre en transition<\/em>. Il suppose alors qu&rsquo;au sein de ce s\u00e9minaire, pens\u00e9 pour d&rsquo;autres n\u00e9o-ruraux, \u00ab\u00a0nous pourrions, tous ensemble, mieux ma\u00eetriser cette difficile transition\u00a0\u00bb (p. 12). Ce s\u00e9minaire allait poser les premiers jalons d&rsquo;un travail it\u00e9ratif sur les transitions de vie o\u00f9 conf\u00e9rences, ateliers, lecture, \u00e9criture, nouveaux changements et passage des ann\u00e9es se f\u00e9condent mutuellement. Ainsi, \u00e0 son propre t\u00e9moignage, \u00e0 ceux qu&rsquo;il suscite chez les autres et qu&rsquo;ils partagent avec lui et auxquels l&rsquo;auteur puise abondamment, William Bridges int\u00e8gre \u00e0 son propos quelques lectures cibl\u00e9es, dont celles de Mircea Eliade (1907-1986, mythologue et philosophe prolifique, auteur notamment de <em>Le Sacr\u00e9 et le Profane<\/em>), d&rsquo;Erik Erikson (1902-1994, psychanalyste, auteur d&rsquo;une populaire th\u00e9orie du d\u00e9veloppement psychosocial par stades successifs) et d&rsquo;Elisabeth K\u00fcbler-Ross (1926-2004, psychiatre, bien connue pour son identification des \u00e9tapes du deuil).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Le public de William Bridges n&rsquo;est pas d&rsquo;abord celui des universitaires qui \u00e9tudient les ph\u00e9nom\u00e8nes transitionnels contemporains, ni celui des praticiennes et praticiens qui soutiennent les transitions. Son public est compos\u00e9 de personnes faisant face \u00e0 des changements importants et qu&rsquo;il interpelle parfois directement : \u00ab\u00a0Comment surmonter cette difficult\u00e9 et tracer votre avenir \u00e0 la lumi\u00e8re de vos envies r\u00e9elles? En comprenant par quels biais vous refoulez habituellement vos envies et en perdant cette habitude.\u00a0\u00bb (p. 138) Quelques exercices sont propos\u00e9s ici et l\u00e0 dans le livre pour soutenir r\u00e9flexion et prise de conscience. Il s&rsquo;agit donc d&rsquo;un livre potentiellement int\u00e9ressant \u00e0 sugg\u00e9rer \u00e0 des personnes qui consultent les sp\u00e9cialistes de l&rsquo;orientation ou du d\u00e9veloppement de carri\u00e8re. Par ailleurs, le style peut agacer par ces interpellations directes avec un \u00ab\u00a0vous\u00a0\u00bb ou un \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb inclusifs qui ne laissent pas de place \u00e0 l&rsquo;univers de r\u00e9f\u00e9rence de chaque lectrice et de chaque lecteur. Ce style, courant en psychologie populaire, force le rapprochement et la participation dans la logique de l&rsquo;auteur sans que le processus d&rsquo;adh\u00e9sion ait pu prendre place.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Comme c&rsquo;est le cas dans de nombreux textes prescriptifs ou r\u00e9flexifs de sp\u00e9cialistes de la relation d&rsquo;aide, dont certains tr\u00e8s c\u00e9l\u00e8bres, la lectrice ou le lecteur n&rsquo;est pas inform\u00e9 du protocole mobilis\u00e9 pour recueillir les t\u00e9moignages sur les histoires des uns et des autres et, notamment, si les participantes et participants aux s\u00e9minaires ont \u00e9t\u00e9 inform\u00e9s que l&rsquo;animateur-auteur pourrait puiser dans leur t\u00e9moignage pour soutenir l&rsquo;\u00e9dification de son propos et en publier certains extraits<sup>1<\/sup>. Les apprentis chercheurs doivent donc utiliser avec beaucoup de prudence un type d&rsquo;ouvrage comme celui-ci. Par ailleurs, pour les personnes qui font de la recherche sur les transitions, il semble important de conna\u00eetre les grandes lignes de l&rsquo;ouvrage puisque, en Am\u00e9rique du Nord, William Bridges a fait un travail de d\u00e9frichage significatif.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">William Bridges termine son introduction en parlant du r\u00eave d&rsquo;une nouvelle profession fond\u00e9e sur la pratique de la ma\u00efeutique, qui est devenue en quelque sorte son propre domaine d&rsquo;intervention professionnelle. L&rsquo;exposition de ce r\u00eave \u00e0 ses lectrices et lecteurs peut illustrer comment ce livre reste profond\u00e9ment attach\u00e9 \u00e0 l&rsquo;histoire de son auteur et comporte une faible dimension collective ou sociale, ce qui est aussi caract\u00e9ristique de la posture adopt\u00e9e pour comprendre les transitions. Ainsi, l&rsquo;auteur laisse supposer qu&rsquo;il n&rsquo;existe pas dans les soci\u00e9t\u00e9s occidentales de sp\u00e9cialistes qui sont en mesure d&rsquo;accompagner les transitions. Compte tenu de la multiplication des bouleversements dans la soci\u00e9t\u00e9 contemporaine (Bourdon, 2006) et des demandes d&rsquo;aide pour mieux y faire face, on peut penser que ces sp\u00e9cialistes existent d\u00e9j\u00e0, notamment ceux de l&rsquo;orientation et du d\u00e9veloppement de carri\u00e8re. Le livre de William Bridges, bien qu&rsquo;il ne s&rsquo;adresse pas directement \u00e0 eux, peut les aider \u00e0 penser les transitions, s&rsquo;ils sont \u00e0 l&rsquo;aise de le faire d&rsquo;une posture aux relents essentialistes (naturalisation de certains ph\u00e9nom\u00e8nes culturels et structuraux), relativement lin\u00e9aire et centr\u00e9e sur l&rsquo;individu confront\u00e9 \u00e0 des changements. Ils ne doivent pas non plus attendre un \u00ab\u00a0mod\u00e8le unique applicable \u00e0 tous les adultes\u00a0\u00bb (p. 26), ce mod\u00e8le unique \u00e9tant impossible \u00ab\u00a0dans une culture aussi empreinte de diversit\u00e9 que la n\u00f4tre\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>.).<\/p>\n<p class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\">Trois phases : une fin, un milieu et un d\u00e9but<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Bien que les exemples divers fassent parfois effet de brouillage et que, \u00e0 l&rsquo;occasion, on ait l&rsquo;impression que l&rsquo;ouvrage a vieilli, par exemple dans des propos sur l&rsquo;apprentissage, la retraite ou dans le silence sur des travaux r\u00e9cents sur les trajectoires, les bifurcations et les parcours biographiques (<em>life course<\/em>), l&rsquo;armature conceptuelle de l&rsquo;ouvrage est d&rsquo;une grande coh\u00e9rence et relativement simple pour \u00eatre utilis\u00e9e dans l&rsquo;intervention ou pour \u00e9viter les \u00e9tats de panique lors du \u00ab\u00a0voyage int\u00e9rieur\u00a0\u00bb (p. 171).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Cet ouvrage se pr\u00e9sente en deux parties. La premi\u00e8re, intitul\u00e9e Le besoin de changer, met la table, situe les grands contextes auxquels l&rsquo;auteur s&rsquo;est int\u00e9ress\u00e9, les mat\u00e9riaux auxquels il puise pour construire sa grille d&rsquo;interpr\u00e9tation des transitions. Dans le premier chapitre, \u00catre au c\u0153ur d&rsquo;une transition, il s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 la fa\u00e7on dont se vivent les \u00ab\u00a0fins\u00a0\u00bb en s&rsquo;appuyant notamment sur des exemples de son premier s\u00e9minaire sur les transitions. Le deuxi\u00e8me chapitre, <em>Notre vie, une succession de transitions<\/em>, inscrit le propos dans une perspective d\u00e9veloppementale lin\u00e9aire et y situe la transition comme une \u00ab\u00a0succession de fins suivies de nouveaux d\u00e9parts [qui] nous fait changer et m\u00fbrir\u00a0\u00bb (p. 30). S&rsquo;insurgeant contre une vision m\u00e9caniste de l&rsquo;existence humaine o\u00f9 la personne passerait par la phase de production, d&rsquo;utilisation puis de mise au rebut, l&rsquo;auteur s&rsquo;int\u00e9resse ici aux diff\u00e9rents \u00e2ges de la vie et aux crises successives de l&rsquo;existence. Adoptant un point de vue souple sur la question, il \u00e9crit : \u00ab\u00a0Peu importe qu&rsquo;il y ait une, trois, quatre ou six grandes crises dans une existence. L&rsquo;important, c&rsquo;est que l&rsquo;\u00e2ge adulte fait alterner des phases d&rsquo;expansion et de contraction, de changement et de stabilit\u00e9.\u00a0\u00bb (p. 42) Reprenant l&rsquo;analogie des saisons, il convient toutefois que les \u00eatres humains sont tous confront\u00e9s aux m\u00eames grands tournants qu&rsquo;est le passage \u00ab\u00a0de la d\u00e9pendance \u00e0 l&rsquo;autonomie et \u00e0 l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une image de soi et d&rsquo;un style personnel\u00a0\u00bb et le \u00ab\u00a0long processus visant \u00e0 les d\u00e9passer\u00a0\u00bb (p. 54).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Le troisi\u00e8me chapitre, <em>Transitions et rapports affectifs<\/em>, s&rsquo;int\u00e9resse plus particuli\u00e8rement \u00e0 la vie de couple, \u00e0 l&rsquo;effet des transitions personnelles sur celle-ci et au ph\u00e9nom\u00e8ne de \u00ab\u00a0r\u00e9sonance interpersonnelle\u00a0\u00bb o\u00f9 \u00ab\u00a0la situation ou les actes de la personne en transition cr\u00e9ent une r\u00e9sonance chez les autres\u00a0\u00bb (p. 62) et \u00e0 la transition au sein m\u00eame d&rsquo;un couple. Le quatri\u00e8me et dernier chapitre de la premi\u00e8re partie, Les transitions dans la vie professionnelle, situe bien le monde mouvant o\u00f9 \u00ab\u00a0les employ\u00e9s se retrouvent dans une situation quasi permanente de transition professionnelle\u00a0\u00bb (p. 77) mais ce chapitre ne parvient pas \u00e0 \u00e9clairer la complexit\u00e9 des changements professionnels auxquels de nombreux adultes doivent faire face. L&rsquo;auteur adopte une perspective lin\u00e9aire de l&rsquo;entr\u00e9e en emploi \u00e0 la retraite, perspective durement \u00e9branl\u00e9e dans la soci\u00e9t\u00e9 du risque contemporaine (Bourdon, 2006), qui se d\u00e9ploie pleinement dans la crise immobili\u00e8re et financi\u00e8re de 2008 avec ses r\u00e9percussions sur les fonds de retraite, elles-m\u00eames entra\u00eenant un nouveau type de bifurcations dans les parcours professionnels. Dans ce chapitre, l&rsquo;auteur mentionne \u00e0 l&rsquo;occasion l&rsquo;orientation ou la r\u00e9orientation professionnelle, mais son propos reste tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9ral et n&rsquo;\u00e9clairera sans doute pas les sp\u00e9cialistes en la mati\u00e8re.