{"id":6447,"date":"2004-02-01T20:24:37","date_gmt":"2004-02-01T19:24:37","guid":{"rendered":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/?p=6447"},"modified":"2016-02-01T21:38:14","modified_gmt":"2016-02-01T20:38:14","slug":"les-conceptions-de-lempathie-avant-pendant-et-apres-rogers","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/2004\/les-conceptions-de-lempathie-avant-pendant-et-apres-rogers\/","title":{"rendered":"Les conceptions de l\u2019empathie avant, pendant et apr\u00e8s Rogers"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><em><b>Marie-Lise BRUNEL, professeure<a href=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/Volume09_3-4_12_brunelmartiny.pdf\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright wp-image-6320 size-full\" src=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2016\/01\/PDF.png\" alt=\"PDF\" width=\"50\" height=\"50\" \/><\/a><\/b><br \/>\nUniversit\u00e9 du Qu\u00e9bec \u00e0 Montr\u00e9al<\/em><\/p>\n<p class=\"txt-nj\" style=\"text-align: justify;\"><em><b>Cynthia MARTINY, professeure<\/b><br \/>\nUniversit\u00e9 du Qu\u00e9bec \u00e0 Montr\u00e9al<\/em><\/p>\n<hr width=\"100%\" \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span class=\"lien-1\"><a href=\"#auteur\">Auteur<\/a><\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span class=\"s-titre\">R\u00e9sum\u00e9<a href=\"#abstract\">\/Abstract<\/a><\/span><\/strong><\/p>\n<p class=\"resume\" style=\"text-align: justify;\">Cet article s\u2019int\u00e9resse \u00e0 l\u2019\u00e9volution\u00a0du concept d\u2019empathie au XXe si\u00e8cle en mettant en \u00e9vidence\u00a0les contributions de diverses disciplines. Bien que Rogers soit celui\u00a0qui ait donn\u00e9 \u00e0 l\u2019empathie une place centrale dans\u00a0son mod\u00e8le, la recension des \u00e9crits montre qu\u2019aucune\u00a0\u00e9cole ne peut se r\u00e9clamer comme seule d\u00e9positaire\u00a0de l\u2019\u00e9tude de l\u2019empathie. Les contributions du mouvement\u00a0interactionniste en particulier ont donn\u00e9 au corps expressif (i.e.\u00a0au non-verbal) une place importante dans l\u2019identification des \u00e9motions.\u00a0L\u2019article se termine en \u00e9voquant une recherche r\u00e9alis\u00e9e\u00a0en \u00e9thologie des communications et identifiant des moyens d\u2019aider\u00a0les candidats en formation au counseling \u00e0 prendre conscience du\u00a0fait que leur corps est sollicit\u00e9 lorsqu\u2019ils tentent de communiquer\u00a0une exp\u00e9rience \u00e9motionnelle ou de comprendre autrui.<\/p>\n<p class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><strong>Contenu<\/strong><\/p>\n<p class=\"lien-1\" style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#contenu1\">Introduction<\/a><br \/>\n<a href=\"#contenu2\"> Avant Rogers<\/a><br \/>\n<a href=\"#contenu3\"> Pendant Rogers<\/a><br \/>\n<a href=\"#contenu4\"> Apr\u00e8s Rogers<\/a><br \/>\n<a href=\"#contenu5\"> Conclusion<\/a><\/p>\n<hr align=\"left\" width=\"33%\" \/>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><b><a name=\"contenu1\"><\/a><\/b>Introduction<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous abordons bri\u00e8vement la conception qu\u2019avait Carl Rogers\u00a0de l\u2019empathie et les formations typiques d\u00e9riv\u00e9es de\u00a0son mod\u00e8le. Mais notre intention est surtout de pr\u00e9senter\u00a0la place de l\u2019empathie<b> <\/b>avant, pendant et apr\u00e8s Rogers.\u00a0L\u2019empathie est devenue, en ce d\u00e9but du XXIe si\u00e8cle,\u00a0un vocable \u00e0 la mode dans le discours quotidien. Absent des dictionnaires\u00a0il y a peu de temps encore, on le retrouve d\u00e9sormais partout, inondant\u00a0les journaux les t\u00e9l\u00e9romans ou Internet (plus de 51,000\u00a0entr\u00e9es) sans que ce terme soit toujours utilis\u00e9 judicieusement.\u00a0Le but de cet article est donc de pr\u00e9senter comment ont \u00e9volu\u00e9\u00a0diverses conceptions de l\u2019empathie au cours du XXe si\u00e8cle.\u00a0Cette r\u00e9trospective permettra d\u2019observer que l\u2019\u00e9tude\u00a0de l\u2019empathie a profit\u00e9, ces derni\u00e8res d\u00e9cennies,\u00a0des travaux effectu\u00e9s par des chercheurs issus de diff\u00e9rents\u00a0courants du mouvement interactionniste et, dans une moindre proportion,\u00a0par des psychanalystes. Les contributions du mouvement interactionniste\u00a0en particulier ont mis en \u00e9vidence l\u2019importance des concepts\u00a0de multicanalit\u00e9 et d\u2019interactivit\u00e9<sup>1<\/sup> dans\u00a0l\u2019empathie et, ce faisant, ont donn\u00e9 au corps expressif (i.e.\u00a0au non-verbal) une place importante dans l\u2019identification des \u00e9motions.\u00a0Celles-ci ont aussi fourni un moyen de partager d\u2019une fa\u00e7on\u00a0plus globale notre compr\u00e9hension des \u00e9motions d\u2019autrui.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><b><a id=\"contenu2\" name=\"contenu2\"><\/a><\/b>AVANT ROGERS<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>Pr\u00e9-histoire d&rsquo;un concept ou l&rsquo;obligation de l&#8217;empathie pour\u00a0survivre<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour des raisons de survie des esp\u00e8ces, on pense que l&#8217;empathie\u00a0doit avoir \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sente \u00e0 titre de d\u00e9codage\u00a0de l&rsquo;environnement hostile d\u00e8s l&rsquo;apparition de l&rsquo;homme sur la terre.\u00a0Plutchik (1987), dans un texte sur les origines de l&#8217;empathie, a mis en\u00a0\u00e9vidence ses fonctions de communication et de survie. Il mentionne\u00a0m\u00eame, chez les primates, des signaux sp\u00e9ciaux qui stimulent\u00a0des affects et des actions appropri\u00e9es (dont les comportements\u00a0mim\u00e9tiques) en face du danger. Ces signaux t\u00e9moigneraient\u00a0d&rsquo;une capacit\u00e9 d&rsquo;identification, caract\u00e9ristique qu&rsquo;on retrouve\u00a0dans l&#8217;empathie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>L\u2019origine du mot empathie<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un mot d\u2019abord emprunt\u00e9<span style=\"font-size: 9px;\">\u00a0<\/span>aux Grecs (e\u00b5\u03c0atia)\u00a0et\u00a0qui avait autrefois le sens de \u00absouffrir avec\u00bb qu&rsquo;on attribue\u00a0plus g\u00e9n\u00e9ralement maintenant \u00e0 la sympathie avec\u00a0laquelle l\u2019empathie est trop souvent confondue (Wisp\u00e9, 1987).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le terme empathie est r\u00e9apparu au XIXe si\u00e8cle, sous l\u2019appellation\u00a0<i>einf\u00fchlung<\/i> utilis\u00e9 par les romantiques allemands. L&rsquo;acte\u00a0d&rsquo;<i>einf\u00fchlung<\/i> d\u00e9signait un processus de communication\u00a0intuitive avec le monde, opposant \u00e0 la connaissance rationnelle\u00a0de l&rsquo;univers un mode de connaissance subjectif.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>Le concept d\u2019empathie pour les philosophes allemands<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le concept fut repris et utilis\u00e9 \u00e0 la fin du XIX<sup>\u00e8me\u00a0<\/sup>si\u00e8cle et au d\u00e9but du XX<sup>\u00e8me<\/sup> par les esth\u00e9ticiens\u00a0de langue allemande, surtout Lipps (1903). Pour cet auteur, l&rsquo;<i>einf\u00fchlung\u00a0<\/i>est la \u00abjouissance objectiv\u00e9e de soi\u00bb: \u00abjouir\u00a0esth\u00e9tiquement signifie jouir de soi-m\u00eame dans un objet sensible,\u00a0se sentir en <i>einf\u00fchlung<\/i> avec lui\u00bb. En ce sens, la satisfaction\u00a0esth\u00e9tique ne r\u00e9side pas dans l&rsquo;objet mais dans le soi.\u00a0L&rsquo;<i>einf\u00fchlung<\/i> semble impliquer que l&rsquo;appr\u00e9hension d&rsquo;un\u00a0objet sensible induit une tendance imm\u00e9diate du sujet \u00e0\u00a0r\u00e9agir d&rsquo;une certaine mani\u00e8re. Ainsi, pour Lipps, le spectateur\u00a0d&rsquo;un geste de fiert\u00e9 en m\u00eame temps ressent lui-m\u00eame\u00a0de la fiert\u00e9: l&rsquo;observateur se projette dans l&rsquo;objet de sa perception\u00a0que cet objet soit anim\u00e9 ou inanim\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Rappelons que Lipps, a sp\u00e9cifiquement \u00e9tabli que l&rsquo;imitation\u00a0motrice \u00e9tait la composante essentielle de l&rsquo;<i>einf\u00fchlung\u00a0<\/i>alors que l&rsquo;observateur g\u00e9n\u00e8re des indices internes similaires\u00a0\u00e0 ceux exp\u00e9riment\u00e9s par l&rsquo;autre (i.e. une sorte d\u2019empathie\u00a0\u00abd\u2019action\u00bb, ayant le corps comme point de r\u00e9f\u00e9rence).\u00a0Bien que George Mead (1934) ait \u00e9tendu et raffin\u00e9 la d\u00e9finition\u00a0de l&#8217;empathie, il a aussi soulign\u00e9 l&rsquo;importance de l&rsquo;imitation\u00a0motrice dans l&rsquo;\u00e9change communicationnel. Cette position a \u00e9t\u00e9\u00a0reprise par Buber (1948\/69) qui affirmait, dans sa description du processus\u00a0empathique, que le fait d&rsquo;assurer la \u00abmotorisation\u00bb de l&rsquo;autre\u00a0occasionne des indices perceptuels distincts qui \u00e9mergent des muscles\u00a0de l&rsquo;observateur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est via la question de l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9 que le ph\u00e9nom\u00e9nologue\u00a0Husserl, dans <i>M\u00e9ditations cart\u00e9siennes<\/i> (1929\/1994),\u00a0s&rsquo;est plus sp\u00e9cifiquement int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 la question\u00a0de l&#8217;empathie. Pour Husserl, l&rsquo;<i>einf\u00fchlung<\/i> est \u00able\u00bb\u00a0processus essentiel de l&rsquo;intersubjectivit\u00e9. Celui-ci constitue\u00a0une forme de co-connaissance, acquise par analogie. Pour ce philosophe,\u00a0\u201con rencontre autrui, on ne le constitue pas\u201d car la constitution\u00a0de l&rsquo;ego ne peut se faire que par soi-m\u00eame: c&rsquo;est le \u201cje\u201d\u00a0et le \u201ctu\u201d qui cr\u00e9ent un espace dialogique permettant\u00a0l&rsquo;\u00e9tablissement de rapports sur le mode de l&rsquo;association par ressemblance.\u00a0L\u2019intersubjectivit\u00e9 est consid\u00e9r\u00e9e comme la\u00a0forme th\u00e9matique de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9. En effet, chez\u00a0Husserl, l\u2019intersubjectivit\u00e9 emprunte diff\u00e9rentes figures,\u00a0\u00e0 savoir l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, l\u2019<i>einf\u00fchlung<\/i>,\u00a0la r\u00e9duction intersubjective et le monde de l\u2019esprit. L&rsquo;intersubjectivit\u00e9\u00a0est souvent consid\u00e9r\u00e9 comme \u201cle\u201d moyen de relier\u00a0les personnes en les rendant sensibles au monde \u00e9motionnel de l&rsquo;autre.