{"id":6457,"date":"2004-02-01T21:52:38","date_gmt":"2004-02-01T20:52:38","guid":{"rendered":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/?p=6457"},"modified":"2016-02-01T22:21:16","modified_gmt":"2016-02-01T21:21:16","slug":"un-testament-de-carl-rogers-resume-commentaires-et-reflexions-a-propos-dune-conference-de-brian-thorne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/2004\/un-testament-de-carl-rogers-resume-commentaires-et-reflexions-a-propos-dune-conference-de-brian-thorne\/","title":{"rendered":"Un testament de Carl Rogers ? R\u00e9sum\u00e9, commentaires et r\u00e9flexions \u00e0 propos d\u2019une conf\u00e9rence de Brian Thorne"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong><i>Andr\u00e9 E. BOTTEMAN, directeur adjoint<a href=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/Volume09_3-4_10_botteman.pdf\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright wp-image-6320 size-full\" src=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2016\/01\/PDF.png\" alt=\"PDF\" width=\"50\" height=\"50\" \/><\/a><\/i><br \/>\n<\/strong><i> D.Ps., membre de l&rsquo;\u00c9quipe \u00ab Psychologie Sociale\u00a0des Insertions \u00bb du Laboratoire de Psychologie\u00a0de l&rsquo;Universit\u00e9 Victor-Segalen, Bordeaux 2<\/i><\/p>\n<hr width=\"100%\" \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span class=\"lien-1\"><a href=\"#auteur\">Auteur<\/a><\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span class=\"s-titre\">R\u00e9sum\u00e9<a href=\"#abstract\">\/Abstract<\/a><\/span><\/strong><\/p>\n<p class=\"resume\" style=\"text-align: justify;\">Brian Thorne est l\u2019un des derniers disciples de\u00a0Carl Rogers puisqu\u2019il l\u2019a connu personnellement \u00e0 partir\u00a0des ann\u00e9es 70. La conf\u00e9rence qu\u2019il a prononc\u00e9e\u00a0\u00e0 Paris le 26 janvier 2002, lors de la 10<sup>e<\/sup> rencontre\u00a0sur l\u2019Approche Centr\u00e9e sur la Personne, s\u2019appuie surtout\u00a0sur la derni\u00e8re entrevue accord\u00e9e par Carl Rogers \u00e0\u00a0Micha\u00ebl Baldwin (2000). Cette conf\u00e9rence reprenant l\u2019essentiel\u00a0du chapitre 7 du livre de Brian Thorne (2002), nous avons d\u00fb renoncer\u00a0\u00e0 la publier telle quelle afin de respecter les droits de l\u2019\u00e9diteur.\u00a0Dans ce r\u00e9sum\u00e9, nous avons comment\u00e9 et regroup\u00e9\u00a0sous diff\u00e9rents paragraphes les principaux th\u00e8mes abord\u00e9s\u00a0par le conf\u00e9rencier.<\/p>\n<p class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><strong>Contenu<\/strong><\/p>\n<p class=\"lien-1\" style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#contenu1\">Introduction<\/a><br \/>\n<a href=\"#contenu2\"><br \/>\nUn quatri\u00e8me \u00e9l\u00e9ment\u00a0?<\/a><br \/>\n<a href=\"#contenu3\"><br \/>\nLa psychanalyse et la psychologie remises en question<\/a><br \/>\n<a href=\"#contenu4\"><br \/>\nLe soutien des scientifiques<\/a><br \/>\n<a href=\"#contenu5\"><br \/>\nL\u2019abandon ou l\u2019oubli de soi<\/a><br \/>\n<a href=\"#contenu6\"><br \/>\nLe probl\u00e8me religieux<\/a><br \/>\n<a href=\"#contenu7\"><br \/>\nR\u00e9flexions personnelles<\/a><br \/>\n<a href=\"#contenu8\"><br \/>\nConclusion\u00a0: de l\u2019exp\u00e9rience du psychologue \u00e0\u00a0celle du mystique\u00a0?<\/a><\/p>\n<hr align=\"left\" width=\"33%\" \/>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><b><a name=\"contenu1\"><\/a>Introduction<\/b><\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">La 10<sup>e<\/sup> rencontre sur l<i>\u2019Approche Centr\u00e9e\u00a0sur la Personne<\/i> nous a permis de retrouver Carl Rogers, son esprit\u00a0et son \u0153uvre, dont nous avions d\u00e9couvert l\u2019existence\u00a0\u00e0 la lecture du livre de Joseph Nuttin (1961) et par les articles\u00a0d\u2019Andr\u00e9 de Peretti (1967), parus dans la revue <i>\u00c9tudes<\/i>.\u00a0Ensuite, nous avons lu \u00ab\u00a0<i>Le D\u00e9veloppement de la Personne\u00a0\u00bb,\u00a0<\/i>premier ouvrage de Rogers (1970), que nous nous sommes procur\u00e9.\u00a0Notre initiation est devenue beaucoup plus vivante, gr\u00e2ce aux cours\u00a0de Jean-Claude Abric \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Aix-Marseille\u00a0en 1971-72 dans le cadre d\u2019une initiation \u00e0 la psychologie\u00a0sociale et dont le lecteur retrouvera les \u00e9l\u00e9ments dans\u00a0son ouvrage sur la \u00ab <i>Psychologie<\/i> <i>de la<\/i> <i>Communication<\/i>\u00a0\u00bb<i>\u00a0<\/i>(1999, p.25-50). Dans la bibliographie de ce cours figurait d\u2019ailleurs\u00a0l\u2019ouvrage de Max Pag\u00e8s (1970) sur\u00a0\u00ab\u00a0<i>L\u2019Orientation<\/i>\u00a0<i>non<\/i>&#8211;<i>directive<\/i>\u00a0\u00bb\u00a0, dont nous avions soulign\u00e9\u00a0de larges passages de la pr\u00e9face et notamment celui-ci\u00a0: <i>\u00ab\u00a0Rogers\u00a0refuse r\u00e9solument la chosification, l\u2019objectivation auxquelles\u00a0est d\u2019ordinaire soumis le client du<\/i> <i>th\u00e9rapeute\u00a0<\/i>\u00bb (p.vii). Mais l\u2019initiation \u00e0 la pratique de <i>l\u2019Approche\u00a0<\/i>C<i>entr\u00e9e<\/i> <i>sur la Personne<\/i> nous la devons \u00e0 un\u00a0psychoth\u00e9rapeute, Jean-Francis Blondel, et aux stages qu\u2019il\u00a0organisait dans la r\u00e9gion toulousaine entre 1980 et 1983, en se\u00a0r\u00e9f\u00e9rant en partie aux premi\u00e8res \u00e9ditions\u00a0de l\u2019ouvrage de Roger Mucchielli, sur \u00ab\u00a0<i>L\u2019entretien\u00a0face \u00e0 face dans la relation d\u2019aide<\/i>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Notre participation au colloque de Paris fut pour nous une r\u00e9elle\u00a0joie car elle nous a permis de rencontrer des disciples de Carl Rogers\u00a0dont un des plus anciens, Andr\u00e9 de Peretti. Et nous avons v\u00e9cu,\u00a0\u00e0 notre niveau, l\u2019exp\u00e9rience d\u00e9crite par un\u00a0participant \u00e0 un atelier de Carl Rogers et qui raconte comment\u00a0il avait ressenti cet \u00e9lan vital, qui se manifeste \u00ab\u00a0hors\u00a0des barri\u00e8res habituelles que dressent les \u00ab\u00a0moi-je\u00a0\u00bb et\u00a0les \u00ab\u00a0toi-tu\u00a0\u00bb\u00bb (Rogers, 2001, p. 169).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">La conf\u00e9rence de Brian Thorne, dont nous rapportons l\u2019essentiel,\u00a0est entrem\u00eal\u00e9e de nos commentaires et r\u00e9flexions,\u00a0si bien qu\u2019il est parfois difficile de discerner ce qui est de Brian\u00a0Thorne et ce qui est de nous. Nous avons \u00e9t\u00e9 amen\u00e9\u00a0\u00e0 proc\u00e9der de cette fa\u00e7on afin de pr\u00e9server\u00a0les droits de l\u2019\u00e9diteur puisque la conf\u00e9rence de Brian\u00a0Thorne constitue le chapitre 7 de son dernier ouvrage publi\u00e9 en\u00a0anglais (Thorne, 2002). Si le pr\u00e9sent article existe, le m\u00e9rite\u00a0en revient donc enti\u00e8rement \u00e0 Brian Thorne et \u00e0 sa\u00a0conf\u00e9rence du 26 janvier 2002.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Cette conf\u00e9rence nous a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 de nouveaux\u00a0aspects de la personnalit\u00e9 de Carl Rogers suite \u00e0 l\u2019entrevue\u00a0qu\u2019il avait accord\u00e9e \u00e0 Micha\u00ebl Baldwin (2000),\u00a0entrevue qui fut la derni\u00e8re de sa vie. Comme dans un testament,\u00a0Rogers nous livre \u00e0 cette occasion, le fond de sa pens\u00e9e\u00a0en faisant fi de toute pr\u00e9caution. Il y exprime avec vigueur des\u00a0id\u00e9es qui auraient \u00e9t\u00e9 peu appr\u00e9ci\u00e9es\u00a0dans les milieux traditionnels du counseling et de la psychoth\u00e9rapie.\u00a0Pour Brian Thorne, cette entrevue manifeste toutes les caract\u00e9ristiques\u00a0d\u2019un homme en paix avec lui-m\u00eame et anim\u00e9 d\u2019une\u00a0libert\u00e9 int\u00e9rieure qui se situe aux antipodes de l\u2019anxi\u00e9t\u00e9.\u00a0Il semble d\u2019ailleurs qu\u2019une profonde acceptation de soi, pleinement\u00a0consciente de ses d\u00e9fauts et de sa vuln\u00e9rabilit\u00e9\u00a0s\u2019allie, \u00e0 ce moment-l\u00e0 chez Rogers, \u00e0 une inalt\u00e9rable\u00a0confiance dans la capacit\u00e9 de la rencontre interpersonnelle \u00e0\u00a0susciter le changement. Changement qui se produit d\u00e8s que s\u2019\u00e9tablit\u00a0cette synergie entre des personnes sans que celles-ci aient \u00e0 se\u00a0replier sur une position de d\u00e9fense.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Mais par dessus tout, Brian Thorne rel\u00e8ve chez Rogers cette confiance\u00a0profonde en sa propre exp\u00e9rience qui l\u2019a conduit \u00e0\u00a0d\u00e9couvrir une <i>r\u00e9alit\u00e9<\/i> plus grande \u00e0\u00a0laquelle lui-m\u00eame et les autres participent. Il appr\u00e9cie\u00a0de plus en plus des adjectifs qualificatifs comme <i>mystique<\/i>, <i>spirituel\u00a0<\/i>et <i>transcendant<\/i> (Cf. Thorne, 1994, p.36-37). Rogers montre qu\u2019il\u00a0fait appel parall\u00e8lement aux d\u00e9couvertes scientifiques qui\u00a0alimentent sa recherche du sens et de la preuve empirique.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><b><a id=\"contenu2\" name=\"contenu2\"><\/a><\/b>Un quatri\u00e8me\u00a0\u00e9l\u00e9ment\u00a0?<\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Dans cette entrevue, aux dires de Brian Thorne, Rogers rapporte l\u2019\u00e9pisode\u00a0tir\u00e9 de la th\u00e9rapie d\u2019un homme schizophr\u00e8ne.\u00a0Cet homme se montrait particuli\u00e8rement indiff\u00e9rent quant\u00a0\u00e0 vivre ou \u00e0 mourir. \u00ab\u00a0Je me rends compte, lui\u00a0dit Rogers, que vous vous ne souciez pas de vous-m\u00eame, mais je veux\u00a0que vous sachiez que je me soucie de vous et de ce qui vous arrive\u00a0\u00bb.\u00a0Cela eut, para\u00eet-il, un effet imm\u00e9diat et l\u2019homme se\u00a0mit \u00e0 pleurer. L\u2019entretien prit alors une tournure d\u00e9cisive.\u00a0En r\u00e9fl\u00e9chissant \u00e0 cet incident, Rogers dut convenir,\u00a0que ce fut lorsqu\u2019il parla \u00e0 cet homme comme \u00e0 une\u00a0personne et qu\u2019il exprima ses sentiments pour lui qu\u2019un v\u00e9ritable\u00a0choc eut lieu. Ceci incita Rogers \u00e0 se demander si dans ses \u00e9crits\u00a0il n\u2019avait pas trop insist\u00e9 sur les trois \u00e9l\u00e9ments\u00a0essentiels que sont la <i>congruence<\/i>, la <i>consid\u00e9ration positive\u00a0inconditionnelle<\/i> et la <i>compr\u00e9hension<\/i> <i>empathique<\/i>.\u00a0Peut-\u00eatre avait-il d\u00e9couvert un quatri\u00e8me \u00e9l\u00e9ment,\u00a0encore plus important que nous nommerions\u00a0: <i>l\u2019intensit\u00e9\u00a0de la<\/i> <i>pr\u00e9sence<\/i>, au sens fort <i>d\u2019\u00eatre<\/i>\u00a0<i>l\u00e0<\/i> de fa\u00e7on sensible et de le manifester \u00e0\u00a0la mani\u00e8re de Dieu\u00a0: \u00ab\u00a0Je suis et resterai pr\u00e9sent\u00a0\u00bb\u00a0(Buber, 1957, p.59, 60). Cette densit\u00e9 de la pr\u00e9sence devint\u00a0pour Rogers l\u2019\u00e9l\u00e9ment essentiel de la th\u00e9rapie\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0ma simple pr\u00e9sence est efficace et bienfaisante\u00a0\u00bb\u00a0(cit\u00e9 par Thorne, 1994, p.58). Il d\u00e9clara m\u00eame que,\u00a0parfois, le meilleur de la th\u00e9rapie peut conduire \u00e0 une\u00a0dimension spirituelle (Cf. Baldwin, 2000, p. 35). Ajoutons, pour notre\u00a0part, que Rogers rejoint ainsi l\u2019opinion d\u2019Ivanka pour qui les\u00a0auteurs spirituels du XII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle se sont int\u00e9ress\u00e9s\u00a0\u00e0 la psychologie principalement en fonction de leur attrait pour\u00a0l\u2019exp\u00e9rience mystique dans laquelle ils voyaient l\u2019accomplissement\u00a0des possibilit\u00e9s humaines (Ivanka, 1953, p.202-208). Dans ces moments\u00a0de pr\u00e9sence intense, \u00ab\u00a0j\u2019ai l\u2019impression,\u00a0dit Rogers, que mon esprit est entr\u00e9 en contact avec celui de l\u2019autre,\u00a0que notre relation se d\u00e9passe elle-m\u00eame et s\u2019int\u00e8gre\u00a0dans quelque chose qui la transcende et qu\u2019adviennent alors, dans\u00a0toute leur profondeur, l\u2019\u00e9panouissement, le salut et l\u2019\u00e9nergie\u00a0\u00bb\u00a0(Rogers, 2001, p.168-169).