{"id":6815,"date":"2005-02-04T16:34:48","date_gmt":"2005-02-04T15:34:48","guid":{"rendered":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/?p=6815"},"modified":"2016-02-04T16:45:36","modified_gmt":"2016-02-04T15:45:36","slug":"lessor-dune-psychologie-des-interets-professionnels","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/2005\/lessor-dune-psychologie-des-interets-professionnels\/","title":{"rendered":"L\u2019essor d\u2019une psychologie des int\u00e9r\u00eats professionnels"},"content":{"rendered":"<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\"><em><b>Bernard T\u00c9TREAU<a href=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2005\/02\/Volume10_1-2_05_essor.pdf\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright wp-image-6682 size-full\" src=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/PDF.png\" alt=\"PDF\" width=\"50\" height=\"50\" \/><\/a><br \/>\n<\/b><\/em><b>Universit\u00e9 de Montr\u00e9al, D\u00e9partement de psychologie<\/b><\/p>\n<hr width=\"100%\" \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span class=\"lien-1\"><a href=\"#auteur\">Auteur<\/a><\/span><\/strong><\/p>\n<p class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><strong><span class=\"s-titre\">R\u00e9sum\u00e9<a href=\"#abstract\">\/Abstract<\/a><\/span><\/strong><\/p>\n<p class=\"resume\" style=\"text-align: justify;\">Chaque ann\u00e9e des millions de personnes remplissent un questionnaire d\u2019int\u00e9r\u00eats professionnels. Il y a maintenant 80 ans que Edward K. Strong avait commenc\u00e9 ses travaux pionniers sur la mesure des int\u00e9r\u00eats professionnels \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Stanford. Depuis, les conseillers et les psychologues de l\u2019orientation n\u2019ont cess\u00e9 de se poser les m\u00eames questions auxquelles il essayait de r\u00e9pondre. Quels sont la nature, l\u2019origine et le r\u00f4le des int\u00e9r\u00eats dans nos vies? Diff\u00e8rent-ils selon le sexe et la profession? La mesure qu\u2019on peut en faire permet-elle de pr\u00e9dire les choix et les comportements professionnels? Cet article tente de faire le point sur l\u2019\u00e9tat actuel de la recherche concernant ces questions et d\u2019autres qui y sont reli\u00e9es.<\/p>\n<p class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><strong>Contenu<\/strong><\/p>\n<p class=\"lien-1\" style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#contenu1\">Introduction<\/a><\/p>\n<p class=\"lien-1\" style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#contenu2\"> Les pionniers : Edward K. Strong jr. (1884-1963) et Frederic Kuder (1903-2000)<\/a><\/p>\n<p class=\"lien-1\" style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#contenu3\">Les int\u00e9r\u00eats expriment la personnalit\u00e9\u00a0: John L. Holland (1919-\u2026)<\/a><\/p>\n<p class=\"lien-1\" style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#contenu4\"> L\u2019origine et le d\u00e9veloppement des int\u00e9r\u00eats\u00a0: Donald E. Super (1910-1994) <\/a><\/p>\n<p class=\"lien-1\" style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#contenu5\">En conclusion<\/a><\/p>\n<hr align=\"left\" width=\"33%\" \/>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><a name=\"contenu1\"><\/a>Introduction<\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Les choix et l\u2019orientation professionnels d\u2019une personne l\u2019affectent tout au long de sa vie. Bien avant qu\u2019on \u00e9tudie le ph\u00e9nom\u00e8ne de fa\u00e7on scientifique, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 ce qu\u2019en pensait Blaise Pascal, au 17<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, lui qui estimait que \u00ab\u00a0La chose la plus importante \u00e0 toute vie est le choix du m\u00e9tier\u00a0: un hasard en dispose.\u00a0\u00bb (Chevalier, 1954, p. 1122). Ce n\u2019est toutefois qu\u2019au d\u00e9but du 20<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, par suite de l\u2019av\u00e8nement de la r\u00e9volution industrielle et de l\u2019exode rural, que la probl\u00e9matique de l\u2019orientation professionnelle, telle qu\u2019elle pouvait se poser \u00e0 de jeunes Am\u00e9ricains en qu\u00eate d\u2019un gagne-pain dans la ville de Boston, fit sp\u00e9cifiquement l\u2019objet d\u2019un volume, \u00ab\u00a0<i>Choosing a vocation\u00a0<\/i>\u00bb de Frank Parsons (1909). Ce dernier y pr\u00e9sentait alors les \u00e9l\u00e9ments essentiels d\u2019une approche traits-facteurs appliqu\u00e9e \u00e0 cette probl\u00e9matique. Il invitait en effet le lecteur \u00e0 d\u00e9cider de son avenir professionnel en r\u00e9fl\u00e9chissant rigoureusement au rapport de convenance entre ses caract\u00e9ristiques personnelles, notamment ses capacit\u00e9s et ses int\u00e9r\u00eats, et celles des professions consid\u00e9r\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans l\u2019avant-propos \u00e0 leur revue exhaustive des th\u00e9ories et recherches concernant le choix professionnel et le d\u00e9veloppement de carri\u00e8re, Bujold et Gingras (2000) font remarquer qu\u2019il a fallu attendre quelques d\u00e9cennies pour voir d\u2019autres auteurs, surtout am\u00e9ricains, prendre la rel\u00e8ve de Parsons pour tenter d\u2019expliquer ce choix et ce d\u00e9veloppement. Ils font aussi remarquer, toutefois, que depuis les ann\u00e9es 1950, les publications faisant \u00e9tat de recherches empiriques et de nouvelles conceptualisations n\u2019ont cess\u00e9 d\u2019augmenter substantiellement \u00e0 chaque d\u00e9cennie, au point o\u00f9 certaines th\u00e9ories en sont venues \u00e0 ne conserver qu\u2019une valeur historique, tandis que d\u2019autres continuaient de stimuler l\u2019int\u00e9r\u00eat des chercheurs et des praticiens de l\u2019orientation. Parmi ces derni\u00e8res, celles de Holland (1959, 1997) et de Super (Super, 1953, 1957; Super, Savickas et Super, 1996) constituent sans aucun doute deux r\u00e9f\u00e9rences parmi les plus incontournables dans le domaine. Ces deux auteurs ont effectivement apport\u00e9 une contribution exceptionnelle \u00e0 la compr\u00e9hension du processus du choix de carri\u00e8re, et en particulier \u00e0 l\u2019\u00e9gard du r\u00f4le des int\u00e9r\u00eats professionnels dans ce processus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Parall\u00e8lement \u00e0 ces efforts de conceptualisation qui se sont poursuivis \u00e0 partir des ann\u00e9es 1950, la recherche dans les diff\u00e9rents secteurs de la psychom\u00e9trie, et plus particuli\u00e8rement celle relative aux m\u00e9thodes de mesure des int\u00e9r\u00eats professionnels que Strong (1927) et Kuder (1936) avaient mise au point dans l\u2019entre-deux-guerres, a continu\u00e9 de se d\u00e9velopper et de contribuer tant au raffinement des formulations th\u00e9oriques et des techniques qu\u2019\u00e0 l\u2019am\u00e9lioration des pratiques d\u2019orientation. De sorte qu\u2019\u00e0 l\u2018aube du troisi\u00e8me mill\u00e9naire, on doit reconna\u00eetre que si des facteurs externes impr\u00e9visibles interviennent toujours dans le cheminement professionnel des personnes, celles-ci disposent maintenant d\u2019un r\u00e9pertoire consid\u00e9rable d\u2019outils th\u00e9oriques et pratiques susceptibles de les aider \u00e0 mieux composer avec le hasard et d\u2019en ma\u00eetriser les effets.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour circonscrire mon propos dans cet article, je me sers des quatre auteurs dont je viens de souligner l\u2019importance. Comme mon expos\u00e9 le montrera, d\u2019autres chercheurs ont bien s\u00fbr apport\u00e9 des contributions significatives \u00e0 l\u2019essor de la psychologie des int\u00e9r\u00eats professionnels telle que nous la r\u00e9v\u00e8lent les \u00e9crits scientifiques disponibles \u00e0 ce jour.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\"><a id=\"contenu2\" name=\"contenu2\"><\/a>Les pionniers : Edward K. Strong jr. (1884-1963) et Frederic Kuder (1903-2000)<\/h3>\n<p class=\"intertitre\" style=\"text-align: justify;\">D\u00e9finitions empiriques des int\u00e9r\u00eats<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Super et Crites (Super et Crites, 1962; Super, 1964; Crites, 1999) ont identifi\u00e9 quatre m\u00e9thodes pour \u00e9valuer et d\u00e9finir les int\u00e9r\u00eats professionnels\u00a0de fa\u00e7on op\u00e9rationnelle\u00a0: 1) les <b>int\u00e9r\u00eats exprim\u00e9s<\/b>, ce qu\u2019on dit trouver int\u00e9ressant, qui sont ceux que la personne dit \u00eatre les siens en r\u00e9ponse \u00e0 des questions orales ou \u00e9crites; 2) les <b>int\u00e9r\u00eats manifest\u00e9s<\/b>, qu\u2019on peut observer dans le comportement quotidien et qui s\u2019expriment par les activit\u00e9s (loisirs, b\u00e9n\u00e9volat, emploi) de la personne; 3) les <b>int\u00e9r\u00eats inventori\u00e9s<\/b>, au moyen de questionnaires, qu\u2019on appelle inventaires et qui sont compos\u00e9s d\u2019un grand nombre de questions sollicitant l\u2019expression subjective d\u2019int\u00e9r\u00eats, mais dont la notation objective des r\u00e9ponses permet d\u2019\u00e9tablir des niveaux d\u2019int\u00e9r\u00eats et de tracer le profil des pr\u00e9f\u00e9rences de la personne \u00e0 l\u2019\u00e9gard de plusieurs cat\u00e9gories d\u2019int\u00e9r\u00eats; et 4), contrairement aux int\u00e9r\u00eats inventori\u00e9s qui sont bas\u00e9s sur des r\u00e9ponses subjectives, les <b>int\u00e9r\u00eats test\u00e9s<\/b>, au moyen de tests objectifs d\u2019attention et de rappel de ce que la personne peut se souvenir avoir vu ou entendu. De ces quatre d\u00e9finitions op\u00e9rationnelles des int\u00e9r\u00eats professionnels, seulement celle des int\u00e9r\u00eats inventori\u00e9s a fait l\u2019objet de recherches exhaustives (Crites, 1999). Aussi, comme le faisait remarquer Super (1964, p.35), s\u2019il existe aujourd\u2019hui une psychologie des int\u00e9r\u00eats, c\u2019est sans doute \u00e0 cause des inventaires d\u2019int\u00e9r\u00eats professionnels dont la fid\u00e9lit\u00e9 et la validit\u00e9 ont fait l\u2019objet d\u2019une multitude d\u2019\u00e9tudes psychom\u00e9triques (Fouad, 1999), notamment dans le cas du plus ancien encore en usage aujourd\u2019hui, \u00ab\u00a0l\u2019Inventaire Strong d\u2019int\u00e9r\u00eats professionnels\u00a0\u00bb (<i>Strong Vocational Interest Blank<\/i>) (Strong, 1927, 1943, 1955, voir aussi Harmon, Hansen, Borgen et Hammer, 1994, ainsi que Loss et Porot, 1989) que son auteur a \u00e9labor\u00e9 avec ses \u00e9tudiants durant les ann\u00e9es 1920, \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Stanford en Californie. Cet inventaire visait initialement \u00e0 diff\u00e9rencier les profils de r\u00e9ponses\u00a0\u00ab\u00a0aime\u00a0\u00bb, \u00ab n\u2019aime pas\u00a0\u00bb\u00a0ou \u00ab\u00a0indiff\u00e9rent\u00a0\u00bb des membres de diverses professions \u00e0 des items verbaux (pr\u00e9sent\u00e9s sous forme d\u2019\u00e9nonc\u00e9s \u00e9crits). Cet instrument a par la suite fait l\u2019objet de plusieurs traductions et r\u00e9visions visant \u00e0 en \u00e9largir la base th\u00e9orique et \u00e0 en augmenter les possibilit\u00e9s d\u2019application en recherche et dans la pratique; de sorte qu\u2019il est encore, \u00e0 ce jour, l\u2019un des outils d\u2019\u00e9valuation des int\u00e9r\u00eats professionnels les plus utilis\u00e9s \u00e0 travers le monde.<\/p>\n<p class=\"intertitre\" style=\"text-align: justify;\">Inventaires utilis\u00e9s dans les pays francophones<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Il existe beaucoup d\u2019autres inventaires d\u2019int\u00e9r\u00eats professionnels \u00e0 part le Strong. Parmi les plus connus, on peut mentionner ceux de Kuder (Kuder et Zytowski, 1991; Zytowski, 2001) et de Holland (nomm\u00e9ment le <i>Vocational Preference Inventory<\/i>, Holland, 1985a, et le <i>Self-Directed Search<\/i>, Holland, Powell et Fritzsche, 1994), qui ont \u00e9t\u00e9 adapt\u00e9s et traduits en plusieurs langues, dont le fran\u00e7ais (voir Capel et Descombes, 1996, pour le Kuder, Dupont, 1979, pour \u00ab\u00a0l\u2019Inventaire personnel de Holland\u00a0\u00bb, Holland, 1985b, pour \u00ab\u00a0l\u2019Inventaire des pr\u00e9f\u00e9rences professionnelles\u00a0\u00bb, et Holland, 1994, pour \u00ab\u00a0l\u2019Orientation professionnelle par soi-m\u00eame\u00a0\u00bb)<b>. <\/b>Dans les pays francophones, outre ces inventaires d\u2019origine am\u00e9ricaine du genre papier-crayon, on fait aussi usage, entre autres, de \u00ab\u00a0l\u2019Inventaire Rothwell-Miller R\u00e9vis\u00e9\u00a0\u00bb (IRMR) (Bernaud et Priou, 1994), du \u00ab\u00a0Relev\u00e9 d\u2019int\u00e9r\u00eats professionnels\u00a0\u00bb (RIP) (Botteman, Forner et Sontag, 1997), de \u00ab\u00a0l\u2019Inventaire et auto-analyse des int\u00e9r\u00eats professionnels\u00a0\u00bb (Devoet et Gossuin, 1981)<b> <\/b>et<b>, <\/b>au Canada en particulier<b>, <\/b>de \u00ab\u00a0l\u2019Inventaire canadien d\u2019int\u00e9r\u00eats professionnels\u00a0\u00bb (ICIP) (Booth, B\u00e9gin et Lavall\u00e9e (1983),<b> <\/b>du \u00ab\u00a0Guide de recherche d\u2019une orientation professionnelle\u00a0\u00bb (GROP) (Roy et Thibault, 1993) et de \u00ab\u00a0l\u2019Inventaire de pr\u00e9f\u00e9rences professionnelles Jackson\u00a0\u00bb (JVPI) (Jackson, 1977)<sup>1<\/sup>. Il convient de mentionner aussi des \u00e9preuves bas\u00e9es sur la pr\u00e9sentation de photos de personnes au travail, comme le <i>Der Berufsbilder-test<\/i> (Achtnich, 1986), \u00ab\u00a0l\u2019Inventaire visuel d\u2019int\u00e9r\u00eats professionnels\u00a0\u00bb (IVIP) (Dupont, Gingras et T\u00e9treau, 2000) et le \u00ab\u00a0Test visuel d\u2019int\u00e9r\u00eats\u00a0\u00bb (TVI)<sup>2<\/sup> (T\u00e9treau et Trahan,1986, 1988a), ce dernier ayant \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9 aux fins pr\u00e9cises de procurer une \u00e9valuation du profil des types Holland. Enfin, certains questionnaires d\u2019int\u00e9r\u00eats papier-crayon, tels ceux du LIMEF (Segal et Duron, 1996) et \u00ab\u00a0d\u2019Aid\u2019Orient\u2019\u00a0\u00bb (Paineau, 1993, 1999), ont plut\u00f4t recours \u00e0 l\u2019ordinateur comme mode de pr\u00e9sentation et sont ainsi int\u00e9gr\u00e9s \u00e0 des syst\u00e8mes informatis\u00e9s; ce mode de pr\u00e9sentation sera vraisemblablement de plus en plus courant \u00e0 l\u2019avenir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon les groupes de personnes vis\u00e9s, leur \u00e2ge, leur niveau de scolarit\u00e9 et de formation g\u00e9n\u00e9rale ou professionnelle, leur niveau de ma\u00eetrise de la langue principale ou commune de la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle elles sont n\u00e9es ou vers laquelle elles ont immigr\u00e9, leurs ant\u00e9c\u00e9dents ou leurs objectifs professionnels, ou selon le contexte et le type d\u2019intervention professionnelle individuelle ou de groupe recherch\u00e9, on utilisera l\u2019un ou l\u2019autre de ces inventaires de type verbal, papier-crayon, ou de type non verbal, pictographique. On pourra ainsi utiliser de pr\u00e9f\u00e9rence un inventaire de ce dernier type avec des adultes peu scolaris\u00e9s, avec des adolescents \u00e9prouvant des difficult\u00e9s d\u2019apprentissage ou provenant d\u2019un milieu socioculturel d\u00e9favoris\u00e9, ou m\u00eame, dans le cas du TVI, avec des jeunes inscrits dans des voies scolaires r\u00e9guli\u00e8res, comme le sugg\u00e8rent les r\u00e9sultats de comparaisons des versions parall\u00e8les verbale et non verbale de cet inventaire (Nabahi, 1982; T\u00e9treau, Gingras et St-Pierre, 1990; T\u00e9treau et Trahan, 1986, 1988a).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les instruments de mesure des int\u00e9r\u00eats que je viens de mentionner, et d\u2019autres du genre, sont utilis\u00e9s couramment<sup>3<\/sup> par les conseillers pour aider ceux qui les consultent au sujet de leur orientation scolaire et professionnelle. Bien que cette pratique ne soit pas \u00e0 l\u2019abri de certaines critiques, particuli\u00e8rement \u00e0 l\u2019\u00e9gard de questions d\u2019ordre m\u00e9thodologique ou d\u00e9ontologique (Guichard et Huteau, 2001; Tinsley et Chu, 1999), de nombreuses recherches en ont d\u00e9montr\u00e9 le bien-fond\u00e9 par rapport \u00e0 un grand nombre de crit\u00e8res affectifs, cognitifs et comportementaux (Bernaud et Vrignaud, 1996; Goodyear, 1990; Oliver et Spokane, 1988; Seligman, 1994; Spokane, 1991; T\u00e9treau, Marocco, Balbinotti et Gingras, 1996; Whiston, Brecheisen et Stephens, 2003; Whiston, Sexton et Lasoff, 1998); notamment \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la pr\u00e9diction des choix et de la r\u00e9ussite scolaire et professionnelle, de la satisfaction et de la pers\u00e9v\u00e9rance dans ces choix, du processus de maturation professionnelle (L\u00e9vy-Leboyer, 1984a, 1984b ), de la cristallisation (Marocco, 1991; T\u00e9treau, Trahan et Marocco, 1991) ou de la d\u00e9cristallisation des pr\u00e9f\u00e9rences professionnelles (T\u00e9treau, Marocco et Trahan, 1989), \u00e0 l\u2019occasion du Bilan de comp\u00e9tence (Blanchard, Sontag et Leskow, 1999) et lorsque leur utilisation est bien int\u00e9gr\u00e9e au processus de counseling (Gu\u00e9don et Savard, 2000). Les revues de la documentation de Holland (1980, 1997), Goodyear (1990) et Marocco (1991) sur les effets sp\u00e9cifiques des inventaires d\u2019int\u00e9r\u00eats les ont amen\u00e9s \u00e0 conclure que les personnes qui ont compl\u00e9t\u00e9 un inventaire d\u2019int\u00e9r\u00eats font une plus grande \u00e9num\u00e9ration d\u2019options professionnelles, manifestent une meilleure connaissance d\u2019elles-m\u00eames, se sentent rassur\u00e9es et plus certaines de leurs choix, sont plus actives dans la recherche d\u2019information et font des choix plus r\u00e9alistes et compatibles avec leurs caract\u00e9ristiques personnelles. De plus, les \u00e9tudes comportant une comparaison de diff\u00e9rents inventaires entre eux, ou avec des traitements de counseling individuel ou de groupe ont mis en relief la similarit\u00e9 de leurs effets, lesquels ont sembl\u00e9 comparables \u00e0 ceux observ\u00e9s chez des sujets qui ont suivi des s\u00e9minaires, des ateliers, des sessions de formation ou autres cours d\u2019\u00e9ducation portant sur la carri\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De l\u2019avis de Savickas (1999, p. 19), c\u2019est peut-\u00eatre le succ\u00e8s de la pratique de l\u2019utilisation des inventaires d\u2019int\u00e9r\u00eats qui explique, du moins en partie, que les psychologues de l\u2019orientation se soient rarement efforc\u00e9s, de d\u00e9finir les int\u00e9r\u00eats professionnels au plan th\u00e9orique et d\u2019en expliquer l\u2019origine et le d\u00e9veloppement chez les individus. En effet, selon lui, le savoir actuel sur les int\u00e9r\u00eats professionnels semble reposer davantage sur des assises empiriques que conceptuelles o\u00f9 les rapports entre les explications th\u00e9oriques et les d\u00e9finitions op\u00e9rationnelles ne sont gu\u00e8re pr\u00e9cis\u00e9s. M\u00eame encore de nos jours, ajoute-t-il (ibid. p. 20), cette tradition d\u2019empirisme persiste chez des auteurs comme Lent, Brown et Hackett (1996) qui s\u2019appuient sur une d\u00e9finition op\u00e9rationnelle plut\u00f4t que conceptuelle des int\u00e9r\u00eats en formulant leur th\u00e9orie sociocognitive du choix professionnel pour expliquer l\u2019origine et le d\u00e9veloppement des int\u00e9r\u00eats scolaires et professionnels. En effet, \u00e0 l\u2019instar de Strong (1943) et de plusieurs autres avant eux, ces auteurs d\u00e9finissent les int\u00e9r\u00eats professionnels en termes de profils de r\u00e9ponses \u00ab\u00a0aime\u00a0\u00bb, \u00abn\u2019aime pas\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0indiff\u00e9rent\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019activit\u00e9s ayant une incidence professionnelle.