{"id":6497,"date":"2006-02-02T12:25:34","date_gmt":"2006-02-02T11:25:34","guid":{"rendered":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/?p=6497"},"modified":"2016-02-02T14:24:17","modified_gmt":"2016-02-02T13:24:17","slug":"recensions-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/2006\/recensions-4\/","title":{"rendered":"Recensions"},"content":{"rendered":"<p class=\"lien-1\" style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#socio\">R. Vance Peavy (2004). SocioDynamic counselling: A practical\u00a0approach to meaning making<\/a><a href=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2006\/02\/Volume10_3-4_15_recensions.pdf\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright wp-image-6522 size-full\" src=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2006\/02\/PDF.png\" alt=\"PDF\" width=\"50\" height=\"50\" \/><\/a><\/p>\n<p class=\"lien-1\" style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#travail\">Genevi\u00e8ve Fournier, Bruno Bourassa et Kamel B\u00e9gi\u00a0(sous la direction de) (2003). La pr\u00e9carit\u00e9 du travail,\u00a0une r\u00e9alit\u00e9 aux multiples visages<\/a><\/p>\n<p class=\"lien-1\" style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#soi\">Jean-Claude Kaufmann (2004). L\u2019invention de soi\u00a0: une th\u00e9orie de l\u2019identit\u00e9<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-6500 size-full\" src=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/Volume10_3-4_sociodynamic.jpg\" alt=\"Volume10_3-4_sociodynamic\" width=\"250\" height=\"383\" srcset=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/Volume10_3-4_sociodynamic.jpg 250w, https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/Volume10_3-4_sociodynamic-196x300.jpg 196w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><\/p>\n<h3 class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\"><a id=\"socio\" name=\"test\"><\/a><b>R. Vance Peavy<\/b><\/h3>\n<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\"><strong>SocioDynamic counselling : A practical approach to meaning making<\/strong><br \/>\nChagrin Falls, OH: Taos Institute, 2004.<br \/>\nISBN 0-9712312-4-9, 20.00$US.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Taos Institute: <a href=\"http:\/\/www.taosinstitute.net\/\" target=\"_blank\"><u>http:\/\/www.taosinstitute.net\/<\/u><\/a><\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\"><strong>Disons le d\u2019entr\u00e9e de jeu :<\/strong> dans la longue\u00a0liste des ouvrages sur les approches en counseling, le livre posthume\u00a0de Peavy m\u00e9rite \u00e0 mon avis une place de choix. Fruit de la r\u00e9flexion,\u00a0de la recherche et de la longue exp\u00e9rience de son auteur dans une vari\u00e9t\u00e9\u00a0de r\u00f4les (conseiller<span class=\"style1\"><sup>1<\/sup><\/span>, psychologue,\u00a0professeur, administrateur, th\u00e9rapeute, superviseur), ce livre propose\u00a0une conception originale du counseling qui, en m\u00eame temps qu\u2019elle pose\u00a0des d\u00e9fis, appelle \u00e0 la fiert\u00e9 d\u2019\u00eatre conseiller. En effet, dans la perspective\u00a0d\u00e9gag\u00e9e par Peavy, le counseling appara\u00eet \u00e0 juste titre comme l\u2019une des\u00a0activit\u00e9s les plus importantes, dans la vie sociale contemporaine, pour\u00a0aider les personnes \u00e0 d\u00e9gager le sens de leur existence, \u00e0 faire des choix\u00a0et \u00e0 poser des gestes susceptibles de favoriser leur actualisation dans\u00a0les diverses sph\u00e8res de leur vie.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">L\u2019originalit\u00e9 de l\u2019approche appara\u00eet d\u00e8s le d\u00e9part, alors que l\u2019auteur prend soin d\u2019annoncer et de mettre en lumi\u00e8re certains des aspects fondamentaux de son ouvrage tels que, par exemple, le vocabulaire propre \u00e0 la perspective socioDynamique et le mode de pens\u00e9e qu\u2019elle refl\u00e8te. Ainsi, il parle de <em>chercheur d\u2019aide<\/em> plut\u00f4t que de client ou de patient, et utilise les termes <em>conversation de counseling<\/em> ou dialogue plut\u00f4t que \u00abentrevue\u00bb. La personne est vue par lui comme un <em>acteur social<\/em> et un <em>agent moral<\/em>. Les termes <em>acte, action<\/em>, et <em>activit\u00e9<\/em> sont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s au terme <em>comportement<\/em>. Le <em>self<\/em> est consid\u00e9r\u00e9 par Peavy comme une r\u00e9alit\u00e9 socialement construite par <em>l\u2019interm\u00e9diaire du langage<\/em> (le soulign\u00e9 est de moi), comme un syst\u00e8me complexe de significations que la personne utilise pour n\u00e9gocier avec son entourage, interpr\u00e9ter le monde, et guider ses actions.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Se refusant \u00e0 la formulation de diagnostics, \u00e0 l\u2019utilisation d\u2019\u00e9tiquettes relevant de la pathologie, et \u00e0 l\u2019objectif de soigner ou de gu\u00e9rir, le counseling socioDynamique se veut plut\u00f4t une d\u00e9marche d\u2019apprentissage, de planification de vie, un processus, en somme, qui vise \u00e0 promouvoir la libert\u00e9 de la personne en mettant l\u2019accent, notamment, sur les contextes, la socialit\u00e9, et la co-construction, par le conseiller et le chercheur d\u2019aide, des r\u00e9alit\u00e9s personnelles et sociales auxquelles ce dernier est confront\u00e9. De plus, en amplifiant, pour ainsi dire, l\u2019importance traditionnellement accord\u00e9e, en counseling, \u00e0 l\u2019attitude du conseiller, Peavy consid\u00e8re que dans bien des cas, c\u2019est cette attitude, sous-tendue par son sch\u00e8me de pens\u00e9e, ses perspectives et sa vision du monde, qui va s\u2019av\u00e9rer le plus important facteur d\u2019influence sur le processus.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Ces id\u00e9es, et plusieurs autres, sont d\u00e9velopp\u00e9es dans les deux principaux chapitres de l\u2019ouvrage qui sont consacr\u00e9s, respectivement, \u00e0 la philosophie qui sous-tend le counseling socioDynamique, et \u00e0 sa pratique. Une br\u00e8ve recension ne saurait rendre pleinement justice \u00e0 la richesse de leur contenu, et je me limite \u00e0 souligner certains des principes, des propositions ou des consid\u00e9rations qu\u2019on y trouve. En ce qui concerne le <em>volet philosophique<\/em>, Peavy insiste, par exemple, sur l\u2019importance d\u2019appuyer l\u2019intervention de counseling sur une base multidisciplinaire. Sans nier le r\u00f4le traditionnel de la psychologie sous ce rapport, il insiste sur la contribution que des disciplines comme la th\u00e9orie litt\u00e9raire, la philosophie, l\u2019anthropologie, la sociologie ou les sciences de la communication peuvent apporter \u00e0 cette intervention. \u00c0 ce propos, il \u00e9met une proposition qui pourra sembler provocante \u00e0 plusieurs. En effet, se situant nettement dans une perspective constructiviste plut\u00f4t que positiviste, il consid\u00e8re que des estimations bas\u00e9es sur une mise en commun d\u2019id\u00e9es et de connaissances \u00e9mergeant de plusieurs disciplines sont plus utiles en counseling que les tentatives de pr\u00e9dire et d\u2019expliquer le comportement humain sur la base de donn\u00e9es scientifiques. Dans cette ligne de pens\u00e9e, des concepts comme les r\u00e9cits de vie, l\u2019espace de vie, la perspective, les sch\u00e8mes de pens\u00e9e et la production de sens <em>(meaning making)<\/em>, sans oublier des notions de spiritualit\u00e9, sont susceptibles de s\u2019av\u00e9rer plus f\u00e9conds pour nous aider \u00e0 comprendre les actions humaines et la dynamique de la vie sociale que des concepts tels que les traits de personnalit\u00e9 ou les classes de comportement.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">S\u2019inscrivant en faux contre la notion d\u2019expert dans la relation d\u2019aide, l\u2019auteur voit plut\u00f4t cette relation en termes de co-participation et de n\u00e9gociation entre deux personnes qui apportent chacune leur bagage de connaissances et d\u2019exp\u00e9rience dans la poursuite d\u2019un objectif.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Les travaux des philosophes Kierkegaard et Jaspers et ceux du th\u00e9oricien litt\u00e9raire russe Mikhail Bakhtin figurent parmi les sources qui ont nourri la pens\u00e9e de Peavy dans l\u2019\u00e9laboration de son approche. Se situer dans la perspective de l\u2019autre, l\u2019\u00e9couter avec respect et accepter d\u2019apprendre de lui ou d\u2019elle sont quelques-unes des recommandations de Kierkegaard qui trouvent \u00e9cho dans la conception de Peavy. M\u00eame si on ne peut pr\u00e9tendre que ces id\u00e9es soient nouvelles, elles illustrent bien la pr\u00e9occupation d\u2019\u00e9viter d\u2019introduire, ou du moins de limiter la pr\u00e9sence, dans la relation d\u2019aide, d\u2019un rapport d\u2019autorit\u00e9. De Bakhtin, l\u2019auteur emprunte la notion de <em>voix dialogique<\/em>, cette voix qui connote la r\u00e9ciprocit\u00e9 et la co-construction, par contraste avec la <em>voix monologique<\/em>, qui cherche \u00e0 s\u2019imposer. Dans cette optique, la v\u00e9rit\u00e9 n\u2019est pas le propre d\u2019un seul individu : elle \u00e9merge de l\u2019interaction dialogique de personnes collectivement engag\u00e9es dans sa poursuite Avec Jaspers, Peavy est d\u2019avis qu\u2019une personne n\u2019est pas une entit\u00e9 fix\u00e9e une fois pour toutes, mais un processus d\u2019autocr\u00e9ation.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Poursuivant dans cette ligne de pens\u00e9e, Peavy adh\u00e8re au principe que dans presque tous les cas, les chercheurs d\u2019aide sont des personnes actives, cr\u00e9atives, et capables d\u2019\u00e9laborer (de <em>construire<\/em>) des solutions aux probl\u00e8mes auxquels ils sont confront\u00e9s. Alors que le r\u00f4le du conseiller est d\u2019offrir au chercheur d\u2019aide des conditions d\u2019apprentissage optimales \u00e0 travers une communication interpersonnelle comp\u00e9tente, celui du chercheur d\u2019aide est d\u2019apporter son exp\u00e9rience de vie, une exp\u00e9rience qu\u2019il conna\u00eet mieux que quiconque. Quant au probl\u00e8me de la r\u00e9sistance, un obstacle souvent \u00e9voqu\u00e9 en counseling, il est plut\u00f4t con\u00e7u, dans la perspective socioDynamique, comme une situation de non pr\u00e9paration \u00e0 faire face \u00e0 une difficult\u00e9.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Enfin, consid\u00e9rant que la carri\u00e8re d\u2019une personne est en fait sa vie, et que tout counseling s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la vie, Peavy voit tout counseling comme un counseling de carri\u00e8re.