{"id":6197,"date":"2002-11-22T04:14:21","date_gmt":"2002-11-22T03:14:21","guid":{"rendered":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/?p=6197"},"modified":"2015-11-22T04:59:16","modified_gmt":"2015-11-22T03:59:16","slug":"le-sens-du-travail-et-la-carrierologie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/2002\/le-sens-du-travail-et-la-carrierologie\/","title":{"rendered":"Le sens du travail et la carri\u00e9rologie"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"txt-nj\"> <a href=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/volume08_3-4-03_riverin.pdf\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright wp-image-5882 size-full\" src=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2001\/07\/PDF.png\" alt=\"Version PDF\" width=\"50\" height=\"50\" \/><\/a><i><b>Danielle Riverin-Simard, professeure titulaire<\/b><\/i> <!--origine-auteur --><br \/>\n<i>Facult\u00e9 des sciences de l&rsquo;\u00e9ducation, Universit\u00e9 Laval, Qu\u00e9bec.<\/i> <\/span><\/p>\n<hr width=\"100%\" \/>\n<p><!--lien-auteur --><\/p>\n<p><strong><span class=\"lien-1\"><a href=\"#auteur\">Auteur<\/a><\/span><\/strong><\/p>\n<p><!--lien-abstract --><\/p>\n<p><strong><span class=\"s-titre\">R\u00e9sum\u00e9\u00a0\/\u00a0<a href=\"#abstract\">Abstract<\/a><\/span><\/strong><\/p>\n<p><!--resume --><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span class=\"resume\">Quel est le sens du travail? Quel est l&rsquo;objet de la carri\u00e9rologie? Nous invitons le lecteur \u00e0 partager nos r\u00e9flexions sur les liens entre ces deux r\u00e9alit\u00e9s complexes et changeantes \u00e0 l&rsquo;aide de projets li\u00e9s \u00e0 trois types d&rsquo;histoires: personnelle, collective et cosmique. Selon les cas, les sens attribu\u00e9s au travail diff\u00e8rent, et cons\u00e9quemment l&rsquo;objet d&rsquo;\u00e9tude de la carri\u00e9rologie. Nous nous demandons si cet objet ne doit pas davantage faire varier sa focale, ou du moins l&rsquo;\u00e9largir consid\u00e9rablement, afin de transcender les divers sens du travail \u00e9manant de diff\u00e9rentes perspectives historiques et id\u00e9ologiques. De cette mani\u00e8re, croyons-nous, la carri\u00e9rologie jouera un r\u00f4le toujours plus central au sein de nos collectivit\u00e9s.<\/span><\/p>\n<h3 class=\"s-titre\">Contenu<\/h3>\n<p><span class=\"lien-1\"><a href=\"#contenu1\">Une d\u00e9finition de la carri\u00e9rologie<br \/>\n<\/a><\/span><span class=\"lien-1\"><a href=\"#contenu2\">Travail et vie personnelle;<br \/>\n<\/a><\/span><span class=\"lien-1\"><a href=\"#contenu3\">Travail et projets<br \/>\n<\/a><\/span><span class=\"lien-1\"><a href=\"#contenu4\">Projets li\u00e9s \u00e0 la production de l&rsquo;histoire personnelle<br \/>\n<\/a><\/span><span class=\"lien-1\"><a href=\"#contenu5\">Projets li\u00e9s \u00e0 la production de l&rsquo;histoire collective<br \/>\n<\/a><\/span><span class=\"lien-1\"><a href=\"#contenu6\">Projets li\u00e9s \u00e0 la participation \u00e0 l&rsquo;histoire cosmique<br \/>\n<\/a><\/span><span class=\"lien-1\"><a href=\"#contenu7\">Projets et finitude<br \/>\n<\/a><\/span><span class=\"lien-1\"><a href=\"#contenu8\">Conclusion<\/a><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr align=\"left\" width=\"33%\" \/>\n<p><!--texte --><\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Quel est le sens du travail? Les multiples r\u00e9ponses \u00e0 cette question ont \u00e9videmment des r\u00e9percussions notables sur la d\u00e9finition de l&rsquo;objet d&rsquo;\u00e9tude de la carri\u00e9rologie. Au sein de la nouvelle \u00e9conomie du savoir, nous sommes t\u00e9moins de plusieurs bouleversements. L&rsquo;identification avec un m\u00e9tier tout au long de la vie est incompatible (Thurow, 2000). Le travail inclut d\u00e9sormais toutes formes d&rsquo;activit\u00e9s productives (Musick et al. 2000). Il y a un consensus de plus en plus grandissant voulant que le volontariat soit, au m\u00eame titre que le travail-emploi, une forme de travail (Wilson et al., 1997) et un pr\u00e9curseur de changements sociaux (SACA, 2000). Dans un tel contexte, quel regard portons-nous sur le travail? L&rsquo;histoire sociale du travail de m\u00eame que les pr\u00e9visions des futurologues nous offrent-elles des r\u00e9ponses satisfaisantes \u00e0 cet \u00e9gard?<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Le but de cet article est tout d&rsquo;abord de soulever certaines questions li\u00e9es \u00e0 la signification changeante du travail. Si ces interrogations sont parfois complexes sur le plan conceptuel et angoissantes sur les plans vital (survie) et existentiel, il n&rsquo;en demeure pas moins que les r\u00e9ponses pr\u00e9caires qu&rsquo;on leur donne sont capitales. Elles influencent r\u00e9guli\u00e8rement la destin\u00e9e d&rsquo;une personne, d&rsquo;une organisation ou d&rsquo;une collectivit\u00e9. La r\u00e9flexion propos\u00e9e ici fait donc appel \u00e0 diverses perspectives historiques afin d&rsquo;envisager les multiples facettes du travail \u00e0 titre de composantes du ph\u00e9nom\u00e8ne humain selon les cultures ou civilisations. Le second but de cet article est de vous inviter, tout au long de ce survol historique, \u00e0 partager nos interrogations sur les liens possibles entre le sens du travail et l&rsquo;objet d&rsquo;\u00e9tude de la carri\u00e9rologie. Nous esp\u00e9rons que cette br\u00e8ve analyse pourra enrichir le mouvement de r\u00e9flexion qui est d\u00e9j\u00e0 grandement aliment\u00e9 par les divers praticiens ou chercheurs, li\u00e9s de pr\u00e8s ou de loin \u00e0 ce domaine. Mais juste avant de parcourir les divers sens du travail, nous soumettons ici une d\u00e9finition provisoire de cette jeune science qu&rsquo;est la carri\u00e9rologie.<\/p>\n<h3 class=\"txt-j\"><a name=\"contenu1\"><\/a><span class=\"s-titre\">Une d\u00e9finition de la carri\u00e9rologie<\/span><\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">La r\u00e9volution actuelle du travail nous invite \u00e0 une red\u00e9finition de la carri\u00e9rologie. Celle-ci serait, selon nous, l&rsquo;\u00e9tude scientifique des divers \u00e9v\u00e9nements psychosociaux de la carri\u00e8re ainsi que de ceux de la pr\u00e9- et post-carri\u00e8re. Notons ici que la carri\u00e8re ne se limite pas \u00e0 une trajectoire d&rsquo;activit\u00e9s r\u00e9mun\u00e9r\u00e9es. Elle r\u00e9f\u00e8re \u00e0 toute activit\u00e9 de participation socioprofessionnelle, incluant le volontariat \u00e0 la fois formel (au sein d&rsquo;associations structur\u00e9es) et informel (s&rsquo;occuper des enfants, des parents \u00e2g\u00e9s, des amis, des voisins). Dans cette perspective, la carri\u00e9rologie ne se limite surtout pas \u00e0 l&rsquo;insertion au march\u00e9 du travail. Elle englobe tous les ph\u00e9nom\u00e8nes li\u00e9s aux efforts investis par l&rsquo;individu dans les processus de choix, de r\u00e9insertion, de transitions, et ce, tant \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du march\u00e9 du travail qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du march\u00e9 de l&rsquo;activit\u00e9. Ce dernier terme r\u00e9f\u00e8re \u00e0 des actions reconnues socialement et pour lesquelles le citoyen, moyennant son engagement par un contrat d&rsquo;activit\u00e9, recevrait une aide financi\u00e8re (bourses d&rsquo;\u00e9tude, assurance-emploi) ou un salaire social en provenance de l&rsquo;\u00c9tat. On songe ici aux d\u00e9marches de formation, de perfectionnement ou de volontariat. On inclut \u00e9galement les actions professionnelles r\u00e9alis\u00e9es durant les divers types d&rsquo;arr\u00eats de travail, volontaires ou impos\u00e9s: les cong\u00e9s de maternit\u00e9 ou de paternit\u00e9, les p\u00e9riodes de ch\u00f4mage, la retraite. Car d\u00e9sormais il y a, selon Toulmin (1997), deux cat\u00e9gories de travail reconnues socialement: la premi\u00e8re a une valeur d&rsquo;\u00e9change sur le march\u00e9 (<i>exchange value<\/i>); la seconde se caract\u00e9rise par son utilit\u00e9 et n&rsquo;a pas de valeur marchande (<i>use value<\/i>).