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">La deuxi\u00e8me partie de l&rsquo;ouvrage pr\u00e9sente de fa\u00e7on plus syst\u00e9matique que dans la partie pr\u00e9c\u00e9dente \u00ab\u00a0les trois phases naturelles de la transition : la fin, la zone neutre et le nouveau d\u00e9part\u00a0\u00bb (p. 100), phases qui soutiennent la th\u00e8se centrale de l&rsquo;ouvrage voulant que \u00ab\u00a0la transition est la cl\u00e9 du d\u00e9veloppement personnel\u00a0\u00bb (Ibid.).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Dans le chapitre cinq,<em> Au d\u00e9but, il y a les fins<\/em>, l&rsquo;auteur \u2013 qui semble parfois poser un regard nostalgique sur les rites initiatiques des soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles \u2013 d\u00e9cortique ce qu&rsquo;il appelle \u00ab\u00a0le processus naturel de fin\u00a0\u00bb en cinq aspects : \u00ab\u00a0le d\u00e9sengagement, le d\u00e9mant\u00e8lement, la d\u00e9sidentification, le d\u00e9senchantement et la d\u00e9sorientation\u00a0\u00bb (p. 103). Ces cinq aspects peuvent se succ\u00e9der ou pas. Le d\u00e9sengagement \u00ab\u00a0vous extrait d&rsquo;un univers affectif et social qui vous conf\u00e9rait une identit\u00e9. Toutefois, ce d\u00e9sengagement se borne \u00e0 vous priver de vos anciens rep\u00e8res et automatismes\u00a0\u00bb (p. 107). La phase de d\u00e9mant\u00e8lement de structures internes peut \u00eatre \u00ab\u00a0d\u00e9concertante\u00a0\u00bb pr\u00e9vient l&rsquo;auteur et il la compare \u00e0 la phase de d\u00e9molition de travaux de r\u00e9novation domiciliaire. Alors que le d\u00e9sengagement \u00e9tait davantage externe, la d\u00e9sidentification est interne. L&rsquo;auteur conseille de \u00ab\u00a0se rappeler que la d\u00e9sidentification joue un r\u00f4le important et qu&rsquo;il faut desserrer les liens avec la personne que l&rsquo;on croyait \u00eatre pour pouvoir \u00e9voluer vers une nouvelle identit\u00e9\u00a0\u00bb (p. 111). Le d\u00e9senchantement, c&rsquo;est \u00ab\u00a0se rendre compte que d&rsquo;une certaine fa\u00e7on, l&rsquo;ancien monde a cess\u00e9 d&rsquo;exister\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>.). Selon l&rsquo;auteur, \u00ab\u00a0toutes les transitions s&rsquo;accompagnent n\u00e9cessairement d&rsquo;un d\u00e9senchantement\u00a0\u00bb (p. 112), mais le renoncement qui y est associ\u00e9 est difficile dans une culture, \u00e9crit-il, \u00ab\u00a0qui voit toute \u00e9volution personnelle comme un processus cumulatif\u00a0\u00bb (p. 112). Par ailleurs, l&rsquo;auteur invite ses lectrices et ses lecteurs \u00e0 ne pas confondre d\u00e9senchantement et d\u00e9sillusion rappelant que ce \u00e0 quoi on a cru avait sa pertinence, son int\u00e9r\u00eat dans le pass\u00e9 et que ce n&rsquo;\u00e9tait pas une illusion. Les \u00e9tats de perte de rep\u00e8res temporels et spatiaux correspondent, dans le mod\u00e8le de Bridges, \u00e0 la d\u00e9sorientation. Selon l&rsquo;auteur, pour vivre la transition, il faut se permettre un passage \u00e0 vide et ne pas forcer le retour aux anciens rep\u00e8res ou forcer l&rsquo;acquisition de nouveaux. Le renoncement devient la cl\u00e9 pour comprendre la distinction que fait l&rsquo;auteur entre changement et transition. Selon lui, un changement est externe et rel\u00e8ve d&rsquo;un objectif \u00e0 atteindre, alors que la transition \u00ab\u00a0commence par un renoncement\u00a0\u00bb (p. 120). Il insiste : \u00ab\u00a0La transition elle-m\u00eame d\u00e9bute par un renoncement moral \u00e0 quelque chose que l&rsquo;on a toujours cru ou suppos\u00e9, \u00e0 une vision de soi-m\u00eame, \u00e0 une fa\u00e7on d&rsquo;\u00eatre ou \u00e0 une vision du monde et des autres.\u00a0\u00bb (p. 121)<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Le chapitre six,<em> Au milieu, la zone neutre, un temps essentiel de r\u00e9orientation<\/em>, fait notamment l&rsquo;\u00e9loge de la solitude, de l&rsquo;abandon, du recul, du t\u00e2tonnement voire de l&rsquo;improductivit\u00e9. Ainsi, il propose de ne pas trop h\u00e2ter les choses pour que la transition soit possible. Ici, l&rsquo;\u00e9criture narrative (journal de bord ou autobiographie) est encourag\u00e9e ainsi que des rites permettant de \u00ab\u00a0marquer symboliquement vos \u00e9volutions int\u00e9rieures\u00a0\u00bb (p. 140). C&rsquo;est dans cette zone neutre que se vivrait \u00ab\u00a0le vrai travail de transition\u00a0\u00bb (p. 144).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Le septi\u00e8me et dernier chapitre, <em>Et vous vous retrouverez en train d&rsquo;accomplir un nouveau d\u00e9part<\/em>, insiste sur l&rsquo;importance de porter attention aux signaux int\u00e9rieurs. \u00ab\u00a0Les vrais nouveaux d\u00e9parts se fondent sur un r\u00e9alignement int\u00e9rieur\u00a0\u00bb (p. 151) \u00e9crit l&rsquo;auteur et non sur des changements ext\u00e9rieurs. S&rsquo;appuyant sur l&rsquo;exemple d&rsquo;un conseiller d&rsquo;orientation nouvellement arriv\u00e9 dans la r\u00e9gion et particuli\u00e8rement centr\u00e9 sur les objectifs \u00e0 atteindre et non sur le processus de recherche d&#8217;emploi<sup>2<\/sup>, l&rsquo;auteur insiste sur l&rsquo;importance, dans un nouveau d\u00e9part, de \u00ab\u00a0d\u00e9tourner son attention de l&rsquo;objectif et s&rsquo;int\u00e9resser au processus qui y m\u00e8ne\u00a0\u00bb (p. 161).<\/p>\n<p class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\">Soutien aux transitions ou aux changements?<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Comme le dit lui-m\u00eame l&rsquo;auteur, les outils analytiques qu&rsquo;il propose peuvent \u00e9viter des effets de panique dans un processus charg\u00e9 d&rsquo;inconnu. Ces outils, s&rsquo;ils sont manipul\u00e9s avec discernement, peuvent certainement \u00eatre pertinents dans un contexte d&rsquo;accompagnement de transition, mais aussi pour r\u00e9fl\u00e9chir aux conditions qui permettent ce type d&rsquo;accompagnement. En effet, il n&rsquo;est pas s\u00fbr que les conditions optimales soient toujours en place pour soutenir la transition, telle que l&rsquo;a d\u00e9finie William Bridges, et dans bien des cas, on peut penser que les sp\u00e9cialistes de la relation d&rsquo;aide en orientation ou en d\u00e9veloppement de carri\u00e8re accompagnent des changements.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Par ailleurs, il semble n\u00e9cessaire de rappeler que cette grille de compr\u00e9hension de la transition doit \u00eatre utilis\u00e9e avec discernement, car bien qu&rsquo;elle tienne compte de la variabilit\u00e9 des situations et des histoires personnelles, les exercices propos\u00e9s ne semblent pas toujours \u00eatre adapt\u00e9s \u00e0 la complexit\u00e9 des situations et des interactions dans lesquelles se trouvent les adultes. Elle est fortement d\u00e9termin\u00e9e par une posture lin\u00e9aire et centr\u00e9e sur l&rsquo;individu, sans proposer de rep\u00e8res, par exemple, sur les influences sociales et historiques. Les travaux scientifiques sur les parcours biographiques \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte se multiplient en portant une attention aux transitions, aux moments importants, aux bifurcations (Bourdon et B\u00e9lisle, 2008). Ils peuvent convaincre de l&rsquo;importance de prendre en compte d&rsquo;autres aspects que ceux du mod\u00e8le de Bridges. Toutefois, ces travaux scientifiques n&rsquo;ont pas encore donn\u00e9 lieu \u00e0 la cr\u00e9ation d&rsquo;outils de valorisation des r\u00e9sultats qui aideraient les adultes en situation de transition ou les personnels qui les accompagnent \u00e0 mieux comprendre le d\u00e9veloppement en cours, lin\u00e9aire ou pas. L&rsquo;ouvrage de William Bridges permet ainsi d&rsquo;amorcer une r\u00e9flexion qui elle-m\u00eame demandera, \u00e9ventuellement, de mettre de c\u00f4t\u00e9 certaines id\u00e9es re\u00e7ues.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\"><strong>Rachel B\u00e9lisle<\/strong><br \/>\nProfesseure-chercheuse<br \/>\nD\u00e9partement d&rsquo;orientation professionnelle<br \/>\n\u00c9quipe de recherche sur les transitions et l&rsquo;apprentissage (\u00c9RTA) Universit\u00e9 de Sherbrooke<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">B\u00c9LISLE, R. (2004). \u00c9ducation non formelle et contribution \u00e0 l&rsquo;alphab\u00e9tisme. Ethnologies, 26 (1), 165-184.<\/p>\n<p class=\"txt-j\">B\u00c9LISLE, R. (2007). Comp\u00e9tences et pratiques de lecture d&rsquo;adultes non dipl\u00f4m\u00e9s : conditions et principes d&rsquo;un environnement \u00e9crit participatif (collaboration O. Dezutter). Qu\u00e9bec: Direction de la formation g\u00e9n\u00e9rale\/Minist\u00e8re de l&rsquo;\u00c9ducation, du Loisir et du Sport. <u>http:\/\/www.mels.gouv.qc.ca\/DFGA\/disciplines\/alphabetisation\/autres_productions\/pdf\/competences_principes.pdf<\/u><\/p>\n<p class=\"txt-j\">BOURDON, S. (2006). La place du social en orientation. Orientation, individualisation et soci\u00e9t\u00e9 du risque. En pratique, 5 (juin 2006), 6-8. <u>http:\/\/www.occoppq.qc.ca\/comm\/pdf\/enpratique\/05_co_juin2006.pdf<\/u><\/p>\n<p class=\"txt-j\">BOURDON, S. et B\u00c9LISLE, R. (2008). Note m\u00e9thodologique pour une enqu\u00eate longitudinale sur les transitions et l&rsquo;apprentissage de jeunes adultes en situation de pr\u00e9carit\u00e9. (collaboration S. Garon, G. Michaud, B. van Caloen, M. Gosselin et E. Yergeau). Sherbrooke : \u00c9quipe de recherche sur les transitions et l&rsquo;apprentissage (\u00c9RTA). <u>http:\/\/erta.educ.usherbrooke.ca\/publications.htm#Metho%20ELJASP-08.pdf<\/u><\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\">Notes<\/h3>\n<ol style=\"text-align: justify;\">\n<li class=\"txt-j\">Ce n&rsquo;est pas le lieu ici de faire l&rsquo;analyse de ce ph\u00e9nom\u00e8ne qui attire davantage l&rsquo;attention depuis que les \u00e9tudes sur la lecture s&rsquo;int\u00e9ressent \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 de lecture du lecteur, aux situations vari\u00e9es de lecture, au rapport \u00e0 l&rsquo;\u00e9crit, \u00e0 la lecture participative. Pour une introduction \u00e0 ces travaux, voir B\u00e9lisle, 2007. De plus, le nombre accru de personnes faisant appel \u00e0 des formes vari\u00e9es de relation d&rsquo;aide et la hausse g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e du niveau de scolarit\u00e9 au sein de la population, ses incidences sur la lecture et la popularit\u00e9 des ouvrages de psychologie devraient inciter les sp\u00e9cialistes de la relation d&rsquo;aide qui publient des ouvrages s&rsquo;appuyant sur leur travail clinique \u00e0 \u00eatre plus explicites sur les ententes prises avec les personnes aid\u00e9es afin d&rsquo;\u00e9viter des malentendus ou de cr\u00e9er l&rsquo;impression que la confidentialit\u00e9 peut \u00eatre bris\u00e9e.