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Le chapitre sur la <em>pratique<\/em> de l\u2019approche fourmille d\u2019id\u00e9es et de strat\u00e9gies susceptibles de s\u2019av\u00e9rer pr\u00e9cieuses dans une vari\u00e9t\u00e9 de champs d\u2019application (v.g. orientation, carri\u00e9rologie, service social, enseignement, consultation, etc.). Il est int\u00e9ressant de noter que Peavy utilise pour parler du counseling la m\u00e9taphore du <em>jeu<\/em>. Cette m\u00e9taphore se justifie selon lui par le fait que le jeu verbal que constitue le counseling comporte des joueurs (conseillers et chercheurs d\u2019aide), des mouvements (v.g. \u00e9coute, questionnement, repr\u00e9sentation graphique de l\u2019espace de vie), et des outils, qu\u2019ils soient mentaux (v.g. questions) ou techniques (v.g. l\u2019ordinateur qui donne acc\u00e8s \u00e0 une vari\u00e9t\u00e9 d\u2019informations). Les mouvements et les outils se combinent pour constituer des strat\u00e9gies. Il apporte toutefois d\u2019importantes pr\u00e9cisions en disant que contrairement \u00e0 ce qui se passe dans la plupart des jeux, l\u2019objectif en counseling n\u2019est pas de gagner, mais de collaborer, de co-produire des r\u00e9sultats qui peuvent \u00eatre pour le chercheur d\u2019aide une meilleure compr\u00e9hension de lui-m\u00eame, des initiatives qui se traduisent par des actes, ou une vari\u00e9t\u00e9 d\u2019autres b\u00e9n\u00e9fices. De plus, on conviendra facilement avec Peavy que ces strat\u00e9gies se veulent non pas des prescriptions, mais bien plus des supports \u00e0 la spontan\u00e9it\u00e9, \u00e0 la capacit\u00e9 d\u2019improvisation, \u00e0 la cr\u00e9ativit\u00e9 en somme des conseillers qui doivent pouvoir adapter leur intervention aux personnes dans les contextes culturels o\u00f9 elles se trouvent.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Encore ici, il serait trop long de rendre compte en d\u00e9tail du riche mat\u00e9riel \u00e9labor\u00e9 par Peavy, \u00e0 savoir les douze strat\u00e9gies qu\u2019il propose, certaines se voulant tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9rales ou faisant l\u2019objet d\u2019un large expos\u00e9, d\u2019autres s\u2019av\u00e9rant plus sp\u00e9cifiques. Je me limite \u00e0 quelques exemples. Ainsi, ce qu\u2019il appelle <em>une strat\u00e9gie g\u00e9n\u00e9rale du counseling socioDynamique<\/em> repose sur les hypoth\u00e8ses que la vie sociale comporte \u00e0 la fois une vari\u00e9t\u00e9 de contraintes et de possibilit\u00e9s, que les personnes se cr\u00e9ent et sont co-cr\u00e9\u00e9es \u00e0 travers leurs interactions avec les autres et avec leur milieu, que la plupart des solutions aux probl\u00e8mes rencontr\u00e9s sont temporaires, co-construites, et optimales lorsqu\u2019elles se fondent sur les ressources du chercheur d\u2019aide, et enfin que c\u2019est par le recours aux id\u00e9es, \u00e0 la r\u00e9flexion sur leurs exp\u00e9riences, aux donn\u00e9es qui leur sont disponibles et au dialogue que les gens peuvent d\u00e9gager et r\u00e9viser leurs perspectives pour qu\u2019elles servent de base \u00e0 leurs actions.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">En pr\u00e9sentant la strat\u00e9gie de <em>l\u2019\u00e9coute dialogique<\/em>, l\u2019auteur sugg\u00e8re que l\u2019outil majeur du conseiller est sa capacit\u00e9 d\u2019\u00e9coute profonde, concentr\u00e9e, accompagn\u00e9e d\u2019un inflexible d\u00e9sir de comprendre le sens de ce que dit la personne qui vient demander son aide. C\u2019est dans le processus de l\u2019\u00e9coute dialogique que se lient ce qui se passe \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la personne qui \u00e9coute, la nature de la relation qu\u2019elle a avec le chercheur d\u2019aide, et le processus d\u2019apprentissage transformateur dont l\u2019\u00e9coute fait partie et auquel elle contribue. Cette \u00e9coute suppose, chez le conseiller, un \u00e9tat de paix int\u00e9rieure, la capacit\u00e9 de cr\u00e9er une relation qui favorisera chez le chercheur d\u2019aide l\u2019apprentissage transformateur, ce processus qui fait qu\u2019une personne peut reconna\u00eetre et r\u00e9interpr\u00e9ter des apprentissages ant\u00e9rieurs, de fa\u00e7on \u00e0 ce qu\u2019ils fassent du sens et puissent \u00eatre utilis\u00e9s dans un nouveau contexte.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">La strat\u00e9gie de la <em>co-construction de projets personnels<\/em> se fonde notamment sur l\u2019\u00e9nonc\u00e9 de Sartre selon lequel nous nous cr\u00e9ons par nos actes, et elle vise \u00e0 aider les chercheurs d\u2019aide \u00e0 s\u2019engager dans des activit\u00e9s qui ont du sens pour eux, qui d\u00e9veloppent leurs capacit\u00e9s et consolident leur identit\u00e9.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Une strat\u00e9gie importante et, je crois, riche de potentialit\u00e9s est celle que Peavy d\u00e9signe par le terme <em>self-authoring<\/em>, et qui emprunte aux id\u00e9es de Bakhtin. Que ce soit par ses paroles ou ses \u00e9crits, une personne, selon cette conception, produit des textes qui constituent son <em>self<\/em>. Le<em> r\u00e9cit de vie<\/em> devient ainsi, litt\u00e9ralement, le self qui est racont\u00e9, et qui est con\u00e7u comme une construction symbolique et linguistique plut\u00f4t qu\u2019une r\u00e9alit\u00e9 \u00e9manant de processus neurologiques et comportementaux. Peavy pr\u00e9cise que le self <em>autobiographiqu<\/em>e se cr\u00e9e \u00e0 travers les histoires que nous racontons aux autres, nos dialogues int\u00e9rieurs, les conversations que nous avons avec notre entourage concernant ce que nous sommes, et ce que nous \u00e9crivons sur nous et nos exp\u00e9riences de vie. En ce sens, les autres, et notamment les personnes aupr\u00e8s de qui un individu peut chercher de l\u2019aide, sont des coauteurs de ce que devient cet individu.<span class=\"style1\"><sup>2<\/sup><\/span><\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">On a souvent affirm\u00e9 que le counseling est \u00e0 la fois une science et un art. Peavy, ainsi que je l\u2019ai \u00e9voqu\u00e9 plus haut, est r\u00e9ticent \u00e0 consid\u00e9rer le counseling comme une pratique scientifiquement fond\u00e9e, tendant plut\u00f4t \u00e0 le voir comme une intervention dont la base est principalement culturelle. Mais la composante artistique du counseling fait par d\u00e9finition appel \u00e0 la cr\u00e9ativit\u00e9 de l\u2019intervenant, de ce point de vue, Peavy parle des conseillers comme de<em> bricoleurs<\/em> (en fran\u00e7ais dans le texte) qui, au lieu d\u2019appliquer des techniques pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9es, cr\u00e9ent, en collaboration avec le chercheur d\u2019aide, des solutions aux probl\u00e8mes qu\u2019il rencontre en examinant avec soin sa situation et en utilisant avec tout le discernement possible leur bagage d\u2019id\u00e9es, de connaissances, d\u2019exp\u00e9riences. Plut\u00f4t que de chercher \u00e0 pr\u00e9dire, ils visent davantage \u00e0 \u00e9valuer les alternatives qui s\u2019offrent, les probabilit\u00e9s. Bref, dans les termes de Peavy, la strat\u00e9gie du bricolage est une exigence du counseling.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Le counseling de groupe fait aussi partie des modes d\u2019intervention auxquels on peut avoir recours dans l\u2019approche socioDynamique, et l\u2019auteur s\u2019arr\u00eate \u00e0 discuter de cette strat\u00e9gie, qu\u2019il situe \u00e9galement dans une perspective constructiviste. En effet, les participants \u00e0 un groupe sont consid\u00e9r\u00e9s comme les \u00abconstructeurs\u00bb de leurs connaissances par le fait qu\u2019ils peuvent mettre \u00e0 l\u2019\u00e9preuve leurs id\u00e9es et leurs fa\u00e7ons de faire en les appliquant \u00e0 des situations nouvelles et en int\u00e9grant cette exp\u00e9rience dans leur bagage conceptuel.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Une application fort \u00e9clairante de l\u2019approche est expos\u00e9e dans le dernier chapitre du volume, alors que Peavy fait \u00e9tat d\u2019un processus au cours duquel il a accompagn\u00e9 un jeune homme qui pr\u00e9sentait au d\u00e9part ce qu\u2019on appelle commun\u00e9ment \u00abun cas difficile\u00bb. L\u2019intervention, qui a \u00e9t\u00e9 fructueuse, est discut\u00e9e en fonction des principes et des strat\u00e9gies propos\u00e9s par l\u2019auteur.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Dans un monde o\u00f9 la pr\u00e9occupation de l\u2019efficacit\u00e9 est omnipr\u00e9sente,\u00a0beaucoup pourraient \u00eatre tent\u00e9s de voir dans l\u2019approche socioDynamique\u00a0une conception certes attirante, mais peu pratique dans la vie concr\u00e8te.\u00a0Cette inqui\u00e9tude n\u2019appara\u00eet pas forc\u00e9ment justifi\u00e9e, si l\u2019on consid\u00e8re\u00a0que l\u2019intervention qui vient d\u2019\u00eatre mentionn\u00e9e s\u2019est \u00e9chelonn\u00e9e sur un\u00a0total de trois rencontres.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">En conclusion, je consid\u00e8re que ce dernier ouvrage de Peavy,\u00a0qui a consacr\u00e9 sa longue carri\u00e8re \u00e0 d\u00e9velopper le counseling dans ses\u00a0diverses applications et \u00e0 le promouvoir, constitue \u00e0 lui seul un h\u00e9ritage\u00a0dont pourront s\u2019inspirer avec profit les personnes engag\u00e9es dans la noble\u00a0activit\u00e9 de la relation d\u2019aide.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Charles Bujold, c.o.<br \/>\nProfesseur \u00e9m\u00e9rite<br \/>\nChercheur associ\u00e9 au Centre de recherche et d\u2019intervention sur l\u2019\u00e9ducation\u00a0et la vie au travail<br \/>\nFacult\u00e9 des sciences de l\u2019\u00e9ducation<br \/>\nUniversit\u00e9 Laval<br \/>\nQu\u00e9bec<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\">Notes<\/h3>\n<ol class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">\n<li>Dans le seul but d\u2019all\u00e9ger le texte, le masculin est utilis\u00e9 comme\u00a0repr\u00e9sentant des deux sexes, sans discrimination \u00e0 l\u2019\u00e9gard des hommes\u00a0et des femmes.<\/li>\n<li>La contribution du r\u00e9cit de vie dans l\u2019intervention en counseling\u00a0de carri\u00e8re, de m\u00eame que sur les plans de la th\u00e9orie et de la recherche\u00a0en d\u00e9veloppement de carri\u00e8re, est discut\u00e9e dans : Bujold, C. (2004).\u00a0Constructing career through narrative. <em>Journal of Vocational Behavior<\/em>,\u00a064, 470-484.<\/li>\n<\/ol>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-6499 size-full\" src=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/Volume10_3-4_precarite-du-travail.jpg\" alt=\"Volume10_3-4_precarite-du-travail\" width=\"250\" height=\"371\" srcset=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/Volume10_3-4_precarite-du-travail.jpg 250w, https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/Volume10_3-4_precarite-du-travail-202x300.jpg 202w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><\/p>\n<h3 class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\"><a id=\"socio\" name=\"travail\"><\/a><em><b>Genevi\u00e8ve Fournier,<br \/>\nBruno Bourassa et Kamel B\u00e9gi (sous la direction de)<\/b><\/em><\/h3>\n<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\"><strong>La pr\u00e9carit\u00e9 du travail, une r\u00e9alit\u00e9 aux multiples visages<\/strong><br \/>\nQu\u00e9bec : Les Presses de l\u2019Universit\u00e9 Laval, 2003.\u00a0248 pages, ISBN : 2-7637-7960-3, 29$CAN.