{"id":6481,"date":"2004-02-02T01:53:30","date_gmt":"2004-02-02T00:53:30","guid":{"rendered":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/?p=6481"},"modified":"2016-02-02T03:12:14","modified_gmt":"2016-02-02T02:12:14","slug":"la-dependance-obstacle-de-la-relation-a-soi-et-a-autrui-selon-carl-rogers","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/2004\/la-dependance-obstacle-de-la-relation-a-soi-et-a-autrui-selon-carl-rogers\/","title":{"rendered":"La d\u00e9pendance, obstacle de la relation \u00e0 soi et \u00e0 autrui, selon Carl Rogers"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><em><b>Andr\u00e9 DE PERETTI<a href=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/Volume09_3-4_03_peretti.pdf\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright wp-image-6320 size-full\" src=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2016\/01\/PDF.png\" alt=\"PDF\" width=\"50\" height=\"50\" \/><\/a><\/b><\/em><\/p>\n<hr width=\"100%\" \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span class=\"lien-1\"><a href=\"#auteur\">Auteur<\/a><\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span class=\"s-titre\">R\u00e9sum\u00e9<a href=\"#abstract\">\/Abstract<\/a><\/span><\/strong><\/p>\n<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\"><i><br \/>\n<\/i><span class=\"resume\">Le grand souci de Carl Rogers est de lib\u00e9rer\u00a0les capacit\u00e9s latentes de son interlocuteur, de l\u2019aider \u00e0\u00a0d\u00e9gager sa personnalit\u00e9. Il consid\u00e8re que la personne,\u00a0qui s\u2019adresse \u00e0 lui, poss\u00e8de potentiellement, la capacit\u00e9\u00a0de r\u00e9soudre son probl\u00e8me si des conditions favorables lui\u00a0sont offertes. Ce qui \u00e9vacue toute id\u00e9e de manipulation\u00a0d\u2019un organisme passif et d\u00e9pendant par un sp\u00e9cialiste.<\/span><\/p>\n<p class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><strong>Contenu<\/strong><\/p>\n<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\"><span class=\"lien-1\"><a href=\"#contenu1\">Introduction<\/a><br \/>\n<a href=\"#contenu2\">Interd\u00e9pendance et d\u00e9pendance<\/a><br \/>\n<a href=\"#contenu3\"> D\u00e9pendance et n\u00e9vrose<\/a><br \/>\n<a href=\"#contenu4\"> Vie sociale et d\u00e9pendance<\/a><br \/>\n<a href=\"#contenu5\"> Connaissances et d\u00e9pendance<\/a><br \/>\n<a href=\"#contenu6\"> Counseling rog\u00e9rien et d\u00e9pendance<\/a><br \/>\n<a href=\"#contenu7\"> Les paradoxes de la libert\u00e9<\/a><br \/>\n<a href=\"#contenu8\"><br \/>\nLa v\u00e9rit\u00e9 affective<\/a><br \/>\n<a href=\"#contenu9\"><br \/>\nAffectivit\u00e9 et m\u00e9thode<\/a><br \/>\n<a href=\"#contenu10\"><br \/>\nCommunication et compr\u00e9hension<\/a><br \/>\n<a href=\"#contenu11\"><br \/>\nContraintes et influences<\/a><br \/>\n<a href=\"#contenu12\"><br \/>\nConclusion<\/a><\/span><\/p>\n<hr align=\"left\" width=\"33%\" \/>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><b><a name=\"contenu1\"><\/a>Introduction<\/b><\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Les rapports entre les individus peuvent avoir des structures\u00a0vari\u00e9es. On porte peu attention, la plupart du temps, \u00e0\u00a0leur diversit\u00e9 possible, en se r\u00e9f\u00e9rant trop simplement\u00a0au mot de \u00abrelation\u00bb. Il importe de lever l\u2019ambigu\u00eft\u00e9\u00a0de ce terme. Les relations \u00abhumaines\u00bb peuvent manifester des\u00a0caract\u00e8res positifs, en r\u00e9alisant l\u2019accomplissement\u00a0des individus qui les \u00e9tablissent\u00a0; elles peuvent, \u00e0\u00a0l\u2019oppos\u00e9, marquer n\u00e9gativement des liens excessifs\u00a0et nuisibles qui atrophient ou perturbent les personnalit\u00e9s. Mais\u00a0parler de relations humaines, c\u2019est \u00e9voquer des rapports au\u00a0sein d\u2019un groupe social, ou dans la structure d\u2019une communication\u00a0duelle.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><b><a id=\"contenu2\" name=\"contenu2\"><\/a><\/b>I<b>nterd\u00e9pendance\u00a0et d\u00e9pendance<\/b><\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Depuis Lewin, on a cherch\u00e9 \u00e0 d\u00e9finir\u00a0\u00able groupe\u00bb, en vue de le distinguer d\u2019une simple collectivit\u00e9\u00a0(d\u2019un \u00abcollectif\u00bb, comme l\u2019\u00e9crit Sartre o\u00f9\u00a0les rapports sont ceux d\u2019une contigu\u00eft\u00e9 indiff\u00e9rente,\u00a0d\u2019un frottement m\u00e9canique). Un groupe est regard\u00e9 comme\u00a0un \u00abtout dynamique\u00bb r\u00e9alis\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0\u00a0l\u2019interd\u00e9pendance de ses membres (Lewin, 1951, p. 146\u00a0;\u00a0Anzieu, Martin, 1979, p. 75). On peut le d\u00e9finir comme un ensemble\u00a0de personnes interd\u00e9pendantes dans la satisfaction de leurs motivations\u00a0individuelles\u00a0: c\u2019est-\u00e0-dire qui ont besoin pratiquement\u00a0des actes des unes et des autres pour atteindre, chacune, leurs buts propres.\u00a0Bien qu\u2019on puisse lui reconna\u00eetre des modes assez divers, l\u2019interd\u00e9pendance\u00a0d\u00e9signe habituellement des relations qui tendent \u00e0 s\u2019effectuer\u00a0\u00e0 un niveau objectif, dans des situations op\u00e9ratoires et\u00a0contr\u00f4l\u00e9es.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Cependant, les relations de groupe peuvent se produire\u00a0dans un climat de conformit\u00e9 exag\u00e9r\u00e9e qui opprime\u00a0les initiatives et qui p\u00e8se trop lourdement sur les motivations\u00a0individuelles. Des ph\u00e9nom\u00e8nes subjectifs suraccentu\u00e9s\u00a0peuvent, dans ce cas, marquer le resserrement des liens sociaux. Les personnalit\u00e9s\u00a0se ressentent affaiblies les unes en face des autres ou d\u2019une autre.\u00a0Elles \u00e9prouvent par compensation un besoin major\u00e9, qui cro\u00eet\u00a0quand la conformit\u00e9 s\u2019amplifie, d\u2019\u00eatre soutenues\u00a0par autrui ou par une personne donn\u00e9e. Ce besoin s\u2019\u00e9tend\u00a0en sorte qu\u2019il renforce la pression de conformit\u00e9\u00a0: un\u00a0cercle vicieux enferme une ou des personnes qui revendiquent \u00e0\u00a0chaque instant une attention soutenue et excessive des autres ou d\u2019une\u00a0personne sur elles. Une relation de <i>d\u00e9pendance<\/i> tend \u00e0\u00a0s\u2019\u00e9tablir dans ces conditions. Ce terme qualifie un complexe\u00a0d\u2019attitudes contradictoires o\u00f9 un d\u00e9sir de domination\u00a0se masque sous un besoin d\u2019\u00eatre fortement domin\u00e9\u00a0:\u00a0il en r\u00e9sulte le besoin de rechercher la tutelle d\u2019autrui,\u00a0d\u2019\u00eatre heureux de s\u2019y soumettre et de se laisser guider\u00a0(Cf. Sillamy, 1980, p. 339).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Ce besoin de l\u2019aide d\u2019autrui pour pouvoir\u00a0vivre en s\u00e9curit\u00e9, joint \u00e0 l\u2019incapacit\u00e9\u00a0\u00e0 prendre seul ses d\u00e9cisions, associ\u00e9 au doute sur\u00a0ses comp\u00e9tences (Fr\u00f6hlich, 1997, p.\u00a0116), peut affecter\u00a0plus ou moins fortement les individus\u00a0: selon les attitudes adopt\u00e9es\u00a0\u00e0 leur \u00e9gard, dans leur enfance, par leurs parents. Un milieu\u00a0familial opprimant, caract\u00e9ris\u00e9 par une \u00absurprotection\u00a0maternelle\u00bb ou par une indiff\u00e9rence frustrante, par une s\u00e9v\u00e9rit\u00e9\u00a0excessive des disciplines \u00e9l\u00e9mentaires ou par une d\u00e9sertion\u00a0affective, peut pr\u00e9parer des constitutions enclines \u00e0 la\u00a0d\u00e9pendance. Celle-ci \u00e9mergera comme une d\u00e9fense de\u00a0la personnalit\u00e9, dans la situation de groupe ou dans une relation\u00a0duelle\u00a0: surtout si elle est favoris\u00e9e par des attitudes inconscientes\u00a0de pression et de conformit\u00e9 de la part de certaines figures d\u2019autorit\u00e9\u00a0ou de tel interlocuteur inconsciemment imp\u00e9rieux.