\u00a0Agosta (1984) souligne que la relation entre empathie et intersubjectivit\u00e9\u00a0est \u00e9troite: d&rsquo;une part, l&#8217;empathie constitue \u00e0 la fois\u00a0le fondement de l&rsquo;intersubjectivit\u00e9 humaine et le moyen ou la m\u00e9thode\u00a0privil\u00e9gi\u00e9e pour \u00e9tablir ou r\u00e9tablir un contact\u00a0avec autrui. On doit pr\u00e9ciser cependant qu\u2018on peut \u00eatre\u00a0inscrit dans un processus intersubjectif sans que l\u2019empathie en soit\u00a0partie prenante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bien que les chemins de Husserl et de Freud ne se soient jamais crois\u00e9s,\u00a0ils consid\u00e9raient le terme <i>einf\u00fchlung<\/i> de la m\u00eame\u00a0fa\u00e7on: ni l&rsquo;un ni l&rsquo;autre ne l&rsquo;utilisait au sens de \u201ccompr\u00e9hension\u00a0inter-humaine\u201d telle qu&rsquo;on l&rsquo;entend maintenant mais plut\u00f4t\u00a0dans le sens que Lipps lui accordait, de sorte que l&rsquo;id\u00e9e de projection\u00a0dans l&rsquo;autre \u00e9tait pr\u00e9sente chez ces deux penseurs et ils\u00a0en faisaient la base de l&rsquo;intersubjectivit\u00e9. D\u2019ailleurs Stein\u00a0(1964) critiquait Lipps d\u2019\u00eatre responsable de l\u2019isomorphie\u00a0entre fusion et empathie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quel qu&rsquo;en soit le mode de fonctionnement de compr\u00e9hension d\u2019autrui,\u00a0les intentions d&rsquo;autrui sont accessibles via la capacit\u00e9 d&rsquo;imiter\u00a0et d&rsquo;int\u00e9rioriser l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019autre dans\u00a0les propres repr\u00e9sentations de la personne. C\u2019est le sens\u00a0donn\u00e9 par Husserl, dans le contexte ph\u00e9nom\u00e9nologique,\u00a0au terme d&#8217;empathie (Petit, 1996). Cela fait \u00e9cho \u00e0 la \u00abth\u00e9orie\u00a0de l&rsquo;esprit\u00bb des cognitivistes qui viendront plus tard.<sup>2\u00a0<\/sup>Dans les deux cas, il s&rsquo;agit d&rsquo;expliquer comment on peut se mettre \u00e0\u00a0la place de l&rsquo;autre sans se perdre (Hoffman, 2000), comprendre sa subjectivit\u00e9\u00a0en l&rsquo;\u00e9prouvant soi-m\u00eame. Nous aurons l\u2019occasion de revenir\u00a0sur cette conception de l\u2019empathie.<\/p>\n<p><b>L\u2019empathie des psychologues anglo-saxons<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est le Britannique Titchener qui fait officiellement entrer le terme\u00a0empathie en psychologie en traduisant <i>einf\u00fchlung<\/i> par <i>empathy\u00a0<\/i>dans ses<i> Lectures on the experimental psychology of the thought\u00a0processes <\/i>(1909)<i>. <\/i>Titchener, dernier associationniste, adh\u00e8re\u00a0au processus d&rsquo;inf\u00e9rence objective inconsciente pour les perceptions\u00a0famili\u00e8res. Il a une perception moderne des faits de conscience:\u00a0\u00abnotre psychologie doit \u00eatre explicative de la mani\u00e8re\u00a0dont agit la conscience et cette explication doit \u00eatre physiologique\u00bb.\u00a0Il valorise deux points de vue contradictoires: 1) prendre en compte le\u00a0comportement, ce qui ouvrait la voie au behaviorisme; 2) valoriser le\u00a0v\u00e9cu subjectif, ce qui, au contraire, revient \u00e0 promouvoir\u00a0l&rsquo;introspection. (Cosnier, 1998).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><i> <\/i>A la suite de Lipps, Titchener d\u00e9signe par le terme d\u2019empathie\u00a0un amalgame d&rsquo;imageries visuelles et kinesth\u00e9siques par lequel\u00a0certaines exp\u00e9riences perceptives sont rendues possibles. Plus\u00a0tard en 1915, cet auteur d\u00e9finit cette variable comme un sentiment\u00a0ou une projection de soi dans un objet avec des implications plus sociales,\u00a0l&#8217;empathie \u00e9tant alors une fa\u00e7on de rendre l\u2019environnement\u00a0plus humain. Ainsi il entrevoit deux r\u00f4les possibles \u00e0 l&#8217;empathie:\u00a0un r\u00f4le dans les ph\u00e9nom\u00e8nes perceptifs et un r\u00f4le\u00a0dans les ph\u00e9nom\u00e8nes sociaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quelques ann\u00e9es plus tard Woodworth (1938) \u00e9voque \u00e0\u00a0son tour l&#8217;empathie comme explication possible des illusions d&rsquo;optique,\u00a0et remarqua comme Titchener que, pour identifier les \u00e9motions \u00e0\u00a0partir de photographies de visages, l&rsquo;observateur peut percevoir les affects\u00a0d\u2019autrui en imitant ses expressions (un autre point en faveur de\u00a0l\u2019empathie d\u2019action).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 la m\u00eame \u00e9poque, \u00e0 partir d&rsquo;une critique\u00a0de la th\u00e9orie de Lipps, Allport (1937) d\u00e9finit l&#8217;empathie\u00a0comme \u00abla transposition imaginaire de soi dans la pens\u00e9e,\u00a0les affects et les actions de l&rsquo;autre\u00bb \u00e0 l\u2019aide de l&rsquo;imitation\u00a0des postures et des expressions faciales d&rsquo;autrui, l\u2019imitation jouant\u00a0un plus grand r\u00f4le dans la vie courante qu&rsquo;on ne le r\u00e9alise\u00a0en g\u00e9n\u00e9ral\u00bb. Mais, pour cet auteur, la compr\u00e9hension\u00a0du processus empathique demeure, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, une grande\u00a0\u00e9nigme de la psychologie sociale. N\u00e9anmoins Allport a reconnu\u00a0une dimension non-verbale essentielle au processus d\u2019empathisation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par ailleurs, la conception ambigu\u00eb qu\u2019avait de l\u2019empathie\u00a0la psychanalyse en ses d\u00e9buts est peut-\u00eatre responsable du\u00a0clivage entourant l\u2019\u00e9tude de ce ph\u00e9nom\u00e8ne qui\u00a0fait que le terme empathie n\u2019a jamais fait partie du vocabulaire\u00a0de la psychanalyse alors qu\u2019il n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9\u00a0absent de sa pratique. Quel est donc le sens et la place que la psychanalyse\u00a0donne au d\u00e9but, \u00e0 l\u2019empathie?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>L\u2019empathie chez Freud<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il semble que Freud s\u2019est senti proche de Lipps, un contemporain,\u00a0de sorte que m\u00eame si le mot <i>einf\u00fchlung<\/i> n&rsquo;est pas un\u00a0mot sp\u00e9cifique du lexique psychanalytique, il s&rsquo;agit n\u00e9anmoins\u00a0d&rsquo;un terme technique de la psychologie que Freud utilise souvent dans\u00a0le m\u00eame sens que le philosophe Lipps le faisait. Par ailleurs, Freud\u00a0cite pour d\u00e9crire l\u2019empathie, la m\u00e9taphore du \u00abmiroir\u00bb\u00a0qui ne fait que refl\u00e9ter au patient son image.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le processus empathique laisse aussi place, dans la th\u00e9orie freudienne,\u00a0au concept d\u2019imitation. En effet, dans <i>Le cas Dora<\/i>, (1905),\u00a0Freud demande \u00e0 la jeune fille \u201cQui copiez-vous l\u00e0?\u201d\u00a0devant le d\u00e9voilement de maux d\u2019estomac semblables \u00e0\u00a0ceux de sa cousine. Ce qui distingue l\u2019imitation de l\u2019identification\u00a0projective n\u2019est pas \u00e9nonc\u00e9 clairement ici mais Freud\u00a0pr\u00e9cise le sens qu\u2019il donne au mot imitation dans <i>Psychologie\u00a0des masses et analyse du Moi<\/i>, lorsqu\u2019il \u00e9nonce en 1920,\u00a0(p. 48): \u00ab&#8230;partant de l&rsquo;identification, une voie m\u00e8ne,\u00a0par l&rsquo;imitation, \u00e0 l&#8217;empathie, c&rsquo;est-\u00e0-dire la compr\u00e9hension\u00a0qui nous rend possible toute prise de position \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard\u00a0d&rsquo;une autre\u00bb. Ainsi, chez Freud, l&rsquo;identification \u00e9voque\u00a0plus sp\u00e9cifiquement le processus que la psychologie appelle <i>einf\u00fchlung\u00a0<\/i>et qui prend en compte, via l\u2019imitation, ce qui est \u00e9tranger\u00a0au moi chez d&rsquo;autres personnes. La prise en compte d\u2019une dimension\u00a0corporelle imitative chez Freud vient de Lipps mais sera oubli\u00e9e\u00a0par la suite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme Pigman (1995), le fait remarquer, la premi\u00e8re citation de\u00a0<i>Psychologie des masses<\/i> fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la\u00a0compr\u00e9hension de ce qui \u00abest \u00e9tranger au moi chez\u00a0d&rsquo;autres personnes\u00bb et non pas seulement \u00abce qui est \u00e9tranger\u00a0\u00e0 d&rsquo;autres personnes\u00bb. Donc, il semble que, pour Freud, l&#8217;empathie\u00a0aide \u00e0 entendre ce que l&rsquo;autre n&rsquo;entend pas de lui-m\u00eame.\u00a0Cependant cette insistance m\u00e9taphorique mise sur \u00abentendre\u00bb\u00a0laisse \u00e0 penser que l\u2019empathie freudienne s\u2019exprime essentiellement\u00a0par la parole, par l\u2019\u00e9coute du verbal et du para-verbal, le\u00a0dispositif du divan permettant peu l\u2019observation de la mimo-posturo-gestualit\u00e9\u00a0et donc d\u2019une grande partie du non-verbal. L\u2019imitation en ce\u00a0cas serait surtout, imitation de mots et de sons.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une fois ce bref tableau bross\u00e9 sur l\u2019histoire de l\u2019empathie\u00a0avant l\u2019av\u00e8nement de Rogers, il importe de situer bri\u00e8vement\u00a0la contribution de Rogers \u00e0 son \u00e9poque. L\u2019historique\u00a0qui pr\u00e9c\u00e8de d\u00e9montre que Rogers n\u2019a pas invent\u00e9\u00a0le terme empathie, que celui-ci existait bien avant lui et faisait l\u2019objet\u00a0d\u2019un int\u00e9r\u00eat scientifique soutenu dans les premiers\u00a0temps de la psychanalyse et de la psychologie scientifique. Quelle est\u00a0donc la contribution r\u00e9elle de Rogers dans l\u2019\u00e9tude\u00a0de l\u2019empathie?<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><b><a id=\"contenu3\" name=\"contenu3\"><\/a><\/b>PENDANT ROGERS<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Rogers a r\u00e9ussi cependant \u00e0 donner \u00e0 l\u2019empathie\u00a0une place telle qu\u2019il est difficile d\u00e9sormais de r\u00e9f\u00e9rer\u00a0au terme sans r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 lui. \u00c0 cause de ses\u00a0recherches, de sa fa\u00e7on sp\u00e9cifique d\u2019\u00e9tudier\u00a0les indices de changements en psychoth\u00e9rapie via l\u2019\u00e9coute\u00a0inlassable d\u2019entrevues enregistr\u00e9es, il a \u00e9t\u00e9\u00a0le premier \u00e0 mettre en \u00e9vidence le pouvoir de changement\u00a0de certains \u00e9nonc\u00e9s empathiques. Rogers est le th\u00e9oricien\u00a0qui a le plus influenc\u00e9 le domaine du counseling (il a d\u2019ailleurs\u00a0cr\u00e9\u00e9 le terme) et la plupart des dipl\u00f4m\u00e9s issus\u00a0des universit\u00e9s canadiennes et am\u00e9ricaines en orientation\u00a0ont \u00e9t\u00e9 form\u00e9s \u00e0 son approche plus qu\u2019\u00e0\u00a0toute autre, celle-ci pr\u00e9sentant \u00e0 la fois un contenu psychologique\u00a0attrayant parce que non herm\u00e9tique et, en m\u00eame temps, une\u00a0m\u00e9thode d\u2019apprentissage tr\u00e8s f\u00e9conde au plan\u00a0p\u00e9dagogique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est \u00e0 travers la traduction de quelques-unes de ses oeuvres\u00a0que le concept a \u00e9t\u00e9 introduit dans la psychologie fran\u00e7aise\u00a0et au Qu\u00e9bec dans les ann\u00e9es 1960s. Le concept d&#8217;empathie\u00a0a cependant \u00e9t\u00e9 peu pr\u00e9sent dans la litt\u00e9rature\u00a0psychologique fran\u00e7aise domin\u00e9e par la perspective psychanalytique.\u00a0On identifie, de ci, de l\u00e0, sous l&rsquo;\u00e9tiquette du \u00ab\u00a0conseil\u00a0\u00bb\u00a0(counseling) et de la relation d&rsquo;aide, fortement inspir\u00e9s de la\u00a0psychologie humaniste de Rogers. Pag\u00e8s est peut-\u00eatre celui\u00a0qui a le mieux fait conna\u00eetre la th\u00e9orie rog\u00e9rienne\u00a0en France (1964).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>L\u2019empathie chez ROGERS\u00a0: primat de la parole<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Carl Rogers a consacr\u00e9 beaucoup d&rsquo;attention \u00e0 l\u2019\u00e9tude\u00a0de l&#8217;empathie, surtout de l\u2019empathie verbale (1942, 1951, 1957, 1959,\u00a01962, 1967, 1968, 1975). C\u2019est lui qui en a popularis\u00e9 le\u00a0concept en d\u00e9veloppant sa m\u00e9thode de th\u00e9rapie non-directive.