{"id":6096,"date":"2002-11-21T05:14:39","date_gmt":"2002-11-21T04:14:39","guid":{"rendered":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/?p=6096"},"modified":"2015-11-21T22:19:54","modified_gmt":"2015-11-21T21:19:54","slug":"du-bilan-au-projet","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/2002\/du-bilan-au-projet\/","title":{"rendered":"Du bilan au projet"},"content":{"rendered":"<p class=\"txt-nj\"><i><b><a href=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/volume08_3-4-15_lemoine.pdf\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright wp-image-5882 size-full\" src=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2001\/07\/PDF.png\" alt=\"Version PDF\" width=\"50\" height=\"50\" \/><\/a>Claude LEMOINE<\/b><\/i> <!--origine-auteur --><\/p>\n<p><i>Universit\u00e9 de Rouen<\/i><\/p>\n<hr width=\"100%\" \/>\n<p><!--lien-auteur --><\/p>\n<p class=\"lien-1\"><strong><a href=\"#auteur\">Auteur<\/a><\/strong><\/p>\n<p><!--lien-abstract --><\/p>\n<p class=\"s-titre\"><strong>R\u00e9sum\u00e9\u00a0\/\u00a0<a href=\"#abstract\">Abstract<\/a><\/strong><\/p>\n<p><!--resume --><\/p>\n<p class=\"resume\" style=\"text-align: justify;\">L\u2019id\u00e9e de projet, qui \u00e9voque la grande libert\u00e9 des possibles, a trop bien r\u00e9ussi. Elle est devenue une norme contraignante, incontournable, qui disqualifie les \u00ab\u00a0sans projets\u00a0\u00bb. \u00c0 partir de ce paradoxe, on examine plusieurs processus psychosociaux, lib\u00e9rateurs ou ali\u00e9nants, associ\u00e9s au terme projet, en se r\u00e9f\u00e9rant au dispositif des bilans de comp\u00e9tences, lieu \u00e9tonnamment propice \u00e0 la construction de projets. On passe ainsi en revue quelques raisons qui rendent le projet si attractif. Puis on \u00e9tudie ce qui risque de ruiner l\u2019esp\u00e9rance suscit\u00e9e. On cherche enfin les conditions n\u00e9cessaires \u00e0 la sauvegarde d\u2019une d\u00e9marche prise dans la tourmente d\u2019un mode incantatoire.<\/p>\n<p><!--contenu --><\/p>\n<h3 class=\"s-titre\">\u0003Contenu<\/h3>\n<p><span class=\"lien-1\"><a href=\"#contenu1\">Position du probl\u00e8me<\/a><\/span><br \/>\n<span class=\"lien-1\"><a href=\"#contenu2\">Bilan ou projet?<\/a><\/span><br \/>\n<span class=\"lien-1\"><a href=\"#contenu3\">Les raisons d\u2019un engouement<\/a><\/span><br \/>\n<span class=\"lien-1\"><a href=\"#contenu4\">Le miroir aux alouettes<br \/>\n<\/a><\/span><span class=\"lien-1\"><a href=\"#contenu5\">Conclusions<\/a><\/span><\/p>\n<hr align=\"left\" width=\"33%\" \/>\n<p><!--texte --><\/p>\n<h3><b><a name=\"contenu1\"><\/a><span class=\"s-titre\">Position du probl\u00e8me<\/span><\/b><\/h3>\n<p class=\"txt-j\">Il faut le souligner, au d\u00e9part le projet est un joli mot. D\u00e8s qu\u2019on l\u2019\u00e9voque, on l\u2019associe \u00e0 l\u2019\u00e9vasion, au futur esp\u00e9r\u00e9, au r\u00eave, \u00e0 la possibilit\u00e9 de construire par soi-m\u00eame un avenir prochain. Projet de vacances, projet de vie, projet professionnel. Cela donne l\u2019id\u00e9e de dominer une r\u00e9alit\u00e9 difficile, de prendre de la hauteur sur le quotidien, de survoler les contraintes mat\u00e9rielles. Quand de plus il est accol\u00e9 \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019espace pour donner \u00ab\u00a0Espace Projet\u00a0\u00bb, le terme sugg\u00e8re une zone de libert\u00e9 ou d\u2019autonomie qui se d\u00e9gage devant soi. C\u2019est l\u2019oppos\u00e9 du fait de se sentir coinc\u00e9, englu\u00e9, prisonnier des d\u00e9terminismes en tous genres qui nous oppressent.