{"id":6055,"date":"2002-11-21T04:19:45","date_gmt":"2002-11-21T03:19:45","guid":{"rendered":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/?p=6055"},"modified":"2015-11-21T22:16:32","modified_gmt":"2015-11-21T21:16:32","slug":"le-travail-au-feminin-apres-le-mitan-de-la-vie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/2002\/le-travail-au-feminin-apres-le-mitan-de-la-vie\/","title":{"rendered":"Le travail au f\u00e9minin apr\u00e8s le mitan de la vie"},"content":{"rendered":"<p class=\"txt-nj\"><i><b><a href=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/volume08_3-4-20_spain.pdf\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright wp-image-5882 size-full\" src=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2001\/07\/PDF.png\" alt=\"Version PDF\" width=\"50\" height=\"50\" \/><\/a>Armelle Spain, Lucille B\u00e9dard et Lucie Paiement<\/b><\/i> <!--origine-auteur --><\/p>\n<p><i>Centre de recherche interuniversitaire sur l\u2019\u00e9ducation et la vie au travail<br \/>\nUniversit\u00e9 Laval<\/i><\/p>\n<hr width=\"100%\" \/>\n<p><!--lien-auteur --><\/p>\n<p class=\"lien-1\"><a href=\"#auteur\">Auteur<\/a><\/p>\n<p><!--lien-abstract --><\/p>\n<p class=\"s-titre\">R\u00e9sum\u00e9 \/\u00a0<a href=\"#abstract\">Abstract<\/a><\/p>\n<p><!--resume --><\/p>\n<p class=\"resume\">Dans le cadre d\u2019une recherche exploratoire visant \u00e0 comprendre le cheminement de carri\u00e8re de femmes entre 45 et 62 ans, les participantes ont \u00e9t\u00e9 invit\u00e9es \u00e0 exposer leur perception de leur avenir. Les r\u00e9sultats rendent compte de mani\u00e8re descriptive de leur exp\u00e9rience \u00e0 cet \u00e9gard. Cet article met en lumi\u00e8re leur d\u00e9sir imp\u00e9rieux d\u2019activit\u00e9 professionnelle qui bouscule l\u2019id\u00e9e que la vie professionnelle s\u2019arr\u00eate avec le retrait du march\u00e9 du travail. Il montre aussi nettement la fonction r\u00e9v\u00e9latrice et d\u00e9veloppementale du travail pour ces femmes.<\/p>\n<p><!--contenu --><\/p>\n<h3 class=\"s-titre\">Contenu<\/h3>\n<p><!--lien-contenu --><\/p>\n<p><span class=\"lien-1\"><a href=\"#contenu1\">La m\u00e9thode<br \/>\n<\/a><\/span><span class=\"lien-1\"><a href=\"#contenu2\">Les r\u00e9sultats<br \/>\n<\/a><\/span><span class=\"lien-1\"><a href=\"#contenu3\">Discussion<br \/>\n<\/a><\/span><span class=\"lien-1\"><a href=\"#contenu4\">Conclusion<\/a><\/span><\/p>\n<hr align=\"left\" width=\"33%\" \/>\n<p><!--texte --><\/p>\n<p class=\"txt-j\">Dans la lign\u00e9e des travaux effectu\u00e9s par Armelle Spain et son \u00e9quipe depuis plusieurs ann\u00e9es sur le d\u00e9veloppement de carri\u00e8re f\u00e9minin et qui ont mis en lumi\u00e8re le r\u00f4le qu&rsquo;y tient la dimension relationnelle chez des femmes de 17 \u00e0 45 ans, la derni\u00e8re \u00e9tude a port\u00e9 sur le cheminement professionnel de femmes de 45 \u00e0 62 ans. Le but \u00e9tait d&rsquo;identifier et de comprendre leur mani\u00e8re propre de le r\u00e9aliser et de v\u00e9rifier si les m\u00eames aspects fondamentaux reconnus dans les parcours professionnels des plus jeunes &#8211; dimension relationnelle, perspective globale, trajectoire sinueuse &#8211; se retrouvaient chez cette strate d&rsquo;\u00e2ge. Parmi les th\u00e8mes abord\u00e9s, chacune des participantes \u00e0 la recherche fut invit\u00e9e entre autres \u00e0 exposer sa perception de son avenir professionnel. Le propos de cet article se limite \u00e0 ce th\u00e8me en pr\u00e9sentant l&rsquo;exp\u00e9rience m\u00eame des participantes telle qu&rsquo;elles la nomment \u00e0 cet \u00e9gard, donnant ainsi acc\u00e8s \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 actuelle chez des femmes de cet \u00e2ge.<\/p>\n<p class=\"txt-j\">Poser un regard sur la vie professionnelle de femmes qui l&rsquo;ont amorc\u00e9e et poursuivie pour plusieurs d&rsquo;entre elles \u00e0 partir des ann\u00e9es cinquante et soixante, impose de se rappeler le contexte historique dans lequel se situe leur exp\u00e9rience. Comme le soulignent plusieurs chercheures (Betz, 1993; Farber, 1996; Romito, 1997), le rapport des femmes et du travail est influenc\u00e9 tout autant par le milieu socio\u00e9conomique et culturel, par l&rsquo;id\u00e9ologie dominante qui fixe les attentes sur le r\u00f4le des femmes, par la l\u00e9gislation en vigueur que par le march\u00e9 du travail. Le Qu\u00e9bec de cette \u00e9poque \u00e9tait une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 les contraintes en particulier au sujet des femmes et du travail s&rsquo;av\u00e9raient beaucoup plus rigides que maintenant. L&rsquo;ouverture sur le monde, sur des cultures, des moeurs et des fa\u00e7ons de faire diff\u00e9rentes ne s&rsquo;est r\u00e9alis\u00e9e qu&rsquo;\u00e0 la fin des ann\u00e9es soixante avec les premiers effets de la r\u00e9volution tranquille, la tenue de l&rsquo;Exposition universelle et la pouss\u00e9e de revendications f\u00e9ministes (Le collectif Clio, 1982). Par exemple, dans la d\u00e9cennie cinquante, le r\u00f4le des femmes \u00e9tait toujours centr\u00e9 sur les occupations domestiques, familiales et communautaires. Elles \u00e9taient fortement encourag\u00e9es \u00e0 rester \u00e0 la maison, d\u00e8s qu&rsquo;elles se mariaient et pour le reste de leur vie. Pour cette raison, on ne voyait pas l&rsquo;utilit\u00e9 qu&rsquo;adolescentes, elles poursuivent des \u00e9tudes sup\u00e9rieures r\u00e9serv\u00e9es aux gar\u00e7ons qui allaient seuls pourvoir aux besoins \u00e9conomiques de la famille. De plus, le divorce n&rsquo;existait pas dans cette soci\u00e9t\u00e9 et le clerg\u00e9 qui y avait une tr\u00e8s grande influence, prescrivait que la place des femmes se limitait \u00e0 la maison. Par cons\u00e9quent, peu de femmes envisageaient \u00eatre oblig\u00e9es de gagner leur vie une fois mari\u00e9es. Issues d&rsquo;une g\u00e9n\u00e9ration n\u00e9e dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du si\u00e8cle, les participantes \u00e0 la recherche ont grandi aupr\u00e8s de parents anim\u00e9s par cet esprit du temps qui ne favorisait pas le d\u00e9veloppement professionnel des femmes au m\u00eame titre que celui des hommes et elles ont eu en g\u00e9n\u00e9ral, comme mod\u00e8les f\u00e9minins, des m\u00e8res qui r\u00e9pondaient \u00e0 ces prescriptions. Ce n&rsquo;est que dans les ann\u00e9es 1970 et 1980 que le nombre de travailleuses de cette strate d&rsquo;\u00e2ge s&rsquo;est accru (Ackerman, 1990).