\u00a0\u00c0 la recherche de mots qui traduisent le mieux cette fa\u00e7on\u00a0d\u2019\u00eatre en contact, il fait de la \u00abr\u00e9ponse-reflet\u00bb\u00a0(Rogers &amp; Kinget, 1962), le <i>nec plus ultra<\/i> de l\u2019approche\u00a0centr\u00e9e sur le client et l\u2019instrument le plus sensible pour\u00a0signifier \u00e0 l\u2019autre qu\u2019il est compris. C\u2019est l\u2019av\u00e8nement\u00a0du magn\u00e9tophone qui lui aura permis de d\u00e9busquer, dans le\u00a0discours de psychoth\u00e9rapeutes comp\u00e9tents, tous les indices\u00a0verbaux permettant de favoriser le changement chez le client. Rogers a\u00a0tr\u00e8s peu insist\u00e9 sur la dimension non-verbale de l\u2019empathie,\u00a0peut-\u00eatre parce que les enregistrements magn\u00e9toscopiques\u00a0sont arriv\u00e9s tr\u00e8s tard dans sa vie mais, ce faisant, les\u00a0bases archa\u00efques de l\u2019empathie d\u2019action lui restaient inaccessibles.\u00a0D\u2019o\u00f9 sa d\u00e9finition de l\u2019empathie, centr\u00e9e\u00a0surtout sur deux dimensions, l\u2019une cognitive et l\u2019autre affective.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme plusieurs l\u2019ont not\u00e9 dans ce num\u00e9ro de la revue\u00a0<i>Carri\u00e9rologie<\/i>, pour Rogers (1959), \u00abl&#8217;empathie consiste\u00a0\u00e0 percevoir le cadre de r\u00e9f\u00e9rence interne d&rsquo;une personne\u00a0avec pr\u00e9cision et avec ses composantes et significations \u00e9motionnelles\u00a0de fa\u00e7on \u00e0 les ressentir comme si l&rsquo;on \u00e9tait cette\u00a0personne, mais cependant sans jamais oublier le \u2018comme si\u2019\u00bb\u00a0(i.e. empathie de pens\u00e9e). Plus tard (1975), Rogers ajoute qu\u2019il\u00a0s\u2019agit l\u00e0 \u00abd\u2019un processus d&rsquo;entr\u00e9e dans\u00a0le monde perceptif d&rsquo;autrui qui permet de devenir sensible \u00e0 tous\u00a0les mouvements des affects qui se produisent en lui\u00bb (i.e. empathie\u00a0d\u2019affect).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est bien difficile de conceptualiser quelque chose qui a \u00e9t\u00e9\u00a0tour \u00e0 tour d\u00e9crit comme une connaissance inductive, un\u00a0processus inf\u00e9rentiel, un type pr\u00e9cis de communication\u00a0une m\u00e9thode d&rsquo;observation, une aptitude, une capacit\u00e9 imitative,\u00a0une \u00e9motion vicariante, une forme de contagion \u00e9motionnelle,\u00a0un proc\u00e9d\u00e9 de collecte de donn\u00e9es, une fa\u00e7on\u00a0de traiter l&rsquo;information, une aptitude, un moyen de comprendre (Reed,\u00a01984, p.7).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La recension des \u00e9crits sur l&#8217;empathie r\u00e9v\u00e8le donc\u00a0une absence totale de consensus sur ce que pourrait \u00eatre la d\u00e9finition\u00a0de l&#8217;empathie (Duan &amp; Hill, 1996; Eisenberg &amp; Strayer, 1987; Wisp\u00e9\u00a01986). Le terme semble r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 trois qualit\u00e9s\u00a0diff\u00e9rentes:<br \/>\na) <i>conna\u00eetre<\/i> ce qu&rsquo;une personne ressent<i> <\/i><br \/>\nb) <i>ressentir<\/i> ce qu&rsquo;un autre ressent<i> <\/i><br \/>\nc) <i>r\u00e9pondre de fa\u00e7on compassionnelle<\/i> \u00e0 la\u00a0d\u00e9tresse d&rsquo;autrui<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De plus, on distingue souvent mal l\u2019empathie de la sympathie, peut-\u00eatre\u00a0parce que les qualit\u00e9s pour exprimer l&rsquo;une et l&rsquo;autre sont souvent\u00a0les m\u00eames: patience, capacit\u00e9 d&rsquo;affiliation, humanisme, chaleur,\u00a0compr\u00e9hension et ouverture d&rsquo;esprit qui sont en fait des qualit\u00e9s\u00a0humaines non sp\u00e9cifiques (Wisp\u00e9, 1986).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est pourquoi, selon Cosnier (1994)\u00a0:<br \/>\nL\u2019approche rog\u00e9rienne, bien qu\u2019int\u00e9ressante et\u00a0historiquement importante, a \u00e9t\u00e9 jug\u00e9e avec un peu\u00a0trop de condescendance par les adeptes des psychoth\u00e9rapies analytiques\u00a0plus subtilement formalis\u00e9es. Le terme empathie est tomb\u00e9\u00a0en relatif discr\u00e9dit dans la psychologie fran\u00e7aise peut-\u00eatre\u00a0parce que sa d\u00e9finition vari\u00e9e et son utilisation \u00e0\u00a0des fins tr\u00e8s diverses en ont fait un de ces termes \u201cvalises\u201d\u00a0dont se m\u00e9fient, \u00e0 juste titre les scientifiques rigoureux\u00a0(pp. 91-92).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour Rogers, l\u2019empathie est le produit d\u2019un apprentissage r\u00e9alis\u00e9\u00a0par voie de \u00abcontagion sociale\u00bb (1962, p. 8-9). Compte tenu\u00a0du caract\u00e8re peu op\u00e9rationnel de la d\u00e9finition de\u00a0l\u2019empathie, comment celle-ci a-t-elle \u00e9t\u00e9 traduite\u00a0dans les programmes de formation offerts aux futurs conseillers et se\u00a0r\u00e9clamant de l\u2019approche humaniste?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>La formation \u00e0 l\u2019empathie en counseling<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sous l\u2019influence des travaux de Rogers, m\u00e2tin\u00e9e d\u2019emprunts\u00a0aux sciences du comportement (cela contrairement aux cursus de formation\u00a0en psychanalyse), la formation en counseling a mis l&rsquo;accent sur l&rsquo;entra\u00eenement\u00a0aux habilet\u00e9s fondamentales du conseil, perceptibles \u00e0 travers\u00a0une s\u00e9rie d\u2019\u00e9nonc\u00e9s plus ou moins st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s\u00a0devant mettre en \u00e9vidence ou illustrer ces habilet\u00e9s de\u00a0base (Benjamin, 1981; Carkhuff, 1969; Cormier &amp; Cormier Egan, 1975;\u00a0Gazda, Asbury, Balzer, Childers &amp; Walters, 1977; Gordon, 1981; Ivey,\u00a01980; Rogers, 1942, 1951, 1962). Les diff\u00e9rentes offres de formation\u00a0mettent en effet l&rsquo;accent sur le m\u00eame noyau de comp\u00e9tences,\u00a0soit: l&rsquo;attention \u00e0 l&rsquo;autre, la reformulation et le reflet de sentiment\u00a0(la \u00abr\u00e9ponse-reflet\u00bb synonyme d\u2019empathie de Rogers),\u00a0qui sont \u00e0 peu pr\u00e8s les seuls observables (surtout sonores)\u00a0retenus dans les supervisions. Or, d\u2019une part, avec l\u2019av\u00e8nement\u00a0des magn\u00e9toscopes, le non-verbal est depuis trente ans accessible\u00a0\u00e0 l\u2019observation et d\u2019autre part, l\u2019empathie ne se\u00a0r\u00e9duit pas \u00e0 ces prescriptions tel que le d\u00e9non\u00e7ait\u00a0Rogers (1975).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En effet, la plupart des programmes de formation en counseling utilisent\u00a0la m\u00e9thode de micro-counseling d\u2019Ivey (Ivey &amp; Authier\u00a01978; Ivey &amp; Ivey, 2003) qui met l\u2019accent davantage sur les mots\u00a0exprim\u00e9s par le conseiller que sur le d\u00e9codage des messages\u00a0non-verbaux. Cependant pendant des conversations de face-\u00e0-face,\u00a0les interactants expriment une grande vari\u00e9t\u00e9 de comportements\u00a0non-verbaux (comme des mouvements des mains, du buste, de la t\u00eate,\u00a0des mimiques faciales) qui se produisent chez les deux partenaires simultan\u00e9ment\u00a0(Bernieri, Davis, Rosenthal &amp; Knee, 1994), et qui influencent le sens\u00a0des mots \u00e9chang\u00e9s (Haase &amp; Tepper, 1972).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le caract\u00e8re interactif de la relation de counseling suppose un\u00a0processus fait d\u2019intercorporalit\u00e9 (Merleau-Ponty, 1945) et\u00a0d\u2019intersubjectivit\u00e9 (Trop &amp; Storolow, 1997). Puisque ce\u00a0processus n\u2019est pas rendu explicite dans les formations s\u2019appuyant\u00a0sur le mod\u00e8le du micro-counseling, la conception de la relation\u00a0d\u2019aide se r\u00e9duit \u00e0 des formules d\u2019interventions\u00a0sugg\u00e9rant comme la \u00abr\u00e9ponse-reflet\u00bb selon Carkhuff\u00a0(1969) ainsi qu\u2019\u00abune\u00bb posture physique particuli\u00e8re\u00a0du conseiller pouvant favoriser le d\u00e9veloppement de l&rsquo;entretien<sup>3<\/sup>.\u00a0La repr\u00e9sentation parfois caricaturale des &amp;eaceacute;crits de Rogers\u00a0portant sur les modalit\u00e9s de la pratique psychoth\u00e9rapique\u00a0fait que lui-m\u00eame s\u2019en plaignit am\u00e8rement en 1975\u00a0:\u00a0\u00abon r\u00e9duit l\u2019approche non-directive au reflet de sentiment\u00bb\u00a0(p. 3) alors que l&#8217;empathie constitue un ph\u00e9nom\u00e8ne complexe,\u00a0multivari\u00e9 qui ne peut \u00eatre facilement capt\u00e9 ou simplement\u00a0traduit par des formules verbales.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La recherche de type analogique en counseling<sup>4<\/sup> a produit quelques\u00a0donn\u00e9es (Mehrabian &amp; Epstein, 1972) montrant que les conseillers\u00a0per\u00e7us comme les plus empathiques par leurs clients, sourient,\u00a0se situent en face d&rsquo;eux, s&rsquo;inclinent l\u00e9g\u00e8rement vers eux,\u00a0usent envers eux de mouvements de bras tant verticaux qu&rsquo;horizontaux et\u00a0maintiennent avec eux un \u00e9cart de plus d\u2019un m\u00e8tre.\u00a0L\u2019empathie peut-elle se r\u00e9duire \u00e0 un tel \u00e9piph\u00e9nom\u00e8ne?\u00a0On a juste \u00e0 penser au logiciel \u00ab<i>Liza<\/i>\u00bb qui,\u00a0dans les ann\u00e9es 1990s, simulait une s\u00e9ance de psychoth\u00e9rapie,\u00a0soit en r\u00e9p\u00e9tant les mots, soit en utilisant un vague jargon\u00a0philosophique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il semble que les recherches portant sur l&rsquo;efficacit\u00e9 des formations\u00a0\u00e0 la relation d\u2019aide, avec les techniques pr\u00e9sent\u00e9es\u00a0ci-haut, mettent en \u00e9vidence qu&rsquo;elles ont un impact d&rsquo;ensemble\u00a0faible sur le processus th\u00e9rapeutique. On peut se demander si le\u00a0seul recours \u00e0 ces techniques permet de pr\u00eater assez d\u2019attention\u00a0\u00e0 la qualit\u00e9 de leur mise en oeuvre et au contexte dans\u00a0lesquelles elles s&rsquo;inscrivent (Jakobs, Fischer, Manstead, 1997)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aussi donc, les d\u00e9rives behaviorales de certains <i>practicum\u00a0<\/i>en relation d\u2019aide, l\u2019absence de d\u00e9finition op\u00e9rationnelle\u00a0de l\u2019empathie et, peut-\u00eatre, l\u2019\u00e9tiquette d\u2019\u00abid\u00e9aliste\u00a0bon enfant\u00bb qu\u2019on a accol\u00e9 \u00e0 Rogers et \u00e0\u00a0sa perception positive de la nature humaine, ont suscit\u00e9 les critiques\u00a0autant des psychanalystes que des exp\u00e9rimentalistes purs et durs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourtant, on ne peut nier que Rogers, avec sa notion d\u2019empathie,\u00a0ait eu un impact sur les pratiques des psychoth\u00e9rapeutes non psychanalytiques.