<\/p>\n<p class=\"txt-j\">Et pourtant, on en est arriv\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0la dictature du projet\u00a0\u00bb, titre propos\u00e9 par l\u2019association m\u00eame qui se nomme \u00ab\u00a0Espace Projet\u00a0\u00bb. Que s\u2019est-il pass\u00e9? Comment peut-on oser critiquer l\u2019id\u00e9e de projet sans para\u00eetre iconoclaste ou rabat-joie? C\u2019est bien l\u00e0 le probl\u00e8me: comment \u00e9chapper \u00e0 une notion qui a trop bien r\u00e9ussi et qui a envahi le champ social au point de devenir une panac\u00e9e, d\u2019\u00eatre le rem\u00e8de \u00e0 tous les maux, de s\u2019imposer comme une norme sociale forte confinant \u00e0 une dictature? On pourrait dire: hors du projet, point de salut!<\/p>\n<p><span class=\"txt-j\"><br \/>\nPour tenter de r\u00e9pondre \u00e0 cette question, examinons quelques processus psychosociaux associ\u00e9s au terme projet, en se r\u00e9f\u00e9rant au dispositif des bilans de comp\u00e9tences qui, comme leur nom ne l\u2019indique pas, sont des lieux propices \u00e0 la construction de projets.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<h3 class=\"s-titre\"><a name=\"contenu2\"><\/a>Bilan ou projet?<\/h3>\n<p class=\"txt-j\">Qu\u2019on le regrette ou non, le bilan appartient d\u2019abord au champ lexical du commerce et d\u00e9signe l\u2019\u00e9tat comptable d\u2019une entreprise qui est pes\u00e9e, mise en balance par confrontation du passif et de l\u2019actif. Le terme bilan a \u00e9t\u00e9 emprunt\u00e9 \u00e0 l\u2019italien \u00ab\u00a0bilancio\u00a0\u00bb, balance, substantif verbal de \u00ab\u00a0bilanciare\u00a0\u00bb qui signifie peser. Appliqu\u00e9 aux personnes, le bilan garde une forte connotation \u00e9valuative m\u00eame si l\u2019orientation actuelle du dispositif bilan de comp\u00e9tences insiste sur les processus d\u2019analyse de la situation qui permet \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9 de clarifier ses potentialit\u00e9s, d\u2019en prendre conscience, pour mieux les utiliser et les valoriser.<\/p>\n<p class=\"txt-j\">\u00c9tablir un bilan de comp\u00e9tences part le plus souvent d\u2019une situation probl\u00e8me ou d\u2019une question que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 souhaite r\u00e9soudre. \u00c0 cet effet, le bilan se pr\u00e9sente comme un moyen, institutionnellement \u00e9tabli, pour traiter la difficult\u00e9 selon un plan rationnel. On cherche \u00e0 d\u00e9finir et \u00e0 lister les limites et les atouts personnels afin de r\u00e9duire les unes et de dynamiser les autres.<\/p>\n<p>Ce faisant, le bilan de comp\u00e9tences, qui fait le point sur les acquis pass\u00e9s et la situation pr\u00e9sente, s\u2019oriente logiquement vers la construction potentielle d\u2019un avenir. Il vise \u00e0 produire du projet et se trouve m\u00eame justifi\u00e9 par cette finalit\u00e9. Paradoxalement on pourrait dire qu\u2019on regarde derri\u00e8re, le pass\u00e9, pour mieux voir devant, l\u2019avenir. Il en ressort que le bilan ne prend tout son sens que s\u2019il est tendu vers l\u2019\u00e9laboration d\u2019un projet. Il devient donc n\u00e9cessaire de consid\u00e9rer quels sont les \u00e9l\u00e9ments si prometteurs du projet qui entra\u00eenent une repr\u00e9sentation aussi attractive.<\/p>\n<h3 class=\"txt-j\"><a name=\"contenu3\"><\/a><span class=\"s-titre\">Les raisons d\u2019un engouement<\/span><b><br \/>\n<\/b><\/h3>\n<p class=\"txt-j\">On peut r\u00e9pertorier trois sources d\u2019int\u00e9r\u00eat qui assurent l\u2019attractivit\u00e9 du projet. Elles se r\u00e9f\u00e8rent simultan\u00e9ment au niveau organisationnel, psychosocial et individuel.<\/p>\n<p>a) Il faut d\u2019abord remarquer que l\u2019emploi du terme projet est li\u00e9 \u00e0 la conception n\u00e9o-rationaliste de l\u2019organisation du travail. Dans ce cadre on passe g\u00e9n\u00e9ralement d\u2019un syst\u00e8me fond\u00e9 sur les r\u00e8gles \u00e0 un travail con\u00e7u en fonction des objectifs \u00e0 atteindre. La centration sur le r\u00e9sultat, la qualit\u00e9 de finition, la performance correspondent bien \u00e0 un style d\u2019organisation, de type March et Simon, o\u00f9 la rationalit\u00e9 est orient\u00e9e sur les buts. C\u2019est en fonction de ceux-ci qu\u2019un programme est \u00e9tabli. La recherche de l\u2019obtention du but d\u00e9termine et organise l\u2019activit\u00e9 en amont.