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><b><a id=\"contenu3\" name=\"contenu3\"><\/a>D\u00e9pendance\u00a0et n\u00e9vrose<\/b><\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">La relation de d\u00e9pendance est, bien s\u00fbr,\u00a0acceptable dans le cas d\u2019un b\u00e9b\u00e9 par rapport \u00e0\u00a0sa m\u00e8re\u00a0: son impuissance momentan\u00e9e \u00e0 survivre\u00a0par ses propres moyens requiert un support total et une haute s\u00e9curisation\u00a0affective. Mais lorsqu\u2019une relation de m\u00eame nature se prolonge\u00a0dans des \u00e2ges plus adultes, la situation se complique. La personnalit\u00e9,\u00a0vou\u00e9e \u00e0 une progression, vient \u00e0 r\u00e9gresser,\u00a0et des ph\u00e9nom\u00e8nes d\u2019affectivit\u00e9 intense risquent\u00a0de se manifester, impliquant des attachements excessifs d\u2019une personne\u00a0\u00e0 une autre personne et des interactions qui bloquent les libert\u00e9s\u00a0et les responsabilit\u00e9s r\u00e9ciproques. Le syst\u00e8me des\u00a0subordinations op\u00e9ratoires est alors profond\u00e9ment affect\u00e9.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Ainsi, voit-on tr\u00e8s souvent certaines personnes\u00a0vivre dans un milieu familial ou professionnel dans des conditions telles\u00a0qu\u2019elles n\u2019ont plus de libert\u00e9 exacte par rapport aux\u00a0objectifs\u00a0: elles prennent, au contraire, toute une s\u00e9rie\u00a0d\u2019attitudes li\u00e9es strictement \u00e0 la pr\u00e9sence\u00a0d\u2019une personne, chef, m\u00e8re ou mari, et non aux r\u00e9alit\u00e9s.\u00a0Pareilles attitudes ne sont pas interd\u00e9pendantes au sens o\u00f9\u00a0il y aurait acceptation de buts diff\u00e9renci\u00e9s \u00e0 rechercher\u00a0en commun\u00a0; car ce ne sont pas les buts qui interviennent au premier\u00a0chef pour d\u00e9terminer les actes, dans une situation de d\u00e9pendance,\u00a0mais au contraire, le besoin de \u00abcapter\u00bb une autre personnalit\u00e9\u00a0et d\u2019\u00eatre soi-m\u00eame domin\u00e9 par elle.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">On retrouve ici la notion de \u00abcaptivit\u00e9\u00bb\u00a0oppos\u00e9e par Freud \u00e0 celle d\u2019\u00aboblativit\u00e9\u00bb.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">La captivit\u00e9 repr\u00e9sente pour Lagache \u00abla\u00a0signification fonctionnelle des conduites par lesquelles un sujet cherche\u00a0\u00e0 satisfaire des besoins personnels, par exemple \u00e0 \u00eatre\u00a0aim\u00e9 d\u2019un partenaire sexuel et \u00e0 disposer de lui sans\u00a0condition\u00bb (Pi\u00e9ron, 1973, p. 62). Pareille satisfaction est\u00a0la plupart du temps refus\u00e9e ou impossible. Il en r\u00e9sulte\u00a0les blocages affectifs observ\u00e9s si commun\u00e9ment par les psychologues,\u00a0et dont le traitement (ou la r\u00e9duction) est un probl\u00e8me-clef\u00a0en psychoth\u00e9rapie. Il en est ainsi parce qu\u2019une affectivit\u00e9\u00a0v\u00e9cue de fa\u00e7on incontr\u00f4l\u00e9e dans la relation\u00a0de d\u00e9pendance introduit dans le comportement des perturbations\u00a0par rapport \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 objective, des \u00abbiais\u00bb.\u00a0C\u2019est en raison de ces distorsions que s\u2019\u00e9tablissent\u00a0les situations n\u00e9vrotiques, les comportements nerveux et des difficult\u00e9s\u00a0psychiques qui n\u00e9cessitent, \u00e0 un moment donn\u00e9, l\u2019intervention\u00a0du th\u00e9rapeute.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">D\u2019une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, on peut\u00a0dire qu\u2019il n\u2019y a pas de situation n\u00e9vrotique sans la\u00a0manifestation d\u2019une relation de d\u00e9pendance, autrefois nou\u00e9e\u00a0dans la situation pr\u00e9caire de l\u2019enfant par rapport \u00e0\u00a0ses parents, mais qui, ensuite, tend \u00e0 \u00eatre transf\u00e9r\u00e9e\u00a0instinctivement dans toutes les situations de la vie. Il y a n\u00e9cessit\u00e9\u00a0imp\u00e9rative, pour un certain nombre de cas, \u00e0 \u00e9liminer\u00a0cette relation de d\u00e9pendance afin d\u2019arriver \u00e0 d\u00e9gager\u00a0une personne d\u2019elle-m\u00eame et l\u2019aider \u00e0 retrouver\u00a0des possibilit\u00e9s de progression. C\u2019est le but de toutes les\u00a0th\u00e9rapies, quelles qu\u2019elles soient, de permettre, pr\u00e9cis\u00e9ment,\u00a0une lib\u00e9ration int\u00e9rieure, une relative acceptation de sa\u00a0propre solitude et de la solitude d\u2019autrui, le consentement \u00e0\u00a0la libert\u00e9 d\u2019autrui et \u00e0 sa propre libert\u00e9 assum\u00e9e\u00a0par r\u00e9ciprocit\u00e9.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">La relation de d\u00e9pendance appara\u00eet clairement,<br \/>\non le sait, dans l\u2019exp\u00e9rience de la psychanalyse. Le grand\u00a0moment de l\u2019analyse, en effet, n\u2019est pas du tout l\u2019anamn\u00e8se\u00a0du pass\u00e9, le retour vers le pass\u00e9, la r\u00e9\u00e9vocation\u00a0du pass\u00e9, en tant que tel, mais le contr\u00f4le du transfert\u00a0affectif qui se fait, \u00e0 cette occasion, de l\u2019analys\u00e9\u00a0vers le psychanalyste. Dans ce \u00abtransfert\u00bb, pr\u00e9cis\u00e9ment,\u00a0des relations de d\u00e9pendance sous-jacentes tendent \u00e0 s\u2019\u00e9tablir\u00a0explicitement\u00a0; et tant que l\u2019analys\u00e9 se sent d\u00e9pendant\u00a0de son psychanalyste, li\u00e9 \u00e0 lui par des attitudes affectives,d\u00e9gageant de l\u2019agressivit\u00e9 ou, au contraire, une sentimentalit\u00e9\u00a0larv\u00e9e, il est \u00e9vident qu\u2019il n\u2019y a pas fin de\u00a0l\u2019analyse\u00a0; il y a, au contraire, r\u00e9activation de tout\u00a0ce qui peut \u00eatre, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la personnalit\u00e9,\u00a0attitudes de d\u00e9pendance, c\u2019est-\u00e0-dire complexes de\u00a0domination et de suj\u00e9tion associ\u00e9es. L\u2019analys\u00e9\u00a0devra d\u00e9passer cette situation intense avec le concours sp\u00e9cifique\u00a0de son analyste.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><b><a id=\"contenu4\" name=\"contenu4\"><\/a>Vie sociale\u00a0et d\u00e9pendance<\/b><\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Outre les cas n\u00e9vrotiques ou didactiques, nous\u00a0connaissons tous des exemples plus frustes de personnes qui passent leur\u00a0temps \u00e0 peser ainsi sur autrui, \u00e0 exercer une pression ou\u00a0une d\u00e9pression, \u00e0 r\u00e9aliser ce que les psychologues\u00a0appellent un \u00abchantage affectif\u00bb. Ce chantage existe d\u00e9j\u00e0\u00a0au niveau de l\u2019enfant, qui intervient sur sa m\u00e8re ou sur son\u00a0p\u00e8re pour obtenir certaines choses, d\u2019une mani\u00e8re lancinante,\u00a0obsessionnelle presque\u00a0; en sens inverse, nous connaissons des adultes\u00a0qui, dans les m\u00eames conditions, ont besoin de faire pression affective\u00a0sur leurs enfants, sur leur conjoint, avec un syst\u00e8me altern\u00e9\u00a0de sc\u00e8nes violentes ou de bouderies, exer\u00e7ant une intervention\u00a0d\u2019eux-m\u00eames sur autrui, trop pressante, jusqu\u2019\u00e0\u00a0s\u2019en rendre malades.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Le probl\u00e8me de la d\u00e9pendance, probl\u00e8me-clef\u00a0en th\u00e9rapie, se pr\u00e9sente \u00e9galement au coeur de la\u00a0vie des groupes sociaux. Il existe, en effet, tout un ensemble de comportements\u00a0ext\u00e9rieurs et d\u2019influences profondes qui, en d\u00e9finitive,\u00a0se manifestent de fa\u00e7on irr\u00e9fl\u00e9chie comme des intrusions\u00a0dans le domaine d\u2019autrui. De tels agissements font question pour\u00a0tous ceux qui sont pr\u00e9occup\u00e9s des relations humaines et\u00a0des relations sociales en vue de permettre des \u00e9volutions aux individus\u00a0et aux groupes. Car il importe \u00e0 la vie sociale que les personnes\u00a0soient plus profond\u00e9ment adultes, c\u2019est-\u00e0-dire fondamentalement\u00a0libres et respectueuses de la libert\u00e9 d\u2019autrui, tout en participant\u00a0\u00e0 des relations collectives dans une interaction toujours plus\u00a0objective.