<\/p>\n<p class=\"txt-j\">La litt\u00e9rature scientifique sur le d\u00e9veloppement de carri\u00e8re des femmes suit la m\u00eame trace historique et les recherches \u00e0 ce sujet sont relativement r\u00e9centes et encore limit\u00e9es (David, 1990; David et Pinard, 1993; Diamond, 1989; Osipow et Fitzgerald, 1996). Traditionnellement fond\u00e9es sur les th\u00e9ories du d\u00e9veloppement humain et en particulier sur la notion d&rsquo;\u00e9tapes de vie li\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge et aux r\u00f4les sociaux, les conceptualisations du d\u00e9veloppement vocationnel \u00e9tablies \u00e0 partir surtout du comportement masculin laissent entendre qu&rsquo;au mitan de la vie, vers 45 ans, les travailleurs atteignent un palier qui conduit par la suite \u00e0 un d\u00e9clin (Atchley, 1997; Canaff, 1997; Gergen, 1990). La compr\u00e9hension du cheminement professionnel des femmes qui ont poursuivi une carri\u00e8re \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur de la maison s&rsquo;est appuy\u00e9e sur ces m\u00eames notions y compris en ce qui a trait au d\u00e9clinement professionnel (Bouffard, Bastin et Lapierre, 1996). En ce qui concerne celles qui ont suivi la voie coutumi\u00e8re, elles sont per\u00e7ues comme ayant \u00e9t\u00e9 sur le march\u00e9 du travail avant leur mariage et tout au plus jusqu&rsquo;\u00e0 la naissance du premier enfant. Par la suite, elles se sont occup\u00e9es de la famille et au mitan de la vie, alors que les enfants ont quitt\u00e9 la maison, elles ont parfois renou\u00e9 avec un travail \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur, en recommen\u00e7ant au bas de l&rsquo;\u00e9chelle (Ackerman, 1990; Andrian, 1994; Betz, 1993; Fodor et Franks, 1990). Il est vrai que depuis deux d\u00e9cennies, les changements sociaux et \u00e9conomiques ont n\u00e9cessit\u00e9 la reconsid\u00e9ration de ces ph\u00e9nom\u00e8nes. De nouvelles perspectives ont marqu\u00e9 l&rsquo;\u00e9tude du d\u00e9veloppement psychologique de l&rsquo;adulte y soulignant parmi d&rsquo;autres aspects, la part active du sujet comme producteur de son propre d\u00e9veloppement (Faltermaier, 1992) et des positions plus nuanc\u00e9es sur la nature du mouvement d\u00e9veloppemental, continu ou discontinu (Riverin-Simard, 1996). Aussi, le concept de cycle de vie consid\u00e9r\u00e9 d\u00e9suet est remplac\u00e9 peu \u00e0 peu par celui plus large de trajectoire biographique (Andrian, 1994; Juby et Le Bourdais, 1995; Riverin-Simard, 1996), o\u00f9 s&rsquo;int\u00e8grent stabilit\u00e9 et changement dans un m\u00eame mouvement d\u00e9veloppemental donnant place \u00e0 une compr\u00e9hension plus riche de la r\u00e9alit\u00e9 humaine. Ce questionnement th\u00e9orique \u00e9claire les concepts de cheminement professionnel et ouvre sur une vision davantage diff\u00e9renci\u00e9e entre autres, en termes de genre. \u00c0 cet \u00e9gard, sans conclure v\u00e9ritablement \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une th\u00e9orie distincte du d\u00e9veloppement vocationnel des femmes, plusieurs chercheurs (Betz et Fitzgerald, 1987; Farber, 1996; Fitzgerald et Crites, 1980; Osipow et Fitzgerald, 1996; Stolz-Loike, 1993) signalent pourtant la plus grande complexit\u00e9 de leur exp\u00e9rience face au travail et sugg\u00e8rent de poursuivre des \u00e9tudes capables d&rsquo;en rendre compte.<\/p>\n<p class=\"txt-j\">Pr\u00e9sentement, le march\u00e9 du travail lui-m\u00eame se transforme et se complexifie offrant des possibilit\u00e9s nouvelles et rendant d\u00e9su\u00e8tes des notions telles que la stabilit\u00e9 de l&#8217;emploi ou la carri\u00e8re lin\u00e9aire et ascendante (Cardinal et L\u00e9pine, 1998; Collin et Watts, 1996; James, 1996; London, 1995; Matz, 1998; Mirvis et Hall, 1996; Morin, 1998; Pauchant, 1996; Roussillon et Bournois, 1997; Seibert, 1996; S\u00e9rieyx, 1993). Davantage encore, les param\u00e8tres socio\u00e9conomiques changent consid\u00e9rablement : l&rsquo;esp\u00e9rance de vie s&rsquo;est \u00e9lev\u00e9e, l&rsquo;\u00e9ducation sup\u00e9rieure est accessible \u00e0 tous, le cadre familial traditionnel a \u00e9clat\u00e9, bref le rapport entre l&rsquo;individu et son environnement s&rsquo;est modifi\u00e9 (Andrian, 1994). Dans ces conditions, comment des femmes qui ont entre 45 et 62 ans per\u00e7oivent-elles leur avenir professionnel?<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\"><a name=\"contenu1\"><\/a>La m\u00e9thode<\/h3>\n<p>Rappelons que cette \u00e9tude s&rsquo;inscrit dans le cadre plus large d&rsquo;une recherche qui, depuis dix ans, porte sur la mani\u00e8re dont se d\u00e9finit un cheminement de carri\u00e8re marqu\u00e9 par la dimension relationnelle tout au long de la vie des femmes. Sur le plan de la m\u00e9thode scientifique, les m\u00eames param\u00e8tres m\u00e9thodologiques ont \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9s. N&rsquo;ayant pas pour but de v\u00e9rifier une th\u00e9orie donn\u00e9e, mais plut\u00f4t de formuler des conceptualisations, des mod\u00e8les ou des hypoth\u00e8ses \u00e9mergeant des r\u00e9sultats, cette recherche se situe dans un contexte de d\u00e9couverte et d&rsquo;exploration (Lessard-H\u00e9bert, Goyette et Boutin, 1996). Il s&rsquo;agit donc d&rsquo;une d\u00e9marche scientifique de nature exploratoire, qualitative et descriptive, ouverte \u00e0 la complexit\u00e9 de la r\u00e9alit\u00e9 observ\u00e9e tout en entra\u00eenant des limites quant \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ralisation des r\u00e9sultats.<\/p>\n<p class=\"txt-j\">Afin d&rsquo;explorer le d\u00e9veloppement professionnel de femmes \u00e2g\u00e9es de 45 \u00e0 62 ans et pour d\u00e9crire les enjeux auxquels elles sont confront\u00e9es au cours de leur vie, un sch\u00e9ma de recherche pr\u00e9-exp\u00e9rimental a \u00e9t\u00e9 retenu (Campbell et Stanley, 1963). \u00c9tant donn\u00e9 le contexte qualitatif et descriptif de la recherche, un \u00e9chantillon par unit\u00e9-type (Chauchat, 1985) a \u00e9t\u00e9 construit. Limit\u00e9 \u00e0 un nombre restreint de 20 personnes, cet \u00e9chantillon, par le rationnel th\u00e9orique qui en guide la construction, assure une repr\u00e9sentation sur toute l&rsquo;\u00e9tendue d&rsquo;\u00e2ges vis\u00e9s.<\/p>\n<p>Le recrutement de ces 20 participantes s&rsquo;est effectu\u00e9 par le biais de communiqu\u00e9s envoy\u00e9s aux m\u00e9dias locaux. Les candidates ont \u00e9t\u00e9 retenues en raison de leur int\u00e9r\u00eat et disponibilit\u00e9 \u00e0 nous rencontrer, de leur \u00e2ge et de leur situation professionnelle actuelle: \u00eatre au travail ou en lien d&#8217;emploi, aux \u00e9tudes, en ch\u00f4mage ou \u00e0 la retraite depuis deux ans ou moins.<\/p>\n<p class=\"txt-j\">La cueillette des donn\u00e9es s&rsquo;est effectu\u00e9e par entrevues individuelles semi-structur\u00e9es (Daunais, 1984) et semi-dirig\u00e9es (Deslauriers, 1991), enregistr\u00e9es et retranscrites int\u00e9gralement. Les participantes avaient comme consigne g\u00e9n\u00e9rale de relater l&rsquo;ensemble de leur vie professionnelle et de pr\u00e9ciser les choix qu&rsquo;elles y ont faits, de quoi et de qui elles ont tenu compte dans ces choix, ce qu&rsquo;elles en ont retir\u00e9 et enfin, le sens qu&rsquo;elles reconnaissent \u00e0 chacune de leurs activit\u00e9s professionnelles. Il a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9 aux participantes et retenu pour l&rsquo;analyse que l&rsquo;ensemble de la vie professionnelle recouvre toutes les exp\u00e9riences reli\u00e9es au travail telles la formation, le b\u00e9n\u00e9volat, les emplois, auxquelles s&rsquo;ajoutent toutes les autres exp\u00e9riences associ\u00e9es au travail par la participante elle-m\u00eame, par exemple, les occupations familiales ou domestiques. Les p\u00e9riodes de ch\u00f4mage sont aussi prises en compte comme \u00e9tant li\u00e9es \u00e0 la vie professionnelle. Une sous-question leur \u00e9tait propos\u00e9e quant \u00e0 leur perception de leur avenir professionnel et ce sont ces donn\u00e9es qui font l&rsquo;objet des r\u00e9sultats pr\u00e9sent\u00e9s ici<b>.