{"id":6463,"date":"2004-02-01T22:32:34","date_gmt":"2004-02-01T21:32:34","guid":{"rendered":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/?p=6463"},"modified":"2016-02-01T22:53:45","modified_gmt":"2016-02-01T21:53:45","slug":"carl-rogers-et-la-pensee-constructiviste-complexe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/2004\/carl-rogers-et-la-pensee-constructiviste-complexe\/","title":{"rendered":"Carl Rogers et la pens\u00e9e constructiviste complexe"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">\n<em><strong>Georges LERBET, professeur \u00e9m\u00e9rite<a href=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/Volume09_3-4_08_lerbert.pdf\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright wp-image-6320 size-full\" src=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2016\/01\/PDF.png\" alt=\"PDF\" width=\"50\" height=\"50\" \/><\/a><br \/>\n<\/strong>Universit\u00e9 Fran\u00e7ois-Rabelais, Tours, France<\/em><\/p>\n<hr width=\"100%\" \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span class=\"lien-1\"><a href=\"#auteur\">Auteur<\/a><\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span class=\"s-titre\">R\u00e9sum\u00e9<a href=\"#abstract\">\/Abstract<\/a><\/span><\/strong><\/p>\n<p class=\"resume\" style=\"text-align: justify;\">Quand Carl Rogers \u00e9labora la plus grande partie\u00a0de son \u0153uvre, le paradigme de la pens\u00e9e constructiviste complexe,\u00a0n\u2019\u00e9tait pas encore advenu. Aujourd\u2019hui, il tend \u00e0\u00a0s\u2019\u00e9panouir avec la prise en compte des conceptions de l\u2019autor\u00e9f\u00e9rence\u00a0en interaction avec celles de l\u2019h\u00e9t\u00e9ror\u00e9f\u00e9rence\u00a0plus classique depuis la cybern\u00e9tique. En sciences humaines bio-cognitives,\u00a0cet \u00e9panouissement r\u00e9interroge l\u2019id\u00e9e d\u2019autonomie\u00a0qui ne saurait \u00eatre transparente. En examinant particuli\u00e8rement\u00a0les travaux rog\u00e9riens emprunt\u00e9s \u00e0 <i>Th\u00e9orie\u00a0et Recherche<\/i>, l\u2019auteur s\u2019efforce de montrer le r\u00f4le\u00a0de pr\u00e9curseur jou\u00e9 par Rogers, notamment en travaillant\u00a0les concepts de <i>growth<\/i>, de <i>r\u00e9alit\u00e9<\/i> et d\u2019<i>empathie<\/i>.\u00a0Cela permet aussi de mieux situer les limites de cette interrogation.<\/p>\n<p class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><strong>Contenu<\/strong><\/p>\n<p class=\"lien-1\" style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#contenu1\">Introduction<\/a><br \/>\n<a href=\"#contenu2\"><br \/>\nComplexit\u00e9 du syst\u00e8me bio-cognitif de l\u2019homme<\/a><br \/>\n<a href=\"#contenu3\"><br \/>\nAffinit\u00e9s m\u00e9thodologiques<\/a><br \/>\n<a href=\"#contenu4\"><br \/>\nConvergences de mod\u00e8les<\/a><br \/>\n<a href=\"#contenu5\"><br \/>\nRenouvellements paradigmatiques<\/a><br \/>\n<a href=\"#contenu6\"><br \/>\nBr\u00e8ve conclusion<\/a><\/p>\n<hr align=\"left\" width=\"33%\" \/>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><b><a id=\"contenu1\" name=\"contenu1\"><\/a>Introduction<\/b><\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Dans le contexte \u00e9pist\u00e9mologique nouveau\u00a0qui sait prendre en compte le paradigme de la complexit\u00e9 au point\u00a0que, aujourd\u2019hui, en France, le CNRS consid\u00e8re comme une n\u00e9cessit\u00e9\u00a0pour la science de \u00ab\u00a0s\u2019attacher \u00e0 la complexit\u00e9,\u00a0(car) c\u2019est introduire une certaine mani\u00e8re de traiter le\u00a0r\u00e9el et d\u00e9finir un rapport particulier \u00e0 l\u2019objet\u00a0\u00bb,\u00a0il para\u00eet int\u00e9ressant d\u2019esquisser un nouveau regard\u00a0sur la mod\u00e9lisation de la personne selon Rogers. Pour fonder cette\u00a0esquisse, il convient de s\u2019appuyer sur l&rsquo;un de ses textes synth\u00e9tiques\u00a0majeurs\u00a0: <i>Th\u00e9orie et Recherche <\/i>(1962). Toutefois, avant\u00a0de r\u00e9aliser ce travail herm\u00e9neutique, il importe de tenter\u00a0de le contextualiser en pr\u00e9sentant, de mani\u00e8re tr\u00e8s\u00a0succincte, la voie m\u00e9thodologique et th\u00e9orique propre aux\u00a0sciences bio-cognitives (Lerbet, 1995) quand elles sont inscrites dans\u00a0le paradigme constructiviste de la complexit\u00e9.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><b><a id=\"contenu2\" name=\"contenu2\"><\/a>Complexit\u00e9\u00a0du syst\u00e8me bio-cognitif de l\u2019homme<\/b><\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Avant d\u2019aborder la pens\u00e9e de Carl Rogers et\u00a0en reprenant bri\u00e8vement des travaux ant\u00e9rieurs (Lerbet,\u00a01998), on retient comme point de d\u00e9part de cette r\u00e9flexion,\u00a0l&rsquo;apport de Piaget. Dans son \u0153uvre consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9pist\u00e9mologie\u00a0g\u00e9n\u00e9tique, il mit l&rsquo;accent sur la coh\u00e9rence scientifique\u00a0de l&rsquo;objet du savoir envisag\u00e9 comme structurant des processus h\u00e9t\u00e9ror\u00e9f\u00e9rentiels.\u00a0En un raccourci formel th\u00e9oris\u00e9, on peut consid\u00e9rer\u00a0que Piaget traita les objets \u00e9tudi\u00e9s en les appr\u00e9hendant\u00a0selon un mod\u00e8le cybern\u00e9tique classique. Cela l\u2019amena\u00a0\u00e0 s\u2019int\u00e9resser <i>de facto<\/i>, au jeu du rapport entre\u00a0les entr\u00e9es et les sorties d\u2019un domaine propre au syst\u00e8me\u00a0bio-cognitif (S) plong\u00e9 dans un environnement (E). Plus pr\u00e9cis\u00e9ment,\u00a0on peut dire que (S) et (E) entretiennent des relations de d\u00e9pendance.\u00a0Cela revient \u00e0 consid\u00e9rer la mise en fonction de l&rsquo;un des\u00a0param\u00e8tres par rapport \u00e0 l&rsquo;autre (E=<i>f<\/i><sub>(S)\u00a0<\/sub>et S=<i>f<\/i><sub>(E)<\/sub>), sachant que les relations de d\u00e9pendance\u00a0sont \u00e9videmment tr\u00e8s vari\u00e9es et que leur symbolisation\u00a0par <i>f<\/i> n&rsquo;a qu&rsquo;une valeur g\u00e9n\u00e9rique. Ces relations\u00a0\u00e9tant ici interactives, chez Piaget, elles visent \u00e0 \u00e9quilibrer\u00a0en <i>adaptation<\/i>, un contr\u00f4le <i>assimilateur <\/i>(E=<i>f<\/i><sub>(S)<\/sub>)\u00a0\u00a0et\u00a0un\u00a0contr\u00f4le\u00a0<i>accommodateur<\/i>\u00a0(S=<i>f<\/i><sub>(E)<\/sub>).