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Les syst\u00e8mes d\u2019autorit\u00e9 pr\u00e9sentent\u00a0souvent des ph\u00e9nom\u00e8nes de d\u00e9pendance. Des subordinations\u00a0peuvent s\u2019exag\u00e9rer en suj\u00e9tion affective, \u00e9tablissant\u00a0une \u00abambivalence\u00bb fonci\u00e8re\u00a0: des servitudes r\u00e9ciproques\u00a0de dominant et domin\u00e9 s\u2019instituent. Il en r\u00e9sulte souvent\u00a0une hypocrisie sociale\u00a0: obs\u00e9quiosit\u00e9 et r\u00e9volte\u00a0conjointes, conformisme pharisa\u00efque et d\u00e9sob\u00e9issances\u00a0sournoises ou tartufferie, discipline enfin mais assortie de revendications\u00a0agressives. Beaucoup d\u2019\u00e9nergie est inutilement dissip\u00e9e\u00a0dans ces situations accompagn\u00e9es d\u2019actes manqu\u00e9s, d\u2019erreurs,\u00a0retards, oublis ou accidents. Tous ces \u00abrat\u00e9s\u00bb ou d\u00e9fauts\u00a0proviennent du fait qu\u2019un individu en \u00e9tat de d\u00e9pendance\u00a0\u00ab\u00e9value son exp\u00e9rience en fonction de crit\u00e8res\u00a0emprunt\u00e9s \u00e0 autrui au lieu de l\u2019\u00e9valuer sur\u00a0la base de la satisfaction (ou du manque de satisfaction) v\u00e9cue,\u00a0r\u00e9ellement \u00e9prouv\u00e9e\u00bb (Rogers et Kinget, I,\u00a01962, p. 186).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Dans la mesure o\u00f9 le probl\u00e8me de la d\u00e9pendance\u00a0se pose n\u00e9cessairement au cours de toute activit\u00e9 sociale,\u00a0le m\u00e9rite de Rogers est d\u2019avoir centr\u00e9 sa m\u00e9thodologie\u00a0et sa r\u00e9flexion sur son analyse et sur l\u2019\u00e9tude, par\u00a0cons\u00e9quent, des relations existentielles qui tendent \u00e0 s\u2019\u00e9tablir\u00a0entre une personne donn\u00e9e (qu\u2019elle soit th\u00e9rapeute,\u00a0conseiller ou responsable) et une autre personne. Dans l\u2019analyse\u00a0de cette relation, il a cherch\u00e9 \u00e0 \u00e9tablir quelles\u00a0pouvaient \u00eatre de fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale les tendances\u00a0sous-jacentes, quelles pouvaient \u00eatre les cons\u00e9quences de\u00a0certains comportements. Il a, par suite, essay\u00e9 de pr\u00e9ciser,\u00a0de d\u00e9finir une conduite, une approche qu\u2019il a commenc\u00e9\u00a0par appeler \u00abnon directive\u00bb et qu\u2019il a, ensuite, d\u00e9nomm\u00e9e\u00a0\u00abcentr\u00e9e sur le client\u00bb ou \u00abcentr\u00e9e sur\u00a0le groupe\u00bb, puis enfin \u00abcentr\u00e9e sur la personne\u00bb.\u00a0Cette conduite a re\u00e7u aussi d\u2019autres noms, exprimant certaines\u00a0de ses qualit\u00e9s\u00a0; sa propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re\u00a0est, de toute fa\u00e7on, d\u2019\u00e9tablir une pr\u00e9caution,\u00a0<i>afin de mettre en \u00e9chec toute entreprise de mise en d\u00e9pendance\u00a0de soi par rapport \u00e0 autrui et d\u2019autrui par rapport \u00e0\u00a0soi<\/i>. Elle s\u2019applique \u00e0 la situation th\u00e9rapeutique\u00a0mais aussi \u00e0 toute situation sociale et d\u2019abord \u00e0 la\u00a0p\u00e9dagogie qu\u2019elle transforme.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><b><a id=\"contenu5\" name=\"contenu5\"><\/a>Connaissances\u00a0et d\u00e9pendance<\/b><\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">On ne peut pas dire, cependant, que ce que fait Rogers\u00a0soit une sorte d\u2019alchimie de la p\u00e9dagogie. Dans la mesure\u00a0o\u00f9 une personne vit devant une autre, elle doit vivre ses valeurs\u00a0pour elle-m\u00eame en face de l\u2019autre, ne serait-ce que la valeur\u00a0de reconna\u00eetre celles des autres. Celle-ci ne se s\u00e9pare pas\u00a0des valeurs qu\u2019autrui peut vivre \u00e0 partir de son exp\u00e9rience,\u00a0dans la relation vivante et permanente \u00e0 son exp\u00e9rience,\u00a0\u00e0 condition de n\u2019\u00eatre pas encombr\u00e9 par un stock\u00a0de valeurs accumul\u00e9es par d\u2019autres et donn\u00e9es par relations\u00a0purement intellectuelles, comme des connaissances abstraites. L\u00e0\u00a0est le fond de la critique faite par Rogers \u00e0 l\u2019enseignement.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">On imagine que les connaissances sont des choses absolument\u00a0indiff\u00e9renci\u00e9es que l\u2019on peut communiquer \u00e0\u00a0n\u2019importe quelle personne, que l\u2019on doit lui communiquer pour\u00a0\u00e9viter justement qu\u2019elle fasse une exp\u00e9rience personnelle\u00a0de connaissances diff\u00e9rentes ou qu\u2019elle en ait une vue diff\u00e9rente.\u00a0Il existe une sorte de besoin de renforcer la notion de la science, de\u00a0la connaissance et de l\u2019ex\u00e9g\u00e8se, pour imposer des choses\u00a0absolument reconnues dans toutes leurs dimensions\u00a0; en dehors de\u00a0cela, il n\u2019y aurait pas de \u00abfoi\u00bb, il n\u2019y aurait\u00a0que des \u00abbarbares\u00bb, dont le d\u00e9veloppement est contestable.\u00a0Si par hasard des individus veulent se nourrir d\u2019une exp\u00e9rience,\u00a0attention\u00a0! qu\u2019ils prennent garde\u00a0: il n\u2019y a que la\u00a0connaissance bien articul\u00e9e d\u2019avance pour \u00eatre p\u00e9dagogique,\u00a0c\u2019est-\u00e0-dire pour \u00eatre une bonne pression exerc\u00e9e\u00a0dans certaines directions. Ainsi ajoute-t-on au poids consid\u00e9rable\u00a0d\u2019une pens\u00e9e qui se d\u00e9finit intellectuellement en\u00a0\u00e9liminant\u00a0une partie de l\u2019exp\u00e9rience personnelle.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Si Rogers critique l\u2019imposition directive de connaissances\u00a0morales ou intellectuelles toutes confondues dans la structure actuelle\u00a0de la pens\u00e9e, c\u2019est que nous risquons, tout en cherchant \u00e0\u00a0bien faire, de fausser le jeu d\u2019une personne, les chances de son\u00a0d\u00e9veloppement. Nous risquons d\u2019aboutir \u00e0 un d\u00e9saccord\u00a0interne parce qu\u2019une partie de l\u2019exp\u00e9rience imm\u00e9diate\u00a0per\u00e7ue par la personne serait soustraite \u00e0 la conscience.\u00a0La personne devient alors inauthentique, elle triche avec elle-m\u00eame\u00a0pour \u00eatre conforme aux images qu\u2019on veut d\u2019elle et qu\u2019on\u00a0veut qu\u2019elle se fasse d\u2019elle, cela inconsciemment, et en m\u00eame\u00a0temps elle devient vuln\u00e9rable\u00a0: parce que, malgr\u00e9 sa\u00a0bonne volont\u00e9, ses perceptions deviennent trop rigides et interceptent\u00a0les sentiments v\u00e9cus d\u00e8s qu\u2019ils tendent \u00e0 devenir\u00a0incompatibles avec l\u2019image peu ad\u00e9quate qu\u2019elle se forme\u00a0d\u2019elle-m\u00eame. C\u2019est l\u00e0 o\u00f9 est le danger de\u00a0la d\u00e9pendance qui fait que finalement nous devenons li\u00e9s\u00a0aux id\u00e9es que quelqu\u2019un se fait de nous\u00a0; la suj\u00e9tion\u00a0qu\u2019il exerce sur nous, par l\u2019image qu\u2019il nous impose de\u00a0nous, va devenir le v\u00e9ritable lieu de notre conduite, au lieu que\u00a0ce lieu soit celui de notre responsabilit\u00e9, dans la libert\u00e9\u00a0en face d\u2019une exp\u00e9rience qui se d\u00e9roule et en face\u00a0de ce que <i>font<\/i> les autres, dans leurs actes propres, selon leurs\u00a0valeurs vraies et v\u00e9cues.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">C\u2019est d\u00e9j\u00e0 beaucoup que nous soyions\u00a0entour\u00e9s d\u2019\u00eatres qui vivent leurs valeurs et les appliquent\u00a0dans leur vie\u00a0; si, en plus, nous n\u2019avons pas simplement \u00e0\u00a0d\u00e9couvrir notre chemin dans la relation \u00e0 ce qu\u2019ils\u00a0font, dans la situation concr\u00e8te des r\u00e9flexions que leur\u00a0\u00eatre v\u00e9cu nous inspire, mais si nous devons le trouver en\u00a0fonction de l\u2019image qu\u2019ils se font de nous, nous structurons\u00a0une multid\u00e9pendance. Nous sommes d\u00e9j\u00e0 tous partiellement\u00a0ali\u00e9n\u00e9s par des souvenirs et des influences de notre enfance.\u00a0Ce risque du pass\u00e9 peut aussi se reconstruire \u00e0 chaque instant\u00a0dans le pr\u00e9sent, il est certain qu\u2019il doit \u00eatre conjur\u00e9.\u00a0C\u2019est l\u00e0 o\u00f9 un sp\u00e9cialiste doit intervenir,\u00a0sp\u00e9cialiste en relations humaines, psychiatre, psychologue, th\u00e9rapeute,\u00a0p\u00e9dagogue, formateur, voire m\u00eame parents ou amis.