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les Presses de l\u2019Universit\u00e9 Laval: <a href=\"http:\/\/www.ulaval.ca\/pul\/\" target=\"_blank\"><u>http:\/\/www.ulaval.ca\/pul\/<\/u><\/a><\/p>\n<p class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\">Probl\u00e9matique<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Publi\u00e9 en 2003 sous la direction de Genevi\u00e8ve Fournier,\u00a0Bruno Bourassa et Kamel B\u00e9gi, cet ouvrage rassemble plusieurs textes de\u00a0communications pr\u00e9sent\u00e9es en 2001, dans le cadre d\u2019un colloque dont le\u00a0sujet \u00e9tait : \u00ab La pr\u00e9carit\u00e9 au travail : une r\u00e9alit\u00e9 aux multiples visages\u00a0\u00bb. Ce colloque \u00e9tait organis\u00e9 par le Centre de recherche interuniversitaire\u00a0sur l\u2019\u00e9ducation et la vie au travail (CRIEVAT Laval) lors du 69\u00e8me congr\u00e8s\u00a0de l\u2019ACFAS. Les 17 auteurs ou auteures dont les textes forment ce recueil\u00a0viennent de diff\u00e9rents horizons : six de l\u2019Universit\u00e9 Laval, deux de l\u2019Universit\u00e9\u00a0du Qu\u00e9bec \u00e0 Chicoutimi, trois de l\u2019Universit\u00e9 de Toulouse-Le Mirail, en\u00a0France, deux de l\u2019Universit\u00e9 Newcastle, en Australie, les quatre autres\u00a0rattach\u00e9s respectivement \u00e0 un cabinet-conseil de Marseille (France), au\u00a0Centre inter-universitaire sur la mondialisation et le travail (CRIMT,\u00a0Universit\u00e9 de Montr\u00e9al, Universit\u00e9 Laval, HEC Montr\u00e9al), au CNRS (Lasmas-Institut\u00a0du Longitudinal, France) et \u00e0 la T\u00e9l\u00e9-Universit\u00e9 de l\u2019Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">L\u2019ouvrage regroupe huit textes, en plus d\u2019un avant-propos,\u00a0r\u00e9partis dans trois sections ax\u00e9es sur des th\u00e8mes diff\u00e9rents : consid\u00e9rations\u00a0th\u00e9oriques, d\u2019abord, ensuite manifestations et cons\u00e9quences de la pr\u00e9carit\u00e9\u00a0du travail, interventions et politiques, pour terminer.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Dans l\u2019avant-propos, en plus de pr\u00e9senter les textes qui\u00a0constituent le corps de l\u2019ouvrage, Genevi\u00e8ve Fournier, Bruno Bourassa\u00a0et Kamel B\u00e9gi d\u00e9crivent l\u2019\u00e9mergence des diff\u00e9rentes formes actuelles d\u2019emploi\u00a0\u00e0 statut pr\u00e9caire et notent la place croissante de ces emplois atypiques\u00a0dans le monde du travail.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">La premi\u00e8re partie (\u00ab Pr\u00e9carit\u00e9 du travail : quelques consid\u00e9rations\u00a0th\u00e9oriques \u00bb) se compose de deux textes. Le premier, celui de Serge Paugam,\u00a0explore \u00ab Les nouvelles pr\u00e9carit\u00e9s du travail \u00bb. L\u2019auteur d\u00e9finit les\u00a0nouvelles tendances qui se dessinent dans le rapport de l\u2019individu au\u00a0travail, g\u00e9n\u00e9ratrices d\u2019une plus grande autonomie, mais \u00e9galement d\u2019exigences\u00a0accrues et donc de risques plus grands de disqualification. Le second\u00a0texte, celui de Kamel B\u00e9gi, s\u2019intitule \u00ab Recherche sur les nouvelles formes\u00a0de pr\u00e9carit\u00e9 de l\u2019emploi \u00bb. L\u2019auteur s\u2019attache \u00e0 la d\u00e9finition de la pr\u00e9carit\u00e9,\u00a0\u00e0 la fois dans ses aspects objectifs et dans ses composantes subjectives,\u00a0en soulignant l\u2019importance de ces derni\u00e8res dans la compr\u00e9hension de la\u00a0r\u00e9alit\u00e9 v\u00e9cue qui se rattache \u00e0 cette notion de pr\u00e9carit\u00e9.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Trois textes composent la deuxi\u00e8me partie de l\u2019ouvrage\u00a0: \u00ab Pr\u00e9carit\u00e9 du travail : des manifestations et des cons\u00e9quences \u00bb. Celui\u00a0de Genevi\u00e8ve Fournier, Bruno Bourassa et Kamel B\u00e9gi, intitul\u00e9 : \u00ab Travail\u00a0atypique r\u00e9current et exp\u00e9rience de pr\u00e9carit\u00e9 : un regard exploratoire\u00a0\u00bb, rapporte les r\u00e9sultats d\u2019une recherche r\u00e9alis\u00e9e aupr\u00e8s de personnes\u00a0ayant un parcours professionnel jalonn\u00e9 d\u2019emplois atypiques. L\u2019analyse\u00a0de ces r\u00e9sultats met en \u00e9vidence la vari\u00e9t\u00e9 des exp\u00e9riences de pr\u00e9carit\u00e9\u00a0des sujets \u00e9tudi\u00e9s, tant au plan des variables objectives en cause qu\u2019au\u00a0plan de la mani\u00e8re dont ces exp\u00e9riences sont per\u00e7ues et v\u00e9cues. Ce texte\u00a0est donc en continuit\u00e9 avec le pr\u00e9c\u00e9dent \u00e0 ce point de vue. Vient ensuite\u00a0la contribution d\u2019Alexis Le Blanc, Jean-Philippe Gaudron, Annabel Budi\u00a0et Catherine Rosa : \u00ab Nouvelles formes d\u2019emploi, pr\u00e9carit\u00e9 et rapports\u00a0au travail, dynamiques psychosociales \u00bb, qui revient sur la pr\u00e9carit\u00e9\u00a0\u00e0 travers la lunette du rapport au travail, incluant des composantes objectives\u00a0et des composantes subjectives. Les auteurs pr\u00e9sentent deux s\u00e9ries de\u00a0donn\u00e9es de recherche, portant toute deux sur la perception de la pr\u00e9carit\u00e9,\u00a0l\u2019une touchant des salari\u00e9s sous-traitants, l\u2019autre des salari\u00e9s \u00e0 temps\u00a0partiel. Ces donn\u00e9es font ressortir, l\u00e0 encore, la grande diversit\u00e9 des\u00a0modalit\u00e9s de rapport au travail et des significations que les individus\u00a0attribuent \u00e0 leur situation. Elles montrent aussi la n\u00e9cessit\u00e9 de prendre\u00a0en compte l\u2019ensemble des sph\u00e8res d\u2019activit\u00e9s de la personne (familiale,\u00a0de loisirs, etc.) et la fa\u00e7on dont la situation professionnelle influence\u00a0ces sph\u00e8res, pour comprendre la mani\u00e8re dont chacun per\u00e7oit sa situation.\u00a0Le texte suivant, celui de Lise Lachance et Nathalie Brassard, va un peu\u00a0dans ce sens en se centrant sur \u00ab Le d\u00e9fi de la conciliation travail famille\u00a0chez les femmes occupant un emploi atypique : perspectives th\u00e9oriques\u00a0et enjeux \u00bb. Apr\u00e8s un tour d\u2019horizon de la probl\u00e9matique de l\u2019int\u00e9gration\u00a0du travail et des responsabilit\u00e9s familiales et un \u00e9tat de la situation\u00a0telle qu\u2019elle \u00e9tait au Canada au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, ce texte remet\u00a0en question la croyance selon laquelle l\u2019emploi atypique est souvent choisi\u00a0par les femmes comme solution leur permettant de concilier famille et\u00a0travail. D\u2019apr\u00e8s les auteures, il s\u2019agirait le plus souvent d\u2019un \u00ab choix\u00bb\u00a0involontaire, susceptible de profiter surtout aux employeurs, en attendant\u00a0qu\u2019un changement social en profondeur permette l\u2019\u00e9mergence de mesures\u00a0r\u00e9ellement efficaces pour favoriser l\u2019int\u00e9gration des r\u00f4les professionnels\u00a0et des r\u00f4les familiaux.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">La troisi\u00e8me et derni\u00e8re partie du recueil, \u00ab Pr\u00e9carit\u00e9\u00a0du travail : interventions et potitiques \u00bb, comprend trois textes. Elle\u00a0s\u2019ouvre par celui d\u2019Odette Filteau, Chantal Leclerc et Bruno Bourassa\u00a0: \u00ab L\u2019intervention dans les services qu\u00e9b\u00e9cois d\u2019int\u00e9gration en emploi\u00a0: une r\u00e9habilitation des savoirs des acteurs de premi\u00e8re ligne? \u00bb. Le\u00a0th\u00e8me g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019ouvrage sert ici de toile de fond \u00e0 une mise en valeur\u00a0des \u00ab savoirs d\u2019exp\u00e9rience \u00bb construits par les intervenantes et les intervenants\u00a0qui assistent les client\u00e8les en voie d\u2019exclusion dans une r\u00e9insertion\u00a0socioprofessionnelle rendue probl\u00e9matique par le contexte de pr\u00e9carit\u00e9\u00a0dans lequel elle doit s\u2019effectuer. Partant de l\u2019opposition souvent relev\u00e9e\u00a0entre les savoirs th\u00e9oriques et les savoirs pratiques, les auteurs exposent\u00a0des donn\u00e9es de recherche qui illustrent la complexit\u00e9 des contraintes\u00a0entourant le travail de ces praticiens et praticiennes de la r\u00e9insertion\u00a0socioprofessionnelle. Ces donn\u00e9es \u00e9clairent aussi la cr\u00e9ativit\u00e9 manifest\u00e9e\u00a0par ceux-ci dans la red\u00e9finition de leurs r\u00f4les et l\u2019\u00e9laboration de strat\u00e9gies\u00a0d\u2019intervention novatrices. Le texte suivant, r\u00e9dig\u00e9 par Marie-France Maranda,\u00a0s\u2019interroge \u00e0 la mani\u00e8re de Shakespeare dans son titre : \u00ab \u00catre un acteur\u00a0ou un sujet? Voil\u00e0 la question. Enqu\u00eate sur la psychodynamique du travail\u00a0de conseiller en emploi \u00bb. Lui aussi touche \u00e0 la question des savoirs\u00a0d\u2019exp\u00e9rience forg\u00e9s par des intervenants et intervenantes du champ de\u00a0l\u2019insertion professionnelle, en explorant cependant d\u2019une fa\u00e7on plus approfondie\u00a0les impacts psychologiques, sur ces personnes, des situations de travail\u00a0souvent complexes et difficiles qu\u2019elles ont \u00e0 g\u00e9rer. L\u2019auteure relate\u00a0les observations faites lors d\u2019une enqu\u00eate effectu\u00e9e aupr\u00e8s de 19 conseillers\u00a0et conseill\u00e8res en emploi (appartenant \u00e0 diff\u00e9rents corps professionnels).\u00a0Elle met en \u00e9vidence les al\u00e9as de leur travail dans des conditions socio\u00e9conomiques\u00a0et organisationnelles parfois chaotiques, en particulier les dualit\u00e9s\u00a0de r\u00f4les dans lesquelles ils peuvent se retrouver ainsi que les strat\u00e9gies\u00a0qu\u2019ils d\u00e9veloppent pour y faire face. Quant au dernier texte, \u00e9crit par\u00a0Diane- Gabrielle Tremblay, St\u00e9phane Le Queux, Doug Biddle et John Burgess,\u00a0il s\u2019en va dans une toute autre direction en proc\u00e9dant \u00e0 une comparaison\u00a0de la situation d\u2019emploi des jeunes et des politiques d\u2019emploi qui les\u00a0concernent au Canada et en Australie, comme l\u2019indique son titre : \u00ab Les\u00a0politiques d\u2019emploi \u00e0 l\u2019intention des jeunes au Canada et en Australie\u00a0: plus ou moins de vuln\u00e9rabilit\u00e9 et de pr\u00e9carit\u00e9? \u00bb. Apr\u00e8s un portrait\u00a0de la situation respective de chaque pays et des \u00e9l\u00e9ments de comparaison\u00a0entre les deux, les auteurs concluent sur une note plut\u00f4t pessimiste dans\u00a0les deux cas, temp\u00e9r\u00e9e par l\u2019espoir suscit\u00e9, dans les deux pays, par un\u00a0d\u00e9but de mobilisation syndicale en faveur des jeunes travailleurs. La\u00a0partie semble cependant loin d\u2019\u00eatre gagn\u00e9e et, dans un pays comme dans\u00a0l\u2019autre, il est urgent, selon les auteurs, de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 des moyens susceptibles\u00a0d\u2019am\u00e9liorer la situation.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Dans l\u2019ensemble, ce recueil appara\u00eet comme un ouvrage int\u00e9ressant\u00a0pour ceux et celles que pr\u00e9occupe la question de la pr\u00e9carit\u00e9 du travail,\u00a0autant par la qualit\u00e9 des textes qu\u2019il contient que par la diversit\u00e9 des\u00a0angles selon lesquels cette question est trait\u00e9e. En outre, il m\u00e9rite\u00a0pleinement son titre. En effet, il offre des perspectives vari\u00e9es et parfois\u00a0inhabituelles sur un ph\u00e9nom\u00e8ne dont on parle et reparle pourtant depuis\u00a0des ann\u00e9es.