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Si l\u2019\u00e9tude du domaine h\u00e9t\u00e9ror\u00e9f\u00e9rentiel,\u00a0tel qu\u2019il vient d\u2019\u00eatre d\u00e9crit abstraitement, fut\u00a0approfondie chez Piaget mais aussi chez les auteurs qui d\u00e9veloppent,\u00a0en quelque sorte, une m\u00e9thodologie \u00ab\u00a0syntaxique\u00a0\u00bb,\u00a0en revanche, la science est moins habitu\u00e9e \u00e0 consid\u00e9rer\u00a0le domaine o\u00f9 sont pris en compte les processus de fonctionnement\u00a0autor\u00e9f\u00e9rentiel d\u2019un syst\u00e8me vivant-connaissant.\u00a0<i>Grosso modo<\/i>, ces processus reposent sur un mod\u00e8le g\u00e9n\u00e9ral\u00a0qui se ram\u00e8ne \u00e0 l\u2019\u00e9tude de fonctions de la famille\u00a0S=<i>f<\/i><sub>(S)<\/sub>. Dans une telle perspective, on peut penser que\u00a0le \u00ab\u00a0prolongement\u00a0\u00bb de la d\u00e9pendance du syst\u00e8me\u00a0bio-cognitif <i>par rapport \u00e0 lui-m\u00eame<\/i>, aboutit \u00e0\u00a0mettre l&rsquo;accent sur sa coh\u00e9sion et \u00e0 s\u2019interroger sur\u00a0l&rsquo;approfondissement du \u00ab\u00a0point fixe aveugle\u00a0\u00bb (Dupuy,\u00a01993), o\u00f9 se fiche la limite du regard du syst\u00e8me sur lui-m\u00eame.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Est-ce \u00e0 dire alors que, m\u00eame en dehors des\u00a0cas pathologiques, on pourrait penser que les deux domaines h\u00e9t\u00e9ro\u00a0et auto r\u00e9f\u00e9rentiels conjectur\u00e9s plus haut, soient\u00a0vou\u00e9s \u00e0 s\u2019ignorer, \u00e0 se d\u00e9truire ou \u00e0\u00a0s\u2019exclure mutuellement par le jeu d&rsquo;on ne sait quelle pulsion imp\u00e9rialiste\u00a0propre \u00e0 chacun ?<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Une telle position th\u00e9orique ne para\u00eet pas\u00a0soutenable au moins pour deux raisons. La premi\u00e8re est d\u2019ordre\u00a0intuitif et pragmatique\u00a0: elle signifie que chaque individu ressent\u00a0profond\u00e9ment &#8211; et ce d\u2019autant plus que cela lui para\u00eet\u00a0indicible -, le fait que conna\u00eetre implique la rencontre n\u00e9cessaire\u00a0d\u2019un environnement mat\u00e9riel et social avec soi-m\u00eame.\u00a0La seconde raison est plus li\u00e9e au paradigme scientifique proprement\u00a0dit qui se d\u00e9ploie dans deux perspectives.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">La premi\u00e8re est propre \u00e0 chaque sujet. Elle\u00a0repose sur l\u2019id\u00e9e selon laquelle les deux domaines du syst\u00e8me\u00a0bio-cognitif individuel sont sans cesse conjoints de fa\u00e7on originale\u00a0chez chaque personne, de sorte que cette conjonction r\u00e9sulte de\u00a0leurs <i>interactions<\/i> \u00e0 la fois in\u00e9vitables et invisibles.\u00a0L\u2019autre perspective a trait aux relations interpersonnelles. Envisag\u00e9es\u00a0dans la pratique scientifique psychosociale par exemple, ces relations\u00a0signifient que, en dehors des <i>r\u00e9sultats<\/i> qui peuvent \u00eatre\u00a0observ\u00e9s et ressentis par chacun, les regards diff\u00e9rents\u00a0port\u00e9s sur un interlocuteur, ne suppriment ni son masquage relatif\u00a0ni son int\u00e9grit\u00e9 subsum\u00e9e ; si bien que, m\u00e9thodologiquement,\u00a0les sujets diff\u00e9rents et mutuellement exclusifs, r\u00e9pondent\u00a0\u00e0 un principe de compl\u00e9mentarit\u00e9 afin que s\u2019instaurent,\u00a0entre eux, des espaces d\u2019interlocution et de compr\u00e9hension,\u00a0espaces construits en interaction <i>entre<\/i> ces sujets et de part et\u00a0d\u2019autre.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Ainsi, l\u2019approfondissement de (S) selon les d\u00e9marches\u00a0et les mod\u00e8les qui conjoignent les domaines h\u00e9t\u00e9ro\u00a0et auto r\u00e9f\u00e9rentiels propres \u00e0 chacun, autorise-t-il\u00a0\u00e0 envisager l&rsquo;hypoth\u00e8se m\u00e9thodologique selon laquelle\u00a0le chercheur et le sujet qu\u2019il appr\u00e9hende, d\u00e9veloppent\u00a0s\u00e9par\u00e9ment des interactions suscit\u00e9es par ces domaines.\u00a0En revanche, il demeure impossible de construire autre chose que des conjectures\u00a0hypoth\u00e9tiques sur les interactions entre ces deux domaines.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><b><a id=\"contenu3\" name=\"contenu3\"><\/a>Affinit\u00e9s\u00a0m\u00e9thodologiques<\/b><\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Dans ces conditions m\u00e9thodologiques favorables,\u00a0m\u00eame si la th\u00e9orisation des deux domaines sym\u00e9triques\u00a0demeure s\u00e9par\u00e9e, il devient possible et l\u00e9gitime\u00a0de concevoir une pragmatique productrice du syst\u00e8me (S), lui-m\u00eame\u00a0g\u00e9n\u00e9rant l&rsquo;approche de la personne autonome dans son milieu\u00a0propre. Cette pragmatique, qui tient aux interactions des domaines h\u00e9t\u00e9ro\/autor\u00e9f\u00e9rentiels,\u00a0est une construction renvoyant \u00e0 l\u2019id\u00e9e de complexit\u00e9\u00a0\u00e9mergente autonome. Dans la voie th\u00e9orique d\u00e9velopp\u00e9e\u00a0ici, cette entit\u00e9 tient conjointement \u00e0 l\u2019importance\u00a0des contraintes environnementales actuelles \u00ab\u00a0internalis\u00e9es\u00a0\u00bb\u00a0(domaine de l&rsquo;h\u00e9t\u00e9ror\u00e9f\u00e9renciation), et aux\u00a0processus de finalisation propres au sujet (domaine de l&rsquo;autor\u00e9f\u00e9renciation).\u00a0Enfin, si ces interactions entre les deux domaines m\u00e9ritent une\u00a0attention particuli\u00e8re, elles interrogent sur d&rsquo;autres interactions\u00a0qui sont au c\u0153ur m\u00eame\u00a0 des pr\u00e9occupations de Carl\u00a0Rogers : ces interactions l\u00e0 et celles qui ont de l\u2019\u00e9cho\u00a0chez le chercheur clinicien. En effet, que peut dire des premi\u00e8res,\u00a0le chercheur quand l&rsquo;objectivit\u00e9 est consid\u00e9r\u00e9e comme\u00a0faible et que le voile sur le r\u00e9el est pris en consid\u00e9ration\u00a0?<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">De ce qui pr\u00e9c\u00e8de, il ressort que, au mieux,\u00a0ce chercheur peut faire des conjectures concernant le \u00ab\u00a0dedans\u00a0\u00bb\u00a0de l&rsquo;autre-sujet pris comme objet d&rsquo;\u00e9tude, sans toutefois pr\u00e9tendre\u00a0pouvoir en produire une description objective positive compl\u00e8te.