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><b><a id=\"contenu6\" name=\"contenu6\"><\/a>Counseling rog\u00e9rien\u00a0et d\u00e9pendance<\/b><\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Dans ses premiers ouvrages, Rogers a m\u00e9thodiquement\u00a0analys\u00e9 son attitude et ses buts propres dans la relation de \u00abconseil\u00bb\u00a0avec des enfants, puis avec des adultes. Son \u00abapproche\u00bb, indique-t-il,\u00a0\u00abvise \u00e0 atteindre une plus grande ind\u00e9pendance, une\u00a0plus grande int\u00e9gration de l\u2019individu plut\u00f4t que d\u2019esp\u00e9rer\u00a0que de tels r\u00e9sultats seront obtenus par surcro\u00eet si le conseiller\u00a0assiste celui-ci dans la r\u00e9solution d\u2019un probl\u00e8me.\u00a0L\u2019individu est le foyer (\u00abfocus\u00bb), non le probl\u00e8me.\u00a0Le but n\u2019est pas de r\u00e9soudre un probl\u00e8me particulier,\u00a0mais d\u2019aider l\u2019individu \u00e0 se <i>d\u00e9velopper\u00a0<\/i>(\u00abgrowth\u00bb), de telle sorte qu\u2019il puisse affronter le\u00a0probl\u00e8me pr\u00e9sent et les probl\u00e8mes ult\u00e9rieurs\u00a0d\u2019une fa\u00e7on mieux int\u00e9gr\u00e9e. S\u2019il peut gagner\u00a0assez d\u2019int\u00e9gration pour prendre en main un probl\u00e8me\u00a0par des voies plus ind\u00e9pendantes, plus responsables, moins confuses,\u00a0mieux organis\u00e9es, alors il voudra aussi prendre en main de nouveaux\u00a0probl\u00e8mes de cette mani\u00e8re\u00bb (Rogers, 1962, p. 28 et\u00a029).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">En vue de r\u00e9aliser de tels buts, Rogers a eu l\u2019id\u00e9e\u00a0de construire dans la relation th\u00e9rapeutique une situation selon\u00a0laquelle, d\u00e8s le d\u00e9part, toute d\u00e9pendance serait\u00a0refus\u00e9e ou d\u00e9jou\u00e9e \u00e0 chaque instant. Puisque\u00a0ce qui fait obstacle \u00e0 la solution d\u2019un probl\u00e8me dans\u00a0un individu, ce sont pr\u00e9cis\u00e9ment les d\u00e9pendances\u00a0et l\u2019attente qui les nouent \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de lui-m\u00eame\u00a0relativement \u00e0 des exp\u00e9riences infantiles, le projet de\u00a0Rogers sera d\u2019\u00e9viter d\u2019alimenter ou de r\u00e9activer\u00a0m\u00eame provisoirement ces d\u00e9pendances r\u00e9manentes\u00a0;\u00a0au contraire, il visera, en les \u00e9ludant syst\u00e9matiquement,\u00a0\u00e0 permettre une restructuration de l\u2019individu vers l\u2019avenir,\u00a0par une exp\u00e9rience libre de soi-m\u00eame.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Rogers se manifeste donc avec nettet\u00e9 en face de\u00a0son client, <i>d\u00e8s le d\u00e9but de leurs entretiens, <\/i>comme\u00a0quelqu\u2019un qui est l\u00e0 pour l\u2019aider \u00e0 \u00e9voluer\u00a0librement dans le cadre d\u2019une hypoth\u00e8se tr\u00e8s fortement\u00a0exprim\u00e9e et qui est la suivante\u00a0: c\u2019est le client qui\u00a0poss\u00e8de en lui-m\u00eame tous les moyens de choix pour se d\u00e9cider\u00a0lui-m\u00eame, afin de progresser vers plus de libert\u00e9, et de\u00a0m\u00fbrir en vue de devenir adulte. \u00abLe client poss\u00e8de,\u00a0potentiellement, la comp\u00e9tence n\u00e9cessaire \u00e0 la solution\u00a0de ses probl\u00e8mes\u00bb (Rogers et Kinget, 1962, p. 204). Par suite,\u00a0le r\u00f4le du psychologue se r\u00e9duit subtilement \u00e0 une\u00a0pr\u00e9sence par laquelle il aide le client \u00e0 prendre conscience\u00a0de la totalit\u00e9 de ce qu\u2019il souhaite r\u00e9ellement et de\u00a0ce qu\u2019il exprime profond\u00e9ment, ou de ce qu\u2019il veut exprimer\u00a0et qu\u2019il n\u2019arrive jamais \u00e0 se dire compl\u00e8tement\u00a0\u00e0 lui-m\u00eame\u00a0: notamment les \u00e9l\u00e9ments \u00e9motionnels,\u00a0les aspects affectifs de sa psych\u00e9, souvent masqu\u00e9s par\u00a0les aspects intellectuels.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Il va donc jouer le r\u00f4le d\u2019une sorte de \u00abmiroir\u00bb\u00a0devant l\u2019individu, mais non pas un miroir froid, passif ou m\u00eame\u00a0d\u00e9formant (et rassurant), mais, au contraire, un miroir chaud,\u00a0un miroir strictement fid\u00e8le pourtant, mais impliquant une pr\u00e9sence\u00a0r\u00e9elle, une confiance authentique, \u00abune relation permissive\u00a0structur\u00e9e de fa\u00e7on pr\u00e9cise\u00bb (Rogers, 1962,\u00a0p. 18).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">On observe dans cette attitude \u00abnon directive\u00bb,\u00a0toute une s\u00e9rie de postulats v\u00e9cus. D\u2019abord, ce ne\u00a0serait pas le pass\u00e9 qui est important dans une structure psychologique,\u00a0mais l\u2019actualisation dans le pr\u00e9sent (id., p. 29). Par cons\u00e9quent,\u00a0ce qui importe, ce n\u2019est pas tellement de travailler \u00e0 la\u00a0fa\u00e7on du psychanalyste en vue de faire transf\u00e9rer dans la\u00a0relation entre psychanalyste et client les d\u00e9pendances pass\u00e9es,\u00a0c\u2019est au contraire d\u2019accro\u00eetre \u00e0 chaque instant,\u00a0dans le pr\u00e9sent de la relation client-psychologue, les chances\u00a0d\u2019autonomie de la personnalit\u00e9 du client, en \u00e9tant\u00a0soi-m\u00eame dans une pr\u00e9caution et dans un respect tels qu\u2019on\u00a0ne facilite pas le transfert des sentiments pass\u00e9s, ni pr\u00e9sents,\u00a0vers le psychologue.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Rogers pense que, d\u2019une certaine fa\u00e7on, l\u2019accent\u00a0plac\u00e9 sur le transfert, n\u00e9cessaire au niveau de la recherche\u00a0scientifique, doit \u00eatre diminu\u00e9, au contraire, au niveau\u00a0clinique. Autrement, le psychanalyste risque de se pr\u00e9senter en\u00a0face du client comme un homme sup\u00e9rieur qui va diriger ce client,\u00a0f\u00fbt-ce avec beaucoup de prudence et m\u00eame beaucoup de nuances,\u00a0selon cette r\u00e8gle de n\u2019anticiper que tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8rement\u00a0sur ses propres d\u00e9couvertes. Malgr\u00e9 les pr\u00e9cautions\u00a0prises, Rogers pense qu\u2019il y a dans pareille situation une structure\u00a0qui entretient inutilement la d\u00e9pendance ou qui la r\u00e9active.\u00a0Lui-m\u00eame va se placer dans une position diff\u00e9rente. Il se\u00a0pr\u00e9sente au niveau m\u00eame de son client\u00a0; il est \u00e0\u00a0\u00e9galit\u00e9 avec lui, il vit l\u2019exp\u00e9rience d\u2019\u00eatre\u00a0au m\u00eame niveau que lui. \u00abIl y a, je pense, chez le th\u00e9rapeute,\u00a0une exp\u00e9rience profonde de la communaut\u00e9 sous-jacente \u2013\u00a0nous devrions dire de la fraternit\u00e9 \u2013 des hommes\u00bb (Rogers,\u00a01961, p. 82).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Il participe, par cons\u00e9quent au v\u00e9cu de\u00a0son client, dans leur relation imm\u00e9diate, en \u00e9vitant de\u00a0projeter ses propres mouvements sur lui, mais en vivant l\u2019hypoth\u00e8se\u00a0que sera bienfaisant, pour un individu, le fait de se voir admis par un\u00a0autre individu, jusqu\u2019au point que cet autre, justement reconnu,\u00a0int\u00e9riorise ses probl\u00e8mes\u00a0: sans toutefois s\u2019identifier\u00a0\u00e0 lui. Le client fait ainsi l\u2019exp\u00e9rience d\u2019une\u00a0confiance et d\u2019une pr\u00e9sence qui lui sont donn\u00e9s simultan\u00e9ment\u00a0et se fixent tellement inconditionnellement qu\u2019elles ne comportent\u00a0aucune dimension de directivit\u00e9, ne lui proposant aucune d\u00e9cision,\u00a0ne lui demandant ou ne lui refusant pas de parler du pass\u00e9, du\u00a0pr\u00e9sent ou de l\u2019avenir, mais l\u2019appelant seulement \u00e0\u00a0\u00eatre soi-m\u00eame aussi librement qu\u2019il le voudra. Par ces\u00a0attitudes, Rogers estime rompre le cercle vicieux de la d\u00e9pendance\u00a0en ne lui laissant ni le lieu, ni le temps de se refaire. Il d\u00e9joue\u00a0aussi les identifications, les projections possibles, en lui et en l\u2019autre.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Devant cette position, le jeu du client, d\u00e9sorient\u00e9,\u00a0sera de tenter de remettre en situation de d\u00e9pendance le psychologue,\u00a0en essayant de lui faire donner des directions ou de l\u2019obliger \u00e0\u00a0prendre parti (Rogers, 1962, p. 32). Mais \u00e0 chaque moment, le jeu\u00a0dialectique du psychologue tendra \u00e0 la fois \u00e0 \u00eatre\u00a0absolument libre et pourtant \u00e0 demeurer pr\u00e9sent et \u00e0\u00a0ne pas se d\u00e9rober\u00a0: ce qui ne serait qu\u2019une autre mani\u00e8re\u00a0de faire du \u00abcontre-transfert\u00bb, et donc induire de la d\u00e9pendance.