\u00a0Dans le <i>Dictionnaire de la formation et du d\u00e9veloppement personnel<\/i>,\u00a0Bellenger et Pigallet (1996), apr\u00e8s avoir pr\u00e9sent\u00e9\u00a0la d\u00e9finition de Rogers, pr\u00e9sentent l&#8217;empathie comme \u00ab<u>la\u00a0<\/u>m\u00e9thode g\u00e9n\u00e9rale des sciences humaines\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Rogers dans <i>Le d\u00e9veloppement de la personne<\/i> (1968\/1998)\u00a0laisse une place au traitement des sentiments provoqu\u00e9s par le\u00a0client chez le th\u00e9rapeute (p. 49) et vice versa dans un processus\u00a0dit d\u2019intersubjectivit\u00e9. C\u2019est l\u2019empathie qui est\u00a0garante de l\u2019intersubjectivit\u00e9 car percevoir, \u00e0 partir\u00a0d\u2019un cadre de r\u00e9f\u00e9rence purement subjectif sans se\u00a0pr\u00e9occuper du cadre de r\u00e9f\u00e9rence de l\u2019objet\u00a0observ\u00e9 ne laisserait pas de place \u00e0 l\u2019empathie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On peut \u00e9mettre l\u2019hypoth\u00e8se que les arguments critiques\u00a0utilis\u00e9s pour contester le statut tout puissant mais \u00abmou\u00bb\u00a0de l\u2019empathie en psychologie humaniste, en particulier par des psychanalystes,\u00a0a pu enrichir le contenu des d\u00e9bats sur la nature de l\u2019empathie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>L\u2019empathie pour les psychanalystes au temps de Rogers <\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La psychanalyse qui, rappelons-le, n\u2019a jamais accueilli ce terme\u00a0dans ses dictionnaires [voir Kaufmann (1993), Laplanche et Pontalis (1967)\u00a0et Roudinesco, (1997)<sup>5<\/sup>], commence \u00e0 s\u2019int\u00e9resser\u00a0substantiellement \u00e0 l\u2019\u00e9tude de l\u2019empathie et les\u00a0travaux de Greenson (1960) et de Schafer (1959) en t\u00e9moignent dans\u00a0la deuxi\u00e8me partie du XXe si\u00e8cle. Il nous est impossible\u00a0d\u2019\u00e9valuer l\u2019influence de la th\u00e9orie rog\u00e9rienne\u00a0sur la r\u00e9flexion psychanalytique de l\u2019\u00e9poque mais on\u00a0prend conscience qu\u2019un peu partout, dans plusieurs disciplines et\u00a0pas seulement en psychologie (ex\u00a0: en sociologie compr\u00e9hensive,\u00a0en anthropologie interpr\u00e9tative, en neurophysiologie), on se met\u00a0\u00e0 s\u2019int\u00e9resser au processus empathique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 Rogers \u00e9crit ses principaux\u00a0textes sur l\u2019empathie, soit dans les ann\u00e9es 50s, le psychanalyste\u00a0am\u00e9ricain Greenson (1960) \u00e9nonce, tout comme Rogers, que,\u00a0pour bien comprendre le patient, il faut \u00eatre capable de se mettre\u00a0\u00e0 sa place. Pour ce th\u00e9rapeute, le m\u00e9canisme empathique\u00a0est l&rsquo;inverse de celui du contre-transfert (c\u2019est de cela qu\u2019ont\u00a0peur les psychanalystes \u00e0 l\u2019\u00e9poque) dans la mesure\u00a0o\u00f9 il s&rsquo;agit, pour le th\u00e9rapeute, de placer son esprit dans\u00a0celui du patient et non pas d&rsquo;observer comment celui du patient prend\u00a0possession du sien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est durant les ann\u00e9es 1950s que le terme \u00abinteraction\u00bb\u00a0commence \u00e0 appara\u00eetre dans la litt\u00e9rature analytique\u00a0mais seulement en lien avec les dimensions interpersonnelles extra-psychiques.\u00a0L&rsquo;interaction est alors rel\u00e9gu\u00e9e \u00e0 l&rsquo;aspect descriptif\u00a0ou comportemental. L\u2019interaction est un concept non-analytique (comme\u00a0le concept d&#8217;empathie), utilis\u00e9 souvent p\u00e9jorativement.\u00a0Si l&rsquo;interaction a \u00e9t\u00e9 si n\u00e9glig\u00e9e en psychanalyse\u00a0, c&rsquo;est peut-\u00eatre parce que 1) l&rsquo;interaction implique qu&rsquo;on fasse\u00a0affaire avec le monde ext\u00e9rieur (et non seulement le monde des\u00a0fantasmes), ce qui n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9\u00a0comme respectable dans le discours analytique<sup>6<\/sup>: en fait, c&rsquo;est\u00a0en ajoutant la dimension \u201cperception de l&rsquo;interaction\u201d qu&rsquo;on\u00a0a commenc\u00e9 \u00e0 y int\u00e9resser les analystes; 2) une autre\u00a0cause de la n\u00e9gligence dans laquelle on a tenu l&rsquo;interaction tient\u00a0probablement au fait que dans le mot interaction, il y a le mot \u201caction\u201d.\u00a0Or, le mot \u00abaction\u00bb a \u00e9t\u00e9 trop longtemps identifi\u00e9\u00a0\u00e0 l&rsquo;<i>acting out<\/i>, de sorte que l&rsquo;action \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e\u00a0comme une force r\u00e9gressive, inhibant le progr\u00e8s de la cure,\u00a0selon les termes m\u00eames de Freud (1914, p. 150).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au plan technique, la psychanalyste Fromm-Reichmann \u00e9voque, d\u00e8s\u00a01950, une activit\u00e9 dite de \u00absynchronie interactionnelle\u00bb.\u00a0Dans <i>Principles of intensive psychotherapy<\/i>, celle-ci conseille\u00a0\u00e0 ses analystes en formation d&rsquo;imiter volontairement les exp\u00e9riences\u00a0physiques de leurs patients (en respirant au m\u00eame rythme qu&rsquo;eux,\u00a0en adoptant la m\u00eame mimo-posturo-gestualit\u00e9) afin de faire\u00a0des prises de conscience (des <i>insights<\/i>) sur le mat\u00e9riel\u00a0inconscient provenant des patients<sup>7<\/sup>. \u00c9tant donn\u00e9\u00a0sa pr\u00e9occupation interactive, ce point est isol\u00e9, par rapport\u00a0\u00e0 la pratique psychanalytique de l\u2019\u00e9poque, unidirectionnellement\u00a0centr\u00e9e sur ce qui se laisse entendre et non ce qui se laisse voir\u00a0(i.e. le corps agissant) chez l\u2019analysant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En psychanalyse, le terme \u00abintrapsychique\u00bb r\u00e9f\u00e8re\u00a0\u00e0 l&rsquo;hypoth\u00e8se centrale de la th\u00e9orie des pulsions.\u00a0Lorsqu&rsquo;on aborde la psychanalyse sous l&rsquo;angle de l\u2019\u201cintersubjectif\u201d,\u00a0on soutient plut\u00f4t la perspective inaugur\u00e9e par la th\u00e9orie\u00a0de la relation d&rsquo;objet (particuli\u00e8rement le courant de la \u00ab<i>self\u00a0psychology<\/i>\u00bb avec Kohut), s&rsquo;appuyant sur l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une\u00a0\u00ab<i>two bodies psychology<\/i>\u00bb. Pour ces psychanalystes de\u00a0l&rsquo;\u00c9cole de Chicago et de la psychologie du <i>Self<\/i>, dont Kohut\u00a0(1959, 1984) fut le chef de file, l&#8217;empathie est consid\u00e9r\u00e9e\u00a0comme la variable qui rend la vie int\u00e9rieure intelligible et signifiante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi le concept d\u2019interaction commence \u00e0 faire partie des\u00a0pr\u00e9occupations de la psychanalyse am\u00e9ricaine (pas encore\u00a0de la psychanalyse fran\u00e7aise cependant). L&rsquo;acceptation de l&rsquo;intersubjectivit\u00e9\u00a0de la psychanalyse ancre celle-ci dans l&rsquo;interactif, avec la reconnaissance\u00a0de l&rsquo;importance des ph\u00e9nom\u00e8nes de contre-transfert (\u00e0\u00a0connotation p\u00e9jorative avant cette \u00e9poque): \u00abc&rsquo;est\u00a0dans cet entrelacement des int\u00e9rieurs des deux partenaires du couple\u00a0analytique que l&rsquo;intersubjectivit\u00e9 prends corps, ce qui n&rsquo;implique\u00a0pas la sym\u00e9trie des protagonistes\u201d\u00bb(Green, 1998, p.\u00a018).<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><b><a id=\"contenu4\" name=\"contenu4\"><\/a><\/b>APR\u00c8S\u00a0ROGERS<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>L\u2019\u00e9volution du concept d\u2019empathie en psychanalyse:\u00a0vers une prise en compte de l\u2019interaction<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On peut observer que la psychanalyse, au cours du XXe si\u00e8cle,\u00a0s\u2019est de plus en plus int\u00e9ress\u00e9e au vaste domaine des\u00a0\u00e9motions et qu&rsquo;elle tient maintenant davantage compte, en dehors\u00a0des pr\u00e9dispositions motivationnelles intra-individuelles, des intercommunications\u00a0entre les individus et du contexte relationnel de construction des \u00e9motions\u00a0dans la mesure o\u00f9 celles-ci sont \u00e0 la fois dirig\u00e9es\u00a0vers l&rsquo;int\u00e9rieur et vers l&rsquo;ext\u00e9rieur (Emde, 1999)<sup>8<\/sup>.\u00a0Parmi les concepts psychanalytiques plus r\u00e9cents, le concept de\u00a0\u00abfonctionnement r\u00e9flexif\u00bb (fait d&rsquo;introspection et\u00a0d&#8217;empathie) est celui qui permet de bien articuler la relation entre soi,\u00a0l&rsquo;autre et l&rsquo;affect. Emde (p. 212-213) mentionne que le sentiment d&#8217;empathie\u00a0de l&rsquo;analyste est sous-tendu par un processus de communication inconsciente\u00a0et am\u00e9nag\u00e9 dans la cure en fonction des comp\u00e9tences\u00a0techniques de l&rsquo;analyste\u00a0:\u00a0l&rsquo;aspect cr\u00e9ateur de la capacit\u00e9 d&rsquo;imaginer (i.e. faire\u00a0\u00abcomme si\u00bb on \u00e9tait l&rsquo;autre: sous-tendue par la vie\u00a0\u00e9motionnelle, la capacit\u00e9 d&rsquo;anticiper et d&rsquo;imaginer (i.e.\u00a0d&#8217;empathiser) est une des caract\u00e9ristiques du d\u00e9veloppement\u00a0interactif chez l&rsquo;\u00eatre humain et une source d&rsquo;\u00e9merveillement\u00a0(Emde, 1999, p. 216).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les psychanalystes qui acceptent depuis 20 ans de prendre en consid\u00e9ration\u00a0le ph\u00e9nom\u00e8ne de l\u2019interaction la consid\u00e8rent\u00a0maintenant essentielle : elle leur semble \u00e0 la base des processus\u00a0d&rsquo;identification ou de ce que J. McDougall a d\u00e9nomm\u00e9 le\u00a0<i>Th\u00e9\u00e2tre du Je<\/i> (1982). L&rsquo;identification peut, en effet,\u00a0\u00eatre durable, avec int\u00e9riorisation de mod\u00e8les affectivo-kinesth\u00e9siques,\u00a0qui peuvent \u00eatre r\u00e9actualis\u00e9s en diff\u00e9rentes\u00a0circonstances. Cette fa\u00e7on de concevoir l\u2019identification se\u00a0rapproche de ce que les interactionnistes ont \u00e9labor\u00e9 concernant\u00a0l\u2019empathie (Dunn, 1995).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il importe enfin de mentionner la \u00abnouvelle\u00bb prise en charge\u00a0de l&rsquo;interaction en psychanalyse. Le <i>Psychoanalytic Inquiry<\/i> (1996)\u00a0a consacr\u00e9 un num\u00e9ro sp\u00e9cial \u00e0 l&rsquo;\u00abInteraction\u00bb,\u00a0soulignant le besoin de passer d&rsquo;une psychologie \u00ab<i>One-Person-Model<\/i>\u00bb\u00a0\u00e0 un \u00ab<i>Two-Person Model<\/i>\u00bb:<br \/>\nUltimement, tout ce qui concerne la psychanalyse<sup>9<\/sup> peut \u00eatre\u00a0r\u00e9duite \u00e0 l&rsquo;interaction. Nos concepts, nos formulations,\u00a0nos mod\u00e8les et nos strat\u00e9gies d\u00e9rivent de l&rsquo;interaction\u00a0analyste\/analysant. Les exp\u00e9riences psychiques profondes de l&rsquo;analyste\u00a0et de son analysant sont le produit de leur interaction mutuelle (Bornstein,\u00a01996, p 1).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019accent mis sur l\u2019interaction en psychanalyse repr\u00e9sente\u00a0d\u00e9sormais une voie n\u00e9cessaire \u00e0 notre compr\u00e9hension\u00a0de l\u2019empathie (Aron, 1991). Cependant, l\u2019\u00e9l\u00e9ment\u00a0qui a vraiment renouvel\u00e9 l\u2019\u00e9tude du processus empathique\u00a0\u00e0 la fin du XXe si\u00e8cle, provient du courant interactionniste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>Contribution des interactionnistes \u00e0 l\u2019\u00e9tude de\u00a0l\u2019empathie <\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;interaction est un terme g\u00e9n\u00e9ral qui d\u00e9signe l&rsquo;action\u00a0de deux (ou plusieurs) \u00abobjets\u00bb ou \u00abph\u00e9nom\u00e8nes\u00bb\u00a0l&rsquo;un sur l&rsquo;autre. Utilis\u00e9 originellement dans le domaine des sciences\u00a0physiques, ce n&rsquo;est qu&rsquo;\u00e0 partir de la seconde moiti\u00e9 du\u00a0XX\u00e8me si\u00e8cle qu&rsquo;il est adopt\u00e9 par les sciences humaines\u00a0pour prendre progressivement place aux c\u00f4t\u00e9s d&rsquo;\u00abactions\u00a0r\u00e9ciproques\u00bb, de \u00abrelations interpersonnelles\u00bb,\u00a0de \u00abcommunications intersubjectives\u00bb. Il peut alors se d\u00e9finir\u00a0comme \u00ab\u00a0toute action conjointe, conflictuelle ou coop\u00e9rative,\u00a0mettant en pr\u00e9sence deux ou plus de deux acteurs (Vion, 1992:17).