\u00a0En faisant ainsi de ces interactions des conjectures, enrichies par une\u00a0relation m\u00e9tapragmatique mod\u00e9lisatrice avec l&rsquo;autre, on\u00a0commence \u00e0 reconna\u00eetre que c&rsquo;est l\u2019id\u00e9e de personne\u00a0dont la th\u00e9orisation est renouvel\u00e9e. En effet, elle semble\u00a0pos\u00e9e et v\u00e9cue comme se structurant selon ce jeu d&rsquo;interactions\u00a0intrapersonnelles, g\u00e9n\u00e9ratrices de co-\u00e9mergences\u00a0paradoxales propres au milieu personnel\u00a0; ce qui est assez significatif\u00a0chez Varela quand il \u00e9crit (1995, p.\u00a0322) : \u00ab\u00a0Je\u00a0pense que la nouveaut\u00e9 radicale de notre compr\u00e9hension nouvellement\u00a0acquise et encore fragmentaire des propri\u00e9t\u00e9s \u00e9mergentes\u00a0dans les processus de r\u00e9seaux distribu\u00e9s tient pr\u00e9cis\u00e9ment\u00a0\u00e0 ce qu&rsquo;elle nous procure des m\u00e9taphores puissantes d&rsquo;un\u00a0soi d\u00e9nu\u00e9 de soi : un tout coh\u00e9rent qui ne se trouve\u00a0nulle part et peut n\u00e9anmoins \u00eatre l&rsquo;occasion d&rsquo;un couplage\u00a0\u00bb.\u00a0Dans l\u2019esprit de ce nouveau paradigme, il devient alors l\u00e9gitime\u00a0de conjecturer de fa\u00e7on capitale, que m\u00eame si elles sont\u00a0invisibles du dehors, ces co-\u00e9mergences n&rsquo;en existent pas moins\u00a0\u00e0 travers un soi\/non-soi, virtuel et actuel dans sa dynamique antagoniste\u00a0complexe.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><b><a id=\"contenu4\" name=\"contenu4\"><\/a>Convergences\u00a0de mod\u00e8les<\/b><\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">De la lecture du texte de Rogers \u00e9voqu\u00e9\u00a0plus haut, on retient que l&rsquo;un des premiers \u00e9l\u00e9ments de\u00a0son \u00ab\u00a0axiomatique\u00a0\u00bb intellectuelle concerne sa \u00ab\u00a0foi\u00a0in\u00e9branlable dans la primaut\u00e9 de l&rsquo;ordre subjectif, (puisque)\u00a0l&rsquo;homme vit essentiellement dans un monde subjectif et personnel\u00a0\u00bb\u00a0(1962, p.157). De m\u00eame, on peut aussi noter avec notre conception\u00a0de la personne dans une perspective complexe que, quand Rogers &#8211; pour\u00a0qui la conscience est une \u00ab\u00a0symbolisation de l&rsquo;exp\u00e9rience\u00a0\u00bb\u00a0-, pr\u00e9tend que \u00ab\u00a0par suite de l&rsquo;interaction entre l&rsquo;organisme\u00a0et le milieu cette conscience d&rsquo;exister s&rsquo;accro\u00eet et s&rsquo;organise\u00a0graduellement pour former la notion du moi qui en tant qu&rsquo;objet de la\u00a0perception, fait partie du champ de l&rsquo;exp\u00e9rience totale\u00a0\u00bb\u00a0(1962, p.209), il semble proche du processus de <i>d\u00e9centration\u00a0<\/i>tel que nous l\u2019avons con\u00e7u (Lerbet, 1992)\u00a0; \u00e0\u00a0ceci pr\u00e8s que nous ne pensons pas qu&rsquo;une exp\u00e9rience puisse\u00a0\u00eatre totale. De m\u00eame, quand il \u00e9crit (p.210) que \u00ab\u00a0les\u00a0satisfactions (ou les frustrations) qui accompagnent les exp\u00e9riences\u00a0relatives au moi, peuvent \u00eatre \u00e9prouv\u00e9es ind\u00e9pendamment\u00a0de toute manifestation de consid\u00e9ration positive par autrui\u00a0\u00bb,\u00a0il d\u00e9crit \u00e0 peu pr\u00e8s ce que nous entendons par l&rsquo;<i>int\u00e9riorisation\u00a0<\/i>dans la m\u00eame th\u00e9orie.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Un autre \u00e9l\u00e9ment de rapprochement du point\u00a0de vue rog\u00e9rien avec celui de la complexit\u00e9, porte sur la\u00a0construction de mod\u00e8les th\u00e9oriques qui semblent, en partie\u00a0au moins, s&rsquo;apparenter, dans les deux cas, \u00e0 un produit conjectural\u00a0tel que nous l&rsquo;esquissions plus haut. En effet, ces mod\u00e8les constituent\u00a0un syst\u00e8me dont la structure g\u00e9n\u00e9rale repose sur\u00a0les interactions des exp\u00e9riences de Rogers avec l&rsquo; \u00ab\u00a0objet\u00a0\u00bb\u00a0qu&rsquo;il a construit progressivement, particuli\u00e8rement dans le domaine\u00a0psychoth\u00e9rapeutique (1962, p.158-159). Mais c&rsquo;est surtout dans\u00a0la mod\u00e9lisation g\u00e9n\u00e9rale de la personne que nous\u00a0trouvons, chez cet auteur, un \u00e9tonnant rapprochement avec la pens\u00e9e\u00a0actuelle, rapprochement d\u2019autant plus pertinent qu\u2019est pos\u00e9e\u00a0la question du \u00ab\u00a0soi\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Soi ou moi ? Il est banal de souligner que les traductions\u00a0du concept de \u00ab\u00a0<i>self<\/i>\u00a0\u00bb font probl\u00e8me\u00a0en fran\u00e7ais. <i>Self<\/i> peut, en effet, \u00eatre entendu, en\u00a0anglais, comme un complexe du sujet qui se pose en se bouclant. Ainsi,\u00a0si <i>self<\/i> est \u00ab\u00a0soi\u00a0\u00bb, il est aussi \u00ab\u00a0moi\u00a0\u00bb,\u00a0dans la mesure o\u00f9 le sujet s&rsquo;autoconstruit. Si bien qu&rsquo;il importe\u00a0de supposer que, quand Rogers th\u00e9orise la personne, il th\u00e9orise\u00a0aussi, conjointement, les rapports entre un <i>self<\/i> et ce qu&rsquo;il n&rsquo;est\u00a0pas (<i>non self<\/i>). De m\u00eame, le concept de \u00ab\u00a0moi\u00a0\u00bb\u00a0chez Rogers, repr\u00e9sente un des noyaux principaux de sa th\u00e9orie\u00a0constructiviste. C&rsquo;est \u00ab\u00a0une structure qui se d\u00e9veloppe\u00a0\u00e0 mesure que l&rsquo;organisme se diff\u00e9rencie\u00a0\u00bb. Il\u00a0ne saurait donc \u00eatre question de r\u00e9duire ce \u00ab\u00a0moi\u00a0\u00bb\u00a0\u00e0 une instance sans histoire, donc, \u00e0 proprement parler,\u00a0\u00e0 une <i>gestalt<\/i> dans son acception psychologique premi\u00e8re.\u00a0En revanche, il est possible de trouver des niveaux d&rsquo;organisation de\u00a0structuration \u00ab\u00a0d&rsquo;exp\u00e9riences disponibles \u00e0 la\u00a0conscience\u00a0\u00bb (1962, p.174). D&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il\u00a0convient de rep\u00e9rer des processus qui font fonctionner et construisent\u00a0ce \u00ab\u00a0moi\u00a0\u00bb. Il s&rsquo;agit aussi bien de \u00ab\u00a0repr\u00e9sentation,\u00a0symbolisation, conscience\u00a0\u00bb, qui sont trois \u00ab\u00a0termes\u00a0\u00bb\u00a0\u00ab\u00a0interchangeables\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0synonymes\u00a0\u00bb\u00a0(1962, p.166), que de \u00ab\u00a0perception\u00a0\u00bb, sorte de \u00ab\u00a0pronostic\u00a0\u00e9mergeant de la conscience\u00a0\u00bb en r\u00e9ponse \u00e0\u00a0un stimulus ; ce qui dialectise la relation \u00e0 l&rsquo;objet. Il s&rsquo;agit\u00a0\u00e9galement de \u00ab\u00a0subception\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0discrimination\u00a0(d&rsquo;excitants) sans repr\u00e9sentation consciente\u00a0\u00bb (1962,\u00a0p.168-169).