<\/p>\n<p class=\"intertitre\" style=\"text-align: justify;\">La d\u00e9finition des int\u00e9r\u00eats de Strong<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Paradoxalement, ayant fait ces constats, Savickas se met en frais d\u2019\u00e9tablir le lien entre une approche empirique et une approche conceptuelle en montrant comment la d\u00e9finition des int\u00e9r\u00eats qu\u2019a propos\u00e9e Strong comporte non seulement tous les \u00e9l\u00e9ments essentiels d\u2019une d\u00e9finition conceptuelle, mais synth\u00e9tise les contributions de quatre syst\u00e8mes majeurs de pens\u00e9e, d\u2019inspiration surtout am\u00e9ricaine, qui pr\u00e9valaient en psychologie au d\u00e9but du vingti\u00e8me si\u00e8cle\u00a0: <b>l\u2019associationnisme<\/b>, notamment celui de Herbart (1891) qui d\u00e9finissait l\u2019int\u00e9r\u00eat principalement en termes de sa composante cognitive, c\u2019est-\u00e0-dire qui \u00e9veille l\u2019attention en la focalisant sur une activit\u00e9 ou un objet particulier, qui organise la perception; le <b>structuralisme<\/b> qui met l\u2019accent sur la composante affective et subjective, le sentiment de plaisir que suscite l\u2019int\u00e9r\u00eat, et dont Titchener (1899) qui concevait ce dernier comme un sentiment accompagnant l\u2019\u00e9tat d\u2019attention, fut l\u2019un des repr\u00e9sentants les plus notoires; l<b>\u2019intentionnalisme<\/b> (\u00ab\u00a0purposivism\u00a0\u00bb) des Allport (1946), Arnold (1906) et Mcdougall (1929) qui souligne la dimension motrice, conative, d\u2019app\u00e9tence, d\u2019inclination, de d\u00e9sir de l\u2019int\u00e9r\u00eat qui imprime un mouvement vers, ou de retrait d\u2019un objet que traduisent bien les \u00ab\u00a0aime\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0n\u2019aime pas\u00a0\u00bb de Strong; et le <b>fonctionnalisme <\/b>des Dewey (1913) et Clapar\u00e8de (1973) qui met l\u2019accent sur le r\u00f4le instrumental de l\u2019int\u00e9r\u00eat dans l\u2019adaptation de la personne \u00e0 son environnement. Selon Savickas (1999, p. 34), que Strong en ait \u00e9t\u00e9 conscient ou non, les quatre \u00e9l\u00e9ments qualitatifs d\u2019attention persistante, de sentiment d\u2019attirance vers un objet, de direction et d\u2019action que l\u2019on retrouve dans sa d\u00e9finition des int\u00e9r\u00eats font \u00e9cho \u00e0 ces quatre syst\u00e8mes de pens\u00e9e. Cette d\u00e9finition est la suivante\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Les int\u00e9r\u00eats sont donc des activit\u00e9s pour lesquelles nous \u00e9prouvons du go\u00fbt ou du d\u00e9go\u00fbt et vers lesquelles nous allons ou desquelles nous nous \u00e9loignons, ou concernant lesquelles \u00e0 tout le moins nous maintenons ou discontinuons le statu quo; de plus, ils peuvent ou non \u00eatre pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s \u00e0 d\u2019autres int\u00e9r\u00eats et ils peuvent persister selon des intervalles de temps variables. Ou un int\u00e9r\u00eat peut \u00eatre d\u00e9fini comme un \u00e9tat d\u2019esprit de go\u00fbt\/d\u00e9go\u00fbt qui accompagne une activit\u00e9, ou la pens\u00e9e de faire cette activit\u00e9.\u00a0\u00bb (Strong, 1955, p.138, traduction libre).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme le souligne Savickas (ibid. p. 34), en plus des quatre \u00e9l\u00e9ments qualitatifs pr\u00e9cit\u00e9s, cette d\u00e9finition des int\u00e9r\u00eats comporte deux \u00e9l\u00e9ments quantitatifs\u00a0que Strong attribuait aux int\u00e9r\u00eats, soit la dur\u00e9e, c\u2019est-\u00e0-dire le caract\u00e8re r\u00e9p\u00e9titif, d\u2019habitude et d\u2019endurance de l\u2019\u00e9tat d\u2019\u00eatre int\u00e9ress\u00e9 qui porte la personne \u00e0 prolonger et \u00e0 continuer les activit\u00e9s qui l\u2019absorbent, et l\u2019intensit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire le fait que les int\u00e9r\u00eats coexistent chez la personne selon une hi\u00e9rarchie qui r\u00e9v\u00e8le une pr\u00e9f\u00e9rence pour certaines activit\u00e9s plut\u00f4t que pour d\u2019autres, m\u00eame \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un m\u00eame int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, comme dans le cas de l\u2019amateur d\u2019activit\u00e9s de plein air qui choisit de faire une randonn\u00e9e p\u00e9destre plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 bicyclette.<br \/>\n<span class=\"intertitre\"><b><br \/>\nL\u2019int\u00e9r\u00eat en tant que trait de personnalit\u00e9<\/b><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si, comme l\u2019explique Botteman dans l\u2019article pr\u00e9c\u00e9dent celui-ci, les propos de Piaget et de Buhler ont permis l\u2019amorce d\u2019une distinction entre d\u2019une part, l\u2019int\u00e9r\u00eat en tant qu\u2019\u00e9tat psychologique et, d\u2019autre part, les int\u00e9r\u00eats en tant que dispositions ou traits de la personnalit\u00e9, il ne fait aucun doute que l\u2019approche empirique qui a donn\u00e9 naissance \u00e0 des inventaires d\u2019int\u00e9r\u00eats tels ceux de Strong, de Kuder et de Holland a fortement contribu\u00e9 \u00e0 raffermir et \u00e0 mieux comprendre cette distinction. En effet, outre de pouvoir indiquer la position ou le statut psychologique d\u2019une personne \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019un seul objet ou d\u2019une seule activit\u00e9 sp\u00e9cifique, ces inventaires donnent la mesure de la consistance, de la persistance et de la stabilit\u00e9 relative d\u2019un int\u00e9r\u00eat, c\u2019est-\u00e0-dire de la disposition ou du trait de personnalit\u00e9 sous-jacent qui d\u00e9termine en grande partie la perception s\u00e9lective des stimuli. Ceci tient au fait que pour chaque \u00e9chelle d\u2019items homog\u00e8nes dont ils sont en partie constitu\u00e9s, chaque item repr\u00e9sente un int\u00e9r\u00eat sp\u00e9cifique \u2013 par exemple, aimer lire des magazines traitant de m\u00e9canique automobile &#8211; qui n\u2019est en fait que le cas particulier de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral auquel correspond l\u2019\u00e9chelle \u2013 en l\u2019occurrence l\u2019int\u00e9r\u00eat pour la m\u00e9canique -, de sorte qu\u2019en additionnant les r\u00e9ponses \u00ab\u00a0aime\u00a0\u00bb donn\u00e9es par le sujet, on obtient un profil de scores qui repr\u00e9sentent ses int\u00e9r\u00eats g\u00e9n\u00e9raux en tant que dispositions ou traits de sa personnalit\u00e9. Les noms pr\u00e9cis de ces int\u00e9r\u00eats g\u00e9n\u00e9raux peuvent varier d\u2019un inventaire \u00e0 l\u2019autre, mais ils sont g\u00e9n\u00e9ralement plut\u00f4t semblables et cette similarit\u00e9 nominale correspond habituellement \u00e0 une similarit\u00e9 de contenu des \u00e9chelles (Savickas, Taber et Spokane, 2002). Ainsi, un r\u00e9pondant qui obtiendrait un score \u00e9lev\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chelle <i>Travail de bureau <\/i>du Kuder obtiendrait probablement des scores \u00e9lev\u00e9s aux \u00e9chelles <i>Conventionnel <\/i>du TVI et <i>Tenue de bureau<\/i> du Strong.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il convient de souligner ici, dans le cas d\u2019inventaires d\u2019int\u00e9r\u00eats comme le Strong, la distinction entre leurs \u00e9chelles d\u2019items homog\u00e8nes, dont il vient d\u2019\u00eatre question, et leurs \u00e9chelles empiriques, lesquelles sont constitu\u00e9es d\u2019items h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes visant \u00e0 \u00e9tablir le degr\u00e9 de similarit\u00e9 du profil des r\u00e9ponses d\u2019une personne avec celui des membres de professions particuli\u00e8res comme les infirmi\u00e8res ou les optom\u00e9tristes. Tel qu\u2019indiqu\u00e9 plus haut, en \u00e9laborant son inventaire, Strong a d\u2019abord constitu\u00e9 de telles \u00e9chelles empiriques qui permettaient de d\u00e9terminer et de dire \u00e0 un r\u00e9pondant dans quelle mesure son profil d\u2019int\u00e9r\u00eats ressemblait \u00e0 ceux des infirmi\u00e8res, des optom\u00e9tristes ou de membres d\u2019autres professions. Cette information pouvait certes \u00eatre utile au r\u00e9pondant concern\u00e9, mais le probl\u00e8me restait que les scores obtenus \u00e0 ces \u00e9chelles empiriques ne permettaient pas de lui dire ce que c\u2019\u00e9tait que d\u2019avoir des int\u00e9r\u00eats semblables \u00e0 ceux des membres de ces professions. C\u2019est pour r\u00e9soudre ce probl\u00e8me que les \u00e9chelles d\u2019int\u00e9r\u00eats g\u00e9n\u00e9raux, qui correspondent \u00e0 des regroupements d\u2019int\u00e9r\u00eats sp\u00e9cifiques semblables et qui d\u00e9crivent clairement le genre d\u2019activit\u00e9s de travail qui pla\u00eet au r\u00e9pondant, ont fait leur apparition<b>. <\/b>Ce fut d\u2019ailleurs l\u00e0 une des principales contributions de Kuder \u00e0 la psychologie des int\u00e9r\u00eats. La formule C<b> <\/b>(\u00ab\u00a0vocational\u00a0\u00bb) de son inventaire, qui fut publi\u00e9 pour la premi\u00e8re fois en 1939 (Kuder, 1956), \u00e9tait pr\u00e9cis\u00e9ment constitu\u00e9e d\u2019items homog\u00e8nes regroup\u00e9s dans 10 \u00e9chelles fondamentales correspondant \u00e0 autant de secteurs g\u00e9n\u00e9raux d\u2019activit\u00e9s, \u00e0 savoir\u00a0: Plein air, M\u00e9canique, Num\u00e9rique, Scientifique, Persuasion, Artistique, Litt\u00e9raire, Musique, Service social et Travail de bureau; une onzi\u00e8me \u00e9chelle, Informatique, fit son apparition par la suite avec la publication de la version de 1965. Dans le cas du Strong, Campbell (Campbell,1974; Campbell, Borgen, Eastes, Johansson et Peterson, 1968), \u00e0 partir des matrices d\u2019intercorr\u00e9lations des items de l\u2019inventaire, a aussi constitu\u00e9 une vingtaine d\u2019\u00e9chelles fondamentales permettant de d\u00e9terminer les int\u00e9r\u00eats du sujet en r\u00e9f\u00e9rence avec autant de secteurs g\u00e9n\u00e9raux d\u2019activit\u00e9s, lesquels recouvrent en grande partie, mais en les diff\u00e9renciant davantage, ceux identifi\u00e9s par Kuder<b>.<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est aussi en tant que disposition ou trait de la personnalit\u00e9 que Dupont, Gendre, Berthoud et Descombes (1979) ont propos\u00e9 leur d\u00e9finition des int\u00e9r\u00eats. Cette d\u00e9finition, toujours tr\u00e8s cit\u00e9e d\u2019ailleurs, synth\u00e9tise ce qu\u2019ils estiment en \u00eatre les \u00e9l\u00e9ments essentiels de la fa\u00e7on suivante\u00a0:<br \/>\n\u00ab\u00a0\u00c0 notre avis, les int\u00e9r\u00eats correspondent \u00e0 des tendances ou dispositions relativement stables ou durables (et dont le d\u00e9veloppement semble associ\u00e9 \u00e0 celui de l\u2019image de soi); orient\u00e9es vers diff\u00e9rents domaines d\u2019objets ou, plus exactement, vers diff\u00e9rents domaines d\u2019activit\u00e9s et d\u2019exp\u00e9riences v\u00e9cues dans un milieu culturel donn\u00e9, ces tendances seraient \u00e9galement conditionn\u00e9es par les pressions plus ou moins fortes d\u00e9finissant les r\u00f4les d\u00e9volus aux deux sexes.\u00a0\u00bb (p. 11)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En concevant les int\u00e9r\u00eats comme des traits de la personnalit\u00e9, la question se pose de savoir o\u00f9 ils se situent et quel r\u00f4le ils jouent parmi l\u2019ensemble des autres variables de la personnalit\u00e9, notamment les variables de motivation que sont les attitudes, les valeurs et les besoins. Dupont et al. r\u00e9pondent \u00e0 cette question (ibid. p. 12) en sugg\u00e9rant que les attitudes correspondent davantage \u00e0 des prises de position \u00e0 l\u2019endroit de situations ou d\u2019\u00e9v\u00e9nements h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes impliquant souvent un jugement que n\u2019\u00e9voque pas le concept d\u2019int\u00e9r\u00eats. Ces auteurs pensent que les int\u00e9r\u00eats, en raison de leur orientation vers des activit\u00e9s concr\u00e8tes, se diff\u00e9rencient \u00e9galement des valeurs qui repr\u00e9senteraient plut\u00f4t des principes abstraits de comportement que la personne peut estimer vitaux pour elle-m\u00eame et qui seraient de l\u2019ordre de la conviction. Enfin, ils estiment que les besoins, qu\u2019ils soient de type biologique, affectif ou conatif, sont plus fondamentaux et plus fortement li\u00e9s au moi que ne peuvent l\u2019\u00eatre les int\u00e9r\u00eats. De sorte que, dans un mod\u00e8le hi\u00e9rarchique des motivations, les int\u00e9r\u00eats se trouveraient subordonn\u00e9s aux valeurs, et celles-ci aux besoins. Cette repr\u00e9sentation des relations entre ces trois types de d\u00e9terminants du comportement trouve d\u2019ailleurs un \u00e9cho dans les formulations th\u00e9oriques de Super \u00e0 leur \u00e9gard (voir plus bas).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En s\u2019interrogeant sur les rapports des int\u00e9r\u00eats \u00e0 d\u2019autres variables de la personnalit\u00e9, il convient de clarifier ce que l\u2019on peut signifier lorsqu\u2019on dit qu\u2019ils constituent des \u00ab\u00a0traits\u00a0\u00bb de personnalit\u00e9. \u00c0 cet \u00e9gard, Buss (1989) estime que si les approches b\u00e9haviorale, dynamique (psychanalytique), ph\u00e9nom\u00e9nologique-existentielle et sociocognitive sont n\u00e9cessaires pour comprendre le d\u00e9veloppement et le fonctionnement de la personnalit\u00e9, elles ne permettent pas de la d\u00e9finir. En effet, selon Buss, ce qui distinguerait la personnalit\u00e9 en tant que sujet d\u2019\u00e9tude seraient les diff\u00e9rences individuelles auxquelles renvoient les traits de personnalit\u00e9; ce qui ferait de ces derniers, pour autant qu\u2019ils manifestent une certaine consistance dans le temps, les caract\u00e9ristiques uniques permettant de d\u00e9finir la personnalit\u00e9. Cette fa\u00e7on de voir s\u2019inscrit bien dans l\u2019optique du principe de l\u2019autonomie fonctionnelle des motivations (\u00ab\u00a0functional autonomy of motives\u00a0\u00bb) auquel Allport (1937) faisait appel pour expliquer le comportement individuel et dire que les motifs d\u2019agir des personnes leur sont toujours actuels, quelle qu\u2019en ait \u00e9t\u00e9 la gen\u00e8se dans leur histoire personnelle. Cet auteur \u00e9tait d\u2019avis qu\u2019avec l\u2019\u00e2ge, les dispositions personnelles de l\u2019enfant se transforment en des ensembles distincts de d\u00e9terminants, notamment les int\u00e9r\u00eats, qui acqui\u00e8rent un dynamisme autonome d\u2019induction du comportement qui peut \u00eatre compl\u00e8tement dissoci\u00e9 des conditions qui lui ont donn\u00e9 naissance. Allport donnait pour exemple, parmi plusieurs autres, le cas de l\u2019\u00e9tudiant qui entreprend initialement de suivre un cours de son programme d\u2019\u00e9tudes parce qu\u2019il est obligatoire, ou parce qu\u2019il se donne \u00e0 un moment qui convient mieux dans son horaire, ou encore parce que cela pla\u00eet \u00e0 ses parents, pour finalement se retrouver totalement int\u00e9ress\u00e9 par le sujet d\u2019\u00e9tude, parfois pour le reste de sa vie. Les motifs de d\u00e9part ont compl\u00e8tement disparu. Ce qui \u00e9tait un moyen pour atteindre une fin est devenu une fin en soi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un autre sens que comporte l\u2019expression \u00ab\u00a0trait de personnalit\u00e9\u00a0\u00bb est celui que l\u2019on peut associer avec les approches ou les th\u00e9ories de personnalit\u00e9 dites \u00ab\u00a0traits-facteurs\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0traits et facteurs\u00a0\u00bb; par exemple, celles de Cattell (Cattell et Dreger, 1978), Guilford (1959) et Eysenck (1960). \u00c0 la diff\u00e9rence d\u2019Allport, ces auteurs partagent l\u2019usage extensif qu\u2019ils ont fait de l\u2019analyse factorielle, une m\u00e9thode statistique particuli\u00e8re d\u2019analyse d\u2019instruments de mesure et de questionnaires de toutes sortes, y compris les questionnaires de personnalit\u00e9. Toutefois, si l\u2019on fait abstraction des caract\u00e9ristiques importantes qui distinguent leurs approches, ils partagent tous avec Allport l\u2019opinion que, une fois que les traits de personnalit\u00e9 sont bien \u00e9tablis et structur\u00e9s chez l\u2019adulte en syst\u00e8mes plus ou moins hi\u00e9rarchis\u00e9s, ils constituent des d\u00e9terminants dynamiques imm\u00e9diats du comportement. \u00c0 un niveau plus g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019organisation des traits de personnalit\u00e9 chez les individus, on parlera de <i>types<\/i> de personnalit\u00e9. Il peut \u00eatre utile ici de noter la distinction d\u2019Allport entre un trait et un type de personnalit\u00e9\u00a0: selon lui, on peut dire d\u2019une personne qu\u2019elle poss\u00e8de un trait mais non un type; un type correspond \u00e0 une cat\u00e9gorie id\u00e9ale de l\u2019observateur permettant de situer les personnes par rapport \u00e0 des ensembles de traits.