<\/b><\/p>\n<p class=\"txt-j\">L&rsquo;\u00e9chantillon inclut 5 travailleuses occupant un emploi r\u00e9gulier \u00e0 temps plein, 4 \u00e0 statut pr\u00e9caire, 2 travailleuses autonomes, une aux \u00e9tudes, une en cong\u00e9 de maladie, 2 en ch\u00f4mage et 5 \u00e0 la retraite. Parmi ces participantes, 10 ont un conjoint, 7 sont s\u00e9par\u00e9es ou divorc\u00e9es et 3 sont c\u00e9libataires. Seize d&rsquo;entre elles ont des enfants dont la moiti\u00e9 les ont encore \u00e0 leur charge. Les femmes mari\u00e9es ont toutes travaill\u00e9 avant de se marier et ont interrompu leurs activit\u00e9s professionnelles soit au moment du mariage, soit au moment de la naissance des enfants pour les reprendre par la suite, \u00e0 l&rsquo;exception d&rsquo;une seule qui n&rsquo;a pas eu d&rsquo;enfant et ne s&rsquo;est pas arr\u00eat\u00e9e de travailler au moment de son mariage. La dur\u00e9e de ces interruptions a vari\u00e9 de quelques semaines \u00e0 six ans. Par rapport aux \u00e9tudes, il faut souligner les trajectoires particuli\u00e8res qu&rsquo;ont connues un grand nombre de participantes. Ainsi, en formation initiale, 2 participantes ont commenc\u00e9 sans les avoir termin\u00e9 leurs \u00e9tudes secondaires, 3 ont obtenu un dipl\u00f4me d&rsquo;\u00e9tudes secondaires ou l&rsquo;\u00e9quivalent, 7 un dipl\u00f4me d&rsquo;\u00e9tudes coll\u00e9giales ou l&rsquo;\u00e9quivalent et 8 un dipl\u00f4me d&rsquo;\u00e9tudes universitaires. Toutefois, toutes les participantes sont retourn\u00e9es aux \u00e9tudes apr\u00e8s leur entr\u00e9e sur le march\u00e9 du travail, 2 pour obtenir un dipl\u00f4me d&rsquo;\u00e9tudes coll\u00e9giales, 13 pour obtenir un dipl\u00f4me d&rsquo;\u00e9tudes universitaires dont pour 8 c&rsquo;\u00e9tait leur premier alors que pour 5, il s&rsquo;agissait d&rsquo;un second dipl\u00f4me dans une autre discipline que celle de leur formation initiale. Enfin, 5 participantes ont suivi des cours \u00e0 divers niveaux pour se perfectionner. Les emplois occup\u00e9s au moment de l&rsquo;entrevue sont vari\u00e9s: secr\u00e9taire, gestionnaire, infirmi\u00e8re, formatrice, consultante en communication, t\u00e9l\u00e9phoniste, professeure, massoth\u00e9rapeute, chef d&rsquo;entreprise.<\/p>\n<p class=\"txt-j\">Les propos des r\u00e9pondantes ont \u00e9t\u00e9 soumis \u00e0 une analyse qualitative rigoureuse et syst\u00e9matique en cinq \u00e9tapes (Spain et Hamel, 1991). Il s&rsquo;agit d&rsquo;une analyse descriptive dont les \u00e9l\u00e9ments proviennent des donn\u00e9es elles-m\u00eames, se distinguant ainsi d&rsquo;une analyse de contenu pour laquelle une grille pr\u00e9alable est \u00e9labor\u00e9e. Parmi les donn\u00e9es recueillies, les \u00e9l\u00e9ments du discours des participantes qui se rapportaient pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 la fa\u00e7on dont elles envisageaient leur avenir professionnel ont fait l\u2019objet de ce type d\u2019analyse et ont conduit aux r\u00e9sultats pr\u00e9sent\u00e9s ici.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\"><a name=\"contenu2\"><\/a>Les r\u00e9sultats<\/h3>\n<p class=\"txt-j\">Pour conclure l&rsquo;\u00e9vocation de leur carri\u00e8re \u00e0 ce jour, les participantes \u00e9taient invit\u00e9es \u00e0 dire comment elles percevaient leur avenir. Rappelons que cinq d&rsquo;entre elles ont d\u00e9j\u00e0 un statut de retrait\u00e9e. Il importe \u00e9galement de tenir compte de l&rsquo;\u00e2ge des participantes qui ont entre 45 et 62 ans et de la conjoncture actuelle du march\u00e9 du travail qui incite \u00e0 la retraite h\u00e2tive des employ\u00e9es et employ\u00e9s plus \u00e2g\u00e9s afin de r\u00e9duire les co\u00fbts de la main-d&rsquo;oeuvre pour devenir plus concurrentiel, de contrer le ch\u00f4mage en particulier chez les plus jeunes et de faciliter la transformation de l&rsquo;organisation du travail (Bellemare, Poulin Simon, Tremblay, 1998). Avec ces conditions comme toile de fond, quelle place tient la vie professionnelle dans l&rsquo;ensemble des sph\u00e8res d&rsquo;activit\u00e9s de leur vie lorsqu&rsquo;elles anticipent l&rsquo;avenir?<\/p>\n<p class=\"txt-j\">Cette perception prend des formes vari\u00e9es selon la situation actuelle de la personne et rend difficile l&rsquo;\u00e9tablissement d&rsquo;une cat\u00e9gorisation ad\u00e9quate tant la diversit\u00e9, l&rsquo;\u00e9tendue et la complexit\u00e9 de projections sont grandes. Ainsi, la majorit\u00e9 des participantes toujours sur le march\u00e9 du travail pensent \u00e0 leur futur professionnel en termes de retraite \u00e9ventuelle. Certaines ont re\u00e7u des offres en ce sens alors que d&rsquo;autres pr\u00e9voient cette d\u00e9cision \u00e0 prendre dans les prochaines ann\u00e9es.<\/p>\n<p class=\"txt-j\">En r\u00e9ponse \u00e0 la question portant sur son avenir professionnel, une participante de 46 ans, propri\u00e9taire de sa propre entreprise depuis quelques ann\u00e9es d\u00e9clare : \u00ab\u00a0j\u2019ai toujours dit que quand je serai \u00e0 la retraite, j\u2019irais prendre un cours d\u2019arch\u00e9ologie&#8230;.puis que j\u2019irais au Mexique, dans le Yucatan, d\u00e9couvrir des pyramides.\u00a0\u00bb Une autre de 55 ans, pigiste, en parlant de sa retraite \u00e9ventuelle : \u00ab\u00a0Il me semble que je vais avoir le go\u00fbt encore de travailler puis de faire des choses (&#8230;) pour me sentir utile. Puis en m\u00eame temps, d\u00e9couvrir une foule d\u2019autres choses.\u201d Une participante de 53 ans, incit\u00e9e \u00e0 prendre une retraite h\u00e2tive avoue : \u00ab\u00a0le travail, pour moi, \u00e7a a toujours \u00e9t\u00e9 une valeur extr\u00eamement importante et l\u00e0, \u00e7a m\u2019oblige \u00e0 me demander si c\u2019est suffisamment important pour que je continue ou bien si je prends la peine de consid\u00e9rer les offres qu\u2019on me fait. (&#8230;) Si c\u2019est \u00e7a ma d\u00e9cision, je veux que ce soit une vie active l\u00e0, apr\u00e8s la vie de travail. Une autre, infirmi\u00e8re de 52 ans parle de son projet de coop\u00e9ration en Am\u00e9rique du Sud, \u00e0 sa retraite : \u00ab\u00a0Il faudrait que je pense \u00e0 ma retraite. Tout le monde en parle.(&#8230;) C\u2019est pas si loin que \u00e7a! &#8230;j\u2019y pense&#8230;je fais d\u2019autres d\u00e9marches pour aller, mettons, en mission l\u00e0, 6 mois, un an. Je sais qu\u2019ils ont besoin d\u2019informations puis mon conjoint, il est d\u2019accord avec \u00e7a, peut-\u00eatre qu\u2019il viendrait aussi. (&#8230;) j\u2019aime \u00e7a aller voir autre chose que ton petit milieu,(&#8230;) savoir ce qui se passe ailleurs, comment les autres fonctionnent ailleurs dans le monde. (&#8230;) Il faut ouvrir nos horizons un peu.