<\/li>\n<li class=\"txt-j\">On peut avoir l&rsquo;impression en lisant cet extrait qu&rsquo;on se trouve devant un cordonnier mal chauss\u00e9 ou devant un conseiller d&rsquo;orientation si pr\u00e9occup\u00e9 par les imp\u00e9ratifs du surdestinataire (par exemple, un \u00e9quivalent d&rsquo;Emploi-Qu\u00e9bec) qu&rsquo;il les a lui-m\u00eame incorpor\u00e9.<\/li>\n<\/ol>\n<hr \/>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-6852 size-full\" src=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2008\/02\/Volume11_3-4_LIVRE_michaud.jpg\" alt=\"Volume11_3-4_LIVRE_michaud\" width=\"250\" height=\"336\" srcset=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2008\/02\/Volume11_3-4_LIVRE_michaud.jpg 250w, https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2008\/02\/Volume11_3-4_LIVRE_michaud-223x300.jpg 223w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\"><a id=\"michaud\" name=\"michaud\"><\/a><b class=\"titre\">Guylaine Michaud, Patricia Dionne et Ginette Beaulieu<\/b><br \/>\n<em>Le bilan de comp\u00e9tences : regards crois\u00e9s entre la th\u00e9orie et la pratique :<br \/>\nth\u00e9ories et concepts, guide d&rsquo;animation, fiches reproductibles<\/em><br \/>\nQu\u00e9bec : Septembre \u00e9diteur, 2007<br \/>\n220 pages, ISBN : 978-2-89471-254-2<br \/>\n39,95$<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Septembre \u00e9diteur : <u>www.septembre.com<\/u><\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Michaud, Dionne et Beaulieu nous proposent un mod\u00e8le d&rsquo;intervention qui a le potentiel de si\u00e9ger parmi les approches importantes qui ont guid\u00e9 les interventions des conseill\u00e8res et des conseillers en orientation de la francophonie. Je ne saurais trop recommander ce livre \u00e0 toute intervenante ou tout intervenant qui cherche une fa\u00e7on d&rsquo;int\u00e9grer les \u00e9l\u00e9ments souvent dissoci\u00e9s des interventions individuelles et groupales en orientation.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Une premi\u00e8re mise en garde s&rsquo;impose. Plusieurs professionnelles et professionnels en lisant le titre, \u00ab\u00a0le bilan de comp\u00e9tences\u00a0\u00bb verront surgir \u00e0 l&rsquo;esprit un portfolio professionnel, image justifi\u00e9e par le terme\u00ab\u00a0bilan\u00a0\u00bb qui \u00e9voque un document quelconque d&rsquo;inventaire de ses comp\u00e9tences. Toutefois, les auteurs nous proposent davantage une d\u00e9marche comprenant phases et modes (p. 66-67). Le but du mod\u00e8le de bilan de comp\u00e9tences propos\u00e9 par Michaud, Dionne et Beaulieu est la d\u00e9termination d&rsquo;un projet d&rsquo;insertion, de maintien ou de r\u00e9orientation (p. 96). En ce sens, le mod\u00e8le d&rsquo;intervention d\u00e9passe largement la pr\u00e9paration d&rsquo;un inventaire de ses comp\u00e9tences.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\"><em>Bilan de comp\u00e9tences : regards crois\u00e9s entre la th\u00e9orie et la pratique<\/em> propose une premi\u00e8re partie, chapitres 1 \u00e0 4, traitant des fondements th\u00e9oriques et conceptuels du mod\u00e8le et une deuxi\u00e8me partie contenant une s\u00e9rie d&rsquo;activit\u00e9s du programme. Pour la plupart, ces activit\u00e9s sont d\u00e9j\u00e0 connues des conseill\u00e8res et conseillers en orientation, mais leur agencement et les objectifs leur donnent un sens nouveau.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">La premi\u00e8re partie du livre d\u00e9bute par un bref historique du d\u00e9veloppement de l&rsquo;approche. Cette gen\u00e8se est bien ancr\u00e9e dans la pratique pour r\u00e9pondre aux besoins de travailleurs licenci\u00e9s. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;ensuite, dans l&rsquo;\u00e9largissement du mandat \u00e0 des personnes en qu\u00eate d&rsquo;accompagnement dans leur r\u00e9orientation, adaptation ou r\u00e9insertion que le projet de bilan de comp\u00e9tences a d\u00e9velopp\u00e9 ses appuis th\u00e9oriques. Comme les auteures le mentionnent en terminant l&rsquo;introduction, \u00ab\u00a0anim\u00e9es par le d\u00e9sir de partager notre exp\u00e9rience et de contribuer \u00e0 la mod\u00e9lisation du processus, nous souhaitons proposer un cadre de r\u00e9f\u00e9rence accessible \u00e0 toutes les personnes int\u00e9ress\u00e9es par cette d\u00e9marche\u00a0\u00bb (p. 8).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Le chapitre 2 discute des retomb\u00e9es pour l&rsquo;individu et la soci\u00e9t\u00e9. Bien que celles-ci soient pr\u00e9sent\u00e9es de fa\u00e7on tr\u00e8s positive et, \u00e0 premi\u00e8re vue, semblent poss\u00e9der une certaine validit\u00e9, plusieurs consid\u00e9rations m\u00e9thodologiques d&rsquo;\u00e9valuation des programmes me retiennent de partager l&rsquo;enthousiasme des auteures. Malgr\u00e9 un d\u00e9part tr\u00e8s convaincant, les preuves d\u00e9finitives restent \u00e0 faire.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Enfin, au chapitre 3, Michaud, Dionne et Beaulieu nous pr\u00e9sentent le mod\u00e8le du bilan de comp\u00e9tences. Compte tenu de la mise en garde formul\u00e9e ci-dessus, j&rsquo;aurais aim\u00e9 que les auteures d\u00e9finissent plus t\u00f4t leur mod\u00e8le de bilan de comp\u00e9tences. Je sentais une l\u00e9g\u00e8re impatience grandir en moi, car jusqu&rsquo;\u00e0 ce point, il n&rsquo;\u00e9tait pas clair ce qu&rsquo;\u00e9tait le processus de bilan de comp\u00e9tences. J&rsquo;en avais une id\u00e9e, ma conception, mais \u00e9tait-ce la m\u00eame que les auteures?<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">\u00c9tions-nous, auteures et lecteur, au m\u00eame diapason? \u00c0 noter que les auteures utilisent de fa\u00e7on interchangeable, processus, mod\u00e8le, d\u00e9marche et simplement bilan de comp\u00e9tences, en discutant de leur intervention.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Le mod\u00e8le de bilan de comp\u00e9tences inclut trois phases dynamiques \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur desquelles s&rsquo;op\u00e8re un processus de conscience r\u00e9flexive de soi. La premi\u00e8re phase, celle de r\u00e9trospective, jette un regard sur le pass\u00e9 dans le but de faire ressortir les ressources personnelles et environnementales que la personne mobilise dans ses comp\u00e9tences selon des contextes donn\u00e9s (p. 39). La deuxi\u00e8me phase, celle de prospective, am\u00e8ne la personne \u00e0 se projeter dans l&rsquo;avenir (p. 48). Dans leur illustration des phases, les auteures repr\u00e9sentent ce regard, \u00e0 la fois sur le pass\u00e9 et l&rsquo;avenir, par le visage de Janus, le dieu romain, gardien des passages et des croisements, du changement et de la transition (p. 38). La troisi\u00e8me phase, celle de r\u00e9alisation, voit \u00e0 l&rsquo;\u00e9laboration du projet et \u00e0 la concr\u00e9tisation de ses \u00e9tapes. Cette phase a trois finalit\u00e9s : une r\u00e9orientation, une insertion ou un maintien en emploi (p. 56).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Le processus de conscience r\u00e9flexive de soi est \u00e9galement explicit\u00e9 dans le chapitre 3. Ce processus qui comporte trois modes (l&rsquo;exploration, la compr\u00e9hension et l&rsquo;action) est \u00e0 la base du mod\u00e8le d&rsquo;intervention. Tout au long des trois phases du bilan, la participante ou le participant est amen\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0s&rsquo;explorer, se comprendre et \u00e0 agir de fa\u00e7on coh\u00e9rente avec cette compr\u00e9hension\u00a0\u00bb (p. 60). Ainsi, tout au long des trois phases, l&rsquo;exploration, la compr\u00e9hension et l&rsquo;action portent sur sa personne, son environnement et sur la relation entre eux.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">La pr\u00e9sentation du mod\u00e8le proc\u00e8de en deux temps. D&rsquo;abord, les auteures nous pr\u00e9sentent les consid\u00e9rations th\u00e9oriques et ensuite nous illustrent les applications \u00e0 l&rsquo;aide de cas. Cette approche clinique aide grandement \u00e0 situer les notions en contexte. Toutefois, elle soul\u00e8ve aussi des questions et met en lumi\u00e8re des zones o\u00f9 le mod\u00e8le requiert des clarifications et des pr\u00e9cisions. Par exemple, dans la description de la phase de r\u00e9trospection, les auteures nous d\u00e9crivent le cas de Marc et \u00e9crivent que la troisi\u00e8me activit\u00e9 est \u00ab\u00a0venue alimenter le sc\u00e9nario que l&rsquo;on avait commenc\u00e9 \u00e0 identifier comme celui de victime\u00a0\u00bb (p. 43). Or, en examinant cette troisi\u00e8me activit\u00e9, il n&rsquo;est pas clair qu&rsquo;en soi, elle aurait fait ressortir ce sentiment de victime. Je crois que ce sont les comp\u00e9tences et l&rsquo;approche des animatrices qui ont fait ressortir ce sentiment. Celles-ci se situent \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur du mod\u00e8le et, par cons\u00e9quent, il est important, si nous voulons g\u00e9n\u00e9raliser la d\u00e9marche, de pr\u00e9ciser ce qui appartient au programme et ce qui rel\u00e8ve de l&rsquo;expertise des animatrices. Nous retrouvons, \u00e0 plus d&rsquo;une reprise, des passages qui font appel aux choix des animatrices. Ceci plaira certainement \u00e0 celles et ceux qui veulent de la flexibilit\u00e9 dans l&rsquo;application de la d\u00e9marche.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est au travers les cas que les auteures pr\u00e9sentent les activit\u00e9s qui se trouvent dans la deuxi\u00e8me partie du livre. J&rsquo;ai graduellement eu l&rsquo;impression que ces activit\u00e9s sont sugg\u00e9r\u00e9es plus que prescrites. Celles-ci sont des outils que les auteures utilisent et mettent \u00e0 la disposition du lecteur pour lui permettre d&rsquo;atteindre les objectifs de chacune des phases. Si la contribution d&rsquo;une activit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;atteinte des finalit\u00e9s de la phase para\u00eet parfois \u00e9vidente, pour d&rsquo;autres activit\u00e9s, elle aurait avantage \u00e0 \u00eatre pr\u00e9cis\u00e9e.