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Mais cette d\u00e9finition de la carri\u00e9rologie, m\u00eame si elle est relativement englobante, tient-elle vraiment compte des divers sens attribu\u00e9s \u00e0 ce ph\u00e9nom\u00e8ne universel du travail?<\/p>\n<h3 class=\"txt-j\"><span class=\"s-titre\"><a name=\"contenu2\"><\/a>Travail et vie personnelle<\/span><\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Pour encore mieux saisir le sens que prend l&rsquo;activit\u00e9 professionnelle dans nos vies personnelles, il est tr\u00e8s important de se rappeler les grands moments de l&rsquo;histoire du travail (Sue, 1999). Pour donner un bref aper\u00e7u de cette signification \u00e0 travers les temps, nous retournons tout d&rsquo;abord dans un pass\u00e9 tr\u00e8s lointain, o\u00f9 pr\u00e9dominaient les soci\u00e9t\u00e9s primitives; puis nous esquissons l&rsquo;horizon culturel qui caract\u00e9risera possiblement les soci\u00e9t\u00e9s futuristes, en passant par notre r\u00e9alit\u00e9 transitoire actuelle en cette p\u00e9riode de r\u00e9volution du travail.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Dans les soci\u00e9t\u00e9s primitives, le fait d&rsquo;\u00eatre un travailleur ne conf\u00e8re nullement, en soi, un statut social particulier (Applebaum, 1992). Aucun adulte normal, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de ces collectivit\u00e9s, n&rsquo;y demeure sans contribuer \u00e0 la production des moyens d&rsquo;existence, \u00e0 la fois pour lui et ceux dont la soci\u00e9t\u00e9 lui reconna\u00eet la charge. Dans de telles soci\u00e9t\u00e9s, personne n&rsquo;a de privil\u00e8ge sp\u00e9cial \u00e0 cause de la nature de son travail, car tous luttent pour leur subsistance par le biais de la chasse ou de la cueillette. La propri\u00e9t\u00e9 communautaire appara\u00eet donc comme une caract\u00e9ristique fondamentale de la conception du travail dans ces soci\u00e9t\u00e9s primitives. Personne n&rsquo;est priv\u00e9 des moyens de vivre, ni n&rsquo;est oblig\u00e9 \u00e0 travailler pour autrui. Il en est ainsi, car la propri\u00e9t\u00e9 des biens essentiels \u00e0 l&rsquo;existence (territoire de chasse, terre de culture, rivage marin ou bief de rivi\u00e8re) et les conditions qui la r\u00e9gissent, sont g\u00e9n\u00e9ralement entre les mains d&rsquo;une communaut\u00e9, d&rsquo;un groupe social ou d&rsquo;un clan. \u00ab\u00a0\u00c0 sa naissance, avant m\u00eame que l&rsquo;individu ne commence \u00e0 travailler, du seul fait de son appartenance \u00e0 un groupe social qui poss\u00e8de et contr\u00f4le collectivement les conditions essentielles de production, l&rsquo;individu se trouve \u00e0 l&rsquo;avance garanti d&rsquo;avoir acc\u00e8s \u00e0 des moyens mat\u00e9riels d&rsquo;existence&#8230; la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e du sol n&rsquo;existe pas et l&rsquo;individu ne peut \u00eatre priv\u00e9 de moyens de travail sauf par la violence, la guerre, l&rsquo;expulsion de son groupe\u00a0\u00bb (Godelier, 1975; 37).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Ainsi, dans les soci\u00e9t\u00e9s primitives, le travail ne permet pas de distinguer les gens. Ces soci\u00e9t\u00e9s nous laissent voir que le travail, tout en \u00e9tant omnipr\u00e9sent dans la vie quotidienne, ne joue pas sur la d\u00e9finition d&rsquo;un individu, ni sur son degr\u00e9 de dignit\u00e9 ou son statut socio-\u00e9conomique. Dans ce contexte, il faut souligner que la carri\u00e9rologie n&rsquo;aurait \u00e9videmment pas pu aborder, \u00e0 titre d&rsquo;objet d&rsquo;\u00e9tude, les ph\u00e9nom\u00e8nes de pr\u00e9paration ou d&rsquo;int\u00e9gration au march\u00e9 du travail ou au march\u00e9 de l&rsquo;activit\u00e9. Car une telle sous-culture sociale, si formelle, n&rsquo;existe pas. Surtout, il n&rsquo;y a pas de carri\u00e8re qui soit sp\u00e9cifique \u00e0 l&rsquo;un ou l&rsquo;autre individu.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Dans les soci\u00e9t\u00e9s industrielles et postindustrielles, par contre, il en va tout autrement. Elles qualifient un individu par son rapport sp\u00e9cifique \u00e0 la production au sein de la soci\u00e9t\u00e9, i.e. par son utilit\u00e9 \u00e9conomique, sociale ou socio-\u00e9conomique. D&rsquo;ailleurs, selon Tr\u00e9molet de Villers (cit\u00e9 dans Jaccard, 1960), le ph\u00e9nom\u00e8ne du travail \u00e9conomique et social, \u00e0 la base de l&rsquo;identit\u00e9 personnelle, est relativement r\u00e9cent dans l&rsquo;histoire. Et c&rsquo;est seulement \u00e0 ce moment, selon nous, que la carri\u00e9rologie pourrait, r\u00e9trospectivement, retrouver un certain objet d&rsquo;\u00e9tude. Auparavant, la carri\u00e9rologie n&rsquo;aurait pas trouv\u00e9 sa raison d&rsquo;\u00eatre, ou du moins tr\u00e8s peu. Car, encore au XVIIe si\u00e8cle, l&rsquo;individu accompli est la personne cultiv\u00e9e, l&rsquo;honn\u00eate homme qui s&rsquo;adonne aux occupations de l&rsquo;esprit, aux arts et aux lettres. Et le saint, mod\u00e8le de perfection chr\u00e9tienne, n&rsquo;est pas prioritairement un travailleur mais une personne de pri\u00e8re, de contemplation, de spiritualit\u00e9. M\u00eame si parfois l&rsquo;individu d\u00e9veloppe une prodigieuse activit\u00e9, il ne s&rsquo;agit pas l\u00e0 d&rsquo;un travail s&rsquo;associant \u00e0 une utilit\u00e9 prioritairement socio-\u00e9conomique.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Dans notre soci\u00e9t\u00e9 actuelle, les producteurs directs (ouvriers, travailleurs manuels), les technocrates ou les sp\u00e9cialistes de divers domaines, sont libres de leur personne, tout comme l&rsquo;\u00e9taient les membres d&rsquo;une communaut\u00e9 primitive. Par contre, rappelons-le, ils sont priv\u00e9s de la propri\u00e9t\u00e9 des moyens sociaux de production. Ils n&rsquo;ont pas, comme les gens primitifs, de territoire de chasse, de culture ou de p\u00eache pour assurer leur survie. Ils sont donc contraints, en raison de cette privation, d&rsquo;\u00e9changer, contre un salaire, leur force de travail aux propri\u00e9taires des moyens de production (les grands patrons des secteurs priv\u00e9, public et parapublic), \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat ou aux organisations \u00e0 but non lucratif (dans le cas du salaire social).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;objet de la carri\u00e9rologie doit donc \u00eatre davantage sensible \u00e0 cette dimension, \u00e0 la fois subtile et envahissante. L&rsquo;\u00e9change de la force de travail jette les bases du mode d&rsquo;existence sociale. Ce sont pr\u00e9cis\u00e9ment ces r\u00e9alit\u00e9s socio-\u00e9conomiques qui servent \u00e0 qualifier ou \u00e0 identifier globalement un individu. Les questions de race, d&rsquo;all\u00e9geance politique ou religieuse deviennent des crit\u00e8res de second ordre dans la qualification sociale d&rsquo;un individu. C&rsquo;est alors que la carri\u00e9rologie s&rsquo;av\u00e8re un domaine d&rsquo;\u00e9tude des plus importants. Nous devons incessamment intensifier nos recherches visant \u00e0 expliciter ce processus socio-d\u00e9veloppemental qui am\u00e8ne une personne \u00e0 s&rsquo;\u00e9duquer, \u00e0 se donner une formation professionnelle premi\u00e8re et continue, \u00e0 se r\u00e9adapter sans cesse au march\u00e9 du travail ou au march\u00e9 de l&rsquo;activit\u00e9. Car c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment ce processus qui lui conf\u00e8re sa raison d&rsquo;\u00eatre, son statut social ou son identit\u00e9 personnelle.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Mais la carri\u00e9rologie ne doit-elle pas \u00e9galement pr\u00e9voir l&rsquo;\u00e9ventail des futures significations possibles que les soci\u00e9t\u00e9s accorderont au travail? Ces derni\u00e8res seront-elles \u00e9clat\u00e9es ou encore plus consensuelles? L&rsquo;objet d&rsquo;\u00e9tude de la carri\u00e9rologie devra-t-il alors \u00eatre modifi\u00e9?