\u00a0Le psychologue se maintient simplement dans une situation telle qu\u2019il\u00a0ne se laisse aucunement atteindre par les man\u00e8ges affectifs de\u00a0son client, qu\u2019il accepte et accueille cependant sans les juger.\u00a0\u00abIl consid\u00e8re les sentiments positifs ou n\u00e9gatifs\u00a0comme r\u00e9ellement dirig\u00e9s vers le processus de traitement,\u00a0qui peut \u00eatre plaisant ou d\u00e9plaisant \u00e0 un moment donn\u00e9,\u00a0et non <i>contre <\/i>le conseiller lui-m\u00eame\u00bb a \u00e9crit\u00a0Nigel Walker.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Il y a l\u00e0 une conduite subtile, \u00abune voie\u00a0en aucune fa\u00e7on facile\u00bb (Rogers, 1942, p. 143). Elle demande\u00a0une exp\u00e9rience contr\u00f4l\u00e9e et une gymnastique exigeante,\u00a0au point de vue technique. Cette conduite, cette gymnastique proc\u00e8dent\u00a0d\u2019une attitude fondamentale qui est l\u2019une des d\u00e9couvertes\u00a0essentielles de Rogers, et qu\u2019il appelle attitude de \u00abcompr\u00e9hension\u00bb\u00a0ou \u00abempathie\u00bb\u00a0: c\u2019est-\u00e0-dire pr\u00e9sence\u00a0intuitive \u00e0 autrui dans laquelle nous ne sommes plus centr\u00e9s\u00a0sur nous-m\u00eame, mais, au contraire, sur autrui, totalement attentif\u00a0\u00e0 ses sentiments tout en restant profond\u00e9ment nous-m\u00eame,\u00a0mais sans crispation d\u00e9fensive.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><b><a id=\"contenu7\" name=\"contenu7\"><\/a>Les paradoxes\u00a0de la libert\u00e9<\/b><\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Nous devinons qu\u2019une telle attitude est paradoxale\u00a0:\u00a0qu\u2019est-ce, en effet, qu\u2019une attitude th\u00e9rapeutique qui\u00a0consiste \u00e0 n\u2019exercer aucune influence directe sur le client\u00a0?\u00a0Qu\u2019est-ce qu\u2019une conduite par laquelle on est pr\u00e9sent\u00a0\u00e0 quelqu\u2019un, mais dans laquelle on ne lui donne pas d\u2019aide\u00a0imm\u00e9diate, ni aucun conseil\u00a0? Qu\u2019est-ce enfin qu\u2019une\u00a0action qui cherche \u00e0 ne pas agir, et qui pourtant influence tant\u00a0et si bien le client qu\u2019il en gu\u00e9rit\u00a0?<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">On a relev\u00e9 dans la \u00abcompr\u00e9hension\u00bb\u00a0rog\u00e9rienne bien d\u2019autres paradoxes\u00a0: Qu\u2019est-ce qu\u2019une\u00a0<i>technique <\/i>aussi serr\u00e9e, aussi pr\u00e9cise de la \u00abnon\u00a0directivit\u00e9\u00bb qui, dans le m\u00eame temps, se veut relation\u00a0totalement <i>intuitive <\/i>avec autrui\u00a0? Qu\u2019est-ce qu\u2019une\u00a0attitude d\u2019<i>ouverture <\/i>totale qui, en m\u00eame temps, pose\u00a0des <i>limites\u00a0<\/i>? Car Rogers a lui-m\u00eame \u00e9nonc\u00e9\u00a0l\u2019utilit\u00e9 d\u2019op\u00e9rer non directivement dans un cadre\u00a0limitatif soigneusement construit. \u00abChaque situation de conseil\u00a0a quelque sorte de limitation, comme bien des th\u00e9rapeutes ont pu\u00a0le d\u00e9couvrir \u00e0 leurs d\u00e9pens\u00bb (Id. p. 95). \u00abLa\u00a0seule question est de savoir si ces limites sont clairement d\u00e9finies,\u00a0comprises et utilis\u00e9es salutairement (<i>helpfully<\/i>), ou bien\u00a0si le client, dans un moment de grand besoin, d\u00e9couvre soudainement\u00a0des limites \u00e9rig\u00e9es comme des barri\u00e8res contre lui\u00bb\u00a0(Rogers, 1942, p. 96). Et Rogers a \u00e9voqu\u00e9 la limitation\u00a0de la responsabilit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard des probl\u00e8mes\u00a0et des actions du client, la limitation du temps consacr\u00e9 \u00e0\u00a0celui-ci, la limitation appliqu\u00e9e \u00e0 des actions agressives\u00a0de sa part, la limitation de l\u2019affection et des \u00abgratifications\u00bb\u00a0accord\u00e9es en r\u00e9ponse \u00e0 ses demandes. Les limites\u00a0pos\u00e9es d\u00e8s l\u2019abord apportent \u00abun cadre dans lequel\u00a0le conseiller peut \u00eatre libre et naturel en conversant avec son\u00a0client\u00bb, sans rester \u00absubtilement d\u00e9fensif\u00bb (id.,\u00a0p. 108).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Il y a encore bien d\u2019autres paradoxes\u00a0: Qu\u2019est-ce\u00a0en effet, que la certitude que le conseiller mettrait en acte, existentiellement,\u00a0devant le client, et selon laquelle celui-ci poss\u00e9derait totalement\u00a0la possibilit\u00e9 de se diriger alors qu\u2019il sait que le client,\u00a0puisqu\u2019il est venu le trouver, ne poss\u00e8de pr\u00e9cis\u00e9ment\u00a0pas encore l\u2019aptitude \u00e0 s\u2019autodiriger et en doute\u00a0?\u00a0Il y a bien contraste entre le fait et la certitude v\u00e9cue\u00a0;\u00a0et pourtant celle-ci est assez intense pour motiver comme norme le refus\u00a0de donner une direction quelconque, un conseil quelconque au client. En\u00a0quoi cette certitude syst\u00e9matique peut-elle au surplus coexister\u00a0en conservant son caract\u00e8re d\u2019hypoth\u00e8se\u00a0? Car\u00a0elle est un pari de d\u00e9part, toujours difficile \u00e0 vivre,\u00a0et en m\u00eame temps elle se vit exp\u00e9rienciellement comme une\u00a0certitude. Il y a l\u00e0 une opposition, une tension importante.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">On peut joindre aussi un autre paradoxe fondamental\u00a0:\u00a0c\u2019est que cette attitude non directive n\u2019est pas un attitude\u00a0rigide, une attitude de principe, se consolidant confortablement dans\u00a0un pr\u00e9cepte de non-intervention. Elle est, au contraire, reli\u00e9e\u00a0\u00e0 une affectivit\u00e9 tr\u00e8s chaude, \u00e0 une pr\u00e9sence,\u00a0\u00e0 une confiance probe dans les sentiments, les \u00ab<i>feelings<\/i>\u00bb.\u00a0Sur ce point, Rogers doit \u00eatre, d\u2019une certaine mani\u00e8re,\u00a0toujours red\u00e9couvert. Il fait confiance aux \u00e9motions et\u00a0au \u00ab<i>growth<\/i>\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la germination,\u00a0\u00e0 l\u2019\u00e9panouissement spontan\u00e9 du coeur et de l\u2019\u00eatre.\u00a0Et autant il vit concr\u00e8tement la confiance que cette germination\u00a0se fera, autant il v\u00e9rifie avec rigueur ses attitudes, afin d\u2019\u00e9viter\u00a0de peser par impatience, f\u00fbt-ce le moins du monde, sur la d\u00e9cision\u00a0que prendra un individu. Ainsi, conjugue-t-il confiance au spontan\u00e9\u00a0et rigueur pour contr\u00f4ler ce qu\u2019il fait.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Allant au-del\u00e0 de tant de th\u00e9oriciens et\u00a0de praticiens, Rogers a \u00e9t\u00e9 le premier \u00e0 pratiquer,\u00a0avec son \u00e9cole, pour v\u00e9rification et contr\u00f4le, des\u00a0enregistrements syst\u00e9matiques de th\u00e9rapies compl\u00e8tes\u00a0:\u00a0non seulement enregistrements sonores, mais retranscriptions int\u00e9grales,\u00a0mais aussi enregistrements cin\u00e9matographiques. Les documents ainsi\u00a0produits font ensuite l\u2019objet d\u2019\u00e9tudes pr\u00e9cises,\u00a0ligne par ligne, s\u00e9quence par s\u00e9quence\u00a0; ils sont utilis\u00e9s\u00a0pour la formation des cliniciens, et sont, d\u2019autres part, analys\u00e9s\u00a0avec des m\u00e9thodes statistiques tr\u00e8s pouss\u00e9es. Rogers\u00a0a \u00e9galement tent\u00e9, avec une \u00e9quipe de chercheurs,\u00a0de valider gr\u00e2ce \u00e0 des tests, classiques ou sp\u00e9ciaux,\u00a0les r\u00e9sultats obtenus \u00e0 l\u2019issue d\u2019une th\u00e9rapie\u00a0dans la personnalit\u00e9 d\u2019un client\u00a0; image de soi, id\u00e9al\u00a0de soi, conscience, attitudes \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019autrui,\u00a0effet de l\u2019\u00e2ge sur l\u2019\u00e9volution possible, influence\u00a0des motivations sur le changements (Rogers, Dymond, 1954, p. 413-434).\u00a0Il y a donc toute une partie de l\u2019oeuvre rog\u00e9rienne qui vise\u00a0\u00e0 une rigueur dans le contr\u00f4le du th\u00e9rapeute. Cette\u00a0rigueur, cette profondeur de recherche, contrastent avec la spontan\u00e9it\u00e9\u00a0v\u00e9cue, avec la pleine adh\u00e9sion donn\u00e9e \u00e0 autrui\u00a0dans la relation th\u00e9rapeutique, avec le th\u00e8me de la \u00abconfiance\u00a0fondamentale plac\u00e9e dans autrui\u00bb, comme le dit Rogers.