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Marie-Chantal Gu\u00e9don<br \/>\nProfesseure<br \/>\nD\u00e9partement d\u2019orientation professionnelle<br \/>\nUniversit\u00e9 de Sherbrooke<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-6498 size-full\" src=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/Volume10_3-4_invention-de-soi.jpg\" alt=\"Volume10_3-4_invention-de-soi\" width=\"250\" height=\"406\" srcset=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/Volume10_3-4_invention-de-soi.jpg 250w, https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/Volume10_3-4_invention-de-soi-185x300.jpg 185w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><\/p>\n<h3 class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\"><a id=\"socio\" name=\"soi\"><\/a><em><b>Jean-Claude Kaufmann<span class=\"style3\"><sup>1<\/sup><\/span><\/b><\/em><\/h3>\n<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\"><strong>L\u2019invention de soi : une th\u00e9orie de l\u2019identit\u00e9<\/strong><br \/>\nFrance : Armand Colin, Collection Individu et Soci\u00e9t\u00e9, 2004.\u00a0350 pages, ISBN 2200266618, 21.5 Euros.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c9diteur : Armand Collin <a href=\"http:\/\/www.armand-colin.com\/\" target=\"_blank\"><u>http:\/\/www.armand-colin.com\/<br \/>\n<\/u><\/a><\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Cette recension r\u00e9sume les \u00e9l\u00e9ments pr\u00e9gnants de la derni\u00e8re\u00a0parution de Jean-Claude Kaufmann. En se centrant sur la question identitaire,\u00a0cet ouvrage devient incontournable pour les sp\u00e9cialistes int\u00e9ress\u00e9s \u00e0\u00a0la fois par la praxis et par les sciences de l\u2019orientation. Il comprend\u00a0trois parties. La premi\u00e8re porte sur <strong>l\u2019histoire du concept de\u00a0l\u2019identit\u00e9<\/strong>, la deuxi\u00e8me situe<strong> la nature de l\u2019identit\u00e9\u00a0<\/strong>entre ses polarit\u00e9s et, enfin, la troisi\u00e8me permet de mieux <strong>r\u00e9fl\u00e9chir\u00a0le social reformul\u00e9 par l\u2019identit\u00e9<\/strong>. J\u2019exposerai d\u2019abord les principaux\u00a0\u00e9l\u00e9ments de la pens\u00e9e de l\u2019auteur avant de porter un \u0153il plus critique\u00a0sur son ouvrage.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\"><strong>La premi\u00e8re partie<\/strong> expose le d\u00e9veloppement\u00a0historique du concept d\u2019identit\u00e9 en situant l\u2019apport des travaux de Freud,\u00a0Erikson, Mead et Strauss pour en arriver \u00e0 justifier les raisons de sa\u00a0popularit\u00e9 en sciences humaines et sociales. Selon l\u2019auteur, l\u2019identit\u00e9\u00a0permet de <strong>d\u00e9gager une vision efficace, stimulante et dynamique\u00a0du lien entre l\u2019individu et la soci\u00e9t\u00e9<\/strong>. M\u00eame si l\u2019identit\u00e9 est\u00a0omnipr\u00e9sente dans le discours des sciences humaines et dans le d\u00e9bat social,\u00a0cette notion n\u2019est toutefois pas clairement d\u00e9finie. Aux dires de Kaufmann,\u00a0on a assist\u00e9, au cours des trente derni\u00e8res ann\u00e9es, \u00e0 une starification\u00a0exag\u00e9r\u00e9e du concept d\u2019identit\u00e9 et le prix \u00e0 payer est de l\u2019utiliser sans\u00a0se poser trop de questions \u00e0 son sujet. Kaufmann ne souhaite pas imposer\u00a0une nouvelle conception de l\u2019identit\u00e9, mais simplement installer un argumentaire\u00a0pour soutenir le d\u00e9bat social portant sur les processus identitaires.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Rappelons que dans un livre pr\u00e9c\u00e9dant intitul\u00e9 \u00ab<em>Ego<\/em>\u00bb, Kaufmann avait d\u00e9j\u00e0 analys\u00e9 la production historique et sociale du fait individuel en insistant sur l\u2019univers invisible des d\u00e9terminations sociales. Avant de plonger dans les processus identitaires, l\u2019auteur r\u00e9it\u00e8re la n\u00e9cessit\u00e9 de prendre en compte l\u2019individu et son autonomisation comme produits de l\u2019histoire sociale. L\u2019\u00e9mergence du fait social est mise en opposition avec le mod\u00e8le d\u2019explication dominant fond\u00e9 sur le d\u00e9veloppement des capacit\u00e9s c\u00e9r\u00e9brales et linguistiques de l\u2019esp\u00e8ce humaine. S\u2019appuyant sur ses propres th\u00e8ses, Kaufmann revisite l\u2019argumentation fine de certains auteurs (L\u00e9vi-Strauss, Benoist, H\u00e9ritier, Giddens, Sch\u00fctz, Bourdieu, Constalat-Founeau, Dubet, etc.) en portant une attention particuli\u00e8re sur les liens entre les notions de r\u00f4les et d\u2019identit\u00e9. Rappelons que, selon Dubet (1994), les sujets s\u2019autonomisent gr\u00e2ce \u00e0 leur subjectivit\u00e9 et s\u2019engagent davantage dans ce qu\u2019ils sont amen\u00e9s \u00e0 vivre comme exp\u00e9rience. Comme le soulignait ce sociologue de l\u2019exp\u00e9rience, l\u2019essor de la subjectivit\u00e9 (et, par cons\u00e9quent, la qu\u00eate identitaire) ne repose pas du c\u00f4t\u00e9 des individus eux-m\u00eames et de leurs quant-\u00e0-soi mais plut\u00f4t du c\u00f4t\u00e9 des r\u00f4les. Dubet et Kaufmann sont d\u2019accord sur l\u2019existence d\u2019une disjonction entre socialisation, subjectivit\u00e9 et d\u00e9veloppement de la vie per\u00e7ue comme une exp\u00e9rimentation. <strong>Toutefois, Kaufmann croit qu\u2019aujourd\u2019hui, les individus ne sont plus fondus dans leurs r\u00f4les et produits, y compris subjectivement, par la socialisation<\/strong>. De nouveaux types de r\u00f4le se forment : des r\u00f4les plus souples, changeants, auto-d\u00e9finis collectivement et qui ne socialisent l\u2019individu que pour de br\u00e8ves dur\u00e9es. Ces r\u00f4les contraignent les individus \u00e0 se construire et \u00e0 se red\u00e9finir d\u2019une fa\u00e7on totalement nouvelle. Reprenant les propos de Giddens (1987), Kaufmann indique la n\u00e9cessit\u00e9 de prendre en compte le concept de r\u00f4le (dans son sens actuel), et de l\u2019inscrire dans le processus historique pour d\u00e9finir ses modalit\u00e9s pr\u00e9cises et changeantes selon les types de formations sociales. Par la suite, il se demande si l\u2019\u00abidentit\u00e9\u00bb et l\u2019\u00abimage de soi\u00bb peuvent \u00eatre assimilables ? L\u2019auteur r\u00e9pond par la n\u00e9gative en soutenant que l\u2019image de soi constitue un instrument central du processus identitaire. Comme il le souligne, l\u2019image de soi est une notion \u00e9quivoque qui sait tendre ses pi\u00e8ges et qui n\u2019est pas toujours simple d\u2019emploi.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">\u00abComme l\u2019identit\u00e9, elle [l\u2019image de soi] doit \u00eatre bien d\u00e9finie et utilis\u00e9e de mani\u00e8re claire [\u2026]. Les pi\u00e8ges sont moins grands quand l\u2019image d\u00e9signe un reflet de la structure, et surtout une partie d\u00e9limit\u00e9e de cette derni\u00e8re, un r\u00f4le, notamment. Chaque r\u00f4le d\u00e9veloppe les images des comportements, qui au moins en th\u00e9orie, lui sont associ\u00e9s, enjoignant l\u2019individu qui s\u2019appr\u00eate \u00e0 s\u2019y engager, \u00e0 se former une identit\u00e9 (une image de soi) conforme aux images socialement propos\u00e9es.\u00bb (2004 :71)<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">En se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 l\u2019interactionnisme symbolique structurel connu aussi sous l\u2019appellation de \u00abTh\u00e9orie de l\u2019identit\u00e9\u00bb, Kaufmann pr\u00e9sente ce courant de recherche comme un des h\u00e9ritages de la pens\u00e9e de George Herbert Mead. Les buts de ce courant de recherche visaient \u00e0 comprendre et \u00e0 expliquer comment les structures sociales agissent sur le soi (en r\u00e9f\u00e9rence notamment aux travaux de Sheldon Styker) et comment le soi agit sur les comportements sociaux (en r\u00e9f\u00e9rence aux travaux de Peter Burke). \u00c0 partir de ces travaux, Kaufmann d\u00e9fend l\u2019hypoth\u00e8se suivante : <strong>\u00abl\u2019identit\u00e9 est un processus, historiquement nouveau, li\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9mergence du sujet, et dont l\u2019essentiel tourne autour de la fabrication de sens\u00bb<\/strong> (2004 : 82). Le sujet d\u2019aujourd\u2019hui prend des d\u00e9cisions face aux alternatives, se questionne, modifie ses r\u00e9f\u00e9rences identitaires plus souvent que jamais auparavant. C\u2019est pourquoi, Kaufmann insiste pour dire que la <strong>r\u00e9volution identitaire est celle de la subjectivit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans la fabrication personnelle du sens de sa vie<\/strong>. L\u2019identit\u00e9 de r\u00f4le comme simple reflet a donn\u00e9 naissance \u00e0 la r\u00e9flexivit\u00e9 moderne. Cette topique n\u2019est toutefois pas simple \u00e0 mettre en pratique car elle place le sujet entre l\u2019injonction \u00e0 la r\u00e9flexivit\u00e9 et l\u2019injonction \u00e0 \u00eatre soi. Plus le sujet s\u2019impose au centre de sa propre existence, plus les communaut\u00e9s se d\u00e9sarticulent dans les faits, ne laissant que la nostalgie des enveloppements sociaux et aux syst\u00e8mes de valeurs perdus. Cette premi\u00e8re section du livre de Kaufmann permet donc de circonscrire d\u2019o\u00f9 vient le concept d\u2019identit\u00e9 en situant le retournement historique que n\u00e9cessite le recours \u00e0 une th\u00e9orie de l\u2019identit\u00e9.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\"><strong>La deuxi\u00e8me partie du livre<\/strong> est consacr\u00e9e \u00e0 un travail de clarification de l\u2019identit\u00e9. Pour circonscrire la nature de l\u2019identit\u00e9, l\u2019auteur se demande quelle est la place de la subjectivit\u00e9? Malgr\u00e9 le caract\u00e8re \u00abattrape-tout\u00bb du concept de l\u2019identit\u00e9, il y a un accord consensuel pour le d\u00e9finir minimalement en s\u2019appuyant sur deux points essentiels. Premi\u00e8rement \u00abl\u2019identit\u00e9 est une construction subjective\u00bb et, deuxi\u00e8mement, \u00abelle ne peut pas ignorer le donn\u00e9, l\u2019objectif, le naturel qui constituent une assignation in\u00e9luctable\u00bb (2004 : 89). Au-del\u00e0 de cette affirmation, les crit\u00e8res subjectifs et objectifs s\u2019amalgament, selon Kaufmann, \u00e0 l\u2019image d\u2019une \u00abbarbe \u00e0 papa\u00bb collant tout sur son passage. Les crit\u00e8res objectifs ne peuvent \u00e0 eux seuls d\u00e9terminer l\u2019existence du sujet pour la simple raison qu\u2019ils n\u2019ont rien d\u2019un univers stable et coh\u00e9rent. La pr\u00e9sence d\u2019opposition oblige \u00e0 un travail d\u2019arbitrage portant sur des prises de conscience (visions d\u2019identit\u00e9s diff\u00e9rentes, par exemple). Cependant, cette capacit\u00e9 d\u2019arbitrage subjectif est limit\u00e9e. La complexit\u00e9 des contradictions du social inscrites dans le mouvement historique am\u00e8ne l\u2019individu \u00e0 se constituer en sujet tentant de r\u00e9organiser une unit\u00e9 significative \u00e0 son niveau. (Kaufmann, 2001) \u00abL\u2019identit\u00e9 se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre ce qui structure cette unit\u00e9 de sens \u00e0 un moment.