<\/p>\n<p>Vue du c\u00f4t\u00e9 du travail \u00e0 accomplir, cette orientation se traduit par un projet d\u2019\u00e9quipe o\u00f9 il s\u2019agit de mettre en \u0153uvre un programme d\u2019action rationnel, pr\u00e9cis, \u00e0 ce titre rassurant, mais g\u00e9n\u00e9ralement exigeant et cadr\u00e9 par des contr\u00f4les et des \u00e9valuations multiples. Le projet se trouve ainsi associ\u00e9 aux restructurations des services cibl\u00e9es sur les t\u00e2ches \u00e0 accomplir. Par contrecoup, cette organisation du travail violente les proc\u00e9dures habituelles et fait peu de cas de la qualit\u00e9 des relations humaines.<\/p>\n<p class=\"txt-j\">b) Cette conception organisationnelle trouve son correspondant psychosocial dans les recherches sur l\u2019effet de but. Depuis les travaux de Lewin et de son \u00e9quipe (1959), on sait que la perception claire du but et le fait de s\u2019en approcher augmente le niveau d\u2019aspiration, la motivation, et finalement la mobilisation des individus. On citera seulement l\u2019exemple mn\u00e9motechnique du cheval qui acc\u00e9l\u00e8re sa course \u00e0 l\u2019approche de son \u00e9curie. On pense facilement que l\u2019orientation vers un but, incluse dans l\u2019id\u00e9e de projet, joue le m\u00eame effet.<\/p>\n<p class=\"txt-j\">Cette opinion est renforc\u00e9e par les psychologues sociaux qui montrent que la repr\u00e9sentation de la finalit\u00e9 d\u00e9termine en partie l\u2019int\u00e9r\u00eat et l\u2019implication au travail (Goguelin et Mitrani, 1994).<\/p>\n<p class=\"txt-j\">Ceux qui comprennent le r\u00f4le de leur travail dans l\u2019obtention des objectifs, qui situent leur action \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un processus global, peuvent donner un sens \u00e0 ce qu\u2019ils font, structurer leur perception et participer davantage \u00e0 la r\u00e9alisation des objectifs. Travailler dans le cadre d\u2019un projet clair et d\u00e9fini am\u00e9liore de ce fait la performance et le niveau de r\u00e9ussite commun.<\/p>\n<p class=\"txt-j\">c) Il reste que la repr\u00e9sentation de la finalit\u00e9 joue prioritairement sur un plan individuel et mental. Elle apporte une ouverture, une perspective qui permet de cr\u00e9er un espace de libert\u00e9, d\u2019\u00e9tendre la sph\u00e8re des possibles, et elle donne une ligne directrice qui rassure en r\u00e9duisant l\u2019incertitude. La perception d\u2019une finalit\u00e9, pr\u00e9sente dans le projet personnel, offre ainsi un ballon d\u2019oxyg\u00e8ne permettant de transcender l\u2019intransigeante r\u00e9alit\u00e9 quotidienne, et fournit une orientation d\u2019ensemble assurant une prise de distance sur les \u00e9v\u00e9nements.<\/p>\n<p>\u00c0 ce titre, le projet donne une impression de contr\u00f4le de la situation. C\u2019est peut-\u00eatre bien la raison principale qui le rend si attractif. Avoir un projet, c\u2019est avoir un objectif, un plan, une strat\u00e9gie. C\u2019est savoir o\u00f9 l\u2019on va et ce que l\u2019on veut. Ind\u00e9niablement cela fournit une issue par rapport \u00e0 une situation bloqu\u00e9e. Et il appara\u00eet que cette issue d\u00e9pend de soi, de son intention, de sa volont\u00e9. Cette perspective nouvelle change donc les donn\u00e9es du probl\u00e8me. Celui qui a un projet change de statut; au lieu d\u2019\u00eatre l\u2019objet de d\u00e9terminations multiples, de les subir, il se met en position de les infl\u00e9chir, de les dominer, de les ma\u00eetriser. Nul doute que ce changement de point de vue est un facteur de dynamisation; mais \u00e0 condition d\u2019y croire.