(&#8230;) Mon int\u00e9r\u00eat est de toujours aller voir plus loin, de toujours en savoir plus. Une participante de 62 ans envisage ainsi sa retraite prochaine : \u00ab\u00a0Il faut \u00eatre tr\u00e8s clair l\u00e0, il me reste \u00e0 peu pr\u00e8s un an. Alors, \u00e0 mon point de vue, c\u2019est une autre r\u00e9orientation apr\u00e8s (&#8230;) en septembre je vais suivre un cours parce que je vais \u00eatre un peu \u00e0 temps partiel, tu sais pour voir (&#8230;) j\u2019ai une ann\u00e9e encore \u00e0 faire pis elle est pr\u00e9cieuse cette ann\u00e9e-l\u00e0 parce que \u00e7a va \u00eatre mon plan de carri\u00e8re de retraite que je vais tracer\u00a0\u00bb. Une participante de 58 ans r\u00e9fl\u00e9chit \u00e0 propos de sa retraite \u00e9ventuelle : \u00ab\u00a0Il m\u2019a pris beaucoup de temps \u00e0 me faire \u00e0 l\u2019id\u00e9e que je pourrais prendre ma retraite \u00e0 l\u2019\u00e2ge que j\u2019ai l\u00e0 parce que mon mod\u00e8le \u00e0 moi, c\u2019\u00e9tait mon p\u00e8re qui (&#8230;) \u00e0 81 ans, quand il est d\u00e9c\u00e9d\u00e9, une semaine avant il \u00e9tait \u00e0 son bureau. Et pour moi, c\u2019\u00e9tait \u00e7a une vie de travail. Ce n\u2019est pas prendre sa retraite \u00e0 58 ans (&#8230;) je me donne mon ann\u00e9e pour trouver qu\u2019est-ce que je vais avoir envie de faire l\u2019ann\u00e9e d\u2019apr\u00e8s (&#8230;) je me disais je vais mettre sur pieds une firme et je vais prendre du travail \u00e0 contrat. Je suis capable de faire beaucoup de choses.\u201d<\/p>\n<p class=\"txt-j\">Pour ces femmes, la retraite est donc envisag\u00e9e \u00e0 plus ou moins br\u00e8ve \u00e9ch\u00e9ance non pas tant comme une p\u00e9riode de retrait des activit\u00e9s de travail mais davantage comme une transition vers un investissement professionnel qui prendra un autre aspect et qui indique leur d\u00e9sir de demeurer productives.<\/p>\n<p class=\"txt-j\">Pour d&rsquo;autres femmes, les projets d&rsquo;avenir professionnel se construisent autour d&rsquo;une r\u00e9orientation de carri\u00e8re effectu\u00e9e depuis peu.<\/p>\n<p class=\"txt-j\">Une participante mise \u00e0 pied par son employeur, \u00e0 52 ans, s&rsquo;est demand\u00e9 : \u00ab\u00a0Mettons qu&rsquo;il me reste dix, quinze ans \u00e0 travailler, qu&rsquo;est-ce que je veux faire? (Sa d\u00e9cision prise) L\u00e0 commence: travailleure autonome, entrepreneure, ce sur quoi je travaille depuis l\u2019ann\u00e9e pass\u00e9e. Depuis le mois de juin, \u00e7a ne fait pas un an. Je vois que \u00e7a va \u00eatre une autre \u00e9tape compl\u00e8tement diff\u00e9rente.\u201d Une participante de 49 ans qui est \u00e9tudiante \u00e0 plein temps depuis 6 mois : \u00ab\u00a0Je viens de terminer ma premi\u00e8re ann\u00e9e du bacc. (&#8230;) ll me reste deux autres ann\u00e9es \u00e0 faire. (&#8230;) J\u2019aimerais beaucoup faire un certificat en aptitude d\u2019enseignement de langues secondes. C\u2019est une autre ann\u00e9e. \u00c7a n\u2019a pas besoin de suivre tout de suite, \u00e7a peut peut-\u00eatre venir plus tard &#8230; le but que je me donne ce n\u2019est pas de travailler ici au Qu\u00e9bec, c\u2019est les voyages qui reviennent. Je veux aller travailler en Asie, aux \u00c9tats-Unis s&rsquo;il le faut, en Europe.\u201d Une participante de 45 ans qui termine un cong\u00e9 pour \u00e9tudes de ma\u00eetrise, revenue chez son employeur : \u00ab\u00a0nous autres on a une esp\u00e9rance de vie de 80 et quelques, les femmes, je vais en avoir 45, je peux quand m\u00eame pas aller m\u2019asseoir \u00e0 la maison l\u00e0 &#8230; par rapport au r\u00f4le qu\u2019on peut jouer dans la soci\u00e9t\u00e9 pis l\u2019investissement que j\u2019ai fait. (&#8230;) Tu sais, pourquoi j\u2019ai \u00e9tudi\u00e9, je n\u2019ai pas \u00e9tudi\u00e9 pour me dire: eh!, j\u2019ai un dipl\u00f4me, oui, j\u2019ai r\u00e9ussi un dipl\u00f4me. Tu sais, tu veux mettre \u00e7a en pratique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"txt-j\">Pour ces femmes, les changements en voie de se r\u00e9aliser ou m\u00eame d\u00e9j\u00e0 concr\u00e9tis\u00e9s rel\u00e8vent d&rsquo;une confiance en soi et en des comp\u00e9tences acquises et r\u00e9pondent \u00e0 un besoin d&rsquo;accomplissement professionnel plus congruent.<\/p>\n<p class=\"txt-j\">Des participantes esp\u00e8rent pour leur part, poursuivre dans la direction des choix actuels tout en aspirant \u00e0 une nouvelle organisation de leur travail.<\/p>\n<p class=\"txt-j\">Par exemple, une participante de 50 ans, r\u00e9cemment d\u00e9m\u00e9nag\u00e9e et en ch\u00f4mage, est \u00e0 la recherche de travail \u00e0 temps partiel : \u00ab\u00a0je suis pr\u00eate \u00e0 repartir dans quelque chose, mais je ne sais pas quoi encore (&#8230;) J\u2019ai plusieurs ouvertures, j\u2019ai plusieurs choses qui me tentent, dans mon domaine. Je sais qu\u2019ici, [comme dans son lieu de travail ant\u00e9rieur] \u00e7a se fait. Alors l\u00e0 je vais faire des d\u00e9marches dans ce sens-l\u00e0&#8230; avec toutes les approches que je suis all\u00e9e chercher, &#8230; je veux continuer \u00e0 utiliser \u00e7a. (&#8230;) J\u2019ai une personne que je dois contacter &#8230;je vais voir si elle a des ouvertures pour engager quelqu\u2019un d\u2019autre avec elle, \u00e0 temps partiel.\u00a0\u00bb Une participante de 45 ans, contractuelle dans un poste qui ne la satisfait pas compl\u00e8tement r\u00e9fl\u00e9chit sur la fa\u00e7on de r\u00e9pondre \u00e0 ses besoins \u00e0 l&rsquo;avenir : \u00ab\u00a0g\u00e9rer mes heures, g\u00e9rer mon temps. Je ne suis pas dans &#8230;cette \u00e9tape-l\u00e0 de prouver des choses, non. (&#8230;) si je pouvais travailler moins d\u2019heures, \u00e7a ferait mon affaire\u00a0\u00bb [afin d&rsquo;\u00eatre plus avec ses enfants qui grandissent]. Une participante de 50 ans \u00e0 la recherche d&rsquo;un emploi : \u00ab\u00a0Je veux garder mon environnement mais j\u2019aimerais faire du remplacement dans des bureaux, dans des cliniques ou des choses comme \u00e7a. Et puis, je vais retourner \u00e9tudier&#8230; je ne veux pas arr\u00eater d\u2019\u00e9tudier, c\u2019est comme un besoin, \u00e7a me valorise en m\u00eame temps. (&#8230;) \u00e0 partir de septembre, je n\u2019ai pas d\u2019autre engagement que &#8230;d\u2019apprendre et de faire en sorte que \u00e7a serve peut-\u00eatre, effectivement, \u00e0 trouver un travail qui me permettrait de me rendre jusqu\u2019\u00e0 65 ans en travaillant pas forc\u00e9ment 40 heures par semaine mais en faisant quelque chose que j\u2019aime, qui m\u2019apporte un peu d\u2019argent dont j\u2019ai besoin, que je n\u2019aie pas \u00e0 d\u00e9pendre de mon mari \u201c. Une participante de 50 ans en cong\u00e9 de maladie depuis 2 ans : \u00ab\u00a0je devrais retourner &#8230; je ne peux pas &#8230; Alors l\u00e0, j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 que l\u2019an prochain je ne rentre pas c\u2019est certain&#8230; Mais l\u00e0, tu vois, ce n\u2019est pas les sous qui vont m\u2019amener au travail. Il va falloir vraiment que je puisse entrer puis faire une t\u00e2che qui va me convenir parce que je ne suis pas oblig\u00e9e d\u2019y retourner l\u00e0.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"txt-j\">Pour ces femmes, l&rsquo;avenir professionnel est per\u00e7u comme un espace o\u00f9 elles souhaitent s&rsquo;investir et trouver dans une structure de travail plus souple une meilleure qualit\u00e9 de vie et un \u00e9panouissement plus grand.