\u00bb (2004 : 100) La position de Kaufmann se r\u00e9sume donc en deux points :<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">\u00abLa subjectivit\u00e9 ne se forme pas dans un espace autonome parfaitement ma\u00eetris\u00e9 par l\u2019individu. Au contraire, elle est continuellement aux prises avec les pesanteurs sociales qu\u2019elle cherche \u00e0 travailler, n\u2019y parvenant que tr\u00e8s imparfaitement, au point que le r\u00e9cit de vie lui-m\u00eame reste fortement sous influence, en particulier des d\u00e9terminations al\u00e9atoires. Mais cette \u00abnon puret\u00e9\u00bb subjective ne doit d\u2019aucune fa\u00e7on conduire \u00e0 une d\u00e9finition ambigu\u00eb de l\u2019identit\u00e9. Cette derni\u00e8re devant \u00eatre strictement d\u00e9finie non par les supports mais par les efforts de l\u2019individu pour donner sens \u00e0 sa vie (tout autre option conduisant \u00e0 la confusion sur le processus identitaire). [\u2026] <strong>L\u2019identit\u00e9 s\u2019inscrit comme une invention permanente qui se forge avec un mat\u00e9riau non invent\u00e9.<\/strong>\u00bb (2004 :102)<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Par la suite, Kaufmann se demande comment faire <strong>la distinction entre identit\u00e9s individuelles et identit\u00e9s collectives<\/strong>. Il existe une confusion et une absence patente de d\u00e9finitions claires. De plus, le d\u00e9coupage disciplinaire dans l\u2019univers scientifique am\u00e8ne g\u00e9n\u00e9ralement une s\u00e9paration des deux sp\u00e9cialit\u00e9s. Pour Kaufmann, une premi\u00e8re cl\u00e9 d\u2019analyse se trouve dans le fait qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019\u00e9quivalence entre l\u2019identit\u00e9 individuelle et l\u2019identit\u00e9 collective, car elles sont de nature diff\u00e9rente. L\u2019individu est toujours en situation, et en transformation permanente, dans une perspective identificatoire sp\u00e9cifique et changeante, utilisant des ressources diverses (p. 124). Le moi n\u2019est personne sans les autres et il n\u2019est rien sans les univers de signification dans lesquels il s\u2019inscrit. Alors que les identifications collectives (p. 127) sont des instruments, des ressources, qui permettent \u00e0 l\u2019identit\u00e9 personnelle d\u2019op\u00e9rer ses mutations.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Situ\u00e9 au c\u0153ur de l\u2019univers intime, l\u2019identification collective commence dans les micro-\u00e9largissements de soi. Les identit\u00e9s collectives reposent souvent sur des socialisations tr\u00e8s r\u00e9elles mais il s\u2019agit, selon Singly (2003), de configurations dynamiques, utilis\u00e9es de fa\u00e7on fragmentaire par les individus, dans une production \u00abfluide\u00bb de leur identit\u00e9. (p. 128). L\u2019individu construit sa sp\u00e9cificit\u00e9 en revendiquant des appartenances, incitant, par l\u00e0 m\u00eame, au maintien et au d\u00e9veloppement des identit\u00e9s collectives. Celles-ci ne se r\u00e9duisent pas \u00e0 des productions de l\u2019activit\u00e9 individuelle. Elles repr\u00e9sentent une conjoncture que Marcel Gauchet d\u00e9signe sous l\u2019expression de \u00abfoyers identitaires\u00bb. Ceux-ci prennent flamme \u00e0 partir d\u2019occasions tr\u00e8s diverses, par exemple lors de mobilisations collectives, de partage de syst\u00e8mes de croyance, ou autour d\u2019un int\u00e9r\u00eat ou d\u2019une passion commune. Les foyers identitaires sont des fournisseurs de sens. C\u2019est pourquoi, aux dires de Kaufmann, l\u2019individu n\u2019est pas un atome constitu\u00e9, avec une identit\u00e9 personnelle qui lui appartiendrait en propre (p. 147). Il se pr\u00e9sente davantage comme un syst\u00e8me ouvert, un centre de production de sens de sa vie interconnect\u00e9 \u00e0 d\u2019autres centres, susceptible de le d\u00e9poss\u00e9der de ma\u00eetrise personnelle. <strong>Donner sans cesse un sens particulier \u00e0 sa vie est mentalement fatiguant et p\u00e9nible alors qu\u2019il est reposant et socialement r\u00e9confortant de se couler dans des \u00e9vidences collectivement partag\u00e9es<\/strong>. L\u2019identification collective se vit comme un \u00e9largissement de soi, avec tous les apports revigorants d\u2019un tel surcro\u00eet d\u2019\u00eatre. Les identit\u00e9s collectives sont per\u00e7ues comme des ressources fournissant \u00e0 l\u2019individu \u00e0 la fois des r\u00e9f\u00e9rences \u00e9thiques et cognitives, l\u2019\u00e9nergie de l\u2019action et de l\u2019estime de soi. Les identifications collectives sont des \u00abplus\u00bb, lui permettant, en se d\u00e9passant de se sentir paradoxalement davantage lui-m\u00eame. Cette ressource identitaire n\u2019est pas exempte de contraintes, de marge de manoeuvre limit\u00e9e, de pi\u00e8ges pour les individus incapables de retrouver leur autonomie (p. 149).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Entre l\u2019<strong>identit\u00e9 biographique et l\u2019identit\u00e9 imm\u00e9diate<\/strong>, il y a le r\u00e9cit. C\u2019est ce que propose le chapitre cinq. L\u2019identit\u00e9 est aussi l\u2019histoire de soi que chacun se raconte. Soulignant les propos de Ricoeur (1991), Kaufmann se repr\u00e9sente la narration comme une mise en r\u00e9cit de la r\u00e9alit\u00e9, un agencement d\u2019\u00e9v\u00e9nements permettant de les rendre lisibles et de donner sens \u00e0 l\u2019action (p. 151). S\u2019appuyant sur la distinction faite pr\u00e9alablement par Camilleri (1990) entre la fonction \u00abontologique\u00bb et la fonction \u00abpragmatique\u00bb de l\u2019identit\u00e9, Kaufmann utilise deux modalit\u00e9s identitaires relativement oppos\u00e9es par leur logique de fonctionnement soit : l\u2019identit\u00e9 biographique et l\u2019identit\u00e9 imm\u00e9diate. Dans ce contexte, <strong>\u00abjouer astucieusement de ses logiques identitaires est un art difficile\u00bb<\/strong> (p. 161) selon Kaufmann. L\u2019identit\u00e9 biographique (surtout dans ses versions narratives) a une fonction g\u00e9n\u00e9ralement plus unificatrice. Elle est une \u00abr\u00e9gulation unifiante du soi tout au long de la vie\u00bb (Martuccelli, 2002, p. 405). Les identit\u00e9s imm\u00e9diates et ponctuelles (au fil des r\u00eaves les plus fous ou en r\u00e9ponses aux contextes divers) jouent souvent la carte de la multiciplicit\u00e9 et de l\u2019innovation identitaires. Si la conception unifiante de soi est bien connue, il n\u2019en est que plus utile et urgent, selon Kaufmann, de d\u00e9gager son autre facette (l\u2019identit\u00e9 imm\u00e9diate) en explorant ses d\u00e9calages et ses fragmentations. Cette seconde modalit\u00e9 identitaire est, selon Kaufmann, plus importante. Le c\u0153ur du processus identitaire est dans la production de d\u00e9calages. C\u2019est pourquoi Kaufmann affirme qu\u2019il nous faut \u00abnous d\u00e9gager r\u00e9solument des habitudes de pens\u00e9e qui nous font voir l\u2019identit\u00e9 comme un simple r\u00e9cit biographique\u00bb (p. 169). L\u2019identit\u00e9 imm\u00e9diate se place, pour sa part, au c\u0153ur de contextes pr\u00e9cis et repr\u00e9sente une r\u00e9ponse \u00e0 donner, instantan\u00e9ment, pour engager l\u2019action dans un certain sens (p. 171). Elle est fixiste (pr\u00e9f\u00e9rant l\u2019image au r\u00e9cit), contextualis\u00e9e, ponctuelle, instantan\u00e9e et pragmatique.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">[\u2026]dans le brassage continuel entre imaginaire et action qui est au c\u0153ur du processus identitaire, un d\u00e9grad\u00e9 peut \u00eatre mis en \u00e9vidence, allant des formes les plus fictionnelles (le petit cin\u00e9ma int\u00e9rieur) ne faisant qu\u2019\u00e9voquer les actions le plus souvent improbables, jusqu\u2019au soi possibles, (Markus, Nurius, 1986), esquisses de transformation des r\u00eaves les plus cr\u00e9dibles en projets, et enfin les identit\u00e9s imm\u00e9diates et op\u00e9ratoires, instantan\u00e9ment prises dans des contextes d\u2019action (p. 172).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Kaufmann d\u00e9signe par la formule \u00abidentit\u00e9 I.C.O.\u00bb, ou plus simplement encore par \u00abidentit\u00e9 ICO\u00bb. Ces identit\u00e9s ICO sont fondamentalement imm\u00e9diates, contextualis\u00e9es et op\u00e9ratoires en prenant la plupart du temps la forme d\u2019images (p. 172).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Le chapitre six cl\u00f4t la deuxi\u00e8me partie du livre. Dans ce chapitre, Kaufmann pr\u00e9sente l\u2019identit\u00e9 comme une condition de l\u2019action. D\u2019entr\u00e9e de jeu, l\u2019auteur affirme que<strong> le processus identitaire m\u00e9rite d\u2019\u00eatre analys\u00e9 comme un syst\u00e8me d\u2019action<\/strong>. Si un syst\u00e8me d\u2019action travaille continuellement \u00e0 reconstituer les conditions de l\u2019action, le croisement entre \u00abidentit\u00e9\u00bb et \u00abaction\u00bb provoque une modification de perspective, il clarifie l\u2019analyse tout en donnant une dimension nouvelle \u00e0 l\u2019identit\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9 contemporaine (p. 174). Comme toutes les actions ne sont pas toujours m\u00e9diatis\u00e9es par l\u2019identit\u00e9, une partie reste impuls\u00e9e par la socialisation hors de l\u2019intervention du sujet (p. 175). Les sch\u00e8mes incorpor\u00e9s et le processus identitaire ne se m\u00e9langent pas intimement pour d\u00e9clencher l\u2019action. Dans l\u2019analyse fine, il importe de s\u00e9parer ces ph\u00e9nom\u00e8nes radicalement diff\u00e9rents selon Kaufmann. Il est n\u00e9cessaire de sortir l\u2019identit\u00e9 de la barbe \u00e0 papa car elle n\u2019est pas tout et n\u2019importe quoi. L\u2019identit\u00e9 comme condition de l\u2019action repr\u00e9sente un processus historiquement nouveau. En r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un certain type de formation socio-historique, le sujet \u00e9tait tenu par la convergence des injonctions int\u00e9rioris\u00e9es et des contraintes ext\u00e9rieures. L\u2019action individuelle \u00e9tait socialement structur\u00e9e et mise en mouvement. En fonction de ce pr\u00e9sent et de cet avenir pr\u00e9visibles, v\u00e9cus comme un destin, la fracture op\u00e9r\u00e9e par la modernit\u00e9 est double. <strong>Elle prescrit au sujet de se d\u00e9finir lui-m\u00eame sa propre identit\u00e9 en lui demandant simultan\u00e9ment d\u2019effectuer une multiplicit\u00e9 de choix pratiques et de r\u00e9fl\u00e9chir avant d\u2019agir<\/strong>. Ces deux prescriptions sont en r\u00e9alit\u00e9 \u00e9troitement li\u00e9es entre elles. Ces actions s\u2019inscrivent au c\u0153ur du processus identitaire (p. 175). Cet espace de r\u00e9flexivit\u00e9 est n\u00e9cessaire pour r\u00e9pondre aux multiples situations impr\u00e9vues ou encore pour r\u00e9orienter l\u2019action dans ses grandes lignes. De plus en plus souvent, un sens doit \u00eatre donn\u00e9 \u00e0 l\u2019action en tenant compte du r\u00e9ajustement continuel des habitudes de base (sch\u00e8mes incorpor\u00e9s) qui imposent un recours \u00e0 sa propre identit\u00e9. C\u2019est pourquoi, Kaufmann mentionne le fait que fixer une image de soi devient un proc\u00e9d\u00e9 indispensable pour agir dans les situations les plus diverses et concr\u00e8tes.