<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><b><a id=\"contenu3\" name=\"contenu3\"><\/a><\/b>La psychanalyse\u00a0et la psychologie remises en question<\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Brian Thorne fait remarquer qu\u2019il n\u2019est pas \u00e9tonnant\u00a0de voir Rogers, dans le contexte d\u2019une r\u00e9flexion aussi nettement\u00a0mystique, s\u2019\u00e9lever contre les psychanalystes et contre la\u00a0confiance accord\u00e9e au concept de transfert. Il voit celui-ci avant\u00a0tout comme un moyen extr\u00eamement subtil pour \u00e9viter une r\u00e9elle\u00a0relation et pour prot\u00e9ger le th\u00e9rapeute contre un v\u00e9ritable\u00a0engagement sans lequel ne peut avoir lieu l\u2019exploration de sentiments\u00a0r\u00e9els. La critique de Rogers vis-\u00e0-vis de la psychanalyse\u00a0venait tout \u00e0 la fois du fait qu\u2019elle encourageait, selon\u00a0lui, l\u2019inauthenticit\u00e9 et qu\u2019elle emp\u00eachait l\u2019acc\u00e8s\u00a0au domaine spirituel.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Cependant, il nous semble, comme le fait remarquer Andr\u00e9 de Peretti,\u00a0que Rogers reconna\u00eet par ailleurs \u00ab\u00a0que, dans sa forme\u00a0de th\u00e9rapie, il se produit habituellement des segments de transferts,\u00a0mais qui restent la plupart du temps discontinus et l\u00e9gers. Une\u00a0relation transf\u00e9rentielle structur\u00e9e et d\u00e9pendante\u00a0ne se d\u00e9veloppe pas, <i>parce que le th\u00e9rapeute rog\u00e9rien\u00a0ne la recherche pas et parce qu\u2019il ne soutient pas une situation\u00a0de sup\u00e9riorit\u00e9 et de distance affich\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9gard\u00a0du client<\/i>\u00a0\u00bb (Peretti, 1997, p.77). Ce qui est confirm\u00e9\u00a0par Rogers\u00a0: \u00ab\u00a0Si le th\u00e9rapeute adopte un r\u00f4le\u00a0d\u2019autorit\u00e9, le client r\u00e9agira , tout naturellement,\u00a0par une attitude de soumission et de d\u00e9pendance. Autrement dit,\u00a0si l\u2019un \u00ab\u00a0joue au p\u00e8re\u00a0\u00bb, l\u2019autre\u00a0jouera \u00ab\u00a0\u00e0 l\u2019enfant\u00a0\u00bb. Par contre, si\u00a0le th\u00e9rapeute se pr\u00e9sente en \u00e9gal, le client aura\u00a0tendance \u00e0 r\u00e9pondre en \u00e9gal \u2013 sinon imm\u00e9diatement,\u00a0du moins graduellement\u00a0\u00bb (Rogers et Kinget, 1971, I, p.105)\u00a0; ce qui diminue sensiblement le risque d\u2019une relation de transfert\u00a0(Rogers et Kinget, 1971, II, p. 226-227).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Brian Thorne note aussi que, tout au long de cette entrevue, Rogers donne\u00a0l\u2019impression d\u2019\u00eatre lib\u00e9r\u00e9 des contraintes\u00a0de la psychologie officielle. Durant les derni\u00e8res ann\u00e9es\u00a0de sa vie, il s&rsquo;est d\u2019ailleurs senti de plus en plus \u00e9tranger\u00a0\u00e0 la profession qu\u2019il avait si ardemment d\u00e9fendue,\u00a0jadis, contre les pr\u00e9tentions des psychiatres. Devenu professeur\u00a0de psychologie et de psychiatrie en 1957 \u00e0 l\u2019universit\u00e9\u00a0du Wisconsin, il n\u2019avait gu\u00e8re imagin\u00e9 que quelques\u00a0ann\u00e9es plus tard il abandonnerait la chaire de psychologie en signe\u00a0de protestation contre les id\u00e9es \u00e9triqu\u00e9es et avides\u00a0de pouvoir de ses coll\u00e8gues. Le d\u00e9senchantement l\u2019entra\u00eenerait\u00a0alors \u00e0 d\u00e9clarer avec humour, \u00e0 propos de la formation\u00a0de th\u00e9rapeute, qu\u2019il pr\u00e9f\u00e9rerait avoir quelqu\u2019un\u00a0qui ait une connaissance \u00e9tendue et approfondie en litt\u00e9rature\u00a0ou en sciences physiques plut\u00f4t que quelqu\u2019un qui serait toujours\u00a0sp\u00e9cialis\u00e9 en psychologie afin de devenir th\u00e9rapeute.\u00a0Il pense qu\u2019un large savoir ainsi qu\u2019une large exp\u00e9rience\u00a0de vie sont bien plus essentiels pour devenir un bon th\u00e9rapeute.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><b><a id=\"contenu4\" name=\"contenu4\"><\/a><\/b>Le soutien\u00a0des scientifiques<\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Il faut garder \u00e0 l\u2019esprit, pour Brian Thorne, que c\u2019est\u00a0un homme \u00e2g\u00e9 de 85 ans qui, n\u2019ayant plus rien \u00e0\u00a0perdre, ose dire ce qui auparavant aurait \u00e9t\u00e9 ridiculis\u00e9\u00a0et tourn\u00e9 en railleries. De plus le contexte d\u2019une entrevue\u00a0lui permet de se d\u00e9tendre dans un dialogue avec un interlocuteur\u00a0particuli\u00e8rement dou\u00e9.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Au moment o\u00f9 il essaie d\u2019exprimer ses exp\u00e9riences spirituelles\u00a0Rogers se souvient, et rappelle \u00e0 son interlocuteur, qu\u2019il\u00a0est un scientifique aussi bien qu\u2019un mystique. Il se sent tr\u00e8s\u00a0proche, dit-il, des physiciens qui ne scindent pas vraiment les atomes,\u00a0mais qui s\u2019alignent sur la fa\u00e7on dont les atomes se scindent\u00a0eux-m\u00eames. De la m\u00eame fa\u00e7on, il a le sentiment que,\u00a0parfois, dans les relations interpersonnelles, potentialit\u00e9s et\u00a0\u00e9nergie se lib\u00e8rent et d\u00e9passent ce que nous pourrions\u00a0imaginer.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Dans cette derni\u00e8re entrevue, Rogers s\u2019efforce de saisir une\u00a0science qui, lui semble-t-il, contribuerait \u00e0 l\u2019\u00e9tude\u00a0de l&rsquo;exp\u00e9rience spirituelle directe et qui lui apporterait la mani\u00e8re\u00a0dont pourrait s\u2019envisager la r\u00e9conciliation de la science\u00a0et de la religion. Quelques ann\u00e9es auparavant Rogers avait commenc\u00e9\u00a0\u00e0 \u00e9baucher les grandes lignes de cette r\u00e9conciliation\u00a0dans <i>A Way of Being<\/i> (1980), alors qu\u2019il d\u00e9couvrait\u00a0que Prigogine, dans ses travaux sur les syst\u00e8mes d\u2019\u00e9nergie\u00a0internes \u00e0 l\u2019environnement, avait sugg\u00e9r\u00e9 que\u00a0le monde de la nature \u00e9tait probabiliste plut\u00f4t qu\u2019uniquement\u00a0d\u00e9terministe (Prigogine, 1994, p.42-43). Ce qui avait enthousiasm\u00e9\u00a0Rogers. Prigogine affirmait, entre autres, que plus une structure devenait\u00a0complexe, plus elle consacrait d\u2019\u00e9nergie \u00e0 maintenir\u00a0sa complexit\u00e9, ce qui entra\u00eenait une instabilit\u00e9 essentiellement\u00a0cr\u00e9atrice (Prigogine, 1994, p.85 ; Peretti, 1997, p.176). Pour\u00a0Rogers ceci donnait sens aux \u00e9tats de transformation observ\u00e9s\u00a0chez l\u2019\u00eatre humain et expliquait pourquoi bon nombre de facteurs,\u00a0agissant les uns sur les autres, pouvaient conduire \u00e0 des changements\u00a0sensibles et \u00e0 des modifications psychologiques profondes. Il reliait\u00a0ceci au concept d<i>\u2019exp\u00e9rience imm\u00e9diate (experiencing)\u00a0<\/i>en psychoth\u00e9rapie (Rogers, 1970, p.50, note 1; Thorne, 1994, p.126-128),\u00a0et trouvait chez Prigogine un soutien pour comprendre comment le fait\u00a0de perturber un syst\u00e8me pouvait se r\u00e9v\u00e9ler efficace\u00a0lorsqu\u2019il s\u2019agissait, en l\u2019occurrence chez l\u2019\u00eatre\u00a0humain, d\u2019une lib\u00e9ration de sentiments refoul\u00e9s.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Pour Rogers les travaux de Prigogine et celui d\u2019autres scientifiques\u00a0promettaient une humanit\u00e9 capable de se transcender. Il \u00e9tait\u00a0important pour lui que Prigogine ait vu dans les sciences de la complexit\u00e9\u00a0une forte ressemblance avec les d\u00e9couvertes des sages et des mystiques\u00a0d\u2019Orient. Toujours dans <i>A Way of Being<\/i>, on d\u00e9c\u00e8le\u00a0la satisfaction de Rogers lorsqu\u2019il d\u00e9couvre, de mani\u00e8re\u00a0inattendue, l\u2019approbation de r\u00e9sultats d\u2019exp\u00e9riences\u00a0qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 amen\u00e9s \u00e0 reconna\u00eetre\u00a0en tant que th\u00e9rapeute et facilitateur de groupe et qui, auparavant,\u00a0avaient \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 une explication rationnelle. Ce\u00a0qui devenait ainsi tangible c\u2019\u00e9tait la force de changement\u00a0que de pareilles exp\u00e9riences exer\u00e7aient sur ceux qui les\u00a0vivaient. L\u2019attention de Rogers \u00e9tait ainsi attir\u00e9e\u00a0par une science qui semblait pouvoir se connecter avec des ph\u00e9nom\u00e8nes\u00a0qu\u2019il avait pr\u00e9c\u00e9demment \u00e9tiquet\u00e9s de\u00a0transcendants, d\u2019indescriptibles, d\u2019inattendus et de transformationnels.\u00a0Il trouvait l\u00e0 un soutien scientifique \u00e0 sa vision optimiste\u00a0de l\u2019humanit\u00e9 et la confirmation d\u2019un potentiel d\u2019\u00e9volution\u00a0qui s\u2019affirmait dans la vie. A la fin du chapitre six de <i>A Way\u00a0of Being<\/i>, Rogers ose exprimer clairement ce qui \u00e9tait en substance,\u00a0pour Brian Thorne, la justification de l\u2019\u0153uvre de sa vie. Il\u00a0\u00e9crivait\u00a0: \u00ab\u00a0peut-\u00eatre sommes-nous en train\u00a0de toucher le point culminant de notre aptitude \u00e0 nous transcender,\u00a0\u00e0 cr\u00e9er des directions nouvelles et plus spirituelles dans\u00a0l\u2019\u00e9volution de la plan\u00e8te\u00a0\u00bb (Rogers, 1980,\u00a0p.134). Pour Rogers l\u2019aptitude \u00e0 \u00eatre pleinement lui-m\u00eame\u00a0dans ses relations, \u00e0 se permettre d\u2019\u00eatre lui-m\u00eame,\u00a0\u00e9tait nettement \u00e9tay\u00e9e par l\u2019exp\u00e9rience\u00a0transcendantale de scientifiques tels que Prigogine.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Bergin (1991) fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une lettre qu\u2019il\u00a0avait re\u00e7ue de Rogers en 1985, lettre qui montre \u00e0 quel\u00a0point un tel apport scientifique l\u2019avait enhardi \u00e0 croire\u00a0en une sorte d\u2019entit\u00e9 transcendante organisatrice de l\u2019univers\u00a0et qui \u00e9tait aussi \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans l\u2019\u00eatre\u00a0humain. Peut-\u00eatre existait-il une Personne essentielle qui subsistait\u00a0\u00e0 travers le temps, voire m\u00eame \u00e0 travers l\u2019\u00e9ternit\u00e9\u00a0?\u00a0La cons\u00e9quence d\u2019une telle d\u00e9claration montrait que\u00a0Rogers \u00e9tait dispos\u00e9 \u00e0 admettre, pour lui comme pour\u00a0son client ainsi que pour toute l\u2019humanit\u00e9, la possibilit\u00e9\u00a0d\u2019\u00eatre vivants pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9. Avec tout\u00a0le retentissement qu\u2019une telle perspective apporterait dans la perception\u00a0de l\u2019image de soi, de ses relations avec autrui, avec son environnement\u00a0et la vie en g\u00e9n\u00e9ral (Cf. Rogers et Kinget, 1971, I, p.179).