<\/p>\n<p class=\"txt-j\">Deux participantes qui vivent une pr\u00e9carit\u00e9 d&#8217;emploi, ne peuvent pas imaginer ce que leur r\u00e9servera leur future vie professionnelle. Elles sont mobilis\u00e9es par un seul projet: obtenir du travail.<\/p>\n<p class=\"txt-j\">La premi\u00e8re, une femme de 56 ans, poss\u00e9dant un doctorat et qui occupe un emploi pr\u00e9caire sans caisse de retraite d\u00e9clare au sujet de son avenir professionnel : \u00ab\u00a0je n&rsquo;ai aucune certitude et pire que \u00e7a, j&rsquo;ai toujours le doute. Puis, c&rsquo;est une question de fric&#8230;je n&rsquo;ai pas l&rsquo;intention de prendre ma retraite, c&rsquo;est clair.\u201d La seconde, une participante de 48 ans, avec aussi un statut pr\u00e9caire dit ne pas avoir de projets professionnels mais des id\u00e9es : \u00ab\u00a0J\u2019aimerais peut-\u00eatre faire mon cours de coiffeuse. Je suis assez habile, c&rsquo;est un domaine que je n&rsquo;ha\u00efs pas, c&rsquo;est manuel, je peux \u00e9ventuellement devenir mon propre patron, autonome, j&rsquo;aime le contact, j&rsquo;aime les gens &#8230; [mais elle s&rsquo;inqui\u00e8te] d&rsquo;\u00e9tudier encore cinq ans pour te ramasser au bout de la ligne avec rien.\u201d<\/p>\n<p class=\"txt-j\">L&rsquo;incertitude de leur situation professionnelle actuelle voile les perspectives d&rsquo;avenir qu&rsquo;elles pourraient envisager et cela, quelles que soient leurs qualifications. En effet, les dipl\u00f4mes de l&rsquo;une que l&rsquo;autre ne poss\u00e8dent pas ne lui garantissent pas davantage un avenir prometteur.<\/p>\n<p class=\"txt-j\">Enfin, les participantes d\u00e9j\u00e0 \u00e0 la retraite manifestent \u00e9galement des projets d&rsquo;avenir professionnel.<\/p>\n<p class=\"txt-j\">Ainsi, une participante de 62 ans, mise \u00e0 la retraite il y a deux ans est \u00e0 la recherche d&rsquo;un emploi \u00e0 temps partiel en attendant de pouvoir r\u00e9aliser un projet : \u00ab\u00a0J&rsquo;aimerais me partir une petite maison de sant\u00e9 avec des massages, des aliments naturels, un bain flottant. C&rsquo;est vrai, \u00e7a co\u00fbte cher mais je voudrais, ce serait juste assez pour rentrer dans mon argent, pas pour faire de l&rsquo;argent avec \u00e7a et devenir millionnaire. (&#8230;) Pour que tout le monde puisse, n&rsquo;importe quelle classe de monde puisse aller et dire : je vais me reposer.\u201d Une participante de 57 ans, retrait\u00e9e depuis trois mois : \u00ab\u00a0je suis en lune de miel avec ma retraite, c&rsquo;est \u00e9vident, mais je n&rsquo;ai pas pris ma vitesse de croisi\u00e8re encore. \u00c7a va prendre quelques mois mais j&rsquo;ai des id\u00e9es par exemple quant aux plans &#8230; je veux prendre des cours d\u2019espagnol au mois de septembre. Et je pense qu&rsquo;avec trois langues, je mets des petites chances dans ma poche pour les relations publiques. \u00c7a pourrait \u00eatre un contrat pour l\u2019organisation d\u2019un congr\u00e8s, pour l\u2019organisation d\u2019un salon &#8230; un deux jours semaine, trois maximum l\u00e0.\u201d Une participante de 62 ans, retrait\u00e9e de l&rsquo;enseignement depuis 13 ans et tr\u00e8s active dans un domaine de sant\u00e9 alternative jusqu&rsquo;\u00e0 maintenant d\u00e9sire poursuivre ces activit\u00e9s : \u00ab\u00a0moi, je trouve plus important d\u2019aider les gens \u00e0 se prendre en mains&#8230;j\u2019ai choisi d\u2019aider les jeunes familles parce que c\u2019est eux autres qui vont nous remplacer tant\u00f4t.\u201d Une participante de 61 ans, \u00e0 la retraite depuis un an : \u00ab\u00a0Je me suis gard\u00e9e quelques activit\u00e9s je dirais qui gardent les liens avec la vie active. Comme par exemple, je suis depuis trois ans sur le conseil d\u2019administration de [ ] (&#8230;) j\u2019ai \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9e sur deux comit\u00e9s alors \u00e7a veut dire Montr\u00e9al \u00e0 peu pr\u00e8s une fois par mois, de la documentation \u00e0 lire, de la pr\u00e9paration \u00e0 faire, tout \u00e7a, \u00e7a me fait comme garder un peu sur le march\u00e9 du travail.\u00a0\u00bb Une participante de 62 ans, retrait\u00e9e depuis deux ans raconte ainsi ce qu&rsquo;elle a fait apr\u00e8s les trois premiers mois de sa retraite : \u00a0\u00bb j\u2019ai recommenc\u00e9 \u00e0 prendre des cours, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 faire du b\u00e9n\u00e9volat, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 prendre de petits contrats &#8230;[en tenant compte] de ce qui me stimule, de choses qui me valorisent, [c&rsquo;est-\u00e0-dire] sentir que je peux faire avancer du monde, que je peux aider du monde, sentir que je peux \u00eatre utile \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9. (&#8230;) J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 travailler avec un groupe de gens qui venaient d\u2019acheter une franchise &#8230; J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 travailler peu \u00e0 peu avec eux autres &#8230; J\u2019ai commenc\u00e9 beaucoup \u00e0 travailler avec eux l\u2019automne dernier. Et l\u00e0, &#8230; on commence \u00e0 travailler \u00e0 plein temps avec tout \u00e7a! Je travaille pas mal.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"txt-j\">Ces propos de chacune des participantes indiquent d&rsquo;une part qu&rsquo;elles envisagent un avenir professionnel actif et que d&rsquo;autre part, elles l&rsquo;inscrivent dans la continuit\u00e9 de leur d\u00e9veloppement. Certaines souhaitent poursuivre leur investissement dans leur carri\u00e8re de mani\u00e8re \u00e0 y trouver une plus grande conformit\u00e9 avec ce qu&rsquo;elles sont gr\u00e2ce \u00e0 la nouvelle direction qu&rsquo;elles lui ont donn\u00e9. D&rsquo;autres d\u00e9sireraient dans le futur, une plus grande marge de manoeuvre, en particulier dans leur horaire de travail qui leur permettrait d&rsquo;accro\u00eetre leur qualit\u00e9 de vie. Pour celles qui n&rsquo;ont pas acc\u00e8s \u00e0 un emploi stable, cette premi\u00e8re pr\u00e9occupation limite leur capacit\u00e9 de se projeter dans une vie professionnelle \u00e0 venir. Par ailleurs, chez les participantes qui soit ont \u00e9t\u00e9 incit\u00e9es \u00e0 se retirer du march\u00e9 du travail, soit chez celles qui pr\u00e9voient cette \u00e9ventualit\u00e9 prochaine ou encore chez celles qui ont d\u00e9j\u00e0 quitt\u00e9 leur emploi, la retraite est per\u00e7ue comme une p\u00e9riode d&rsquo;activit\u00e9s professionnelles diff\u00e9rentes. Prendre sa retraite ne veut pas dire rompre avec une vie active en lien avec les comp\u00e9tences professionnelles acquises. Au contraire, elles s&rsquo;investissent ou pr\u00e9voient s&rsquo;investir dans un travail b\u00e9n\u00e9vole ou r\u00e9mun\u00e9r\u00e9, dans des cours pour augmenter leur employabilit\u00e9 ou par int\u00e9r\u00eat personnel et m\u00eame dans des projets d&rsquo;entreprise.