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Dans le chapitre 4, la pr\u00e9sentation et la description des concepts-cl\u00e9s solidifient les assises du mod\u00e8le. Les auteures, s&rsquo;appuyant principalement sur les travaux de Le Boterf et ceux de Tardif, nous expliquent que pour elles, la comp\u00e9tence est un ensemble de savoir agir h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne (p. 71). Elles \u00e9tablissent la distinction tr\u00e8s int\u00e9ressante entre le savoir agir, le pouvoir agir et le vouloir agir. Une originalit\u00e9 importante de leur mod\u00e8le provient du fait qu&rsquo;elles ont import\u00e9 et adapt\u00e9 ces concepts au domaine de l&rsquo;orientation.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Michaud, Dionne et Beaulieu distinguent ensuite le concept de comp\u00e9tence de plusieurs autres concepts-cl\u00e9s du domaine, tels qu&rsquo;aptitudes, int\u00e9r\u00eats, valeurs, besoins, qualit\u00e9s et connaissances. Les concepts de transition et de projet occupent des places privil\u00e9gi\u00e9es dans le mod\u00e8le de bilan de comp\u00e9tences. Les participantes et les participants ne sont pas seulement en transition professionnelle lorsqu&rsquo;ils vivent la d\u00e9marche, celle-ci les am\u00e8ne \u00e0 effectuer une transition dans leur fa\u00e7on de se voir et d&rsquo;envisager leur environnement.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">De la m\u00eame fa\u00e7on, le projet est central \u00e0 la d\u00e9marche du bilan de comp\u00e9tences, les auteures \u00e9crivent m\u00eame que \u00ab\u00a0le projet est au c\u0153ur de la complexit\u00e9 pour s&rsquo;actualiser dans un environnement en mouvement et incertain\u00a0\u00bb (p. 97). Encore une fois, elles se sont inspir\u00e9es de th\u00e9ories bien connues et d\u00e9velopp\u00e9es.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Le chapitre 4 se termine par une courte discussion sur la place du counseling individuel et de l&rsquo;intervention en petit groupe dans le mod\u00e8le propos\u00e9. La section sur le counseling s&rsquo;attarde \u00e0 l&rsquo;importance de l&rsquo;alliance de travail et conclut en \u00e9tablissant que les comp\u00e9tences en counseling d&rsquo;orientation de l&rsquo;animatrice ou de l&rsquo;animateur sont pr\u00e9alables \u00e0 la d\u00e9marche. En examinant l&rsquo;horaire des animations (p. 116), le lecteur constate la relation compl\u00e9mentaire que les auteures proposent entre rencontres individuelles et activit\u00e9s de groupe.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Les auteures concluent leur livre en formulant le souhait que leur mod\u00e8le de bilan de comp\u00e9tences continue \u00e0 se d\u00e9velopper et voient des applications dans divers milieux. Je fais \u00e9cho \u00e0 ce souhait. Le mod\u00e8le propos\u00e9 par Michaud, Dionne et Beaulieu a le potentiel de devenir un pilier de l&rsquo;intervention en orientation au m\u00eame titre que d&rsquo;autres mod\u00e8les qui ont rassembl\u00e9 de grands nombres de professionnelles et de professionnels de l&rsquo;orientation. Il est souhait\u00e9 que ce premier livre soit suivi de plusieurs publications qui d\u00e9velopperont les composantes du mod\u00e8le et son application dans plusieurs milieux.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\"><strong>Robert Baudouin,<\/strong><br \/>\nPh. D. CCC Universit\u00e9 de Moncton<\/p>\n<hr \/>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-6851 size-full\" src=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2008\/02\/Volume11_3-4_LIVRE_heslon.jpg\" alt=\"Volume11_3-4_LIVRE_heslon\" width=\"250\" height=\"398\" srcset=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2008\/02\/Volume11_3-4_LIVRE_heslon.jpg 250w, https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2008\/02\/Volume11_3-4_LIVRE_heslon-188x300.jpg 188w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\"><a id=\"heslon\" name=\"heslon\"><\/a><b class=\"titre\">Christian Heslon<\/b><br \/>\n<em>Petite psychologie de l&rsquo;anniversaire<\/em><br \/>\nParis : Dunod, Collection Hors Collection 2007<br \/>\n296 pages. ISBN : 978-2-10-051009-2<br \/>\n18,5 euros<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Dunod : <u>http:\/\/www.dunod.com<\/u><\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Dans le contexte de vie plus longue et du vieillir jeune, d\u00e9jouer l&rsquo;\u00e2ge est devenu une tentation croissante. L&rsquo;anniversaire pourtant nous rappelle annuellement \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge, tirant ses effets b\u00e9n\u00e9fiques (dans le cas de la c\u00e9l\u00e9bration identitaire restauratrice) ou n\u00e9fastes (dans le cas du <em>Birthday blue<\/em>s, du <em>Birthday stress<\/em> ou du syndrome d&rsquo;anniversaire) de sa fonction de coupure. (Heslon, 2007, p.215)<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Si vous avez l&rsquo;occasion de mettre la main sur ce livre, surtout ne pas vous fier aux apparences ! Certes, la couverture du livre pr\u00e9sente un contenu visuel qui para\u00eet annoncer un petit bouquin l\u00e9ger de psychologie populaire. Cependant, la lecture de son contenu vous am\u00e8nera bien au contraire dans une d\u00e9marche exhaustive, rigoureuse et compl\u00e8te, d&rsquo;\u00e9tude de l&rsquo;anniversaire en tant qu&rsquo;objet d&rsquo;analyse psychosociologique de l&rsquo;avanc\u00e9e en \u00e2ge chez l&rsquo;adulte. Le fil directeur du livre tient dans cette question : <em>Comment les anniversaires et leurs dates interf\u00e8rent-ils avec l&rsquo;avanc\u00e9e en \u00e2ge tout au long de la vie ?<\/em> Or, si de nombreuses \u00e9tudes \u00e9tablissent d\u00e9j\u00e0 les effets psychiques de l&rsquo;anniversaire, Heslon constate que bien peu se sont encore int\u00e9ress\u00e9es \u00e0 ses interactions avec l&rsquo;avanc\u00e9e en \u00e2ge. Pour ce faire, l&rsquo;auteur s&rsquo;engage dans une recherche rigoureuse sur la mani\u00e8re dont les anniversaires participent \u00e0 l&rsquo;int\u00e9gration de l&rsquo;avanc\u00e9e en \u00e2ge au cours de la vie adulte, et ce, dans le but de mieux comprendre et accompagner les al\u00e9as d&rsquo;une vie plus longue, plus mobile et plus affranchie des normes d&rsquo;\u00e2ge. Tout d&rsquo;abord, sur le plan de l&rsquo;exhaustivit\u00e9, Heslon fait r\u00e9f\u00e9rence dans cet ouvrage \u00e0 une quantit\u00e9 et \u00e0 une vari\u00e9t\u00e9 importante de mat\u00e9riel : travaux scientifiques internationaux consacr\u00e9s \u00e0 l&rsquo;anniversaire; entretiens semi-directifs approfondis aupr\u00e8s d&rsquo;individus n\u00e9s entre 1945 et 1955; questionnaires \u00e0 choix multiples administr\u00e9s \u00e0 deux cents adultes de tous les \u00e2ges rencontr\u00e9s en contexte de formation; \u00e9ditoriaux de presses et ouvrages grands publics parus en France entre 1980 et 2005; observations participantes en tant qu&rsquo;invit\u00e9, organisateur ou personne f\u00eat\u00e9e entre 2000 et 2006. Ensuite, sur le plan de la rigueur, l&rsquo;auteur indique avoir proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 une cueillette et \u00e0 un traitement de donn\u00e9es fond\u00e9s sur les crit\u00e8res de l&rsquo;analyse qualitative \u00e0 l&rsquo;aide des cat\u00e9gories conceptuelles de Paill\u00e9 et Muchielli (2003).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;ouvrage se compose de sept chapitres et d&rsquo;un \u00e9pilogue. Durant les premiers chapitres du livre (1 \u00e0 4), le lecteur explore l&rsquo;anniversaire en tant qu&rsquo;objet d&rsquo;\u00e9tude aux dimensions historiques, sociologiques, psychologiques au sein des vies individuelles et collectives. Lors des deux chapitres suivants (5 et 6), l&rsquo;auteur entreprend une d\u00e9marche visant \u00e0 proposer des pistes de r\u00e9flexion et des ressources permettant d&rsquo;aider les gens \u00e0 mieux traverser l&rsquo;anniversaire et les diff\u00e9rents sympt\u00f4mes qui peuvent l&rsquo;accompagner. En compl\u00e9ment, l&rsquo;auteur apporte quelques extraits d&rsquo;outils d&rsquo;auto-\u00e9valuation personnelle de diff\u00e9rents auteurs du champ de la psychologie dans l&rsquo;optique d&rsquo;aider le lecteur \u00e0 se situer personnellement au regard des \u00e9l\u00e9ments th\u00e9oriques apport\u00e9s. Le dernier chapitre revient sur diff\u00e9rentes dimensions abord\u00e9es sur l&rsquo;anniversaire, tout en apportant une r\u00e9flexion sur les possibles bienfaits individuels de celui-ci lorsqu&rsquo;il est travers\u00e9 en toute conscience. Notons que l&rsquo;auteur a inclus une section \u00ab\u00a0\u00e9pilogue\u00a0\u00bb o\u00f9 il expose quelques illustrations de l&rsquo;anniversaire provenant de la litt\u00e9rature, notamment des derni\u00e8res parutions litt\u00e9raires, et de la cin\u00e9matographie.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Le chapitre 1, intitul\u00e9 \u00ab\u00a0<em> Tous comm\u00e9morateurs !<\/em>\u00a0\u00bb, rend compte de questionnements et de constats relatifs \u00e0 l&rsquo;anniversaire dans les soci\u00e9t\u00e9s pass\u00e9es et actuelles, de m\u00eame qu&rsquo;au sein de diff\u00e9rents groupes sociaux. Entre autres, l&rsquo;auteur rappelle l&rsquo;importance de reconna\u00eetre dans l&rsquo;anniversaire une pratique sociale relativement r\u00e9cente. Il pourra \u00eatre surprenant pour le lecteur d&rsquo;apprendre que ce n&rsquo;est que depuis les ann\u00e9es 1970 que l&rsquo;anniversaire est f\u00eat\u00e9 \u00e0 tout \u00e2ge, et ce, avec plus de convives et bien s\u00fbr avec plus de publicit\u00e9. Au plan historique et sociologique, l&rsquo;influence de la religion sur les pratiques d&rsquo;anniversaire est clairement expliqu\u00e9e en regard d&rsquo;une tension entre individualit\u00e9 et \u00ab\u00a0p\u00e9ch\u00e9 d&rsquo;orgueil au culte des Saints\u00a0\u00bb (p.18). Participant \u00e0 la m\u00e9moire collective et jouant un r\u00f4le important sur l&rsquo;identit\u00e9 de chacun, l&rsquo;anniversaire jouxte transmission et r\u00e9ception d&rsquo;une part, fondation et construction de l&rsquo;autre, ce qui lui permet de relier le pass\u00e9 au pr\u00e9sent, de servir de passeur de m\u00e9moire et d&rsquo;histoire.