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\"><a name=\"contenu4\"><\/a>Le miroir aux alouettes<\/h3>\n<p class=\"txt-j\"><b><i>a) Le projet-repr\u00e9sentation<br \/>\n<\/i><\/b><\/p>\n<p class=\"txt-j\">En effet, il faut y croire. C\u2019est l\u00e0 une premi\u00e8re difficult\u00e9. Que se passe-t-il si l\u2019on n\u2019y croit pas, si l\u2019on \u00e9met un doute, une critique ou seulement une esquisse de v\u00e9rification de la solidit\u00e9 du projet? La question est d\u2019importance dans la mesure o\u00f9 le projet n\u2019est qu\u2019une repr\u00e9sentation, une fa\u00e7on de concevoir l\u2019avenir. Dans ce cas il d\u00e9pend de la place donn\u00e9e \u00e0 la notion de repr\u00e9sentation. On sait que celle-ci peut \u00eatre fortement ancr\u00e9e, comme dans le cas de st\u00e9r\u00e9otypes, d\u2019images toutes faites ou de r\u00e9f\u00e9rences anciennes. Mais cela ne peut convenir au projet qui est en g\u00e9n\u00e9ral nouveau et encore peu stabilis\u00e9.<\/p>\n<p>Dans ces conditions on ne peut s\u2019attendre \u00e0 ce que la repr\u00e9sentation construite structure la r\u00e9alit\u00e9 sociale et lui impose une forme. C\u2019est bien l\u00e0 une des limites du constructivisme selon lequel les cognitions et les discours mod\u00e8lent la situation en modifiant la fa\u00e7on de les percevoir. Encore faut-il que la repr\u00e9sentation soit forte pour \u00eatre cr\u00e9dible. \u00c0 d\u00e9faut elle ne devient qu\u2019une sorte d\u2019incantation, et le projet repr\u00e9sent\u00e9 ne reste qu\u2019une chim\u00e8re, une id\u00e9e passag\u00e8re ou un souhait.<\/p>\n<p>Au mieux, lorsque la repr\u00e9sentation ne sait transformer le poids des r\u00e9alit\u00e9s, elle joue le r\u00f4le d\u2019un appel \u00e0 la stimulation. Le projet-repr\u00e9sentation prend alors la forme d\u2019une conviction qui ne s\u2019entretient que par elle-m\u00eame. Il s\u2019apparente \u00e0 la m\u00e9thode Cou\u00e9, bien connue pour se forger l\u2019id\u00e9e que l\u2019avenir se passera comme on le souhaite, et ce avec une probabilit\u00e9 d\u2019autant plus grande qu\u2019on y croit davantage. Il arrive aux journalistes sportifs d\u2019user de ce stratag\u00e8me pour anticiper une victoire attendue, comme si la conviction et la r\u00e9p\u00e9tition incantatoire pouvaient conjurer le sort. M\u00eame si le moral compte, il y a de la superstition \u00e0 penser qu\u2019il s\u2019auto-g\u00e9n\u00e8re et que c\u2019est une question de fatalit\u00e9 \u00e0 d\u00e9tourner par la seule force de l\u2019attente de r\u00e9alisation. Malheureusement, il arrive qu\u2019il ne suffise pas de supposer le probl\u00e8me r\u00e9solu pour modifier les \u00e9v\u00e9nements. Autrement dit, dans bien des cas, la repr\u00e9sentation ne peut remplacer l\u2019action, et il n\u2019est pas suffisant de souhaiter quelque chose, m\u00eame fortement, pour qu\u2019elle arrive. Il ne faut pas confondre un projet avec sa r\u00e9alisation.<\/p>\n<p class=\"txt-j\"><b><i>b) La repr\u00e9sentation de l\u2019avenir<br \/>\n<\/i><\/b><\/p>\n<p class=\"txt-j\">Un second probl\u00e8me vient de ce que le projet ne fonctionne pas seulement comme une repr\u00e9sentation mais qu\u2019il correspond \u00e0 une repr\u00e9sentation de l\u2019avenir. Porgeter, au 12e si\u00e8cle, signifie jeter au loin, en avant. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 du pr\u00e9fixe \u00ab\u00a0por\u00a0\u00bb qui introduit le but, intervient l\u2019id\u00e9e de projection dans le futur.<\/p>\n<p>Si la capacit\u00e9 \u00e0 se projeter dans l\u2019avenir peut \u00eatre un signe d\u2019intelligence, un moyen de prendre du recul sur la r\u00e9alit\u00e9, une fa\u00e7on d\u2019\u00e9chapper aux difficult\u00e9s du temps, elle risque aussi, par rejet du pr\u00e9sent, d\u2019induire une fuite en avant, qui plus est inadapt\u00e9e pour affronter les probl\u00e8mes \u00e0 r\u00e9soudre.