<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">En ces d\u00e9buts du XXIe si\u00e8cle, o\u00f9 la discontinuit\u00e9 professionnelle semble r\u00e9gner, la personne a besoin de red\u00e9finir p\u00e9riodiquement ses orientations en mati\u00e8re de participation socioprofessionnelle au sein du march\u00e9 du travail ou de l&rsquo;activit\u00e9 (Riverin-Simard, 2001). Sinon, elle se perd dans tous ces d\u00e9dales de ruptures, de changements parfois beaucoup trop fr\u00e9quents. C&rsquo;est notamment pourquoi l&rsquo;objet d&rsquo;\u00e9tude de la carri\u00e9rologie doit davantage porter sur le processus de d\u00e9finition du projet professionnel, mais aussi sur celui du volontariat. Car ces deux modes de participation socioprofessionnelle sont n\u00e9vralgiques au sein de la r\u00e9volution actuelle du travail (Riverin-Simard, sous presse). Tout comme le travail-emploi, le volontariat s&rsquo;av\u00e8re l&rsquo;une des principales sources facilitant la formation ou la consolidation de l&rsquo;identit\u00e9 socioprofessionnelle. Notons ici que cette notion d&rsquo;identit\u00e9 renvoie \u00e0 celle de Boutinet. Elle est \u00ab\u00a0ce sentiment de reconnaissance que l&rsquo;individu tire de ce qu&rsquo;il fait, de ce qu&rsquo;il est\u00a0\u00bb (1998; 68). Le volontariat apporte beaucoup \u00e0 la personne, notamment la possibilit\u00e9 de reconnaissance sociale, de cr\u00e9ation d&rsquo;un r\u00e9seau de contacts et de d\u00e9veloppement de ses comp\u00e9tences, tout en \u00e9tant d&rsquo;une utilit\u00e9 sociale ind\u00e9niable (SACA, 2000). La participation socioprofessionnelle (via le travail-emploi et le volontariat) se pr\u00e9sente donc comme une fa\u00e7on de concevoir le sens du travail qui d\u00e9passe largement la croyance suivante: hors du travail-emploi, il n&rsquo;y a pas de reconnaissance de l&rsquo;utilit\u00e9 sociale de l&rsquo;individu.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">La notion de trajectoire de carri\u00e8re ou de participation socioprofessionnelle s&rsquo;\u00e9largit ainsi pour int\u00e9grer le volontariat. L&rsquo;identit\u00e9 vocationnelle adopte une perspective plus polyvalente. Elle devient une identit\u00e9 socioprofessionnelle comprenant une plus ou moins grande harmonisation de l&rsquo;ensemble des engagements sociaux. Dans un tel cas, l&rsquo;objet de l&rsquo;\u00e9tude de la carri\u00e9rologie ne doit-il pas davantage se pr\u00e9occuper du choix et du suivi de l&rsquo;activit\u00e9 socioprofessionnelle discontinue et vari\u00e9e, qui se d\u00e9roule tant \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du march\u00e9 du travail qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du march\u00e9 de l&rsquo;activit\u00e9? Cet objet ne doit-il pas ainsi s&rsquo;ajuster encore davantage \u00e0 tous les nouveaux indicateurs implicites de mouvements de masse, concernant le sens renouvel\u00e9 et \u00e9largi de la pratique de l&rsquo;activit\u00e9 professionnelle et de la notion du travail? Si oui, l&rsquo;objet d&rsquo;\u00e9tude de la carri\u00e9rologie ne deviendrait-il pas alors d&rsquo;une utilit\u00e9 sociale encore plus centrale?<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\"><a name=\"contenu3\"><\/a>Travail et projets<\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;association entre travail et projets permet, selon nous, de mieux saisir le sens du travail dans nos vies personnelles et d\u00e8s lors, apporter un \u00e9clairage diff\u00e9rent \u00e0 l&rsquo;objet d&rsquo;\u00e9tude de la carri\u00e9rologie. En effet, les diff\u00e9rentes d\u00e9finitions du travail, pass\u00e9es ou pr\u00e9sentes, se ram\u00e8nent habituellement \u00e0 la notion philosophique de projet. Cette notion r\u00e9f\u00e8re \u00e0 tout ce par quoi l&rsquo;individu tend \u00e0 modifier le monde et lui-m\u00eame, dans un sens donn\u00e9. Selon Sartre, seul le projet, comme m\u00e9diation entre deux moments de l&rsquo;objectivit\u00e9, peut rendre compte de l&rsquo;histoire, c&rsquo;est-\u00e0-dire, de la cr\u00e9ativit\u00e9 humaine (1960). La parent\u00e9 entre projet et travail est g\u00e9n\u00e9ralement reconnue comme \u00e9tant incontestable. Par exemple, selon Dumont (1981), la synth\u00e8se des d\u00e9finitions sur le travail veut qu&rsquo;il soit une action transformatrice de la nature et de ses relations avec les humains; par cette action, l&rsquo;agent modifie solidairement le monde et lui-m\u00eame. Par ailleurs, ces d\u00e9finitions, anciennes ou actuelles, ainsi que les diff\u00e9rentes id\u00e9ologies sous-jacentes du travail, nous invitent \u00e0 faire une lecture des diff\u00e9rents projets li\u00e9s \u00e0 trois types d&rsquo;histoires intimement interreli\u00e9es: soit les histoires personnelle, collective ou cosmique. Autrement dit, le travail humain se traduit en de multiples projets, rivalisant d&rsquo;originalit\u00e9 et de diversit\u00e9, et dont les buts sont orient\u00e9s soit pour le d\u00e9veloppement de l&rsquo;individu, l&rsquo;\u00e9volution de la soci\u00e9t\u00e9 ou encore, la participation au cosmos. Selon le cas, les significations attribu\u00e9es au travail diff\u00e8rent, et cons\u00e9quemment, l&rsquo;objet d&rsquo;\u00e9tude de la carri\u00e9rologie.<\/p>\n<h3 class=\"txt-j\"><span class=\"s-titre\"><a name=\"contenu4\"><\/a>Projets li\u00e9s \u00e0 la production de l&rsquo;histoire personnelle<\/span><\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Les projets de vie au travail qui s&rsquo;associent \u00e0 l&rsquo;histoire personnelle, le sont g\u00e9n\u00e9ralement pour des consid\u00e9rations de survie, d&rsquo;acquisition de biens mat\u00e9riels ou de d\u00e9veloppement psychologique.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Selon les historiens, le travail assure, d&rsquo;abord et avant tout, la survie de la personne et ce, malgr\u00e9 certaines exceptions, tels l&rsquo;\u00e9lite intellectuelle (Gr\u00e8ce antique), royale (r\u00e9gimes royalistes) ou les gens \u00e9conomiquement autonomes (pensionn\u00e9s, rentiers, millionnaires). En tout temps l&rsquo;\u00eatre humain a besogn\u00e9 pour sa subsistance, m\u00eame si celle-ci est assur\u00e9e diff\u00e9remment selon les \u00e9poques. Dans le cas des soci\u00e9t\u00e9s primitives, comme nous l&rsquo;avons vu pr\u00e9c\u00e9demment, cette survie est consolid\u00e9e par un espace commun \u00e0 toute la collectivit\u00e9 que l&rsquo;individu peut exploiter (territoire de chasse, terre de culture, rivage marin). Dans les soci\u00e9t\u00e9s industrielles ou postindustrielles, rappelons-le, l&rsquo;assurance de l&rsquo;existence mat\u00e9rielle s&rsquo;obtient par la force de travail \u00e0 \u00e9changer qui se caract\u00e9rise, soit par une certaine endurance physique ou encore, par une sp\u00e9cialit\u00e9 dans un champ professionnel donn\u00e9. Dans les soci\u00e9t\u00e9s futuristes, cette survie sera pr\u00e9serv\u00e9e, semble-t-il, par la technologie de plus en plus prodigieuse ou encore, par l&rsquo;\u00c9tat. Selon ce dernier sc\u00e9nario pr\u00e9vu, les individus travaillent strictement au bien-\u00eatre sup\u00e9rieur de l&rsquo;individu ou de la collectivit\u00e9. Mais la dualisation s&rsquo;installe (Thurow, 2000). Certains d\u00e9tiennent de fa\u00e7on plus ou moins discontinue un travail-emploi r\u00e9coltant une r\u00e9mun\u00e9ration marchande. Les autres s&rsquo;engagent dans un travail-activit\u00e9, tout aussi utile socialement, mais rapportant, sur le plan financier, une r\u00e9mun\u00e9ration non-marchande ou minimale, et parfois m\u00eame, nulle.