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><span class=\"s-titre\"><a id=\"contenu3\" name=\"contenu3\"><\/a><b>Les int\u00e9r\u00eats<\/b> <strong>expriment<\/strong><b> la personnalit\u00e9\u00a0: John L. Holland (1919-\u2026)<\/b><\/span><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">\nBien avant que l\u2019on tente par des recherches empiriques de savoir ce qu\u2019il en est pr\u00e9cis\u00e9ment des relations entre les int\u00e9r\u00eats et les autres variables de la personnalit\u00e9, Holland avait d\u00e9j\u00e0 propos\u00e9 de d\u00e9finir les int\u00e9r\u00eats professionnels comme \u00ab\u00a0l\u2019expression de la personnalit\u00e9 au travail, dans les passe-temps, les activit\u00e9s r\u00e9cr\u00e9atives et les pr\u00e9f\u00e9rences\u00a0(1966, p. 3). Aussi, dans les formulations les plus r\u00e9centes de sa th\u00e9orie du choix professionnel, qu\u2019il sous-titre comme \u00ab\u00a0Une th\u00e9orie des personnalit\u00e9s professionnelles et des environnements de travail\u00a0\u00bb, Holland (1996, 1997, 1999) fait \u00e9tat des recherches qui, depuis les quatre derni\u00e8res d\u00e9cennies, d\u00e9montrent la similarit\u00e9 et la stabilit\u00e9 relative des caract\u00e9ristiques personnelles des individus qui pr\u00e9f\u00e8rent, choisissent et se retrouvent dans les m\u00eames professions, confirmant ainsi l\u2019hypoth\u00e8se que les int\u00e9r\u00eats professionnels constituent un prolongement de la personnalit\u00e9 et refl\u00e8tent les motivations des individus. Ainsi, selon Holland, plus que l\u2019expression d\u2019un simple int\u00e9r\u00eat, le choix d\u2019une profession est l\u2019expression de toute la personnalit\u00e9. Dans cette optique, les int\u00e9r\u00eats professionnels r\u00e9f\u00e8rent n\u00e9cessairement \u00e0 des constellations de traits ou d&rsquo;attributs de la personnalit\u00e9 qui se forment chez l\u2019individu en r\u00e9ponse aux sollicitations de l&rsquo;ext\u00e9rieur, notamment celles de r\u00e9soudre les t\u00e2ches associ\u00e9es \u00e0 son stade de d\u00e9veloppement. Ces constellations de traits sont constitu\u00e9es de pr\u00e9f\u00e9rences personnelles et professionnelles, de croyances et de valeurs, de besoins, d&rsquo;attitudes, de perceptions de soi, de r\u00e9actions particuli\u00e8res au stress environnemental et, plus g\u00e9n\u00e9ralement, de modes privil\u00e9gi\u00e9s d&rsquo;adaptation personnelle caract\u00e9ristiques des individus appartenant \u00e0 diverses familles de m\u00e9tiers et de professions. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;\u00e0 un univers diff\u00e9renci\u00e9 selon six sortes d&rsquo;environnements professionnels correspondraient six types ou mod\u00e8les th\u00e9oriques de personnalit\u00e9, soit les types psychologiques (purs \u2013 typologie RIASEC) suivants: (R) <b>R\u00e9aliste<\/b> (au sens d\u2019esprit concret, int\u00e9r\u00eat pour les professions qui supposent l&rsquo;usage d&rsquo;outils et de machines),<b> <\/b>(I)<b> Investigateur<\/b> (caract\u00e9ris\u00e9 par un esprit scientifique et une curiosit\u00e9 intellectuelle); (A) <b>Artiste<\/b> (int\u00e9r\u00eat pour les professions impliquant la manipulation tr\u00e8s libre de mat\u00e9riaux afin de cr\u00e9er des oeuvres artistiques); (S) <b>Social<\/b> (pr\u00e9f\u00e8re les t\u00e2ches qui ont une intention morale ou sociale de service et qui impliquent des relations interpersonnelles soutenues); (E)<b> Esprit d\u2019entreprise<\/b> (anim\u00e9 par un esprit d&rsquo;entreprise); (C) <b>Conventionnel<\/b> (pr\u00e9f\u00e8re les t\u00e2ches souvent associ\u00e9es au fonctionnement des machines de bureau et des ordinateurs). Comme on l\u2019aura remarqu\u00e9, les noms donn\u00e9s aux types Holland et leur description ne sont pas sans rappeler ceux et celles utilis\u00e9s pour les \u00e9chelles fondamentales des inventaires de Strong et de Kuder. De fait, dans le cas du Strong, les travaux de Campbell, Holland et Hansen ont converg\u00e9 dans le sens, d\u2019une part, de la construction de six \u00e9chelles d\u2019int\u00e9r\u00eats g\u00e9n\u00e9raux utilisant la typologie Holland (RIASEC) et, d\u2019autre part, de l\u2019organisation de la pr\u00e9sentation des r\u00e9sultats des \u00e9chelles professionnelles et fondamentales selon cette m\u00eame typologie (Campbell et Holland, 1972; Hansen et Campbell, 1985; Hansen, 1992).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 la question de savoir comment une personne en vient \u00e0 \u00eatre d\u2019un type plut\u00f4t que d\u2019un autre, Holland<b> <\/b>(1997, p. 2)<b> <\/b>affirme plus qu\u2019il n\u2019explique que l\u2019exp\u00e9rience particuli\u00e8re que chacun fait de ses d\u00e9terminants personnels et socioculturels \u2013 dispositions h\u00e9r\u00e9ditaires, influence des parents et des pairs, classe sociale d\u2019origine, environnement physique &#8211; l\u2019am\u00e8ne avec le temps \u00e0 d\u00e9velopper des int\u00e9r\u00eats distincts et certains qui l\u2019entra\u00eenent \u00e0 acqu\u00e9rir un ensemble caract\u00e9ristique de comportements, d\u2019attitudes et d\u2019habilit\u00e9s lui permettant de s\u2019adapter \u00e0 son environnement. En fin de compte, ces int\u00e9r\u00eats, ces attitudes et ces habilit\u00e9s engendreraient chez la personne une disposition particuli\u00e8re \u00e0 penser, \u00e0 percevoir et \u00e0 agir de fa\u00e7ons sp\u00e9ciales et, surtout, \u00e0 poursuivre activement un cheminement professionnel lui permettant de se retrouver dans un type d\u2019environnement physique et interpersonnel compatible ou, selon l\u2019expression de Holland, \u00ab\u00a0congruent\u00a0\u00bb avec son type de personnalit\u00e9. Les types apparaissent ainsi plus comme des agents actifs que comme des r\u00e9ceptacles passifs des influences de l\u2019environnement. Holland donne en exemple le cas des personnes qui ressemblent au type Social\u00a0: leurs int\u00e9r\u00eats les orienteront vraisemblablement vers des professions \u00e0 caract\u00e8re social comme l\u2019enseignement, le travail social ou la pastorale, plut\u00f4t que vers des professions exigeant des habilit\u00e9s m\u00e9caniques. Elles seront port\u00e9es \u00e0 se percevoir comme compatissantes et habiles \u00e0 aider les autres \u00e0 r\u00e9soudre leurs probl\u00e8mes personnels et elles donneront beaucoup d\u2019importance aux causes sociales ou communautaires. Elles seront aussi port\u00e9es \u00e0 s\u2019entourer de personnes qui ont des int\u00e9r\u00eats, des habilit\u00e9s et une conception des choses semblables aux leurs. Ce faisant, elles cr\u00e9eront leur environnement professionnel tout autant qu\u2019elles le rechercheront et, dans la mesure o\u00f9 elles se retrouveront effectivement dans un environnement professionnel de type social, avec des personnes partageant le m\u00eame type, et donc congruent avec leur type de personnalit\u00e9, leurs chances de succ\u00e8s et de satisfaction professionnels seront, en principe, d\u2019autant plus grandes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span class=\"intertitre\"><b>Un mod\u00e8le hexagonal<\/b><\/span><b><br \/>\n<\/b><br \/>\nLes recherches de Holland l\u2019ont amen\u00e9 \u00e0 avancer que les types sont structurellement reli\u00e9s entre eux selon le mod\u00e8le d\u2019un hexagone dans un espace \u00e0 deux dimensions, o\u00f9 chacun est repr\u00e9sent\u00e9 par un sommet. Les types qui sont fortement reli\u00e9s entre eux et qui partagent plusieurs traits se retrouvent ensemble, adjacents, \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie. En revanche, les types ayant un faible lien entre eux sont les plus \u00e9loign\u00e9s les uns des autres et apparaissent en opposition sur l\u2019hexagone. Aussi, \u00e0 partir de la matrice des corr\u00e9lations obtenues entre des mesures op\u00e9rationnelles, les six types ont \u00e9t\u00e9 ordonn\u00e9s sur l\u2019hexagone selon la s\u00e9quence RIASEC. Les types les plus contrastants sont donc ceux constitu\u00e9s par les pointes se rapportant aux axes \u00ab\u00a0personnes (S) vs choses (R)\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0orientation th\u00e9orique (I) vs pratique (E)\u00bb et \u00ab\u00a0approche convergente (C) vs divergente\u00a0(A)\u00bb. De fait, afin d\u2019en expliquer le fonctionnement, Prediger (1981, 1982; Prediger et Vansickel, 1992) a propos\u00e9 de superposer deux dimensions bipolaires, \u00ab\u00a0personnes-choses\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0donn\u00e9es-id\u00e9es,\u00a0\u00bb sur l\u2019hexagone de Holland. Pour sa part, Hogan (1983) a sugg\u00e9r\u00e9 les deux dimensions de \u00ab\u00a0sociabilit\u00e9\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0conformit\u00e9\u00a0\u00bb pour d\u00e9finir la structure de personnalit\u00e9 sous-jacente \u00e0 l\u2019hexagone. \u00c0 la suite de leur analyse statistique de la structure de l\u2019hexagone, Rounds et Tracey (1993) ont conclu que les dimensions propos\u00e9es par Prediger et Hogan sont toutes valables et qu\u2019elles contribuent \u00e9galement \u00e0 la compr\u00e9hension de la th\u00e9orie de Holland.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il existe quelques fa\u00e7ons de d\u00e9terminer le profil typologique d\u2019une personne, la plus courante \u00e9tant probablement celle qui consiste \u00e0 comparer ses scores \u00e0 des questionnaires ou \u00e0 des inventaires permettant d\u2019obtenir une cote pour chacun des six types. Les six cotes obtenues constituent le profil typologique de la personne, la cote la plus \u00e9lev\u00e9e correspondant \u00e0 son type dominant, par exemple le type investigateur, la deuxi\u00e8me \u00e0 son type secondaire, par exemple le type artiste, la troisi\u00e8me \u00e0 son type tertiaire, par exemple le type social, et ainsi de suite jusqu\u2019au sixi\u00e8me type. En pratique on s\u2019en tient aux deux ou trois cotes les plus \u00e9lev\u00e9es du profil, ce qui est suffisant pour d\u00e9finir des \u00ab\u00a0sous-types\u00a0\u00bb et d\u00e9terminer le degr\u00e9 de consistance ou de coh\u00e9rence du profil, c\u2019est-\u00e0-dire dans quelle mesure les cotes les plus \u00e9lev\u00e9es correspondent \u00e0 des types adjacents sur l\u2019hexagone. Ainsi, dans l\u2019exemple pr\u00e9c\u00e9dent d\u2019une personne au profil ou sous-type IAS, constitu\u00e9 par ses trois cotes les plus \u00e9lev\u00e9es selon un ordre d\u00e9croissant, on dira qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un profil coh\u00e9rent car les types S et A et A et I, qui sont adjacents sur l\u2019hexagone, partagent plusieurs traits semblables. En examinant le profil des cotes obtenues, on peut aussi en \u00e9tablir le degr\u00e9 de diff\u00e9rentiation, c\u2019est-\u00e0-dire dans quelle mesure il est plut\u00f4t plat ou clairement d\u00e9fini par un ou deux seuls types dont les cotes sont tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9es des autres. En principe, la probabilit\u00e9 qu\u2019une personne se forme une identit\u00e9 professionnelle claire et stable, qu\u2019elle trouve un environnement en accord avec son profil, stabilise ses choix et son cheminement professionnels et s\u2019en trouve satisfaite augmente avec le degr\u00e9 de coh\u00e9rence et de diff\u00e9rentiation de son profil ou sous-type. Comme le fait remarquer Holland, \u00ab\u00a0Le simple sens commun rend inacceptable l\u2019id\u00e9e d\u2019une typologie bas\u00e9e sur l\u2019hypoth\u00e8se qu\u2019il n\u2019y a que six sortes de monde\u00a0\u00bb (1997, p. 3). Par contre, un mod\u00e8le permettant de s\u00e9rier le degr\u00e9 de ressemblance d\u2019une personne \u00e0 chacun de six types donne lieu \u00e0 une possibilit\u00e9 de 120 sous-types, si l\u2019on s\u2019en tient aux trois cotes les plus \u00e9lev\u00e9es, et \u00e0 une possibilit\u00e9 de 720 sous-types \u00e0 partir des six cotes, ce qui peut tenir compte de la complexit\u00e9 de la personnalit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Partant de l\u2019id\u00e9e que les similitudes qu\u2019une personne entretient avec les types devraient permettre de pr\u00e9dire dans une large mesure son comportement personnel et professionnel, Holland (1997) formule vingt-sept hypoth\u00e8ses qui lui paraissent se d\u00e9duire logiquement de la nature des types et de leurs relations structurelles. Ces hypoth\u00e8ses concernent notamment le cheminement, les aspirations et la r\u00e9ussite professionnels, ainsi que le comportement social et \u00e9ducationnel et le degr\u00e9 d\u2019engagement et de satisfaction dans la carri\u00e8re. Suivent dix-sept autres hypoth\u00e8ses relatives aux environnements de travail, huit relatives aux raisons sous-jacentes au changement ou \u00e0 la stabilit\u00e9 professionnelle et, finalement, quatre concernant les interactions entre les types de personnalit\u00e9 et les environnements de travail.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A l\u2019appui de sa th\u00e8se que les types expriment la personnalit\u00e9 et permettent de d\u00e9crire l\u2019ensemble du comportement de la personne dans ses relations avec son environnement, Holland (1997) se r\u00e9f\u00e8re, entre autres, \u00e0 plusieurs recherches qui ont permis de constater des corr\u00e9lations significatives entre les scores au <i>Vocational Preference Inventory<\/i> (VPI) (Holland, 1985a) ou au <i>Self-Directed Search<\/i> (SDS) (Holland et al., 1994) et les scores \u00e0 d\u2019autres inventaires mesurant diff\u00e9rentes variables de personnalit\u00e9. Parmi les recherches du genre, il s\u2019en trouve sept conduites depuis 1984 dont il fait particuli\u00e8rement \u00e9tat (Holland, 1999) \u00e0 cause de l\u2019instrument utilis\u00e9, le <i>NEO-PI-R<\/i> (Costa et McCrae, 1992), dont les 5 \u00e9chelles \u2013 correspondant aux facteurs N\u00e9vrosisme, Extraversion, Ouverture d\u2019esprit, Amabilit\u00e9 et Attitude consciencieuse &#8211; et les 30 sous-\u00e9chelles recouvrent une grande diversit\u00e9 de variables de la personnalit\u00e9. Les r\u00e9sultats de ces recherches appuient la th\u00e8se de Holland en montrant une tr\u00e8s grande validit\u00e9 de convergence entre les scores au SDS et ceux du <i>NEO-PI-R<\/i>, les corr\u00e9lations obtenues \u00e9tant souvent relativement \u00e9lev\u00e9es, de l\u2019ordre de 0,35 \u00e0 0,55, semblable d\u2019ailleurs \u00e0 celui des corr\u00e9lations que nous avons nous-m\u00eames observ\u00e9es (T\u00e9treau, Trahan et H\u00e9bert,1995) entre les \u00e9chelles du TVI et les variables mesur\u00e9es par le \u00ab\u00a0Questionnaire de recherche sur la personnalit\u00e9\u00a0\u00bb de Jackson (1984). On peut conclure de ces r\u00e9sultats que les int\u00e9r\u00eats caract\u00e9ristiques des types Investigateur et Artiste sont reli\u00e9s \u00e0 l\u2019Ouverture d\u2019esprit, et que ceux des types Social et Esprit d\u2019entreprise le sont fortement \u00e0 l\u2019Extraversion. Plus encore, les donn\u00e9es de la recherche am\u00e8nent \u00e0 penser que les scores aux cinq \u00e9chelles du <i>NEO-PI-R<\/i> permettent de pr\u00e9dire l\u2019appartenance concomitante aux cat\u00e9gories d\u2019int\u00e9r\u00eats professionnels de Holland\u00a0: ajout\u00e9s \u00e0 l\u2019Amabilit\u00e9 chez les femmes, l\u2019Ouverture d\u2019esprit et l\u2019Extraversion reproduisent l\u2019hexagone de Holland dans un espace \u00e0 deux dimensions (Tokar et Swanson, 1995). Il convient de souligner, toutefois, que l\u2019on observe moins de points de convergence entre les deux mod\u00e8les dans le cas des \u00e9chelles N\u00e9vrosisme et Amabilit\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 du <i>NEO-PI-R<\/i>, et Investigateur et R\u00e9aliste du c\u00f4t\u00e9 du SDS. La grandeur des corr\u00e9lations varie aussi selon le sexe des sujets et, s\u2019il est vrai qu\u2019on observe beaucoup de chevauchement entre les deux mod\u00e8les, il demeure que chacun rend compte d\u2019une variance qui lui est unique (Defruyt et Mervielde, 1997) et qu\u2019ils ne sauraient \u00eatre substitu\u00e9s l\u2019un \u00e0 l\u2019autre, comme le confirment clairement de r\u00e9centes m\u00e9ta-analyses (Barrick, Mount et Gupta, 2003; Larson, Rottinghaus et Borgen, 2002) de leurs relations.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c9tant donn\u00e9 l\u2019importance que Holland attribue aux relations entre sa typologie et le mod\u00e8le des cinq facteurs du <i>NEO-PI-R<\/i>, il n\u2019est peut-\u00eatre pas sans int\u00e9r\u00eat de noter ici, \u00e0 la suite de Swanson (1999), que ce mod\u00e8le repr\u00e9sente un syst\u00e8me largement reconnu pour d\u00e9crire de fa\u00e7on globale les dimensions fondamentales de la personnalit\u00e9. En effet, les cinq dimensions ont \u00e9t\u00e9 observ\u00e9es dans plusieurs recherches utilisant diverses m\u00e9thodologies, de sorte que le mod\u00e8le peut servir pour interpr\u00e9ter les donn\u00e9es de d\u2019autres syst\u00e8mes de personnalit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il appert aussi que la structure des traits de personnalit\u00e9 d\u00e9finie par le <i>NEO-PI-R<\/i> pour la population am\u00e9ricaine semble assez universelle, du moins dans le sens o\u00f9 on l\u2019a retrouv\u00e9e pour six traductions de l\u2019instrument utilis\u00e9es aupr\u00e8s d\u2019\u00e9chantillons culturels d\u2019une assez grande diversit\u00e9 (allemand, portugais, h\u00e9breux, chinois, cor\u00e9ens et japonais) totalisant 7 134 sujets appartenant \u00e0 cinq familles linguistiques diff\u00e9rentes (MacCrae et Costa, 1997). Enfin, il appara\u00eet que les traits de personnalit\u00e9 mesur\u00e9s par cet instrument ont tendance \u00e0 se stabiliser au d\u00e9but de la vie adulte et \u00e0 demeurer plut\u00f4t stables durant les d\u00e9cennies suivantes (McCrae et Costa, 1990, 1994), et m\u00eame jusque dans la vieillesse (Costa et McCrae, 1980).