<\/p>\n<h3 class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\"><b><a id=\"contenu5\" name=\"contenu5\"><\/a><\/b><span class=\"s-titre\">L\u2019abandon\u00a0ou l\u2019oubli de soi<\/span><\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Abandon de soi\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0don de soi\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0oubli de soi\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0abn\u00e9gation\u00a0de soi\u00a0\u00bb&#8230; Toutes ces expressions nous conduisent au c\u0153ur\u00a0d\u2019une des conceptions profond\u00e9ment paradoxales de Rogers:\u00a0il s\u2019agit pour le th\u00e9rapeute <i>d\u2019\u00eatre \u00e0\u00a0la fois<\/i> <i>pr\u00e9sent et<\/i> <i>absent<\/i>, aussi bien \u00e0\u00a0lui-m\u00eame qu\u2019\u00e0 l\u2019autre, <i>congruent<\/i> et <i>empathique,\u00a0d\u2019\u00eatre \u00e0 la fois centr\u00e9 sur l\u2019autre et centr\u00e9\u00a0sur soi, pleinement pr\u00e9sent \u00e0 l\u2019autre <\/i>(don de soi)<i>\u00a0<\/i>tout en restant<i> attentif \u00e0 soi <\/i>(affection de soi) (Cf.\u00a0Peretti, 1997, p. 206-207). On ne peut \u00e9prouver de sentiments positifs\u00a0envers autrui que dans la mesure o\u00f9 l\u2019on \u00e9prouve ces\u00a0m\u00eames sentiments positifs pour soi (Cf. Pag\u00e8s, 1970, p.66).\u00a0La pr\u00e9sence \u00e0 l\u2019autre suppose la pr\u00e9sence \u00e0\u00a0soi et la relation que le th\u00e9rapeute essaie d\u2019\u00e9tablir\u00a0avec son client ne peut \u00eatre en aucun cas une fuite de lui-m\u00eame.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Ainsi pour Rogers ce qui importe au th\u00e9rapeute est de pouvoir op\u00e9rer\u00a0cet <i>effacement<\/i> <i>discret<\/i> <i>de<\/i> <i>soi<\/i> pour mieux <i>s\u2019investir<\/i>\u00a0<i>dans<\/i> <i>l\u2019instant<\/i> <i>pr\u00e9sent<\/i> tout en ayant\u00a0son principe de s\u00e9curit\u00e9 en lui-m\u00eame. Ce principe\u00a0de s\u00e9curit\u00e9 n\u2019implique pas l\u2019infaillibilit\u00e9.\u00a0Au contraire, pour \u00eatre accessible \u00e0 l\u2019autre il est\u00a0n\u00e9cessaire de reconna\u00eetre sa propre imperfection. Rogers\u00a0va jusqu\u2019\u00e0 dire que l\u2019aptitude m\u00eame \u00e0 aider\u00a0d\u00e9pend d\u2019une telle prise de conscience. Il parle aussi de\u00a0relations au cours desquelles un tel niveau d\u2019intimit\u00e9 et\u00a0d\u2019intensit\u00e9 est atteint qu\u2019il a le sentiment que sa \u00ab\u00a0simple\u00a0<i>pr\u00e9sence<\/i> est lib\u00e9ratrice et utile\u00a0\u00bb (Rogers,\u00a02001, p.168) . Il conclut que c\u2019est \u00e0 cause de l\u2019\u00e9tat\u00a0de son propre \u00eatre dans de telles circonstances qu\u2019une immense\u00a0<i>\u00e9nergie<\/i> est lib\u00e9r\u00e9e et transmise \u00e0\u00a0son client.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Le sens de ce terme <i>\u00e9nergie<\/i> demande \u00e0 \u00eatre\u00a0pr\u00e9cis\u00e9 en raison de sa polys\u00e9mie. Il nous semble\u00a0que Rogers fait allusion ici \u00e0 cette \u00ab\u00a0\u00e9nergie\u00a0sp\u00e9cifique d\u2019action\u00a0\u00bb, \u00e9nergie endog\u00e8ne\u00a0d\u2019un comportement (Pi\u00e9ron , 1973, p.148), \u00e9nergie potentiellement\u00a0pr\u00e9sente en chacun de nous,\u00a0 \u00ab\u00a0qui dispose ainsi\u00a0d\u2019une puissance neuro-psychique, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019un\u00a0potentiel de communication ou <i>influence<\/i>, qu\u2019il peut d\u00e9ployer\u00a0plus ou moins autour de lui\u00a0\u00bb (Peretti, 1999, p.104). Car nous\u00a0ne sommes pas un organisme vide, inerte et insensible, nous pouvons non\u00a0seulement, \u00ab mettre en \u0153uvre sur l\u2019environnement mat\u00e9riel\u00a0ou humain une <i>puissance<\/i> <i>motrice\u00a0\u00bb <\/i>(ibid.) ; mais\u00a0nous pouvons \u00e9galement utiliser des \u00e9nergies multiples,\u00a0que nous r\u00e9gulons en fonction de nos \u00e9changes avec autrui\u00a0(ibid.).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Dans l\u2019entrevue accord\u00e9e \u00e0 Baldwin, la complexit\u00e9\u00a0des attitudes d\u2019ouverture, g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par cette\u00a0s\u00e9curit\u00e9 int\u00e9rieure est \u00e9vidente\u00a0: capacit\u00e9\u00a0\u00e0 se maintenir dans l\u2019instant pr\u00e9sent, engagement \u00e0\u00a0aider les autres, conviction qu\u2019il y a au c\u0153ur de la personne\u00a0une aptitude \u00e0 se construire, disposition du th\u00e9rapeute\u00a0\u00e0 s\u2019assumer, avec le sentiment de sa propre vuln\u00e9rabilit\u00e9\u00a0et la reconnaissance de ses d\u00e9fauts ou de ses insuffisances. Tous\u00a0ces aspects ont \u00e9t\u00e9 bien r\u00e9pertori\u00e9s dans\u00a0l\u2019approche rog\u00e9rienne. Ce qui, toutefois, semble nouveau pour\u00a0Brian Thorne, c\u2019est l\u2019insistance mise par Rogers sur le fait\u00a0de s\u2019abandonner au processus de changement inh\u00e9rent \u00e0\u00a0la vie, d\u2019\u00eatre assez confiant pour avancer sans comprendre\u00a0totalement, tout en sachant qu\u2019il est possible de revenir \u00e0\u00a0soi. De plus, il semblerait \u00e9vident, pour Rogers, qu\u2019un tel\u00a0oubli de soi, consid\u00e9r\u00e9 comme son ultime utilisation, ne\u00a0peut \u00eatre entrepris que par quelqu\u2019un qui poss\u00e8de un\u00a0bagage \u00e9tendu et surtout une image de soi enrichie par une large\u00a0exp\u00e9rience de vie se rapportant aux relations avec autrui, avec\u00a0le milieu et avec la vie en g\u00e9n\u00e9ral, ainsi qu\u2019aux valeurs\u00a0qui se rattachent \u00e0 ces diff\u00e9rentes perceptions (Cf. Rogers\u00a0et Kinget ,1971, I, p.179).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Pour Brian Thorne, cette exigence, \u00e9nonc\u00e9e avec insistance\u00a0par Rogers, nous r\u00e9v\u00e8le un point important quant \u00e0\u00a0la <i>weltanschauwung<\/i> ou vue intuitive du monde par le th\u00e9rapeute\u00a0(Cf. Foulqui\u00e9, 1982, p.771). L\u2019aptitude \u00e0 abandonner\u00a0la pr\u00e9occupation de soi, mais aussi \u00e0 y retourner, exige\u00a0de solides points de rep\u00e8res dans un monde en \u00e9volution\u00a0;\u00a0monde dans lequel la personne appara\u00eet elle-m\u00eame comme un\u00a0\u00e9l\u00e9ment changeant dans une structure qui la transcende :\u00a0\u00ab<i>\u00a0La vie, dans ce qu\u2019elle a de meilleur, est un processus\u00a0d\u2019\u00e9coulement, de changement o\u00f9 rien<\/i> <i>n\u2019est<\/i>\u00a0<i>fixe<\/i>. Chez mes clients , comme chez moi-m\u00eame, c\u2019est\u00a0lorsque la vie m\u2019appara\u00eet comme un flux mouvant qu\u2019elle\u00a0est la plus riche et la plus satisfaisante\u00a0\u00bb (Rogers, 1970,\u00a0p.25)<sup>1<\/sup>. Il semblait &amp;agagrave; Rogers, en tant que scientifique\u00a0empirique, que de tels points de rep\u00e8re, fournis par de nouveaux\u00a0scientifiques, apportaient des justifications \u00e0 ses propres exp\u00e9riences\u00a0\u00ab\u00a0impr\u00e9gn\u00e9es de transcendance, d\u2019indescriptible,\u00a0de spirituel\u00a0\u00bb (Rogers, 2001, p. 169). Toutefois, son allusion\u00a0\u00e0 quelqu\u2019un qui poss\u00e9derait une connaissance \u00e9tendue\u00a0et profonde en litt\u00e9rature laisserait penser qu\u2019il n\u2019envisageait\u00a0pas la comp\u00e9tence et l\u2019exp\u00e9rience scientifiques comme\u00a0la seule alternative \u00e0 l\u2019acquisition des points de rep\u00e8re\u00a0n\u00e9cessaires au voyage qui m\u00e8ne \u00e0 l\u2019oubli de\u00a0soi. Le paradoxe du soi pr\u00e9sent de fa\u00e7on flagrante et qui\u00a0peut en m\u00eame temps s\u2019abandonner et se livrer \u00e0 ce processus\u00a0semble \u00eatre pour Rogers le point crucial. L\u2019engagement du th\u00e9rapeute\u00a0\u00e0 d\u00e9velopper son savoir et son exp\u00e9rience renforce\u00a0et am\u00e9liore ainsi sa capacit\u00e9 \u00e0 \u00eatre totalement\u00a0pr\u00e9sent et \u00e0 faciliter l\u2019oubli ou l\u2019abn\u00e9gation\u00a0de soi.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">C\u2019est la crainte qui emp\u00eache le don de soi. Or, pour Carl Rogers\u00a0si, d\u2019une part, je suis r\u00e9ellement en contact avec moi-m\u00eame,\u00a0en s\u00e9curit\u00e9 avec moi-m\u00eame et si je m\u2019accepte\u00a0enti\u00e8rement et, d\u2019autre part, si je suis v\u00e9ritablement\u00a0en contact avec l&rsquo;autre, si je d\u00e9veloppe une empathie profonde,\u00a0i.e. si j\u2019accepte l\u2019autre sans aucune restriction et si j\u2019ai\u00a0une connaissance de moi et si je m\u2019engage \u00e0 une connaissance\u00a0de l\u2019autre assez profonde, alors la crainte s\u2019\u00e9vanouit.\u00a0Autrement dit, c\u2019est dans la mesure o\u00f9 je m\u2019appartiens\u00a0que je peux faire don de moi sans crainte. \u00ab\u00a0Je ne peux pas\u00a0donner une chose qui ne m\u2019appartient pas. Bien plus, je ne donne\u00a0vraiment que ce \u00e0 quoi je tiens, que ce qui est <i>de moi-m\u00eame,\u00a0<\/i>c\u2019est-\u00e0-dire moi-m\u00eame\u00a0\u00bb (Troisfontaines,\u00a01968, II, p.57).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Pour celui qui souhaite devenir th\u00e9rapeute, d\u00e9clare Brian\u00a0Thorne, il est important qu\u2019il puisse s\u2019accepter d\u2019abord\u00a0tel qu\u2019il est avec ses limites et ses imperfections. Ensuite, qu\u2019il\u00a0puisse s\u2019aimer. En effet, il y a une diff\u00e9rence entre l\u2019acceptation\u00a0de soi et l\u2019amour de soi. S\u2019il est capable de s\u2019accorder\u00a0une valeur incontestable alors il peut se d\u00e9tacher de soi compl\u00e8tement,\u00a0se n\u00e9gliger et s\u2019oublier. Il peut alors \u00eatre totalement\u00a0pr\u00e9sent dans l\u2019ici et maintenant\u00a0: il est compl\u00e8tement\u00a0dans tout ce qui arrive, il adh\u00e8re au r\u00e9el, il est pleinement\u00a0l\u00e0 pour l\u2019autre personne ! Il y a en anglais l\u2019expression\u00a0:\u00a0<i>self love<\/i>, l\u2019amour de soi\u00a0; mais on dit presque toujours\u00a0<i>selfishness<\/i>. Ce qui signifie que l\u2019on focalise tout sur ses\u00a0propres besoins. Or il y a tout un ab\u00eeme entre <i>self<\/i>&#8211;<i>loving\u00a0<\/i>et <i>selfishness<\/i>. Si je suis <i>selfish, <\/i>dit Brian Thorne,<i>\u00a0<\/i>je suis plein de moi, pr\u00e9occup\u00e9 de moi. Mais si je\u00a0suis <i>self-loving<\/i>, je suis capable de faire totalement abstraction\u00a0de moi, parce qu\u2019il n\u2019y a plus d\u2019anxi\u00e9t\u00e9.\u00a0Et je n\u2019ai donc plus aucune pr\u00e9occupation de moi. Je suis\u00a0capable de me mettre \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019autre, en me\u00a0rendant totalement accessible \u00e0 lui, parce que le moi n\u2019est\u00a0plus un obstacle. En revanche, si je suis un probl\u00e8me pour moi-m\u00eame,\u00a0la crainte peut s\u2019emparer de moi et s\u2019emparer aussi de mon client.\u00a0Mais si je suis vraiment capable de m\u2019aimer, je suis aussi port\u00e9\u00a0\u00e0 m\u2019oublier. En effet, \u00ab\u00a0il n\u2019y a rien en\u00a0moi ou hors de moi qui ne doive \u00eatre regard\u00e9 comme <i>don<\/i>.