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\"><a name=\"contenu3\"><\/a>Discussion<\/h3>\n<p class=\"txt-j\">Les participantes interrog\u00e9es qui ont entre 45 et 62 ans, en \u00e9voquant leurs projets professionnels mettent en lumi\u00e8re les attentes et les valeurs qu&rsquo;elles conservent face au travail. Il est certain que compte tenu de la m\u00e9thodologie utilis\u00e9e, leurs propos ne sont pas g\u00e9n\u00e9ralisables \u00e0 l&rsquo;ensemble des travailleuses. N\u00e9anmoins, leur discours soul\u00e8ve des \u00e9l\u00e9ments de compr\u00e9hension du d\u00e9veloppement professionnel qu&rsquo;il est important de souligner. Un premier aspect appara\u00eet ind\u00e9niable: cette dimension de leur vie repr\u00e9sente une sph\u00e8re d&rsquo;activit\u00e9s qui ne cesse d&rsquo;interpeller ces femmes. En effet, quels que soient leur \u00e2ge, leur situation personnelle, leur statut de travailleuse, elles n&rsquo;envisagent pas leur avenir autrement qu&rsquo;actif, sur le plan professionnel. Aucune n&rsquo;indique le d\u00e9sir de rompre, \u00e0 plus ou moins br\u00e8ve \u00e9ch\u00e9ance, avec ce type d&rsquo;occupations. Au contraire, le travail est consid\u00e9r\u00e9 comme un engagement face \u00e0 soi-m\u00eame autant qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des autres. M\u00eame devant une retraite anticip\u00e9e ou commenc\u00e9e, elles voient la n\u00e9cessit\u00e9 de poursuivre un r\u00f4le actif dans leur communaut\u00e9 ou ailleurs. Ces donn\u00e9es rejoignent d&rsquo;autres constats relev\u00e9s par Subich (1998) \u00e0 travers la litt\u00e9rature, \u00e0 propos du d\u00e9sir de femmes dans la cinquantaine de continuer \u00e0 travailler plut\u00f4t que de souhaiter une retraite h\u00e2tive. Chez les participantes \u00e0 la pr\u00e9sente recherche, le besoin exprim\u00e9<b> <\/b>peut \u00eatre mis en lien avec l&rsquo;une des valeurs attribu\u00e9es au travail qui ressort de l&rsquo;analyse de ces r\u00e9sultats, \u00e0 savoir qu&rsquo;il constitue un lieu privil\u00e9gi\u00e9 de r\u00e9alisation de soi. Sur ce plan, ils sont analogues \u00e0 ceux de recherches ant\u00e9rieures men\u00e9es par l&rsquo;\u00e9quipe aupr\u00e8s de femmes plus jeunes (Spain, B\u00e9dard, Paiement, 1997).<b> <\/b>Ici, les femmes envisagent leur futur professionnel comme un espace o\u00f9 elles pourront continuer d&rsquo;utiliser leurs talents et comp\u00e9tences, s&rsquo;ouvrir au monde, cr\u00e9er ou initier des projets, se d\u00e9passer, assumer des responsabilit\u00e9s, affirmer leur identit\u00e9 et leur autonomie mais plus que tout, se d\u00e9velopper, apprendre et d\u00e9couvrir. Pour ces participantes, il semble difficile de concevoir leur avenir sans cette projection dans des activit\u00e9s professionnelles susceptibles d&rsquo;assurer la poursuite de leur d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p class=\"txt-j\">Rappelons que la majorit\u00e9 d&rsquo;entre elles (15\/20) ont 50 ans et plus et viennent d&rsquo;une g\u00e9n\u00e9ration o\u00f9 les filles arr\u00eataient de travailler si ce n&rsquo;est en se mariant, tr\u00e8s certainement \u00e0 la naissance des enfants. \u00c9duqu\u00e9es selon une convenance que le travail ne leur \u00e9tait pas n\u00e9cessaire, elles ont \u00e9prouv\u00e9 le besoin contraire et ont d\u00fb transgresser les r\u00e8gles de l&rsquo;\u00e9poque pour pouvoir y r\u00e9pondre. Cette exp\u00e9rience d&rsquo;affranchissement qui a suppos\u00e9 une d\u00e9termination particuli\u00e8re pour ouvrir la voie et affronter les pr\u00e9jug\u00e9s sociaux d\u00e9favorables, indique combien le travail leur a \u00e9t\u00e9 essentiel dans leur qu\u00eate d&rsquo;\u00e9panouissement.<\/p>\n<p class=\"txt-j\">Li\u00e9 \u00e0 cette premi\u00e8re constatation, le discours des participantes retrait\u00e9es concernant leur volont\u00e9 de poursuivre des occupations d&rsquo;ordre professionnel vient bousculer une id\u00e9e re\u00e7ue qui veut que la vie professionnelle s&rsquo;arr\u00eate avec le retrait du march\u00e9 du travail. D&rsquo;ailleurs, s&rsquo;agit-il vraiment du retrait du march\u00e9 du travail puisque ces femmes \u00e9noncent toutes leur d\u00e9sir quand ce n&rsquo;est pas d\u00e9j\u00e0 une r\u00e9alit\u00e9, de demeurer actives sur le plan professionnel dans un cadre de travail, traditionnel ou non, m\u00eame s&rsquo;il diff\u00e8re de celui qu&rsquo;elles connaissaient auparavant? Les pr\u00e9sents r\u00e9sultats viennent nuancer les propos tenus par Bouffard, Bastin et Lapierre (1996) dont la recherche montrait une baisse d&rsquo;int\u00e9r\u00eat pour la carri\u00e8re chez les travailleuses plus \u00e2g\u00e9es (50-64 ans). Il est vrai que ces auteurs associent la carri\u00e8re exclusivement \u00e0 un travail r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 \u00e0 temps plein. Ici, les participantes manifestent un int\u00e9r\u00eat soutenu pour des activit\u00e9s professionnelles. Bien qu&rsquo;elles anticipent souvent de s&rsquo;y engager \u00e0 l&rsquo;avenir d&rsquo;une mani\u00e8re diff\u00e9rente qui leur assure une plus grande qualit\u00e9 de vie par d&rsquo;autres types d&rsquo;occupations, d&rsquo;autres horaires et d&rsquo;autres statuts, cette diversit\u00e9 est \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9 d&rsquo;un d\u00e9sengagement face au travail.<\/p>\n<p class=\"txt-j\">Ce d\u00e9sir de se maintenir actives chez des retrait\u00e9es est souvent vu dans l&rsquo;opinion populaire comme la motivation qui conduit au b\u00e9n\u00e9volat consid\u00e9r\u00e9 comme une activit\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e gratuitement et sans obligation. En effet, rien dans ce qui pr\u00e9c\u00e8de ne s&rsquo;oppose \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e que ces femmes une fois retrait\u00e9es puissent trouver dans des causes b\u00e9n\u00e9voles mati\u00e8re \u00e0 satisfaire leurs attentes. N\u00e9anmoins, ce sont d&rsquo;activit\u00e9s professionnelles dont elles nous parlent pour l&rsquo;avenir et dans lesquelles elles veulent s&rsquo;investir, quel que soit le contexte o\u00f9 celles-ci s&rsquo;inscriront. Comme si cette dimension \u00e9tait indissociable de leur identit\u00e9 et qu&rsquo;y renoncer signifierait un abandon injustifiable d&rsquo;une part d&rsquo;elle-m\u00eame. Elles sont soucieuses et d\u00e9sireuses de continuer de mettre \u00e0 profit leurs exp\u00e9riences, leurs comp\u00e9tences et leur potentiel professionnels d&rsquo;une mani\u00e8re r\u00e9mun\u00e9r\u00e9e ou non. Cependant, toutes pr\u00e9occup\u00e9es d&rsquo;autonomie financi\u00e8re, la majorit\u00e9 consid\u00e8rent des projets qui leur fourniront un revenu m\u00eame s&rsquo;il devait \u00eatre moindre que celui gagn\u00e9 auparavant. Il est vrai que nous avions nous-m\u00eames propos\u00e9 \u00e0 ces participantes une d\u00e9finition de la vie professionnelle qui englobait le b\u00e9n\u00e9volat (Spain, B\u00e9dard et Paiement, 1998). Nous ne pouvons donc conclure \u00e0 une vision \u00e9largie du travail qu&rsquo;elles auraient ainsi soulign\u00e9e par leur propos. Toutefois, en aucun cas, leur discours n&rsquo;est venu infirmer cette notion pr\u00e9cis\u00e9e par des r\u00e9sultats de recherches ant\u00e9rieures aupr\u00e8s de femmes plus jeunes. Cette persistance \u00e0 consid\u00e9rer l&rsquo;importance du travail au-del\u00e0 de son aspect r\u00e9mun\u00e9rateur, oblige \u00e0 s&rsquo;interroger sur le concept de b\u00e9n\u00e9volat particuli\u00e8rement \u00e0 un moment o\u00f9 les choix sociopolitiques risquent d&rsquo;entra\u00eener un plus grand investissement du secteur b\u00e9n\u00e9vole alors que ce sont les femmes qui l&rsquo;occupent en grande partie. Si celles-ci, retrait\u00e9es ou non, s&rsquo;engagent dans ces occupations de mani\u00e8re professionnelle et que par ailleurs, la soci\u00e9t\u00e9 continue d&rsquo;y voir la r\u00e9alisation d&rsquo;une bonne action li\u00e9e au r\u00f4le convenu de femmes qui ont de la disponibilit\u00e9, n&rsquo;y a-t-il pas l\u00e0 un danger de r\u00e9cup\u00e9ration du travail des femmes? La question n&rsquo;est pas nouvelle mais avec les pr\u00e9sents r\u00e9sultats, elle doit inclure dans la r\u00e9flexion, les voeux de femmes qui se retrouvent de plus en plus nombreuses \u00e0 la retraite mais non retir\u00e9es du travail, malgr\u00e9 leur \u00e2ge.