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">De tout cela, on retient que Rogers admet fondamentalement\u00a0l&rsquo;id\u00e9e de <i>niveaux de structuration et de conscience du moi\u00a0<\/i>(ce que nous avons d\u00e9velopp\u00e9 dans le concept de degr\u00e9s\u00a0de lucidit\u00e9, Lerbet, 1993), et il le fait dans une perspective\u00a0th\u00e9orique suffisamment complexe pour que le mod\u00e8le soit\u00a0d\u2019ordre <i>int\u00e9gratif<\/i> et non pas <i>sommatif<\/i> : \u00ab\u00a0le\u00a0moi n&rsquo;est pas simplement la somme de ces \u00e9l\u00e9ments (apprentissages,\u00a0conditionnements). Essentiellement, c&rsquo;est une \u00ab\u00a0<i>Gestalt<\/i>\u00a0\u00bb\u00a0dont la signification v\u00e9cue est susceptible de changer sensiblement,\u00a0voire de se renverser \u00e0 la suite de changements d&rsquo;un quelconque\u00a0de ces \u00e9l\u00e9ments. En fait, le caract\u00e8re structural\u00a0du moi peut se comparer aux figures ambigu\u00ebs&#8230; Quelque chose de\u00a0ce genre peut se produire dans l&rsquo;image que le client se fait de lui-m\u00eame\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s ces pr\u00e9cautions de cadrage par rapport\u00a0\u00e0 la pens\u00e9e la plus contemporaine, le discours th\u00e9orique\u00a0de Carl Rogers prend une nouvelle tonalit\u00e9. Il ne porte pas seulement\u00a0sur les interactions qui pourraient demeurer dans le champ des h\u00e9t\u00e9ror\u00e9f\u00e9rences\u00a0subjectives et intersubjectives &#8211; celles propres au \u00ab\u00a0cadre\u00a0de r\u00e9f\u00e9rence externe\u00a0\u00bb (1962, p.188) -, il concerne\u00a0aussi celles qui impliquent des processus autor\u00e9f\u00e9rentiels.\u00a0C\u2019est ce dont t\u00e9moigne la conception suivante de la perception\u00a0(1962,\u00a0p.187)\u00a0: \u00ab\u00a0Percevoir \u00e0 partir d&rsquo;un cadre de r\u00e9f\u00e9rence\u00a0purement subjectif sans se pr\u00e9occuper du cadre de r\u00e9f\u00e9rence\u00a0de l&rsquo;objet observ\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire, sans adopter une attitude\u00a0empathique, c&rsquo;est percevoir cet objet \u00e0 partir d&rsquo;un cadre de r\u00e9f\u00e9rence\u00a0externe\u00a0\u00bb ; ce qui signifie que l&rsquo;\u00ab\u00a0externalisation\u00a0\u00bb\u00a0de l&rsquo;autre oublie, de fa\u00e7on majeure, sa dimension autor\u00e9f\u00e9rentielle.\u00a0Voil\u00e0 qui implique donc, aussi, la sous-jacence des autor\u00e9f\u00e9rences\u00a0se construisant dans (et par) un \u00ab\u00a0cadre de r\u00e9f\u00e9rence\u00a0interne\u00a0\u00bb (1962, p.187) qui \u00ab\u00a0se r\u00e9f\u00e8re\u00a0\u00e0 l&rsquo;ensemble des exp\u00e9riences\u00a0\u00bb et qui \u00ab\u00a0repr\u00e9sente\u00a0le monde subjectif\u00a0\u00bb \u00e9tant cens\u00e9 \u00eatre \u00ab\u00a0capable\u00a0de conna\u00eetre ce monde pleinement\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Les rapprochements emprunt\u00e9s \u00e0 Rogers avec\u00a0les mod\u00e8les th\u00e9oriques les plus actuels prennent encore\u00a0plus de poids quand est abord\u00e9e la question de l\u2019empathie\u00a0et celle de la transparence du sujet. Tout travail sur les interactions\u00a0implique que l\u2019on accepte leur absence de transparence absolue et\u00a0que l\u2019on admette que l\u2019on ne peut que les conjecturer \u00e0\u00a0partir des r\u00e9sultats qu\u2019elles sont cens\u00e9 susciter.\u00a0Ainsi, si les interactions propres aux processus h\u00e9t\u00e9ro- \u00a0et auto- sont fond\u00e9es chez chacun d&rsquo;entre nous et si ces processus\u00a0interagissent avec ceux d\u2019autrui, on peut penser qu\u2019ils impliquent\u00a0la possibilit\u00e9 d\u2019une relation empathique interpersonnelle.\u00a0Cependant, par construction, ils impliquent aussi que les interactions\u00a0subjectives ne puissent susciter une transparence de l&rsquo;un des sujets aux\u00a0yeux de l&rsquo;autre.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est en r\u00e9cusant fondamentalement cette transparence\u00a0de l&rsquo;autre-objet vis-\u00e0-vis de soi que Rogers corrobore son statut\u00a0de pr\u00e9curseur de la pens\u00e9e complexe telle qu\u2019elle se\u00a0d\u00e9veloppe aujourd\u2019hui. En effet, qu&rsquo;il puisse y avoir rencontre\u00a0entre sujets, Rogers n&rsquo;en doute pas et il inscrit cette possibilit\u00e9\u00a0dans le processus d&#8217;empathie. Seulement, il s&#8217;empresse d&rsquo;ajouter que \u00ab\u00a0nul\u00a0autre n&rsquo;est capable de (&#8230;) p\u00e9n\u00e9trer (chez autrui) sauf\u00a0par voie d&rsquo;inf\u00e9rence empathique\u00a0\u00bb (1962, p.187), en\u00a0raison de ce que cette empathie produit \u00ab\u00a0une &#8230; connaissance\u00a0qui\u00a0ne (peut) jamais \u00eatre compl\u00e8te\u00a0\u00bb. D\u00e8s lors,\u00a0\u00ab\u00a0percevoir de mani\u00e8re empathique, revient bien \u00e0\u00a0percevoir le monde subjectif d&rsquo;autrui \u00ab\u00a0comme si\u00a0\u00bb\u00a0on \u00e9tait cette personne sans toutefois jamais perdre de vue qu&rsquo;il\u00a0s&rsquo;agit d&rsquo;une situation comme si\u00a0\u00bb (1962, p.187-188).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Cette posture m\u00e9thodologique clinique retrouve\u00a0de fa\u00e7on tr\u00e8s pertinente le statut constructiviste et complexe\u00a0de l&rsquo;\u00a0\u00ab\u00a0objet\/sujet\u00a0\u00bb bio-cognitif qu\u2019est\u00a0la personne. Conform\u00e9ment \u00e0 ce qui est d\u00e9j\u00e0\u00a0\u00e9crit plus haut, cet objet para\u00eet appr\u00e9hendable selon\u00a0une \u00ab\u00a0m\u00e9tapragmatique\u00a0\u00bb relationnelle qui\u00a0interdit de le rendre totalement transparent, mais qui autorise \u00e0\u00a0le conjecturer pragmatiquement, en fonction des \u00e9changes corrobor\u00e9s\u00a0entre les interlocuteurs. Plus fondamentalement, cela constitue un <i>paradoxe\u00a0tragique<\/i> selon lequel la rencontre avec autrui, \u00e0 la fois,\u00a0construit du sens (connaissance de soi et de l&rsquo;autre comme non-soi) et\u00a0en pose la limite, au point que la relation trouve sa puissance dans sa\u00a0limitation m\u00eame ; sachant que le sujet s&rsquo;exprime de mani\u00e8re\u00a0pragmatique en partie consciente et \u00ab\u00a0non n\u00e9cessairement\u00a0verbale\u00a0\u00bb (1962, p.166), \u00e0 partir de l&rsquo;exp\u00e9rience\u00a0de son moi, laquelle \u00ab\u00a0constitue la mati\u00e8re dont se\u00a0forme la structure exp\u00e9rientielle appel\u00e9e id\u00e9e ou\u00a0image du moi\u00a0\u00bb (1962, p.169).