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Mais si les modalit\u00e9s de survie subissent de profondes transformations selon les moments de l&rsquo;histoire, l&rsquo;objet d&rsquo;\u00e9tude de la carri\u00e9rologie ne devrait-il pas davantage inclure le travail en tant que ph\u00e9nom\u00e8ne humain transculturel, associ\u00e9 prioritairement avec la nature changeante des \u00e9changes \u00e9conomiques propres \u00e0 chaque culture? Par exemple, cet objet ne devrait-il pas dissocier encore plus la notion de travail avec celle de la r\u00e9mun\u00e9ration? Par ailleurs, l&rsquo;objet d&rsquo;\u00e9tude de la carri\u00e9rologie ne doit-il pas davantage se rattacher \u00e0 une perspective \u00e9volutionniste o\u00f9 le travail li\u00e9 \u00e0 la subsistance mat\u00e9rielle subit des transformations progressives au fil des \u00e9poques de l&rsquo;humanit\u00e9 pour se diriger, ou non, vers l&rsquo;optimisation de l&rsquo;\u00eatre? Ou encore, son objet d&rsquo;\u00e9tude peut-il davantage s&rsquo;associer \u00e0 une perspective culturaliste o\u00f9 le travail li\u00e9 \u00e0 la survie se transforme au gr\u00e9 des valeurs de chaque civilisation et, cons\u00e9quemment, g\u00e9n\u00e8re une histoire vocationnelle personnelle largement influenc\u00e9e par l&rsquo;\u00e9conomie de subsistance?<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Outre la survie, plusieurs projets du travail, inscrits dans la production de l&rsquo;histoire personnelle, sont li\u00e9s au bien-\u00eatre mat\u00e9riel de la personne ou \u00e0 l&rsquo;acquisition et \u00e0 l&rsquo;accumulation de biens. Par exemple, les anciens moralistes de Summer et d&rsquo;Egypte (Jaccard, 1960) consid\u00e9raient le travail comme la seule v\u00e9ritable source de prosp\u00e9rit\u00e9 par laquelle les humains acqui\u00e8rent l&rsquo;opulence et la richesse personnelle. Plusieurs doctrines \u00e9conomiques, li\u00e9es au courant du lib\u00e9ralisme, ou du n\u00e9o-lib\u00e9ralisme, con\u00e7oivent le travail comme un projet principalement reli\u00e9 \u00e0 l&rsquo;am\u00e9lioration toujours plus grande du bien-\u00eatre mat\u00e9riel de l&rsquo;histoire individuelle. Par exemple, la conception capitaliste s&rsquo;en tient surtout \u00e0 l&rsquo;aspect \u00e9conomique du travail humain. La notion de l&rsquo;activit\u00e9 professionnelle est vue sous l&rsquo;angle du projet mat\u00e9riel personnel, du gain financier, v\u00e9ritable moteur de l&rsquo;\u00e9conomie, personnelle et collective. On fait valoir \u00e0 l&rsquo;individu les \u00e9l\u00e9ments suivants: participation aux fruits de l&rsquo;expansion, augmentation du niveau de vie, possibilit\u00e9 d&rsquo;une plus grande consommation. Il faut cependant souligner que les critiques voient le lib\u00e9ralisme capitaliste, ou le n\u00e9o-lib\u00e9ralisme, comme un r\u00e9ductionnisme \u00e9conomique ou le plus grand des leurres. Pour ces critiques, le travail est consid\u00e9r\u00e9 uniquement sous l&rsquo;angle du profit mat\u00e9riel \u00e9gocentrique, s&rsquo;enfermant obligatoirement dans un syst\u00e8me clos d&rsquo;in\u00e9galit\u00e9s financi\u00e8res, source de graves tensions \u00e0 la fois sociales et personnelles.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Mais si le sens de l&rsquo;activit\u00e9 professionnelle s&rsquo;associe \u00e9troitement au bien-\u00eatre mat\u00e9riel et \u00e0 l&rsquo;acquisition de richesses, l&rsquo;objet d&rsquo;\u00e9tude de la carri\u00e9rologie devrait-il alors accorder une importance encore plus grande \u00e0 des consid\u00e9rations \u00e9conomiques? Celles-ci ne devraient-elles pas \u00eatre \u00e9tudi\u00e9es surtout sous l&rsquo;angle de leurs cons\u00e9quences sur les histoires individuelles, de m\u00eame que sur les syst\u00e8mes sociaux dans lesquels se d\u00e9roulent ces histoires? Nous pensons ici \u00e0 la loi de l&rsquo;offre et de la demande, les al\u00e9as du produit national brut, l&rsquo;orientation de l&rsquo;expansion du d\u00e9veloppement industriel, la comp\u00e9tition internationale, la valeur \u00e9conomique du volontariat.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Par ailleurs, outre les projets de survie et d&rsquo;accumulation de richesses, plusieurs projets du travail sont li\u00e9s au bien-\u00eatre psychologique de la personne. En effet, il est reconnu, depuis fort longtemps, que le travail r\u00e9pond \u00e0 des besoins intra-individuels. H\u00e9siode, dans \u00ab\u00a0Les travaux et les jours\u00a0\u00bb (oeuvre grecque \u00e9crite huit si\u00e8cles avant notre \u00e8re), d\u00e9finit le travail comme une activit\u00e9 qui, en plus d&rsquo;assurer \u00e0 l&rsquo;\u00eatre humain sa subsistance, donne \u00e0 chaque individu le moyen de s&rsquo;exprimer ou de faire valoir ses possibilit\u00e9s. Plus pr\u00e8s de nous, la majorit\u00e9 des th\u00e9ories du d\u00e9veloppement de carri\u00e8re soulignent la panoplie des objectifs du travail, li\u00e9s \u00e0 la production de l&rsquo;histoire personnelle (Bujold et Gingras, 2000). Par exemple, le travail permet l&rsquo;expression de certains traits de la personnalit\u00e9 (th\u00e9ories trait-facteur). Il favorise la sublimation de pulsions biologiques dans une forme de participation socialement acceptable (th\u00e9ories psychanalytiques). Il permet de r\u00e9soudre une agression int\u00e9rioris\u00e9e entre le \u00e7a et le surmoi (Lantos), de sublimer ses instincts (Menninger), ou de r\u00e9pondre \u00e0 son impulsion de ma\u00eetrise, de contr\u00f4le et de domination de son milieu (Hendrick). Il est \u00e9galement un moyen de satisfaire ses aspirations et ses besoins (th\u00e9ories des besoins). Il permet la concr\u00e9tisation de son identit\u00e9 personnelle ou vocationnelle (th\u00e9orie du <i>self<\/i>). Il a souvent pour but de d\u00e9velopper l&rsquo;identit\u00e9 personnelle, ou encore s&rsquo;av\u00e8re un moyen d&rsquo;auto-actualisation ou de r\u00e9alisation de soi (approches d\u00e9veloppementales). De plus, il favorise l&rsquo;expression ou la concr\u00e9tisation de son investissement personnel (th\u00e9ories du capital humain).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">\u00c0 cause de l&#8217;emphase plac\u00e9e sur l&rsquo;histoire personnelle, la carri\u00e9rologie peut-elle consid\u00e9rer son objet d&rsquo;\u00e9tude, en pla\u00e7ant prioritairement sa focale sur la personne, comme le fait, par exemple, l&rsquo;\u00e9cole humaniste, qui a \u00e9t\u00e9 si populaire en Am\u00e9rique du Nord durant la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle? Si oui, ce dernier objet d&rsquo;\u00e9tude risque-t-il, cons\u00e9quemment, d&rsquo;occulter \u00e0 tout jamais des donn\u00e9es cruciales sur le sens du travail, compte tenu des nombreux inconnus qui \u00e9mergeront notamment de la r\u00e9volution du travail et de la nouvelle \u00e9conomie du savoir? Plut\u00f4t, les divers sens du travail li\u00e9s \u00e0 la production de l&rsquo;histoire personnelle, n&rsquo;invitent-ils pas la carri\u00e9rologie \u00e0 davantage adopter, comme objet d&rsquo;\u00e9tude, des consid\u00e9rations \u00e0 la fois vitales (la survie), psychosociologiques ou psycho-\u00e9conomiques?<\/p>\n<h3 class=\"txt-j\"><span class=\"s-titre\"><a name=\"contenu5\"><\/a>Projets li\u00e9s \u00e0 la production de l&rsquo;histoire collective<\/span><\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Les projets du travail qui s&rsquo;associent \u00e0 l&rsquo;histoire collective visent, par exemple, la gloire d&rsquo;un peuple, le rehaussement de la comp\u00e9tition \u00e9conomique, ou encore, l&rsquo;intensification de la coh\u00e9sion sociale. Ces projets sont nombreux et ce, \u00e0 toutes les \u00e9poques. L&rsquo;activit\u00e9 professionnelle est souvent associ\u00e9e \u00e0 la construction du destin d&rsquo;une civilisation et m\u00eame d&rsquo;une humanit\u00e9. Ainsi, il a servi \u00e0 l&rsquo;identification de grandes p\u00e9riodes du d\u00e9veloppement humain, comportant chacune des avanc\u00e9es spectaculaires et aussi des drames tr\u00e8s graves pour les populations. Que l&rsquo;on songe, par exemple, \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de la pierre taill\u00e9e, de la pierre polie, du bronze, du fer, des m\u00e9tiers m\u00e9caniques, et plus pr\u00e8s de nous, \u00e0 l&rsquo;industrialisation, la post-industrialisation et les nouvelles technologies.