<\/p>\n<p>On trouve pourtant cette conception fort r\u00e9pandue pour traiter des questions du syst\u00e8me social global. Par exemple, pour r\u00e9duire le ch\u00f4mage, il faut produire plus, consommer plus, d\u00e9penser plus. Cela revient \u00e0 se jeter en avant et \u00e0 pousser \u00e0 l\u2019extr\u00eame le syst\u00e8me pour r\u00e9soudre les difficult\u00e9s qu\u2019il a lui-m\u00eame engendr\u00e9es.<\/p>\n<p class=\"txt-j\">Sur le plan individuel, on retrouve la m\u00eame logique. Pour fuir et \u00e9chapper aux probl\u00e8mes du temps, il faut se lancer en avant, il faut un projet. Et, \u00e0 d\u00e9faut de projet de soci\u00e9t\u00e9, on se reportera sur un projet d\u2019entreprise, un projet d\u2019\u00e9tablissement, ou \u00e0 l\u2019\u00e9chelle psychologique, sur un projet professionnel ou un projet de vie. Cela signifie que l\u2019\u00e9tat actuel ne peut durer, qu\u2019il est insupportable et que seule une projection dans un futur meilleur permettra de s\u2019en sortir. On rentre ainsi dans le r\u00e8gne du projet \u00e9vasion, dans le monde du virtuel.<\/p>\n<p class=\"txt-j\">\u00c0 la limite, on pourrait dire peu importe le projet. Seul le discours compte. C\u2019est que le projet joue par lui-m\u00eame le r\u00f4le d\u2019une op\u00e9ration de transformation du r\u00e9el \u00e0 partir du seul fait qu\u2019il remplace les \u00e9l\u00e9ments de la situation par la perception d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 potentielle, meilleure, \u00e0 venir. Au sens propre du terme, il s\u2019agit d\u2019un processus d\u2019ali\u00e9nation par lequel l\u2019individu se trouve dessaisi du rapport \u00e0 lui-m\u00eame en se voyant imposer une finalit\u00e9 qui lui est \u00e9trang\u00e8re (Lemoine, 1990).<\/p>\n<p>Il n\u2019est pas impossible que l\u2019int\u00e9r\u00eat suscit\u00e9 par cette projection vers un avenir meilleur soit li\u00e9 \u00e0 un mode de pens\u00e9e par analogie qui, r\u00e9pandue \u00e0 grande \u00e9chelle dans le milieu social, n\u2019a pas int\u00e9gr\u00e9 le c\u00f4t\u00e9 non r\u00e9versible du raisonnement. En effet, dans les recherches en sciences sociales, il appara\u00eet g\u00e9n\u00e9ralement que ceux qui r\u00e9ussissent ont un projet. On remarquera qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une simple relation de corr\u00e9lation. Mais la tentation est forte, y compris pour des scientifiques, de transformer cette corr\u00e9lation en causalit\u00e9 et de comprendre que le fait d\u2019avoir un projet provoque la r\u00e9ussite. \u00c0 partir de l\u00e0, il ne reste plus qu\u2019\u00e0 en tirer une cons\u00e9quence qui para\u00eet logique: construisez donc un projet et vous r\u00e9ussirez.<\/p>\n<p>Le m\u00eame mode de logique a sans doute fonctionn\u00e9 avec la notion de formation. Il a \u00e9t\u00e9 scientifiquement d\u00e9clar\u00e9 qu\u2019un niveau social \u00e9lev\u00e9 et un moindre taux de ch\u00f4mage \u00e9taient li\u00e9s \u00e0 un niveau de formation sup\u00e9rieur. Il en est r\u00e9sult\u00e9 l\u2019id\u00e9e qu\u2019il suffisait d\u2019envoyer plus longtemps les jeunes \u00e0 l\u2019\u00e9cole et d\u2019augmenter le niveau de formation pour assurer une ascension sociale et r\u00e9ussir mieux dans la vie. Dans un cas comme dans l\u2019autre, le risque de d\u00e9sillusion existe. Un projet n\u2019annonce pas toujours le printemps.<\/p>\n<p class=\"txt-j\"><b><i>c) Le projet-r\u00e9organisation<br \/>\n<\/i><\/b><\/p>\n<p class=\"txt-j\">Jusque-l\u00e0 toutefois, on peut encore penser que le tout-projet reste l\u2019affaire de doux r\u00eaveurs, somme toute inoffensifs qui, au pire, se font quelques illusions en esp\u00e9rant trop de l\u2019id\u00e9e de projet. Mais c\u2019est oublier que le projet a pris une dimension quasi institutionnelle. Il est devenu de ce fait normatif et contraignant: il faut avoir un projet.