\u00a0Le meilleur de moi ne m\u2019appartient pas\u00a0; je ne suis aucunement\u00a0\u00ab\u00a0propri\u00e9taire\u00a0\u00bb mais seulement d\u00e9positaire\u00a0\u00bb\u00a0(Troisfontaines, 1968, I\u00a0, p. 339).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s lors, comme le dit Brian Thorne, cette capacit\u00e9 d\u2019\u00eatre\u00a0v\u00e9ritablement l\u00e0 o\u00f9 on est, d\u2019\u00eatre vraiment\u00a0pr\u00e9sent dans l\u2019instant, d\u00e9pend peut-\u00eatre de notre\u00a0capacit\u00e9 d\u2019\u00eatre en m\u00eame temps en relation d\u2019aide\u00a0avec nous-m\u00eames et en relation d\u2019aide avec l\u2019autre. Sommes-nous\u00a0capables d\u2019alterner congruence et empathie\u00a0? Sommes-nous capables\u00a0d\u2019effectuer cet aller et retour\u00a0entre lui et moi et de demeurer\u00a0dans l\u2019ici et maintenant\u00a0?\u00a0Est-il vrai que lorsqu\u2019on entre dans une relation profonde on n\u2019est\u00a0plus conscient du temps\u00a0 et que l\u2019on se retrouve dans une esp\u00e8ce\u00a0d\u2019\u00e9ternit\u00e9, quelque chose hors du temps ? Et qui nous\u00a0permettrait d\u2019embrasser, d\u2019une certaine fa\u00e7on, la totalit\u00e9\u00a0des choses\u00a0? Une telle d\u00e9marche peut rejoindre une philosophie\u00a0existentielle\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019amour authentique vise \u00e0\u00a0r\u00e9unir choses et personnes en une r\u00e9alit\u00e9 sup\u00e9rieure\u00a0&#8211; cette R\u00e9alit\u00e9 qui est en nous plus nous-m\u00eames que\u00a0nous &#8211;\u00a0; par l\u00e0, il transcende effectivement la multiplicit\u00e9\u00a0et nous ouvre \u00e0 la pl\u00e9nitude de l\u2019\u00eatre. Quand\u00a0les divers sujets communient dans le <i>nous<\/i> de l\u2019amour, leur\u00a0avoir concret est de plus en plus \u00e9prouv\u00e9 comme <i>\u00eatre<\/i>,\u00a0c\u2019est-\u00e0-dire comme impr\u00e9gn\u00e9 ou satur\u00e9\u00a0des influences qui \u00e9manent des sujets eux-m\u00eames\u00a0\u00bb\u00a0(Troisfontaines, 1968, I, p.235).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">De m\u00eame que Teilhard de Chardin \u00e9voque l\u2019enroulement\u00a0organique de l\u2019univers sur lui-m\u00eame qui conduit \u00e0 la\u00a0loi de complexification\/conscience (1955, p.334\u00a0; Peretti, 1999,\u00a0p. 85), Rogers, parle de l\u2019entrelacement de tout au sein de l\u2019univers\u00a0et va jusqu\u2019\u00e0 dire\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0je sais que je\u00a0suis mon client et que mon client est moi et que nous faisons, tous les\u00a0deux, partie de quelque chose qui nous d\u00e9passe. Nous reconnaissons\u00a0ainsi que nous participons \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 bien plus\u00a0grande\u00a0\u00bb. Cette phrase de Carl Rogers \u00e9voque, pour nous,\u00a0celle de Thomas Merton (1915-1968), le c\u00e9l\u00e8bre moine am\u00e9ricain\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0nous\u00a0prenons part \u00e0 quelque chose de beaucoup plus grand que nous-m\u00eames\u00a0\u00bb\u00a0(Merton, 1951, p.387). Nous rattachons aussi cette id\u00e9e \u00e0\u00a0la m\u00e9taphore d\u2019Antoine de Saint-Exup\u00e9ry parlant des\u00a0pierres d\u2019un \u00e9difice, qui deviennent partie d\u2019une r\u00e9alit\u00e9\u00a0qui les d\u00e9passent et qui les int\u00e8grent. Elles sont ennoblies\u00a0lorsqu\u2019elles deviennent pierres d\u2019une cath\u00e9drale (Cf.\u00a0Saint-Exup\u00e9ry, 1942, XXV, p.198). Nous rejoignons alors Rogers\u00a0dans cette prise de conscience de l\u2019imbrication de toutes choses\u00a0et que finalement \u00ab\u00a0notre monde et nos actions sont ins\u00e9parables\u00a0\u00bb\u00a0(Varela, 1989, p.224). Nous n\u2019existons donc pas d\u2019une fa\u00e7on\u00a0juxtapos\u00e9e ou s\u00e9par\u00e9e. Au contraire, nous existons\u00a0\u00ab\u00a0en communaut\u00e9 avec tout et avec tous et nous prenons\u00a0une conscience de plus en plus vive de l\u2019interd\u00e9pendance de\u00a0toutes les composantes de l\u2019univers\u00a0\u00bb (Troisfontaines,\u00a01968, II, p.53). Et m\u00eame si le misanthrope moderne para\u00eet\u00a0\u00ab\u00a0essentiellement sociable\u00a0\u00bb, c\u2019est qu\u2019il\u00a0\u00ab\u00a0ne se brouille avec personne parce qu\u2019il est incapable\u00a0de se lier avec autrui\u00a0; pour lui il n\u2019y a rien \u00e0 rompre,\u00a0rien \u00e0 briser\u00a0; il n\u2019est membre d\u2019aucun groupe et\u00a0traverse en \u00e9tranger toutes les cit\u00e9s humaines (\u2026).\u00a0Il est juxtapos\u00e9 au r\u00e9el (\u2026). Il est incapable <i>d\u2019\u00eatre\u00a0<\/i>vraiment <i>avec<\/i> les autres parce qu\u2019il est incapable <i>d\u2019\u00eatre\u00a0<\/i>avec lui-m\u00eame\u00a0\u00bb (id., 1968, I, p.278).<\/p>\n<h3 class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\"><b><a id=\"contenu6\" name=\"contenu6\"><\/a><\/b><span class=\"s-titre\">Le\u00a0probl\u00e8me religieux<\/span><\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Dans sa jeunesse, Rogers avait song\u00e9 \u00e0 devenir pasteur.\u00a0Il y eut des moments o\u00f9 il se sentait tr\u00e8s proche de Dieu\u00a0et o\u00f9 lib\u00e9r\u00e9 de l\u2019angoisse de devoir se plier\u00a0\u00e0 des d\u00e9finitions dogmatiques, il se sentait envahi par\u00a0des sentiments de compassion universelle \u00e0 l\u2019instar de mystiques\u00a0de l\u2019\u00e9glise d\u2019Orient<sup>2<\/sup> et emport\u00e9 par\u00a0le d\u00e9sir d\u2019annoncer l\u2019\u00e9vangile. Pourtant \u00e0\u00a0l\u2019\u00e2ge de 20 ans et apr\u00e8s un voyage en Chine, comme membre\u00a0d\u2019une d\u00e9l\u00e9gation chr\u00e9tienne, il pouvait \u00e9crire\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0avant tout peut-\u00eatre je me suis plac\u00e9 au seul\u00a0point de vue logique, je veux savoir ce qui est vrai sans me soucier de\u00a0savoir si cela me laisse chr\u00e9tien ou non\u00a0\u00bb. Pourtant\u00a0n\u2019avait-il pas \u00e9crit dans le compte rendu de ce congr\u00e8s,\u00a0que la somme de mal, d\u2019\u00e9go\u00efsme et de haine que les \u00e9tudiants\u00a0avaient observ\u00e9s dans le monde, les avaient ramen\u00e9s \u00ab\u00a0au\u00a0Christ comme au seul Unique qui ait la solution\u00a0\u00bb \u00e0\u00a0leurs probl\u00e8mes\u00a0? (Peretti, 1997, p. 39).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Soixante-quatre ans plus tard dans l\u2019entrevue accord\u00e9e \u00e0\u00a0Baldwin, Rogers semble respirer la paix int\u00e9rieure, corollaire\u00a0du fait d\u2019avoir poursuivi la v\u00e9rit\u00e9 et autant qu\u2019il\u00a0avait pu, et d\u2019\u00eatre rest\u00e9 fid\u00e8le \u00e0 sa\u00a0propre exp\u00e9rience. Apr\u00e8s avoir abandonn\u00e9 l\u2019\u00e9tude\u00a0de la th\u00e9ologie, puis s\u2019\u00eatre investi dans celle de la\u00a0psychologie pour y renoncer ensuite, il r\u00e9it\u00e8re \u00e0\u00a0son interlocuteur cette d\u00e9claration faite \u00e0 Andr\u00e9\u00a0de Peretti dans une lettre du 20 f\u00e9vrier 1972\u00a0: \u00ab je\u00a0suis\u00a0trop religieux pour \u00eatre religieux\u00a0\u00bb ! \u00a0\u00ab\u00a0Je\u00a0crois que ce paradoxe, poursuit-il, r\u00e9sume tr\u00e8s bien ma\u00a0position. Je suis un id\u00e9aliste, un humaniste, et je travaille vers\u00a0quelques-uns des m\u00eames buts que ceux vers lesquels travaillent des\u00a0personnes religieuses, mais je n\u2019ai pas besoin des \u00e9tiquettes\u00a0(<i>labels<\/i>) ou des concepts (<i>constructs<\/i>) de la religion\u00a0\u00bb\u00a0(Peretti, 1997, p.146). Au fond, ce sont les \u00ab\u00a0\u00e9tiquettes\u00a0\u00bb\u00a0et l\u2019embrigadement qu\u2019elles impliquent qui indisposent Rogers.\u00a0Dans cette m\u00eame lettre \u00e0 Andr\u00e9 de Peretti, il \u00e9crit\u00a0que c\u2019est une chose tr\u00e8s constructive pour lui d\u2019en \u00eatre\u00a0venu \u00e0 reconna\u00eetre que \u00ab\u00a0Dieu est mort\u00a0\u00bb.\u00a0\u00ab\u00a0Je ne crois pas qu\u2019il y ait aucune force surnaturelle\u00a0qui puisse venir en aide. Je n\u2019ai aucun recours \u00e0 une foi\u00a0o\u00f9 \u00e0 une religion organis\u00e9e, \u00e0 une \u00e9glise\u00a0ou \u00e0 la pri\u00e8re, \u00e0 la vie apr\u00e8s la mort, ou\u00a0\u00e0 d\u2019autres choses qui sont commun\u00e9ment regard\u00e9es\u00a0comme des parts de la religion\u00a0\u00bb\u00a0 (id., p.146). Cependant,\u00a0et dans ce m\u00eame texte, il dit avoir la conviction qu\u2019il existe\u00a0une \u00ab\u00a0sorte de force qui est \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans\u00a0cet univers changeant, et que cette force op\u00e8re dans les hommes\u00a0aussi bien que dans les plan\u00e8tes\u00a0\u00bb (Ibid.). Et il ajoute\u00a0qu\u2019il\u00a0n\u2019a aucune id\u00e9e de ce que cela peut \u00eatre, soit que nous\u00a0pensions cette force \u00ab\u00a0comme une force personnelle, soit comme\u00a0quelque chose enti\u00e8rement au-del\u00e0 de notre compr\u00e9hension\u00a0\u00bb\u00a0(id.p.146).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Et quelques ann\u00e9es plus tard, l\u2019exp\u00e9rimentateur engag\u00e9,\u00a0le penseur logique et le chercheur empirique, comme le dit Brian Thorne,\u00a0se pla\u00eet \u00e0 entrevoir un monde plus vaste o\u00f9 les \u00e9nergies\u00a0abonderaient, o\u00f9 l\u2019amour de soi engendrerait l\u2019abandon\u00a0de soi et o\u00f9 l\u2019espoir dans l\u2019\u00e9ternit\u00e9 deviendrait\u00a0une attitude \u00e9minemment rationnelle. Est-ce le r\u00e9sultat\u00a0d\u2019une \u00e9volution personnelle\u00a0?<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><b><a id=\"contenu7\" name=\"contenu7\"><\/a><\/b>R\u00e9flexions\u00a0personnelles<\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Nous avons \u00e9maill\u00e9 ce r\u00e9sum\u00e9 (forc\u00e9ment\u00a0incomplet) de la conf\u00e9rence de Brian Thorne par des commentaires\u00a0et des citations. En effet, cette conf\u00e9rence a suscit\u00e9 en\u00a0nous un travail de r\u00e9flexions personnelles. Celles-ci ont \u00e9t\u00e9\u00a0pour nous un enrichissement et un approfondissement de la pens\u00e9e\u00a0de Carl Rogers. Nous les livrons \u00e0 la sagacit\u00e9 et \u00e0\u00a0la critique du lecteur\u00a0:<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">1) Dans cette entrevue avec Baldwin, les critiques formul\u00e9es par\u00a0Rogers, \u00e0 l\u2019encontre des psychologues seraient-elles moins\u00a0fond\u00e9es quand il s\u2019agit de la France\u00a0? En effet, ce sont\u00a0les m\u00e9decins qui d\u00e9tiennent le pouvoir dans notre Pays et\u00a0l\u2019affirment depuis longtemps\u00a0: \u00ab <i>Les psychologues<\/i>\u00a0<i>doivent demeurer avant tout des psychotechniciens dans le cadre des\u00a0auxiliaires<\/i> <i>m\u00e9dicaux<\/i>\u00a0(\u2026). Il s\u2019agit \u00ab\u00a0<i>de cr\u00e9er un corps particulier de psychologues au<\/i> <i>service\u00a0des m\u00e9decins<\/i> (\u2026) \u00ab\u00a0<i>Pour eux<\/i> (les psychologues),\u00a0<i>il n\u2019y a qu\u2019une solution\u00a0: si vraiment ils<\/i> <i>veulent\u00a0voir des malades, faire des diagnostics et de la psychoth\u00e9rapie,\u00a0il faut qu\u2019il leur soit impos\u00e9 d\u2019\u00eatre docteurs\u00a0en m\u00e9decine\u00a0<\/i>\u00bb (Ordre national des m\u00e9decins,\u00a01970, p.190-192). Et ce pouvoir m\u00e9dical s\u2019est encore affirm\u00e9\u00a0en 2002 lors des revendications des m\u00e9decins \u00e0 propos de\u00a0l&rsquo;augmentation de leurs honoraires\u00a0!