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Ainsi l&rsquo;histoire sociale du travail met r\u00e9guli\u00e8rement en \u00e9vidence la constante suivante: l&rsquo;activit\u00e9 professionnelle partag\u00e9e par toute une soci\u00e9t\u00e9 est un facteur d\u00e9terminant de sa propre \u00e9volution socio-\u00e9conomique. En effet, selon Touraine (1994), le travail est largement reconnu comme \u00e9tant un mode de production de soci\u00e9t\u00e9. Selon Sue (1999), Meda et Schor (1997), les \u00e9tudes ethnologiques ont montr\u00e9 que toute soci\u00e9t\u00e9 pouvait s&rsquo;identifier \u00e0 partir du travail qui la produit, d&rsquo;une part, et \u00e0 partir des repr\u00e9sentations qu&rsquo;elle se fait de ce travail, d&rsquo;autre part. D&rsquo;ailleurs depuis Luther, l&rsquo;id\u00e9e de compl\u00e9mentarit\u00e9 des r\u00f4les professionnels, au sein de la participation \u00e0 l&rsquo;oeuvre collective, est un th\u00e8me dominant encore aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Alors ici plusieurs questions se posent. L&rsquo;objet d&rsquo;\u00e9tude de la carri\u00e9rologie devrait-il \u00eatre d\u00e9termin\u00e9, avant tout, par l&rsquo;histoire collective du travail? Si oui, doit-il alors mettre prioritairement de l&rsquo;avant ce principe de la compl\u00e9mentarit\u00e9 des r\u00f4les socioprofessionnels? Doit-il privil\u00e9gier les questions relatives \u00e0 l&rsquo;identit\u00e9 sociale du travail ou aux repr\u00e9sentations collectives de ce dernier? \u00c0 la limite, doit-il postuler, dans ses d\u00e9marches de recherche, la priorit\u00e9 des besoins de la collectivit\u00e9 sur ceux de l&rsquo;individu? Ou encore, doit-il prioritairement mettre en lumi\u00e8re les cons\u00e9quences des choix des projets de soci\u00e9t\u00e9 sur les autres dimensions individuelle et cosmique?<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Par ailleurs, vers la toute fin du XXe si\u00e8cle, on a commenc\u00e9 \u00e0 s&rsquo;inqui\u00e9ter \u00e0 propos de la relative ind\u00e9termination des projets li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;histoire collective. Certains pr\u00e9tendent m\u00eame que les collectivit\u00e9s occidentales postmodernes se caract\u00e9risent par une absence de projet de soci\u00e9t\u00e9 (Touraine, 1994; Boutinet, 1993), ou du moins par une sorte de confusion sociale (Toffler et Toffler, 1994). Notons ici que le projet de soci\u00e9t\u00e9 est \u00ab\u00a0cet effort pour d\u00e9terminer le type de production sociale \u00e0 valoriser dans lequel la collectivit\u00e9 se retrouve volontiers et qu&rsquo;elle va chercher \u00e0 faire advenir&#8230; c&rsquo;est par le fait m\u00eame un effort pour pr\u00e9dire et \u00e9carter des productions sociales jug\u00e9es ind\u00e9sirables\u00a0\u00bb (Boutinet, 1993; 119).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">En se basant sur cette d\u00e9finition de projet de soci\u00e9t\u00e9, ne pouvons-nous pas croire que l&rsquo;objet d&rsquo;\u00e9tude de la carri\u00e9rologie doit davantage contribuer \u00e0 d\u00e9terminer le type de production sociale \u00e0 valoriser au sein de la collectivit\u00e9, compte tenu de sa pr\u00e9occupation privil\u00e9gi\u00e9e relative aux membres de la soci\u00e9t\u00e9? Ou, au contraire, l&rsquo;objet d&rsquo;\u00e9tude de la carri\u00e9rologie se doit-il d&rsquo;\u00eatre l&rsquo;observateur scientifique et neutre de tout projet d&rsquo;histoire collective en \u00e9mergence, via les activit\u00e9s des membres d&rsquo;une collectivit\u00e9? Par ailleurs, l&rsquo;objet d&rsquo;\u00e9tude de la carri\u00e9rologie se doit-il d&rsquo;\u00eatre davantage attentif aux r\u00e9percussions soci\u00e9tales du choix des activit\u00e9s des individus? Car, rappelons-le, non seulement les choix vocationnels ont des cons\u00e9quences sur la soci\u00e9t\u00e9 et les groupes, mais de plus ils sont constitutifs de la soci\u00e9t\u00e9. L&rsquo;objet d&rsquo;\u00e9tude de la carri\u00e9rologie doit-il alors davantage s&rsquo;interroger sur la sorte de soci\u00e9t\u00e9 que nous construisons par les choix de travail-activit\u00e9 que nous posons, ou encore, sur les cons\u00e9quences des choix impos\u00e9s par la nouvelle \u00e9conomie du savoir, avec ses ph\u00e9nom\u00e8nes connexes de la mondialisation, de la nouvelle technologie et de l&#8217;employabilit\u00e9 r\u00e9serv\u00e9e presque exclusivement \u00e0 une main-d&rsquo;oeuvre hautement qualifi\u00e9e?<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">En ces d\u00e9buts du XXIe si\u00e8cle, un projet de soci\u00e9t\u00e9 semble toutefois vouloir se pr\u00e9ciser autour de la grande pr\u00e9occupation de la coh\u00e9sion sociale (U.E. 1997). Durant les Trente Glorieuses, on s&rsquo;est moins inqui\u00e9t\u00e9 de cette probl\u00e9matique. On semblait postuler que la coh\u00e9sion sociale (la nature et la force des liens qui unissent les membres d&rsquo;une collectivit\u00e9) passerait surtout par la prosp\u00e9rit\u00e9 \u00e9conomique. Et cons\u00e9quemment, cette coh\u00e9sion devait se manifester gr\u00e2ce aux activit\u00e9s du travail-emploi et \u00e0 ses retomb\u00e9es. Mais avec l&rsquo;av\u00e8nement de la mondialisation et de l&rsquo;\u00e9conomie du savoir, on reconna\u00eet maintenant la relative fausset\u00e9 de ce postulat. La coh\u00e9sion sociale redevient alors plus que jamais une des grandes pr\u00e9occupations des soci\u00e9t\u00e9s occidentales de l&rsquo;heure (U.E., 1997). Parfois cette pr\u00e9occupation se traduit en des pr\u00e9dictions alarmistes relatives aux risques r\u00e9els de r\u00e9voltes civiles contre le pouvoir politique et \u00e9conomique (Thurow, 2000; Meda et Schor, 1997). Par exemple, selon Appay, nous risquons pr\u00e9sentement une fracture sociale inqui\u00e9tante. \u00ab\u00a0Le consensus social qui s&rsquo;est construit autour de la flexibilisation productive est fond\u00e9 sur l&rsquo;acceptation de sacrifices sociaux pour permettre la reprise de la croissance, dans l&rsquo;espoir d&rsquo;un avenir meilleur&#8230; Mais cette logique sacrificielle a des limites, [car elle est soumise \u00e0 l&rsquo;acceptation d&rsquo;un d\u00e9fi collectif, \u00e0 une logique solidaire li\u00e9e \u00e0 la crise. L&rsquo;acceptation de ce sacrifice n\u00e9cessite d&rsquo;apporter la preuve qu&rsquo;il profite \u00e0 tous dans une perspective d\u00e9mocratique et solidaire. La d\u00e9monstration inverse]&#8230; elle risque de r\u00e9veiller frontalement le sens de l&rsquo;injustice et de la r\u00e9volte\u00a0\u00bb (1997; 551). En d&rsquo;autres circonstances, la question de la coh\u00e9sion sociale inspire la prescription d&rsquo;id\u00e9aux de soci\u00e9t\u00e9. Par exemple, selon Meda et Schore, \u00ab\u00a0&#8230; tel est notre r\u00f4le \u00e0 nous, vieux pays industrialis\u00e9s: profiter de la possibilit\u00e9 de continuer \u00e0 produire toujours plus avec toujours moins de travail pour augmenter la force de notre lien politique et social; accompagner les tendances centrifuges de l&rsquo;\u00e9conomie moderne d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments permettant le renforcement des liens unissant les individus; faire en sorte que la mise en valeur mat\u00e9rielle du monde aille de pair avec un \u00e9l\u00e9vation du d\u00e9sir de paix, de l&rsquo;amiti\u00e9 et de la culture\u00a0\u00bb (1997; 36).