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span class=\"intertitre\"><b>L\u2019\u00e9tat actuel de la recherche<\/b><\/span><b><br \/>\n<\/b><br \/>\nLes avanc\u00e9s th\u00e9oriques de Holland ont maintenant fait l\u2019objet de centaines d\u2019\u00e9tudes empiriques (outre la revue qu\u2019en a fait Holland, 1997, on pourrait aussi consulter celles de Borgen, 1991, Bujold et Gingras, 2000, et Osipow et Fitzgerald, 1995), aux \u00c9tats-Unis, bien s\u00fbr, mais aussi dans beaucoup d\u2019autres pays. Le bilan g\u00e9n\u00e9ral des travaux semble appuyer les principales hypoth\u00e8ses de la th\u00e9orie voulant que le choix, le comportement et l\u2019adaptation professionnels des individus soient largement influenc\u00e9s par leur type dominant et la configuration de leurs traits de personnalit\u00e9. D\u2019aucuns, m\u00eame parmi les plus critiques (p. ex. Tinsley, 2000a, 2000b), diront que, dans l\u2019ensemble, la recherche r\u00e9v\u00e8le que la typologie est fond\u00e9e et que le mod\u00e8le de la convenance personne-environnement (\u00ab\u00a0person-environment fit\u00a0\u00bb) sur lequel repose l\u2019hypoth\u00e8se de la congruence est valide. En effet, l\u2019id\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de la th\u00e9orie que les gens recherchent des environnements qui correspondent \u00e0 leur personnalit\u00e9 est maintenant bien document\u00e9e. Il en est de m\u00eame pour l\u2019affirmation de Holland \u00e0 l\u2019effet que \u00ab\u00a0l\u0001#146;histoire des int\u00e9r\u00eats, des choix et des exp\u00e9riences professionnelles d\u2019une personne t\u00e9moigne davantage de continuit\u00e9 et d\u2019ordre que d\u2019incoh\u00e9rence et de hasard\u00a0\u00bb (1976, p. 522). Par exemple, en se basant sur leur type dominant \u00e0 un inventaire d\u2019int\u00e9r\u00eats, ou m\u00eame sur la simple expression de leurs aspirations professionnelles, on observe r\u00e9guli\u00e8rement que les taux de succ\u00e8s de la pr\u00e9diction des domaines pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s ou choisis des individus sont \u00e9lev\u00e9s et statistiquement significatifs (Holland, 1996; Proulx, 1982; T\u00e9treau et Trahan, 1986).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La d\u00e9monstration de la validit\u00e9 de l\u2019hypoth\u00e8se de la congruence est toutefois loin d\u2019\u00eatre univoque et fait toujours l\u2019objet de controverses ( Holland, 1997, pp.161-167; Gati, 2000; Prediger, 2000; Rounds, McKenna, Hubert et Day, 2000; Spokane, Meir et Catalano, 2000), notamment en ce qui a trait \u00e0 la pr\u00e9diction de la satisfaction professionnelle, plusieurs \u00e9tudes, dont certaines bien contr\u00f4l\u00e9es, n\u2019ayant trouv\u00e9 aucune relation entre la congruence des int\u00e9r\u00eats professionnels avec le m\u00e9tier choisi ou occup\u00e9 d\u2019une part, et la satisfaction v\u00e9cue dans ce m\u00eame m\u00e9tier d\u2019autre part. Il demeure qu\u2019une revue critique des m\u00e9ta-analyses les plus r\u00e9centes des r\u00e9sultats des recherches sur cette relation de la congruence avec la satisfaction professionnelle (Meir, 1995; Meir, Melamed et Dinur, 1995; Spokane, Meir et Catalano, 2000) a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 des corr\u00e9lations moyennes significatives de l\u2019ordre de 0,25 \u00e0 0,42, relativement tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9es si l\u2019on tient compte des nombreux facteurs autres que les int\u00e9r\u00eats, tels le niveau ou le genre de r\u00e9mun\u00e9ration, ou le sentiment d\u2019une identit\u00e9 professionnelle distincte (Carson et Mowesian, 1991), qui sont susceptibles d\u2019affecter la satisfaction professionnelle. En ce qui a trait aux autres concepts intimement li\u00e9s \u00e0 celui de la congruence, Holland (1997) reconna\u00eet lui-m\u00eame, en ce qui concerne la diff\u00e9renciation, que l\u2019\u00e9vidence empirique demeure mitig\u00e9e. Les recherches ont en effet montr\u00e9 que sa valeur pr\u00e9dictive de la stabilit\u00e9 des pr\u00e9f\u00e9rences professionnelles est plut\u00f4t faible; ce qui est sans doute attribuable, du moins en partie, aux difficult\u00e9s m\u00e9thodologiques de la constitution d\u2019indices valides de diff\u00e9renciation bas\u00e9s sur l\u2019\u00e9l\u00e9vation du profil des int\u00e9r\u00eats qui ne soient pas affect\u00e9s par les styles de r\u00e9ponse, comme la tendance \u00e0 acquiescer (Balbinotti et T\u00e9treau, 2000; Prediger, 1998). Par contre, les \u00e9tudes sur la coh\u00e9rence ont produit des r\u00e9sultats permettant de conclure qu\u2019elle est clairement reli\u00e9e \u00e0 la stabilit\u00e9 et \u00e0 la direction des pr\u00e9f\u00e9rences professionnelles. De m\u00eame, les recherches sur l\u2019identit\u00e9, notamment celles qui ont utilis\u00e9 la mesure directe de ce concept que constitue le <i>Vocational Identity Scale<\/i> (Holland, Johnston et Asama, 1993, traduit en fran\u00e7ais sous le titre \u00ab\u00a0\u00c9chelle d\u2019identit\u00e9 professionnelle\u00a0\u00bb par Ouellette, 1984), plut\u00f4t qu\u2019une estimation indirecte bas\u00e9e sur les mesures de coh\u00e9rence et de diff\u00e9renciation, ont mis en relief que les scores \u00e9lev\u00e9s \u00e0 cette \u00e9chelle \u00e9taient reli\u00e9es \u00e0 des caract\u00e9ristiques souhaitables comme la maturit\u00e9 professionnelle, l\u2019estime de soi et le sentiment de comp\u00e9tence, tandis que les scores bas l\u2019\u00e9taient \u00e0 des caract\u00e9ristiques comme l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 et la difficult\u00e9 de r\u00e9soudre les t\u00e2ches inh\u00e9rentes au processus du choix professionnel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plusieurs recherches couvrant une grande diversit\u00e9 d\u2019\u00e9chantillons aux \u00c9tats-Unis et ailleurs ont valid\u00e9 le mod\u00e8le hexagonal (Holland, 1997). Toutefois, encore ici les r\u00e9sultats de plusieurs autres \u00e9tudes ne permettent pas de tirer des conclusions univoques. Ainsi, en r\u00e9action \u00e0 ce mod\u00e8le et \u00e0 la nature de l\u2019arrangement des int\u00e9r\u00eats qui en d\u00e9coule, certains chercheurs tels Tracey, Rounds et Day (Tracey 1997; Rounds et Day, 1999; Tracey et Rounds, 1993, 1995, 1996) trouvent que le choix de six types psychologiques et d\u2019\u00e9chelles de mesure correspondantes comme l\u2019a fait Holland, ou de huit comme l\u2019ont sugg\u00e9r\u00e9 d\u2019autres auteurs (Gati, 1991; Meir et Barak, 1974) qui s\u2019inscrivent dans la ligne des recherches de Roe (1956) mais dont la classification des professions est virtuellement identique \u00e0 celle de Holland (Zytowski, 1986), semble plut\u00f4t arbitraire. Selon eux, l\u2019\u00e9l\u00e9ment saillant des int\u00e9r\u00eats professionnels est leur distribution uniforme autour d\u2019un cercle. Il n\u2019y aurait pas de base empirique indiquant qu\u2019un choix de six points sur ce cercle est sup\u00e9rieur \u00e0 un choix de huit. On pourrait th\u00e9oriquement identifier un nombre infini d\u2019\u00e9chelles ou de types sur le continuum circulaire de Holland ou sur celui de Roe. De sorte que la d\u00e9cision de n\u2019en retenir que six ou huit, ou m\u00eame cinq ou dix, d\u00e9pendrait davantage de consid\u00e9rations pratiques. De plus, estimant que la dimension prestige fait partie int\u00e9grante de la structure des int\u00e9r\u00eats, ces auteurs proposent un mod\u00e8le sph\u00e9rique qui, en ajoutant cette dimension aux mod\u00e8les de Holland et de Roe, permet d\u2019identifier seize types susceptibles, \u00e0 leur avis, de mieux rendre compte de la r\u00e9alit\u00e9. Qu\u2019un tel mod\u00e8le soit plus conforme \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 au plan th\u00e9orique constitue une proposition que des recherches subs\u00e9quentes permettront de v\u00e9rifier, mais en attendant on pourrait tenter de mettre \u00e0 profit ses possibilit\u00e9s d\u2019applications pratiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span class=\"intertitre\"><b>L\u2019universalit\u00e9 du mod\u00e8le<\/b><\/span><b><br \/>\n<\/b><br \/>\nL\u2019ad\u00e9quation du mod\u00e8le de Holland aux deux sexes, aux minorit\u00e9s ethniques am\u00e9ricaines, ainsi qu\u2019\u00e0 diverses cultures et populations \u00e0 travers le monde a aussi \u00e9t\u00e9 mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve et remise en question \u00e0 plusieurs reprises. Par exemple, dans deux \u00e9tudes de Rounds et Tracey (1993, 1996), dont une m\u00e9ta-analyse de 76 \u00e9chantillons provenant de 18 pays, il est apparu que le mod\u00e8le ne s\u2019appliquait pas aussi bien aux minorit\u00e9s ethniques am\u00e9ricaines et aux \u00e9chantillons \u00e9trangers qu\u2019aux \u00e9chantillons am\u00e9ricains tir\u00e9s de la population \u00e0 majorit\u00e9 blanche. Cette observation a \u00e9t\u00e9 ensuite confirm\u00e9e par des \u00e9tudes conduites aupr\u00e8s d\u2019\u00e9chantillons asiatiques (Farh, Leong et Law, 1998; Leong, Austin, Sekaran et Komarraju, 1998; Soh et Leong, 2001). Par contre, dans une \u00e9tude avec des \u00e9chantillons de travailleurs adultes am\u00e9ricains d\u2019origine africaine (N=805), hispanique (N=686), asiatique N=795) et blanche (N=36 632), d\u2019autres chercheurs (Fouad, Harmon et Borgen, 1997) n\u2019ont trouv\u00e9 aucune diff\u00e9rence d\u2019ad\u00e9quation du mod\u00e8le de Holland entre ces \u00e9chantillons. Plus r\u00e9cemment encore, Day et Rounds (1998) refirent les calculs et des analyses plus serr\u00e9es avec des \u00e9chantillons plus consid\u00e9rables (N=49 450) qui les amen\u00e8rent \u00e0 conclure que, du moins aux \u00c9tats-Unis, \u00ab\u00a0les gens d\u2019ethnie et de sexe diff\u00e9rents partagent une m\u00eame repr\u00e9sentation cognitive du monde du travail\u00a0\u00bb (p. 734). C\u2019est vers une g\u00e9n\u00e9ralisation semblable que nous ont aussi conduits les r\u00e9sultats des \u00e9tudes avec le TVI aupr\u00e8s d\u2019\u00e9chantillons totalisant plus de 35 000 sujets des deux sexes repr\u00e9sentatifs, au premier chef, de populations scolaires francophones et anglophones canadiennes des trois cycles, mais repr\u00e9sentatifs aussi de populations comparables en Belgique, au Br\u00e9sil, en Colombie, en C\u00f4te d\u2019Ivoire, en France, au Maroc, au Paraguay, au Portugal, en Suisse en Uruguay et aux USA (Ca\u00f1ete et Varesini, 1986; Corbeil, 1983; Desruisseaux, T\u00e9treau et Trahan, 1989; Marocco, T\u00e9treau et Trahan, 1984; Sandoval Avella, 1989; Tad\u00e9, 1984; T\u00e9treau et Trahan, 1986; T\u00e9treau, Trahan et Marocco, 1989; T\u00e9treau, Trahan et Sandoval Avella, 1992).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Rounds et Day (1999) attribuent l\u2019inconsistance de ces r\u00e9sultats en partie \u00e0 des probl\u00e8mes d\u2019\u00e9chantillonnage. De leur c\u00f4t\u00e9, dans une \u00e9tude de la comparaison des r\u00e9ponses \u00e0 l\u2019inventaire Strong de deux \u00e9chantillons d\u2019\u00e9tudiants des deux sexes de niveau secondaire, l\u2019un am\u00e9ricain (N= 1 598 ) et l\u2019autre fran\u00e7ais (N=1 312 ), les r\u00e9sultats ont amen\u00e9 Vrignaud et Bernaud (1994a, 1994b) \u00e0 conclure que le mod\u00e8le de Holland \u00e9tait transf\u00e9rable en France, mais aussi que tant les int\u00e9r\u00eats des \u00e9tudiants fran\u00e7ais que ceux des \u00e9tudiants am\u00e9ricains \u00e9taient, selon toute \u00e9vidence, plus pentagonaux qu\u2019hexagonaux. Pour leur part, leurs coll\u00e8gues Broonen et El Ahmadi (1994) ont trouv\u00e9, \u00e0 partir de trois analyses factorielles confirmatoires appliqu\u00e9es \u00e0 200 inventaires SDS compl\u00e9t\u00e9s par des \u00e9l\u00e8ves de terminale secondaire, que \u00ab\u00a0\u2026la structure hexagonale est mieux soutenue chez les gar\u00e7ons que chez les filles.\u00a0\u00bb (p 41), une conclusion qui s\u2019apparente \u00e0 celle \u00e0 laquelle on est arriv\u00e9 dans le cas des r\u00e9sultats de coll\u00e9giennes et de coll\u00e9giens de niveau universitaire chinois \u00e0 une version chinoise du Strong (Tang, 2001).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est bien possible, comme le sugg\u00e8rent Rounds et Day (1999), que l\u2019inconsistance des r\u00e9sultats soit attribuable en partie \u00e0 des probl\u00e8mes d\u2019\u00e9chantillonnage. Toutefois, comme le fait remarquer Fouad (1999), une constante semble se d\u00e9gager de l\u2019ensemble des \u00e9tudes relatives \u00e0 la validit\u00e9 structurale de la typologie de Holland\u00a0: si un hexagone \u00e9quilat\u00e9ral parfait ne permet pas d\u2019expliquer les donn\u00e9es pour aucune des populations \u00e9tudi\u00e9es, on observe par contre une repr\u00e9sentation circulaire selon l\u2019ordre RIASEC tant pour les hommes que pour les femmes, de m\u00eame que pour la plupart des groupes ethniques \u00e9tudi\u00e9s, les jeunes noirs d\u2019Afrique du Sud constituant apparemment une de ces exceptions qui confirment la r\u00e8gle (du Toit et de Bruin, 2002).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">S\u2019il peut sembler que le monde du travail est ainsi organis\u00e9 autour d\u2019une structure similaire au mod\u00e8le hexagonal de Holland et plut\u00f4t invariable \u00e0 travers les cultures, on ne peut toutefois en conclure que les types Holland ont n\u00e9cessairement tous la m\u00eame signification d\u2019un groupe culturel \u00e0 l\u2019autre. Il est bien plausible qu\u2019une m\u00eame structure puisse se retrouver dans diff\u00e9rentes cultures qui attribuent n\u00e9anmoins des significations un peu dissemblables aux types d\u2019int\u00e9r\u00eats. Une \u00e9tude r\u00e9cente de validation de la th\u00e9orie de Holland \u00e0 Singapore (Soh et Leong, 2001) illustre tr\u00e8s bien ce point. Les r\u00e9sultats de la comparaison des scores de coll\u00e9giens chinois et am\u00e9ricains obtenus aux m\u00eames inventaires d\u2019int\u00e9r\u00eats et de valeurs montrent en effet une diff\u00e9rence perceptible des significations accord\u00e9es au type Investigateur (consistante avec la diff\u00e9rence d\u2019orientation individualiste\/collectiviste des deux \u00e9chantillons), m\u00eame si la structure des int\u00e9r\u00eats s\u2019av\u00e8re semblable d\u2019un \u00e9chantillon \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il ressort de ce qui pr\u00e9c\u00e8de que s\u2019il peut \u00eatre justifi\u00e9 au plan psychom\u00e9trique d\u2019utiliser avec des personnes de cultures diverses des instruments valid\u00e9s pour ces cultures comme l\u2019Inventaire Strong ou le TVI, il convient de prendre note que la grandeur des corr\u00e9lations entre les \u00e9chelles de ces instruments repr\u00e9sentant les types Holland peut varier sensiblement d\u2019une culture \u00e0 l\u2019autre (Fouad et al., 1997) et, donc, que l\u2019interpr\u00e9tation des r\u00e9sultats doit tenir compte de ce que ces personnes ne per\u00e7oivent pas toutes n\u00e9cessairement de la m\u00eame fa\u00e7on les similarit\u00e9s entre ces types. En d\u2019autres termes, pour que les r\u00e9sultats aient du sens, leur interpr\u00e9tation doit \u00eatre individualis\u00e9e et tenir compte de fa\u00e7on nuanc\u00e9e des influences que l\u2019appartenance culturelle peut avoir sur la perception des environnements de travail de la classification Holland (Flores, Spanierman et Obasi, 2003). L\u2019ouvrage collectif sur les d\u00e9terminants des int\u00e9r\u00eats professionnels des membres des minorit\u00e9s visibles aux \u00c9tats-Unis, dirig\u00e9 par Leong (1995), illustre tr\u00e8s bien cette remarque en montrant comment ces populations sont susceptibles de rencontrer de multiples barri\u00e8res en tentant de p\u00e9n\u00e9trer un march\u00e9 du travail dans une culture dominante qui n\u2019est pas la leur. Pour chacune de ces populations, les auteurs expliquent comment tant la fa\u00e7on de faire des choix professionnels que les choix professionnels eux-m\u00eames peuvent \u00eatre influenc\u00e9s par les valeurs culturelles et par les cons\u00e9quences anticip\u00e9es de ces choix au plan de la r\u00e9ussite et de la satisfaction, selon que la profession consid\u00e9r\u00e9e semble plus ou moins permettre l\u2019actualisation de ces valeurs, par exemple, individualistes vs collectivistes (Young, Ball, Valach, Turkel et Wong, 2003)<b>. <\/b>L\u2019influence des int\u00e9r\u00eats professionnels sur les choix de carri\u00e8re de ces populations serait ainsi modul\u00e9e par les attentes culturelles et familiales de succ\u00e8s et de satisfaction. Ces attentes seraient elles-m\u00eames affect\u00e9es par les variables du statut socio-\u00e9conomique, du sexe, de la discrimination (positive ou n\u00e9gative) et du support environnemental. Il ressort clairement que les ant\u00e9c\u00e9dents d\u2019exclusion du noyau central de la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine que partagent les minorit\u00e9s visibles de cette soci\u00e9t\u00e9 n\u2019est pas sans relation avec leur exp\u00e9rience d\u2019insertion professionnelle, et avec la perception d\u2019eux-m\u00eames qu\u2019ils d\u00e9veloppent depuis leur enfance qu\u2019ils sont n\u00e9s, selon l\u2019expression populaire, pour un petit pain (Bigler, Averhart et Liben, 2003). On<b> <\/b>peut mieux comprendre alors pourquoi, aux \u00c9tats-Unis, les Am\u00e9ricains d\u2019origine africaine et latino-am\u00e9ricaine ont tendance \u00e0 se retrouver davantage dans certaines professions, souvent peu prestigieuses, plut\u00f4t que dans d\u2019autres. Ce m\u00eame ouvrage collectif dirig\u00e9 par Leong invite aussi \u00e0 la prudence et \u00e0 ne pas g\u00e9n\u00e9raliser cette constatation, car il existe des diff\u00e9rences individuelles importantes \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des groupes, notamment selon le pays d\u2019origine, le niveau d\u2019acculturation, le niveau socio-\u00e9conomique, le stade ou degr\u00e9 d\u2019identit\u00e9 raciale et culturelle, le statut de g\u00e9n\u00e9ration, l\u2019\u00e9ducation, le sexe et l\u2019\u00e2ge.