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Le chapitre 2, intitul\u00e9 \u00ab\u00a0<em>L&rsquo;anniversaire et ses effets cach\u00e9s<\/em>\u00a0\u00bb, traite comme son nom l&rsquo;indique des effets du changement de dizaine, des humeurs affect\u00e9es par ces passages, ainsi que des effets de correspondance et de co\u00efncidence auxquels ils peuvent s&rsquo;associer. C&rsquo;est \u00e0 ce moment que l&rsquo;auteur \u00e9nonce ce qui pourrait \u00eatre qualifi\u00e9 de \u00a0\u00bb sympt\u00f4mes \u00a0\u00bb d&rsquo;enjeux et d&rsquo;effets psychosociologiques du passage des ann\u00e9es, soit le Birthday Blues, le Birthday Stress, et le syndrome d&rsquo;anniversaire. Si le premier se rapporte aux effets psychologiques d&rsquo;attentes plus ou moins combl\u00e9es \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e dans la trentaine, le deuxi\u00e8me se rapporte aux modifications d&rsquo;humeur aux environs de la p\u00e9riode d&rsquo;anniversaire. Quant au troisi\u00e8me, il concerne divers autres types de r\u00e9actions psychologiques, parfois pathologiques, reli\u00e9s aux dates d&rsquo;anniversaire.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Le chapitre 3, intitul\u00e9 \u00ab\u00a0<em>Comment f\u00eater son \u00e2ge dans la culture du vieillir jeune ?<\/em>\u00a0\u00bb aborde l&rsquo;\u00e9volution des normes et des repr\u00e9sentations de l&rsquo;\u00e2ge et de ses rep\u00e8res historiques permettant ainsi de mieux situer l&rsquo;\u00e2ge et l&rsquo;anniversaire chez l&rsquo;\u00eatre humain postmoderne. Tel que le souligne l&rsquo;auteur, \u00ab\u00a0l&rsquo;anniversaire \u00e0 certes quelque chose de juv\u00e9nile : f\u00eater son \u00e2ge ne va ni sans r\u00e9gression vers la jeunesse enfuie, ni sans pr\u00e9tention \u00e0 faire moins que son \u00e2ge [\u2026] l&rsquo;\u00e2ge renvoie concr\u00e8tement chacun \u00e0 ses propres inqui\u00e9tudes face au vieillissement. [\u2026] crainte de vieillir assimil\u00e9e \u00e0 la perte de m\u00e9moire, pr\u00e9vention m\u00e9dico-sportive des m\u00e9faits de l&rsquo;\u00e2ge, aspiration au bien-vieillir et revendications compensatoires \u00e0 la perte de jeunesse\u00a0\u00bb (p.61-62) Au plan des valeurs sociales, rien ne semble endosser une valorisation de l&rsquo;avanc\u00e9e en \u00e2ge sur celle de la jeunesse, telle que repr\u00e9sent\u00e9e dans l&rsquo;univers collectif, si ce n&rsquo;est les conceptions de certains auteurs \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard d&rsquo;une psychologie du \u00ab\u00a0flow\u00a0\u00bb, de la construction de nouvelles identit\u00e9s, de l&rsquo;adaptation et de la flexibilit\u00e9 aux changements de la vie. La question de la travers\u00e9e des \u00e2ges et par ricochet, celle d&rsquo;anniversaires, s&rsquo;inscrit dans une conception postmoderne des vies individuelles. Citant Boutinet, l&rsquo;auteur indique que \u00ab\u00a0la postmodernit\u00e9 signe la fin de la raison objective au profit de la relativit\u00e9 subjective [\u2026]\u00a0\u00bb Selon Boutinet, encore, l&rsquo;adulte postmoderne est \u00ab\u00a0obs\u00e9d\u00e9 de jeunesse, contre-moderne quand il r\u00e9invente les codes ou normes d&rsquo;\u00e2ge et pr\u00e9figurateur d&rsquo;un au-del\u00e0 de la modernit\u00e9 quand il transforme ses crises de vie en p\u00e9riode de transitions\u00a0\u00bb (p.77-78) Cela se r\u00e9percute \u00e9galement dans les pratiques des milieux de l&rsquo;orientation et de l&rsquo;\u00e9ducation : \u00ab\u00a0qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de la validation des acquis de l&rsquo;exp\u00e9rience qui se substitue au dipl\u00f4me, de l&rsquo;union libre qui se substitue aux fian\u00e7ailles, ou du contrat \u00e0 dur\u00e9e d\u00e9termin\u00e9e qui se substitue \u00e0 l&#8217;embauche. Les passages se font moins nets\u00a0\u00bb (p.78-79).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Le chapitre 4, intitul\u00e9 \u00ab\u00a0<em> L&rsquo;\u00e2ge \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve des psychologues et des psychanalystes<\/em>\u00a0\u00bb, porte sur une exploration compar\u00e9e entre psychologie et psychanalyse de diff\u00e9rentes conceptions relatives \u00e0 l&rsquo;\u00e9valuation de l&rsquo;\u00e2ge. D&rsquo;entr\u00e9e de jeu, l&rsquo;auteur y questionne certains a priori relatifs \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge : manipulations id\u00e9ologiques derri\u00e8re les notions d&rsquo;\u00e2ge mental et de QI; difficult\u00e9 des institutions sociales, dont scolaires, \u00e0 se passer des normes d&rsquo;\u00e2ge; stades de d\u00e9veloppement qui d\u00e9coupent la vie en une s\u00e9rie de capacit\u00e9s\/p\u00e9riodes conformes; saisons, cycles et flux de vie posant le devenir humain comme un chemin possible vers la rencontre de soi; pratiques de la psychanalyse o\u00f9 l&rsquo;enfant persiste dans l&rsquo;adulte dont l&rsquo;inconscient ne vieillit pas. Int\u00e9grant l&rsquo;anniversaire au sein de ce regard, Heslon d\u00e9montre la charge de sens qui peut lui \u00eatre conf\u00e9r\u00e9e. Il souligne \u00e0 cet \u00e9gard comment l&rsquo;anniversaire rel\u00e8ve d&rsquo;une qu\u00eate festive \u00e0 l&rsquo;usage d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 (d\u00e9pressive selon l&rsquo;auteur) qui se donne ainsi un moyen pour transgresser et oublier les contraintes du quotidien par diff\u00e9rentes actions de consommation et d&rsquo;exc\u00e8s.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Le chapitre 5, intitul\u00e9 \u00ab\u00a0<em>D\u00e9couvrir son \u00e2ge subjectif<\/em>\u00a0\u00bb, d\u00e9coule des constats pos\u00e9s dans les chapitres pr\u00e9c\u00e9dents sur le v\u00e9cu individuel relatif \u00e0 l&rsquo;anniversaire en proposant des ressources afin d&rsquo;aider les gens \u00e0 mieux traverser l&rsquo;anniversaire et les diverses difficult\u00e9s qu&rsquo;il suscite. Pour l&rsquo;auteur, l&rsquo;\u00e2ge subjectif permet de mieux comprendre \u00ab\u00a0la fa\u00e7on dont l&rsquo;\u00eatre humain contemporain appr\u00e9hende son \u00e2ge\u2026 les cons\u00e9quences psychiques de prendre une ann\u00e9e de plus et\u2026 les diff\u00e9rentes mani\u00e8res d&rsquo;aborder la trentaine, la quarantaine, la cinquantaine et plus.\u00a0\u00bb (p.113) L&rsquo;\u00e2ge subjectif est expliqu\u00e9 au regard de la notion de calendrier intime de vie o\u00f9 les attitudes, les d\u00e9cisions individuelles, de m\u00eame que les repr\u00e9sentations du contr\u00f4le sur les situations sont relatives \u00e0 la dimension d&rsquo;\u00e2ge per\u00e7u. \u00c0 nouveau, l&rsquo;auteur proc\u00e8de par des r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 des travaux et des connaissances empiriques sur la psychologie de l&rsquo;\u00e2ge pour expliquer la notion d&rsquo;\u00e2ge subjectif, qu&rsquo;il propose ensuite de relier \u00e0 l&rsquo;anniversaire.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Le chapitre 6, intitul\u00e9 \u00ab\u00a0<em>Vivre apr\u00e8s 50 ans<\/em> : l&rsquo;invention des seniors\u00a0\u00bb, constitue un trait\u00e9 sur le vieillissement par l&rsquo;exemplification de la population des Baby boomers, celle o\u00f9 se manifestent plusieurs cas de \u00ab\u00a0toujours jeunes\u00a0\u00bb selon l&rsquo;auteur. Heslon r\u00e9v\u00e8le ici l&rsquo;importance de distinguer la simple perception du fait de vieillir au \u00ab\u00a0probl\u00e8me de conserver du pouvoir sur soi-m\u00eame tout au long de la vie, c&rsquo;est-\u00e0-dire celui de vieillir tout en restant autonome\u00a0\u00bb (p.150). En ce sens, la s\u00e9niorit\u00e9 s&rsquo;av\u00e8re un temps de d\u00e9sengagement vis-\u00e0-vis des responsabilit\u00e9s subies et de r\u00e9engagement vers des responsabilit\u00e9s choisies via un affranchissement des contraintes de la vie adulte.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Le dernier chapitre du livre, intitul\u00e9 \u00ab\u00a0<em>La f\u00eate-anniversaire et ses bienfaits <\/em>\u00bb, traite notamment de l&rsquo;\u00e9preuve narcissique se rapportant au fait de vieillir et revient sur le r\u00f4le important de l&rsquo;estime de soi pour traverser positivement l&rsquo;avanc\u00e9e en \u00e2ge s&rsquo;y associant. Tel que le souligne l&rsquo;auteur dans les deux extraits suivants :<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Si l&rsquo;anniversaire c\u00e9l\u00e8bre le culte du Soi, reste \u00e0 savoir dans quelle mesure elle favorise l&rsquo;accomplissement de soi et dans quelle mesure elle traduit la qu\u00eate incessante d&rsquo;un soi introuvable, toujours \u00e0 inventer, \u00e0 la recherche duquel s&rsquo;\u00e9puiserait l&rsquo;individu contemporain.\u00a0\u00bb (p.175)<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Certains caps d&rsquo;\u00e2ge biographiquement significatifs seront ainsi abord\u00e9s avec appr\u00e9hension, conduisant au report de la f\u00eate-anniversaire \u00e0 l&rsquo;ann\u00e9e ou \u00e0 la d\u00e9cennie suivante, voire \u00e0 ne plus du tout f\u00eater ses anniversaires ult\u00e9rieurs.\u00a0\u00bb (p.188)<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Dans ce m\u00eame chapitre, Heslon ouvre sur la symbolisation des diff\u00e9rents rites et objets couramment associ\u00e9s aux anniversaires. Il est entre autres question du cadeau comme invitation au partage oral, des bougies comme flammes d&rsquo;une vie persistante, des cadeaux en termes de leur fonction de don. En somme, \u00ab\u00a0l&rsquo;anniversaire qui rassemble et rattache \u00e0 quelques transcendances, r\u00e9jouit, touche et \u00e9meut aussi quand sa c\u00e9l\u00e9bration r\u00e9ussie se fait partage d&rsquo;humanit\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire inventive communion humaine.