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Il faut cependant pr\u00e9ciser que la question de la coh\u00e9sion sociale ne se restreint pas \u00e0 la seule dimension du travail r\u00e9mun\u00e9r\u00e9. Loin de l\u00e0! Cette question s&rsquo;associe surtout \u00e0 une dimension beaucoup plus large qu&rsquo;est celle de la red\u00e9finition du sens du travail et de la carri\u00e8re. En effet, selon Rosanvallon (1995; 125), \u00ab\u00a0la coh\u00e9sion sociale est non seulement construite sur la solidarit\u00e9, le droit \u00e0 un revenu, mais elle s&rsquo;appuie sur l&rsquo;utilit\u00e9 r\u00e9ciproque, le droit \u00e0 l&rsquo;utilit\u00e9, la dignit\u00e9 et la reconnaissance sociale. Pour ce faire, il faut permettre \u00e0 tous les citoyens d&rsquo;exercer des activit\u00e9s socialement utiles, conf\u00e9rant dignit\u00e9 et reconnaissance\u00a0\u00bb. Et Meda et Schore (1997; 27) ajoutent que, pour une coh\u00e9sion sociale v\u00e9ritable, \u00ab\u00a0il faut changer nos indicateurs de richesse qui sont totalement archa\u00efques et inad\u00e9quats; dans le moment, seul le taux de croissance du PIB (produit international brut) importe&#8230; le travail utile pour la soci\u00e9t\u00e9 et les individus, s&rsquo;il est non-marchand, ne compte pas\u00a0\u00bb. Gorz affirme aussi que la coh\u00e9sion sociale va de pair avec \u00ab\u00a0le choix d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 du temps choisi, une soci\u00e9t\u00e9 de la multiactivit\u00e9. D&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 qui d\u00e9place la production du lien social vers les rapports de coop\u00e9ration, r\u00e9gul\u00e9s par la r\u00e9ciprocit\u00e9 et la mutualit\u00e9 et non plus par le march\u00e9 et l&rsquo;argent. D&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle chacun peut se mesurer aux autres, gagner leur estime, d\u00e9montrer sa valeur non plus principalement par son travail professionnalis\u00e9 et par l&rsquo;argent gagn\u00e9 mais par une multitude d&rsquo;activit\u00e9s d\u00e9ploy\u00e9es dans l&rsquo;espace public et publiquement reconnues et valoris\u00e9es par des voies autres que mon\u00e9taires\u00a0\u00bb (1997; 109). La coh\u00e9sion sociale r\u00e9f\u00e8re ainsi tout particuli\u00e8rement \u00e0 la mutation du sens du travail et de la carri\u00e8re. En cette p\u00e9riode de r\u00e9volution du travail (Thurow, 2000), on doit alors mieux d\u00e9tecter l&rsquo;\u00e9mergence des multiples sens du travail et de la carri\u00e8re afin d&rsquo;\u00e9tablir, sur la base m\u00eame de cette pluralit\u00e9, de nouvelles formes de repr\u00e9sentation du lien social o\u00f9 chacun serait partie prenante. Car, comme le disent Eme et Laville (1994), la coh\u00e9sion sociale repose surtout sur la cr\u00e9ation de sens partag\u00e9s et d&rsquo;interpr\u00e9tations communes, le sentiment de travailler \u00e0 une entreprise collective, de relever des d\u00e9fis ensemble et de faire partie d&rsquo;une m\u00eame communaut\u00e9.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Aussi, au sein de cette red\u00e9finition possible d&rsquo;un projet de soci\u00e9t\u00e9 li\u00e9 notamment \u00e0 la coh\u00e9sion sociale, l&rsquo;objet d&rsquo;\u00e9tude de la carri\u00e9rologie ne doit-il pas rev\u00eatir une importance encore plus capitale? Comme on le sait, il se d\u00e9veloppe actuellement de multiples sens du travail et de la carri\u00e8re chez les divers acteurs sociaux. Et toutes nouvelles tendances en \u00e9mergence susceptibles de se g\u00e9n\u00e9raliser doivent faire l&rsquo;objet d&rsquo;une attention toute particuli\u00e8re, car elles risquent d&rsquo;avoir des r\u00e9percussions ind\u00e9niables sur la coh\u00e9sion sociale. L&rsquo;identification de ces tendances ne doit-elle pas \u00eatre actuellement un des aspects les plus centraux de l&rsquo;objet actuel d&rsquo;\u00e9tude de la carri\u00e9rologie? Ne serait-ce pas l\u00e0 une fa\u00e7on de contribuer de fa\u00e7on encore plus importante \u00e0 la coh\u00e9sion sociale de nos collectivit\u00e9s?<\/p>\n<h3 class=\"txt-j\"><a name=\"contenu6\"><\/a><span class=\"s-titre\">Projets li\u00e9s \u00e0 la participation \u00e0 l&rsquo;histoire cosmique<\/span><\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Ces projets se traduisent notamment par des interventions \u00e9cologiques, un d\u00e9veloppement scientifique spatial, ou encore, une collaboration avec les dieux gestionnaires de l&rsquo;univers.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Avec l&rsquo;av\u00e8nement des progr\u00e8s scientifiques du si\u00e8cle dernier, les objectifs du travail, pertinents \u00e0 l&rsquo;histoire cosmique, s&rsquo;inscrivent dans une id\u00e9ologie surtout mat\u00e9rialiste. Ces derniers sont li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle plan\u00e9taire tels, le souci \u00e9cologique de la pr\u00e9servation des conditions optimales de la biosph\u00e8re ou de la stratosph\u00e8re. Et pour arriver collectivement \u00e0 ce souci \u00e9cologique, il faut, par exemple, l&rsquo;\u00e9coformation. Celle-ci veut \u00ab\u00a0mettre l&rsquo;accent sur la r\u00e9ciprocit\u00e9 de la formation de l&rsquo;environnement&#8230; [car] ce n&rsquo;est qu&rsquo;en sachant comment l&rsquo;environnement nous forme, nous met en forme, que nous saurons comment former un environnement viable, vivable et vitale\u00a0\u00bb (Pineau, 2000; 132). Par ailleurs, les objectifs du travail pertinents \u00e0 l&rsquo;histoire cosmique sont \u00e9galement li\u00e9s \u00e0 des pr\u00e9occupations scientifiques comme les probl\u00e9matiques de l&rsquo;univers en expansion, la construction du <i>Skylab<\/i>, la recherche de lois expliquant le fonctionnement de certains \u00e9l\u00e9ments du cosmos.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Dans un tel contexte, l&rsquo;objet d&rsquo;\u00e9tude de la carri\u00e9rologie devrait-il jusqu&rsquo;\u00e0 s&rsquo;inscrire dans une perspective syst\u00e9mique, ou m\u00eame cosmo-syst\u00e9mique? Autrement dit, ne devrait-il pas tenir davantage compte des probl\u00e9matiques plan\u00e9taires et interplan\u00e9taires, mais surtout des repr\u00e9sentations que chaque individu ou chaque culture s&rsquo;en fait? \u00c0 cet \u00e9gard, rappelons que selon l&rsquo;approche syst\u00e9mique (Lewin, 1964), ignorer les milieux dans lequel l&rsquo;individu \u00e9volue, c&rsquo;est ne pas comprendre ce qui le nourrit, ni avec quoi ou qui, il interagit et se confronte. Et si ce principe valait aussi pour le milieu cosmique? Id\u00e9e farfelue, me direz-vous? En \u00eates-vous s\u00fbr? Jusqu&rsquo;o\u00f9 nos repr\u00e9sentations de ce milieu, peut-\u00eatre infiniment grand, n&rsquo;interviennent-elles pas directement dans la conception de notre participation \u00e0 l&rsquo;univers, et cons\u00e9quemment dans notre notion du travail au quotidien?<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Par contre, depuis des si\u00e8cles, pour ne pas dire des \u00e8res, les projets du travail li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;histoire cosmique s&rsquo;inscrivent dans une perspective surtout spiritualiste. Ces derniers sont souvent d\u00e9finis par la repr\u00e9sentation de dieux gestionnaires, avec lesquels l&rsquo;humain doit collaborer. Par exemple, pour l&rsquo;ap\u00f4tre Paul, s&rsquo;occuper \u00e0 toute t\u00e2che utile et bonne, c&rsquo;est non seulement ob\u00e9ir, aimer et servir, mais \u00e9galement s&rsquo;associer \u00e0 l&rsquo;oeuvre m\u00eame du Cr\u00e9ateur. Par ailleurs, les buts du travail sont souvent de se purifier face \u00e0 un ou des \u00eatres supr\u00eames. Les indig\u00e8nes Bali (soci\u00e9t\u00e9s primitives) s&rsquo;affairent pour apaiser les dieux du mal et se m\u00e9riter la faveur des dieux du bien. Dans <i>Les travaux et les jours<\/i> d&rsquo;H\u00e9siode, le travail est une loi que les \u00eatres supr\u00eames ont assign\u00e9e aux humains. Il est le seul moyen efficace de r\u00e9tablir l&rsquo;ordre juste, pr\u00e9vu par les dieux, mais compromis par la perfidie humaine. Pour les premiers cultivateurs des soci\u00e9t\u00e9s grecques, fertiliser la terre appara\u00eet comme un devoir religieux, en m\u00eame temps qu&rsquo;une activit\u00e9 \u00e9conomique. Tous les mythes rappellent que les dieux sont les ma\u00eetres du sol. En \u00e9change de la vie, ils ont demand\u00e9 aux humains de collaborer avec eux. Dans la gen\u00e8se, la condition du travail est d\u00e9finie comme \u00e9tant un ordre de Dieu. L&rsquo;\u00c9ternel prit l&rsquo;homme et le pla\u00e7a dans le Jardin d&rsquo;Eden afin que celui-ci le cultive et le garde. Il en est de m\u00eame dans la bible. Plus pr\u00e8s de nous, Luther con\u00e7oit l&rsquo;activit\u00e9 professionnelle comme ayant essentiellement une fonction morale \u00e0 remplir vis-\u00e0-vis un \u00eatre supr\u00eame. Il serait le moyen essentiel de redonner, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 civile, l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 fondamentale des humains devant Dieu. Cette r\u00e9alit\u00e9 quotidienne est \u00e9galement consid\u00e9r\u00e9e ici comme un devoir religieux.