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span class=\"intertitre\"><b>Les diff\u00e9rences des profils Holland selon le sexe<\/b><\/span><b><\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En ce qui a trait \u00e0 la signification des types Holland pour les hommes et les femmes, il convient de rappeler que les \u00e9tudes portant sur l\u2019organisation des aspirations et des int\u00e9r\u00eats professionnels ont r\u00e9guli\u00e8rement conclu \u00e0 des diff\u00e9rences persistantes entre les deux sexes, et cela ind\u00e9pendamment de l\u2019\u00e2ge, du pays et de l\u2019appartenance linguistique ou culturelle (Dupont et al., 1979). Tyler (1955) avait d\u00e9j\u00e0 observ\u00e9 que, d\u00e8s la quatri\u00e8me ann\u00e9e du primaire, s\u2019installent une diff\u00e9renciation et une coh\u00e9rence marqu\u00e9e des int\u00e9r\u00eats professionnels selon le sexe<b>. <\/b>Une revue des \u00e9tudes subs\u00e9quentes a amen\u00e9 Rounds et Day (1999) \u00e0 conclure que si leurs auteurs ont obtenu plus ou moins de succ\u00e8s \u00e0 v\u00e9rifier l\u2019\u00e9mergence d\u2019une structuration RIASEC des int\u00e9r\u00eats \u00e0 partir de la quatri\u00e8me ann\u00e9e du niveau primaire, elles ont tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9ralement mis en relief des diff\u00e9rences selon le sexe chez les enfants comparables \u00e0 celles observ\u00e9es pour les adultes, notamment \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la dimension personnes\/choses. De sorte que, malgr\u00e9 les changements sociaux qui ont amen\u00e9 une plus grande participation des femmes au monde du travail depuis quelques d\u00e9cennies, et malgr\u00e9 les efforts pour \u00e9liminer les biais sexuels dans les items des inventaires d\u2019int\u00e9r\u00eats (Diamond, 1975; Swaney, 1995; Title et Zytowski, 1978), les scores obtenus par les hommes et les femmes \u00e0 ces inventaires continuent de mettre en relief des profils Holland diff\u00e9rents, ceux des hommes r\u00e9v\u00e9lant plus souvent des int\u00e9r\u00eats caract\u00e9ristiques des types r\u00e9aliste et investigateur, tandis que ceux des femmes montrent davantage des int\u00e9r\u00eats pour les activit\u00e9s des types artiste, social et conventionnel. Cette diff\u00e9renciation des int\u00e9r\u00eats selon les genres s\u2019est confirm\u00e9e m\u00eame lorsqu\u2019on a donn\u00e9 le choix \u00e0 295 filles et 297 gar\u00e7ons qu\u00e9b\u00e9cois de la cinqui\u00e8me ann\u00e9e du niveau primaire jusqu\u2019\u00e0 la onzi\u00e8me du niveau secondaire, dans une exp\u00e9rimentation faisant appel \u00e0 une inversion du sexe des personnages apparaissant sur les images du TVI, d\u2019indiquer s\u2019ils pr\u00e9f\u00e9raient le mod\u00e8le du travailleur ou de la travailleuse correspondant \u00e0 leur propre sexe (T\u00e9treau et Trahan, 1988b). Suivant le principe de l\u2019identification \u00e0 son propre sexe, une majorit\u00e9 des gar\u00e7ons et des filles ont effectivement exprim\u00e9 une pr\u00e9f\u00e9rence pour le mod\u00e8le correspondant \u00e0 leur sexe, mais les profils de leurs int\u00e9r\u00eats n\u2019en ont pas moins continu\u00e9 de refl\u00e9ter les diff\u00e9rences traditionnelles selon le sexe. Par exemple, bien que les gar\u00e7ons aient pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 le mod\u00e8le masculin au mod\u00e8le f\u00e9minin du t\u00e9l\u00e9phoniste-standardiste et, contrairement au principe d\u2019identification, le mod\u00e8le f\u00e9minin au mod\u00e8le masculin du r\u00e9parateur d\u2019appareils de t\u00e9l\u00e9vision, ils ont n\u00e9anmoins assign\u00e9 \u00e0 ce dernier (mod\u00e8le r\u00e9aliste) sur l\u2019\u00e9chelle d\u2019int\u00e9r\u00eats en cinq points, une valeur de deux points plus \u00e9lev\u00e9e qu\u2019au premier (mod\u00e8le conventionnel). Pour illustrer davantage, une m\u00eame diff\u00e9rence de deux points plus \u00e9lev\u00e9e pour le type social, repr\u00e9sent\u00e9 par le mod\u00e8le de l\u2019infirmi\u00e8re (\u00ab\u00a0aime\u00a0\u00bb), que pour le mod\u00e8le r\u00e9aliste de la cordonni\u00e8re (\u00ab\u00a0n\u2019aime pas\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0n\u2019aime pas du tout\u00a0\u00bb), a \u00e9t\u00e9 observ\u00e9e dans le cas des filles, qui ont pourtant pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 le mod\u00e8le f\u00e9minin au mod\u00e8le masculin tant pour l\u2019une que pour l\u2019autre de ces deux professions. Deux int\u00e9ressantes exceptions \u00e0 cette confirmation de la r\u00e8gle de la diff\u00e9renciation des int\u00e9r\u00eats selon le sexe sont toutefois apparues : les filles du sous-groupe de la 11<sup>e<\/sup> ann\u00e9e du secondaire ont obtenu \u00e0 l\u2019\u00e9chelle E (esprit d\u2019entreprise) une moyenne significativement plus \u00e9lev\u00e9e que celle de leurs confr\u00e8res, tandis que la diff\u00e9rence des moyennes \u00e0 l\u2019\u00e9chelle I (investigateur) s\u2019est av\u00e9r\u00e9e non significative. Ces diff\u00e9rences et ressemblances des moyennes obtenues au TVI par les gar\u00e7ons et les filles de cette exp\u00e9rimentation sont consistantes avec celles d\u2019une autre \u00e9tude du m\u00eame genre (T\u00e9treau, Trahan et Brault, 1993). Elles sont aussi comparables \u00e0 celles que nous avons observ\u00e9es pour des \u00e9chantillons \u00e9quivalents en \u00e2ge mais beaucoup plus consid\u00e9rables d\u2019\u00e9tudiants et d\u2019\u00e9tudiantes d\u2019appartenances linguistiques et ethniques vari\u00e9es (T\u00e9treau et Trahan, 1986). Coupl\u00e9s aux donn\u00e9es recueillies sur de longues p\u00e9riodes dans le cas du Strong (Hansen, 1988), tous ces r\u00e9sultats semblent confirmer que si les diff\u00e9rences des int\u00e9r\u00eats entre les hommes et les femmes sont persistantes, la tendance g\u00e9n\u00e9rale va dans le sens d\u2019une diminution de ces diff\u00e9rences.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qui pr\u00e9c\u00e8de pourra suffire ici pour mettre en relief tant les limites que les possibilit\u00e9s du mod\u00e8le de Holland. Comme Vrignaud et Bernaud (1994a) le font remarquer, m\u00eame si d\u2019autres mod\u00e8les, tels ceux de Prediger (1982), de Gati (1991) ou de Larcebeau (1983) peuvent s\u2019av\u00e9rer en plus grande ad\u00e9quation avec les donn\u00e9es, celui de Holland continuera vraisemblablement son expansion \u00e0 cause de son utilit\u00e9, pour ne pas dire de la facilit\u00e9 de son mode d\u2019emploi, autant pour les chercheurs que pour les praticiens. Quoi qu\u2019il advienne, un de ses m\u00e9rites sera s\u00fbrement d\u2019avoir suscit\u00e9 suffisamment de recherches amenant \u00e0 reconna\u00eetre, comme le soulignent Rounds et Day (Day et Rounds, 1997; Rounds et Day, 2000), qu\u2019il n\u2019y a pas une seule repr\u00e9sentation absolue de la structure des int\u00e9r\u00eats professionnels valable en toutes circonstances. Comme ils le disent, un mod\u00e8le tr\u00e8s complexe pourra faire l\u2019affaire d\u2019un sp\u00e9cialiste des processus cognitifs int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tude de r\u00e9seaux de significations. Il sera probablement de peu d\u2019utilit\u00e9 \u00e0 un jeune qui vient de se poser la question de son orientation professionnelle. Un mod\u00e8le avec peu de dimensions, tel celui de Prediger (1982) serait alors plus ad\u00e9quat; comme le serait un mod\u00e8le un peu plus complexe dans le cas d\u2019une personne qui a d\u00e9j\u00e0 une assez bonne id\u00e9e des domaines g\u00e9n\u00e9raux des int\u00e9r\u00eats et qui, dans le contexte de la \u00ab\u00a0nouvelle \u00e9conomie\u00a0\u00bb et d\u2019une certaine pr\u00e9carit\u00e9 de l\u2019emploi, souhaiterait explorer des espaces de travail ou de loisir plus sp\u00e9cifiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span class=\"intertitre\"><b>Quelques questions laiss\u00e9es sans r\u00e9ponse <\/b><\/span><b><\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme je l\u2019ai fait remarquer plus haut, Holland ne s\u2019est pas beaucoup attard\u00e9 \u2013 il serait probablement plus juste de dire principalement attard\u00e9 \u2013 \u00e0 la question de l\u2019origine et du d\u00e9veloppement des int\u00e9r\u00eats professionnels. Cela est en bonne partie attribuable au caract\u00e8re structurel, plut\u00f4t que d\u00e9veloppemental, de sa th\u00e9orie du choix professionnel bas\u00e9e sur une typologie des personnalit\u00e9s et des environnements dont la seule compr\u00e9hension des rapports permettraient de pr\u00e9dire le degr\u00e9 de stabilit\u00e9, de succ\u00e8s et de satisfaction professionnels des individus. Cela est aussi attribuable, dans une large mesure, \u00e0 sa pr\u00e9f\u00e9rence pour un mod\u00e8le de la personnalit\u00e9 qui favorise la clart\u00e9 et la simplicit\u00e9 de l\u2019explication, bas\u00e9e sur quelques facteurs, aux d\u00e9pens de la complexit\u00e9 ou, comme il le dit, \u00ab\u00a0\u2026qui \u00e9vite toute consid\u00e9ration des fa\u00e7ons complexes et enchev\u00eatr\u00e9es avec lesquelles on suppose habituellement que la personnalit\u00e9 se d\u00e9veloppe.\u00a0\u00bb (1997, p 18, traduction libre). Ainsi, pour rendre compte de l\u2019\u00e9mergence des types chez les individus, il s\u2019en tient au fait observable, \u00ab\u00a0\u2026et, pour les fins de cette th\u00e9orie, ce fait est suffisant,\u00a0\u00bb (ibid.)\u00a0de la diff\u00e9renciation croissante des activit\u00e9s pr\u00e9f\u00e9r\u00e9es, des int\u00e9r\u00eats, des aptitudes et des valeurs et il s\u2019en remet, pour l\u2019expliquer, aux th\u00e9ories de l\u2019apprentissage, notamment celle du b\u00e9haviorisme social de Staats (1981) et celle de l\u2019apprentissage social appliqu\u00e9 \u00e0 la prise de d\u00e9cision de carri\u00e8re de Krumboltz (1979). Dans cette optique, \u00a0\u00ab\u00a0\u2026le d\u00e9veloppement durant la vie enti\u00e8re peut se comprendre comme une longue s\u00e9rie d\u2019interactions personne-environnement en vertu desquelles les gens \u00e9voluent et se stabilisent \u00e0 mesure qu\u2019ils adoptent, traversent ou \u00e9vitent des situations qui rejettent, retiennent et encouragent plus que d\u2019autres certains r\u00e9pertoires de personnalit\u00e9 ou de comportement.\u00a0\u00bb (1997, p. 61, traduction libre).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En r\u00e9sum\u00e9, selon Holland, avec le temps le type de personnalit\u00e9, et avec celui-ci les int\u00e9r\u00eats professionnels, se diff\u00e9rencient et se clarifient chez l\u2019individu par suite des apprentissages d\u00e9coulant de l\u2019interaction entre ses dispositions personnelles, y compris ses caract\u00e8res h\u00e9r\u00e9ditaires, et son environnement physique et social.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme le soulignent Bujold et Gingras (2000), si la th\u00e9orie de Holland ne manque pas de clart\u00e9 et de coh\u00e9rence, elle comporte toutefois certaines limites quant au niveau d\u2019explication auquel elle permet d\u2019acc\u00e9der. Ainsi, au-del\u00e0 de l\u2019\u00e9nonc\u00e9 g\u00e9n\u00e9ral que les int\u00e9r\u00eats se diff\u00e9rencient par suite de l\u2019interaction entre les dispositions de la personne et son environnement, l\u2019approche de Holland ne permet pas de r\u00e9pondre aux questions plus sp\u00e9cifiques du moment de leur formation et de leur expression dans le d\u00e9veloppement des individus, comment ils se structurent, se cristallisent et se stabilisent, ni \u00e0 celles du r\u00f4le pr\u00e9cis de facteurs comme les repr\u00e9sentations qu\u2019a la personne d\u2019elle-m\u00eame (image ou concept de soi, id\u00e9e du moi), la famille, le sexe, la disponibilit\u00e9 de mod\u00e8les d\u2019identification, la classe sociale, les diff\u00e9rences culturelles, les besoins, les valeurs ou les aptitudes, et encore moins \u00e0 celle du comment de l\u2019int\u00e9gration psychologique de ces divers facteurs par et chez la personne.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><span class=\"s-titre\"><a id=\"contenu4\" name=\"contenu4\"><\/a>L\u2019origine et le d\u00e9veloppement des int\u00e9r\u00eats\u00a0: Donald E. Super (1910-1994)<\/span><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au contraire de Holland, Super, dont la pens\u00e9e a fortement infl\u00e9chi depuis les ann\u00e9es 1950 la conceptualisation des int\u00e9r\u00eats et du choix professionnel dans l\u2019optique d\u2019une psychologie du d\u00e9veloppement (Super, 1953, 1957; Super et al., 1996), s\u2019est particuli\u00e8rement attard\u00e9 \u00e0 la question de l\u2019origine et des d\u00e9terminants des int\u00e9r\u00eats et de leur r\u00f4le dans le cheminement professionnel des individus, notamment dans son ouvrage encyclop\u00e9dique (1949) sur l\u2019\u00e9valuation du degr\u00e9 de convenance des choix professionnels des individus au moyen de tests psychologiques, ainsi que dans un volume, r\u00e9dig\u00e9 et publi\u00e9 en fran\u00e7ais en 1964, qui traite sp\u00e9cifiquement des int\u00e9r\u00eats. C\u2019est dans ce volume qu\u2019il concluait, apr\u00e8s avoir fait \u00e9tat des connaissances accumul\u00e9es sur chacun des multiples facteurs qui ont une influence sur leur orientation \u2013 h\u00e9r\u00e9dit\u00e9, famille, sexe, niveau socio-\u00e9conomique, etc. \u2013 que \u00ab\u00a0La vari\u00e9t\u00e9 des donn\u00e9es est telle et le processus d\u2019int\u00e9gration si complexe qu\u2019il est difficile d\u2019\u00e9laborer une th\u00e9orie claire qui rende compte de chaque aspect\u00a0\u00bb (1964, p.136). Pr\u00e8s de quatre d\u00e9cennies plus tard, il appara\u00eet que cette conclusion est encore d\u2019une certaine actualit\u00e9, car si les r\u00e9sultats les plus r\u00e9cents sur l\u2019influence relative des facteurs g\u00e9n\u00e9tiques et environnementaux am\u00e8nent \u00e0 penser que de 30 \u00e0 40 % de la variation dans les int\u00e9r\u00eats professionnels pourraient \u00eatre attribuables aux g\u00e8nes (Betsworth, Bouchard, Cooper, Grotevant, Hansen, Scarr et Weinberg, 1994), ces m\u00eames r\u00e9sultats ne permettent pas de savoir, comme le souligne Gottfredson (1999), quel est le processus g\u00e9n\u00e9tiquement activ\u00e9 selon lequel les personnes s\u00e9lectionnent les exp\u00e9riences qui se trouvent \u00e0 l\u2019interface de ces facteurs et, ce faisant, expriment, d\u00e9couvrent et d\u00e9veloppent leurs int\u00e9r\u00eats; ces r\u00e9sultats demeurent aussi muets quant \u00e0 savoir comment se fait chez chaque individu l\u2019int\u00e9gration de l\u2019interaction de ces facteurs via ses exp\u00e9riences.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme Holland et, de fait, la grande majorit\u00e9 des th\u00e9oriciens du comportement humain, Super estimait que celui-ci en g\u00e9n\u00e9ral, et les int\u00e9r\u00eats professionnels en particulier, r\u00e9sultent de l\u2019interaction des facteurs de l\u2019h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 et de l\u2019environnement. Toutefois, \u00e0 la diff\u00e9rence de Holland, et \u00e0 d\u00e9faut de formuler une th\u00e9orie exhaustive et pr\u00e9cise de l\u2019origine et du d\u00e9veloppement des int\u00e9r\u00eats<sup>4<\/sup>, il a propos\u00e9 une description de la fa\u00e7on dont ils se d\u00e9veloppent susceptible de servir de cadre \u00e0 l\u2019\u00e9laboration d\u2019une telle th\u00e9orie. Selon lui, si l\u2019origine des int\u00e9r\u00eats d\u00e9pend de l\u2019interaction de l\u2019h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 et de l\u2019environnement, leur d\u00e9veloppement est plus pr\u00e9cis\u00e9ment tributaire des aptitudes et des habilit\u00e9s, ainsi que de la personnalit\u00e9, celle-ci \u00e9tant d\u00e9finie autant selon une optique structurelle, qui l\u2019explique en termes de besoins, de valeurs et de divers autres traits, que ph\u00e9nom\u00e9nologique, c\u2019est-\u00e0-dire qui met l\u2019accent sur les repr\u00e9sentations que la personne a d\u2019elle-m\u00eame comme principe de son comportement. Selon ses mots\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Les int\u00e9r\u00eats r\u00e9sultent de l\u2019interaction de la constitution nerveuse et endocrinienne, d\u2019une part, des exp\u00e9riences, des possibilit\u00e9s offertes par le milieu et des approbations qui y sont rencontr\u00e9es, d\u2019autre part. Ainsi, la r\u00e9ussite qui couronne les capacit\u00e9s engendre la satisfaction. Les besoins et les modes d\u2019adaptation peuvent \u00e9galement faire na\u00eetre des int\u00e9r\u00eats, surtout lorsqu\u2019ils sont peu communs.\u00a0\u00bb\u00a0 (1964, p. 137).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans son ouvrage de 1949, il pr\u00e9cisait que\u00a0:<br \/>\n\u00ab\u00a0C\u2019est par identification aux personnes de son entourage avec lesquelles il s\u2019associe, en fonction de l\u2019attrait qu\u2019exercent certaines de leurs activit\u00e9s, que l\u2019individu va d\u00e9velopper ses int\u00e9r\u00eats en tentant de conformer son comportement au mod\u00e8le qu\u2019elles lui offrent; s\u2019il parvient \u00e0 assimiler le mod\u00e8le raisonnablement bien il pourra l\u2019adopter, sinon il devra chercher une autre fa\u00e7on de s\u2019identifier, d\u00e9velopper un autre profil d\u2019int\u00e9r\u00eats et un autre concept de soi.\u00a0\u00bb\u00a0 (p. 406, traduction libre).<br \/>\n<span class=\"intertitre\"><br \/>\n<b>Aptitude et r\u00e9ussite\u00a0: les int\u00e9r\u00eats r\u00e9sultent d\u2019un apprentissage<\/b><\/span><b><\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 l\u2019instar de Fryer (1931) et de Strong (1943) qui s\u2019appuyaient sur une th\u00e9orie de l\u2019apprentissage pour expliquer l\u2019origine des int\u00e9r\u00eats, ces deux citations de Super portent \u00e0 penser qu\u2019il les consid\u00e8re\u00a0comme une sorte de motivation apprise associ\u00e9e aux perceptions que l\u2019individu arrive \u00e0 se faire de ses capacit\u00e9s<sup>5<\/sup>, par suite de la satisfaction qu\u2019il retire de l\u2019exp\u00e9rience de sa r\u00e9ussite et du renforcement que procure l\u2019approbation des autres. Au d\u00e9part il y aurait donc les aptitudes ou les capacit\u00e9s, qui m\u00e8nent \u00e0 la r\u00e9ussite et \u00e0 l\u2019approbation des autres. Il s\u2019ensuivrait alors de l\u2019int\u00e9r\u00eat pour l\u2019exercice de l\u2019aptitude ou pour l\u2019activit\u00e9 \u00e0 laquelle elle est associ\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019autres th\u00e9oriciens du choix professionnel ont fait \u00e9cho \u00e0 cette proposition de Super qui r\u00e9affirme que les int\u00e9r\u00eats r\u00e9sultent d\u2019un processus d\u2019apprentissage. C\u2019est notamment le cas de Lofquist et Dawis (1969, 1991) qui ont propos\u00e9 que les int\u00e9r\u00eats r\u00e9sultent en grande partie de l\u2019apprentissage de pr\u00e9f\u00e9rences pour des activit\u00e9s que les aptitudes ou les habilit\u00e9s de la personne lui ont permis d\u2019accomplir avec succ\u00e8s dans le pass\u00e9. Dans sa th\u00e9orie sur l\u2019origine des int\u00e9r\u00eats, Roe (1956), \u00e0 la suite de Maslow (1954), avait d\u00e9j\u00e0 postul\u00e9 que les int\u00e9r\u00eats chez l\u2019enfant sont suscit\u00e9s par la gratification de ses besoins.