<\/p>\n<p class=\"txt-j\">\u00c0 partir d\u2019un constat de dysfonctionnements dans une organisation ou m\u00eame dans la r\u00e9partition des r\u00f4les individuels, le projet devient le rem\u00e8de qui vient sauver la situation. De ce fait, il condamne d\u2019embl\u00e9e ce qui existe, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019ensemble du fonctionnement en place, et s\u2019impose comme la solution miracle. Dans ce cadre, refuser ou discuter le projet est assimil\u00e9 \u00e0 une attitude n\u00e9gative, pass\u00e9iste, voire inadmissible d\u2019opposition au changement, tandis que porter un projet s\u2019apparente au progr\u00e8s, \u00e0 la bonne volont\u00e9 et honore ceux qui le d\u00e9fendent.<\/p>\n<p class=\"txt-j\">Dans ce sc\u00e9nario, il n\u2019est pas n\u00e9cessaire de trop savoir ce que contient le projet. Il n\u2019est pas conseill\u00e9 non plus de se demander comment il va s\u2019int\u00e9grer \u00e0 ce qui fonctionne d\u00e9j\u00e0. Ce serait mettre en cause sa sup\u00e9riorit\u00e9 a priori. Mais il faut imp\u00e9rativement le promouvoir, en parler positivement et \u00e9voquer ses objectifs pour \u00eatre admis dans le groupe de pointe qui le soutient.<\/p>\n<p class=\"txt-j\">Sur le plan de l\u2019analyse psychosociale des organisations, deux processus au moins en ressortent: d\u2019un c\u00f4t\u00e9 le projet se pr\u00e9sente comme le fer de lance d\u2019une restructuration. Comparable \u00e0 la th\u00e9orie \u00e9conomique des taux marginaux qui consiste \u00e0 faire \u00e9voluer le syst\u00e8me d\u2019ensemble relativement non flexible en jouant sur des indices modifiables \u00e0 la marge, le projet introduit lui aussi un changement marginal, destin\u00e9 \u00e0 prendre une place centrale, strat\u00e9gique, dans l\u2019organisation. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, pour r\u00e9ussir cette op\u00e9ration, il s\u2019appuie sur une cat\u00e9gorisation des r\u00f4les sociaux, valorisant ceux qui adh\u00e8rent au nouveau standard et stigmatisant les autres, ce qui entra\u00eene une bipolarisation.<\/p>\n<p>Selon cette analyse, on notera que le projet ne se r\u00e9duit pas \u00e0 une somme de repr\u00e9sentations plus ou moins illusoires. Il exerce au contraire une emprise ou une contrainte, souvent forte, sur l\u2019orientation des activit\u00e9s, sur les conduites sociales des acteurs et sur la fa\u00e7on m\u00eame de les consid\u00e9rer. Si ce n\u2019est pas une dictature, on n\u2019en est pas loin: il faut s\u2019ins\u00e9rer dans le projet.<\/p>\n<p class=\"txt-j\">Cependant, \u00e9vitons de conclure h\u00e2tivement et n\u2019arr\u00eatons pas l\u2019analyse en cours de route. Deux facteurs peuvent en effet r\u00e9pondre aux processus pr\u00e9c\u00e9dents et r\u00e9duire l\u2019importance de l\u2019emprise du projet: sa confrontation aux r\u00e9alit\u00e9s sociales et les contre-emprises qu\u2019il peut susciter en retour.<\/p>\n<p class=\"txt-j\">Il est somme toute assez \u00e9tonnant que des experts en management puissent encore croire qu\u2019un projet impos\u00e9 et surajout\u00e9 soit susceptible d\u2019aboutir. Ils devraient bien savoir que les r\u00e9alit\u00e9s sociales ne changent pas de cette fa\u00e7on. Elles demandent plus qu\u2019un discours bas\u00e9 sur un effet de mode, f\u00fbt-il convainquant. Elles ne se transforment pas par une intervention marginale, plaqu\u00e9e, ne pouvant servir que de d\u00e9rivatif ou de cache-mis\u00e8re. Elles supposent enfin des moyens cons\u00e9quents mis en \u0153uvre. \u00c0 d\u00e9faut le projet risque de d\u00e9courager ses propres partisans.