<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Par ailleurs, les critiques de Ganguilhem (1958, p.12) accusant les travaux\u00a0de psychologie de m\u00e9langer une philosophie sans rigueur et une\u00a0\u00e9thique sans exigence auraient sans doute \u00e9tonn\u00e9\u00a0l&rsquo;exp\u00e9rimentaliste qu&rsquo;\u00e9tait Rogers (Cf. la r\u00e9ponse\u00a0de Pag\u00e8s, ibid., p.26). Ceci montre que tout corporatisme conduit\u00a0\u00e0 l&rsquo;affirmation de son pouvoir et de son champ de comp\u00e9tence.\u00a0Les psychoth\u00e9rapeutes n\u2019y \u00e9chappent pas non plus (Cf.\u00a0Pedevilla, 2002, p.23). Mais les psychologues n\u2019ont jamais manqu\u00e9\u00a0de faire leur auto critique comme Jean Ch\u00e2teau, qui a d\u00e9nonc\u00e9\u00a0\u00ab\u00a0ce complexe du psychologue qui le jette, \u00e0 travers\u00a0une technicit\u00e9 \u00e9troite vers des vues \u00e9triqu\u00e9es\u00a0et inf\u00e9condes\u00a0\u00bb (1972, p.6). Plus r\u00e9cemment,\u00a0Michel Schiff a estim\u00e9 \u00ab\u00a0que le souci de se d\u00e9marquer\u00a0du vulgaire et de se positionner sur l\u2019\u00e9chiquier scientifique\u00a0conduit le chercheur en psychologie \u00e0 gonfler artificiellement\u00a0sa technicit\u00e9\u00a0\u00bb (1990-1991, p.195).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Mais, tout en reconnaissant que la psychologie n\u2019a pas encore acc\u00e9d\u00e9\u00a0\u00e0 sa pleine maturit\u00e9, il ne s\u2019agit pas pour autant\u00a0de cautionner une psychologie de magazine, plus apte \u00e0 alimenter\u00a0les fantasmes de ses lecteurs qu\u2019\u00e0 pr\u00e9senter la psychologie\u00a0comme une discipline rigoureuse (Cf. Richelle, 1978, p. 70, 79-80). Quant\u00a0\u00e0 Rogers, il se demande comment venir \u00e0 bout de ces charlatans\u00a0qui font fortune en exploitant la d\u00e9tresse humaine\u00a0? (Rogers,\u00a02001, p.395). \u00ab\u00a0Nous devons nous rendre \u00e0 l\u2019\u00e9vidence\u00a0:\u00a0en mati\u00e8re humaine, le dipl\u00f4me ne garantit gu\u00e8re la\u00a0comp\u00e9tence\u00a0\u00bb (id. p.395). \u00ab\u00a0A mon grand regret,\u00a0je suis bien oblig\u00e9 de constater qu\u2019on trouve autant de charlatans\u00a0et d\u2019exploiteurs chez les dipl\u00f4m\u00e9s que chez les non\u00a0dipl\u00f4m\u00e9s\u00a0\u00bb (id.p.394). Rogers est d\u2019autant\u00a0plus autoris\u00e9 \u00e0 tenir pareil langage qu\u2019il a \u00e9t\u00e9\u00a0celui qui n\u2019a cess\u00e9 de soumettre son approche \u00e0 des\u00a0contr\u00f4les et \u00e0 des recherches m\u00e9thodiquement scientifiques.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Toutefois, les r\u00e9serves, voire m\u00eame les oppositions auxquelles\u00a0Rogers a \u00e9t\u00e9 confront\u00e9es lors de sa venue en France\u00a0en 1966 ne l\u2019ont-elles pas confort\u00e9 dans ses critiques vis-\u00e0-vis\u00a0de la psychologie et de la psychanalyse\u00a0? Ne l\u2019a-t-on pas accus\u00e9\u00a0de \u00ab\u00a0r\u00e9gression g\u00e9n\u00e9reuse vers l\u2019irrationnel\u00a0\u00bb,\u00a0de \u00ab\u00a0philosophie tr\u00e8s courte, m\u00e9lange d\u2019optimisme,\u00a0de sentimentalisme et de scientisme\u00a0\u00bb (Roustang, 1966, p.788).\u00a0En revanche, d\u2019autres se sont sentis \u00ab\u00a0directement invit\u00e9s\u00a0par cette effervescence cr\u00e9atrice\u00a0\u00bb (Peretti, 1967,\u00a0p. 39), qui leur faisait d\u00e9couvrir \u00ab\u00a0un type de relation\u00a0beaucoup plus souple qu\u2019en psychanalyse\u00a0\u00bb (Peretti, 1997,\u00a0p.118 ; voir aussi Thorne, 1994, p.143-151).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">2) La d\u00e9claration de Rogers selon laquelle il pr\u00e9f\u00e9rerait\u00a0quelqu\u2019un ayant une large culture litt\u00e9raire ou scientifique\u00a0pour devenir th\u00e9rapeute doit \u00eatre prise avec pr\u00e9caution.\u00a0Elle ne saurait servir \u00e0 m\u00e9conna\u00eetre le cursus des\u00a0\u00e9tudes de psychologie tel qu\u2019il se d\u00e9roule depuis les\u00a0ann\u00e9es 1970 en France. Le psychisme humain n\u2019est pas une entit\u00e9\u00a0\u00e9th\u00e9r\u00e9e : son \u00e9tude suppose la prise en compte\u00a0de sa gen\u00e8se dans le temps, de son d\u00e9veloppement dans une\u00a0soci\u00e9t\u00e9 donn\u00e9e et de sa condition incarn\u00e9e.\u00a0Il implique un large savoir qui va de la philosophie \u00e0 la sociologie,\u00a0en passant par la biologie, la neurophysiologie, la psycholinguistique,\u00a0la g\u00e9ographie humaine, la psychologie du d\u00e9veloppement ou\u00a0psychologie g\u00e9n\u00e9tique, la psychologie sociale, la psychologie\u00a0du travail, l\u2019\u00e9thologie, etc.\u00a0\u00ab\u00a0Le psychisme\u00a0est un syst\u00e8me ouvert aux influences\u00a0; mais la d\u00e9couverte\u00a0psychologique a consist\u00e9 \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler les liaisons\u00a0internes qui r\u00e9gissent les \u00e9l\u00e9ments constituants\u00a0du psychisme et leurs transformations. La psychologie traduit donc en\u00a0termes de rapports et de puissances internes et signifiantes ce qui \u00e9tait\u00a0anciennement con\u00e7u en termes de rapports \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9\u00a0ext\u00e9rieure \u00e0 l\u2019univers humain. Cette traduction signifie\u00a0reconnaissance de lois qui r\u00e9gissent les ensembles psychiques\u00a0\u00bb\u00a0(Vergote, 1978, p.30).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">La d\u00e9claration de Rogers interpelle plut\u00f4t les chercheurs\u00a0en psychologie sur leur manque d\u2019audace qui les cantonne dans une\u00a0\u00ab\u00a0psychologie de clairi\u00e8re\u00a0\u00bb ( Ch\u00e2teau,\u00a01972, p.9), o\u00f9 tout le monde ratisse au m\u00eame endroit, d\u00e9j\u00e0\u00a0largement d\u00e9frich\u00e9, en s\u2019\u00e9vertuant \u00e0\u00a0reprendre des questions parfois d\u00e9j\u00e0 abondamment trait\u00e9es,\u00a0voire m\u00eame r\u00e9solues (Turbiaux, 2002, p.314). Mais ce que\u00a0Rogers d\u00e9plore surtout \u00e0 son \u00e9poque (c\u2019est-\u00e0-dire\u00a0en 1973), c\u2019est la dichotomie profonde qu\u2019il constate entre\u00a0les \u00ab\u00a0cours th\u00e9oriques, qui font appel \u00e0 l\u2019intelligence\u00a0abstraite\u00a0\u00bb et les \u00ab\u00a0stages pratiques\u00a0\u00bb\u00a0o\u00f9 entrent \u00ab\u00a0en jeu les \u00e9motions de l\u2019\u00e9tudiant\u00a0ou de ses patients\u00a0\u00bb (Rogers, 2001, p.397-398). \u00ab\u00a0On\u00a0se rend \u00e0 l\u2019universit\u00e9 pour penser\u00a0\u00bb et\u00a0puis on s\u2019inscrit dans des groupes de rencontre pour parler des \u00e9motions\u00a0ou des pr\u00e9occupations qu\u2019on a refoul\u00e9es\u00a0; alors\u00a0qu\u2019il conviendrait d\u2019accorder\u00a0\u00ab\u00a0la m\u00eame\u00a0importance aux sentiments qu\u2019aux id\u00e9es\u00a0\u00bb dans les\u00a0programmes universitaires (Rogers, 2001,p.399). Cette dichotomie ou plut\u00f4t\u00a0ce manque de dialectisation s\u2019observe \u00ab\u00a0aussi dans la\u00a0querelle entre psychologues exp\u00e9rimentalistes et psychologues cliniciens.\u00a0Cette querelle montre les rigidit\u00e9s et les d\u00e9fiances, et\u00a0par suite les fixations, qui r\u00e9sultent d\u2019un manque de correspondance\u00a0rapide entre pratique et th\u00e9orie (comme entre objectivit\u00e9\u00a0et subjectivit\u00e9)\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0On critique ou on adopte\u00a0\u00e0 trop bon compte. On cr\u00e9e, pour un oui, pour un non, des\u00a0n\u00e9ologismes\u00a0\u00bb (Peretti, 1999, p.364).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Pour Rogers il est essentiel, pour le th\u00e9rapeute centr\u00e9\u00a0sur la personne,\u00a0de b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019un large savoir\u00a0nourri par l\u2019exp\u00e9rience. Mais en m\u00eame temps il d\u00e9clare\u00a0qu\u2019il doit bien exister de par le monde des personnes vers lesquelles\u00a0d\u2019autres se tournent spontan\u00e9ment pour solliciter un soutien\u00a0psychologique. Ainsi \u00e0 la fois Rogers souhaite une large culture\u00a0pour le th\u00e9rapeute et en m\u00eame temps il le met en garde contre\u00a0la tentation d\u2019afficher sa sup\u00e9riorit\u00e9 intellectuelle\u00a0en s\u2019autorisant \u00e0\u00a0poser n\u2019importe quelle question\u00a0ou de juger de la valeur rationnelle, morale ou pratique des choses qui\u00a0lui sont confi\u00e9es (Rogers et Kinget, 1971, I, p.105). S\u2019il\u00a0exerce sa profession parce qu\u2019elle lui permet de briller, de se donner\u00a0de l\u2019importance, de para\u00eetre sup\u00e9rieur (id.p.117), il\u00a0manque \u00e0 sa mission qui est d\u2019encourager l\u2019expression\u00a0des sentiments, de d\u00e9samorcer les tensions et de les lib\u00e9rer.\u00a0La tentation la plus subtile pour celui qui \u00e9coute (psychoth\u00e9rapeute,\u00a0psychologue, travailleur social, etc.), est d\u2019amener ou de maintenir\u00a0l\u2019entrevue sur le plan intellectuel. En ce faisant il se prot\u00e8ge\u00a0(consciemment ou inconsciemment), mais il est aussi tent\u00e9 de croire\u00a0que sa relation avec le client implique qu\u2019il en sache plus que lui,\u00a0qu\u2019il soit plus savant que lui, sous peine de compromettre cette\u00a0relation. Se pose donc la question de la place du savoir du th\u00e9rapeute\u00a0dans son activit\u00e9 d\u2019\u00e9coute. On peut \u00eatre cultiv\u00e9\u00a0sans \u00eatre un savant\u00a0! Et si le psychoth\u00e9rapeute \u2013\u00a0alors qu\u2019il se sera efforc\u00e9 de maintenir l\u2019entrevue sur\u00a0le plan intellectuel \u2013 ignore tout de tel ou tel sujet abord\u00e9\u00a0par son client il sera contrari\u00e9 et se reprochera son ignorance.\u00a0Mais s\u2019il poss\u00e8de ou conna\u00eet bien le sujet abord\u00e9\u00a0par son client il trouvera une certaine satisfaction \u00e0 faire montre\u00a0de son savoir. Dans les deux cas \u2013 connaissance ou ignorance du sujet\u00a0abord\u00e9 par le client \u2013 le fait de centrer l\u2019entrevue\u00a0sur son ignorance ou sur son savoir fait manquer au th\u00e9rapeute\u00a0sa vraie mission. Le paradoxe rog\u00e9rien est donc que le th\u00e9rapeute\u00a0doit \u00eatre cultiv\u00e9, mais qu\u2019en m\u00eame temps il est\u00a0tout \u00e0 fait indiff\u00e9rent que le th\u00e9rapeute en sache\u00a0plus ou moins que son client sur tel ou tel sujet. Il n\u2019est pas indispensable\u00a0d\u2019avoir fait des \u00e9tudes d\u2019astrophysique, d\u2019architecture\u00a0ou de m\u00e9decine pour \u00e9tablir une relation d\u2019aide avec\u00a0un astrophysicien, un architecte ou un m\u00e9decin\u00a0! Car le fondement\u00a0de l\u2019approche centr\u00e9e sur la personne ne repose ni sur le\u00a0savoir ni sur l\u2019ignorance\u00a0; mais bien sur la disponibilit\u00e9\u00a0et les quatre \u00e9l\u00e9ments \u00e9voqu\u00e9s plus haut.\u00a0Le client peut tout dire, tout exprimer sans \u00eatre d\u00e9consid\u00e9r\u00e9\u00a0ou jug\u00e9. C\u2019est au th\u00e9rapeute de s\u2019efforcer d\u2019entrer\u00a0dans l\u2019univers de son client (Cf. Rogers, 1971, p.92).