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">En d\u00e9finitive, le regard moderne que l\u2019on\u00a0peut poser sur la pens\u00e9e m\u00e9thodologique de Rogers est qu\u2019il\u00a0para\u00eet intuiter l&rsquo;id\u00e9e de compl\u00e9mentarit\u00e9 et\u00a0qu\u2019il a orient\u00e9 ses travaux dans la voie de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat\u00a0port\u00e9 au sujet, \u00e0 sa personne, et \u00e0 l&rsquo;appr\u00e9hension\u00a0de son monde propre en tant qu\u2019homme-chercheur, sujet lui aussi,\u00a0et hors de tout esprit positiviste : \u00ab\u00a0L&rsquo;homme vit essentiellement\u00a0dans un monde subjectif personnel, \u00e9crira-t-il. Ses activit\u00e9s,\u00a0m\u00eame les plus objectives &#8211; ses efforts scientifiques, quantitatifs\u00a0math\u00e9matiques, etc. &#8211; repr\u00e9sentent l&rsquo;expression de buts\u00a0subjectifs et de choix subjectifs\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Ainsi, dans son temps, Rogers se situera-t-il r\u00e9solument\u00a0dans le champ de la psychologie existentielle, plut\u00f4t que dans celui\u00a0de la psychologie exp\u00e9rimentale qui simplifie la subjectivit\u00e9\u00a0humaine et animale. Plus g\u00e9n\u00e9ralement, sa pens\u00e9e\u00a0reposera sur l&rsquo;id\u00e9e de la r\u00e9alisation d\u2019un <i>self\u00a0<\/i>con\u00e7u, avant tout, comme un devenir, sans que, toutefois, cet accent\u00a0mis sur la finalisation qui englobe \u00ab\u00a0motivation\u00a0\u00bb,\u00a0\u00ab\u00a0expression\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0connaissance\u00a0\u00bb,\u00a0n\u00e9glige ni la m\u00e9moire ni l\u2019\u00ab\u00a0exp\u00e9rience\u00a0\u00bb\u00a0\u00ab\u00a0qui recouvre tant les \u00e9v\u00e9nements dont l&rsquo;individu\u00a0est conscient, [qu\u2019il \u00ab\u00a0symbolise consciemment\u00a0\u00bb]\u00a0que les ph\u00e9nom\u00e8nes dont il est inconscient\u00a0\u00bb.\u00a0Et c\u2019est dans ce m\u00eame ordre d\u2019id\u00e9es, que Rogers\u00a0pourra avancer que l\u2019\u00ab\u00a0experiencing\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0englobe\u00a0(&#8230;) \u00e0 la fois l&rsquo;exp\u00e9rience affective et la signification\u00a0cognitive de cette exp\u00e9rience dans son contexte v\u00e9cu\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Cette posture th\u00e9orique n\u2019est \u00e9videmment\u00a0pas disjointe d\u2019un cadre \u00e9pist\u00e9mologique coh\u00e9rent\u00a0m\u00eame s\u2019il demeure en partie implicite. En tout cas, il se pr\u00e9sente\u00a0comme \u00e9tant assez puissant pour rendre manifestes des cons\u00e9quences\u00a0pragmatiques. Ainsi, peut-on consid\u00e9rer que, chez Rogers, il ne\u00a0saurait y avoir d&rsquo;objet qui ne prenne pas en consid\u00e9ration des\u00a0sujets\u00a0: sujet chercheur certes, mais aussi sujet-objet. D\u2019o\u00f9\u00a0il a pu r\u00e9sulter dans les pratiques psychot\u00e9rapiques par\u00a0exemple, qu\u2019il ne saurait y avoir de troubles du sujet sans troubles\u00a0des interactions interpersonnelles qui servent ici de rep\u00e8res et\u00a0constituent une des caract\u00e9ristiques m\u00e9thodologiques et\u00a0th\u00e9oriques majeures de son \u0153uvre.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><b><a id=\"contenu5\" name=\"contenu5\"><\/a>Renouvellements\u00a0paradigmatiques<\/b><\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">La m\u00e9thodologie et la th\u00e9orisation rog\u00e9riennes\u00a0viennent de r\u00e9v\u00e9ler une solide lucidit\u00e9 intuitive\u00a0des impossibilit\u00e9s d&rsquo;une approche consistante (sans contradictions)\u00a0du sujet en psychologie. Elle rendent aussi impertinente parce que tr\u00e8s\u00a0r\u00e9futable dans la perspective popp\u00e9rienne de ce concept,\u00a0toute approche positiviste li\u00e9e \u00e0 cette discipline. Elles\u00a0r\u00e9v\u00e8lent \u00e9galement l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019atteindre\u00a0&#8211; et m\u00eame de penser -, une hypoth\u00e9tique transparence de l\u2019autonomie\u00a0de la personne. Cela \u00e9tant, peut-on pr\u00e9tendre que Rogers\u00a0soit all\u00e9 tr\u00e8s loin dans l&rsquo;explicitation de ce qu&rsquo;il a intuit\u00e9\u00a0? Dans cette voie critique, on retiendra qu\u2019il a su faire \u00e9merger\u00a0des concepts qui facilit\u00e8rent l\u2019ouverture paradigmatique vers\u00a0la pens\u00e9e complexe. Il a su poser des limites \u00e0 l&rsquo;approche\u00a0exp\u00e9rimentale et faire sentir l\u2019importance du diptyque interactif\u00a0de la personne\u00a0: celui qui postule <i>de facto<\/i> la conjonction\u00a0du domaine du rapport h\u00e9t\u00e9ror\u00e9f\u00e9rentiel reliant\u00a0la personne au monde ext\u00e9rieur, avec celui de l&rsquo;autor\u00e9f\u00e9rence\u00a0et de l&rsquo;incompl\u00e9tude bio-cognitive fondamentale qui l\u2019accompagne.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Ce sont ces convictions et ces attitudes qui supportent\u00a0l&rsquo;esquisse de l&rsquo;<i>auto-consistance<\/i> personnelle en psychologie et,\u00a0plus g\u00e9n\u00e9ralement, aujourd\u2019hui, en sciences bio-cognitives.\u00a0Chez Rogers, elles reposent sur des recherches en psychoth\u00e9rapie\u00a0et en \u00e9ducation, et elles peuvent se r\u00e9sumer grossi\u00e8rement\u00a0comme il suit : la personne se construit selon un processus actualisateur\u00a0constructif de soi (le \u00ab\u00a0<i>growth<\/i>\u00a0\u00bb)\u00a0;\u00a0ce qui peut se concentrer en une proposition radicale\u00a0: \u00ab\u00a0l&rsquo;homme\u00a0est directionnel\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">De fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, on peut comprendre\u00a0que le macro processus du \u00ab\u00a0<i>growth<\/i>\u00a0\u00bb constitue\u00a0bien le concept central de la th\u00e9orie rog\u00e9rienne, surtout\u00a0si l\u2019on \u00e9largit le paradigme. Bio-psychologiquement, le \u00ab\u00a0<i>growth<\/i>\u00a0\u00bb\u00a0est cens\u00e9 fonctionner au mieux quand il est r\u00e9gul\u00e9\u00a0de l&rsquo;int\u00e9rieur et quand il conserve un espace de d\u00e9veloppement\u00a0pour que se poursuive l&rsquo;accomplissement d&rsquo;une \u00ab\u00a0vie pleine\u00a0\u00bb.