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Mais le paradoxe central est situ\u00e9 par Max Pag\u00e8s\u00a0dans la proposition que l\u2019exp\u00e9rience pleinement assum\u00e9e\u00a0(non \u00abambivalente\u00bb) des angoisses fondamentales \u00abde\u00a0la solitude, de la s\u00e9paration, de la mort, de la diff\u00e9rence\u00a0avec autrui, de l\u2019individualit\u00e9, de l\u2019incommunicabilit\u00e9\u00a0avec autrui, angoisses qui s\u2019\u00e9voquent l\u2019une l\u2019autre\u00a0et se symbolisent mutuellement&#8230; est, paradoxalement, l\u2019exp\u00e9rience\u00a0de leur contraire. Accepter son individualit\u00e9, sa contingence,\u00a0en d\u00e9finitive sa mort, c\u2019est accepter de changer et accepter\u00a0de vivre\u00bb (Pag\u00e8s, 1970, p. 66). La reconnaissance de la valeur\u00a0de la personne se fait, \u00e0 la limite, \u00abdans une exp\u00e9rience\u00a0pleinement assum\u00e9e de non-valeur, de contingence\u00bb (id.).\u00a0Par cette exp\u00e9rience d\u2019acceptation de l\u2019angoisse, celle-ci\u00a0est d\u00e9pass\u00e9e\u00a0: une \u00abinversion de mouvement\u00bb\u00a0se produit, la fuite de soi se change en d\u00e9couverte de soi. Il\u00a0peut alors \u00abjuger en conscience, ce que <i>\u00eatre <\/i>signifie\u00a0pour lui et ce que signifiera pour lui de ne <i>pas \u00eatre<\/i>\u00bb\u00a0(Rogers, 1971, p. 92).<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><b><a id=\"contenu8\" name=\"contenu8\"><\/a>La v\u00e9rit\u00e9\u00a0affective<\/b><\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Il n\u2019est pas du tout question, pour Rogers, qu\u2019un\u00a0psychologue soit un homme sans passion et d\u00e9nu\u00e9 de sentiment.\u00a0Il faut, au contraire, \u00e0 chaque instant, que le conseiller ou th\u00e9rapeute\u00a0ait une perception exacte de ses \u00e9motions et par le fait m\u00eame\u00a0un contr\u00f4le de ses r\u00e9actions. La perception des sentiments\u00a0d\u2019autrui suppose en effet, et en m\u00eame temps, pour le conseiller\u00a0ou th\u00e9rapeute une perception exacte de soi. Les deux perceptions\u00a0sont li\u00e9es (Pag\u00e8s, 1970, p. 65). Cette forme de paradoxe\u00a0appara\u00eet dans la pr\u00e9face de son livre <i>Client-centered\u00a0therapy<\/i>. Ce livre, \u00e9crit-il, est relatif \u00ab \u00e0 la\u00a0souffrance et \u00e0 l\u2019espoir, \u00e0 l\u2019anxi\u00e9t\u00e9\u00a0et \u00e0 la satisfaction, dont est rempli le bureau du th\u00e9rapeute.\u00a0Il est relatif \u00e0 l\u2019unicit\u00e9 de la relation de chaque\u00a0th\u00e9rapeute avec chaque client, et, aussi, aux \u00e9l\u00e9ments\u00a0communs que nous d\u00e9couvrons dans toutes ces relations. Ce livre\u00a0est relatif aux plus personnelles exp\u00e9riences de chacun de nous.\u00a0Il est relatif au client chez moi qui est assis l\u00e0 au coin du bureau,\u00a0luttant pour \u00eatre lui-m\u00eame, tentant de voir son exp\u00e9rience\u00a0comme elle est, d\u00e9sirant \u00eatre cette exp\u00e9rience, et\u00a0cependant profond\u00e9ment troubl\u00e9 de la rechercher.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Ce livre est relatif \u00e0 moi, en tant que je suis\u00a0assis l\u00e0 avec le client, lui faisant face, participant \u00e0\u00a0ce combat aussi profond\u00e9ment et sensiblement que j\u2019en suis\u00a0capable. Il est relatif \u00e0 moi en tant que j\u2019essaie de percevoir\u00a0son exp\u00e9rience, et la signification et le sentiment et le go\u00fbt\u00a0et la saveur qu\u2019elle a pour lui. Il est relatif \u00e0 moi en tant\u00a0que je d\u00e9plore ma tr\u00e8s humaine faillibilit\u00e9 \u00e0\u00a0comprendre le client, et les d\u00e9faillances occasionnelles \u00e0\u00a0voir la vie comme elle lui appara\u00eet&#8230;<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Il est relatif \u00e0 moi qui me r\u00e9jouis du privil\u00e8ge\u00a0d\u2019\u00eatre la sage-femme d\u2019une nouvelle personnalit\u00e9,\u00a0qui assiste avec une stupeur sacr\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9mergence\u00a0d\u2019un soi, d\u2019une personne, qui voit se d\u00e9rouler une naissance\u00a0\u00e0 laquelle j\u2019ai pris une importante part de facilitation.\u00a0Il est relatif \u00e0 la fois au client et \u00e0 moi dans la mesure\u00a0o\u00f9 nous portons une attention \u00e9merveill\u00e9e aux forces\u00a0puissantes et ordonn\u00e9es qui sont \u00e9videntes dans toute l\u2019exp\u00e9rience,\u00a0forces qui semblent profond\u00e9ment enracin\u00e9es dans l\u2019univers\u00a0total.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Ce livre est, je crois, relatif \u00e0 la vie, \u00e0\u00a0la vie comme elle se r\u00e9v\u00e8le de fa\u00e7on \u00e9clatante\u00a0dans le processus de th\u00e9rapie, avec sa puissance aveugle et sa\u00a0terrifiante capacit\u00e9 de destruction, mais aussi avec son \u00e9lan\u00a0compensateur vers la croissance, si la possibilit\u00e9 de cro\u00eetre\u00a0lui est fournie.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Mais ce livre est aussi relatif \u00e0 mes coll\u00e8gues\u00a0et \u00e0 moi en tant que nous entreprenons le d\u00e9but d\u2019une\u00a0analyse scientifique de cette exp\u00e9rience vivante, \u00e9mouvante.\u00a0Il est relatif aux conflits \u00e0 cet \u00e9gard&#8230; Ce livre exprime\u00a0aussi, je crois, ma conviction croissante que, quoique la science ne peut\u00a0jamais faire des th\u00e9rapeutes, elle peut aider la th\u00e9rapie\u00a0;\u00a0que, quoique la d\u00e9couverte scientifique soit froide et abstraite,\u00a0elle peut nous assister pour lib\u00e9rer des forces qui soient chaudes,\u00a0personnelles et complexes&#8230;<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">A ces hommes, femmes et enfants qui nous ont apport\u00e9\u00a0eux-m\u00eames et leurs conflits, qui nous ont si largement permis d\u2019apprendre\u00a0par eux, qui ont port\u00e9 pour nous le poids des forces qui op\u00e8rent\u00a0dans l\u2019intelligence et l\u2019esprit de l\u2019homme, \u00e0 eux\u00a0va notre plus profonde gratitude&#8230;\u00bb (Rogers, 1951, p. X, XI et\u00a0XII).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">On cite assez souvent des exemples typiques des attitudes\u00a0de Rogers. Dans l\u2019une d\u2019elles qui est film\u00e9e, Rogers\u00a0r\u00e9pond loyalement \u00e0 une des clientes qui lui d\u00e9clare,\u00a0apr\u00e8s des moments complexes d\u2019ambivalence, qu\u2019elle aurait\u00a0aim\u00e9 l\u2019avoir comme p\u00e8re\u00a0: \u00abJe vous trouve\u00a0bien gentille fille (<i>daugther<\/i>)\u00bb. Ceci en toute clart\u00e9.\u00a0Cette r\u00e9ponse est lib\u00e9ratoire. Au lieu de ne rien lui r\u00e9pondre\u00a0et de rester dans la r\u00e9serve Rogers a accept\u00e9 l\u2019authenticit\u00e9\u00a0dans la v\u00e9rit\u00e9, dans la pr\u00e9sence et dans le mouvement\u00a0g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019\u00eatre, car c\u2019est bien un mouvement\u00a0d\u2019amour qui supporte toute son attitude, mais un amour \u00e9pur\u00e9\u00a0et qui dissipe le \u00abbiais\u00bb du transfert.<\/p>\n<h3 class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\"><span class=\"txt-j\"><b><a id=\"contenu9\" name=\"contenu9\"><\/a><\/b><\/span><span class=\"s-titre\"><b>Affectivit\u00e9\u00a0et m\u00e9thode<\/b><\/span><\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">L\u2019approche centr\u00e9e sur la personne pr\u00e9conise\u00a0et d\u00e9veloppe, en effet, une confiance fondamentale et radicale,\u00a0mais en m\u00eame temps une pr\u00e9caution absolue dans le fait de\u00a0ne pas exercer de pesanteur sur la libert\u00e9 d\u2019autrui, sur ses\u00a0d\u00e9terminations, sur ses d\u00e9cisions, \u00e0 ne pas chercher\u00a0\u00e0 l\u2019entra\u00eener \u00e0 faire telle chose. Les seules\u00a0d\u00e9terminations que Rogers d\u00e9cide, en accord avec le client,\u00a0ce sont les limites de dur\u00e9e et de quantit\u00e9 des s\u00e9ances,\u00a0ainsi que la mani\u00e8re dont s\u2019\u00e9tablira la relation th\u00e9rapeutique\u00a0;\u00a0ceci pos\u00e9, il \u00e9vitera de lui conseiller de faire telle ou\u00a0telle chose ou telle autre.