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Dans ce contexte, il mentionne que les identit\u00e9s deviennent des modalit\u00e9s op\u00e9ratoires. En reprenant deux ouvrages de Bernard Lahire (1998), l\u2019auteur nous d\u00e9taille les articulations avec le processus identitaire. Par exemple, les \u00absch\u00e8mes incorpor\u00e9s\u00bb conceptualis\u00e9s par le terme des \u00abhabitudes\u00bb sont remplac\u00e9s par les \u00abdispositions\u00bb dans les travaux de Lahire (2002) et ce constat traduit, selon Kaufmann, un changement de perspective. Le terme \u00abdisposition\u00bb couvre un champ infiniment plus large, incluant les cadres \u00e9thiques les plus divers et m\u00eame les croyances. Le probl\u00e8me, selon Kaufmann, n\u2019est pas dans la composante \u00e9thique des dispositions, mais r\u00e9side plut\u00f4t dans l\u2019\u00e9largissement exag\u00e9r\u00e9 de leur port\u00e9e, effa\u00e7ant ainsi le r\u00f4le du sujet. Le sujet ne commande pas tout car il est aussi port\u00e9 par la m\u00e9moire sociale qu\u2019il a int\u00e9rioris\u00e9e. Il proc\u00e8de \u00e0 des arbitrages, notamment parce que cette m\u00e9moire est paradoxale. Le choix entre des repr\u00e9sentations de soi concurrentes est permanent (p. 178). C\u2019est le sujet en interaction avec le contexte qui r\u00e9oriente le sens de l\u2019action et op\u00e8re une s\u00e9lection entre les sch\u00e8mes \u00abinfraconscients\u00bb qui seront activ\u00e9s lors de la construction du sens dans les dires auto-biographiques (Malrieu, 2003).<strong> Le moment identitaire se caract\u00e9rise par une prise de distance (r\u00e9flexive ou sensible) avec l\u2019action en cours, pour reformuler le sens \u00e0 donner aux conduites (p. 178)<\/strong>. Le \u00absens\u00bb comprend un double sens : signification et direction. Le concept de soi est d\u2019abord un instrument d\u2019action et de changement. \u00abEn cela, l\u2019identit\u00e9 se pr\u00e9sente comme une sorte de nouveau principe moteur de l\u2019action, se surajoutant aux sch\u00e8mes incorpor\u00e9s et organisant ces derniers\u00bb (p. 178) dans le tr\u00e8s court terme de l\u2019action imm\u00e9diate et contextualis\u00e9e (identit\u00e9 ICO). Dans le terme plus long de la r\u00e9orientation d\u2019une trajectoire biographique, la recherche portant sur l\u2019identit\u00e9 questionne le pass\u00e9 et le pr\u00e9sent alors que Kaufmann note que la pr\u00e9occupation identitaire est en r\u00e9alit\u00e9 essentiellement tourn\u00e9e vers l\u2019invention de soi (p. 178). L\u2019identit\u00e9, parfois r\u00e9duite \u00e0 une simple image de soi, repr\u00e9sente un filtre qui conditionne l\u2019action. La complexification des sch\u00e8mes incorpor\u00e9s implique que l\u2019action passe par le filtre identitaire. C\u2019est pourquoi Kaufmann affirme que \u00ab<strong>l\u2019identit\u00e9 devient une condition ordinaire de l\u2019action dans la modernit\u00e9<\/strong>\u00bb (p. 183).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Selon les lieux et les moments de vie, Kaufmann postule que la concurrence entre filtre identitaire et sch\u00e8mes comportementaux est in\u00e9gale selon les contextes sociaux et biographiques. Ces contextes (sociaux et biographiques) de situations peuvent \u00eatre marqu\u00e9es par des ruptures biographiques, (o\u00f9, suite \u00e0 des \u00e9v\u00e9nements divers, la vie bascule dans une nouvelle direction) ou par des s\u00e9quences de transition entre deux univers de socialisation stables et solidement d\u00e9finis. Lorsque les caract\u00e9ristiques entre ces deux syst\u00e8mes d\u2019habitudes sont trop ou insuffisamment denses (p. 183) pour porter l\u2019existence, les affichages identitaires doivent obligatoirement fixer le sens. Kaufmann pr\u00e9sente des exemples \u00e9loquents dans la vie ordinaire pour mieux \u00e9tayer son argumentation (p. 184-185).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Selon Markus, Cross et Wurf (1990), l\u2019identit\u00e9 peut \u00eatre\u00a0consid\u00e9r\u00e9e comme un travail cognitif, visant \u00e0 \u00ab\u00a0organiser le traitement\u00a0de l\u2019information pertinente \u00e0 soi dans un domaine donn\u00e9\u00a0\u00bb.\u00a0Le filtre identitaire est une grille de traitement de l\u2019information, pr\u00e9parant\u00a0l\u2019action. Concr\u00e8tement cette grille prend le plus souvent la forme d\u2019une\u00a0image r\u00e9gul\u00e9e par des affects. Les \u00e9motions sont centrales dans la r\u00e9gulation\u00a0identitaire (Stets, Burke, 2002).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">La consolidation de la reconnaissance et de l\u2019estime de soi est au c\u0153ur de l\u2019\u00e9ternel travail de bricolage de l\u2019identit\u00e9 biographique, qui cherche syst\u00e9matiquement outre l\u2019unit\u00e9, \u00e0 faire ressortir le bon c\u00f4t\u00e9 des choses. Elle r\u00e9gule le choix des identit\u00e9s ICO provoquant les d\u00e9calages les plus forts. Quand l\u2019ego se sent soudainement mal \u00e0 l\u2019aise, par exemple dans une interaction, la non confirmation par autrui de l\u2019image positive qu\u2019il propose le fait plonger dans des sensations n\u00e9gatives. La meilleure tactique pour restaurer son estime de soi consiste alors, pour lui, \u00e0 s\u2019inscrire dans une position radicalement diff\u00e9rente. Deux tactiques et deux interpr\u00e9tations sont d\u00e9crites par Kaufmann: la tactique faible, dans le seul imaginaire, le petit cin\u00e9ma secret \u00e0 vertu compensatoire et th\u00e9rapeutique, ou la tactique forte, qui consiste \u00e0 afficher et \u00e0 concr\u00e9tiser une identit\u00e9 ICO en rupture, suffisamment op\u00e9ratoire pour red\u00e9finir le contexte des \u00e9changes (p. 188).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">La construction de l\u2019identit\u00e9 personnelle peut \u00eatre analys\u00e9e comme une vaste transaction entre soi et autrui. Chaque \u00e9change est filtr\u00e9 par une image (image de soi et image de l\u2019autre), qui est une grille de classement, de r\u00e9duction et de fixation de l\u2019information (je suis ceci ou X est cela), \u00e0 laquelle est associ\u00e9e une dynamique \u00e9motionnelle permettant d\u2019en activer ou d\u2019en inactiver les donn\u00e9es. Ce choix d\u2019image de soi est continuellement et centralement command\u00e9 par la n\u00e9cessit\u00e9 de restaurer l\u2019estime de soi. La demande de reconnaissance repr\u00e9sente une exigence de plus en plus forte. Constituer un r\u00e9servoir d\u2019\u00e9nergie est un art complexe et qui n\u2019est pas donn\u00e9 de la m\u00eame mani\u00e8re \u00e0 tout le monde. Car selon la place occup\u00e9e dans le paysage social, les conditions d\u2019\u00e9laboration de soi sont tr\u00e8s diff\u00e9rentes. Les nantis ont des atouts, les d\u00e9munis des handicaps. Les regards crois\u00e9s de chacun sur chacun utilisent prioritairement les marquages institutionnels et les \u00e9tats des ressources pour consid\u00e9rer ou pour m\u00e9priser. L\u2019estime de soi ne se construit pas sur un mode identique dans tous les milieux. La fabrication des identit\u00e9s s\u2019y d\u00e9veloppe de mani\u00e8re diff\u00e9renci\u00e9e (p. 197). C\u2019est ce que nous propose la troisi\u00e8me partie de l\u2019ouvrage.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Le social reformul\u00e9 par l\u2019identit\u00e9, telle est la pens\u00e9e centrale de cette derni\u00e8re partie de l\u2019ouvrage de Kaufmann. Comme le souligne Kaufmann : \u00abL\u2019identit\u00e9 n\u2019est pas une question personnelle et priv\u00e9e : elle red\u00e9finit l\u2019ensemble de la question sociale\u00bb (p. 200). Les tensions sociales se manifestent autrement aujourd\u2019hui. Les in\u00e9galit\u00e9s concr\u00e8tes (les souffrances mat\u00e9rielles, la pauvret\u00e9, le d\u00e9faut de logement ou de travail) sont confront\u00e9es aux principes d\u00e9mocratiques de l\u2019\u00e9galit\u00e9 et elles sont accentu\u00e9es. Dans la r\u00e9partition in\u00e9galitaire des ressources, les pauvres restent des pauvres. Mais le principe \u00e9galitaire (impliquant la responsabilit\u00e9 individuelle) change tout. Il introduit un nouvel espace d\u2019in\u00e9galit\u00e9s. Celui de la repr\u00e9sentation de soi, des images et des \u00e9motions que cette repr\u00e9sentation v\u00e9hicule. Par exemple, \u00ab\u00catre pauvre aujourd\u2019hui, surtout dans les pays d\u00e9velopp\u00e9s, est une \u00e9preuve qui se redouble d\u2019un mal plus terrible : le regard des autres disant que chacun est responsable de ce qui lui arrive\u00bb (p. 201). La lutte entre install\u00e9s et exclus se transforme : les exclus ne luttent plus simplement pour apaiser leur faim, pour assurer leur survie physique, mais pour satisfaire d\u2019autres n\u00e9cessit\u00e9s, comme le souligne \u00c9lias (2001). Le d\u00e9ficit de sens et de respect s\u2019ajoute aux difficult\u00e9s mat\u00e9rielles pour se transformer en domination sociale. Tout individu est susceptible de s\u2019inscrire alternativement dans les trois mod\u00e8les, \u00e0 des degr\u00e9s divers et en les accordant \u00e0 sa mani\u00e8re. Cette mod\u00e9lisation est pr\u00e9cieuse pour tenter d\u2019y voir plus clair sur la reformulation actuelle de la question sociale.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Les trois derniers chapitres de cette troisi\u00e8me partie pr\u00e9sentent trois mod\u00e8les d\u2019expression identitaire. Le mod\u00e8le pr\u00e9sent\u00e9 dans le septi\u00e8me chapitre est sp\u00e9cialement d\u00e9velopp\u00e9 dans les milieux sociaux d\u00e9nu\u00e9s de ressources et se caract\u00e9rise par des explosions \u00e9motionnelles permettant de r\u00e9tablir l\u2019estime de soi. Le huiti\u00e8me montre comment il est possible de r\u00e9sister au processus identitaire ou d\u2019en sortir. Enfin, le chapitre neuf r\u00e9v\u00e8le comment l\u2019association aux institutions l\u00e9gitimes offre la possibilit\u00e9 d\u2019introduire la r\u00e9flexivit\u00e9 dans la formation de l\u2019identit\u00e9 (p. 204).