\u00a0En revanche, quand cette r\u00e9gulation est mise hors circuit, quand\u00a0s\u2019impose une r\u00e9gulation ext\u00e9rieure trop stricte de\u00a0la part d\u2019autrui et\/ou de la soci\u00e9t\u00e9, il y aurait perte\u00a0d&rsquo;autonomie et d&rsquo;authenticit\u00e9 congruente.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Hormis le \u00ab\u00a0<i>growth<\/i>\u00a0\u00bb, l&rsquo;autre\u00a0concept majeur du mod\u00e8le rog\u00e9rien est celui de \u00ab\u00a0tendance\u00a0actualisante\u00a0\u00bb auto-\u00e9valuatrice. Cela fait \u00e9crire\u00a0\u00e0 l\u2019auteur am\u00e9ricain (1962, p.209) que \u00ab\u00a0le\u00a0processus d&rsquo;\u00e9valuation n&rsquo;est pas soumis \u00e0 des conditions\u00a0externes\u00a0\u00bb, d&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;id\u00e9e en forme de corollaire,\u00a0que \u00ab\u00a0le sujet \u00e9prouve un sentiment de consid\u00e9ration\u00a0positive inconditionnelle \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de lui-m\u00eame\u00a0\u00bb,\u00a0sentiment qui convoque l&rsquo;autor\u00e9gulation de soi gr\u00e2ce \u00e0\u00a0la tendance actualisante qui \u00ab\u00a0sert de crit\u00e8re\u00a0\u00bb\u00a0et traduit, en propre, les effets de l&rsquo;autonomie personnelle. En revanche,\u00a0lorsque l&rsquo;\u00e9valuation personnelle est d\u00e9pendante de l&rsquo;ext\u00e9rieur,\u00a0il y a \u00ab\u00a0<i>malajustement<\/i>\u00a0\u00bb (malfonctionnement),\u00a0d&rsquo;o\u00f9 un risque de blocage sur des d\u00e9fenses rigidifiantes\u00a0(<i>intensionality<\/i>), par opposition \u00e0 l&rsquo;ouverture (<i>extensionality<\/i>).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Dans ces conditions th\u00e9oriques, la tendance actualisante\u00a0est donc bien \u00ab\u00a0le postulat fondamental\u00a0\u00bb. Elle\u00a0peut alors se d\u00e9finir (1962, p.162) comme le fait que \u00ab\u00a0tout\u00a0organisme est anim\u00e9 d&rsquo;une tendance inh\u00e9rente \u00e0 d\u00e9velopper\u00a0ses potentialit\u00e9s (&#8230;) de mani\u00e8re \u00e0 favoriser sa\u00a0conservation et son enrichissement\u00a0\u00bb, donc d&rsquo;assurer un \u00ab\u00a0d\u00e9veloppement\u00a0dans le sens de l&rsquo;autonomie et de l&rsquo;unit\u00e9 (&#8230;) c&rsquo;est-\u00e0-dire\u00a0dans le sens oppos\u00e9 de celui de l&rsquo;h\u00e9t\u00e9ronomie\u00a0\u00bb.\u00a0Il est alors tr\u00e8s coh\u00e9rent avec cette perspective th\u00e9orique\u00a0g\u00e9n\u00e9rale, que Rogers con\u00e7oive l&rsquo;exp\u00e9rience\u00a0la \u00ab\u00a0r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb du sujet de fa\u00e7on\u00a0intime, et qu&rsquo;il envisage la r\u00e9alit\u00e9 personnelle comme le\u00a0\u00ab\u00a0milieu\u00a0\u00bb qui \u00ab\u00a0n&rsquo;existe que pour lui\u00a0: dans un monde de sa propre cr\u00e9ation\u00a0\u00bb. Un milieu qui\u00a0n&rsquo;est pas, en cela, confondu avec l&rsquo;environnement, mais qui doit \u00eatre\u00a0entendu comme co-\u00e9mergeant avec le <i>self<\/i>, pour structurer,\u00a0avec celui-ci, la personne complexe. Car, comme l&rsquo;estimait Rogers, la\u00a0personne a un monde propre qui se construit concomitamment \u00e0 son\u00a0d\u00e9veloppement, au point que le sens na\u00eet (\u00ab\u00a0autor\u00e9f\u00e9rence\u00a0\u00bb)\u00a0de cette construction.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Bien engag\u00e9 avant la lettre, dans ce qui sera plus\u00a0tard la conception de \u00ab\u00a0l\u2019invention de la r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0par l\u2019homme (Watzlawick 1988), Rogers exprima tout cela fort clairement\u00a0quand il \u00e9crivit que \u00ab\u00a0dans son interaction avec la\u00a0r\u00e9alit\u00e9 (avec son milieu), l&rsquo;individu se comporte comme\u00a0un tout organis\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire une \u00ab\u00a0<i>gestalt<\/i>\u00a0\u00bb\u00a0ou \u00ab\u00a0structure\u00a0\u00bb. Quand il se fut agi de d\u00e9finir\u00a0les processus de r\u00e9gulation propres au sujet, Rogers les assimila\u00a0\u00e0 un \u00ab\u00a0processus continuel d&rsquo;\u00e9valuation autonome\u00a0\u00bb,\u00a0cette \u00ab\u00a0\u00e9valuation\u00a0\u00bb pouvant \u00eatre qualifi\u00e9e\u00a0d\u2019\u00ab\u00a0organismique\u00a0\u00bb en ce que c&rsquo;est la \u00ab\u00a0tendance\u00a0actualisante\u00a0\u00bb qui lui sert de crit\u00e8re.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Pour ce qui est de l&rsquo;autonomie, l\u2019intuition s\u2019apparente\u00a0pratiquement \u00e0 une conjecture tant elle est proche des travaux\u00a0plus r\u00e9cents. Ainsi, dans la structuration du <i>self<\/i> l\u2019autonomie\u00a0de la personne co\u00efncide-t-elle \u00e0 peu pr\u00e8s avec ce que\u00a0Varela (1979) a pu en \u00e9crire concernant sa manifestation caract\u00e9ris\u00e9e\u00a0par l&rsquo;oscillation li\u00e9e \u00e0 la part d&rsquo;autor\u00e9f\u00e9rence\u00a0et au calcul autor\u00e9f\u00e9rentiel (Spencer-Brown, 1979). Cependant,\u00a0cette autor\u00e9f\u00e9renciation ne fut sp\u00e9cifi\u00e9e\u00a0par Rogers qui \u00e9crivit (1962, p.176)\u00a0: que le caract\u00e8re\u00a0structural du <i>self<\/i> \u00ab\u00a0peut se comparer aux figures ambigu\u00ebs\u00a0que l&rsquo;on trouve dans les manuels de psychologie de la forme et qui pr\u00e9sentent,\u00a0par exemple, un trac\u00e9 qui se per\u00e7oit tant\u00f4t comme\u00a0le contour d&rsquo;un vase et tant\u00f4t (&#8230;) comme deux figures humaines\u00a0de profil\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Pour comprendre encore mieux la puissance de ce que l&rsquo;approche\u00a0rog\u00e9rienne esquisse, il faut aussi en poser les limites per\u00e7ues\u00a0dans l&rsquo;oeuvre et, en m\u00eame temps, d\u00e9gager les convergences\u00a0&#8211; que l&rsquo;on sent s&rsquo;amorcer &#8211; avec l&rsquo;approche contemporaine d&rsquo;une dimension\u00a0bio-cognitive \u00ab\u00a0immunologique\u00a0\u00bb de la personne,\u00a0li\u00e9e \u00e0 la pens\u00e9e complexe. C&rsquo;est ainsi qu\u2019en\u00a0\u00e9tudiant la dialectique du sujet avec son environnement, via les\u00a0productions &#8211; en partie floues &#8211; de son milieu, Rogers, travaillant les\u00a0dysfonctionnements sut conserver une place aux ambigu\u00eft\u00e9s\u00a0et aux ambivalences, dans la mesure o\u00f9 son int\u00e9r\u00eat\u00a0se portait sur la qu\u00eate d&rsquo;une relation \u00ab\u00a0empathique\u00a0\u00bb,\u00a0qui n&rsquo;est pas fusionnelle puisqu&rsquo;elle repose sur un \u00ab\u00a0comme\u00a0si\u00a0\u00bb, pour tendre vers la \u00ab\u00a0perception du cadre\u00a0de r\u00e9f\u00e9rences d&rsquo;autrui avec les harmoniques subjectives\u00a0et les valeurs subjectives qui s&rsquo;y rattachent\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">En revanche, les notions de tendance actualisante et de\u00a0fonctionnement optimal de la personne laissent des ombres th\u00e9oriques\u00a0importantes. Dans ce m\u00eame esprit, nous ne saurions dire que Rogers\u00a0alla jusqu&rsquo;\u00e0 assumer le caract\u00e8re n\u00e9cessairement\u00a0imparfait de l&rsquo;autonomie quand elle est appr\u00e9hend\u00e9e du dedans\u00a0et, a fortiori, du dehors. Il demeura, en effet, chez lui, l&rsquo;id\u00e9e\u00a0d&rsquo;un absolu, d&rsquo;un \u00ab\u00a0optimum\u00a0\u00bb qui serait \u00e0\u00a0atteindre. A atteindre en projet par le sujet mais en omettant de signaler\u00a0qu&rsquo;il s&rsquo;illusionne par refus du tragique g\u00e9n\u00e9ral. D\u2019o\u00f9,\u00a0dans l&rsquo;homme, la vision d\u2019une \u00ab\u00a0nature positive\u00a0\u00bb\u00a0qui semble avoir \u00e9t\u00e9 assimil\u00e9e \u00e0 non ambivalente.\u00a0Cela ressortit, semble-t-il, au fait que si, globalement, Rogers \u00e9voqua\u00a0bien une potentialit\u00e9 organismique gr\u00e2ce au concept de tendance\u00a0actualisante, il n\u00e9gligea ce qui d\u00e9termine les limites de\u00a0ses th\u00e9ories par rapport \u00e0 ce qui est aujourd\u2019hui mod\u00e9lisable.\u00a0Ce point concerne un quasi silence sur ce que peut \u00eatre le potentiel.\u00a0C&rsquo;est ainsi que l&rsquo;id\u00e9e de \u00ab\u00a0fonctionnement optimal\u00a0\u00bb\u00a0qui s&rsquo;op\u00e8re \u00ab\u00a0quand la structure du moi est telle qu&rsquo;elle\u00a0permet l&rsquo;int\u00e9gration symbolique de la totalit\u00e9 de l&rsquo;exp\u00e9rience\u00a0\u00bb\u00a0(1962, p.180), ne laisse pas de place explicite \u00e0 ce que structure\u00a0l&rsquo;autor\u00e9f\u00e9rence, \u00e0 savoir l&rsquo;inh\u00e9rence de l&rsquo;incompl\u00e9tude,\u00a0m\u00eame si l\u2019on trouve des traces de cette incompl\u00e9tude\u00a0quand il s&rsquo;agit de l&rsquo;angoisse, ce \u00ab\u00a0malaise ou tension sans\u00a0cause connue\u00a0\u00bb (1962, p.176).<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><b><a name=\"contenu6\"><\/a>Br\u00e8ve conclusion<\/b><\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">L\u2019int\u00e9r\u00eat de la relecture de la th\u00e9orisation\u00a0g\u00e9n\u00e9rale de Carl Rogers au regard de la pens\u00e9e constructiviste\u00a0complexe, tient au fait que cet auteur est consid\u00e9r\u00e9 comme\u00a0un authentique pr\u00e9curseur de ce paradigme d\u00e8s le milieu\u00a0du vingti\u00e8me si\u00e8cle. Il est ind\u00e9niable, en effet,\u00a0que, selon Rogers, le sujet construit g\u00e9n\u00e9tiquement sa r\u00e9alit\u00e9,\u00a0laquelle n&rsquo;est donc pas, pour lui, un d\u00e9j\u00e0-l\u00e0 qu&rsquo;on\u00a0se contenterait de d\u00e9couvrir. D&rsquo;o\u00f9 on retiendra l&rsquo;id\u00e9e\u00a0forte selon laquelle la construction du monde est, avant tout, une construction\u00a0du monde du sujet, que ce dernier met \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve de son\u00a0exp\u00e9rience en fonction de ce qu&rsquo;il est potentiellement. Dit plus\u00a0bri\u00e8vement, l&rsquo;individu cherche \u00e0 faire co\u00efncider le\u00a0monde qu&rsquo;il construit avec ce qu&rsquo;il est, et avec son rapport aux donn\u00e9es\u00a0de l&rsquo;environnement. D&rsquo;o\u00f9, aussi, chez Rogers, la sophistication\u00a0th\u00e9orique d\u2019un espace-temps personnel autonome, fondamentalement\u00a0inaccessible de l&rsquo;ext\u00e9rieur. C\u2019est un espace-temps qui structure\u00a0l&rsquo;exp\u00e9rience d&rsquo;un monde construit rapport\u00e9 \u00e0 l&rsquo;organisme\u00a0connaissant, o\u00f9 se joue la <i>dialectique self\/milieu<\/i> m\u00e9thodologiquement\u00a0conjecturable mais inapprochable autrement que par approximation empathique,\u00a0c&rsquo;est-\u00e0-dire comme si on ne pouvait la saisir qu\u2019en s&rsquo;en approchant\u00a0tout en assumant de ne jamais pouvoir l\u2019atteindre pleinement.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">D&rsquo;un point de vue plus \u00e9pist\u00e9mologique,\u00a0en accord avec la pens\u00e9e contemporaine de la complexit\u00e9,\u00a0il est recevable que Rogers a su poser les limites d&rsquo;une conception strictement\u00a0h\u00e9t\u00e9ror\u00e9f\u00e9rentielle du sujet, ainsi que celles\u00a0de son appr\u00e9hension. En revanche, sa conception d&rsquo;un d\u00e9veloppement\u00a0optimal n&rsquo;a pas favoris\u00e9 la sp\u00e9cification des processus\u00a0bio-cognitifs autor\u00e9f\u00e9rentiels qui s&rsquo;accompagnent, n\u00e9cessairement,\u00a0d&rsquo;une ouverture sur l&rsquo;incomblable incompl\u00e9tude propre au vivant\u00a0coh\u00e9sif tel qu&rsquo;on le rencontre, par exemple, dans les travaux de\u00a0Varela.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><a name=\"auteur\"><\/a>Auteur<\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\"><b>Georges Lerbet <\/b>est professeur \u00e9m\u00e9rite\u00a0des universit\u00e9s (universit\u00e9 Fran\u00e7ois-Rabelais, Tours,\u00a0France). Docteur de troisi\u00e8me cycle en psychologie exp\u00e9rimentale\u00a0puis docteur d\u2019Etat es lettres et sciences humaines (Paris), il a\u00a0commenc\u00e9 sa carri\u00e8re universitaire en enseignant la psychologie\u00a0exp\u00e9rimentale \u00e0 Lyon puis \u00e0 Paris. Devenu professeur\u00a0titulaire, il enseigna la psychologie g\u00e9n\u00e9tique (Clermont-Ferrand\u00a0puis Tours), avant de se consacrer aux sciences de la formation (EHESS\u00a0Paris et Tours) et de poursuivre son enseignement et ses recherches en\u00a0sciences bio-cognitives et en \u00e9pist\u00e9mologie. Depuis 1965,\u00a0il a publi\u00e9 une vingtaine d\u2019ouvrages et environ une centaine\u00a0d\u2019articles.