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Ce n\u2019est pas toujours facile, comme l\u2019observe\u00a0Rogers, lorsqu\u2019on a affaire \u00e0 quelqu\u2019un qui vient vous\u00a0dire\u00a0: \u00abSi vous ne me donnez pas un conseil, je vais aller\u00a0me suicider.\u00bb Arriver, n\u00e9anmoins, \u00e0 accepter totalement\u00a0cette situation, cette d\u00e9termination, sans chercher anxieusement\u00a0\u00e0 retenir ou \u00e0 dissuader, sans tomber dans le pi\u00e8ge\u00a0du chantage affectif, c\u2019est \u00e9videmment marquer un grand contr\u00f4le\u00a0de soi, une tr\u00e8s grande force. Il est de fait que cette attitude\u00a0est objectivement et scientifiquement efficace. Elle lib\u00e8re. Elle\u00a0est d\u2019autant plus vraie que les conseils ne sont jamais suivis\u00a0;\u00a0de m\u00eame que les ordres ne sont aucunement accept\u00e9s avec agr\u00e9ment.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">En fait, dans toutes les actions humaines o\u00f9 l\u2019on\u00a0adopte des m\u00e9thodes directives, on se donne des facilit\u00e9s\u00a0imm\u00e9diates, mais pour reporter les difficult\u00e9s dans la suite\u00a0des temps, en risquant de les accro\u00eetre. Ceci ne veut pas dire,\u00a0\u00e0 l\u2019inverse, que l\u2019attitude non directive sera une fuite,\u00a0une d\u00e9robade devant l\u2019individu, ainsi qu\u2019on l\u2019a\u00a0souvent interpr\u00e9t\u00e9 en France. Certains \u00e9mules europ\u00e9ens\u00a0de Rogers sont, par erreur, arriv\u00e9s \u00e0 une attitude selon\u00a0laquelle le psychologue donne l\u2019impression de se jouer du client,\u00a0de le manipuler \u00e0 partir d\u2019un silence syst\u00e9matique.\u00a0Il n\u2019en est absolument rien dans l\u2019authentique conduite non\u00a0directive, qui est dialogue. On s\u2019aper\u00e7oit que le nombre des\u00a0interventions du th\u00e9rapeute est important, mais leur dur\u00e9e\u00a0est br\u00e8ve et elle manifeste une parfaite qualit\u00e9 de pr\u00e9sence.\u00a0Mais ce sont des interventions de \u00abcompr\u00e9hension\u00bb visant\u00a0\u00e0 aider l\u2019interlocuteur \u00e0 constater que ses sentiments\u00a0et id\u00e9es sont accueillis, compris.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><b><a id=\"contenu10\" name=\"contenu10\"><\/a><\/b><b>Communication\u00a0et compr\u00e9hension<\/b><\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Arriv\u00e9s en ce point, il nous importe d\u2019approfondir\u00a0la notion de \u00abcompr\u00e9hension\u00bb et sa traduction pratique\u00a0dans l\u2019entretien de th\u00e9rapie ou de conseil. Voici comment\u00a0Rogers pose le probl\u00e8me.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span class=\"txt-j\">\u00abLa t\u00e2che du th\u00e9rapeute, \u00e9crit-il,\u00a0est essentiellement de traiter un cas de communication d\u00e9fectueuse.\u00a0Le n\u00e9vros\u00e9 est \u00e9motionnellement mal adapt\u00e9,\u00a0d\u2019une part, en raison du blocage de ses communications internes,\u00a0et d\u2019autre part, en raison de la d\u00e9t\u00e9rioration cons\u00e9cutive\u00a0de ses communications avec autrui (Rogers, 1959, p. 132).<\/span><\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Rogers indique ainsi, \u00e0 la racine de la d\u00e9pendance\u00a0n\u00e9vrotique, une mauvaise relation de soi \u00e0 soi, qui entra\u00eene\u00a0dans une certaine mesure une mauvaise relation de soi \u00e0 autrui.\u00a0Arriver \u00e0 \u00e9tablir une bonne communication avec autrui, c\u2019est\u00a0aussi, de toute fa\u00e7on, retrouver de bonnes communications avec\u00a0soi. Mais qu\u2019est-ce qui emp\u00eache les bonnes communications d\u2019exister\u00a0?\u00a0Rogers nous dit \u00e0 ce propos\u00a0: \u00abJe voudrais vous proposer\u00a0comme hypoth\u00e8se de r\u00e9flexion l\u2019id\u00e9e que l\u2019<i>obstacle\u00a0majeur<\/i> aux communications entre personnes, c\u2019est notre tendance\u00a0tr\u00e8s naturelle \u00e0 juger, \u00e9valuer, approuver ou d\u00e9sapprouver\u00a0les dires de l\u2019autre personne ou de l\u2019autre groupe\u00bb (id.).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Et Rogers prend diff\u00e9rents exemples de cette mani\u00e8re\u00a0dont nous sommes en perp\u00e9tuelle situation d\u2019\u00e9valuation\u00a0en d\u00e9fense par rapport \u00e0 autrui, ce qui ne lui para\u00eet\u00a0pas une bonne chose, et ce qui entra\u00eene un dialogue de sourds.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Mais en th\u00e9rapie, le th\u00e9rapeute, malgr\u00e9\u00a0lui, peut donner l\u2019impression, quand il fait de l\u2019interpr\u00e9tation,\u00a0qu\u2019il \u00e9value les sentiments et les attitudes de son client.\u00a0Il risque la perte d\u2019une bonne communication avec son client, en\u00a0provoquant une d\u00e9fense, une fermeture, des r\u00e9sistances.\u00a0On sait combien les r\u00e9sistances sont fr\u00e9quentes dans l\u2019analyse.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Aussi, le but de Rogers sera-t-il d\u2019\u00e9viter\u00a0l\u2019inflation de ces r\u00e9sistances en \u00e9coutant avec \u00abcompr\u00e9hension\u00bb.\u00a0Il explique l\u2019importance de cette attitude\u00a0de compr\u00e9hension\u00a0et d\u2019\u00e9coute, d\u2019\u00abempathie\u00bb, en psychoth\u00e9rapie\u00a0:\u00a0\u00abSi je peux \u00e9couter les choses qu\u2019il me dit, si je puis\u00a0comprendre comment elles lui apparaissent, si je peux percevoir les significations\u00a0personnelles qu\u2019elles ont pour lui, si je peux sentir l\u2019exacte\u00a0nuance d\u2019\u00e9motion qui les accompagne, alors je lib\u00e9rerai\u00a0de puissantes forces de changement. Si je puis vraiment comprendre comment\u00a0il d\u00e9teste son p\u00e8re, ou d\u00e9teste l\u2019universit\u00e9,\u00a0ou d\u00e9teste les communistes, si je puis saisir le go\u00fbt de\u00a0sa peur de la folie, ou de sa peur des bombes atomiques, ou de la Russie,\u00a0cela l\u2019aidera puissamment \u00e0 modifier ces haines, ces craintes\u00a0m\u00eames et \u00e0 \u00e9tablir des relations r\u00e9alistes\u00a0et harmonieuses avec les gens et les situations m\u00eame \u00e0 l\u2019\u00e9gard\u00a0desquelles il avait \u00e9prouv\u00e9 haine et peur. Gr\u00e2ce \u00e0\u00a0nos recherches, nous savons que cette compr\u00e9hension empathique\u00a0\u2013 compr\u00e9hension avec une personne et non \u00e0 son sujet\u00a0\u2013 est une approche si efficace qu\u2019elle peut amener des changements\u00a0majeurs de la personnalit\u00e9\u00bb (id. p. 133).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Et cette attitude va gouverner la r\u00e9expression\u00a0prudente au \u00abclient\u00bb, de ce que le th\u00e9rapeute a \u00e9cout\u00e9\u00a0et per\u00e7u \u00abdes choses dites\u00bb pour lui signifier, en\u00a0retour, sans distance ni silence, une <i>attention <\/i>\u00e0 leur \u00abexacte\u00a0nuance\u00bb, ponctu\u00e9e avec respect, et en \u00e9vitant approbations\u00a0ou d\u00e9sapprobations, jugements ou critiques, curiosit\u00e9s s\u00e9lectives\u00a0ou truismes, porteurs de contraintes ou d\u2019influences appesanties.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><b><a id=\"contenu11\" name=\"contenu11\"><\/a>Contraintes\u00a0et influences<\/b><\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Au terme de ces r\u00e9flexions, nous pouvons dire que,\u00a0d\u2019une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, les relations entre les\u00a0personnes ne sont pas aussi simples qu\u2019on ne l\u2019imagine. Elles\u00a0sont compliqu\u00e9es en raison d\u2019abord de la difficult\u00e9\u00a0\u00e0 \u00e9tudier une activit\u00e9 qui relie deux personnes.\u00a0L\u2019<i>interaction <\/i>entre deux personnes suppose plus que le \u00abprobl\u00e8me\u00a0des deux corps\u00bb. Elle met en cause au niveau humain, des tensions,\u00a0des forces qui s\u2019exercent \u00e0 un double niveau\u00a0: <i>des\u00a0contraintes d\u2019\u00e9nergies fortes <\/i>appliqu\u00e9es par les\u00a0individus les uns aux autres, et <i>des influences d\u2019\u00e9nergies\u00a0directionnelles <\/i>selon lesquelles les personnalit\u00e9s s\u2019alt\u00e8rent\u00a0r\u00e9ciproquement.