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Dans le chapitre sept intitul\u00e9 <em>Voice<\/em>, l\u2019auteur\u00a0discute autour de l\u2019explosion identitaire en ciblant les ressources du\u00a0moi. Kaufmann postule que la cr\u00e9ativit\u00e9 identitaire (pouvoir de s\u2019inventer\u00a0diff\u00e9rent) est \u00e9troitement li\u00e9e au niveau et \u00e0 la diversit\u00e9 des ressources\u00a0dont dispose un individu. Les ressources \u00e9conomiques peuvent offrir un\u00a0acc\u00e8s plus facile \u00e0 toutes sortes d\u2019exp\u00e9riences, y compris des biens et\u00a0des services, porteurs d\u2019une reformulation confortable de soi, obtenue\u00a0presque sans efforts. Ensuite, il y a les ressources sociales. Les milieux\u00a0sociaux culturellement dominants, (distingu\u00e9s par leur niveau de dipl\u00f4mes,\u00a0par exemple) poss\u00e8de un r\u00e9seau de relations plus important et g\u00e9ographiquement\u00a0plus \u00e9tendu. La diff\u00e9rence entre personnes culturellement dot\u00e9es et personnes\u00a0culturellement d\u00e9munies commence \u00e0 op\u00e9rer, du point de vue identitaire,\u00a0d\u00e8s les premiers rudiments acquis. Kaufman prend l\u2019exemple \u00e9loquent de\u00a0la quantit\u00e9 de mots individuellement poss\u00e9d\u00e9e. Il r\u00e9f\u00e8re aux travaux de\u00a0Bentolila (2003). Alors que la moyenne s\u2019\u00e9tablit \u00e0 environ 2500 mots pour\u00a0les jeunes, dans les quartiers d\u00e9favoris\u00e9s, ce patrimoine peut chuter\u00a0jusqu\u2019\u00e0 600 mots : le jeune des banlieues a quatre fois moins de termes\u00a0\u00e0 sa disposition pour entrer dans des argumentations fines et pr\u00e9cises\u00a0impliquant une posture particuli\u00e8re de pr\u00e9sentation de soi. La faiblesse\u00a0des ressources limite la quantit\u00e9 et la vari\u00e9t\u00e9 des soi possibles.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Le processus identitaire s\u2019inscrit dans une prise de distance avec les socialisations d\u00e9finissant l\u2019individu. Cette prise distance pr\u00e9suppose en effet des points d\u2019appui ext\u00e9rieurs, d\u2019autres identifications possibles, inscrites dans une structure de personnalit\u00e9 multiple et ouverte, en r\u00e9seau, aliment\u00e9es par des ressources. Les plus d\u00e9munis n\u2019ont souvent le choix qu\u2019entre implosion et explosion psychologiquement r\u00e9paratrice. Auparavant la fiert\u00e9 \u00e9tait constitutive du collectif : par exemple, \u00eatre pauvre, \u00e0 la condition de respecter certains codes, n\u2019interdisait ni la fiert\u00e9 ni la dignit\u00e9. Aujourd\u2019hui, le nouveau r\u00e9gime de la constitution de soi, la r\u00e9volution de l\u2019identit\u00e9 creuse le manque d\u2019estime de soi comme un puit sans fond, dont l\u2019ego est d\u00e9sign\u00e9 seul responsable. La fiert\u00e9 est conf\u00e9r\u00e9e par le sens de la place. Les \u00e9motions qui hier r\u00e9gulaient collectivement la constitution de soi, par leur arrimage \u00e0 l\u2019institution, r\u00e9gulent aujourd\u2019hui l\u2019individu de l\u2019int\u00e9rieur. Il doit donc (nouvelle responsabilit\u00e9 fatigante) d\u00e9finir lui-m\u00eame une discipline de r\u00e9gulation. Cela ne pose gu\u00e8re probl\u00e8me quand les ressources le permettent. Quand le d\u00e9faut de ressources est compens\u00e9 par quelques bouff\u00e9es explosives non plus. Ce qui devient ing\u00e9rable, c\u2019est quand le d\u00e9faut de ressources et les atteintes graves \u00e0 l\u2019estime de soi se combinent \u00e0 des images instables et contradictoires. Aucune r\u00e9gulation n\u2019est alors plus possible. C\u2019est l\u2019\u00e9motion en elle-m\u00eame, dynamique sans boussole, qui m\u00e8ne le jeu, d\u2019autant plus entra\u00eenante qu\u2019elle diffuse une sensation identitaire faisant enfin adh\u00e9rer \u00e0 soi. Il est facile de juger la violence en ignorant tant le processus identitaire qui l\u2019a induit que la liste des circonstances att\u00e9nuantes (ch\u00f4mage, exclusion, d\u00e9structuration familiale, incapacit\u00e9 d\u2019exprimer la demande, etc.) (p. 222). La r\u00e9volution de l\u2019identit\u00e9 et son \u00ab\u00e9motionnalit\u00e9\u00bb instable, indiquent l\u2019\u00e9ventualit\u00e9 d\u2019autres perspectives. Le sujet engag\u00e9 dans l\u2019invention de soi, qui nous offre parfois le meilleur, dans certaines conditions est aussi capable du pire (p. 226).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Dans le chapitre huit, intitul\u00e9 <em>Exit<\/em>, Kaufmann\u00a0signale que la reformulation du social par l\u2019identit\u00e9 n\u2019est pas un ph\u00e9nom\u00e8ne\u00a0comme les autres. Cette reformulation change profond\u00e9ment le paysage des\u00a0cris et des conflits tout autant que la morphologie des groupes (identit\u00e9\u00a0collective), notamment, dans les milieux populaires o\u00f9 l\u2019on se trouve\u00a0davantage orient\u00e9 vers deux polarit\u00e9s. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, il y a les explosions\u00a0confuses et violentes de sujets trop expansionnistes et multiples n\u2019ayant\u00a0pas les moyens de se vivre ainsi. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, un type de profil et\u00a0de tactique exactement inverse : le repli sur un \u00eatre-soi monochrome,\u00a0confinant, pour autrui, \u00e0 l\u2019invisibilit\u00e9.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Construire des projets est devenu une injonction de la modernit\u00e9. \u00catre simplement ce que l\u2019on est, \u00eatre ce que l\u2019on fait, prot\u00e8ge contre la fatigue et les dangers d\u2019une vie domin\u00e9e par l\u2019invention de soi, agit\u00e9e par les images et les sensations (p. 231). Tenter de refuser l\u2019engagement dans l\u2019invention de soi positionne dans une vision exactement contraire du temps. Dans ce contexte, le temps n\u2019est plus une ressource. Il n\u2019est en effet une ressource que si le sujet a des projets. Le mod\u00e8le d\u2019expression identitaire de type \u00abretrait\u00bb est appliqu\u00e9 par des groupes issus des milieux les plus divers comme un positionnement global et permanent (p. 234).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Enfin, le neuvi\u00e8me et dernier chapitre s\u2019intitule <em>Loyalty<\/em> et porte sur les identit\u00e9s et les institutions. Cette association au syst\u00e8me offre des cadres \u00e9tablissant l\u2019identit\u00e9 et garantissant un minimum d\u2019estime de soi. Le troisi\u00e8me mod\u00e8le, celui de la loyaut\u00e9 repr\u00e9sente un type particulier d\u2019\u00e9change. L\u2019individu obtient un cadrage identitaire qui le stabilise et conforte son estime de soi. Le contrat \u00e9tant \u00e9tabli avec l\u2019institution, l\u2019individu est durablement contraint \u00e0 la loyaut\u00e9. L\u2019essor du processus identitaire introduit de curieuses mutations du paysage social. L\u2019ins\u00e9curit\u00e9 identitaire se r\u00e9pand parall\u00e8lement \u00e0 l\u2019\u00e9largissement de l\u2019emploi d\u00e9r\u00e9gul\u00e9 et pr\u00e9caire (Castel, 2003) (p. 271), ce qui aggrave le sort des plus d\u00e9munis, un crit\u00e8re suppl\u00e9mentaire dans une liste d\u2019in\u00e9galit\u00e9s d\u00e9j\u00e0 longue. Comment imaginer de ne pas pouvoir manger \u00e0 sa faim pour vivre sa passion ? La fatigue d\u2019\u00eatre ce soi sans support et le doute \u00e0 propos du r\u00eave anesth\u00e9sient la col\u00e8re. Mais \u00e0 d\u2019autres moments, cette col\u00e8re alimente l\u2019\u00e9nergie cr\u00e9atrice, qui d\u00e9borde en tous sens, r\u00e9tablissant l\u2019\u00e9lan et l\u2019allant ordinaire de la vie bien que les impulsions soient d\u00e9sordonn\u00e9es\u2026 C\u2019est ainsi que des grands chefs-d\u2019\u0153uvre artistiques ont vu le jour, comme si la non-reconnaissance sociale \u00e9tait le pris \u00e0 payer de l\u2019inventivit\u00e9. Toutes les situations de non-reconnaissance ne d\u00e9bouchent pas sur la production de chefs-d\u2019\u0153uvre, il va s\u2019en dire\u2026 Les explosions identitaires surgissent quand la demande pressante et rudimentaire n\u2019est pas entendue : \u00eatre simplement reconnue et confirm\u00e9 comme existant, ne pas se sentir transparent dans le regard des autres.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">La comp\u00e9tition interindividuelle reformule les conditions de la domination sociale en proclamant que chacun devient officiellement responsable de ses succ\u00e8s et de ses \u00e9checs. Ce qui est intol\u00e9rable pour les plus pauvres et ajoute une nouvelle souffrance psychologique \u00e0 une existence cumulant d\u00e9j\u00e0 des malheurs.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Enfin, Kaufmann pr\u00e9sente deux r\u00e9gulateurs qui permettent de vivre plus calmement et en souplesse l\u2019invention de soi. Le premier r\u00e9gulateur est l\u2019argent. Il renforce de mani\u00e8re commode l\u2019estime de soi, il conf\u00e8re un pouvoir merveilleusement simple de transformation tranquille. Son plus grand d\u00e9faut est d\u2019\u00eatre in\u00e9galement r\u00e9parti (p. 282). L\u2019inventivit\u00e9 tranquille et ses rites ne sont pas offerts \u00e0 tout le monde de mani\u00e8re \u00e9quitable.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">R\u00eaver ne suffit pas pour s\u2019inventer. Il faut savoir associer r\u00eave et r\u00e9alit\u00e9, prendre en compte les informations donn\u00e9es par la soci\u00e9t\u00e9, r\u00e9fl\u00e9chir. Selon Kaufmann, le second r\u00e9gulateur est la r\u00e9flexivit\u00e9 froide. Comme l\u2019argent, l\u2019information n\u2019est pas \u00e9galement distribu\u00e9e. Comme pour l\u2019argent, ce sont ceux qui auraient le plus de besoin d\u2019information qui en sont priv\u00e9s pour des raisons techniques d\u2019in\u00e9galit\u00e9s des ressources mais aussi pour des raisons li\u00e9es aux processus identitaires. Kaufmann souligne que les personnes install\u00e9es dans un syst\u00e8me de qualit\u00e9 de vie leur garantissant un minimum de reconnaissance de soi ont moins \u00e0 se fixer sur des images et \u00e0 d\u00e9velopper d\u2019affirmation de soi contre l\u2019adversit\u00e9. En prime, elles ont un soutien des organisations qui les prot\u00e8gent, elles peuvent ainsi s\u2019ouvrir \u00e0 l\u2019information avec calme et curiosit\u00e9, pr\u00eate \u00e0 d\u00e9couvrir de nouvelles dimensions de la vie. L\u2019information conjugu\u00e9e \u00e0 la r\u00e9flexivit\u00e9 tranquille qui lui est associ\u00e9e repr\u00e9sente dans ce contexte un \u00e9l\u00e9ment majeur de l\u2019innovation identitaire. Par ailleurs, les personnes atteintes dans leur estime de soi sont contraintes de se positionner de mani\u00e8re plus d\u00e9fensive et d\u2019enregistrer l\u2019information dans une grille stricte de lecture construisant a priori le sens de leur univers. L\u2019information n\u2019est plus le support d\u2019une d\u00e9couverte mais une confirmation de ce que l\u2019on savait d\u00e9j\u00e0. Ainsi une information peut conduire \u00e0 des effets diff\u00e9renci\u00e9s.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Dans le mouvement historique poussant les individus \u00e0 s\u2019inventer\u00a0eux-m\u00eames, le processus identitaire domine la r\u00e9flexivit\u00e9, qui ne peut\u00a0\u00eatre analys\u00e9e s\u00e9par\u00e9ment. L\u2019individu n\u2019est pas aussi libre qu\u2019il le pense.\u00a0Sa r\u00e9flexivit\u00e9 tr\u00e8s r\u00e9elle (et historiquement grandissante) est orient\u00e9e,\u00a0dirig\u00e9e. Elle est pass\u00e9e au crible des images de soi, qui peuvent \u00eatre\u00a0tr\u00e8s changeantes ou au contraire lourdement g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par des foyers identitaires\u00a0qui les fixent dans des collectifs. Sa r\u00e9flexivit\u00e9 est aussi filtr\u00e9e par\u00a0les institutions. Plus un individu s\u2019adosse \u00e0 ces derni\u00e8res, et abandonne\u00a0sa capacit\u00e9 subjective \u00e0 la socialisation institutionnelle, plus sa r\u00e9flexivit\u00e9\u00a0se trouve \u00e0 \u00eatre pr\u00e9-organis\u00e9 par des cadres de pens\u00e9es, et m\u00eame des types\u00a0de langage, qui lui sont attribu\u00e9s. Chacun bricole \u00e0 sa mani\u00e8re ses ouvertures\u00a0\u00e0 la r\u00e9flexivit\u00e9 plus aventureuse ou parfois plus audacieuse en combinant\u00a0des cadres de stabilisation du savoir avec des cr\u00e9neaux d\u2019inventivit\u00e9.