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019id\u00e9e que la r\u00e9ussite et l\u2019exercice de l\u2019aptitude puissent faire na\u00eetre l\u2019int\u00e9r\u00eat, ou inversement que la poursuite d\u2019un int\u00e9r\u00eat puisse favoriser le d\u00e9veloppement de l\u2019aptitude correspondante, pourrait porter \u00e0 penser que la corr\u00e9lation entre ces deux variables est tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9e. De fait les \u00e9tudes de cette corr\u00e9lation r\u00e9v\u00e8lent qu\u2019elle varie g\u00e9n\u00e9ralement de basse \u00e0 mod\u00e9r\u00e9e, de l\u2019ordre de 0,20 \u00e0 0,35, et qu\u2019il s\u2019agit donc de deux variables relativement tr\u00e8s ind\u00e9pendantes (Dawis, 1991). Ce fait s\u2019explique sans doute en partie, comme le souligne Savickas (1999) \u00e0 la suite de Darley et Hagenah (1955), par ceci que des gens poss\u00e9dant un m\u00eame niveau d\u2019aptitude ont des int\u00e9r\u00eats diff\u00e9rents et que des gens avec les m\u00eames int\u00e9r\u00eats diff\u00e8rent par leurs aptitudes. Comme le fait remarquer Super (1964), la capacit\u00e9 \u00e9tant plus fondamentale que l\u2019int\u00e9r\u00eat, on peut conclure des recherches sur la corr\u00e9lation entre les deux variables que les capacit\u00e9s sont une des causes de l\u2019int\u00e9r\u00eat, parmi d\u2019autres, mais aussi que les aptitudes dans un domaine donn\u00e9 ne g\u00e9n\u00e8rent pas n\u00e9cessairement l\u2019int\u00e9r\u00eat pour ce domaine (voir l\u2019exemple \u00e9clairant du cas de Tom Turner dans Super, 1950 ou 1988). Dans cette m\u00eame ligne de pens\u00e9e, on dira que l\u2019aptitude d\u00e9termine la distance que peut parcourir la personne, tandis que son int\u00e9r\u00eat d\u00e9termine la direction qu\u2019elle suivra.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si, initialement, l\u2019observation que l\u2019int\u00e9r\u00eat r\u00e9sulte de la satisfaction associ\u00e9e \u00e0 l\u2019aptitude lorsqu\u2019elle est utilis\u00e9e avec succ\u00e8s a amen\u00e9 les auteurs \u00e0 voir l\u2019origine des int\u00e9r\u00eats dans les capacit\u00e9s objectives, par la suite c\u2019est plut\u00f4t \u00e0 la perception subjective de l\u2019aptitude et au sentiment de comp\u00e9tence ou d\u2019efficacit\u00e9 personnelle, autrement dit \u00e0 la confiance en ses capacit\u00e9s de la personne que l\u2019on a attribu\u00e9 un r\u00f4le \u00e0 l\u2019aptitude dans la gen\u00e8se des int\u00e9r\u00eats.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b> <span class=\"intertitre\">Les int\u00e9r\u00eats r\u00e9sultent d\u2019une perception subjective de l\u2019aptitude<\/span><br \/>\n<\/b><br \/>\nS\u2019il est vraisemblable que l\u2019aptitude m\u00e8ne \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat, il est difficile de s\u2019imaginer que cela se fait compl\u00e8tement \u00e0 l\u2019insu de la personne, sans que la satisfaction qu\u2019elle retire de ses exp\u00e9riences personnelles de r\u00e9ussite et de la reconnaissance des autres ne l\u2019incitent \u00e0 se faire sa propre id\u00e9e de ses capacit\u00e9s; ou inversement, sans que son insucc\u00e8s ou la d\u00e9sapprobation rencontr\u00e9e n\u2019affectent ses perceptions d\u2019elle-m\u00eame. Autrement dit, on peut formuler l\u2019hypoth\u00e8se que la perception subjective de ses capacit\u00e9s et, surtout, le sentiment de confiance r\u00e9sultant de l\u2019\u00e9valuation positive que l\u2019individu peut en faire vont favoriser la naissance et la croissance de son int\u00e9r\u00eat, tout autant que ses capacit\u00e9s objectives. \u00c0 la suite d\u2019une recension de la litt\u00e9rature montrant que la relation entre les habilit\u00e9s per\u00e7ues, que la personne s\u2019attribue, et ses int\u00e9r\u00eats mesur\u00e9s s\u2019av\u00e9rait souvent plus \u00e9lev\u00e9e que celle avec ses habilit\u00e9s objectives, Barak (1981) est arriv\u00e9 \u00e0 la conclusion que cette hypoth\u00e8se d\u2019un facteur cognitif reliant la capacit\u00e9 objective et l\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e9tait tout \u00e0 fait fond\u00e9e, et il en a fait la pr\u00e9misse d\u2019un mod\u00e8le explicatif du d\u00e9veloppement et du maintien des int\u00e9r\u00eats. Selon ce mod\u00e8le, qui permet de synth\u00e9tiser comment divers \u00e9l\u00e9ments du concept d\u2019int\u00e9r\u00eats professionnels interagissent dans la dynamique des choix de carri\u00e8re, les individus structureraient leur choix professionnel en fonction de trois d\u00e9terminants cognitifs \u2013 les habilit\u00e9s per\u00e7ues, le succ\u00e8s attendu et la satisfaction anticip\u00e9e \u2013 qui donneraient naissance \u00e0 des affects et des motivations d\u00e9finies comme des int\u00e9r\u00eats. Ce mod\u00e8le, comme celui de Nuttin (1980), qui propose un cadre tr\u00e8s large permettant de tenir compte \u00e0 la fois de la complexit\u00e9 des dynamismes motivationnels dans l\u2019individu et de leur interaction avec les forces de l\u2019environnement, a l\u2019avantage d\u2019expliquer les inconvenances plus ou moins temporaires que r\u00e9v\u00e8lent des choix de carri\u00e8re selon toutes apparences non r\u00e9alistes, comme dans le cas de l\u2019adolescent qui n\u2019a pas les habilit\u00e9s mesur\u00e9es de ses int\u00e9r\u00eats exprim\u00e9s mais qui, en ce qui concerne ses habilit\u00e9s per\u00e7ues, est fort convaincu du contraire (T\u00e9treau, 1964). De telles inconvenances traduisent sans doute, bien que de fa\u00e7on paradoxale et inconsciente, l\u2019effet de m\u00e9canismes de d\u00e9fense sous-jacents \u00e0 une recherche active de convenance, ou du moins de consistance interne, de la part des individus dont les int\u00e9r\u00eats peuvent \u00eatre ainsi orient\u00e9s vers des professions compatibles avec leur concept d\u2019eux-m\u00eames, mais pas n\u00e9cessairement avec leurs caract\u00e9ristiques r\u00e9elles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est aussi en empruntant \u00e0 la th\u00e9orie sociocognitive de l\u2019apprentissage de Bandura (1986) le concept du \u00a0sentiment de comp\u00e9tence (\u00ab\u00a0self-efficacy\u00a0\u00bb)(Bandura, 1977, 1997), consid\u00e9r\u00e9 par certains comme le concept le plus important des trois derni\u00e8res d\u00e9cennies en psychologie du counseling (Fitzgerald et Harmon, 1998), et en l\u2019appliquant au domaine de l\u2019orientation professionnelle que Hackett et Betz (1981) d\u2019abord, puis Lent, Brown et Hackett (1994; 1996) et Betz (2000) ont, \u00e0 l\u2019instar de Barak, propos\u00e9 que les habilit\u00e9s per\u00e7ues, les attentes de succ\u00e8s<b> <\/b>ou les croyances relatives aux r\u00e9sultats escompt\u00e9s, ainsi que les satisfactions anticip\u00e9es jouent un r\u00f4le d\u2019interm\u00e9diaire dans la formation des int\u00e9r\u00eats et des choix de carri\u00e8re. Selon ces tenants d\u2019une approche sociocognitive du d\u00e9veloppement des int\u00e9r\u00eats, les int\u00e9r\u00eats professionnels, d\u00e9finis ici en termes d\u2019attraits ou de rejets pour des activit\u00e9s en rapport avec les choix d\u2019orientation, sont influenc\u00e9s par le sentiment de comp\u00e9tence, c\u2019est-\u00e0-dire la confiance de la personne dans sa capacit\u00e9 de r\u00e9aliser ses objectifs de performance dans un domaine pr\u00e9cis, et par les cons\u00e9quences d\u2019abord anticip\u00e9es puis, \u00e9ventuellement, r\u00e9elles de son comportement. Un sentiment de comp\u00e9tence \u00e9lev\u00e9 et des r\u00e9sultats de performance positifs auront pour effet de favoriser le d\u00e9veloppement d\u2019un int\u00e9r\u00eat durable pour l\u2019activit\u00e9 concern\u00e9e, et aussi, directement ou par association, pour l\u2019environnement acad\u00e9mique ou professionnel particulier dans lequel se retrouve cette activit\u00e9. Ces auteurs avancent aussi que la satisfaction v\u00e9cue \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de ces actions forme une boucle qui g\u00e9n\u00e8re encore d\u2019autres int\u00e9r\u00eats par l\u2019entremise d\u2019un nouveau sentiment de comp\u00e9tence et de l\u2019anticipation de r\u00e9sultats positifs \u00e0 l\u2019\u00e9gard des buts que se fixe la personne. L\u2019\u00e9volution constante de cette gen\u00e8se des int\u00e9r\u00eats encouragerait les personnes \u00e0 d\u00e9velopper des profils d\u2019int\u00e9r\u00eats professionnels qui les caract\u00e9risent.<sup>5<\/sup> Elles d\u00e9velopperaient ainsi des int\u00e9r\u00eats qui perdurent dans des activit\u00e9s acad\u00e9miques ou professionnelles pour lesquelles elles se sentent comp\u00e9tentes et anticipent de retirer un avantage, ce qui est \u00e9videmment plus susceptible de se produire si le contexte social leur procure effectivement les occasions de vivre la satisfaction d\u00e9coulant de la r\u00e9ussite de l\u2019atteinte d\u2019objectifs qu\u2019elles se sont pr\u00e9alablement fix\u00e9s elles-m\u00eames (Lent, Brown et Hackett, 2000).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Initialement Hackett et Betz ont eu recours au concept du sentiment de comp\u00e9tence pour expliquer les diff\u00e9rences de sexe dans les choix de carri\u00e8re, leurs recherches ayant confirm\u00e9 que la faiblesse de ce sentiment chez les femmes \u00e0 l\u2019\u00e9gard de professions exerc\u00e9es traditionnellement par les hommes pouvait constituer un handicap \u00e0 leur d\u00e9veloppement professionnel; il se confirmait ainsi qu\u2019en plus de la prise en compte de comp\u00e9tences objectives g\u00e9n\u00e9rales et sp\u00e9cifiques, il faut aussi poss\u00e9der non seulement une estime de soi g\u00e9n\u00e9rale, mais un niveau optimal de confiance en certaines de ses propres capacit\u00e9s pour pouvoir d\u00e9velopper un int\u00e9r\u00eat dans un domaine professionnel ou d\u2019\u00e9tudes acad\u00e9miques pr\u00e9cis tels, par exemple, les math\u00e9matiques et la profession d\u2019ing\u00e9nieur, les arts et la profession de critique musical, les sciences sociales et la profession d\u2019\u00e9conomiste. Plusieurs \u00e9tudes ont, par la suite, examin\u00e9 les relations entre le sentiment de comp\u00e9tence et les autres composantes des choix scolaires et professionnels d\u2019\u00e9tudiants des deux sexes des niveaux secondaire et post-secondaire (Blanchard et Vrignaud, 1994; Hackett, 1995). Ces \u00e9tudes et d\u2019autres plus r\u00e9centes (Donnay et Borgen, 1999; Lent, Brown et Gore, 1997; Lopez, Lent, Brown et Gore, 1997; Rottinghaus, Larson et Borgen, 2003; Rottinghaus, Lindley, Green et Borgen, 2002; Smith et Fouad, 1999), ont confirm\u00e9 la proposition de Lent et al. (1994) que le sentiment de comp\u00e9tence, les capacit\u00e9s, les int\u00e9r\u00eats, les attentes de r\u00e9sultats positifs, les objectifs poursuivis et le rendement dans diff\u00e9rents domaines scolaires et professionnels sont des concepts reli\u00e9s entre eux mais distincts et sp\u00e9cifiques \u00e0 chaque domaine, la mesure de chacun permettant de pr\u00e9dire le niveau d\u2019aspiration et les choix professionnels dans ces domaines. Par exemple, utilisant une mesure de confiance en ses propres habilit\u00e9s, le \u00ab\u00a0Skill Confidence Inventory\u00a0\u00bb (SCI), Donnay et Borgen (1999) ont confirm\u00e9 que si la structure du sentiment de comp\u00e9tence professionnelle est semblable \u00e0 celle des int\u00e9r\u00eats (Tracey, 1997) et se conforme essentiellement au mod\u00e8le circulaire des types RIASEC de Holland, les \u00e9chelles du SCI permettaient d\u2019ajouter \u00e0 la capacit\u00e9 de celles du Strong de classifier avec pr\u00e9cision dans 21 groupes professionnels l\u2019appartenance de 1 105 travailleurs exp\u00e9riment\u00e9s et satisfaits. Au demeurant, en ce qui a trait \u00e0 la comparaison du pouvoir de pr\u00e9diction de l\u2019orientation scolaire ou professionnelle des mesures de ces divers concepts, comme le montre le tableau des corr\u00e9lations de la revue m\u00e9ta-analytique effectu\u00e9e par Lent et al. (1994) de toute la recherche pertinente, conduite jusqu\u2019alors, aupr\u00e8s d\u2019\u00e9chantillons tant d\u2019adolescents que d\u2019adultes, ce sont les mesures des int\u00e9r\u00eats qui pr\u00e9disent le mieux cette orientation. Comme ils le disent, \u00ab\u00a0(\u2026) il ressort que l\u2019influence du sentiment de comp\u00e9tence et des attentes de r\u00e9sultats sur les buts poursuivis est largement canalis\u00e9e par celle des int\u00e9r\u00eats\u00a0\u00bb (p. 111), ce qui ne contredit pas l\u2019id\u00e9e d\u2019une influence r\u00e9ciproque de ces deux variables avec le temps (Nauta, Kahn, Angell et Cantarelli, 2002). \u00c0 ce propos, Rottinghaus et al.(2003) soulignent avec pertinence que, jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, les explications de la th\u00e9orie sociocognitive de l\u2019influence du sentiment de comp\u00e9tence sur le d\u00e9veloppement des int\u00e9r\u00eats sont tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9ralement bas\u00e9es sur des analyses de corr\u00e9lations, de sorte qu\u2019en l\u2019absence de devis exp\u00e9rimentaux ou longitudinaux, il sera difficile de d\u00e9terminer avec pr\u00e9cision laquelle de ces deux variables pr\u00e9c\u00e8de l\u2019autre.<br \/>\n<span class=\"intertitre\"><br \/>\n<b>Besoins, valeurs et int\u00e9r\u00eats<\/b><\/span><b><\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La premi\u00e8re citation de Super plus haut lui fait dire en plus que les besoins et les modes d\u2019adaptation peuvent \u00eatre aussi \u00e0 l\u2019origine du d\u00e9veloppement des int\u00e9r\u00eats. Contrairement \u00e0 d\u2019autres auteurs comme Roe (Roe, 1956; Roe et Siegelman, 1964; Roe et Lunneborg, 1990), qui attribue l\u2019origine des int\u00e9r\u00eats, et surtout leur orientation vers les personnes versus leur orientation vers les choses, au genre de relations interpersonnelles qu\u2019entretiennent les parents avec leur enfant pour satisfaire ses besoins, ou Bordin (1990), qui propose que les int\u00e9r\u00eats r\u00e9sultent de la transformation de fixations des besoins de l\u2019enfance selon un processus de sublimation de type psychanalytique, Super a d\u2019abord \u00e9mis l\u2019opinion \u00ab\u00a0qu\u2019il y a une telle vari\u00e9t\u00e9 dans les modalit\u00e9s d\u2019adaptation des individus selon leurs besoins\u2026que le pronostic des int\u00e9r\u00eats \u00e0 partir des besoins ou des modes d\u2019adaptation est g\u00e9n\u00e9ralement difficile et peu pr\u00e9cis\u00a0\u00bb (1964, p. 137). Toutefois, comme il l\u2019expliquera plus tard dans sa r\u00e9flexion sur l\u2019agencement des besoins, des valeurs et des int\u00e9r\u00eats dans l\u2019\u00e9conomie de la personnalit\u00e9 (Super, 1973, 1995), c\u2019est de fa\u00e7on indirecte et selon un mode hi\u00e9rarchique, en passant pour ainsi dire par les valeurs, qu\u2019il dira que les besoins peuvent faire na\u00eetre les int\u00e9r\u00eats. La logique du raisonnement de Super proc\u00e8de de la signification de ces trois concepts dans une psychologie de la personnalit\u00e9 fonctionnaliste qui situe les besoins au niveau le plus fondamental, voire inconscient, et les d\u00e9finit comme des \u00e9tats de privation de choses que la personne cherche activement \u00e0 obtenir et qui, lorsqu\u2019elle y parvient, contribuent \u00e0 son bien-\u00eatre. Les traits de personnalit\u00e9 et les valeurs de la personne \u00e9maneraient de ces besoins. C\u2019est-\u00e0-dire que les traits sont con\u00e7us comme des modes d\u2019adaptation permettant de satisfaire des besoins dans certaines situations, et les valeurs comme des objectifs g\u00e9n\u00e9raux que l\u2019on poursuit pour en satisfaire d\u2019autres dans d\u2019autres situations. Quant aux int\u00e9r\u00eats dans ce contexte, Super les d\u00e9finit comme les objets ou les activit\u00e9s sp\u00e9cifiques permettant d\u2019atteindre les valeurs et, de cette fa\u00e7on, de satisfaire des besoins.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Commentant cette structure hi\u00e9rarchique de la motivation que propose Super, Savickas (1999) tente de l\u2019expliquer en parlant de trois modes d\u2019expression et d\u2019interaction de la personne avec son environnement dans son \u00e9lan ou sa qu\u00eate de r\u00e9alisation d\u2019elle-m\u00eame. Selon Savickas, il y a tout d\u2019abord les besoins qui se manifestent par la prise de conscience d\u2019une absence des qualit\u00e9s que la personne recherche pour maintenir l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de son \u00eatre. Apparaissent ensuite les valeurs, le deuxi\u00e8me mode de rapport au monde ext\u00e9rieur, qui confirment l\u2019engagement de la personne \u00e0 un style de vie et \u00e0 la poursuite de buts g\u00e9n\u00e9raux lui permettant d\u2019exprimer ce qu\u2019elle souhaite devenir selon l\u2019ordre d\u2019importance qu\u2019elle accorde aux choses; les objets ou les gratifications obtenus par l\u2019atteinte de ces buts servent de fa\u00e7on t\u00e9l\u00e9ologique \u00e0 satisfaire les besoins. Viennent enfin les int\u00e9r\u00eats, le troisi\u00e8me mode d\u2019interaction, qui indiquent pr\u00e9cis\u00e9ment les avenues que privil\u00e9gie la personne dans son rapport avec la communaut\u00e9 pour concr\u00e9tiser le trait d\u2019union entre ses valeurs et ses besoins. En comparaison avec les besoins et les valeurs, les int\u00e9r\u00eats apparaissent ainsi comme \u00e0 la surface de la personnalit\u00e9 o\u00f9 ils jouent un r\u00f4le m\u00e9diateur des interactions entre la personne et son environnement. Les r\u00e9sultats des recherches empiriques qui ont trait\u00e9 sp\u00e9cifiquement de ce probl\u00e8me de la diff\u00e9renciation, de l\u2019interd\u00e9pendance et de la hi\u00e9rarchisation des besoins, des valeurs et des int\u00e9r\u00eats portent \u00e0 penser qu\u2019ils constituent effectivement des domaines distincts \u2013 bien que parfois intimement reli\u00e9s \u2013 et hi\u00e9rarchis\u00e9s de la personnalit\u00e9 (Dagley, Super et Lautenschlager, 1990; Lokan, 1990; Macnab et Fitzsimmons, 1987; Super, 1995; T\u00e9treau, Trahan et H\u00e9bert, 1995; T\u00e9treau, Perron, Trahan et Marocco, 1988). L\u2019article que j\u2019ai publi\u00e9 avec Michel Trahan et Martine H\u00e9bert (1995) et qui fait \u00e9tat des r\u00e9sultats d\u00e9taill\u00e9s d\u2019une recherche portant pr\u00e9cis\u00e9ment sur les relations entre ces trois variables est reproduit ici dans ce num\u00e9ro sp\u00e9cial de Carri\u00e9rologie.