\u00a0\u00bb (p.201)<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Plut\u00f4t que de proposer une conclusion \u00e0 son ouvrage, Heslon pr\u00e9sente un \u00e9pilogue o\u00f9 il ajoute des cas d&rsquo;illustrations relatives \u00e0 l&rsquo;anniversaire chez certains h\u00e9ros du cin\u00e9ma ou de la litt\u00e9rature, et note l&rsquo;\u00e9mergence passablement importante de nouveaux titres de publications s&rsquo;y rapportant. L&rsquo;auteur r\u00e9sume par la suite l&rsquo;ensemble de son ouvrage \u00e0 travers ce dernier extrait : \u00ab\u00a0Effet de mode collectif, il produit ses effets sur l&rsquo;avanc\u00e9e en \u00e2ge individuelle tout au long de la vie adulte. Il en ressort que l&rsquo;anniversaire, notamment d\u00e9cennal, fait m\u00e9diation entre l&rsquo;illusion de la jeunesse et les subites prises de conscience de l&rsquo;\u00e2ge qu&rsquo;imposent les \u00e9v\u00e9nements de vie et les alt\u00e9rations du corps. C&rsquo;est l\u00e0 l&rsquo;ordinaire effet psychique de l&rsquo;anniversaire, qui s&rsquo;ajoute aux diverses r\u00e9actions pathologiques, humorales ou morbides que suscitent les dates d&rsquo;anniversaire.\u00a0\u00bb (p.215)<\/p>\n<p class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\">Commentaires<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Les questions d&rsquo;\u00e2ge et de temporalit\u00e9s de la vie n&rsquo;int\u00e9ressent pas toujours les milieux de la recherche et de la pratique du champ disciplinaire de l&rsquo;orientation professionnelle. Par cons\u00e9quent, il est facile d&rsquo;imaginer le peu d&rsquo;int\u00e9r\u00eat que pourrait manifester de prime abord ce type de public \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard d&rsquo;un livre portant sur l&rsquo;anniversaire. Or, dans un contexte d&rsquo;orientation tout au long de la vie et de seuils de vie adulte toujours plus d\u00e9synchronis\u00e9s, cette <em>Petite psychologie de l&rsquo;anniversaire<\/em> s&rsquo;inscrit au c\u0153ur d&rsquo;enjeux importants relativement aux questions d&rsquo;\u00e2ge, de transition et de rupture socioprofessionnelle. Entre autres, des notions telles que celles de <em>Birthday Blues, Birthday Stress<\/em>, <em>syndrome d&rsquo;anniversaire<\/em> peuvent facilement s&rsquo;int\u00e9grer au sein d&rsquo;approches utilisant les r\u00e9cits de vie. \u00c0 ce propos, il aurait \u00e9t\u00e9 souhaitable que l&rsquo;auteur examine plus en profondeur les dimensions th\u00e9oriques et empiriques rattach\u00e9es \u00e0 ces notions-cl\u00e9s.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\"><em>Petite psychologie de l&rsquo;anniversaire<\/em> constitue une v\u00e9ritable mine d&rsquo;informations sur les dimensions psychologiques, sociologiques et historiques de l&rsquo;avanc\u00e9e en \u00e2ge. La lecture de l&rsquo;ouvrage laisse clairement percevoir la volont\u00e9 de l&rsquo;auteur de ne laisser aucun contenu de c\u00f4t\u00e9. Cette rigueur constitue une des plus belles qualit\u00e9s de ce livre. En m\u00eame temps, c&rsquo;est l\u00e0 un choix qui parfois se manifeste plus n\u00e9gativement sur le plan de la fluidit\u00e9 du texte dans certaines sections du livre. Certains des d\u00e9tours emprunt\u00e9s ne permettent pas toujours au lecteur de maintenir un lien avec le contenu pr\u00e9alablement trait\u00e9.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">La richesse de ce livre ne se situe pas uniquement dans le contenu de ses diff\u00e9rents chapitres. Cette g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 de la part de l&rsquo;auteur se refl\u00e8te \u00e9galement dans des r\u00e9f\u00e9rences biographiques nombreuses et multidisciplinaires qui portent autant sur des r\u00e9f\u00e9rences essentielles, des trait\u00e9s, des essais, des \u00e9tudes empiriques, que sur une panoplie d&rsquo;\u0153uvres d&rsquo;art et de fiction en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la litt\u00e9rature, la peinture et la sculpture, des \u0153uvres cin\u00e9matographiques et des chansons. Pour celles et ceux qui souhaiteraient parcourir plus rapidement cet ouvrage, sachez que l&rsquo;auteur a pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 la fin de celui-ci un jeu-questionnaire sur l&rsquo;anniversaire en 25 questions qui r\u00e9sume ses \u00e9l\u00e9ments et ses dimensions les plus importantes.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\"><strong>Louis Cournoyer<\/strong><br \/>\nConseiller d&rsquo;orientation<br \/>\nDoctorant en \u00e9ducation<br \/>\nUniversit\u00e9 de Sherbrooke Sherbrooke (Qu\u00e9bec)<\/p>\n<hr \/>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-6850 size-full\" src=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2008\/02\/Volume11_3-4_LIVRE_negroni.jpg\" alt=\"Volume11_3-4_LIVRE_negroni\" width=\"250\" height=\"366\" srcset=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2008\/02\/Volume11_3-4_LIVRE_negroni.jpg 250w, https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2008\/02\/Volume11_3-4_LIVRE_negroni-205x300.jpg 205w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\"><b class=\"titre\">Catherine N\u00e9groni<\/b><br \/>\nReconversion professionnelle volontaire. Changer d&#8217;emploi, changer de vie. Un regard sociologique sur les bifurcations<br \/>\nCollection : Soci\u00e9tales<br \/>\nParis : Armand Colin, 2007<br \/>\n264 pages, ISBN : 978-2-200-26955-5<br \/>\n25,40 euros<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Armand Colin : <u>www.armand-colin.com<\/u><\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">La crise de l&#8217;emploi et la perte de confiance dans les relations contractuelles, le bouleversement des valeurs et l&rsquo;expansion de la sph\u00e8re priv\u00e9e sont des facteurs qui am\u00e8nent l&rsquo;individu \u00e0 forger les conditions de sa propre existence et \u00e0 se consid\u00e9rer comme une entreprise lib\u00e9rale. Le changement est fortement valoris\u00e9 et la reconversion volontaire donne la possibilit\u00e9 de recommencer son insertion professionnelle et de recomposer son identit\u00e9. Cela devient une d\u00e9marche ordinaire, \u00e0 la fois individuelle et sociale, propre \u00e0 l&rsquo;individu qui en est le seul initiateur et sociale parce que la soci\u00e9t\u00e9 l&rsquo;encourage.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;auteure a surtout \u00e9cout\u00e9 les individus qui ont mis en \u0153uvre une telle reconversion. Elle distingue cinq \u00e9tapes dans cette d\u00e9marche : la vocation contr\u00e9e (nous pr\u00e9f\u00e9rions parler de choix contrari\u00e9), le d\u00e9sengagement, la latence, la bifurcation, le r\u00e9engagement. Ces cinq \u00e9tapes constituent les principaux chapitres de son \u00e9tude. L&rsquo;auteure examine ensuite les conditions sociales (\u00e2ge, sexe, cat\u00e9gories socioprofessionnelles) et met en \u00e9vidence plusieurs figures de la reconversion professionnelle volontaire et \u00ab\u00a0plusieurs formes du travail d&rsquo;auto-construction de soi\u00a0\u00bb (p.14).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Avant d&rsquo;aborder le c\u0153ur de son sujet, l&rsquo;auteure consacre un chapitre \u00e0 la sociologie de la reconversion professionnelle volontaire. Y sont abord\u00e9 des th\u00e8mes pertinents qui encadrent ou influencent les reconversions volontaires. Par exemple, la soci\u00e9t\u00e9 salariale malmen\u00e9e dans laquelle l&rsquo;opposition entre travail et ch\u00f4mage s&rsquo;affaiblit avec le recul du contrat de travail \u00e0 dur\u00e9e ind\u00e9termin\u00e9e au profit de formes pr\u00e9caires (in\u00e9galit\u00e9, exclusion). Le contrat social (travail, plein-emploi, couverture sociale) de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre est \u00e9branl\u00e9, il n&rsquo;est plus une valeur s\u00fbre. La s\u00e9curit\u00e9 de l&#8217;emploi n&rsquo;est plus garantie. L&rsquo;unicit\u00e9 de l&#8217;employeur est mise en \u00e9chec. Les reconversions industrielles massives constituent d\u00e9sormais un espace dans lequel les employeurs se d\u00e9sengagent, entra\u00eenant ainsi un affaiblissement des liens de contractualisation entre employeurs et employ\u00e9s ! La reconversion professionnelle volontaire s&rsquo;est construite \u00e0 travers des reconversions massives de l&rsquo;industrie. Le travail reste une valeur centrale dans la mesure o\u00f9 il peut assurer un \u00e9panouissement individuel, et pas seulement \u00e0 ceux qui occupent des postes \u00e0 responsabilit\u00e9s.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est la raison pour laquelle la valeur accord\u00e9e \u00e0 l&rsquo;individu, la valorisation de la vie priv\u00e9e et l&rsquo;intensit\u00e9 des rapports \u00e0 soi prennent de l&rsquo;importance. Une s\u00e9rie de dispositifs encourage cette reconversion : droit \u00e0 la formation, cong\u00e9 individuel de formation, validation des acquis de l&rsquo;exp\u00e9rience professionnelle, l&rsquo;aide au retour \u00e0 l&#8217;emploi, bilan des comp\u00e9tences, etc.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">La reconversion professionnelle volontaire se situe dans le cadre de la mobilit\u00e9 professionnelle, du changement d&#8217;emploi, diff\u00e9rente de la mobilit\u00e9 sociale. Cependant, elle ne se borne pas \u00e0 la sph\u00e8re professionnelle. \u00ab\u00a0Elle offre la vision d&rsquo;un grand angle sur le parcours de vie et de mani\u00e8re plus appuy\u00e9e, sur la biographie\u00a0\u00bb. Elle \u00ab\u00a0se situe au c\u0153ur des biographies\u00a0\u00bb (p .33). Il ne s&rsquo;agit pas de changements de r\u00f4le, mais d&rsquo;une certaine fa\u00e7on de la recherche de l&rsquo;\u00e9panouissement personnel, du \u00ab\u00a0bonheur au travail\u00a0\u00bb, quel que soit le secteur d&rsquo;origine ou le groupe d&rsquo;appartenance.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;auteure retient trois crit\u00e8res de la reconversion professionnelle volontaire : la volont\u00e9 de rompre avec une situation d&#8217;emploi ant\u00e9rieure, un d\u00e9lai de quatre ann\u00e9es minimum d&rsquo;anciennet\u00e9 dans l&#8217;emploi ant\u00e9rieur, elle doit \u00eatre choisie et anticip\u00e9e.<\/p>\n<p class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\">Les \u00e9tapes de la reconversion volontaire<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">La vocation contr\u00e9e (chap.2) doit \u00eatre comprise comme le fait, pour un individu, d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 contrari\u00e9 dans ses attirances pour une profession ou un domaine professionnel particulier. Une mauvaise orientation, l&rsquo;\u00e9chec au bac ou l&rsquo;interruption des \u00e9tudes en raison de contraintes financi\u00e8res, mais aussi \u00e0 l&rsquo;occasion de la rencontre de l&rsquo;autre, le manque de \u00ab\u00a0rationalit\u00e9 \u00e9conomique\u00a0\u00bb et les contraintes du march\u00e9, ou encore \u00e0 cause de l&rsquo;injonction parentale sont autant de raisons qui aboutissent \u00e0 l&rsquo;abandon du projet initial, alors que celui-ci concr\u00e9tisait les int\u00e9r\u00eats professionnels de l&rsquo;individu. La premi\u00e8re insertion est souvent d\u00e9peinte comme une situation temporaire ne correspondant pas aux aspirations ni aux d\u00e9sirs de la personne.