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">3) A propos du probl\u00e8me religieux &#8211; et l\u2019on\u00a0sait combien ce sujet le rendait perplexe et le mettait mal \u00e0 l\u2019aise\u00a0(Cf. Peretti, 1997, p.146\u00a0; Thorne, 1994, p.37), &#8211; Rogers a \u00e9t\u00e9\u00a0marqu\u00e9 par le puritanisme et la \u00ab\u00a0th\u00e9ologie rev\u00eache\u00a0\u00bb\u00a0de son enfance impliquant une \u00ab\u00a0conception n\u00e9gativiste\u00a0et culpabilisante de la nature humaine\u00a0\u00bb (Thorne, id., p.35),\u00a0\u00e9galement par \u00a0des conceptions religieuses qui assimilaient\u00a0\u00ab\u00a0le corps au p\u00e9ch\u00e9 et l\u2019\u00e2me au bien\u00a0\u00bb\u00a0(Rogers, 2001, p.400). Nous regrettons que Rogers n\u2019ait pu avoir\u00a0acc\u00e8s \u00e0 la th\u00e9ologie orientale (orthodoxe russe surtout),\u00a0qui a \u00e9t\u00e9 introduite en France, puis aux \u00c9tats-Unis,\u00a0\u00e0 l\u2019occasion de l\u2019\u00e9migration russe des ann\u00e9es\u00a01920<sup>3<\/sup>. Ce qui aurait peut-\u00eatre permis \u00e0 Rogers\u00a0de mieux faire la distinction entre christianisme et religion. Car, pour\u00a0Schmemann, th\u00e9ologien de l\u2019\u00e9glise orthodoxe<sup>4\u00a0<\/sup>(1969, p.20-21), le christianisme n\u2019est pas pr\u00e9sent\u00e9\u00a0dans le Nouveau Testament comme un culte ou une religion. Les vrais adorateurs,\u00a0en effet, sont invit\u00e9s \u00e0 adorer Dieu en esprit et en v\u00e9rit\u00e9\u00a0et non en en lieu privil\u00e9gi\u00e9 (Cf. \u00e9vangile de Jean,\u00a0ch. 4, versets 20-24), encore moins en se laissant juger \u00a0\u00ab\u00a0au\u00a0sujet du manger ou du boire, ou au sujet d\u2019une f\u00eate, d\u2019une\u00a0nouvelle lune\u00a0\u00bb (Lettre de Paul aux Colossiens, ch. 2, verset\u00a016), ou encore en se laissant imposer des pr\u00e9ceptes du genre \u00ab\u00a0Ne\u00a0prends pas\u00a0! ne go\u00fbte pas\u00a0!\u00a0\u00bb (ibid. verset\u00a021)<sup>5.<\/sup> Toute religion a pris fin, parce ce que (pour le chr\u00e9tien),\u00a0le Christ est <i>la R\u00e9ponse<\/i> \u00e0 toute religion, \u00e0\u00a0toute faim humaine de Dieu. (Schmemann, id. p.21). La religion est n\u00e9cessaire\u00a0aussi longtemps que l\u2019homme et le dieu sont consid\u00e9r\u00e9s\u00a0comme s\u00e9par\u00e9s\u00a0; mais puisque dans le Christ, l\u2019Homme\u00a0et Dieu sont <i>unis<\/i>, il n\u2019y a plus besoin de <i>religion. <\/i>(Cf.\u00a0Rey, 1998, p.3161-3162). D\u00e8s lors,\u00a0\u00ab <i>il faut que\u00a0nous<\/i> <i>refusions l\u2019\u00e9quation Christianisme = religion<\/i>\u00a0\u00bb\u00a0(Roqueplo, 1962, p.280). M\u00eame s\u2019il en prend les apparences,\u00a0le christianisme \u00ab\u00a0<i>n\u2019est pas d\u2019abord religion\u00a0mais foi\u00a0<\/i>(en une<i> <\/i>Personne)<i> ; avant d\u2019\u00eatre\u00a0un ensemble de gestes,<\/i> <i>d\u2019obligations et de pratiques il est\u00a0une conviction\u00a0<\/i>\u00bb<i> <\/i>qui englobe<i> <\/i>la totalit\u00e9\u00a0de la vie <i>(id.,<\/i> p.280). L\u2019aveu de Carl Rogers (Cf. supra),\u00a0peut donc aussi se comprendre\u00a0dans le sens o\u00f9 il serait trop\u00a0chr\u00e9tien pour \u00eatre religieux! Il rejoindrait ainsi Martin\u00a0Buber pour qui \u00ab\u00a0le premier de tous les dangers pour l\u2019homme,\u00a0c\u2019est la \u201creligion\u201d\u00bb (Buber, 1945, p.19). Pourquoi\u00a0?\u00a0Parce qu\u2019en pr\u00e9tendant consacrer le monde \u00e0 Dieu elle\u00a0est devenue, en fait, ce qui l\u2019en \u00e9loignait. Le \u00ab\u00a0Dieu\u00a0\u00bb\u00a0qu\u2019elle pr\u00e9tendait servir n\u2019\u00e9tait \u00ab\u00a0qu\u2019un\u00a0semblant docile\u00a0\u00bb, un Dieu <i>id\u00e9al<\/i> auquel elle\u00a0croyait parler et duquel elle croyait saisir une r\u00e9ponse (id. p.19).\u00a0Et cette religion plus elle croit relier, plus elle divise et oppose croyants\u00a0et incroyants, fid\u00e8les et infid\u00e8les. En multipliant les\u00a0prescriptions alimentaires ou vestimentaires, les religions cr\u00e9ent\u00a0l\u2019uniformit\u00e9 au sein de leurs adeptes et les opposent aux\u00a0adeptes des autres religions et cela jusqu\u2019\u00e0 l\u2019intol\u00e9rance,\u00a0voire m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 la violence et \u00e0 la guerre\u00a0(Cf. Vallet, 2002, p.203).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">4) \u00ab Je sais que je suis mon client et que mon client est <i>moi<\/i>\u00a0\u00bb\u00a0!\u00a0Cette phrase de Rogers rapport\u00e9e plus haut par Brian Thorne, ne\u00a0peut pas \u00eatre comprise comme une projection ou une identification,\u00a0mais comme une communion. Les personnes entrent en relation, en communication.\u00a0Elles ne fusionnent pas, elles restent distinctes. Seul les m\u00e9taux\u00a0fusionnent sous l\u2019effet de la chaleur et certains corps se dissolvent\u00a0au contact d\u2019un liquide. Dans les deux cas les composants <i>disparaissent\u00a0<\/i>au profit d\u2019une nouvelle entit\u00e9. Or, bien souvent les gens\u00a0confondent fusion et communion (ou amour).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0La diff\u00e9rence entre l\u2019empathie\u00a0et la sympathie est importante mais malais\u00e9e \u00e0 d\u00e9crire.\u00a0Ces sentiments sont apparent\u00e9s en ce qu\u2019ils repr\u00e9sentent\u00a0tous deux une r\u00e9sonance aux sentiments d\u2019autrui\u00a0\u00bb\u00a0(Rogers et Kinget, I, p.107). La sympathie : <i>sumpatheia<\/i> de <i>sum\u00a0<\/i>\u00ab\u00a0avec\u00a0\u00bb et de <i>pathein<\/i> \u00ab\u00a0ressentir\u00a0\u00bb,\u00a0voire m\u00eame \u00ab\u00a0p\u00e2tir\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0souffrir\u00a0\u00bb.\u00a0(est rendu en latin par <i>condoleo<\/i>, <i>condolere<\/i>), \u00ab\u00a0souffrir\u00a0ensemble\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0compatir \u00e0\u00a0\u00bb, d\u2019o\u00f9\u00a0le mot \u00ab\u00a0condol\u00e9ances\u00a0\u00bb. Pour Andr\u00e9\u00a0de Peretti, la sympathie peut c\u00f4toyer au sein d\u2019un continuum\u00a0affectif d\u2019autres \u00e9motions qui peuvent \u00ab\u00a0se colorer\u00a0d\u2019anxi\u00e9t\u00e9, ou de culpabilit\u00e9, voire d\u2019agressivit\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0(1999, p.166-167). L\u2019empathie, en grec <i>empatheia<\/i>, compos\u00e9\u00a0sur le mod\u00e8le de sympathie se retrouve en anglais d\u00e8s 1904\u00a0sous le terme <i>empathy<\/i> pour rendre l\u2019allemand <i>einf\u00fchlung<\/i>,\u00a0cr\u00e9\u00e9 en 1903 par Th\u00e9odore Lipps (1851-1914) et signifie\u00a0litt\u00e9ralement \u00ab\u00a0sentir dedans\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0comprendre\u00a0par le sentiment\u00a0\u00bb (Villain, 1964, p.62), et par extension\u00a0\u00e9tat de celui qui est affect\u00e9 int\u00e9rieurement (Foulqui\u00e9,\u00a01982, p. 209-210). Th\u00e9odore Flournoy (1854-1920), proposa, mais\u00a0sans succ\u00e8s, le mot \u00ab\u00a0intropathie\u00a0\u00bb pour\u00a0rendre l\u2019allemand <i>einf\u00fchlung.<\/i> C\u2019est la raison pour\u00a0laquelle on peut la rapprocher de <i>l\u2019intuition<\/i> (Fr\u00f6lich,\u00a01997, p.159).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Pour Rogers l\u2019empathie consiste dans un acc\u00e8s progressif au\u00a0cadre de r\u00e9f\u00e9rence d\u2019autrui \u00ab\u00a0comme si\u00a0\u00bb\u00a0on \u00e9tait cette personne. On situe et on comprend comment elle d\u00e9signe\u00a0et vit ses sentiments (sa peine, sa douleur, sa joie et leurs causes),\u00a0<i>comme<\/i> elle les \u00e9prouve, sans jamais oublier qu\u2019il s\u2019agit\u00a0de ses exp\u00e9riences et de ses perceptions. Sans cela on tombe dans\u00a0l\u2019identification (Rogers et Kinget, 1971, I, p.197-198). Par ailleurs,\u00a0Cosnier a longuement expos\u00e9 et expliqu\u00e9 le concept d\u2019empathie\u00a0(1994, p.86-99). Mais nous h\u00e9sitons \u00e0 le suivre dans la\u00a0d\u00e9finition qu\u2019il en donne comme \u00e9tant la<i> capacit\u00e9\u00a0de se mettre \u00e0 la place d\u2019autrui<\/i> (Id., p. 161). Car nous\u00a0pensons qu\u2019il n\u2019est pas possible de se mettre \u00e0 la place\u00a0d\u2019autrui, mais seulement d\u2019essayer de le comprendre de l\u2019int\u00e9rieur\u00a0(Cf. Abric, 1999, p.39). De fait, \u00ab\u00a0nul autre homme ne sent\u00a0notre sensation, ne pense notre pens\u00e9e \u00bb (Janet, 1899, p.133).\u00a0L\u2019empathie, de m\u00eame que la consid\u00e9ration positive inconditionnelle,\u00a0n\u2019impliquent pas de prendre la place d\u2019autrui , \u00ab\u00a0m\u00eame\u00a0si elle essaie de p\u00e9n\u00e9trer dans son monde int\u00e9rieur\u00a0\u00bb\u00a0(Peretti, 1999, p.325).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">En revanche, l\u2019empathie nous permet de faire toute la place en nous\u00a0pour que l\u2019autre y trouve un espace de libert\u00e9 et de paix,\u00a0lui permettant de devenir \u00ab\u00a0une personne humaine autonome,\u00a0capable d\u2019\u00eatre ce qu\u2019il est, de choisir son chemin\u00a0\u00bb\u00a0(Rogers, 1971, p.92). L\u2019empathie, comme la communion sont cr\u00e9atrices\u00a0de distinction et d\u2019autonomie. N\u2019est-ce pas une attitude de\u00a0plus en plus fr\u00e9quente dans notre culture que de penser que \u00ab\u00a0tout\u00a0le monde devrait avoir les m\u00eames sentiments, les m\u00eames pens\u00e9es\u00a0et les m\u00eames croyances\u00a0?\u00bb (Rogers, 1970, p.19). Alors\u00a0qu\u2019il s\u2019agit surtout de se rencontrer sans se confondre, de\u00a0s\u2019aimer sans fusionner\u00a0! \u00ab\u00a0L\u2019empathie rog\u00e9rienne\u00a0a lieu dans la conscience aigu\u00eb de la s\u00e9paration, de la contingence,\u00a0de la diff\u00e9rence, de l\u2019individualit\u00e9 des deux \u00eatres\u00a0qui communiquent. Elle est \u00e0 la fois perception d\u2019autrui et\u00a0perception de moi-m\u00eame qui ne suis pas cet autrui et ne le serai\u00a0jamais\u00a0\u00bb ( Pag\u00e8s, 1970, p.67). Comme le dit le po\u00e8te,\u00a0\u00ab\u00a0qu\u2019il y ait des espaces dans votre communion, et que\u00a0les vents du ciel dansent entre vous\u00a0\u00bb (Khalil Gibran, 1956,\u00a0p.17-18)<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Finalement, l\u2019empathie recouvre deux notions\u00a0: celle de d\u00e9centration\u00a0et celle d\u2019implication. D\u00e9centration d\u2019abord dans la\u00a0mesure o\u00f9 elle est une sortie de soi et de son propre syst\u00e8me\u00a0de valeurs\u00a0; implication ensuite au sens o\u00f9 elle est \u00ab\u00a0une d\u00e9marche participative visant \u00e0 la compr\u00e9hension\u00a0d\u2019autrui\u00a0en tant qu\u2019autrui et \u00e0 la pr\u00e9vision\u00a0de ses potentialit\u00e9s \u00bb (Maucorps &amp; Bassoul, 1960, p.8).\u00a0Elle suppose donc une pr\u00e9sence intense et forte (Cf. supra le quatri\u00e8me\u00a0\u00e9l\u00e9ment), gr\u00e2ce \u00e0 une attention soutenue pour\u00a0ce que l\u2019autre \u00e9prouve affectivement, par un effort de prise\u00a0en compte de la r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019il vit en \u00e9vitant\u00a0de se laisser submerger par l\u2019\u00e9motion propre \u00e0 la sympathie\u00a0et de se laisser aller au jugement propre \u00e0 l\u2019investigation.\u00a0(Cf. Mucchielli, 1994, p.79). Si la sympathie a trait principalement aux \u00e9motions, l\u2019empathie,\u00a0elle, englobe les aspects tant cognitifs qu\u2019\u00e9motionnels de\u00a0l\u2019exp\u00e9rience d\u2019autrui. De plus, dans la sympathie nous\u00a0participons aux \u00e9motions d\u2019autrui par le truchement de notre\u00a0propre exp\u00e9rience, alors que dans l\u2019empathie nous nous effor\u00e7ons\u00a0de participer \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience d\u2019autrui en nous\u00a0r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 ce qu\u2019il \u00e9prouve, lui, ici\u00a0et maintenant (Cf. Rogers et Kinget, 1971, p.107).