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">\u00c0 la fin du XXe si\u00e8cle, Jean-Paul II (1981) perp\u00e9tue la m\u00eame conviction. En s&rsquo;inspirant des premiers chapitres du livre de la Gen\u00e8se, de l&rsquo;\u00e9vangile ainsi que de l&rsquo;exp\u00e9rience quotidienne, il affirme que la finalit\u00e9 du travail est de soumettre la terre et de la dominer. Cette r\u00e9alit\u00e9 placerait ainsi la personne en tant que collaboratrice du Cr\u00e9ateur. Selon Alfaro (1975), la personne d\u00e9ploie cette activit\u00e9 cr\u00e9atrice dans un cosmos avec lequel il est en continuit\u00e9 par son corps et, o\u00f9 il rencontre des fr\u00e8res. Loin de diminuer ou de supprimer, chez l&rsquo;humain, la responsabilit\u00e9 de transformer le monde par son travail, l&rsquo;esp\u00e9rance chr\u00e9tienne, selon ce th\u00e9ologien, accentue celle-ci en lui attribuant un sens plus profond. La bible rappelle d&rsquo;ailleurs ce devoir \u00e0 chaque page. La nature du travail, ses r\u00e9sultats ou ses fruits, importent pour Dieu dans la mesure o\u00f9 l&rsquo;intention qui y a pr\u00e9sid\u00e9, r\u00e9side dans la foi. C&rsquo;est ce d\u00e9placement de l&rsquo;ext\u00e9rieur vers l&rsquo;int\u00e9rieur qui fait, selon certains critiques, l&rsquo;originalit\u00e9 biblique. Par ailleurs, un philosophe spiritualiste, Louis Lavelle (1993), propose la notion de participation \u00e0 l&rsquo;\u00eatre; cette participation serait \u00e0 la fois libre, mais combien n\u00e9cessaire pour le d\u00e9veloppement spirituel. Mais, somme toute, dans ces divers projets li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;histoire cosmique et inscrits dans une perspective spiritualiste, une constante se d\u00e9gage tout au long des si\u00e8cles: la personne reste soumise \u00e0 la loi universelle du travail (travail-activit\u00e9), dict\u00e9e par les ma\u00eetres (fabul\u00e9s ou non) de l&rsquo;univers.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Si le sens du travail li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;histoire cosmique s&rsquo;inscrit dans une perspective spiritualiste, l&rsquo;objet d&rsquo;\u00e9tude de la carri\u00e9rologie ne devrait-il pas davantage tenir compte de cette dimension dans le respect des croyances de chacun? N&rsquo;est-il jamais arriv\u00e9 dans la vie de quiconque (croyant, ath\u00e9e en recherche, ath\u00e9e convaincu) d&rsquo;esp\u00e9rer qu&rsquo;un dieu gestionnaire (fabul\u00e9 ou non) intervienne positivement l\u00e0 o\u00f9 toutes nos d\u00e9marches proactives avaient \u00e9chou\u00e9? Id\u00e9e animiste ou incongrue, reliquat d&rsquo;une \u00e9ducation chr\u00e9tienne d&rsquo;enfance, me direz-vous? Peut-\u00eatre! Mais la question est lanc\u00e9e \u00e0 propos de son int\u00e9gration dans l&rsquo;objet d&rsquo;\u00e9tude de la carri\u00e9rologie. Par ailleurs, si le sens de l&rsquo;activit\u00e9 professionnelle s&rsquo;associe davantage \u00e0 l&rsquo;histoire cosmique, la carri\u00e9rologie ne doit-elle pas, en plus de situer son objet d&rsquo;\u00e9tude dans une perspective cosmo-syst\u00e9mique, adopter aussi des principes caract\u00e9ristiques de la psychologie transpersonnelle, de l&rsquo;\u00e9coformation, ou encore, de la ph\u00e9nom\u00e9nologie appliqu\u00e9e \u00e0 la mystique?<\/p>\n<h3 class=\"txt-j\"><a name=\"contenu7\"><\/a><span class=\"s-titre\">Projets et finitude <\/span><\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">M\u00eame si diff\u00e9rentes significations du travail nous ram\u00e8nent \u00e0 la notion philosophique de projet, comme \u00e9tant li\u00e9 \u00e0 la triple histoire collective, cosmique et personnelle, il faut toutefois relever une distinction basale entre ces divers types d&rsquo;histoires: la dur\u00e9e.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Alors que les deux premi\u00e8res (vie du cosmos; vie de l&rsquo;humanit\u00e9) sont per\u00e7ues comme \u00e9tant presqu&rsquo;infinies, du moins \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle individuelle, il n&rsquo;en va pas ainsi de la derni\u00e8re. Faut-il le rappeler, l&rsquo;histoire personnelle de chaque individu est, sur le plan biologique, finalis\u00e9e par un principe qui l&rsquo;oriente, dans un premier temps, vers la sauvegarde et le d\u00e9veloppement de son existence et, dans un second temps, vers la mort. Il s&rsquo;agit l\u00e0 d&rsquo;une v\u00e9rit\u00e9 existentielle qui a troubl\u00e9 l&rsquo;humain depuis toujours. En effet, la question des finalit\u00e9s humaines, vocationnelles ou autres, se posera constamment \u00e0 l&rsquo;esprit de la personne car elle rejoint deux r\u00e9alit\u00e9s existentielles fondamentales, dont l&rsquo;une est la contrepartie de l&rsquo;autre. Il s&rsquo;agit des ph\u00e9nom\u00e8nes de la vie et de la mort. Chaque civilisation, ou temps de l&rsquo;histoire, a trouv\u00e9 face \u00e0 la finitude, leurs propres id\u00e9ologies, strat\u00e9gies, modes d&rsquo;apprivoisement, rituels sacr\u00e9s et profanes. Peu importe si la survie s&rsquo;obtient gr\u00e2ce \u00e0 une force de travail \u00e0 \u00e9changer (soci\u00e9t\u00e9s industrielles et postindustrielles) ou encore, gr\u00e2ce \u00e0 une technologie prodigieuse (soci\u00e9t\u00e9s de l&rsquo;\u00e9conomie du savoir), la question du pourquoi on vit et du pourquoi on meurt, demeure tout enti\u00e8re. M\u00eame plus, dans le cas des soci\u00e9t\u00e9s futuristes, la question se pr\u00e9sentera peut-\u00eatre avec davantage d&rsquo;acuit\u00e9 car l&rsquo;individu aura possiblement plus de temps disponible pour y jongler ou, \u00e0 l&rsquo;inverse, pour y investir de l&rsquo;\u00e9nergie pour la nier.<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Pouvons-nous alors r\u00e9ellement concevoir l&rsquo;objet d&rsquo;\u00e9tude de la carri\u00e9rologie, en ne misant que sur une des deux facettes de la r\u00e9alit\u00e9 humaine, soit celle d&rsquo;un \u00eatre propuls\u00e9 vers un socio-d\u00e9veloppement continu? Cet objet d&rsquo;\u00e9tude ne doit-il pas inclure la condition oppos\u00e9e qui est celle de l&rsquo;humain orient\u00e9, au fil du temps, vers son an\u00e9antissement biologique?<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">La question du sens du travail (travail-emploi; travail-activit\u00e9) s&rsquo;inscrit \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des conceptions de vie et de mort qui orientent toutes les actions individuelles ou collectives. Il est devenu un truisme d&rsquo;affirmer que notre attitude envers la mort dicte notre fa\u00e7on de vivre, et vice-versa. Les existentialistes vont jusqu&rsquo;\u00e0 souligner que la vie et la mort sont, tout compte fait, les deux seules faces de notre \u00eatre: notre conception de la mort \u00e9tant tout aussi importante que celle de la vie. Selon Capra (1986), la mort s&rsquo;impose \u00e0 nous d&rsquo;une mani\u00e8re telle que, peu importe si nous l&rsquo;affrontons, la craignons, l&rsquo;ignorons ou la r\u00e9primons, nous ne pouvons nous emp\u00eacher qu&rsquo;elle nous influence grandement tout au long de notre existence. La conception de la finitude, ou de la mort, tout comme celle de la vie, serait donc d\u00e9terminante dans la teneur des projets professionnels ou autres, que l&rsquo;adulte se red\u00e9finit au fil des ans. Entre projet et mort, il y a une double relation comme une sorte d&rsquo;injonction paradoxale de r\u00e9pulsion et d&rsquo;attraction (Boutinet, 1993).