<\/p>\n<p class=\"txt-j\">Parmi les moyens cons\u00e9quents, il n\u2019y a pas que l\u2019effort financier. Celui-ci est m\u00eame parfois important et n\u2019emp\u00eache pas un projet, y compris d\u2019envergure, d\u2019\u00e9chouer. Il est en effet n\u00e9cessaire de donner toute leur place aux moyens humains. Cela signifie qu\u2019on ne peut r\u00e9ussir un projet si d\u00e8s le d\u00e9part il s\u2019oppose \u00e0 ceux qui sont concern\u00e9s par lui et qui seront charg\u00e9s de le mettre en place. Dans ce cas, exercer une pression forte, tenter de d\u00e9consid\u00e9rer socialement ceux qui \u00e9mettent la moindre critique, ne peut que susciter une contre-emprise forte, comme nous l\u2019avons montr\u00e9 en mati\u00e8re de r\u00e9action \u00e0 l\u2019emprise analytique (Lemoine, 1994). On peut facilement transposer et \u00e9tendre le mod\u00e8le dans les situations o\u00f9 plusieurs sources d\u2019emprise et de contre-emprise interviennent. Lorsque la pression devient intense, qu\u2019elle s\u2019appuie sur la mise en opposition entre ses repr\u00e9sentants et ceux qui la subissent, le projet devient une source de conflits importants, un enjeu central de la restructuration organisationnelle et un lieu de blocages cons\u00e9quents. Dans ce cadre tr\u00e8s actuel du projet, chacun trouvera facilement un exemple \u00e0 analyser \u00e0 partir de ce mod\u00e8le th\u00e9orique d\u2019ordre g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<h3 class=\"txt-j\"><b class=\"s-titre\"><a name=\"contenu5\"><\/a>Conclusions<\/b><\/h3>\n<p class=\"txt-j\">Si l\u2019on reprend le cheminement parcouru, il appara\u00eet que le statut du projet pr\u00e9sente plusieurs facettes, qui peuvent sembler contradictoires. Moment de construction d\u2019objectifs et par l\u00e0 moyen de mise en confiance fond\u00e9e sur l\u2019effort entrepris pour contr\u00f4ler l\u2019orientation \u00e0 prendre, le projet devient successivement une repr\u00e9sentation illusoire puis une forme d\u2019emprise, source de pression forte sur l\u2019organisation des activit\u00e9s.<\/p>\n<p class=\"txt-j\">\u00c0 y r\u00e9fl\u00e9chir, les deux derniers points ne sont pas si antagonistes, et on peut m\u00eame, en les rapprochant, trouver une place \u00e0 la fonction de repr\u00e9sentation. Celle-ci, au m\u00eame titre que la r\u00e9f\u00e9rence scientifique (Lemoine, 1993) propose un univers de pens\u00e9e attractif, un cadre mental qui d\u00e9finit la fa\u00e7on de percevoir la question. Elle apporte ainsi avec elle la signification des op\u00e9rations en cours. On trouve donc toute l\u2019importance de ce mode de construction du sens qui va devenir la r\u00e9f\u00e9rence normative nouvelle. Comment en effet s\u2019opposer \u00e0 un projet donn\u00e9 comme attractif, positif, indispensable pour am\u00e9liorer la situation? La repr\u00e9sentation joue ainsi un r\u00f4le d\u2019argumentation et de justification des orientations mises en place. Elle permet au projet de devenir contraignant tout en montrant qu\u2019il est irr\u00e9sistible. C\u2019est en ce sens que la repr\u00e9sentation pr\u00e9pare la mise en action et justifie les contraintes impos\u00e9es.<\/p>\n<p class=\"txt-j\">Il reste alors \u00e0 se demander o\u00f9 se trouve le bon usage du projet et comment il peut encore donner confiance sans \u00eatre min\u00e9 par des arri\u00e8res-pens\u00e9es. Quelques pistes, d\u00e9j\u00e0 sugg\u00e9r\u00e9es dans le texte, peuvent \u00eatre esquiss\u00e9es, afin d\u2019ouvrir une perspective sur les conditions de r\u00e9ussite du projet.<\/p>\n<p class=\"txt-j\">La premi\u00e8re est sans doute qu\u2019un \u00ab\u00a0bon\u00a0\u00bb projet ne peut \u00eatre impos\u00e9 de l\u2019ext\u00e9rieur. Son \u00e9laboration demande une concertation avec l\u2019ensemble des int\u00e9ress\u00e9s. Cette formule, en passe de devenir un slogan, suppose une d\u00e9finition de cet ensemble. S\u2019il est r\u00e9duit au fil des difficult\u00e9s rencontr\u00e9es, il g\u00e9n\u00e8re l\u2019exclusion, sanction connue du non-conformisme.