<\/p>\n<p class=\"txt-j\">Sur un autre plan, les r\u00e9sultats montrent que chez ces femmes, le besoin d&rsquo;ouverture aux autres r\u00e9alit\u00e9s, la soif d&rsquo;apprendre, le d\u00e9sir de r\u00e9orienter leur carri\u00e8re tout comme la perception du travail en tant que r\u00e9v\u00e9lateur de soi demeurent des \u00e9l\u00e9ments majeurs qui colorent les projections dans l&rsquo;avenir. Si la vie professionnelle est sans \u00e9quivoque un lieu d&rsquo;accomplissement de soi pour celles-ci, elle repr\u00e9sente \u00e9galement une voie privil\u00e9gi\u00e9e de d\u00e9veloppement. Leur r\u00e9cit \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de l&rsquo;ensemble de leur cheminement professionnel montre un app\u00e9tit d&rsquo;apprendre qui ne diminue pas tout au long de leur parcours, qu&rsquo;elles s&rsquo;efforcent de satisfaire et auquel elles ne renoncent pas pour le futur. Le travail leur a permis de r\u00e9v\u00e9ler, d&rsquo;approfondir et d&rsquo;exploiter de nouvelles facettes d&rsquo;elles-m\u00eames, de pousser plus loin des apprentissages et d&rsquo;acqu\u00e9rir de nouvelles connaissances par lesquelles elles ont enrichi leur identit\u00e9 professionnelle et leur sentiment de r\u00e9alisation de soi. Leur perception du futur se r\u00e9clame de cette imp\u00e9rieuse n\u00e9cessit\u00e9.<\/p>\n<p class=\"txt-j\">Au-del\u00e0 de ce mouvement d\u00e9veloppemental qui s&rsquo;exprime \u00e0 travers ce qui est \u00e9voqu\u00e9 d&rsquo;un avenir professionnel, d&rsquo;autres consid\u00e9rations s&rsquo;imposent. Des participantes ne peuvent \u00e9laborer leur projection dans un avenir professionnel tant la pr\u00e9carit\u00e9 de leur situation les laisse avec une pr\u00e9occupation dominante: obtenir un emploi dans le futur pour pouvoir gagner leur vie. Cette n\u00e9cessit\u00e9 ne met pas en cause leur d\u00e9sir d&rsquo;\u00eatre actives, de s&rsquo;accomplir et de se d\u00e9velopper, elle le surpasse. Ce contexte met en \u00e9vidence les conditions souvent d\u00e9favorables dans lesquelles plusieurs femmes se retrouvent en raison de la discontinuit\u00e9 de leur vie professionnelle li\u00e9e \u00e0 des motifs familiaux, c&rsquo;est-\u00e0-dire la naissance et les soins aux enfants. En effet, n&rsquo;ayant pu accumuler de fonds de retraite int\u00e9ressant au fil d&rsquo;un emploi ininterrompu, elles ne peuvent qu&rsquo;esp\u00e9rer travailler le plus longtemps possible, se voyant dans l&rsquo;incapacit\u00e9 d&rsquo;envisager financi\u00e8rement la retraite. Par ailleurs, d&rsquo;autres femmes qui ont pu \u00e9viter cette impasse, se montrent pr\u00e9occup\u00e9es par leur qualit\u00e9 de vie et souhaitent une vie professionnelle plus compatible avec leur engagement sur d&rsquo;autres plans, par exemple, familial. Elles r\u00e9clament \u00e9galement un plus grand respect de leur rythme. Lorsqu&rsquo;elles peuvent intervenir \u00e0 cet \u00e9gard, elles projettent d&rsquo;organiser leurs activit\u00e9s professionnelles en tenant compte de ces aspects.<\/p>\n<p class=\"txt-j\">Notre soci\u00e9t\u00e9 conna\u00eet le plus haut taux de personnes rendues au mitan de la vie et plus. En 2005, le gouvernement am\u00e9ricain pr\u00e9voit qu&rsquo;une femme au travail sur deux sera dans cette strate d&rsquo;\u00e2ge &#8211; entre 40 et 64 ans &#8211; (McQuaide, 1998). Pourtant, selon l&rsquo;\u00e9tude effectu\u00e9e par cette chercheure, les st\u00e9r\u00e9otypes \u00e0 leur \u00e9gard demeurent pratiquement inchang\u00e9s, n\u00e9gatifs et inexacts. Au Qu\u00e9bec, Bellemare, Poulin Simon et Tremblay (1992, 1998) rel\u00e8vent \u00e9galement la croissance de la pr\u00e9sence des femmes de 45 ans et plus dans la population active, la probabilit\u00e9 que cette tendance demeure et par ailleurs, l&rsquo;opinion g\u00e9n\u00e9rale n\u00e9gative \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de l&rsquo;ensemble de ces travailleurs. Li\u00e9s pour la plupart au sexisme et \u00e0 l&rsquo;\u00e2gisme, ces pr\u00e9jug\u00e9s font croire \u00e0 des employeurs que ces femmes ne veulent plus s&rsquo;investir au travail et ne sont plus int\u00e9ress\u00e9es \u00e0 des formations professionnelles. Les r\u00e9sultats de cette pr\u00e9sente \u00e9tude montrent une r\u00e9alit\u00e9 fort diff\u00e9rente pour des femmes de ces \u00e2ges. Non seulement, elles sont engag\u00e9es dans leur vie professionnelle mais elles d\u00e9sirent continuer de s&rsquo;y d\u00e9velopper dans l&rsquo;avenir, m\u00eame si celui-ci leur est pr\u00e9sent\u00e9 comme une avenue vers la retraite. Cette perspective ne signifie pas pour ces femmes de renoncer \u00e0 des activit\u00e9s professionnelles \u00e0 plus ou moins br\u00e8ve \u00e9ch\u00e9ance mais plut\u00f4t de se retirer d&rsquo;un emploi.<\/p>\n<p class=\"txt-j\">Sur le plan de la recherche, l&rsquo;\u00e9tude du discours de ces femmes soul\u00e8ve des questions importantes par rapport aux th\u00e9ories \u00e9volutives du d\u00e9veloppement vocationnel. Il contredit notamment la notion de courbe biologique du d\u00e9veloppement o\u00f9 les incidences de l&rsquo;\u00e2ge entra\u00eeneraient selon des th\u00e9oriciens tels que Havighurst, Levinson, Super (Bujold, 1989), le d\u00e9clin intrins\u00e8que du d\u00e9sir professionnel qui m\u00e8ne \u00e0 la retraite du march\u00e9 du travail. Les r\u00e9sultats rejoignent davantage la conception de Riverin-Simard quant \u00e0 la permanence du d\u00e9veloppement sur le plan vocationnel (Riverin-Simard, 1984, 1990, 1996). Les actuelles transformations socio\u00e9conomiques contribuent \u00e0 cr\u00e9er une diversit\u00e9 dans la mani\u00e8re d&rsquo;appr\u00e9hender le travail. Les transitions du mitan de la vie ne r\u00e9pondent plus aux m\u00eames conditions et les changements ne s&rsquo;op\u00e8rent plus en fonction d&rsquo;une s\u00e9quence lin\u00e9aire continue. Le retour aux \u00e9tudes \u00e0 des moments vari\u00e9s de leur parcours professionnel chez toutes les participantes \u00e0 cette recherche de m\u00eame que leur d\u00e9sir et leur capacit\u00e9 d&rsquo;\u00eatre actives au-del\u00e0 du cadre \u00e9tabli du travail en sont des exemples. Par cons\u00e9quent, une ouverture et une recherche de conceptualisations qui refl\u00e8teraient davantage la multiplicit\u00e9 et la complexit\u00e9 des exp\u00e9riences devient n\u00e9cessaire.