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bien qu&rsquo;encore absent de la plupart des dictionnaires , le terme \u00abinteraction\u00bb\u00a0est devenue aujourd&rsquo;hui l&rsquo;objet d&rsquo;\u00e9tude de diverses \u00e9coles\u00a0ou sous-disciplines qui convergent pour former ce que l&rsquo;on peut appeler\u00a0\u00abmouvement interactionniste\u00bb. Ses deux sources principales\u00a0ont \u00e9t\u00e9 la sociologie et la linguistique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En sociologie, les pr\u00e9misses du mouvement interactionniste se\u00a0trouvent chez Tarde qui appelle, en 1890, \u00e0 la cr\u00e9ation\u00a0d&rsquo;une \u00ab\u00a0interpsychologie\u00a0\u00bb et dont <i>Les lois de l&rsquo;imitation\u00a0<\/i>sont un des premiers ouvrages interactionnistes. Pour Tarde, l&rsquo;origine\u00a0de la soci\u00e9t\u00e9 remonte au jour o\u00f9 un homme quelconque\u00a0en a copi\u00e9 un autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dan<i>s <\/i>le<i> Dictionnaire d\u2019analyse du discours, <\/i>Cosnier\u00a0(2002) note que, presqu&rsquo;\u00e0 la m\u00eame \u00e9poque, \u00ables\u00a0sociologues de langue allemande tels Simmel et Weber, anticipent l&rsquo;interactionnisme\u00a0en soutenant que les individus cr\u00e9ent la soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00e0 travers leurs actions r\u00e9ciproques\u00bb (p. 318).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais c&rsquo;est aux \u00c9tats-Unis, sous l\u2019influence de Peirce (1978),\u00a0James (1907) et Cooley (1902) (des pragmaticiens) que les sociologues\u00a0de l&rsquo;\u00c9cole de Chicago, fondateurs de l&rsquo;\u00e9cologie urbaine\u00a0et promoteurs des \u00e9tudes de terrains \u00e9rigent un des bastions\u00a0de l&rsquo;interactionnisme. G.H. Mead y donne, dans les ann\u00e9es 1910-1920,\u00a0un cours de psychologie sociale explicitement bas\u00e9 sur l&rsquo;interaction.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Parmi les \u00e9l\u00e8ves de Mead, Blumer (1937) est le cr\u00e9ateur\u00a0de l&rsquo;\u00abinteractionnisme symbolique\u00bb , terme qui deviendra une\u00a0\u00e9tiquette \u00e0 succ\u00e8s pour d\u00e9signer parfois (\u00e0\u00a0tort) le mouvement interactionniste dans son ensemble. A tort, selon Cosnier \u00a0car:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les ann\u00e9es 50 et 60 se d\u00e9veloppe la microsociologie\u00a0de Goffman (1974; 1973) revendiquant l&rsquo;interaction\u00bb comme objet\u00a0d&rsquo;\u00e9tude sociologique \u00e0 part enti\u00e8re. En Californie\u00a0l&rsquo;ethnom\u00e9thodologie initie, avec Garfinkel (1967) et ses collaborateurs\u00a0Sachs, Schegloff et Jefferson (1974), l&rsquo;\u00abanalyse conversationnelle\u00bb\u00a0qui va devenir un paradigme embl\u00e9matique des \u00e9tudes interactionnistes.\u00a0\u00c0 la fronti\u00e8re de la socio-anthropologie et de la linguistique,\u00a0appara\u00eet enfin le courant de l&rsquo;ethnographie de la communication\u00a0avec Hymes, (1984) Gumperz (1989).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme l\u2019empathie n\u2019est pas seulement d\u2019ordre kin\u00e9sique\u00a0mais aussi d\u2019ordre linguistique, les travaux sur l&rsquo;\u00e9nonciation\u00a0de Benveniste (1966), Ducrot (1984) et Kerbrat-Orecchioni (1990-1994)\u00a0sont utiles pour qui s\u2019int\u00e9resse \u00e0 l\u2019empathie\u00a0parce qu\u2019ils ouvrent sur la pragmatique (linguistique) et portent\u00a0sur l&rsquo;oralit\u00e9 et les situations concr\u00e8tes d&rsquo;\u00e9locution.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour compl\u00e9ter ce tableau sur l\u2019apport virtuel et actuel\u00a0du mouvement interactionniste \u00e0 l\u2019\u00e9tude de l\u2019empathie,il faut ajouter les travaux des philosophes du langage, en particulier\u00a0avec la th\u00e9orisation des actes de langage (Austin,1970; Searle,1972) et la logique de l&rsquo;interlocution (Jacques (1979\u00a0; Habermas,1987) qui fait, des interactants, des co-acteurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin du c\u00f4t\u00e9 de la psychologie, il faut mentionner le d\u00e9veloppement\u00a0des \u00e9tudes naturalistes sur l&rsquo;\u00ab\u00e9pig\u00e9n\u00e8se\u00a0interactionnelle\u00bb et les \u00abinteractions pr\u00e9coces\u00bb(Bruner (1983), Stern (1985), Montagner (1978) et Lebovici (1983). On\u00a0assiste aussi \u00e0 la naissance d&rsquo;une psychologie des communications\u00a0plus ou moins syst\u00e9mique, ou plus ou moins \u00e9thologique (Bateson(1977), Ecole de Palo Alto, Cosnier (1997) aux applications th\u00e9rapeutiques\u00a0vari\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Certes, tous ces chercheurs de la \u00abnouvelle communication\u00bb(Winkin, 1981) ont des objectifs multiples mais un certain nombre de points\u00a0communs. Cosnier (2002) en identifie cinq:<\/p>\n<ol style=\"text-align: justify;\">\n<li>la focalisation principale sur l&rsquo;\u00abinter\u00bb et accessoirement\u00a0sur l&rsquo;\u00abintra\u00bb qui lui est associ\u00e9 ou qui en r\u00e9sulte;<\/li>\n<li>la valorisation du terrain (<i>fieldwork<\/i>):les argumentations sont\u00a0bas\u00e9es sur des observations d&rsquo;interactions authentiques <i>versus\u00a0<\/i>fabriqu\u00e9es pour les besoins de la cause;<\/li>\n<li>l&rsquo;attention accord\u00e9e aux faits de la vie quotidienne;<\/li>\n<li>la description fid\u00e8le et objectivante <i>versus<\/i> interpr\u00e9tative\u00a0du \u00abcorpus\u00bb;<\/li>\n<li>une certaine m\u00e9fiance quant aux essais de th\u00e9orisations\u00a0g\u00e9n\u00e9rales appuy\u00e9es sur des statistiques qui gomment\u00a0les d\u00e9tails int\u00e9ressants, autrement dit une m\u00e9fiance\u00a0quant \u00e0 la d\u00e9marche hypoth\u00e9tico-d\u00e9ductive,\u00a0aux questionnaires et aux enqu\u00eates (2002, p. 321).<\/li>\n<\/ol>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les pr\u00e9-requis de l&rsquo;interaction sont des cons\u00e9quences du\u00a0\u00abpostulat empathique\u00bb (Cosnier, 1994, p.13) qui peut se r\u00e9sumer\u00a0ainsi : autrui est capable de sentir et de penser comme moi et pense que\u00a0j&rsquo;en suis capable comme lui. Ainsi sont propos\u00e9s: 1) le principe\u00a0de r\u00e9ciprocit\u00e9 (Sch\u00fctz, 1987; Bange, 1992) : les interactants\u00a0postulent que chacun d&rsquo;eux poss\u00e8de une comp\u00e9tence communicative\u00a0et affective qui permet des inf\u00e9rences partag\u00e9es (r\u00e9ciprocit\u00e9\u00a0des perspectives, des savoirs, des motivations, des images); 2) le principe\u00a0de coop\u00e9ration (Grice, 1975): chaque interactant est suppos\u00e9\u00a0interpr\u00e9ter de fa\u00e7on ad\u00e9quate les propos de son partenaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quant aux principales composantes de l&rsquo;interaction, on peut \u00e9num\u00e9rer:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">la situation (le site, sa prox\u00e9mique, sa finalit\u00e9, ses rituels\u00a0et routines); le rapport de places , rapport li\u00e9 aux statuts et\u00a0aux r\u00f4les (objectifs et subjectifs); la protection et le respect\u00a0mutuel des faces; le cadre participatif: nombre et statut des participants\u00a0(par rapport \u00e0 l&rsquo;interaction); l&rsquo;espace interactif: image de l&rsquo;interaction\u00a0construite par l&rsquo;activit\u00e9 des sujets engag\u00e9s dans la gestion\u00a0de cette interaction (Cosnier, 2002, p. 322).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Peut-\u00eatre faudrait-il souligner que les divers courants du mouvement\u00a0interactionniste ont rarement utilis\u00e9 comme tel le vocable \u00abempathie\u00bb\u00a0mais ils ont g\u00e9n\u00e9r\u00e9 des recherches substantielles\u00a0sur les effets l&rsquo;interaction. Or, les ph\u00e9nom\u00e8nes empathiques\u00a0sont nombreux, quasi permanents dans toute interaction. Ceux-ci prennent\u00a0parfois des formes \u00e9videntes, par exemple dans les ph\u00e9nom\u00e8nes\u00a0de contagion du fou-rire et des pleurs, mais aussi plus discr\u00e8tement\u00a0dans tous les petits mouvements \u00aben miroir\u00bb qui participent\u00a0\u00e0 ce que Condon (1966) a appel\u00e9 \u00ab<i>synchronie interactionnelle\u00bb<\/i><sup>10<\/sup><i><br \/>\n<\/i><br \/>\nLa th\u00e9orie de la perception des affects d&rsquo;autrui est bas\u00e9e\u00a0sur le r\u00f4le de l&rsquo;<i>\u00e9cho\u00efsation<\/i>;<i> corporelle<\/i><sup>11\u00a0<\/sup>qui s&rsquo;instaure entre deux interactants et qui contribue fondamentalement\u00a0\u00e0 permettre des inf\u00e9rences sur les \u00e9prouv\u00e9s\u00a0affectifs tant phasiques (trop courts pour \u00eatre m\u00e9moris\u00e9s,\u00a0de type subliminaire) que toniques (plus durables). Pour Cosnier\u00a0:\u00a0Cette th\u00e9orie motrice (\u00e0 la base de l\u2019empathie d\u2019action)\u00a0s\u2019appuie sur deux cat\u00e9gories de recherches compl\u00e9mentaires,\u00a0celles sur le r\u00f4le du mod\u00e8le effecteur<sup>12<\/sup> dans\u00a0l&rsquo;induction \u00e9motionnelle, celle du r\u00f4le de l&rsquo;identification\u00a0motrice dans la perception de la parole (1994, pp. 87-88).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette pr\u00e9sentation faite des divers courants du mouvement interactionniste,\u00a0il importe de pr\u00e9senter les deux caract\u00e8res fondamentaux\u00a0de la communication empathique que sont la multicanalit\u00e9 et l\u2019interactivit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>La multicanalit\u00e9\u00a0: contribution du verbal, du vocal et\u00a0du kin\u00e9sique<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La multicanalit\u00e9 signifie que les communications interpersonnelles\u00a0\u00e9mergent des sens (surtout la vision et la vue). \u00c0 proportion\u00a0variable, elles sont faites de verbal, de non-verbal et de para-verbal\u00a0se produisant simultan\u00e9ment chez les deux partenaires en interaction,\u00a0ce qui conforte l\u2019id\u00e9e qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un\u00a0processus n\u00e9cessairement bidirectionnel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les deux derni\u00e8res d\u00e9cades du XXe si\u00e8cle ont vu\u00a0l&rsquo;attention se porter davantage en recherche sur les comportements non-verbaux.\u00a0Cela peut \u00eatre d\u00fb au fait, au-del\u00e0 des progr\u00e8s\u00a0techniques en vid\u00e9oscopie, qu&rsquo;on reconna\u00eet que le non-verbal\u00a0constitue une part essentielle de la communication dans l&rsquo;interaction\u00a0humaine et qu\u2019on peut l\u2019\u00e9tudier scientifiquement, qu&rsquo;il\u00a0existe des indicateurs corporels saillants des pens\u00e9es humaines\u00a0(Burgoon, 1985), des attitudes et m\u00eame des changements perceptibles\u00a0\u00e0 travers la communication (Boice &amp; Monti, 1982).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Peut-\u00eatre faut-il retourner au philosophe Merleau-Ponty pour retrouver\u00a0le fondement de cette participation du corps dans la compr\u00e9hension\u00a0d\u2019autrui \u00e0 travers le recours au concept d\u2019intercorporalit\u00e9.\u00a0Merleau-Ponty, cr\u00e9e le terme en 1945. Pour lui, l&rsquo;intercorporalit\u00e9\u00a0r\u00e9f\u00e8re au croisement qui s&rsquo;op\u00e8re sourdement entre\u00a0son corps et celui des autres par divers proc\u00e9d\u00e9s inconscients\u00a0dont celui de l&rsquo;imitation, du mim\u00e9tisme. Ce croisement fait d\u00e9couvrir\u00a0non seulement l&rsquo;autre du dehors, mais le fait \u00e9prouver du dedans\u00a0en r\u00e9v\u00e9lant, de fa\u00e7on occulte, la part invisible\u00a0ou muette de son propre corps (Deschamps, 1995).