<\/p>\n<p class=\"txt-j\">Une seconde condition consiste \u00e0 \u00e9tablir un contrat clair, des objectifs lisibles, des r\u00e8gles non modifiables \u00e0 chaque instant. Seul un fonctionnement de ce type est susceptible de r\u00e9duire la suspicion et de permettre de travailler dans le respect des engagements.<\/p>\n<p>En troisi\u00e8me lieu, pour avoir des chances d\u2019aboutir, un projet a int\u00e9r\u00eat \u00e0 \u00eatre bien d\u00e9fini dans ses \u00e9tapes et dans ses moyens. La mise en place d\u2019un programme d\u00e9taill\u00e9 peut en \u00eatre la traduction concr\u00e8te. Cette exigence de r\u00e9alisme ne peut que conforter l\u2019id\u00e9e qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un projet s\u00e9rieux, cr\u00e9dible, dans lequel on peut s\u2019impliquer.<\/p>\n<p>Pour conclure, il reste \u00e0 avancer l\u2019hypoth\u00e8se que ces consid\u00e9rations sont applicables aussi bien pour la construction d\u2019un projet collectif que pour l\u2019\u00e9laboration d\u2019un projet individuel, m\u00eame si certains processus sont sans doute sp\u00e9cifiques \u00e0 chaque niveau.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><!--fin texte --><\/p>\n<hr align=\"left\" width=\"33%\" \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><!--debut auteur --><\/p>\n<h3 class=\"s-titre\"><span class=\"txt-j\"><a name=\"auteur\"><\/a><\/span>Auteur<\/h3>\n<p><span class=\"txt-j\"> <b>Claude Lemoine <\/b>est professeur au D\u00e9partement de Psychologie de l\u2019Universit\u00e9 de Rouen.<\/span><\/p>\n<p><span class=\"txt-j\">Courriel: <a href=\"mailto:Claude.Lemoine@epeire.univ-rouen.fr\"><u>Claude.Lemoine@epeire.univ-rouen.fr<\/u><\/a> <\/span><\/p>\n<p><!--debut notes --><\/p>\n<h3 class=\"s-titre\"><a name=\"notes\"><\/a>Notes<\/h3>\n<blockquote>\n<ol>\n<li class=\"txt-nj\"><span style=\"font-size: small;\">Ce texte est paru dans <i>Carri\u00e9rologie<\/i>, volume 6, no. 3-4, 1997.<\/span><\/li>\n<\/ol>\n<\/blockquote>\n<p><!--debut abstract --><\/p>\n<h3 class=\"s-titre\"><a name=\"abstract\"><\/a>Abstract<\/h3>\n<p class=\"resume\"><em>The idea of \u201cproject\u201d, which evokes great freedom of possibility, has been too successful. It has become a restrictive, compulsory standard that disqualifies \u201cnon-projects\u201d. Beginning with this paradox, we examine a number of psychosocial processes, some liberating, others alienating, which are associated with the term \u201cproject\u201d. This examination is related to skills assessment, a tool that is remarkably conducive to project development. We review some of the reasons that projects are so attractive and then study what could dash the hopes that have been raised. Finally, we explore the conditions required to save action taken in the turmoil of formulaic fashion.<\/em><\/p>\n<p><!--debut references --><\/p>\n<h3><a name=\"references\"><\/a><span class=\"s-titre\">R\u00e9f\u00e9rences<\/span><\/h3>\n<blockquote>\n<p class=\"txt-nj\">Goguelin, P. et Mitrani, G. (1994). <i>Le management participatif<\/i>. Marseille: \u00c9ditions Hommes et Perspectives, 196\u00a0p.<\/p>\n<p>Lemoine, C. (1990). Ali\u00e9nation. In:<i> L\u2019univers des loisirs<\/i>. Paris: Letouzey et An\u00e9, 37-38.<\/p>\n<p>Lemoine, C. (1993). L\u2019\u00e9valuation en formation, apport scientifique et renouvellement des normes. <i>Revue Europ\u00e9enne<\/i> <i>de Psychologie Appliqu\u00e9e<\/i>; <i>43<\/i>, n\u00b01, 55-59.<\/p>\n<p>Lemoine, C. (1994). <i>Connaissance d\u2019autrui, enjeu psychosocial<\/i>. Publications de l\u2019Universit\u00e9 de Rouen, 232 p.<\/p>\n<p>Lewin, K. (1959<i>). Psychologie dynamique<\/i>. Paris: PUF.<\/p><\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Claude LEMOINE Universit\u00e9 de Rouen Auteur R\u00e9sum\u00e9\u00a0\/\u00a0Abstract L\u2019id\u00e9e de projet, qui \u00e9voque la grande libert\u00e9 des possibles, a trop bien r\u00e9ussi. 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