<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Par son travail, l&rsquo;adulte est amen\u00e9 ainsi \u00e0 se poser des questions sur l&rsquo;orientation ultime de sa vie. Concr\u00e8tement, ces questions peuvent, bien s\u00fbr, \u00eatre plus ou moins conscientis\u00e9es ou articul\u00e9es. Mais, \u00e0 cause de l&rsquo;aspect souvent fastidieux et m\u00eame on\u00e9reux, inh\u00e9rent \u00e0 l&rsquo;une ou l&rsquo;autre des t\u00e2ches professionnelles (efforts surhumains sans succ\u00e8s assur\u00e9, col\u00e8re et injustice des patrons, complexit\u00e9 du volontariat), l&rsquo;adulte est souvent amen\u00e9 \u00e0 s&rsquo;interroger sur le pourquoi de son travail. Pour sa survie \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;un salaire marchand ou social, se r\u00e9pondra-t-il, mais alors pourquoi doit-il assurer sa survie, et surtout pourquoi vit-il? M\u00eame dans le cas o\u00f9 l&rsquo;adulte est tr\u00e8s engag\u00e9 dans ses activit\u00e9s et croit sinc\u00e8rement \u00e0 l&rsquo;efficacit\u00e9 de son r\u00f4le socioprofessionnel, il sera forc\u00e9ment plac\u00e9 devant des situations o\u00f9 il devra faire des choix difficiles. \u00c0 partir de quelles priorit\u00e9s les fera-t-il? C&rsquo;est alors que les questions fondamentales \u00e9mergeront de plus belle. Pourquoi veut-il travailler? Pour l&rsquo;actualisation de lui-m\u00eame, pour l&rsquo;\u00e9volution de la soci\u00e9t\u00e9, ou pour la participation au cosmos? Mais alors, selon les cas, pourquoi cherche-t-il \u00e0 \u00e9voluer? Pourquoi croit-il que la soci\u00e9t\u00e9 doit aller de l&rsquo;avant? Pourquoi devrait-il collaborer \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 du contexte cosmique? Enfin, pourquoi vit-on? Pourquoi meurt-on?<\/p>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;activit\u00e9 professionnelle se situe au coeur de nos destin\u00e9es individuelles mais ne se substitue aucunement \u00e0 celles-ci. C&rsquo;est la signification accord\u00e9e \u00e0 cette r\u00e9alit\u00e9 qui oriente ces m\u00eames destin\u00e9es. L&rsquo;histoire socio-\u00e9conomique du travail ou les diverses trajectoires professionnelles individuelles, n&rsquo;en sont-elles pas des t\u00e9moins vivants? La question des finalit\u00e9s humaines ou de l&rsquo;orientation ultime des projets socioprofessionnels est, ainsi, fr\u00e9quemment li\u00e9e aux r\u00e9flexions provoqu\u00e9es par l&rsquo;acte m\u00eame de travailler ou d&rsquo;oeuvrer. Dans ces conditions, la carri\u00e9rologie ne doit-elle pas, aussi, davantage tenir compte de ces r\u00e9alit\u00e9s humaines fondamentales?<\/p>\n<h3 class=\"txt-j\"><a name=\"contenu8\"><\/a><span class=\"s-titre\">Conclusion<\/span><\/h3>\n<p class=\"txt-j\" style=\"text-align: justify;\">Les liens entre le sens du travail (travail-emploi; travail-activit\u00e9) et l&rsquo;objet d&rsquo;\u00e9tude de la carri\u00e9rologie risquent d&rsquo;\u00eatre fort diff\u00e9rents selon la perspective id\u00e9ologique ou historique dans laquelle nous nous situons. Cette complexit\u00e9 met en \u00e9vidence la n\u00e9cessit\u00e9 de conjuguer davantage nos efforts afin de repenser l&rsquo;objet d&rsquo;\u00e9tude de la carri\u00e9rologie en fonction d&rsquo;une articulation des diverses conceptions du travail, lesquelles font elles-m\u00eames appel \u00e0 des compr\u00e9hensions nettement plus \u00e9largies de l&rsquo;humain et de l&rsquo;humanit\u00e9. D\u00e8s lors nous croyons que la carri\u00e9rologie devra d\u00e9finir le travail et la carri\u00e8re dans une perspective \u00e0 la fois culturelle et transculturelle, historique et trans-historique. De m\u00eame la carri\u00e9rologie ne pourra bien d\u00e9limiter son objet d&rsquo;\u00e9tude sans s&rsquo;inscrire dans une multi-disciplinarit\u00e9 incluant non seulement les donn\u00e9es de la psychologie, de la sociologie, de l&rsquo;\u00e9conomique et de la politique, mais \u00e9galement celles de l&rsquo;\u00e9thique, de la philosophie, de la t\u00e9l\u00e9ologie (sciences des finalit\u00e9s des \u00eatres vivants) ou m\u00eame de la th\u00e9ologie. De cette mani\u00e8re la carri\u00e9rologie jouera un un r\u00f4le toujours plus central au sein de nos collectivit\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span class=\"txt-j\">Enfin, nous esp\u00e9rons que les praticiens et les chercheurs puissent s&rsquo;int\u00e9resser encore plus intens\u00e9ment \u00e0 cette interrogation de taille relative \u00e0 l&rsquo;objet d&rsquo;\u00e9tude de cette science, toute jeune, qu&rsquo;est la carri\u00e9rologie, et \u00e0 situer certaines r\u00e9alit\u00e9s cauchemardesques et prenantes (ex.: la pr\u00e9carit\u00e9) dans une perspective nettement plus \u00e9largie. C&rsquo;est notamment de cette fa\u00e7on, croyons-nous, qu&rsquo;ils pourront apporter plus rapidement des contributions originales et surtout efficaces \u00e0 nos probl\u00e8mes quotidiens, le plus souvent fort complexes.<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><!--fin texte --><\/p>\n<hr align=\"left\" width=\"33%\" \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\"><span class=\"txt-j\"><a name=\"auteur\"><\/a><\/span>Auteur<\/h3>\n<p><!--debut auteur --><\/p>\n<p><span class=\"txt-j\"><b>Danielle Riverin-Simard<\/b> est professeur titulaire \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 Laval. De 1995 \u00e0 1998, elle a \u00e9t\u00e9 membre du Conseil d&rsquo;administration du Conseil de Recherches en sciences humaines du Canada, et de 1997 \u00e0 2000, membre de la Commission de la recherche de l&rsquo;universit\u00e9 Laval. Elle a sign\u00e9 plusieurs articles et ouvrages, dont \u00ab\u00a0Transitions professionnelles: choix et strat\u00e9gies\u00a0\u00bb (1993; 2000), \u00ab\u00a0Travail et personnalit\u00e9\u00a0\u00bb (1996; 1998).<br \/>\nCourriel: <a href=\"mailto:driverin@fse.ulaval.ca\"><u>driverin@fse.ulaval.ca<\/u><\/a> <\/span><\/p>\n<p><!--debut notes --><\/p>\n<h3 class=\"s-titre\"><a name=\"notes\"><\/a>Notes<\/h3>\n<blockquote>\n<ol>\n<li class=\"txt-nj\">Une premi\u00e8re version de ce texte est parue dans <i>Carri\u00e9rologie<\/i>, vol. 4, no. 3, 1991.<\/li>\n<\/ol>\n<\/blockquote>\n<p><!--debut abstract --><\/p>\n<h3 class=\"s-titre\"><a name=\"abstract\"><\/a>Abstract<\/h3>\n<p class=\"resume\"><em>What is the meaning of work? What is the scientific object of carri\u00e9rologie? We invite the reader to share our thoughts relating to the possible links between those two complex and changing entities with the help of the concept of project referring to three types of history: individual, collective and cosmic. According to one or the other of those types, the meaning of work differ, and consequently the scientific object of carri\u00e9rologie. We are asking if this object should vary, or at least be enhancing, in such a way that it should succeed to transcend the multiple meanings of work emerging from different historical and ideological perspectives. In this manner, we believe that carri\u00e9rologie should fulfill her role in an enhancing way so to be even more inspiring the community of vocational counseling practitioners and researchers.<\/em><\/p>\n<p><!--debut references --><\/p>\n<h3><a name=\"references\"><\/a><span class=\"s-titre\">R\u00e9f\u00e9rences<\/span><\/h3>\n<blockquote>\n<p class=\"txt-j\">ALFARO, J. 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