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;intercorporalit\u00e9, selon la ph\u00e9nom\u00e9nologie, constitue\u00a0donc un processus de reconnaissance occulte de l&rsquo;autre qui s&rsquo;effectue\u00a0via les corps. Ce n&rsquo;est pas tant ce qui permet d&rsquo;\u00eatre momentan\u00e9ment\u00a0autre comme ce qui, en chacun, parle de l&rsquo;autre. Est \u00e9voqu\u00e9\u00a0ici le concept de \u00abcorps-connaissant\u00bb dot\u00e9 de possibilit\u00e9s\u00a0sensibles, perceptives et ph\u00e9nom\u00e9nales, ce qui lui permet\u00a0de faire l&rsquo;exp\u00e9rience d&rsquo;autrui\u00a0:\u00a0parce que nous percevons les autres corps et que nous en saisissons les\u00a0messages du dehors, \u00e0 travers nos \u00abyeux de chair\u00bb,\u00a0notre corps se trouve \u00e0 soulever en nous-m\u00eames toutes les\u00a0rumeurs du monde, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 faire \u00e9cho aux corps\u00a0associ\u00e9s que sont les autres (Merleau-Ponty, 1964, cit\u00e9\u00a0dans Deschamps, 1995, p. 76).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est en ce sens qu&rsquo;on peut parler d&rsquo;\u00ab\u00e9cho\u00efsation corporelle\u00bb\u00a0au service des pulsions affiliatives lorsqu&rsquo;on observe dans une interaction,\u00a0la pr\u00e9sence \u00e9pisodique de mouvements synchrones entre les\u00a0deux partenaires. Ces mouvements corporels, produits \u00e0 l&rsquo;insu des\u00a0sujets, sont des moyens inconscients que se donnent les deux partenaires\u00a0de l&rsquo;interaction pour avoir acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;autre et bien d\u00e9coder\u00a0ses affects et donc, pour empathiser (Brunel, Martiny &amp; Cosnier, 1996).\u00a0L\u2019intercorporalit\u00e9 constitue donc un processus en lien \u00e9troit\u00a0avec l\u2019empathie d\u2019action.<br \/>\n<u><br \/>\n<\/u>Il s&rsquo;agit l\u00e0 d&rsquo;un concept quasi ignor\u00e9 des philosophes\u00a0contemporains et m\u00eame des chercheurs ph\u00e9nom\u00e9nologues\u00a0bien que des anthropologues, tels Bateson et Mead (1942) aient depuis\u00a0longtemps compris l&rsquo;importance du corps et de la gestuelle dans la compr\u00e9hension\u00a0d&rsquo;autrui. Pour ces anthropologues, le corps est plus naturel que le langage\u00a0en ce sens que son expression est plus primitive. C&rsquo;est exactement cet\u00a0aspect primitif du rapport au monde qu&rsquo;on recherche \u00e0 travers ces\u00a0mouvements physiques, produits pour se relier \u00e0 l&rsquo;autre, chacun\u00a0s\u2019oubliant momentan\u00e9ment dans l\u2019interaction.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le concept d&rsquo;intercorporalit\u00e9 permet de comprendre comment le\u00a0langage du corps est essentiel \u00e0 la compr\u00e9hension empathique.\u00a0Le corps est une mani\u00e8re d&rsquo;\u00eatre pr\u00e9sent \u00e0 autrui.\u00a0Comme corps v\u00e9cu, il est indissociablement li\u00e9 \u00e0\u00a0l&rsquo;histoire personnelle et il offre une vue particuli\u00e8re sur le\u00a0monde, constituant la base de la subjectivit\u00e9 et aussi de l&rsquo;intersubjectivit\u00e9\u00a0puisqu&rsquo;il constitue le lieu de rencontre entre sujet et objet, un lieu\u00a0o\u00f9 s&rsquo;\u00e9prouve autrui (Deschamps, 1995, p. 77).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le corps sert de d\u00e9monstration et de validation de la compr\u00e9hension\u00a0d\u2019autrui (Jordan, 1997). L\u2019importance du concept d\u2019intercorporalit\u00e9\u00a0m\u00e8ne logiquement \u00e0 celui d\u2019empathie en interaction.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>Deuxi\u00e8me caract\u00e8re des communications: l\u2019interactivit\u00e9<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous avons d\u00e9j\u00e0 trait\u00e9 indirectement de cette caract\u00e9ristique\u00a0des communications en \u00e9voquant les divers courants du mouvement\u00a0interactionniste. On ne peut plus accepter la perception traditionnelle\u00a0que les humains sont des \u00eatres s\u00e9par\u00e9s et que la communication\u00a0entre eux est situ\u00e9e \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur d&rsquo;eux. On a d\u00e9j\u00e0\u00a0mentionn\u00e9 que la communication est une forme de connexion entre\u00a0personnes, structurant et r\u00e9v\u00e9lant simultan\u00e9ment\u00a0leur vie int\u00e9rieure. Les deux partenaires d\u2019une dyade aidante,\u00a0par exemple, apprennent l\u2019un de l\u2019autre, sont transform\u00e9s\u00a0par la relation et interagissent \u00e0 plusieurs plans: au plan corporel,\u00a0au plan des affects et au plan des cognitions. La multicanalit\u00e9\u00a0et l\u2019interactivit\u00e9 sont donc indissociables dans tout processus\u00a0de communication.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On r\u00e9f\u00e8re souvent \u00e0 la m\u00e9taphore du ballet\u00a0pour expliquer cette danse des interactants, ce ballet conversationnel,\u00a0cette coordination corporelle ou cette synchronie interactionnelle lorsque\u00a0la relation entre les partenaires est bonne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette interactivit\u00e9 mise en fonction tr\u00e8s pr\u00e9coc\u00e9ment\u00a0chez le jeune enfant (Nadel &amp; Butterworth, 1999), assure le bon d\u00e9roulement\u00a0de l\u2019<i>\u00e9chang<\/i>e conversationnel par des actions de co-pilotage\u00a0qui le r\u00e9gulent, le maintiennent et l\u2019orientent (Cosnier,\u00a01998, p. 100).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On sait que de nombreuses difficult\u00e9s de la communication sont\u00a0li\u00e9es \u00e0 des dysfonctionnements de ce syst\u00e8me d\u2019\u00e9change.\u00a0Mais ce syst\u00e8me s\u2019associe \u00e0 un autre, tout aussi important\u00a0celui du <i>partage<\/i> affectif ou empathique (Brunel, Martiny &amp;\u00a0Cosnier, 1996). Cette voie empathique utilise une identification corporelle\u00a0massive et non consciente et ne passe pas par le syst\u00e8me des \u00e9changes\u00a0de signaux r\u00e9gulateurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En tenant compte de la complexit\u00e9 et de la multidimensionalit\u00e9\u00a0du concept et de l\u2019\u00e9volution des m\u00e9thodes d\u2019investigation,\u00a0l\u2019empathie en relation d\u2019aide n\u00e9cessite d\u2019\u00eatre\u00a0\u00abrevisit\u00e9e\u00bb (Bohart &amp; Greenberg, 1997). \u00c0\u00a0partir des \u00e9tudes que nous avons faites (Brunel &amp; Cosnier,\u00a01995; Brunel, Martiny &amp; Cosnier, 1996; Cosnier, 1994, 1998; Cosnier\u00a0&amp; Brunel, 1994; Martiny &amp; Brunel, 2000; Martiny, 2002), nous nous\u00a0sommes forg\u00e9s notre propre d\u00e9finition de l\u2019empathie\u00a0et nous la pr\u00e9sentons. De plus nous identifions le type de recherches\u00a0que cette fa\u00e7on de concevoir l\u2019empathie permet d\u2019envisager.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>D\u00e9finition int\u00e9grative de l\u2019empathie<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019empathie associ\u00e9e \u00e0 une famille de ph\u00e9nom\u00e8nes\u00a0multi-d\u00e9termin\u00e9s d&rsquo;ordre social, psychophysiologique et\u00a0comportemental, se pr\u00e9sente sous trois formes\u00a0:<\/p>\n<ol style=\"text-align: justify;\">\n<li>L\u2019empathie de pens\u00e9e: communaut\u00e9 de repr\u00e9sentations\u00a0\u00e0 la base de l&rsquo;intersubjectivit\u00e9.<\/li>\n<li>L\u2019empathie d\u2019affect: communaut\u00e9 d&rsquo;affects \u00e0\u00a0la base de la contagion \u00e9motionnelle.<\/li>\n<li>L\u2019empathie d\u2019action: \u00e9cho\u00efsation mimo-gestuelle\u00a0\u00e0 la base de l&rsquo;intercorporalit\u00e9<\/li>\n<\/ol>\n<p style=\"text-align: justify;\">Trois voies nous semblent donc impliqu\u00e9es dans tout processus\u00a0empathique:<\/p>\n<ol style=\"text-align: justify;\">\n<li>La cha\u00eene discursive, plus particuli\u00e8rement verbale,\u00a0dont on souligne surtout la dimension informative (site de l&#8217;empathie\u00a0de pens\u00e9e)<\/li>\n<li>La cha\u00eene perceptive, \u00e0 pr\u00e9dominance non-verbale\u00a0(i.e. vocale et kin\u00e9sique), pr\u00e9dispos\u00e9e \u00e0\u00a0l&rsquo;expression \u00e9motionnelle (site de l&#8217;empathie d&rsquo;affect).<\/li>\n<li>\u00c0 ces deux voies, nous en ajoutons une troisi\u00e8me qui\u00a0laisse place directement, par un processus de synchronie interactionnelle\u00a0(dite phase d&rsquo;\u00e9cho\u00efsation\/identification) au ph\u00e9nom\u00e8ne\u00a0de l&rsquo;intercorporalit\u00e9 (site de l&#8217;empathie d&rsquo;action)<\/li>\n<\/ol>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces consid\u00e9rations nous am\u00e8nent \u00e0 penser qu\u2019il\u00a0existerait aussi trois dimensions au processus empathique:<\/p>\n<ol style=\"text-align: justify;\">\n<li>une<i> dimension active<\/i> qui \u00e9voque des verbes tels observer,\u00a0\u00e9couter, percevoir, discerner, d\u00e9duire, inf\u00e9rer,\u00a0saisir, comprendre et interpr\u00e9ter qui sont des op\u00e9rations\u00a0mentales mettant en \u00e9vidence le fonctionnement cognitif<sup>13<\/sup>.<\/li>\n<li><i>une dimension passive<\/i> qui laisse place \u00e0 des substantifs\u00a0tels la r\u00e9sonance, la contagion \u00e9motionnelle, la projection,\u00a0l&rsquo;identification, le reflet, la perte de soi momentan\u00e9e, l&rsquo;imagination\u00a0int\u00e9rieure, la pr\u00e9sence \u00e0 l&rsquo;autre qui sont tous\u00a0teint\u00e9s d&rsquo;affectivit\u00e9;<\/li>\n<li>une <i>dimension motrice <\/i>\u00e0 la fois active et passive. Comme\u00a0la troisi\u00e8me dimension motrice est moins souvent \u00e9voqu\u00e9e\u00a0dans la litt\u00e9rature \u201cclassique\u00a0\u201d sur l\u2019empathie,\u00a0qu\u2019il nous soit permis ici de pr\u00e9ciser le sens que nous\u00a0lui attribuons.<\/li>\n<\/ol>\n<p style=\"text-align: justify;\">La dimension<i> motrice active<\/i> \u00e9voque des mouvements corporels,\u00a0effectu\u00e9s en synchronie avec l&rsquo;autre, tels mimer, imiter, copier,\u00a0\u00e9cho\u00efser qui t\u00e9moignent de l&rsquo;existence d&rsquo;un syst\u00e8me\u00a0affectivo-kinesth\u00e9tique capable de faciliter l&rsquo;\u00e9change et\u00a0le d\u00e9codage de signaux entre les partenaires d&rsquo;une interaction.\u00a0Cette troisi\u00e8me dimension <i>active<\/i> appelle la notion de <i>mimesis\u00a0<\/i>( i.e. mime ou imitation). En effet, le m\u00e9canisme qui facilite\u00a0la prise de conscience des autres semble \u00eatre ce que les Grecs d\u00e9nommaient\u00a0<i>mimesis<\/i>. Les \u00eatres humains se diff\u00e9rencieraient des\u00a0autres \u00eatres vivants par une capacit\u00e9 particuli\u00e8rement\u00a0d\u00e9velopp\u00e9e \u00e0 acqu\u00e9rir des connaissances \u00e0\u00a0travers l&rsquo;imitation. Pour Platon, la <i>mimesis<\/i> \u00e9tait con\u00e7ue\u00a0comme une aptitude \u00e0 fonctionner dans la sph\u00e8re sociale\u00a0et comme une des formes les plus importantes de l&rsquo;interaction humaine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous pr\u00e9sentons enfin une recherche qui, contrairement aux recherches\u00a0habituelles effectu\u00e9es dans le domaine du counseling, int\u00e8gre\u00a0des moyens de respecter le caract\u00e8re interactif (i.e. intercorporel\/intersubjectif)\u00a0et le caract\u00e8re multicanal (i.e. verbal et non-verbal) du processus\u00a0empathique dans la formation de candidats en counseling.