<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><b><a id=\"contenu8\" name=\"contenu8\"><\/a><\/b>Conclusion\u00a0:\u00a0de l\u2019exp\u00e9rience du psychologue \u00e0 celle du mystique\u00a0?<\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">C\u2019est <i>l\u2019exp\u00e9rience<\/i> qui est le ma\u00eetre mot\u00a0de Carl Rogers. Rollo May emploie le verbe <i>exp\u00e9riencer, <\/i>c\u2019est-\u00e0-dire\u00a0\u00ab\u00a0ressentir\u00a0\u00bb avec le client et non pas se contenter\u00a0d\u2019observer les ph\u00e9nom\u00e8nes qui se manifestent mais essayer\u00a0de les comprendre (May, 1971, p.24). L\u2019exp\u00e9rience directe\u00a0et personnelle est pour Rogers \u00ab\u00a0l\u2019autorit\u00e9 supr\u00eame\u00a0\u00bb\u00a0(Rogers, 1970, p.22) et elle est le fruit de \u00ab\u00a0la rencontre\u00a0de deux personnes\u00a0\u00bb (Rogers, 1971, p.92\u00a0; Cf. 1970, p.\u00a013), et non la rencontre d\u2019un Je et d\u2019un Cela. C\u2019est la\u00a0raison aussi pour laquelle il ne s\u2019autorise pas \u00e0 persuader\u00a0autrui d\u2019adopter telle ou telle philosophie ou croyance. (Cf. Rogers,\u00a01970, p.25). Et s\u2019il a abandonn\u00e9 l\u2019\u00e9tude de la\u00a0th\u00e9ologie c\u2019est sans doute parce qu\u2019il \u00e9tait trop\u00a0<i>th\u00e9ologien<\/i> pour se laisser emprisonner par des d\u00e9finitions,\u00a0des croyances ou des traditions souvent \u00e9dict\u00e9es par les\u00a0hommes. (Cf. l\u2019Evangile de Matthieu, ch.23, versets 1-4). Enfin il\u00a0\u00e9tait trop <i>psychologue<\/i> pour se satisfaire d\u2019approches\u00a0partielles de l\u2019individu, habituellement consid\u00e9r\u00e9\u00a0comme un objet (Cf. Rogers, 1970, p.XVI), et qui r\u00e9pondaient \u00e0\u00a0des pulsions partielles, alors qu\u2019il avait acquis cette conviction\u00a0que mieux un individu est compris et accept\u00e9 dans son unit\u00e9\u00a0et sa globalit\u00e9 de personne, plus il a tendance \u00e0 abandonner\u00a0les fausses d\u00e9fenses dont il usait habituellement pour affronter\u00a0la vie (Cf. Rogers, 1970, p.24).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Rogers reconna\u00eet ne jamais avoir eu d\u2019exp\u00e9rience mystique,\u00a0mais il admet que, comme bien d\u2019autres, il a \u00ab\u00a0sous-estim\u00e9,\u00a0l\u2019importance de cette dimension mystique et spirituelle\u00a0\u00bb\u00a0(Rogers, 2001, p.169), alors que les preuves s\u2019accumulaient sur l\u2019existence\u00a0d\u2019une \u00ab\u00a0r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 part\u00a0\u00bb\u00a0(id., p.401). \u00ab\u00a0Sommes-nous certains qu\u2019il n\u2019est\u00a0pas d\u2019autre r\u00e9alit\u00e9 accessible \u00e0 l\u2019homme\u00a0que celle qu\u2019il conna\u00eet par l\u2019entremise de ses cinq sens\u00a0?\u00a0Et prendrons-nous, sans id\u00e9e pr\u00e9con\u00e7ue, le risque\u00a0effrayant d\u2019aller y voir de plus pr\u00e8s\u00a0?\u00a0\u00bb\u00a0(id. p.404). Et pourquoi l\u2019existence de cette \u00ab\u00a0r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0ferait-elle si peur aux psychologues\u00a0? Sans doute, r\u00e9pond\u00a0Rogers, \u00ab\u00a0parce que, n\u2019\u00e9tant pas du tout s\u00fbrs\u00a0de notre science nous <i>n\u2019osons<\/i> pas nous lancer dans l\u2019inconnu\u00a0\u00bb\u00a0(id. p. 401).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Cette conf\u00e9rence de Brian Thorne suscite en nous\u00a0deux interrogations suppl\u00e9mentaires. Tout d\u2019abord, cette double\u00a0reconversion de Rogers qui abandonne le pastorat pour la profession de\u00a0psychologue et finalement s\u2019oriente vers un monde mystique et transcendant.\u00a0Cela constituerait-il un autre paradoxe de Rogers\u00a0: pr\u00f4ner\u00a0l\u2019approche centr\u00e9e sur la personne et d\u00e9laisser le\u00a0Dieu personnel pour une orientation mystique o\u00f9 la vie spirituelle\u00a0devient \u00ab\u00a0un processus mental\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Dieu\u00a0une forme d\u2019\u00e9nergie\u00a0\u00bb (Vernette, 1993, p.109)\u00a0?\u00a0Notre seconde interrogation compl\u00e8te la premi\u00e8re\u00a0:\u00a0Rogers et son \u0153uvre s\u2019inscrivent-ils, dans ce que l\u2019on\u00a0a appel\u00e9, faute de mieux, le \u00ab\u00a0New Age\u00a0\u00bb.\u00a0L\u2019id\u00e9e essentielle en serait \u00ab\u00a0que l\u2019humanit\u00e9\u00a0est en train d\u2019entrer (\u2026) dans un \u00e2ge nouveau de prise\u00a0de conscience spirituelle et plan\u00e9taire, \u00e9cologique et mystique,\u00a0d\u2019harmonie et de lumi\u00e8re, marqu\u00e9 par des mutations\u00a0psychiques profondes\u00a0\u00bb (Vernette, id., p.5), o\u00f9 \u00ab\u00a0le\u00a0professionnel , au lieu de se situer comme l\u2019autorit\u00e9- qui-sait\u00a0et de se cantonner dans une neutralit\u00e9 affective, se situe comme\u00a0partenaire th\u00e9rapeutique et s\u2019engage affectivement\u00a0\u00bb\u00a0(Vernette, id., p.66)\u00a0? Rogers serait alors effectivement un des\u00a0ma\u00eetres \u00e0 penser de \u00ab\u00a0la nouvelle psychologie\u00a0\u00bb\u00a0(Vernette, id.p.49), psychologie existentielle et humaniste, qui refuse\u00a0de se modeler sur une physique d\u00e9pass\u00e9e (Cf. Rogers, 2001,\u00a0p.389), tout en voulant \u00ab\u00a0renforcer et r\u00e9nover la formation\u00a0des psychologues de mani\u00e8re \u00e0 leur conf\u00e9rer une efficacit\u00e9\u00a0bien sup\u00e9rieure aux gouroux qui, avec leurs \u201ctrucs\u201d,\u00a0toujours branch\u00e9s, jamais test\u00e9s, exploitent \u00e0 leur\u00a0profit l\u2019\u00e9vidente na\u00efvet\u00e9 d\u2019un public constamment\u00a0\u00e0 l\u2019aff\u00fbt d\u2019une panac\u00e9e\u00a0\u00bb (Rogers,\u00a02001, p.397).<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><a name=\"auteur\"><\/a>Auteur<\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\"><b>Andr\u00e9 Botteman<\/b> est docteur en psychologie\u00a0de l\u2019Universit\u00e9 de Bordeaux 2 et directeur adjoint de la revue\u00a0\u00ab\u00a0Carri\u00e9rologie\u00a0\u00bb depuis janvier 1993. Courriel:\u00a0abotteman@wanadoo.fr<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\"><b>Brian Thorne<\/b> est professeur et directeur du \u00ab\u00a0Centre\u00a0for Counselling Studies\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019Universit\u00e9\u00a0d\u2019East Anglia Norwich. Courriel: Ifarrow@norwichcentre.org<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><a name=\"notes\"><\/a>Notes<\/h3>\n<ol style=\"text-align: justify;\">\n<li class=\"txt-j\">Comparer avec la doctrine d\u2019H\u00e9raclite (env.576-480\u00a0av. J.C.), pour qui la stabilit\u00e9 n\u2019\u00e9tait qu\u2019illusion\u00a0et l\u2019\u00e9coulement perp\u00e9tuel des choses la v\u00e9ritable\u00a0r\u00e9alit\u00e9<\/li>\n<li class=\"txt-j\">\u00ab\u00a0Celui qui a ce c\u0153ur (charitable),\u00a0ne pourra se rappeler ou voir une cr\u00e9ature, sans que ses yeux\u00a0ne se remplissent de larmes \u00e0 cause de la compassion immense\u00a0qui saisit son c\u0153ur\u00a0\u00bb (Lossky, 1944, p.105).<\/li>\n<li class=\"txt-j\">Rogers aurait appr\u00e9ci\u00e9 sans nul doute\u00a0une anthropologie et une th\u00e9ologie plus optimistes telles qu\u2019on\u00a0les trouve entre autres chez Lossky (1944) ou chez Evdokimov (1959)\u00a0et d\u2019autres th\u00e9ologiens orthodoxes. Par exemple Evdokimov\u00a0\u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0En Orient, tr\u00e8s explicitement,\u00a0c\u2019est <i>l\u2019\u00e9l\u00e9ment<\/i> <i>divin<\/i> de la nature\u00a0:\u00a0<i>l\u2019imago<\/i> <i>Dei<\/i>, qui se pose en fondement de l\u2019anthropologie\u00a0\u00bb\u00a0(p.59 de l\u2019\u00e9dition de 1979).<\/li>\n<li class=\"txt-j\">D\u2019origine russe, Alexandre Schmemann a fait ses\u00a0\u00e9tudes de th\u00e9ologie au s\u00e9minaire Saint-Serge de\u00a0Paris et a \u00e9t\u00e9 ensuite professeur de th\u00e9ologie\u00a0et d\u2019histoire de l\u2019\u00e9glise au s\u00e9minaire orthodoxe\u00a0Saint-Vladimir de Crestwood, N.Y. L\u2019ouvrage auquel nous renvoyons\u00a0a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit \u00e0 la demande de la <i>National<\/i>\u00a0<i>Student<\/i> <i>Christian<\/i> <i>Federation <\/i>et achev\u00e9 \u00e0\u00a0Labelle, Qu\u00e9bec, en ao\u00fbt 1963<i>. <\/i>On peut regretter\u00a0qu\u2019il n\u2019aie pas rencontr\u00e9 Carl Rogers, qui \u00e9tait\u00a0attir\u00e9 par la mystique orientale.<\/li>\n<li class=\"txt-j\">Qu\u2019on se souvienne du sentiment de culpabilit\u00e9\u00a0qui envahit le jeune Carl lorsqu\u2019il but sa premi\u00e8re bouteille\u00a0de limonade\u00a0! (Rogers, 1970, p. 5).<\/li>\n<\/ol>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><a name=\"abstract\"><\/a>Abstract<\/h3>\n<p class=\"resume\" style=\"text-align: justify;\">Brian Thorne is one of the last disciples of Carl Rogers,\u00a0whom he knew personally since the 1970s. His January 26, 2002 address\u00a0in Paris at the 10th Meeting on Client-Centered Therapy was based on the\u00a0last interview granted by Carl Rogers to Micha\u00ebl Baldwin (2000).\u00a0The address, summarizing a chapter of Thorne&rsquo;s book (2002), could not\u00a0be reproduced here in its entirety for copyright reasons. Instead, we\u00a0have reviewed here the main topics discussed by the lecturer.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><a name=\"references\"><\/a>R\u00e9f\u00e9rences<\/h3>\n<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\">ABRIC, J.- C. (1999). <i>Psychologie<\/i> <i>de la communication.\u00a0Th\u00e9ories et m\u00e9thodes<\/i>. Paris\u00a0: Armand Colin.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">BALDWIN, M. (2000). <i>The use of Self in Therapy<\/i>.\u00a0New York\u00a0: The Haworth Press (2<sup>e<\/sup> \u00e9dition).<\/p>\n<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\">BERGIN, A. (1991). Values and religious issues in psychotherapy and mental\u00a0heath. <i>American Psychologist<\/i>, 46 (4), p.394-403.<\/p>\n<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\">BUBER, M. (1945). Le Message hassidique. <i>Dieu<\/i> <i>Vivant<\/i>, n\u00b02,\u00a0p. 15-33.<\/p>\n<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\">BUBER, M. (l957). <i>Mo\u00efse. <\/i>Paris:<i> <\/i>Collection Quadrige,<i>\u00a0<\/i>Presses Universitaires de France. Nous citons d\u2019apr\u00e8s\u00a0la 2<sup>e<\/sup> \u00e9d. (1986).<\/p>\n<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\">CH\u00c2TEAU, J. (1972). <i>Le Malaise de la Psychologie<\/i>.\u00a0Paris\u00a0: Flammarion, \u00e9diteur.<\/p>\n<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\">COSNIER, J. (1994). <i>Psychologie des \u00e9motions et des sentiments<\/i>.\u00a0Paris\u00a0: Retz.<\/p>\n<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\">EVDOKIMOV, P. (1959). <i>L\u2019Orthodoxie<\/i>. Neuch\u00e2tel\u00a0:\u00a0Delachaux &amp; Niestl\u00e9 (r\u00e9\u00e9dition Descl\u00e9e\u00a0De Brouwer, 1979).<\/p>\n<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\">FOULQUI\u00e9, P. (1982). Art. \u00ab\u00a0Weltauschauung\u00a0\u00bb\u00a0et \u00ab\u00a0Empathie\u00a0\u00bb<i>. <\/i>Dans<i> Dictionnaire de\u00a0la langue philosophique<\/i>. Paris\u00a0: Presses Universitaires de France,\u00a04<sup>e<\/sup> \u00e9d.