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">La sp\u00e9cificit\u00e9 du discours des femmes sur leur vocation contrari\u00e9e r\u00e9side dans la lutte qui les oppose aux hommes pour parvenir \u00e0 se construire. D&rsquo;abord leurs p\u00e8res qui veulent que leurs filles soient des \u00e9pouses soumises et qu&rsquo;elles soient garantes d&rsquo;un mod\u00e8le familial o\u00f9 le pouvoir appartient aux hommes. Dans les milieux populaires, la tendance est de mettre en avant la construction de la famille, le travail des femmes \u00e9tant consid\u00e9r\u00e9 comme subalterne, comme un revenu d&rsquo;appoint. Le sch\u00e9ma classique dans lequel la femme s&rsquo;\u00e9panouit au foyer avec ses enfants est encore tr\u00e8s pr\u00e9gnant. Le statut d&rsquo;a\u00een\u00e9e conf\u00e8re aux femmes un r\u00f4le particulier au sein de la famille. Elles doivent seconder la m\u00e8re dans sa fonction de m\u00e8re de famille. Les \u00e9tudes deviennent secondaires. Les choses se confirment dans le cas des familles commer\u00e7antes : elles constituent autant d&rsquo;injonctions qui dissuadent des vell\u00e9it\u00e9s de poursuite des \u00e9tudes pour les adolescentes (p.63). M\u00eame lorsque les deux parents affichent des attentes communes pour leur enfant, le projet parental n&rsquo;est jamais univoque. Il est travers\u00e9 par deux logiques, auxquelles l&rsquo;enfant est confront\u00e9, l&rsquo;une qui pousse \u00e0 la reproduction, l&rsquo;autre \u00e0 la diff\u00e9renciation. Mais, en bien des cas, si la m\u00e8re ne travaille pas, c&rsquo;est le projet paternel qui s&rsquo;impose. Toutefois, la place croissante des femmes sur le march\u00e9 du travail fait qu&rsquo;elles aussi deviennent un r\u00e9f\u00e9rent social, offrant comme les hommes une image d&rsquo;identification. \u00c0 condition qu&rsquo;il ne s&rsquo;agisse pas d&rsquo;un emploi pr\u00e9caire et sans qualification, car dans ce cas on s&rsquo;en d\u00e9marque, plut\u00f4t que de s&rsquo;y identifier. Mais le jeune qui a le sentiment que ses parents ont fait des sacrifices pour financer ses \u00e9tudes se sent redevable : sa r\u00e9ussite sera symboliquement une restitution. Il arrive que la vocation contr\u00e9e ait deux faces : ou elle ouvre directement dans la phase de latence ou elle s&rsquo;enlise dans la frustration.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Le d\u00e9sengagement (chap.3) est le moment o\u00f9 le processus de d\u00e9sinvestissement peut se d\u00e9clencher. C&rsquo;est le passage d&rsquo;un \u00e9tat d&rsquo;insertion \u00e0 celui de d\u00e9sinsertion temporaire (p.79). Les personnes se d\u00e9sengagent parce qu&rsquo;elles sont insatisfaites de leur situation professionnelle. Une restructuration, un changement de direction, une fusion d&rsquo;entreprises autant de situations qui viennent modifier les conditions de travail ou cr\u00e9er des situations de travail sans perspective d&rsquo;\u00e9volution. Elles vont \u00eatre d\u00e9terminantes dans la reconversion professionnelle volontaire, surtout si elles g\u00e9n\u00e8rent un sentiment d&rsquo;injustice du point de vue de la r\u00e9mun\u00e9ration ou de celui d&rsquo;une promotion. Si, en outre, elles d\u00e9truisent la bonne ambiance qui r\u00e9gnait entre salari\u00e9s et si l&rsquo;atmosph\u00e8re devient insupportable (harc\u00e8lement moral, nouvel encadrement, nouveau management, d\u00e9gradation du climat relationnel), provoquant brusquement le sentiment que la situation est devenue intol\u00e9rable. Pour les femmes, la non-reconnaissance semble d\u00e9terminante. D\u00e8s qu&rsquo;elles ont des enfants, la situation des femmes devient difficile, car la plupart des entreprises attendent qu&rsquo;elles se comportent comme leurs homologues masculins, qu&rsquo;elles aient des enfants ou pas (p.96). Lorsque les individus disent occuper un poste sans l&rsquo;avoir choisi et sans conviction, c&rsquo;est le signe d&rsquo;un d\u00e9sengagement et cela pr\u00e9dit une sortie rapide de l&#8217;emploi pour faire autre chose! Le discours sur le d\u00e9sengagement montre un int\u00e9r\u00eat faible pour le travail effectu\u00e9 avec la sensation d&rsquo;y perdre son temps. Il n&rsquo;a donc pas lieu de le poursuivre. Le d\u00e9sengagement est le passage d&rsquo;une insatisfaction plurielle \u00e0 une souffrance qui ouvre sur l&rsquo;action. Si l&rsquo;action n&rsquo;a pas lieu, la souffrance se meut en souffrance psychologique (p.103).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">La latence (chap. 4) est la mise \u00e0 distance des engagements ant\u00e9rieurs \u00e0 cause de certaines situations (mal-\u00eatre au travail, souffrances, d\u00e9consid\u00e9ration, etc.). Elle introduit une distance entre la personne et son travail, d&rsquo;o\u00f9 un d\u00e9sengagement progressif. Le cong\u00e9 parental, la formation, le ch\u00f4mage sont aussi des p\u00e9riodes propices pour r\u00e9interpr\u00e9ter n\u00e9gativement les \u00e9v\u00e9nements qui se sont produits sur le lieu du travail. C&rsquo;est une p\u00e9riode d&rsquo;incubation dans laquelle la personne conna\u00eet des doutes, prend conscience de l&rsquo;incompl\u00e9tude de son travail ant\u00e9rieur, consid\u00e8re que le non-changement serait un \u00e9chec. Elle s&rsquo;envisage autrement. Le d\u00e9sengagement devient actif et la d\u00e9construction des identit\u00e9s pass\u00e9es commence. Tout ceci appartient au temps de l&rsquo;anticipation.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">La bifurcation (chap.5). Le r\u00f4le d&rsquo;autrui et des \u00e9v\u00e9nements marquants ou \u00ab\u00a0tournants de l&rsquo;existence\u00a0\u00bb (malheureux, heureux ou neutres) sont pr\u00e9pond\u00e9rants en cette p\u00e9riode. Ces tournants bouleversent la vie et constituent, dans certains cas, des \u00ab\u00a0correcteurs\u00a0\u00bb du parcours.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Il appartient \u00e0 la personne de leur donner un sens et de les saisir en tant qu&rsquo;opportunit\u00e9s. Ces \u00e9v\u00e9nements deviennent alors des \u00ab\u00a0\u00e9v\u00e9nements d\u00e9clencheurs\u00a0\u00bb qui font sortir la personne de la latence. Parmi ces \u00e9v\u00e9nements d\u00e9clencheurs, l&rsquo;auteure s&rsquo;attarde sur les naissances et sur le divorce. L&rsquo;homme peut facilement cumuler paternit\u00e9 et r\u00e9ussite professionnelle. Pour la femme, la gestion du temps se pose de mani\u00e8re plus aigu\u00eb. \u00ab\u00a0Le temps consacr\u00e9 au travail pourra \u00eatre v\u00e9cu comme du temps vol\u00e9 \u00e0 l&rsquo;enfant\u00a0\u00bb (p.139). Pour elle, la trajectoire professionnelle est reconsid\u00e9r\u00e9e \u00e0 chaque grossesse. Cet \u00e9v\u00e9nement peut \u00eatre l&rsquo;occasion d&rsquo;un repositionnement, d&rsquo;un r\u00e9ajustement de sa carri\u00e8re. Elle devient alors plus offensive dans ses revendications en vue d&rsquo;atteindre un statut qui sollicite la prise de responsabilit\u00e9s jusqu&rsquo;alors refus\u00e9e, ou une promotion ou une augmentation de salaire. Les enfants deviennent des \u00ab\u00a0autruis\u00a0\u00bb significatifs. \u00ab\u00a0Le divorce constitue un \u00e9v\u00e9nement d\u00e9clencheur dans les trajectoires masculines comme dans les trajectoires f\u00e9minines\u00a0\u00bb (p.140). Pour les femmes, c&rsquo;est l&rsquo;occasion \u00ab\u00a0de s&rsquo;affirmer dans le travail et de se construire une identit\u00e9 professionnelle\u00a0\u00bb (p.140). Pour les hommes, les ruptures entra\u00eenent le d\u00e9sir, surtout chez les cadres, d&rsquo;\u00e9quilibrer vie priv\u00e9e et vie professionnelle. Lorsque les femmes ont l&rsquo;initiative de la rupture, les d\u00e9cisions de divorcer et de changer d&#8217;emploi sont souvent prises en m\u00eame temps. Avoir eu l&rsquo;initiative du divorce est pour elles un facteur qui incite \u00e0 la prise en charge de soi. Quant aux hommes, l&rsquo;attitude adopt\u00e9e est celle de s&rsquo;accrocher au travail. Celui-ci appara\u00eet comme un rempart solide pour ne pas sombrer. D&rsquo;autres \u00e9v\u00e9nements plus banals peuvent \u00eatre d\u00e9terminants dans la r\u00e9orientation des trajectoires professionnelles, la rencontre d&rsquo;un professionnel, un \u00e9v\u00e9nement public, l&rsquo;\u00e9chec \u00e0 un examen. Et puis il y a les proches \u00e0 qui l&rsquo;on confie ses difficult\u00e9s au travail et son intention de changer (la famille, les parents, les coll\u00e8gues, les enfants). Le soutien des proches et leur adh\u00e9sion permettent de mener \u00e0 bien la bifurcation. Dans leur r\u00e9orientation professionnelle, les hommes se plaisent \u00e0 souligner l&rsquo;importance de la rencontre de leur nouvelle compagne. Pour les femmes, la rencontre de type amoureux ne semble pas \u00eatre un \u00e9l\u00e9ment d\u00e9terminant dans leur reconversion professionnelle. La rencontre ne provoque pas n\u00e9cessairement une nouvelle orientation. Toutefois, parce qu&rsquo;elle est porteuse de sens, la rencontre peut intervenir de fa\u00e7on d\u00e9cisive dans la reconversion professionnelle. C&rsquo;est l&rsquo;ami qui trouve l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une reconversion pouvant correspondre aux centres d&rsquo;int\u00e9r\u00eat de sa compagne, mais \u00ab\u00a0il est beaucoup plus fr\u00e9quent que les femmes aient un r\u00f4le pr\u00e9pond\u00e9rant dans la d\u00e9cision de reconversion de leur conjoint ou ami\u00a0\u00bb (p.153).