\u00a0Enfin, s\u2019inventer soi-m\u00eame ne s\u2019invente pas et les m\u00e9canismes de la cr\u00e9ation\u00a0identitaire n\u2019ont rien d\u2019al\u00e9atoire. Autour de la question de l\u2019identit\u00e9,\u00a0les enjeux de soci\u00e9t\u00e9 sont immenses. La th\u00e8se centrale de cet ouvrage\u00a0postule que l\u2019identit\u00e9 est un processus historique, qui, apr\u00e8s une phase\u00a0de transition o\u00f9 il fut dirig\u00e9 principalement par l\u2019\u00e9tat, n\u2019a surgi au\u00a0niveau individuel de l\u2019invention de soi que depuis moins d\u2019un demi-si\u00e8cle.\u00a0La construction sociale de la r\u00e9alit\u00e9 passe d\u00e9sormais par les filtres\u00a0identitaires individuels. Comme suite \u00e0 sa conclusion, l\u2019auteur pr\u00e9sente\u00a0un post-scriptum sous la forme d\u2019une fable originale et personnelles qu\u2019il\u00a0intitule : <em>la fable du Syst\u00e8me<\/em>.<\/p>\n<p class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\">Commentaires<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Cet ouvrage r\u00e9sume les \u00e9l\u00e9ments centraux sur la question\u00a0identitaire afin d\u2019ouvrir le d\u00e9bat qui permet de mieux <strong>r\u00e9fl\u00e9chir\u00a0le social reformul\u00e9 par l\u2019identit\u00e9<\/strong>. Personnellement, il y a longtemps\u00a0que j\u2019attendais ce type d\u2019ouvrage. \u00c9crit dans un style clair et \u00e9l\u00e9gant,\u00a0m\u00eame si les notions sont conceptualis\u00e9es de mani\u00e8re \u00e0 risquer de rebuter\u00a0un public peu averti de la sociologie clinique, les objectifs annonc\u00e9s\u00a0en introduction sont atteints par l\u2019auteur. Ce livre ouvre \u00e0 une r\u00e9flexion\u00a0critique sur l\u2019identit\u00e9. Apr\u00e8s une critique de la notion d\u2019identit\u00e9, le\u00a0sociologue Kaufmann en propose une th\u00e9orie ancr\u00e9e dans la vie actuelle.\u00a0Selon l\u2019auteur, devenir sujet de son existence repr\u00e9sente une conqu\u00eate\u00a0historique et cela exige un travail complexe, \u00e9prouvant et risqu\u00e9. Kaufmann\u00a0rouvre les portes sur ce qu\u2019il nomme \u00abla petite fabrique \u00e0 s&rsquo;inventer\u00bb\u00a0o\u00f9 l&rsquo;on trouve beaucoup de r\u00eaves, d&rsquo;images et d&rsquo;\u00e9motions mais aussi beaucoup\u00a0de d\u00e9sarroi, d&rsquo;implosions individuelles et d&rsquo;explosions collectives. Dans\u00a0le contexte des soci\u00e9t\u00e9s actuelles o\u00f9 disparaissent les points de rep\u00e8res,\u00a0donner sens \u00e0 sa vie repr\u00e9sente un art difficile. Aujourd\u2019hui, chacun\u00a0peut et doit d\u00e9sormais donner lui-m\u00eame sens \u00e0 sa vie. Il est regrettable\u00a0que l&rsquo;auteur ne d\u00e9veloppe pas plus les relations entre identit\u00e9 imm\u00e9diate,\u00a0contextualis\u00e9e et op\u00e9ratoire (ICO) et celle de l\u2019identit\u00e9 biographique.\u00a0De m\u00eame, le fonctionnement de la double h\u00e9lice (objectivit\u00e9\/subjectivit\u00e9)\u00a0aurait m\u00e9rit\u00e9 plus de d\u00e9tails ainsi que les ressources per\u00e7ues sous l\u2019angle\u00a0des obstacles dispositionnels, situationnels et contextuels. Peut-\u00eatre\u00a0pour un autre ouvrage ?<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">L\u2019argumentation de l\u2019auteur est bien appuy\u00e9e et progresse\u00a0lentement. Kaufmann utilise des exemples issus de ses recherches ant\u00e9rieures\u00a0portant notamment sur les couples et sur la vie quotidienne pour illustrer\u00a0son propos. Cette approche est soutenante et facilite la lecture. La pertinence\u00a0de ce livre pour les sciences de l\u2019orientation et les sp\u00e9cialistes du\u00a0conseil, de l\u2019information et de l\u2019accompagnement est ind\u00e9niable. Cet ouvrage\u00a0repr\u00e9sente un solide argumentaire au moment o\u00f9 l\u2019influence des contextes\u00a0et des mod\u00e8les \u00e9cosyst\u00e9miques de l\u2019orientation sont activement questionn\u00e9s\u00a0ici comme ailleurs. Elle est bienvenue, cette r\u00e9flexion sociologiquement\u00a0appuy\u00e9e qui fait contrepoids, par exemple, \u00e0 des approches qui utilisent\u00a0la notion th\u00e9orique de l\u2019identit\u00e9 en faisant l\u2019\u00e9conomie non seulement\u00a0des dimensions sociales, mais aussi des implications et des contradictions\u00a0qu\u2019elles sous-tendent en orientation professionnelle.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Malgr\u00e9 les diff\u00e9rences entre le contexte europ\u00e9en et le\u00a0contexte canadien, et, en particulier celui du Qu\u00e9bec, cet ouvrage propose\u00a0une r\u00e9flexion n\u00e9cessaire sur le r\u00f4le jou\u00e9 par les processus identitaires.\u00a0La pertinence pour un lecteur form\u00e9 en carri\u00e9rologie est d\u2019autant plus\u00a0marqu\u00e9e parce que Kaufmann ne souhaite pas imposer une conception de l\u2019identit\u00e9,\u00a0mais simplement installer un argumentaire pour soutenir le d\u00e9bat social.\u00a0Je recommande fortement \u00abl&rsquo;invention de soi\u00bb pour qui s\u2019int\u00e9resse au concept\u00a0de l\u2019identit\u00e9 en sciences de l\u2019orientation. S\u2019inventer activement comme\u00a0sujet est une voie truff\u00e9e de pi\u00e8ges. L\u2019identit\u00e9 repr\u00e9sente une valeur\u00a0centrale de la modernit\u00e9 (\u00eatre le sujet de sa propre existence) et le\u00a0prix du confort identitaire est parfois tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9 pour les uns ou tr\u00e8s\u00a0accessible pour les autres.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\"><strong>Liette Goyer, Ph.D.<\/strong><br \/>\nProfesseure adjointe et chercheuse r\u00e9guli\u00e8re<br \/>\nCentre de recherche et d\u2019intervention sur l\u2019\u00e9ducation et la vie au travail (CRIEVAT)<br \/>\nUniversit\u00e9 Laval, Qu\u00e9bec, Canada<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\">Notes<\/h3>\n<ol class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">\n<li>L\u2019auteur Jean-Claude Kaufmann est sociologue, directeur de recherche\u00a0au CNRS (CERLIS, Universit\u00e9 Paris 5-Sorbonne). Il est notamment l&rsquo;auteur\u00a0d&rsquo;<em>Ego<\/em>, pour une sociologie de l&rsquo;individu, ainsi que de plusieurs\u00a0livres d&rsquo;enqu\u00eates, sur le couple ou la vie quotidienne, qui ont connu\u00a0un large succ\u00e8s.<\/li>\n<\/ol>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><a name=\"references\"><\/a>R\u00e9f\u00e9rences<\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">BENTOLILA A. (2003), \u00ab Illettrisme, ghetto\u00efsation et fragilit\u00e9\u00a0id\u00e9ologique \u00bb, <em>Le Journal des psychologues<\/em>, n\u00b0 204.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">CAMILLERI C. (1990), \u00ab Identit\u00e9 et gestion de la disparit\u00e9 culturelle\u00a0: essai d&rsquo;une typologie \u00bb, dans CAMILLERI C. et al., <em>Strat\u00e9gies identitaires<\/em>,\u00a0Paris, PUF.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">CAMILLERI C. et al. (1990), <em>Strat\u00e9gies identitaires<\/em>, Paris, PUF.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">CASTEL R. (2003), <em>L&rsquo;Ins\u00e9curit\u00e9 sociale. Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;\u00eatre prot\u00e9g\u00e9\u00a0<\/em>?, Paris, Seuil.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">DUBET F. (1994), <em>Sociologie de l&rsquo;exp\u00e9rience<\/em>, Paris, Seuil.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">ELIAS N., SCOTSON J. (2001), <em>Logiques de l&rsquo;exclusion<\/em>, Paris,\u00a0Pocket.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">GIDDENS A. (1987), <em>La Constitution de la soci\u00e9t\u00e9<\/em>. \u00c9l\u00e9ments de\u00a0la th\u00e9orie de la structuration, Paris, PUF.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">KAUFMANN J.-C. (2001), <em>Ego. Pour une sociologie de l&rsquo;individu<\/em>,\u00a0Paris, Nathan.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">LAHIRE B. (1998), <em>L&rsquo;Homme pluriel. Les ressorts de l&rsquo;action<\/em>,\u00a0Paris, Nathan.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">LAHIRE B. (2002), <em>Portraits sociologiques<\/em>. Dispositions et variations\u00a0individuelles, Paris, Nathan.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">MALRIEU P. (2003), <em>La Construction du sens dans les dires autobiographiques<\/em>,\u00a0Ramonville Saint-Agne, Eres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">MARKUS H., NURIUS P. (1986), \u00ab Possible selves \u00bb, <em>American Psychologist<\/em>,\u00a0vol. 21, n\u00b09.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">MARKUS H., CROSS S., WURF E. (1990), \u00abThe role of the self-system in competence\u00a0\u00bb, dans STERNBERG R., COLLIGAN J. (eds.), <em>Competence considered<\/em>,\u00a0New Haven, Yale University Press.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">MARTUCCELLI D. (2002), <em>Grammaires de l&rsquo;individu<\/em>, Paris, Gallimard,\u00a0coll. \u00ab Folio-essais \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">MEAD G.H. (1963, 1re \u00e9dition 1934), <em>L&rsquo;Esprit, le soi et la soci\u00e9t\u00e9<\/em>,\u00a0Paris, PUF.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">RIC\u0152UR P. (1991), <em>Temps et r\u00e9cit<\/em>, Paris, Seuil, coll. \u00ab Points\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">SINGLY F. de (2003), <em>Les uns avec les autres. Quand l&rsquo;individualisme\u00a0cr\u00e9e du lien<\/em>, Paris, A. Colin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">STETS J., BURKE P. (2002), \u00ab A Sociological Approach to Self and Identity\u00a0\u00bb, dans LEARY M., TANGNEY J., <em>Handbook of Self and Identity<\/em>,\u00a0New York, Guilford Press.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R. Vance Peavy (2004). SocioDynamic counselling: A practical\u00a0approach to meaning making Genevi\u00e8ve Fournier, Bruno Bourassa et Kamel B\u00e9gi\u00a0(sous la direction de) (2003). La pr\u00e9carit\u00e9 du travail,\u00a0une r\u00e9alit\u00e9 aux multiples visages&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":101011,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[87],"tags":[],"class_list":["post-6497","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-volume-10-numero-4-2006"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6497","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/101011"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6497"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6497\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6530,"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6497\/revisions\/6530"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6497"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6497"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6497"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}