<\/p>\n<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\">FR\u00d6LICH, W.D. (1997). Art. \u00ab\u00a0Empathie\u00a0\u00bb. Dans\u00a0<i>Dictionnaire de la Psychologie<\/i>. Paris\u00a0: Librairie G\u00e9n\u00e9rale\u00a0Fran\u00e7aise. Collection\u00a0: \u00ab\u00a0Encyclop\u00e9dies\u00a0d\u2019aujourd\u2019hui\u00a0\u00bb. <i>La Pochoth\u00e8que<\/i>. Le\u00a0Livre de Poche.<\/p>\n<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\">GANGUILHEM, G. (1958). Qu\u2019est-ce que la psychologie\u00a0? <i>Revue\u00a0de M\u00e9taphysique<\/i> <i>et de<\/i> <i>Morale<\/i>, tome 63, n\u00b01,\u00a0p.12-25.<\/p>\n<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\">IV\u00c0NKA (E. von). (1953). La structure de l\u2019\u00e2me\u00a0selon Saint Bernard. <i>Analecta Sacri Ordinis<\/i> <i>Cisterciensis<\/i>,\u00a0vol .9, fasc.3-4, p.202-208.<\/p>\n<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\">JANET, P. (1899). <i>Principes de m\u00e9taphysique<\/i> <i>et de psychologie<\/i>,\u00a0tome I. Paris\u00a0: \u00e9ditions Delagrave.<\/p>\n<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\">KHALIL GIBRAN (1956). <i>Le<\/i> <i>Proph\u00e8te<\/i>. Tournai\u00a0:\u00a0Casterman (13<sup>e<\/sup> \u00e9d. 1972).<\/p>\n<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\">LOSSKY, Vl. (1944). <i>Th\u00e9ologie mystique de l\u2019\u00e9glise\u00a0d\u2019Orient<\/i>. Paris\u00a0: Aubier-\u00e9ditions Montaigne.<\/p>\n<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\">MAUCORPS, P.H. et BASSOUL, R. (1960). Empathies et connaissance\u00a0d\u2019autrui. <i>Monographies fran\u00e7aise de psychologie<\/i>, n\u00b0\u00a03. Paris\u00a0: Centre National de la Recherche Scientifique.<\/p>\n<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\">MERTON, Th. (1951). <i>La nuit<\/i> <i>priv\u00e9e d\u2019\u00e9toiles\u00a0<\/i>(<i>The Seven Storey<\/i> <i>Mountain).<\/i> Trad. de l\u2019am\u00e9ricain\u00a0par Marie Tadi\u00e9. Paris\u00a0: \u00e9dition Albin Michel.<\/p>\n<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\">MUCHIELLI, R. (1994). <i>L\u2019entretien de face \u00e0 face dans la\u00a0relation d\u2019aide. <\/i>Paris<i>\u00a0: <\/i>\u00ab\u00a0Collection\u00a0Formation Permanente en Sciences Humaines\u00bb. E.S.F. (10<sup>e\u00a0<\/sup>\u00e9d.).<\/p>\n<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\">NUTTIN, J. (1961). <i>Psychanalyse et conception spiritualiste de l\u2019homme<\/i>.\u00a0Louvain-Paris\u00a0: B\u00e9atrice-Nauwelaerts (5<sup>e<\/sup> \u00e9dition,\u00a01968).<\/p>\n<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\">Ordre National des M\u00e9decins, Compte rendu de la 97<sup>e\u00a0<\/sup>session\u00a0: <i>De l\u2019activit\u00e9 des<\/i> <i>psychologues<\/i>.\u00a0S\u00e9ance du samedi matin 11 avril 1970.<\/p>\n<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\">PAG\u00c8S, M. (1958). Quelques remarques sur \u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce\u00a0que la psychologie\u00a0?\u00a0\u00bb. <i>Revue de<\/i> <i>M<\/i>\u00e9<i>taphysique\u00a0et de Morale<\/i>, tome 63, n\u00b01, p. 26-31<i>.<br \/>\n<\/i><br \/>\nPAG\u00c8S, M. (1970). <i>L\u2019orientation non-directive en psychoth\u00e9rapie\u00a0et en psychologie sociale<\/i>. Paris\u00a0: Dunod, 2<sup>e<\/sup> \u00e9d.<\/p>\n<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\">PEDEVILLA, S. (2002). Le \u00ab\u00a0Counselling\u00a0\u00bb, une nouvelle\u00a0mode ou une mode de relation\u00a0? <i>Mouvance<\/i> <i>rog\u00e9rienne<\/i>,\u00a0avril, num\u00e9ro de transition, p.23-25.<\/p>\n<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\">PERETTI, A. de (1967). Carl Rogers ou les paradoxes de\u00a0la pr\u00e9sence, <i>\u00c9tudes<\/i>, num\u00e9ro de janvier, p.23-39\u00a0;\u00a0<i>\u00c9tudes<\/i>, num\u00e9ro de f\u00e9vrier, p.147-165.<\/p>\n<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\">PERETTI, A. de (1997). <i>Pr\u00e9sence de Carl Rogers<\/i>. Ramonville-Saint-Agne\u00a0:\u00a0\u00e9ditions \u00e9r\u00e8s.<\/p>\n<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\">PERETTI, A. de (1999). <i>\u00c9nerg\u00e9tique\u00a0personnelle et sociale<\/i>. Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\n<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\">PI\u00c9RON, H. (1973). Art. \u00a0\u00ab\u00a0\u00c9nergie\u00a0sp\u00e9cifique d\u2019action\u00a0\u00bb. Dans <i>Vocabulaire de la\u00a0Psychologie<\/i>. Paris\u00a0: Presses Universitaires de France (5<sup>e\u00a0<\/sup>\u00e9dition).<\/p>\n<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\">PRIGOGINE, I. (1994). <i>Les lois du chaos<\/i>. Paris\u00a0: Flammarion,\u00a0\u00e9diteur.<\/p>\n<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\">REY, A., TOMI, M., HORD\u00e9, T., TANET, Ch. (1998). Art. \u00ab\u00a0Religion<i>\u00a0<\/i>\u00bb\u00a0dans <i>Dictionnaire<\/i> <i>historique<\/i> <i>de la<\/i> <i>langue<\/i>\u00a0<i>fran\u00e7aise<\/i>. Sous la direction d\u2019Alain Rey. Paris\u00a0:\u00a0Dictionnaires Le Robert, tome 3.<\/p>\n<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\">RICHELLE, M. (1978). <i>Pourquoi les psychologues<\/i>\u00a0? Bruxelles\u00a0&#8211; Li\u00e8ge\u00a0: Pierre Mardaga, \u00e9diteur (6<sup>e<\/sup> \u00e9dition).<\/p>\n<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\">ROGERS, C.R. (1970). <i>Le<\/i> <i>d\u00e9veloppement de la personne<\/i>,\u00a0trad. de l\u2019am\u00e9ricain \u00ab On Becoming a Person\u00a0\u00bb\u00a0par E.L. Herbert. Paris\u00a0: Dunod.<\/p>\n<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\">ROGERS, C.R. (1971). Deux tendances diff\u00e9rentes, dans G. Allport,\u00a0H .Feiffel, A. Maslow, R. May, C. Rogers, <i>Psychologie<\/i> <i>existentielle,\u00a0<\/i>trad. de l\u2019anglais par G. Zibell. Paris\u00a0: \u00e9pi \u2013\u00a0s.a.., \u00e9diteurs.<\/p>\n<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\">ROGERS, C.R. et KINGET, M. (1971). <i>Psychoth\u00e9rapie et relations\u00a0humaines. Th\u00e9orie et<\/i> <i>pratique de la th\u00e9rapie non-directive<\/i>.\u00a0Vol. I et II, Paris-Louvain\u00a0: \u00e9ditions B\u00e9atrice-Nauwelaerts.<\/p>\n<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\">ROGERS, C.R. (1980). <i>A Way of Being<\/i>. Boston\u00a0: Houghton Mifflin.<\/p>\n<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\">ROGERS, C.R. (2001). <i>L\u2019approche centr\u00e9e sur la personne<\/i>.\u00a0Anthologie de textes pr\u00e9sent\u00e9s par Howard Kirschenbaum et\u00a0Val\u00e9rie Land Henserson. Trad. de Henri-Georges Richon. Lausanne\u00a0:\u00a0\u00e9ditions Randin S.A.<\/p>\n<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\">ROQUEPLO, Ph. (1962). Spiritualit\u00e9 du travail dans <i>Travail et\u00a0condition humaine. <\/i>Paris\u00a0:<i> <\/i>Semaine<i> <\/i>des Intellectuels\u00a0catholiques. Librairie Arth\u00e8me Fayard, p.280-281.<\/p>\n<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\">ROUSTANG, F. (1966). Un colloque avec Carl Rogers. <i>\u00c9tudes<\/i>,\u00a0num\u00e9ro de juin, p.784-788.<\/p>\n<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\">SAINT-EXUP\u00e9RY (A. de ).(1942). <i>Pilote de guerre. Mission sur\u00a0Arras<\/i>. Paris\u00a0: collection Folio, Gallimard, n\u00b0824 (r\u00e9impression\u00a02001).<\/p>\n<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\">SCHIFF, M. La psychologie, science \u00ab\u00a0handicap\u00e9e\u00a0\u00bb.\u00a0I. Regards sur des r\u00e8gles et des valeurs de l\u2019institution\u00a0scientifique. <i>Bulletin de psychologie, <\/i>tome<i> <\/i>XLIV,<i> <\/i>1990-91,\u00a0n\u00b0400, p.193-199.<i><br \/>\n<\/i><br \/>\nSCHMEMANN, A. (1969). <i>Pour la vie du monde<\/i>. Paris\u00a0: Descl\u00e9e\u00a0&amp; Cie, trad. de <i>For the Life of the World<\/i> (1963). New York\u00a0:\u00a0Herder and Herder.<\/p>\n<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\">TEILHARD de CHARDIN, P. (1955). <i>Le<\/i> <i>Ph\u00e9nom\u00e8ne<\/i>\u00a0<i>Humain<\/i>. Paris\u00a0: Seuil.<\/p>\n<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\">THORNE, B. (1994). <i>Comprendre Carl Rogers, <\/i>trad. de <i>Key Figures\u00a0in Counselling and Therapy<\/i> par Daniel Le Bon<i>. <\/i>Toulouse\u00a0:\u00a0Privat.<\/p>\n<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\">THORNE, B. (2002). <i>The Mystical Power of Person-Centered Therapy. <\/i>London\u00a0:\u00a0Whurr Publishers.<\/p>\n<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\">TROISFONTAINES, R. (1968). <i>De l\u2019existence \u00e0 l\u2019\u00eatre.\u00a0La philosophie de Gabriel Marcel. <\/i>Tomes I et II. Paris-Louvain : B\u00e9atrice-Nauwelaerts.<\/p>\n<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\">TURBIAUX, M. (2002). Recension du livre de G\u00e9rard Guillec, Les\u00a0psychologues<i>\u00a0: <\/i>contribution \u00e0 une m\u00e9tam\u00e9moire\u00a0professionnelle. Montpellier\u00a0: Publications Montpellier III, <i>Bulletin\u00a0de Psychologie<\/i>, tome 55 (3), num\u00e9ro 459,\u00a0mai-juin 2002,\u00a0p.313-314.<\/p>\n<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\">VALLET, O. (2002). <i>Petit lexique des id\u00e9es fausses sur les religions<\/i>.\u00a0Paris\u00a0: Albin Michel.<\/p>\n<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\">VARELA, F. (1989). <i>Autonomie et connaissance<\/i>. Paris\u00a0: \u00e9ditions\u00a0du Seuil.<\/p>\n<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\">VERGOTE, A.(1978<i>). Dette et d\u00e9sir. Deux axes chr\u00e9tiens\u00a0et la d\u00e9rive pathologique. <\/i>Paris\u00a0: \u00e9ditions du\u00a0Seuil.<\/p>\n<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\">VERNETTE, J. (1993). <i>Le New Age<\/i>. Paris\u00a0: \u00ab\u00a0Que\u00a0sais-je\u00a0?, n\u00b0 2674, Presses Universitaires de France (2<sup>e\u00a0<\/sup>\u00e9d. corrig\u00e9e).<\/p>\n<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\">VILLAIN, P.S. (1964). <i>Dictionnaire Allemand-Fran\u00e7ais,\u00a0Fran\u00e7ais-Allemand. <\/i>Paris<i>\u00a0: <\/i>Garnier-Flammarion.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Andr\u00e9 E. BOTTEMAN, directeur adjoint D.Ps., membre de l&rsquo;\u00c9quipe \u00ab Psychologie Sociale\u00a0des Insertions \u00bb du Laboratoire de Psychologie\u00a0de l&rsquo;Universit\u00e9 Victor-Segalen, Bordeaux 2 Auteur R\u00e9sum\u00e9\/Abstract Brian Thorne est l\u2019un des derniers&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":101011,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[85],"tags":[],"class_list":["post-6457","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-volume-9-numero-3-2004"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6457","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/101011"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6457"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6457\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6459,"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6457\/revisions\/6459"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6457"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6457"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6457"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}