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><a name=\"abstract\"><\/a>Abstract<\/h3>\n<p class=\"resume\" style=\"text-align: justify;\">Compared with Rogers\u2019works, the sciences of complexity\u00a0are young sciences. However, these sciences seem to be almost congruent\u00a0with the theorical models of the American author. This is clear through\u00a0the conjunction of the designs of selfreference and heteroreference, and\u00a0gives to us the possibility to have a more judicious view of autonomy.\u00a0In this way, Rogers\u2019works are very interesting because they allow\u00a0us to understand the roles which have been played by words such as <i>Growth<\/i>,\u00a0<i>Reality<\/i> and <i>Empathy<\/i>, in rogerian meanings.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><a name=\"references\"><\/a><span class=\"s-titre\">R\u00e9f\u00e9rences<\/span><\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">DUPUY, J.-P. (1993). \u00ab Les paradoxes de l\u2019ordre\u00a0conventionnel \u00bb, in <i>Syst\u00e8me et paradoxe. Autour de l\u2019oeuvre\u00a0d\u2019Yves Barel<\/i>, Paris : Seuil.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">LERBET, G. (1992). <i>L&rsquo;\u00e9cole du dedans<\/i>, Paris\u00a0: Hachette-\u00c9ducation.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">LERBET, G. (1993). <i>Syst\u00e8me, personne et p\u00e9dagogie<\/i>,\u00a0Paris : ESF.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">LERBET, G. (1995). \u00ab Strat\u00e9gies intelligentes\u00a0et dynamique du complexe bio-cognitif : interpr\u00e9tations post-piag\u00e9tiennes\u00a0\u00bb, <i>Revue Internationale de Syst\u00e9mique<\/i>, IX, 2, 123-131.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">LERBET, G. (1998).<i> L&rsquo;autonomie masqu\u00e9e. Histoire\u00a0d&rsquo;une mod\u00e9lisation<\/i>, Paris : L&rsquo;Harmattan.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">MORIN, E. (1990). <i>Introduction \u00e0 la pens\u00e9e\u00a0complexe<\/i>, Paris : ESF.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">PIAGET, J. (1967). <i>Biologie et connaissance. Essai\u00a0sur les relations entre les r\u00e9gulations organiques et les processus\u00a0cognitifs<\/i>, Paris : Gallimard.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">PIAGET, (J.) (1968). <i>Sagesse et illusion de la philosophie<\/i>,\u00a0Paris : PUF.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">PIAGET, J. (1975).<i> L&rsquo;\u00e9quilibration des structures\u00a0cognitives, probl\u00e8me central du d\u00e9veloppement<\/i>, Paris\u00a0: PUF.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">PIAGET, J. (1977a). \u00ab\u00a0L&rsquo;\u00e9pist\u00e9mologie\u00a0des r\u00e9gulations\u00a0\u00bb, in <i>L&rsquo;id\u00e9e de r\u00e9gulation\u00a0dans les sciences<\/i>, Paris : Maloine-Doin.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">PIAGET, J. (1977b). <i>Epist\u00e9mologie g\u00e9n\u00e9tique\u00a0et \u00e9quilibration, Delachaux et Niestl\u00e9<\/i> : Neuch\u00e2tel,\u00a0Paris.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">ROGERS, C. (1961). \u00ab Two divergent trends \u00bb,\u00a0in<i> Existential psychology<\/i>, New York : Random, 85-93.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">ROGERS, C. (1962). <i>Psychoth\u00e9rapie et relations\u00a0humaines<\/i>, tome 1, Paris : Nauwelearts.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">ROGERS, C. (1967). <i>A therapist&rsquo;s view of psychotherapy.\u00a0On becoming a person<\/i>, London : Constable.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">SPENCER-BROWN, G. (1979). <i>Laws of Form<\/i>, New York\u00a0: E.P. Dutton<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">VARELA, F. (1979). <i>Principles of biological autonomy<\/i>,\u00a0New York\/Oxford : Elsevier North Holland.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">VARELA, F. (1989). <i>Conna\u00eetre les sciences cognitives\u00a0; Tendances et perspectives<\/i>, Paris : Seuil.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">VARELA, F. (1993a). \u00ab A cognitive view of the immune\u00a0system \u00bb, <i>Actes du Congr\u00e8s International de Syst\u00e9mique<\/i>,\u00a0Prague, I, 5-14.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">VARELA, F. et al., (1993b). <i>L&rsquo;inscription corporelle\u00a0de l&rsquo;esprit. Sciences cognitives et exp\u00e9rience humaine<\/i>, Paris\u00a0: Seuil.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">VARELA, F. (1995). \u00ab\u00a0Le bonheur comme savoir-faire\u00a0\u00bb,\u00a0in <i>O\u00f9 est le bonheur<\/i> ?, textes r\u00e9unis par R.-P. DROIT,\u00a0Paris : Le Monde-\u00c9ditions, 306-326.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">WATZLAWICK, P. et al. (1988). <i>L&rsquo;invention de la r\u00e9alit\u00e9.\u00a0Contributions au constructivisme<\/i>, Paris : Seuil.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Georges LERBET, professeur \u00e9m\u00e9rite Universit\u00e9 Fran\u00e7ois-Rabelais, Tours, France Auteur R\u00e9sum\u00e9\/Abstract Quand Carl Rogers \u00e9labora la plus grande partie\u00a0de son \u0153uvre, le paradigme de la pens\u00e9e constructiviste complexe,\u00a0n\u2019\u00e9tait pas encore advenu&#8230;.<\/p>\n","protected":false},"author":101011,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[85],"tags":[],"class_list":["post-6463","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-volume-9-numero-3-2004"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6463","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/101011"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6463"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6463\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6465,"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6463\/revisions\/6465"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6463"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6463"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6463"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}