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>Recherche indiquant une approche interactive de formation \u00e0\u00a0l\u2019empathie<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le contexte de la formation en counseling, une \u00e9tude du processus\u00a0empathique effectu\u00e9e par Martiny (2002) tente d\u2019identifier\u00a0comment le corps est sollicit\u00e9 dans une interaction o\u00f9 deux\u00a0individus tentent de communiquer une exp\u00e9rience \u00e9motionnelle\u00a0et de comprendre autrui. Les entretiens laissent une large place \u00e0\u00a0l&rsquo;auto-d\u00e9voilement ainsi qu\u2019aux \u00e9motions dans le but\u00a0de cr\u00e9er un contexte facilitant l&rsquo;expression empathique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette recherche s\u2019inscrit dans une conception de l&#8217;empathie comme\u00a0processus essentiellement interactif, empreint de r\u00e9ciprocit\u00e9,\u00a0fait d&rsquo;intercorporalit\u00e9 et d&rsquo;intersubjectivit\u00e9 (a <i>two-person-model<\/i>)\u00a0et dans l&rsquo;utilisation d&rsquo;une m\u00e9thodologie relevant de l&rsquo;\u00e9thologie\u00a0des communications. L\u2019\u00e9tude met l\u2019accent sur l\u2018observation\u00a0vid\u00e9o de comportements verbaux et non verbaux de candidats en formation\u00a0au counseling. L\u2019exp\u00e9rimentation implique 22 dyades compos\u00e9es\u00a0d\u2019\u00e9tudiants en orientation qui effectuent des entrevues o\u00f9\u00a0chacun d\u2019eux d\u00e9voile une exp\u00e9rience \u00e9motionnelle.\u00a0Imm\u00e9diatement apr\u00e8s l\u2019enregistrement initial, ceux-ci\u00a0analysent leur entrevue, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une activit\u00e9\u00a0dite d\u2019\u00abautoscopie diff\u00e9r\u00e9e\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En effet, chaque vid\u00e9o est pr\u00e9sent\u00e9, en priv\u00e9,\u00a0\u00e0 chaque personne de la dyade, imm\u00e9diatement apr\u00e8s\u00a0l\u2019enregistrement. Durant 60 minutes, toute libert\u00e9 est laiss\u00e9e\u00a0\u00e0 la personne qui peut interrompre le vid\u00e9o et d\u00e9livrer\u00a0un commentaire sur les moments o\u00f9 elle se sent bien d\u00e9cod\u00e9e\u00a0et bien comprise. Le sens \u00e0 donner aux comportement verbaux et\u00a0non-verbaux per\u00e7us comme empathiques est ainsi rendu accessible.\u00a0Les autoscopies diff\u00e9r\u00e9es sont enregistr\u00e9es elles\u00a0aussi. L&rsquo;analyse non-verbale des entrevues initiales et de certains segments\u00a0des autoscopies diff\u00e9r\u00e9es est synth\u00e9tis\u00e9e\u00a0par la suite en repr\u00e9sentations graphiques sous forme d&rsquo;\u00e9thogrammes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans une perspective de validation, la cueillette des donn\u00e9es\u00a0comprend quatre types de donn\u00e9es: 1) le verbatim des enregistrements\u00a0vid\u00e9o; 2) une s\u00e9rie de comportements individuels accessibles\u00a0\u00e0 l\u2019observation vid\u00e9o (expressions faciales, gestes\u00a0des mains, postures, mouvements du tronc et de la t\u00eate) effectu\u00e9s\u00a0en synchronie et repr\u00e9sentables sous formes d\u2019\u00e9thogrammes;\u00a03) les r\u00e9ponses des participants \u00e0 un questionnaire portant\u00a0sur les moments des entrevues identifi\u00e9s par eux comme des moments\u00a0empathiques et 4) les accords inter-juges (trois psychoth\u00e9rapeutes\u00a0exp\u00e9riment\u00e9s) sur les s\u00e9quences empathiques, obtenus\u00a0\u00e0 partir de l\u2019analyse des seuls verbatim. Chacune des op\u00e9rations\u00a0constitue un crit\u00e8re ind\u00e9pendant de validation. C\u2019est\u00a0la mise en commun de ces quatre types de donn\u00e9es qui permet, par\u00a0la suite, d\u2019identifier les s\u00e9quences dites empathiques au\u00a0moyen de leurs co-occurrences dans le temps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les r\u00e9sultats quantitatifs, obtenus \u00e0 partir de l\u2019analyse\u00a0des verbatim par les juges, r\u00e9v\u00e8lent un faible taux d\u2019utilisation\u00a0de mots \u00e9motionnels (\u00e0 1,65%) par rapport au nombre total\u00a0de mots exprim\u00e9s par les deux personnes ayant partag\u00e9 une\u00a0exp\u00e9rience \u00e9motionnelle. Ce fait d\u2019observation confirme\u00a0ce qu\u2019on a d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9, ci-haut, sur la faiblesse\u00a0des formations s\u2019appuyant sur le mod\u00e8le du micro-counseling.\u00a0Si l\u2019on r\u00e9duit l\u2019empathie \u00e0 des formules d\u2019intervention,\u00a0telle la \u00abr\u00e9ponse-reflet\u00bb (Carkhuff, 1969), les candidats\u00a0en formation s\u2019attendent \u00e0 ce qu\u2019apr\u00e8s l\u2019\u00e9nonc\u00e9\u00a0d\u2019un reflet, suive une r\u00e9ponse \u00e9motionnelle. Si ceux-ci\u00a0n\u2019entendent pas de mots \u00e9motionnels \u00e9nonc\u00e9s\u00a0par les clients pour d\u00e9crire une exp\u00e9rience, ils ne les\u00a0d\u00e9duisent pas toujours du contenu verbal des interactions. Le d\u00e9codage\u00a0ad\u00e9quat des \u00e9motions implique des habilet\u00e9s analytiques\u00a0pour comprendre, inf\u00e9rer et aller \u00e0 l\u2019essentiel de\u00a0l\u2019exp\u00e9rience d\u2019autrui. La difficult\u00e9 d\u2019\u00eatre\u00a0\u00e0 la fois pr\u00e9sent, cr\u00e9atif, authentique et, en m\u00eame\u00a0temps, de bien cat\u00e9goriser l\u2019information (le contenu verbal)\u00a0ainsi que le sous-texte (le non-verbal) fait que les candidats en formation\u00a0perdent souvent le fil de la conversation et leur client par le fait m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il semble que la plupart des moments intenses de partage \u00e9motionnel\u00a0dans les dyades ne soient pas faciles \u00e0 identifier lorsque les\u00a0participants focalisent leur attention uniquement sur les mots. Devant\u00a0\u00e9valuer le contenu empathique des verbatim \u00e0 partir de la\u00a0d\u00e9finition fournie par Egan (1975), les trois juges n\u2019ont\u00a0\u00e9t\u00e9 d\u2019accord que pour 12% du mat\u00e9riel verbal.\u00a0Les r\u00e9sultats d\u00e9montrent que les formulations verbales,\u00a0sans r\u00e9f\u00e9rence aux inflexions de la voix, sans indication\u00a0de la longueur des silences et sans les gestes qui appuient sur certains\u00a0mots de l&rsquo;encodeur, sont parfois interpr\u00e9t\u00e9es de fa\u00e7on\u00a0diam\u00e9tralement oppos\u00e9e \u00e0 ce qu\u2019elles ont comme\u00a0sens lorsqu\u2019on prend en compte le non-verbal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant, lorsque qu\u2019on observe le non-verbal, soit les mouvements\u00a0se produisant en synchronie chez les deux partenaires (processus dit d\u2019\u00ab\u00e9cho\u00efsation\u00a0corporelle\u00bb), les r\u00e9sultats laissent \u00e0 penser que\u00a0ce sont les corps en interaction qui arrivent, plus facilement que les\u00a0mots, \u00e0 d\u00e9coder les \u00e9motions en partageant, \u00e0\u00a0l\u2019aide de mimiques, de gestes et de postures synchrones. Dans cette\u00a0recherche, ces comportements d\u2019accordage se produisaient au rythme\u00a0de 2,5 par minute, sans que les partenaires ne se soient rendus compte\u00a0\u00e0 ce moment-l\u00e0 qu\u2019ils \u00e9taient en synchronie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Est ainsi mise en \u00e9vidence la mutualit\u00e9 des comportements\u00a0interactifs de partage \u00e9motionnel puisqu\u2019\u00e0 plusieurs\u00a0reprises, les deux membres de la dyade imitent, \u00e9cho\u00efsent\u00a0\u00e0 leur insu, synchronisent leur mimo-posturo-gestualit\u00e9<sup>14<\/sup>.\u00a0Ce sont ces moments-l\u00e0 qui sont reconnus, dans l\u2019apr\u00e8s\u00a0coup, comme les moments les plus \u00abimbib\u00e9s\u00bb de compr\u00e9hension\u00a0empathique \u00e0 la fois par les locuteurs et les \u00e9couteurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Soulignons que ces mouvements synchrones, soit pr\u00e9c\u00e8dent\u00a0imm\u00e9diatement, soit suivent imm\u00e9diatement les mots \u00e9motionnels\u00a0\u00e9nonc\u00e9s indiff\u00e9remment par le locuteur ou par l\u2019\u00e9couteur.\u00a0Et m\u00eame si l\u2019\u00e9couteur n\u2019\u00e9nonce que peu de\u00a0mots \u00e9motionnels (0,74 par minute), les corps des deux membres\u00a0de l\u2019interaction d\u00e9montrent, par leurs \u00e9cho\u00efsations,\u00a0qu\u2019on est en pr\u00e9sence d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne de\u00a0partage \u00e9motionnel. Ce sont donc les comportements en synchronie\u00a0(davantage que les r\u00e9ponses-reflet) qui indiquent s\u2019il existe\u00a0un accordage au plan des affects (empathie d&rsquo;action). Ceux-ci permettent\u00a0en effet de valider la justesse de certains \u00e9nonc\u00e9s verbaux\u00a0identifi\u00e9s par les juges comme empathiques. En effet, en faisant\u00a0l\u2019analyse des s\u00e9quences verbales retenues comme empathiques\u00a0par les juges, on observe qu\u2019\u00e0 l\u2019autoscopie, les sujets\u00a0avaient s\u00e9par\u00e9ment tous choisi, comme indiquant de l\u2019empathie,\u00a0des comportements non-verbaux appuyant certains de ces mots charg\u00e9s\u00a0d\u2019affect et prof\u00e9r\u00e9s imm\u00e9diatement avant ou\u00a0apr\u00e8s des \u00e9cho\u00efsations corporelles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De plus, \u00e0 notre \u00e9tonnement, nous avons pu observer que\u00a0la r\u00e9\u00e9vocation du contexte \u00e9motionnel lors des autoscopies\u00a0diff\u00e9r\u00e9es suscite parfois spontan\u00e9ment la m\u00eame\u00a0mimo-posturo-gestualit\u00e9 chez l&rsquo;un, ou parfois m\u00eame, chez\u00a0les deux partenaires face \u00e0 leurs propres comportements sur l\u2019\u00e9cran.\u00a0En effet, quelques-uns de ces m\u00eames mouvements sont spontan\u00e9ment\u00a0reproduits en m\u00eame temps que se d\u00e9roulent les bandes vid\u00e9o\u00a0des enregistrements initiaux, un m\u00e9canisme que nous sommes tent\u00e9es\u00a0de qualifier d\u2019\u00abauto-empathie\u00bb. Il semblerait donc que\u00a0les \u00e9cho\u00efsations spontan\u00e9ment provoqu\u00e9es par\u00a0les mouvements de chaque interactant lors d\u2019un visionnement, rel\u00e8vent\u00a0du m\u00eame processus que les \u00e9cho\u00efsations faites spontan\u00e9ment\u00a0face \u00e0 autrui\u00a0: ils servent au sujet \u00e0 mieux reproduire\u00a0ses propres affects.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les r\u00e9sultats d\u00e9montrent que: 1 ) les moments dits empathiques\u00a0ne s\u2019expriment pas de la m\u00eame fa\u00e7on non verbalement:\u00a0diff\u00e9rentes parties du corps peuvent \u00eatre sollicit\u00e9es\u00a0en m\u00eame temps comme le mentionnent Davis et Hadiks (1994); 2) on\u00a0observe \u00e0 chaque fois un partage visuel (<i>mutual gaze<\/i>) sauf\u00a0lors de l\u2019expression de la col\u00e8re; 3) les mots \u00e9motifs\u00a0tombent parfois avant (anticipation affective) et parfois apr\u00e8s\u00a0(compr\u00e9hension cognitive) les moments de synchronicit\u00e9 non-verbale,\u00a0de sorte qu\u2019il n\u2019y pas de recette interactive; 4) tout doit\u00a0se passer dans la spontan\u00e9it\u00e9 de l\u2019interaction. En\u00a0effet, la formation \u00e0 l\u2019empathie th\u00e9rapeutique ne repose\u00a0pas uniquement sur l\u2019apprentissage behavioral, telles que le proposent\u00a0les recherches de Crabb, Moracco et Bender (1983), d\u2019Hermansson,\u00a0Webster et Mc Farland (1988), de Grace, Kivlighan et Kunce (1995), de\u00a0Follette &amp; Callaghan, (1995). En effet, il semble que le processus\u00a0empathique puisse \u00eatre invalid\u00e9 par une absence d\u2019authenticit\u00e9\u00a0(faire semblant de partager des \u00e9motions via l\u2019imitation volontaire)\u00a0et cela ne permet pas au processus intersubjectif de se d\u00e9ployer\u00a0d\u2019une fa\u00e7on th\u00e9rapeutique (Greenberg, 1994).