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Le r\u00e9engagement (chap. 6) est la nouvelle voie choisie par la personne. Elle implique incertitude et complexit\u00e9. Il s&rsquo;agit, en effet, de r\u00e9aliser un projet qui est de l&rsquo;ordre du singulier, du \u00ab\u00a0surmesure\u00a0\u00bb, et non du r\u00e9p\u00e9table. Pour cela, il faut avoir \u00e9valu\u00e9 ses capacit\u00e9s, ses comp\u00e9tences. Dans cette perspective, le bilan de comp\u00e9tences joue un r\u00f4le dynamisant dans la d\u00e9marche de changement. Dans 80\u00a0% des cas, il \u00ab\u00a0est consid\u00e9r\u00e9 comme tr\u00e8s utile pour acqu\u00e9rir une meilleure connaissance de soi\u00a0\u00bb et dans 50,55\u00a0%, il est \u00ab\u00a0une aide \u00e0 la construction d&rsquo;un projet de formation coh\u00e9rent\u00a0\u00bb (p.163). Le cong\u00e9 individuel de formation devient un support pour la reconversion professionnelle volontaire. Le cong\u00e9 parental, pour la femme a une double fonction : \u00eatre aupr\u00e8s des enfants et se former. \u00ab\u00a0\u00catre enceinte pendant le temps de la formation appara\u00eet davantage comme une optimisation du temps que le fait du hasard\u00a0\u00bb (p.165). Pour tous, le temps de formation est consid\u00e9r\u00e9 comme un sas entre ancienne et nouvelle insertion. Pour certains, il peut \u00eatre v\u00e9cu comme une exp\u00e9rience douloureuse, qui fait revivre la p\u00e9riode scolaire. Pour d&rsquo;autres, il appara\u00eet comme un retour plaisant dans un univers plut\u00f4t jeune. Souvent, il est v\u00e9cu comme une pause dans le rythme qu&rsquo;impose la vie professionnelle. Et cela, malgr\u00e9 le risque qu&rsquo;il rec\u00e8le de ne pas r\u00e9ussir le stage, de ne pas d\u00e9crocher le dipl\u00f4me, de d\u00e9cevoir les autres ou d&rsquo;\u00eatre contraint de retourner dans son entreprise. Ce qui serait un \u00e9chec. La r\u00e9ussite appara\u00eet alors comme la seule issue possible.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Le r\u00e9engagement permet de r\u00e9aliser sa vocation premi\u00e8re, de prendre conscience que l&#8217;emploi occup\u00e9 n&rsquo;est que provisoire et de d\u00e9couvrir un nouvel espace de vie. Peu importe alors le nouveau statut, m\u00eame s&rsquo;il implique la r\u00e9duction du train de vie, pourvu que l&rsquo;on sorte d&rsquo;un univers ressenti comme enfermant. Car la nouvelle chance que constitue cette reconversion et le projet qu&rsquo;elle porte conduisent \u00e0 une nouvelle image soi, \u00e0 une identit\u00e9 professionnelle en rupture avec la famille, non pas en rupture de liens affectifs, mais la revendication et l&rsquo;affirmation d&rsquo;un autre r\u00f4le, d&rsquo;un nouveau moi.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Les d\u00e9clinaisons sociales de la reconversion (chap. 7). Il y aurait une temporalit\u00e9 favorable \u00e0 la reconversion, celle qui se situerait au mi-temps de la carri\u00e8re professionnelle. L&rsquo;\u00e2ge est \u00e9voqu\u00e9 dans de nombreux entretiens. S&rsquo;il n&rsquo;est pas un \u00e9l\u00e9ment d\u00e9clencheur, il intervient dans la d\u00e9cision de la reconversion. En effet, l&rsquo;\u00e2ge moyen de la reconversion est de 34 ans sur l&rsquo;\u00e9chantillon observ\u00e9, i.e. 86 personnes. \u00ab\u00a0Il semble qu&rsquo;il y ait un seuil d&rsquo;\u00e2ge au-del\u00e0 duquel la r\u00e9orientation de carri\u00e8re n&rsquo;est plus envisag\u00e9e\u00a0\u00bb (p.188). Le seuil critique pour se r\u00e9ins\u00e9rer serait la barre de 40 ans. Les reconversions chez les hommes se font davantage sous la contrainte : anticipations de restructuration d&rsquo;entreprise, allergie \u00e0 des produits, accidents, incapacit\u00e9s \u00e0 exercer le m\u00e9tier initial. Quant aux femmes, le temps hors travail, \u2014 avec l&rsquo;\u00e9ternel recommencement des t\u00e2ches domestiques et l&rsquo;absence de temps pour soi qu&rsquo;il implique \u2014 les am\u00e8ne \u00e0 refuser un travail en entreprise trop stressant ou de plus grande pr\u00e9carit\u00e9. Elles s&rsquo;engagent alors plus facilement dans une reconversion professionnelle. On peut s&rsquo;interroger sur l&rsquo;effet \u00ab\u00a0mise en couple\u00a0\u00bb. Celui-ci peut intervenir, lors de l&rsquo;insertion professionnelle initiale, pour les femmes issues des cat\u00e9gories socioprofessionnelles populaires. Ces femmes auraient alors tendance \u00e0 s&rsquo;ins\u00e9rer dans le premier emploi venu pour permettre au couple de s&rsquo;installer. Cet effet de \u00ab\u00a0mise en couple\u00a0\u00bb ne serait pas pr\u00e9sent chez les femmes issues de milieux plus favoris\u00e9s et n&rsquo;entraverait pas leur projet professionnel. Ceci n&#8217;emp\u00eache pas la tendance qui donne tacitement la priorit\u00e9 aux carri\u00e8res masculines. Les carri\u00e8res masculines sont consid\u00e9r\u00e9es implicitement comme de \u00ab\u00a0vraies carri\u00e8res\u00a0\u00bb, alors que les carri\u00e8res f\u00e9minines correspondent en g\u00e9n\u00e9ral au d\u00e9sir des femmes de travailler. La reconversion montre que, toutes cat\u00e9gories confondues, les individus se sont reconvertis pour une meilleure situation. C&rsquo;est le cas notamment dans la cat\u00e9gorie des employ\u00e9s en direction de professions interm\u00e9diaires ou de cadres.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Changer de vie, changer sa vie (chap.8). La trame des r\u00e9cits biographiques montre un encha\u00eenement d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements structurants qui l&rsquo;ont marqu\u00e9e. Une construction id\u00e9ale typique pr\u00e9sent\u00e9e par l&rsquo;auteure montre quatre types de reconversion (p.208) :<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">La reconversion passion : vivre son hobby\u00a0; revenir \u00e0 d&rsquo;anciennes amours ou vivre sa passion d&rsquo;enfant\u00a0; se d\u00e9couvrir une passion.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">La reconversion promotionnelle : compenser un sentiment d&rsquo;\u00e9chec scolaire\u00a0; apprendre et toujours apprendre.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">La reconversion stabilisation d&#8217;emploi : se stabiliser professionnellement\u00a0; trouver sa place\u00a0; anticiper l&rsquo;avenir.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">La reconversion \u00e9quilibre : recherche d&rsquo;un \u00e9quilibre entre sph\u00e8re priv\u00e9e et sph\u00e8re professionnelle\u00a0; \u00ab\u00a0mettre la p\u00e9dale douce\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;auteure illustre successivement \u00ab\u00a0la figure de la passion\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0la figure de la promotion\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0la figure de la stabilisation\u00a0\u00bb, et \u00ab\u00a0la figure de l&rsquo;\u00e9quilibre\u00a0\u00bb par des cas concrets. Pour chacun d&rsquo;eux elle reprend les phases de la vocation contr\u00e9e, du d\u00e9sengagement, de la latence, la bifurcation et du r\u00e9engagement. La figure de l&rsquo;\u00e9quilibre est particuli\u00e8rement bien illustr\u00e9e par \u00c9lise, 37 ans, qui d\u00e9sire privil\u00e9gier sa vie de famille tout en assurant sa s\u00e9curit\u00e9 par son ind\u00e9pendance financi\u00e8re (p.226-231).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Dans sa conclusion (p.233-239), Catherine N\u00e9groni, sociologue et ma\u00eetre de conf\u00e9rences, souligne plusieurs points. La reconversion \u00ab\u00a0est une entreprise difficile et co\u00fbteuse\u00a0\u00bb, car prendre la d\u00e9cision de quitter son emploi est une r\u00e9elle prise de risque. Cette reconversion s&rsquo;av\u00e8re \u00eatre un objet privil\u00e9gi\u00e9 pour l&rsquo;\u00e9tude de l&rsquo;individu comme acteur. Il se trouve, \u00e0 ce moment-l\u00e0, \u00e0 la crois\u00e9e de deux chemins : le rapport \u00e0 soi et le rapport \u00e0 autrui.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Le rapport \u00e0 soi passe par diff\u00e9rentes \u00e9tapes qui ne sont pas toujours lin\u00e9aires : la reconversion peut rester bloqu\u00e9e dans une \u00e9tape et la d\u00e9marche s&rsquo;arr\u00eate. La \u00ab\u00a0vocation contr\u00e9e\u00a0\u00bb, premi\u00e8re phase du processus de reconversion, est une justification de la d\u00e9marche entreprise, son bienfond\u00e9, face \u00e0 autrui. Elle est la charpente de la reconversion et restera pr\u00e9sente tout au long du processus. Le \u00ab\u00a0d\u00e9sengagement\u00a0\u00bb est alors amorc\u00e9. Il introduit une distance avec l&rsquo;univers professionnel, une d\u00e9simplication (due \u00e0 l&rsquo;insatisfaction), est alors reconnu dans le discours. Elle peut se traduire par un am\u00e9nagement ou une r\u00e9duction du temps de travail ou par l&rsquo;investissement d&rsquo;objets ext\u00e9rieurs \u00e0 l&rsquo;univers professionnel. La phase de \u00ab\u00a0latence\u00a0\u00bb cantonne l&rsquo;individu dans une posture d&rsquo;ext\u00e9riorit\u00e9, de subjectivit\u00e9 et de r\u00e9flexion. La \u00ab\u00a0bifurcation\u00a0\u00bb est en g\u00e9n\u00e9ral marqu\u00e9e par un \u00e9v\u00e9nement, parfois ordinaire, mais alors investi dans un sens privil\u00e9gi\u00e9. Quelle que soit la teneur de \u00ab\u00a0ce qui arrive\u00a0\u00bb, des d\u00e9cisions sont prises, des changements sont engag\u00e9s. On entre dans l&rsquo;irr\u00e9versibilit\u00e9. Le \u00ab\u00a0r\u00e9engagement\u00a0\u00bb tire sa consistance d&rsquo;une mise en coh\u00e9rence permanente entre les objectifs qu&rsquo;on s&rsquo;est donn\u00e9s et les raisons qui justifient de les poursuivre. Dans cette phase, apr\u00e8s les \u00e9checs, les remises en question et les frustrations, \u00ab\u00a0les individus ont l&rsquo;impression de devenir autres alors qu&rsquo;ils n&rsquo;ont jamais eu autant le sentiment de devenir eux-m\u00eames\u00a0\u00bb (p.236).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Le rapport \u00e0 autrui montre combien ce dernier est central dans la reconversion. La tournure que prendra cette situation est, en effet, li\u00e9e en partie aux r\u00e9actions de l&rsquo;entourage et des amis. Si l&rsquo;entourage r\u00e9agit n\u00e9gativement au d\u00e9sir de changer de m\u00e9tier, les doutes s&rsquo;installeront et l&rsquo;individu tendra \u00e0 r\u00e9\u00e9<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>William Bridges (2006). Transitions de vie Comment s&rsquo;adapter aux tournants de notre existence Guylaine Michaud, Patricia Dionne et Ginette Beaulieu (2006). Le bilan de comp\u00e9tences. 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