<\/p>\n<h3 class=\"s-titre\"><a name=\"contenu4\"><\/a>Conclusion<\/h3>\n<p class=\"txt-j\">Les propos recueillis dans cette pr\u00e9sente \u00e9tude t\u00e9moignent des perceptions de femmes face \u00e0 leur avenir professionnel qui ne laissent aucun doute au sujet du dynamisme qui les habite. Elles sont le reflet d&rsquo;un mouvement d\u00e9veloppemental o\u00f9 les dimensions personnelles et professionnelles intimement imbriqu\u00e9es les dirigent dans une pouss\u00e9e vers l&rsquo;avant, \u00e0 la poursuite d&rsquo;une continuit\u00e9 d&rsquo;\u00e9volution.<\/p>\n<p class=\"txt-j\">Sans oublier qu&rsquo;en raison de la m\u00e9thodologie choisie, ils ne sont<b> <\/b>pas g\u00e9n\u00e9ralisables \u00e0 l&rsquo;ensemble de la population f\u00e9minine active, il importe aux diff\u00e9rents protagonistes du monde du travail de tenir compte de ces r\u00e9sultats. Ceux-ci laissent voir la n\u00e9cessit\u00e9 de diversifier et d&rsquo;enrichir la mani\u00e8re dont les employeurs et les gestionnaires de personnel consid\u00e8rent les travailleuses de cette strate d&rsquo;\u00e2ge dont le nombre risque de grandement s&rsquo;accro\u00eetre d&rsquo;ici quelques ann\u00e9es. Les intervenantes et intervenants en counseling de carri\u00e8re ont quant \u00e0 eux, la responsabilit\u00e9 de conna\u00eetre et de s&rsquo;ouvrir \u00e0 la multiplicit\u00e9 des exp\u00e9riences et des besoins de cette m\u00eame client\u00e8le, dans le but de l&rsquo;aider plus ad\u00e9quatement. La r\u00e9organisation structurelle du travail dans de nombreux secteurs d&rsquo;activit\u00e9s tout comme le ph\u00e9nom\u00e8ne de la retraite h\u00e2tive conduisent plusieurs travailleuses d&rsquo;exp\u00e9rience et donc plus \u00e2g\u00e9es \u00e0 se r\u00e9orienter et dans ce contexte, les conseill\u00e8res et conseillers en orientation peuvent jouer un r\u00f4le d\u00e9terminant \u00e0 la condition d&rsquo;\u00eatre sensibilis\u00e9s aux enjeux li\u00e9s \u00e0 cette probl\u00e9matique. Les programmes d&rsquo;aide aux employ\u00e9s, le d\u00e9veloppement de carri\u00e8re, le reclassement de la main-d&rsquo;oeuvre, la r\u00e9insertion socioprofessionnelle, la pr\u00e9paration \u00e0 la retraite sont des exemples parmi d&rsquo;autres de domaines qui exigent une connaissance \u00e9clair\u00e9e des significations attribu\u00e9es \u00e0 la vie professionnelle par les individus. Sur un autre plan, la notion de continuit\u00e9 de la trajectoire professionnelle, multidirectionnelle et complexe telle que r\u00e9v\u00e9l\u00e9e par chacune de ces femmes et qui trouve peu d&rsquo;\u00e9cho dans les th\u00e9ories actuelles du d\u00e9veloppement de carri\u00e8re incite \u00e0 poursuivre des recherches capables de traduire ces r\u00e9alit\u00e9s. Enfin, les femmes elles-m\u00eames peuvent profiter de cet \u00e9clairage qui leur permet de r\u00e9aliser la singularit\u00e9 des parcours pas n\u00e9cessairement align\u00e9s sur ce qu&rsquo;il est convenu d&rsquo;appeler la norme et de se lib\u00e9rer d&rsquo;une certaine horloge sociale.<\/p>\n<p class=\"txt-j\">Dans une perspective plus large, les propos recueillis ici entra\u00eenent un questionnement sur la conception m\u00eame de la retraite. Dans la mesure o\u00f9 une distinction importante y appara\u00eet chez ces femmes, entre prendre sa retraite au sens de quitter un emploi et se retirer du travail, c&rsquo;est-\u00e0-dire de toutes activit\u00e9s professionnelles, les r\u00e9sultats am\u00e8nent \u00e0 se demander si la notion de retraite n&rsquo;est pas inad\u00e9quate pour les femmes? Ne serait-il pas opportun de revoir ce concept li\u00e9 \u00e0 la structure actuelle du march\u00e9 du travail, d\u00e9fini \u00e0 une autre \u00e9poque, selon des param\u00e8tres \u00e9conomiques fort diff\u00e9rents de ceux qui pr\u00e9valent aujourd&rsquo;hui et pour une population active bien davantage masculine? D&rsquo;ailleurs, dans une pr\u00e9occupation plus globale du d\u00e9veloppement de carri\u00e8re, il serait utile de v\u00e9rifier la pr\u00e9sence et l&rsquo;incidence de ces notions dans la vie professionnelle des hommes.<b><br \/>\n<\/b><br \/>\nIl appartient \u00e0 tous les acteurs socio-\u00e9conomiques de porter attention et respect aux d\u00e9sirs des travailleuses de cet \u00e2ge et de consid\u00e9rer leur vision du travail afin d&rsquo;\u00e9viter les pi\u00e8ges de l&rsquo;\u00e2gisme et du sexisme et de favoriser dans la collectivit\u00e9 la reconnaissance de diverses modalit\u00e9s d&rsquo;investissement au travail dont certaines insoup\u00e7onn\u00e9es, chez des femmes de 45 ans et plus.<br \/>\n<!--fin texte --><\/p>\n<hr align=\"left\" width=\"33%\" \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><!--debut auteur --><\/p>\n<h3 class=\"s-titre\"><span class=\"txt-j\"><a name=\"auteur\"><\/a><\/span>Auteur<\/h3>\n<p><b>Armelle Spain<\/b>, Ph.D. est professeure \u00e0 la Facult\u00e9 des sciences de l\u2019\u00e9ducation de l\u2019universit\u00e9 Laval et chercheure r\u00e9guli\u00e8re au Centre de recherche interuniversitaire sur l\u2019\u00e9ducation et la vie au travail (CRI\u00c9VAT) de la m\u00eame universit\u00e9.<br \/>\nCourriel: <a href=\"mailto:Armelle.Spain@fse.ulaval.ca\"><u>Armelle.Spain@fse.ulaval.ca<\/u><\/a><\/p>\n<p><span class=\"txt-j\"> <b>Lucille B\u00e9dard<\/b>, M.A., c.o. est directrice de la Clinique de counseling et d\u2019orientation de l\u2019universit\u00e9 Laval.<br \/>\nCourriel: <a href=\"mailto:Lucille.Bedard@fse.ulaval.ca\"><u>Lucille.Bedard@fse.ulaval.ca<\/u><\/a><br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span class=\"txt-j\"> <b>Lucie Paiement <\/b>est consultante et charg\u00e9e de recherche au CRI\u00c9VAT.<\/span><\/p>\n<p><!--debut notes --><\/p>\n<h3 class=\"s-titre\"><a name=\"notes\"><\/a>Notes<\/h3>\n<blockquote><p><span class=\"txt-j\"><span style=\"font-size: small;\">Cet article a \u00e9t\u00e9 produit dans le cadre d\u2019une recherche subventionn\u00e9e par le Conseil de recherche en sciences humaines du Canada CRSH (#410-96-1205).<\/span><\/span><\/p><\/blockquote>\n<p><!--debut abstract --><\/p>\n<h3 class=\"s-titre\"><a name=\"abstract\"><\/a>Abstract<\/h3>\n<p class=\"resume\"><em>Within an exploratory research project aimed at understanding the career paths of some women aged 45 to 62, the participants were invited to expose their perception of their future. The results describe these women\u2019s experience on this issue. This article highlights their strong desire to continue to be professionally active which challenges the idea that a professional life stops when one retires from the labour market. It also shows clearly the developmental role of professional work..<\/em><\/p>\n<p><!--debut references --><\/p>\n<h3><a name=\"references\"><\/a><span class=\"s-titre\">R\u00e9f\u00e9rences<\/span><\/h3>\n<blockquote><p><span class=\"txt-nj\">ACKERMAN, R.J. (1990). Career developments and transitions of middle-aged women. <i>Psychology of Women Quarterly, 14<\/i>, p. 513-530.<\/span><\/p>\n<p>ANDRIAN, J. (1994). Le d\u00e9roulement de la carri\u00e8re professionnelle des femmes \u00e0 la cinquantaine. <i>G\u00e9rontologie et soci\u00e9t\u00e9, 70<\/i>, p. 119-138.<\/p>\n<p>ATCHLEY, R.C. (1997). <i>Social Forces and Aging: An Introduction to Social Gerontology<\/i>. 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