<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><b><a id=\"contenu5\" name=\"contenu5\"><\/a><\/b>Conclusion<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet article a tent\u00e9 de pr\u00e9senter l\u2019\u00e9volution\u00a0du sens accord\u00e9 au terme empathie ainsi que la vari\u00e9t\u00e9\u00a0des perspectives adopt\u00e9es depuis cent ans face \u00e0 son \u00e9tude.\u00a0Bien que Rogers soit celui qui ait donn\u00e9 \u00e0 l\u2019empathie\u00a0une place centrale dans son mod\u00e8le, la recension des \u00e9crits\u00a0a montr\u00e9 qu\u2019aucune \u00e9cole ne pouvait se r\u00e9clamer\u00a0comme seule d\u00e9positaire de l\u2019\u00e9tude de l\u2019empathie.\u00a0L\u2019empathie, comme bien d\u2019autres concepts, \u00e9volue parce\u00a0que diverses \u00e9coles contribuent \u00e0 son \u00e9volution.\u00a0De plus, les concepts \u00e9voluent en fonction des progr\u00e8s technologiques\u00a0qui ont un impact sur les devis de recherche. Avoir acc\u00e8s aux magn\u00e9toscopes,\u00a0plut\u00f4t qu\u2019aux seuls magn\u00e9tophones a permis de mettre\u00a0en \u00e9vidence la dimension non-verbale de l\u2019empathie et facilit\u00e9\u00a0son inscription dans le mouvement interactionniste et a redonn\u00e9\u00a0au corps une place importante dans l\u2019identification et la compr\u00e9hension\u00a0du monde int\u00e9rieur d\u2019autrui comme de soi-m\u00eame dans certains\u00a0contextes d\u2019auto-observation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Buber (1957) et Rogers (cit\u00e9s dans Anderson &amp; Cissna, 1997),\u00a0soulignent que c\u2019est \u00e0 travers le dialogue des corps qu\u2019une\u00a0personne a acc\u00e8s \u00e0 l\u2019autre et que le changement ne\u00a0peut se produire que si l\u2019un et l\u2019autre ont la volont\u00e9\u00a0d\u2019\u00eatre chang\u00e9s par l\u2019autre. De plus, Rogers a avou\u00e9\u00a0entrer dans la relation th\u00e9rapeutique comme une personne subjective\u00a0(p. 29) et non pas comme une enqu\u00eateur ou comme une personne de\u00a0science, pr\u00e9occup\u00e9e surtout par la neutralit\u00e9 du\u00a0regard. Cela sous-tend l\u2019importance d\u2019\u00eatre authentique\u00a0dans la relation. Rogers a donc pris en compte, d\u2019une fa\u00e7on\u00a0plus substantielle que ce l\u2019on ne lui reconna\u00eet g\u00e9n\u00e9ralement,\u00a0les ph\u00e9nom\u00e8nes d\u2019intersubjectivit\u00e9 et d\u2019intercorporalit\u00e9\u00a0dans l\u2019empathie.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><a name=\"auteur\"><\/a>Auteur<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>Marie-Lise Brunel<\/b>, docteure en counseling, est professeure de\u00a0counseling au d\u00e9partement d\u2019\u00e9ducation et de p\u00e9dagogie\u00a0de l\u2019Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec \u00e0 Montr\u00e9al,\u00a0section carri\u00e9rologie. Elle s\u2019int\u00e9resse au concept\u00a0d\u2019empathie depuis plus de 20 ans et pr\u00e9pare un dictionnaire\u00a0de l\u2019empathie en collaboration avec le professeur \u00e9m\u00e9rite\u00a0Jacques Cosnier de l\u2019universit\u00e9 Lumi\u00e8re-Lyon II. Elle\u00a0s\u2019int\u00e9resse aussi \u00e0 l\u2019\u00e9criture introspective\u00a0et au counseling interculturel. Courriel: brunel.marie-lise@uqam.ca<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>Cynthia Martiny<\/b>, docteure en \u00e9ducation, est professeure\u00a0au d\u00e9partement d\u2019\u00e9ducation et p\u00e9dagogie de l\u2019Universit\u00e9\u00a0du Qu\u00e9bec \u00e0 Montr\u00e9al, section carri\u00e9rologie.\u00a0Elle a fait une th\u00e8se de doctorat portant sur l\u2019empathie non-verbale.\u00a0Elle enseigne le counseling individuel et de groupe et intervient aupr\u00e8s\u00a0d\u2019hommes \u00e9prouvant des probl\u00e8mes de violence conjugale.\u00a0Courriel: martiny.cynthia@uqam.ca<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec \u00e0 Montr\u00e9al,\u00a0C.P. 8888, succursale Centre-ville, Montr\u00e9al (Qu\u00e9bec) Canada\u00a0H3C 3P8<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><a name=\"notes\"><\/a>Notes<\/h3>\n<ol style=\"text-align: justify;\">\n<li>La multicanalit\u00e9 et l\u2019interactivit\u00e9 sont indissociables\u00a0dans tout processus de communication. La multicanalit\u00e9 signifie\u00a0que les communications interpersonnelles sont un m\u00e9lange, \u00e0\u00a0proportion variable, de verbal et de non-verbal, ce dernier comprenant\u00a0le vocal et le mimo-gestuel (i.e. le \u00abkin\u00e9sique\u00bb).\u00a0On r\u00e9f\u00e8re souvent \u00e0 la m\u00e9taphore de la danse\u00a0pour illustrer le ballet conversationnel, la coordination corporelle\u00a0ou la synchronie interactionnelle lorsque l\u2019interaction entre les\u00a0partenaires est bonne.<\/li>\n<li>Une th\u00e9orie de l&rsquo;esprit est consid\u00e9r\u00e9e comme\u00a0n\u00e9cessaire pour comprendre ses propres \u00e9tats mentaux et\u00a0ceux d&rsquo;autrui dans la mesure o\u00f9 l&rsquo;on estime qu&rsquo;il n&rsquo;existe pas\u00a0d&rsquo;acc\u00e8s qualitatif distinctif pour chaque type d&rsquo;\u00e9tat\u00a0mental. Les concepts mentaux semblent essentiellement relationnels et\u00a0ne peuvent \u00eatre acquis que sous la forme de th\u00e9ories explicatives\u00a0globales donn\u00e9es par la psychologie ordinaire N.B. Lire la \u00abPr\u00e9sentation\u00bb\u00a0de Jo\u00eblle Proust dans Grivois, &amp; Proust (1998).<\/li>\n<li>Pendant longtemps, la tradition clinique a consist\u00e9 \u00e0\u00a0identifier l&#8217;empathie avec le fait de se pencher vers l&rsquo;autre sur sa\u00a0chaise hochant p\u00e9riodiquement de la t\u00eate et faisant de\u00a0temps en temps des accus\u00e9s de r\u00e9ception (mm mm ou ah ah)\u00a0selon Gehardt &amp; Beyerle, 1997)<\/li>\n<li>La recherche analogique en counseling vise \u00e0 se rapprocher,\u00a0en laboratoire, des conditions naturelles du processus et de l&rsquo;action\u00a0du conseil.<\/li>\n<li>Le <i>Webster\u2019s Third International Dictionary<\/i> (1971), qui\u00a0n\u2019est pas un dictionnaire sp\u00e9cialis\u00e9 en psychologie\u00a0est le seul \u00e0 souligner, dans sa d\u00e9finition de l\u2019empathie,\u00a0la capacit\u00e9 d\u2019exp\u00e9rimenter les sentiments et les\u00a0id\u00e9es des autres en s\u2019aidant de leurs mouvements corporels.<\/li>\n<li>A la lecture de \u00ab\u00a0Affect et empathie\u00a0\u00bb de Widl\u00f6cher (1999),\u00a0dans le num\u00e9ro de la <i>Revue Fran\u00e7aise de Psychanalyse\u00a0<\/i>centr\u00e9 sur \u00abL&rsquo;affect et sa perversion\u00bb, on peut s&rsquo;interroger\u00a0sur le la cohabitation des deux termes!<\/li>\n<li>Toutefois, selon Schefen (1972), les simples recommandations de mimer\u00a0la posture du client emp\u00eachent de porter attention \u00e0 d&rsquo;autres\u00a0composantes du rapport ou de l&#8217;empathie. Mais les donn\u00e9es accessibles\u00a0ne sont pas antagonistes quant \u00e0 la possibilit\u00e9 que l&rsquo;imitation\u00a0motrice inconsciente puisse contribuer \u00e0 la connaissance de l&rsquo;\u00e9tat\u00a0affectif d&rsquo;autrui.<\/li>\n<li>Emde, R.N. (1999). Une progression: les influences int\u00e9gratrices\u00a0des processus affectifs sur le d\u00e9veloppement et en psychanalyse.\u00a0In <i>Revue Fran\u00e7aise de Psychanalys<\/i>e, tome LXIII (1) ,189-216.\u00a0Le terme \u00ab\u00a0d\u00e9veloppement\u00a0\u00bb est ici conceptualis\u00e9\u00a0comme un processus sous-tendu par des exp\u00e9riences transactionnelles\u00a0o\u00f9 influences g\u00e9n\u00e9tiques et environnementales se\u00a0conjuguent; la r\u00e9action \u00e9motionnelle d&#8217;empathie du tout\u00a0petit est \u00e9voqu\u00e9e explicitement ici comme comportement\u00a0prototypique mettant \u00e0 jour ces influences (p. 194)<\/li>\n<li>On pourrait dire la m\u00eame chose des autres formes de psychoth\u00e9rapies\u00a0dont la th\u00e9rapie centr\u00e9e sur le client. Rogers en tenait\u00a0compte bien plus que les psychanalystes freudiens.<\/li>\n<li>La synchronie interactionnelle exprime une concordance temporelle\u00a0entre deux \u00e9v\u00e9nements\u00a0. La synchronisation des interlocuteurs\u00a0est une des conditions facilitantes de l\u2019empathie et constitue\u00a0un de ses indices. Synonyme = synchronisation.<\/li>\n<li>\u00ab\u00a0Echo\u00efsation\u00a0: ph\u00e9nom\u00e8ne de reproduction\u00a0d\u2019un comportement (parole, geste, mimique, posture) en direct.\u00a0Le sourire r\u00e9ciproque en est un exemple fr\u00e9quent. L\u2019\u00e9cho\u00efsation\u00a0peut \u00eatre ouverte ou couverte\u00a0: c\u2019est-\u00e0-dire\u00a0visible ou invisible (subliminaire)\u00a0. Elle intervient dans la synchronie\u00a0interactionnelle et dans l\u2019identification empathique. Elle constitue\u00a0un m\u00e9canisme de base de l\u2019empathie.<\/li>\n<li>Le r\u00f4le du \u00abmod\u00e8le effecteur\u00bb a \u00e9t\u00e9\u00a0mis en \u00e9vidence par Bloch (1989) et Ekman, Levenson &amp; Friesen\u00a0(1983). Il stipule que l\u2019adoption par les sujets de certaines attitudes\u00a0motrices et\/ou de certaines mimiques induisait chez ces sujets l\u2019apparition\u00a0d\u2019affects sp\u00e9cifiques et, au-del\u00e0, de r\u00e9actions\u00a0physiologiques correspondant \u00e0 ces affects et, au-del\u00e0\u00a0encore, de repr\u00e9sentations mentales en accord avec les affects\u00a0pr\u00e9c\u00e9dents (Cosnier, 1994, p.87).<\/li>\n<li>Une des t\u00e2ches principales de l&#8217;empathiseur &#8211; voir le monde\u00a0tel que l&rsquo;autre le voit &#8211; requiert une compr\u00e9hension des principes\u00a0de cat\u00e9gorisation, de m\u00e9moire et d&rsquo;attribution qui caract\u00e9risent\u00a0la cognition sociale dans le quotidien (Brunel, 1989).<\/li>\n<li>I.e. mimiques faciales (sourire, haussement des sourcils, plissement\u00a0du nez, moue), haussement d\u2019\u00e9paules, changement de posture,\u00a0croisement des jambes, mouvement des mains, des bras etc.<\/li>\n<\/ol>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><a name=\"abstract\"><\/a>Abstract<\/h3>\n<p class=\"resume\" style=\"text-align: justify;\">The concept of empathy is briefly reviewed from before,\u00a0during and after Rogers. The goal is to demonstrate how the definitional\u00a0evolution of the concept is related to changes of perspectives and research\u00a0methods during the twentieth century. The interactionist movement in particular,\u00a0has indicated the necessity to take into consideration the non verbal\u00a0behaviors linked to the affective aspects of empathy communication. In\u00a0conclusion, supporting this viewpoint, some research results are presented\u00a0to reflect how counseling trainees can increase their awareness of how\u00a0their bodies communicate emotional comprehension between them.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\" style=\"text-align: justify;\"><a name=\"references\"><\/a>R\u00e9f\u00e9rences<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">AGOSTA, L. (1984). Empathy and intersubjectivity. In J. Lichtenberg,\u00a0M. Bornstein &amp; D. 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