<b><br \/>\n<\/b><span class=\"intertitre\"><br \/>\n<b>Les int\u00e9r\u00eats r\u00e9sultent de l\u2019identification \u00e0 des mod\u00e8les de r\u00f4le sociaux et professionnels<\/b><\/span><b><br \/>\n<\/b><br \/>\nLa deuxi\u00e8me citation de Super plus haut pr\u00e9cise que les individus d\u00e9veloppent leurs int\u00e9r\u00eats au moyen d\u2019identifications \u00e0 des mod\u00e8les de r\u00f4le et par l\u2019int\u00e9gration qu\u2019ils r\u00e9ussissent \u00e0 faire de ces identifications \u00e0 la structure d\u2019ensemble de leurs perceptions d\u2019eux-m\u00eames, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 leur concept de soi (\u00ab\u00a0self-concept\u00a0\u00bb). Dans notre soci\u00e9t\u00e9 contemporaine, la probl\u00e9matique du choix et de l\u2019orientation professionnelle prend particuli\u00e8rement son relief \u00e0 l\u2019adolescence o\u00f9 tant les attentes externes de la famille et de la soci\u00e9t\u00e9 que le besoin chez l\u2019individu de se d\u00e9finir \u00e0 l\u2019\u00e9gard du monde du travail se font de plus en plus pressantes. Comme le soulignait Sarason (1975), c\u2019est en effet d\u2019abord \u00e0 cette \u00e9tape de vie que, devant le fait tenace (\u00ab\u00a0stubborn fact\u00a0\u00bb) qu\u2019il doit faire un choix, l\u2019individu r\u00e9alise toute l\u2019importance pour son avenir de r\u00e9soudre au mieux la t\u00e2che de prendre les \u00ab\u00a0bonnes\u00a0\u00bb d\u00e9cisions relatives \u00e0 son insertion dans le monde du travail et \u00e0 son cheminement professionnel. Ce qui l\u2019am\u00e8ne, in\u00e9vitablement, \u00e0 devoir planifier, explorer et cristalliser ses repr\u00e9sentations de lui-m\u00eame autour de pr\u00e9f\u00e9rences, de projets et de choix professionnels compatibles avec ces repr\u00e9sentations.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 l\u2019instar de Carter (1940), Bordin (1943) et Tyler (1960) qui pensaient que les int\u00e9r\u00eats commencent \u00e0 s\u2019organiser d\u00e8s l\u2019enfance selon les attitudes de la personne vis-\u00e0-vis d\u2019elle-m\u00eame, ce que les \u00e9tudes pr&amp;eaceacute;cit\u00e9es sur leur structuration \u00e0 la pr\u00e9-adolescence selon le mod\u00e8le Holland semblent confirmer, Super estime que c\u2019est l\u2019acceptation ou le rejet d\u2019un r\u00f4le qui oriente les choix et d\u00e9termine les int\u00e9r\u00eats, et le concept de soi exercerait une influence fondamentale \u00e0 cet \u00e9gard. Car si, comme le sugg\u00e8re la premi\u00e8re citation, ce sont les aptitudes ou les habilit\u00e9s qui m\u00e8nent \u00e0 la r\u00e9ussite, encore faut-il que celle-ci soit per\u00e7ue et sanctionn\u00e9e comme telle par l\u2019approbation des autres dans le contexte d\u2019un r\u00f4le conforme aux attentes sociales. Pr\u00e9c\u00e9dant et en accord avec la th\u00e9orie sociocognitive de Bandura (1977), selon laquelle les gens apprennent et se d\u00e9veloppent par \u00e9mulation des mod\u00e8les de r\u00f4les que leur pr\u00e9sentent les personnes de leur entourage social, Super (1957, 1964) proposait que, pendant l\u2019adolescence et les ann\u00e9es qui la pr\u00e9c\u00e8dent, la plupart des jeunes vivant dans un pays dont l\u2019\u00e9conomie est \u00e9volu\u00e9e et libre sont expos\u00e9s \u00e0 une multiplicit\u00e9 de mod\u00e8les et ont l\u2019occasion d\u2019exercer temporairement une diversit\u00e9 d\u2019activit\u00e9s professionnelles. L\u2019\u00e9cole, particuli\u00e8rement lorsqu\u2019elle est une \u00ab\u00a0\u00e9cole orientante\u00a0\u00bb, leur procure en plus non seulement la possibilit\u00e9 de se familiariser avec les domaines d\u2019\u00e9tudes n\u00e9cessaires \u00e0 leur insertion professionnelle, mais aussi avec les mod\u00e8les des travailleurs associ\u00e9s \u00e0 ces sujets d\u2019\u00e9tudes. De fait, que ce soit \u00e0 la maison, \u00e0 l\u2019\u00e9cole, dans les loisirs ou dans le travail \u00e0 temps partiel, ils ont l\u2019occasion de s\u2019identifier \u00e0 leurs parents et \u00e0 d\u2019autres membres de leur famille, \u00e0 leurs amis adultes ou \u00e0 leurs compagnons (Vondracek et Skorikov, 1997); ce faisant, ils sont amen\u00e9s \u00e0 essayer, \u00e0 rejeter ou \u00e0 accepter une vari\u00e9t\u00e9 de r\u00f4les sociaux et professionnels et \u00e0 se former ainsi une identit\u00e9 professionnelle<sup>7<\/sup>. De sorte que vers l\u2019\u00e2ge de 14 ou 15 ans leurs int\u00e9r\u00eats commencent \u00e0 se cristalliser et \u00e0 servir aux fins de leurs exp\u00e9riences d\u2019exploration de leur concept de soi et du r\u00f4le qu\u2019ils ont commenc\u00e9 de s\u2019attribuer. Par la suite, et contrairement \u00e0 l\u2019impression populaire que les int\u00e9r\u00eats fluctuent de jour en jour et sont si inconsistants qu\u2019on ne saurait s\u2019y fier, leurs int\u00e9r\u00eats auront tendance \u00e0 se stabiliser vers l\u2019\u00e2ge de dix-huit ans, seront tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9ralement devenus stables vers l\u2019\u00e2ge de vingt-cinq ans et le resteront pour la plupart d\u2019entre eux durant le reste de leur vie. La r\u00e9cente revue de la litt\u00e9rature de Swanson (1999) \u00e0 cet \u00e9gard l\u2019a en effet amen\u00e9e \u00e0 r\u00e9affirmer la conclusion de nombreuses recherches et de revues de recherches pr\u00e9c\u00e9dentes, \u00e0 savoir que les int\u00e9r\u00eats sont remarquablement stables sur de longs intervalles de temps et que ce fait est vraisemblablement le plus document\u00e9 de tout le domaine de la mesure des int\u00e9r\u00eats. Outre la p\u00e9riode allant de l\u2019adolescence \u00e0 la vie adulte, il convient de noter, toutefois, que plusieurs facteurs, tels que des sentiments d\u2019incertitude et la difficult\u00e9 \u00e0 d\u00e9cider de son orientation, le type sp\u00e9cifique d\u2019int\u00e9r\u00eat (par exemple, artistique pour les femmes ou m\u00e9canique pour les hommes) ou le degr\u00e9 de diff\u00e9renciation du profil des int\u00e9r\u00eats peuvent en augmenter ou diminuer le degr\u00e9 de stabilit\u00e9. Aussi, chez certaines personnes qui font exception \u00e0 la r\u00e8gle, leurs int\u00e9r\u00eats peuvent changer substantiellement avec le temps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les th\u00e9ories de l\u2019origine des int\u00e9r\u00eats bas\u00e9es sur le sentiment de comp\u00e9tence qui sont tributaires de la th\u00e9orie de Bandura insistent aussi sur l\u2019importance de l\u2019apprentissage \u00e0 partir de l\u2019observation de mod\u00e8les de r\u00f4le. Selon Lent et al. (1994), c\u2019est par suite d\u2019une longue histoire d\u2019exp\u00e9riences d\u2019identification aux mod\u00e8les de r\u00f4le auxquels l\u2019expose ses proches et les autres personnes de son entourage qui lui sont signifiantes, que ce sentiment se d\u00e9veloppe chez l\u2019individu. Ainsi, durant l\u2019enfance et l\u2019adolescence, il aura l\u2019occasion d\u2019observer quelques mod\u00e8les de r\u00f4le, puis, se confondant avec certains en imagination, de se voir agir comme eux et, plus tard, de tenter par son comportement de les imiter r\u00e9ellement. Ces tentatives le porteront \u00e0 faire l\u2019essai d\u2019activit\u00e9s, dont certaines, qu\u2019il aura r\u00e9ussi \u00e0 mieux exercer que d\u2019autres, tant de son point de vue que de celui de son entourage, lui appara\u00eetront plus int\u00e9ressantes et compatibles avec son concept de soi professionnel, c\u2019est-\u00e0-dire avec les repr\u00e9sentations qu\u2019il se fait de ses aptitudes, de ses int\u00e9r\u00eats, de ses valeurs, de ses habilet\u00e9s, de ses aspirations et de ses croyances \u00e0 pouvoir les actualiser dans un r\u00f4le de travailleur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme je l\u2019ai indiqu\u00e9 plus haut dans ma note num\u00e9ro 4, Super n\u2019a peut-\u00eatre pas formul\u00e9 une th\u00e9orie exhaustive et pr\u00e9cise des int\u00e9r\u00eats, mais il a s\u00fbrement \u00e9labor\u00e9 une th\u00e9orie du d\u00e9veloppement des pr\u00e9f\u00e9rences et des choix de carri\u00e8re, telle que la synth\u00e9tisent ses quatorze propositions et ses mod\u00e8les graphiques de l\u2019arche des d\u00e9terminants du d\u00e9veloppement de carri\u00e8re et de l\u2019arc-en-ciel du cours de la vie (Super, 1990; Super et al., 1996). Comme le font remarquer Guichard et Huteau (2001, p. 152-153), depuis sa premi\u00e8re formulation dans les ann\u00e9es cinquante sous forme de propositions mettant en relief les d\u00e9terminants psycho-sociaux et culturels du d\u00e9veloppement professionnel, au cours des ann\u00e9es quatre-vingt la th\u00e9orie Super a \u00e9volu\u00e9 vers une d\u00e9finition de la carri\u00e8re professionnelle vue dans le contexte de l\u2019ensemble des r\u00f4les et des cycles de la vie. Plus r\u00e9cemment, c\u2019est-\u00e0-dire jusqu\u2019\u00e0 sa mort en 1994, ses \u00e9crits ont davantage mis l\u2019accent sur les repr\u00e9sentations que l\u2019individu se forme \u00e0 propos de lui-m\u00eame, reprenant ainsi pour l\u2019approfondir le th\u00e8me majeur du concept de soi qui a toujours occup\u00e9 une place centrale dans les formulations successives de sa th\u00e9orie, comme lorsqu\u2019il disait que \u00ab\u00a0Tracer les processus du choix professionnel et de l\u2019adaptation \u00e0 une profession revient, essentiellement, \u00e0 d\u00e9crire deux processus \u2013 celui de d\u00e9velopper une image du genre de personne que l\u2019on est, et celui d\u2019essayer de faire une r\u00e9alit\u00e9 de ce concept.\u00a0\u00bb (1950, p. 88; 1988, p.351). C\u2019est aussi en utilisant des mots semblables qu\u2019il a propos\u00e9 de red\u00e9finir l\u2019orientation professionnelle\u00a0: \u00ab\u00a0\u2026le processus d\u2019aider une personne \u00e0 d\u00e9velopper\u2026une image d\u2019elle-m\u00eame et de son r\u00f4le dans le monde du travail, \u00e0 v\u00e9rifier ce concept avec la r\u00e9alit\u00e9 et \u00e0 le transformer en une r\u00e9alit\u00e9\u2026\u00a0\u00bb (1957, p. 97). Et les m\u00eames mots aussi pour souligner la place centrale qu\u2019occupe le concept de soi tout au long de la carri\u00e8re\u00a0: \u00a0\u00ab\u00a0En exprimant une pr\u00e9f\u00e9rence professionnelle, une personne traduit en termes professionnels une id\u00e9e du genre de personne qu\u2019elle est; \u2026en embrassant une carri\u00e8re, elle cherche \u00e0 actualiser un concept d\u2019elle-m\u00eame;\u2026en s\u2019\u00e9tablissant dans une profession elle r\u00e9alise l\u2019actualisation d\u2019elle-m\u00eame.\u00a0\u00bb (1963, p. 1).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Super n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 le seul \u00e0 faire appel \u00e0 l\u2019image que la personne se fait d\u2019elle-m\u00eame en rapport avec le monde du travail pour tenter d\u2019expliquer le processus du choix et du d\u00e9veloppement de carri\u00e8re. Holland (1997, p. 18-19), entre autres, parle des concepts de soi comme faisant partie du r\u00e9pertoire d\u2019habilet\u00e9s et de m\u00e9canismes d\u2019adaptation auquel conduit normalement le d\u00e9veloppement de la personnalit\u00e9. De m\u00eame, dans la d\u00e9finition des int\u00e9r\u00eats de Dupont et al. (1979) rapport\u00e9e plus haut, il est sugg\u00e9r\u00e9, entre parenth\u00e8ses, que leur d\u00e9veloppement \u00ab\u00a0semble associ\u00e9 \u00e0 celui de l\u2019image de soi\u00a0\u00bb (p. 11). Reuchlin (1990) affirme que, de fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, les repr\u00e9sentations de soi constituent les sch\u00e9mas directeurs de la conduite.\u00a0De fa\u00e7on plus sp\u00e9cifique, Viau (1994) attribue l\u2019origine de la motivation scolaire aux perceptions qu\u2019un \u00e9l\u00e8ve a de lui-m\u00eame et de son environnement. D\u2019autres chercheurs, tels Huteau et Vouillot et (Huteau, 1982, 1988; Huteau et Vouillot, 1991), consid\u00e8rent la mani\u00e8re dont le sujet se per\u00e7oit, l\u2019image de soi, comme un r\u00e9f\u00e9rent essentiel dans l\u2019\u00e9mergence des pr\u00e9f\u00e9rences pour des fili\u00e8res de formation et dans la psychop\u00e9dagogie du projet professionnel. Ces chercheurs avancent que les comportements motiv\u00e9s du jeune \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019une profession s\u2019expliquent par un appariement cognitif\u00a0: entre l\u2019image qu\u2019il a de lui-m\u00eame et celle qu\u2019il peut avoir des personnes aspirant \u00e0 entrer dans cette profession. Les objectifs professionnels que se fixe ainsi le jeune r\u00e9v\u00e9leraient les perceptions qu\u2019il a de lui-m\u00eame et qui l\u2019animent. Selon cette hypoth\u00e8se, l\u2019absence d\u2019int\u00e9r\u00eats et d\u2019objectifs professionnels devrait se r\u00e9percuter sur l\u2019image de soi, et c\u2019est bien ce que confirment les travaux sur les jeunes sortis en \u00e9chec de l\u2019\u00e9cole et en attente d\u2019insertion. Comme Guichard et Falbierski (Guichard, 1993; Guichard et Falbierski, 2002) le font remarquer, la plupart de ces jeunes s&rsquo;estiment incomp\u00e9tents et ont tr\u00e8s souvent une image de soi d\u00e9pourvue de tout projet d\u2019avenir, professionnel ou autre. Cette observation contraste remarquablement avec une autre, de Dupont, Jobin et Capel (1992, p. 141)\u00a0: les futurs bacheliers (N=519) de leur \u00e9tude sur les choix professionnels adolescents, en Suisse romande, justifiaient en effet de fa\u00e7on massive le choix de leurs projets professionnels par l\u2019int\u00e9r\u00eat (94%) et par la comp\u00e9tence (60%). Ces auteurs rappellent qu\u2019\u00e0 leur avis les projets \u00ab\u00a0\u2026seraient l\u2019expression condens\u00e9e des aspirations r\u00e9sultant de la synth\u00e8se que la personne r\u00e9alise en ajustant l\u2019image qu\u2019elle se fait d\u2019elle-m\u00eame \u00e0 l\u2019image qu\u2019elle se fait du monde de l\u2019emploi \u00bb ( p. 131). Enfin, chez Gottfredson (1981, 1996), l\u2019image de soi occupe aussi une place importante dans sa th\u00e9orie du d\u00e9veloppement des aspirations professionnelles et des processus de compromis et de restrictions, selon le sexe et le prestige, qui affectent les choix de carri\u00e8re des personnes. Selon elle, en faisant un choix professionnel, la plupart des personnes proc\u00e9deraient selon une hi\u00e9rarchie de crit\u00e8res reli\u00e9s aux repr\u00e9sentations qu\u2019elles se font de leur identit\u00e9, accordant d\u2019abord la priorit\u00e9 au crit\u00e8re du sexe, puis \u00e0 celui des consid\u00e9rations de prestige et de statut social et, seulement en dernier lieu, \u00e0 l\u2019adolescence, \u00e0 celui de leurs int\u00e9r\u00eats professionnels. \u00c0 ce propos, les r\u00e9sultats de certaines \u00e9tudes ont plut\u00f4t amen\u00e9 leurs auteurs \u00e0 conclure que les int\u00e9r\u00eats s\u2019\u00e9taient av\u00e9r\u00e9s le crit\u00e8re le plus important (Hesketh, Elmslie et Kaldor, 1990), ou que l\u2019effet diff\u00e9rentiel du statut et des int\u00e9r\u00eats d\u00e9pendait peut-\u00eatre davantage du type Holland, les types r\u00e9alistes \u00e9tant plus pr\u00e9occup\u00e9s par le statut que par leurs int\u00e9r\u00eats, au contraire des types sociaux qui accorderaient plus d\u2019importance \u00e0 leurs int\u00e9r\u00eats (Holt, 1989).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chez les auteurs que je viens de mentionner, le concept, la repr\u00e9sentation ou l\u2019image de soi joue un r\u00f4le relativement important dans le choix et le d\u00e9veloppement professionnel. Toutefois, comme je l\u2019ai soulign\u00e9 plus haut, chez Super le concept de soi occupe une place fondamentale, repr\u00e9sentant en effet une des principales pierres angulaires de sa th\u00e9orie en jouant non seulement le r\u00f4le d\u2019agent int\u00e9grateur des divers d\u00e9terminants internes et externes du d\u00e9veloppement de la carri\u00e8re de l\u2019individu, mais en servant de guide pour son adaptation aux r\u00f4les et aux t\u00e2ches caract\u00e9ristiques des diff\u00e9rentes \u00e9tapes (croissance, exploration, \u00e9tablissement, maintien, d\u00e9sengagement) de ce d\u00e9veloppement. Dans cette optique d\u2019une interaction continuelle entre la personne et les changements inh\u00e9rents \u00e0 son d\u00e9veloppement de carri\u00e8re, Super a d\u2019ailleurs sugg\u00e9r\u00e9 que sa th\u00e9orie du concept de soi pourrait tout aussi bien \u00eatre appel\u00e9e une th\u00e9orie du construit personnel (Super, 1990, p. 222). Aussi, consid\u00e9rant l\u2019importance que Super accorde au concept de soi dans sa derni\u00e8re publication (Super et al., 1996) en le posant comme l\u2019\u00e9l\u00e9ment fondamental permettant de comprendre l\u2019interpr\u00e9tation que la personne fait des divers d\u00e9terminants de sa carri\u00e8re, Bujold et Gingras (2000) expriment l\u2019opinion que le volet du concept de soi appara\u00eet comme la contribution majeure de sa th\u00e9orie \u00e0 la psychologie vocationnelle. Reprenant les propos d\u2019Osipow et Fitzgerald (1996), ils concluent que la plupart des r\u00e9sultats de recherche appuient l\u2019id\u00e9e que le choix professionnel repr\u00e9sente l\u2019actualisation du concept de soi.