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">L\u2019interaction des contraintes peut conduire \u00e0\u00a0des batailles de pouvoir o\u00f9 les \u00e9nergies se dissipent. On\u00a0le voit dans les soci\u00e9t\u00e9s d\u2019enfants et on sent que,\u00a0m\u00eame dans des soci\u00e9t\u00e9s plus \u00e9volu\u00e9es,\u00a0l\u2019existence de certaines structures sociales accept\u00e9es a pour\u00a0objet d\u2019amener la sagesse, c\u2019est-\u00e0-dire un r\u00e9gime\u00a0stable entre les personnes. Contraintes fortes entre les individus, mais\u00a0\u00e9galement influences\u00a0: influences d\u2019alt\u00e9ration,\u00a0de transformation \u2013 il n\u2019y a pas simplement dans la relation\u00a0entre deux personnes \u00e9change d\u2019\u00e9nergies fortes, celles-ci\u00a0sont souvent transpos\u00e9es \u00e0 un niveau potentiel. Par exemple\u00a0:\u00a0on dit \u00e0 quelqu\u2019un\u00a0: \u00abAllez me chercher ce dossier\u00a0!\u00bb\u00a0&#8211; on n\u2019a pas besoin d\u2019accompagner cette demande d\u2019une pression\u00a0physique forte, d\u2019une actualisation, d\u2019un pouvoir effectif de\u00a0contrainte\u00a0: il suffit que la contrainte ait \u00e9t\u00e9 \u00e9nonc\u00e9e\u00a0\u00e0 un niveau verbal, c\u2019est-\u00e0-dire en tant que <i>signe<\/i>,\u00a0en tant que <i>caract\u00e9risation <\/i>de la situation pour que la\u00a0personne, dans la plupart des cas, fasse l\u2019effort physique de chercher\u00a0le dossier en question. Il y a donc \u00e9tablissement d\u2019un r\u00e9gime\u00a0des contraintes, qui signifie le r\u00e9gime des pouvoirs r\u00e9ciproques\u00a0entre les personnes, mais contr\u00f4l\u00e9s par le r\u00e9gime\u00a0des influences. Ce r\u00e9gime fait que deux personnes, lorsqu\u2019elles\u00a0communiquent, se transforment ou tendent \u00e0 se transformer r\u00e9ciproquement.\u00a0Une telle transformation, complexe, est insolite, et par le fait m\u00eame\u00a0dangereuse\u00a0; elle a aussi besoin d\u2019\u00eatre stabilis\u00e9e.\u00a0Une partie des syst\u00e8mes sociaux est faite de stabilisateurs des\u00a0alt\u00e9rations, \u00e9vitant que les personnes ne s\u2019influencent\u00a0trop, ne se transforment trop, et pour justement permettre aux structures\u00a0des personnalit\u00e9s de rester assez stables. Mais la plus s\u00fbre\u00a0stabilisation est celle qui na\u00eet de la confiance et de l\u2019accueil\u00a0sans lourdeur de d\u00e9fensivit\u00e9 par jugement ou par inertie\u00a0de domination.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><b><a id=\"contenu12\" name=\"contenu12\"><\/a>Conclusion<\/b><\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Le profond m\u00e9rite de Rogers est de nous avoir pos\u00e9\u00a0des questions embarrassantes \u00e0 propos de notre propension \u00e0\u00a0empi\u00e9ter sur autrui et \u00e0 lui imposer des fardeaux conceptuels\u00a0ou moraux. Marian Kinget (disciple de Rogers), nous a rappel\u00e9,\u00a0en effet, que \u00ab\u00a0dans le domaine des relations humaines, le\u00a0besoin de dominer, et sous des formes d\u00e9guis\u00e9es le besoin\u00a0d\u2019\u00eatre domin\u00e9, l\u2019emportent de loin sur les besoins\u00a0de lib\u00e9rer et d\u2019\u00eatre libre\u00a0\u00bb (Rogers et Kinget,\u00a01962, p.18 de la 5<sup>e<\/sup> \u00e9d. de 1971).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Les conceptions de Rogers vont donc \u00e0 l\u2019encontre\u00a0de cette tendance g\u00e9n\u00e9rale et elles nous invitent \u00e0\u00a0la modestie et \u00e0 la cr\u00e9ativit\u00e9, dans une rigueur\u00a0qui se veut chaleureuse. Il nous incite \u00e0 porter une attention\u00a0absolue \u00e0 des actes simples de dialogue et de relation, avec la\u00a0prise de conscience que c\u2019est notre capacit\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er\u00a0un \u00e9quilibre des relations qui facilite la croissance de l\u2019autre\u00a0comme personne ind\u00e9pendante. Et ceci dans la mesure du d\u00e9veloppement\u00a0que nous avons atteint nous-m\u00eames (Cf. Rogers, 1970, p.45). \u00a0\u00ab\u00a0Car ce n\u2019est pas des sciences physiques que d\u00e9pend\u00a0l\u2019avenir. C\u2019est de nous, qui essayons de comprendre et d\u2019affronter\u00a0les interactions entre les hommes \u2013 nous qui essayons de cr\u00e9er\u00a0des relations personnelles d\u2019aide\u00a0\u00bb (id.).<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><a name=\"auteur\"><\/a>Auteur<\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Ancien \u00e9l\u00e8ve de l\u2019\u00e9cole polytechnique,\u00a0docteur \u00e8s lettres et sciences humaines, psychosociologue, <b>Andr\u00e9\u00a0de Peretti<\/b> \u00e9tait vice-pr\u00e9sident de l\u2019Association\u00a0pour la recherche et l\u2019intervention psychosociologique (A.R.I.P.)\u00a0lors du s\u00e9jour de Carl Rogers en France en 1966. Surpris et s\u00e9duit,\u00a0il publia dans la revue \u00c9tudes en janvier et f\u00e9vrier 1967\u00a0\u00ab\u00a0Carl Rogers ou les paradoxes de la pr\u00e9sence\u00a0\u00bb.\u00a0Depuis lors Andr\u00e9 de Peretti a \u00e9crit plusieurs ouvrages\u00a0sur Rogers, dont le dernier s\u2019intitule \u00ab\u00a0Pr\u00e9sence\u00a0de Carl Rogers\u00a0\u00bb (\u00e9ditions \u00c9r\u00e8s,1997,\u00a0F-31520 Ramonville Saint-Agne, France).<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><span class=\"s-titre\"> <a name=\"abstract\"><\/a>Abstract<\/span><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span class=\"resume\">Carl Rogers\u2019 primary concern is to set free\u00a0the latent abilities of his interlocutors and help them develop their\u00a0personalities. He considers that those who address themselves to him have\u00a0the potential to solve their problems if they are given the right conditions.\u00a0This eliminates any notion of a passive, dependant organism manipulated\u00a0by a specialist.<\/span><\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><a name=\"references\"><\/a><span class=\"s-titre\">R\u00e9f\u00e9rences<\/span><\/h3>\n<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\">ANZIEU, D., MARTIN, J.Y. (1979). <i>La dynamique des\u00a0groupes restreints<\/i>. Paris\u00a0: Presses Universitaires de France.<\/p>\n<p>FR\u00d6HLICH, W.D. (1997). Art\u00a0 \u00ab\u00a0D\u00e9pendance\u00a0\u00bb.\u00a0Dans <i>Dictionnaire de la Psychologie<\/i>. Paris\u00a0: collection \u00ab\u00a0Le\u00a0Livre de Poche\u00a0\u00bb. Libraire G\u00e9n\u00e9rale Fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>LEWIN, K. (1951). <i>Field Theory in Social Science\u00a0: selected theoretical\u00a0papers<\/i>. New York\u00a0: Harper et Brothers.<\/p>\n<p>PAG\u00c8S, M. 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Boston\u00a0 (Mass.) :\u00a0Houghton Mifflin Company.<\/p>\n<p>ROGERS, C. (1970). <i>Le d\u00e9veloppement de la personne<\/i>. Traduit\u00a0par E.L. Herbert. Paris\u00a0: Dunod (N.B. ce texte traduit l\u2019ouvrage\u00a0<i>On Becoming a Person<\/i>, sauf les chap.2, 6 et 15, ainsi que le chap.\u00a012. Ce dernier figure dans l\u2019ouvrage de Rogers et Kinget, volume\u00a01 \u00ab\u00a0La recherche\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>ROGERS, C. (1971). Deux tendances diff\u00e9rentes. Dans Allport, G.,\u00a0Feifel, H., Maslow, A., May, R., Rogers , C. <i>Psychologie existentielle<\/i>.\u00a0Paris\u00a0: \u00c9pi s.a.\u00a0\u00c9diteurs.(2<sup>e<\/sup> \u00e9d.).<\/p>\n<p>ROGERS, C. et DYMOND, R.F. (Eds.). (1954). <i>Psychotherapy and Personality\u00a0Change<\/i>. Chicago\u00a0: The University Chicago Press.<\/p>\n<p>ROGERS, C. et KINGET, G..M. (1962). <i>Psychoth\u00e9rapie et Relations\u00a0humaines. Th\u00e9orie et<\/i> <i>pratique de la th\u00e9rapie non-directive<\/i>.\u00a0Louvain\u00a0: Publications universitaires \/ Paris\u00a0: B\u00e9atrice-Nauwelaerts.<\/p>\n<p>SILLAMY, N. (1980). Art. \u00ab\u00a0D\u00e9pendance\u00a0\u00bb.\u00a0Dans <i>Dictionnaire encyclop\u00e9dique de<\/i> <i>Psychologie<\/i>.\u00a0Paris\u00a0: Bordas.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Andr\u00e9 DE PERETTI Auteur R\u00e9sum\u00e9\/Abstract Le grand souci de Carl Rogers est de lib\u00e9rer\u00a0les capacit\u00e9s latentes de son interlocuteur, de l\u2019aider \u00e0\u00a0d\u00e9gager sa personnalit\u00e9. 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