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><a id=\"contenu5\" name=\"contenu5\"><\/a><span class=\"s-titre\">En conclusion<\/span><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour conclure cette section de mon article sur l\u2019origine et le d\u00e9veloppement des int\u00e9r\u00eats, je me r\u00e9f\u00e8re \u00e0 un autre mod\u00e8le graphique de Super qui me semble bien r\u00e9sumer comment les aptitudes, le sentiment de comp\u00e9tence ou d\u2019efficacit\u00e9 personnelle, les int\u00e9r\u00eats, les identifications \u00e0 des mod\u00e8les de r\u00f4le professionnel et le concept de soi se conjuguent pour contribuer \u00e0 la capacit\u00e9 de la personne \u00e0 planifier et \u00e0 prendre les d\u00e9cisions que commande la probl\u00e9matique de son orientation. Il le d\u00e9signe comme \u00ab\u00a0Un mod\u00e8le interactif personne-environnement des bases de la maturit\u00e9 professionnelle\u00a0\u00bb (Super, 1990, p. 232). Je paraphrase la description qu\u2019il en fait comme suit. En s\u2019appuyant sur les recherches de Berlyne (1960) sur la curiosit\u00e9 et la tendance naturelle \u00e0 explorer des animaux et des enfants, ainsi que sur l\u2019essai de Jordaan (1963) sur le comportement d\u2019exploration dans un contexte d\u2019orientation professionnelle, il appara\u00eet que la curiosit\u00e9 m\u00e8ne au comportement d\u2019exploration. S\u2019il est r\u00e9compens\u00e9, ce comportement permettra d\u2019acqu\u00e9rir de l\u2019information, ce qui suscitera d\u2019autres comportements d\u2019exploration. S\u2019il n\u2019est pas r\u00e9compens\u00e9, la personne \u00e9prouvera un conflit et aura tendance \u00e0 se retirer. Lorsqu\u2019elle est satisfaisante, l\u2019exploration m\u00e8ne \u00e0 l\u2019identification \u00e0 des personnes cl\u00e9s, des gens qui ont \u00e9t\u00e9 aidants ou int\u00e9ressants et qui de certaines fa\u00e7ons servent comme mod\u00e8les de r\u00f4le. La r\u00e9ussite procure un sentiment d\u2019autonomie et de contr\u00f4le sur sa vie, et m\u00e8ne ainsi au d\u00e9veloppement de l\u2019int\u00e9r\u00eat pour les choses dans lesquelles on a fait l\u2019exp\u00e9rience de la r\u00e9ussite. La conscience qu\u2019on peut exercer une certaine mesure de contr\u00f4le sur ses activit\u00e9s aide \u00e0 d\u00e9velopper l\u2019estime de soi, \u00e0 prendre confiance en ses capacit\u00e9s, \u00e0 envisager l\u2019avenir et \u00e0 planifier la r\u00e9ussite et l\u2019atteinte \u00e9ventuelle de ses objectifs. Ce faisant, on apprend \u00e0 planifier et on d\u00e9veloppe l\u2019habilet\u00e9 \u00e0 identifier les probl\u00e8mes et \u00e0 les r\u00e9soudre. Et ainsi que je l\u2019ai mis en relief au d\u00e9but de cet article, l\u2019utilisation d\u2019inventaires d\u2019int\u00e9r\u00eats est loin d\u2019\u00eatre inutile pour faciliter ces processus d\u2019exploration et de planification.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><a name=\"auteur\"><\/a>Auteur<\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\"><b>Bernard T\u00e9treau<\/b> est membre associ\u00e9 du Centre de recherche interuniversitaire sur l\u2019\u00e9ducation et la vie au travail, section Sherbrooke, et professeur associ\u00e9 de psychologie, \u00e0 la retraite, \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Montr\u00e9al o\u00f9 il a fait carri\u00e8re apr\u00e8s l\u2019obtention de son doctorat de l\u2019Universit\u00e9 de Columbia en 1964. Il est Fellow honoraire de la Soci\u00e9t\u00e9 canadienne de psychologie et dipl\u00f4m\u00e9 de l\u2019<i>American Board of Professsional Psychology<\/i>. Ses recherches actuelles portent sur la mesure et la psychologie des int\u00e9r\u00eats professionnels, les r\u00f4les de vie, les choix et le d\u00e9veloppement de carri\u00e8re. Courriel : <u>bernard.tetreau\u00a0@umontreal.ca<\/u><\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\">Notes<\/h3>\n<ol class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">\n<li class=\"txt-j\">Dans le cas d\u2019autres inventaires utilis\u00e9s au Canada fran\u00e7ais, on pourra consulter\u00a0la recension qu\u2019en ont fait Cossette et Larochelle (1998).<\/li>\n<li class=\"txt-j\">Cet inventaire fait actuellement l\u2019objet d\u2019une mise \u00e0 jour et d\u2019une adaptation sous forme d\u2019une\u00a0version Internet.<\/li>\n<li class=\"txt-j\">Prediger et Lamb estimaient, en 1979, que plus de 3 500 000 questionnaires d\u2019int\u00e9r\u00eats\u00a0\u00e9taient administr\u00e9s chaque ann\u00e9e. Ce nombre n\u2019a s\u00fbrement pas diminu\u00e9 depuis.<\/li>\n<li class=\"txt-j\">Par opposition \u00e0 une th\u00e9orie du d\u00e9veloppement des pr\u00e9f\u00e9rences et des choix professionnels\u00a0dont les int\u00e9r\u00eats constituent <u>une<\/u> des composantes, avec les aptitudes, les valeurs, le soutien\u00a0familial, le cycle de carri\u00e8re, les possibilit\u00e9s d\u2019emploi, les cycles \u00e9conomiques, etc. Super a\u00a0effectivement formul\u00e9 une th\u00e9orie du d\u00e9veloppement des pr\u00e9f\u00e9rences et des choix\u00a0professionnels, sous forme de 14 propositions dans sa derni\u00e8re \u00e9dition (Super, Savickas et\u00a0Super, 1996). Selon cette th\u00e9orie, l\u2019exploration de diff\u00e9rents domaines d\u2019int\u00e9r\u00eats durant le stade\u00a0de croissance et \u00e0 l\u2019adolescence facilitera la cristallisation, puis la sp\u00e9cification d\u2019une\u00a0pr\u00e9f\u00e9rence professionnelle susceptible d\u2019\u00eatre convertie en un choix professionnel. \u00c0 ce propos,\u00a0Sylvia (2001) pense que les int\u00e9r\u00eats exprim\u00e9s (entendus au sens d\u2019intentions sp\u00e9cifiques, d\u2019une\u00a0pr\u00e9f\u00e9rence professionnelle) et les int\u00e9r\u00eats inventori\u00e9s renvoient \u00e0 des construits psychologiques\u00a0distincts, et non pas \u00e0 deux simples facettes des \u00ab\u00a0int\u00e9r\u00eats professionnels \u00bb. Aussi, sugg\u00e8re-t-\u00a0elle, ce serait parce qu\u2019on a souvent confondu \u00ab\u00a0pr\u00e9f\u00e9rences professionnelles\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0int\u00e9r\u00eats\u00a0exprim\u00e9s\u00a0\u00bb que la recherche a g\u00e9n\u00e9ralement montr\u00e9 que ces derniers pr\u00e9disent mieux le choix\u00a0professionnel que les int\u00e9r\u00eats mesur\u00e9s (Spokane et Decker, 1999).<\/li>\n<li class=\"txt-j\">Ce terme englobe ici ceux d\u2019aptitude et d\u2019habilet\u00e9.<\/li>\n<li class=\"txt-j\">Une figure du mod\u00e8le de ces facteurs affectant les comportements de choix de carri\u00e8re selon\u00a0Lent et al., 1994, est reproduite en fran\u00e7ais dans un article de cette revue par Fran\u00e7ois et\u00a0Botteman, 2002, vol 8, p. 526.<\/li>\n<li><span class=\"txt-j\">Il pourrait \u00eatre utile ici de noter la distinction entre identit\u00e9 professionnelle (ou vocationnelle)\u00a0et concept (ou concepts) de soi professionnel. Telle que d\u00e9finie par Super et al. (1996, p. 137)\u00a0ou par Guichard et Huteau (2001, p. 159), l\u2019identit\u00e9 professionnelle renvoie au point de vue\u00a0objectif du soi, tel que vu par autrui, par exemple par un conseiller, ou par l\u2019individu lui-m\u00eame\u00a0lorsqu\u2019il se regarde \u00e0 travers ses r\u00e9sultats aux tests que lui a fait passer le conseiller. Quant au\u00a0concept de soi professionnel, il renvoie au soi comme sujet, c.-\u00e0-d. aux repr\u00e9sentations\u00a0subjectives que l\u2019individu se fait de lui-m\u00eame, de ses capacit\u00e9s, des ses valeurs, de ses int\u00e9r\u00eats,\u00a0etc. La plupart des mod\u00e8les du choix professionnel et de l\u2019adaptation au travail ont mis\u00a0l\u2019accent sur la construction et le d\u00e9veloppement de l\u2019identit\u00e9 professionnelle. Pour sa part,\u00a0Super (Super, 1957; Super et al., 1963; Super al. 1996) a \u00e9labor\u00e9 une th\u00e9orie du concept de soi\u00a0qui, telle qu\u2019appliqu\u00e9e au processus du d\u00e9veloppement des choix de carri\u00e8re, fait de ce concept\u00a0un agent actif, voire le principal agent de ce processus. Consid\u00e9rant le cas de l\u2019\u00e9valuation des\u00a0int\u00e9r\u00eats, il dira ainsi que \u00ab\u00a0Les mesures objectives indiquent la force d\u2019un int\u00e9r\u00eat par rapport \u00e0\u00a0un groupe de comparaison, tandis que les narrations subjectives r\u00e9v\u00e8lent les origines de cet\u00a0int\u00e9r\u00eat dans une histoire de vie, son expression contemporaine et son utilisation future dans la\u00a0poursuite de buts et de valeurs.\u00a0\u00bb (1996, p. 139).<\/span><\/li>\n<\/ol>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><a id=\"abstract\" name=\"abstract\"><\/a>Abstract<\/h3>\n<p class=\"resume\" style=\"text-align: justify;\"><i>Millions of vocational interests inventories are administered every year. Eighty years have now passed since Edward K. Strong began his pioneering work on the measurement of vocational interests. Since then vocational psychologists and counselors have ceaselessly asked the same questions he was trying to answer\u00a0: What is the nature, origin and roles of interests in our lives? Do they differ according to sex or occupation? Can vocational choice and behavior be predicted from their messurement? This article presents an update of the research regarding these and related questions.<\/i><\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><a name=\"references\"><\/a>R\u00e9f\u00e9rences<\/h3>\n<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\">ACHTNICH, M. (1986). <i>Le BBT, test de photos de professions. M\u00e9thode projective pour la classification de l\u2019inclination professionnelle<\/i>. Trad. Leleux A., Walgraffe-Vanden Broucke, R. Bruxelles\u00a0: Editest.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">ALLPORT, G. W. (1937). <i>Personality. A psychological interpretation<\/i>. New York\u00a0: Henry Holt and Company.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">ALLPORT, G. 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Elaboration of the relation between interest congruence and satisfaction. <i>Journal of Career Assessment, 3, <\/i>341-346.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">MEIR, E. I. et BARAK, A. (1974). A simple instrument for measuring vocational interests based on Roe\u2019s classification of occupations. <i>Journal of Vocational Behavior, 4<\/i>, 33-42.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">MEIR, E. I., MELAMED, S. et DINUR, C. (1995). The benefits of congruence. <i>The<\/i> <i>Career Development Quarterly, 43<\/i>, 257-266.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">NABAHI, I. (1982). <i>\u00c9tude comparative du Test visuel d&rsquo;int\u00e9r\u00eats T\u00e9treau-Trahan et d&rsquo;une forme verbale de celui-ci<\/i>. M\u00e9moire in\u00e9dit de ma\u00eetrise, Universit\u00e9 de Montr\u00e9al.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">NAUTA, M.M., KAHN, J.H., ANGELL, J.W. et CANTARELLI, E.A. (2002). Identifying the antecedent in the relation between career interests and self-efficacy\u00a0: Is it one, the other, or both? <i>Journal of Counseling Psychology, 49<\/i> (3), 290-301.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">NUTTIN, J. (1980). <i>Th\u00e9orie de la motivation humaine<\/i>. Paris\u00a0: Presses Universitaires de France.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">OLIVER, L. W. et SPOKANE, A. R. (1988). Career intervention outcome\u00a0: What contributes to client gain? <i>Journal of Counseling Psychology, 35<\/i>, 447-462.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">OSIPOW, S. H. et FITZGERALD, L. (1995). <i>Theories of career development<\/i> (4<sup>th<\/sup> ed.). Needham Heights, MA\u00a0: Allyn et Bacon.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">OUELLETTE, J.-G. (1984). <i>\u00c9tudes des relations entre l\u2019identit\u00e9 personnelle, l\u2019identit\u00e9 professionnelle et l\u2019attitude professionnelle<\/i>. Th\u00e8se de doctorat non publi\u00e9e, Universit\u00e9 Laval, Qu\u00e9bec.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">PARSONS, F. (1909). <i>Choosing a vocation<\/i>. Boston\u00a0: Houghton Mifflin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">PAINEAU, A. (1993). <i>Le test psychologique Aid\u2019Orient\u2019<\/i> (version papier-crayon). Paris\u00a0: \u00c9ditions et Applications Psychologiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">PAINEAU, A. (1999). <i>Le test psychologique Aid\u2019Orient\u2019<\/i> (version \u00e9lectronique). Paris\u00a0: Co.Fo.Rech.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">PREDIGER, D. J. (1981). Mapping occupations and interests\u00a0: A graphic aid for vocational guidance and research. <i>Vocational Guidance Quarterly, 30<\/i>, 21-36.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">PREDIGER, D. J. (1982). Dimensions underlying Holland\u2019s hexagon\u00a0: Missing link between interests and occupations? <i>Journal of Vocational Behavior, 21<\/i>, 259-287.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">PREDIGER, D. J. et VANSICKLE, T. R. (1992). Locating occupations on Holland\u2019s hexagon: Beyond RIASEC. <i>Journal of Vocational Behavior, 40<\/i>, 11-128.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">PREDIGER, D. J. (1998). Is interest profile relevant to career counseling? <i>Journal of Counseling Psychology, 45<\/i>, 204-211.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">PREDIGER, D. J. (2000). Holland\u2019s hexagon is alive and well \u2013 though somewhat out of shape\u00a0: Response to Tinsley. <i>Journal of Vocational Behavior, 56<\/i> (2), 197-204.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">PREDIGER, D. 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Educational aspirations\u00a0: The contribution of personality, self-efficacy, and interests. <i>Journal of Vocational Behavior, 61<\/i> (1), 1-19.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">ROUNDS, J. et DAY, S. X. (1999). Describing, evaluating, and creating vocational interest structures. In M. L. Savickas and A. R. Spokane (Eds.), <i>Vocational Interests<\/i> (pp. 103-133). Palo Alto, CA\u00a0: Davies-Black<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">ROUNDS, J. B. et TRACEY, T. J. G. (1993). Prediger\u2019s dimensional representation of Holland\u2019s RIASEC circumplex. <i>Journal of Applied Psychology, 78<\/i>, 875-890.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">ROUNDS, J. B. et TRACEY, T. J. G. (1996). Cross-cultural structural equivalence of RIASEC models and measures. <i>Journal of Counseling Psychology, 43<\/i>, 310-329.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">ROUNDS, J., McKENNA, M. C., HUBERT, L.,&amp; DAY, S. X. (2000). Tinsley on Holland\u00a0: A misshapen argument. <i>Journal of Vocational Behavior<\/i>, 56 (2) 205-215.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">SANDOVAL AVELLA, L. (1989). <i>Perfiles de intereses profesionales en estudiantes colombianos<\/i>. Communication lors du symposium intitul\u00e9 \u00ab\u00a0La medida no verbal de los intereses profesionales\u00a0: aplicaciones educativas e interculturales\u00a0\u00bb. Congr\u00e8s interam\u00e9ricain de psychologie, Buenos Aires, Argentine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">SARASON, S. B., SARASON, E. K. et COWDEN, P. (1975). Aging and the nature of work. <i>American Psychologist, 30<\/i>, 584-592<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">SAVICKAS, M. L. (1999). The psychology of interests. In M. L. Savickas et A. R. Spokane (Eds.), <i>Vocational interests<\/i> (pp. 19-56). Palo Alto, CA\u00a0: Davies-Black.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">SAVICKAS, M. L., TABER, B. J. et SPOKANE, A. R. (2002). 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Subject-matter specificity of self-efficacy, outcome expectancies, interests, and goals\u00a0: Implications for the social-cognitive model. <i>Journal of Counseling Psychology, 46, <\/i>461-471.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">SOH, S. et LEONG, F. T. L. (2001). Cross-cultural validation of Holland\u2019s theory in Singapore\u00a0: Beyond structural validity of RIASEC. <i>Journal of Career Assessment, 9<\/i> (2), 115-133.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">SPOKANE, A. R. (1991). <i>Career intervention<\/i>. Englewood Cliffs, NJ\u00a0: Prentice-Hall.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">SPOKANE, A. R. et DECKER, A. R. (1999). Expressed and measured interests. In M. L. Savickas et A. R. Spokane (Eds.), <i>Vocational interests<\/i> (pp. 211-233). Palo Alto, CA\u00a0: Davies-Black.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">SPOKANE, A. R., MEIR, E. I. et CATALANO, M. (2000). 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Montr\u00e9al\u00a0: Secorep.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">T\u00c9TREAU, B., MAROCCO, A., BALBINOTTI, M. A.A. et GINGRAS, M. (ao\u00fbt, 1996). \u00ab\u00a0L\u2019utilisation des inventaires d\u2019int\u00e9r\u00eats comme micro-intervention.\u00a0\u00bb XXVI Congr\u00e8s international de psychologie, Montr\u00e9al, ao\u00fbt 1996.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">T\u00c9TREAU, B., PERRON, J., TRAHAN, M. et MAROCCO, A. (1987). Ind\u00e9pendance et interd\u00e9pendance des int\u00e9r\u00eats professionnels et des valeurs de travail. <i>L&rsquo;Orientation scolaire et professionnelle, 16<\/i>, 179-192.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">TITTLE, C. K. et ZYTOWSKI, D. G. (Eds.). (1978). <i>Sex-fair interest measurement\u00a0: Research and implications<\/i>. Washington, DC\u00a0: National Institute on Education.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">THORNDIKE, E. L. (1915). The permanence of interests and their relation to abilities. In M. 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Il y a maintenant 80 ans que Edward K&#8230;.<\/p>\n","protected":false},"author":101011,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[90],"tags":[],"class_list":["post-6815","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-volume-10-numero-1-2005-volume-10-numero-1-et-2-2005"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6815","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/101011"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6815"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6815\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6820,"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6815\/revisions\/6820"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6815"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6815"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6815"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}