{"id":5997,"date":"2001-10-26T03:17:26","date_gmt":"2001-10-26T02:17:26","guid":{"rendered":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/?p=5997"},"modified":"2015-10-26T03:20:14","modified_gmt":"2015-10-26T02:20:14","slug":"les-ages-et-la-revolution-du-travail","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/2001\/les-ages-et-la-revolution-du-travail\/","title":{"rendered":"Les \u00e2ges et la r\u00e9volution du travail"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"txt-nj\"><b><i><a href=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2015\/10\/volume08_1-2-07_Riverin.pdf\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright wp-image-5882 size-full\" src=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2001\/07\/PDF.png\" alt=\"Version PDF\" width=\"50\" height=\"50\" \/><\/a>Danielle RIVERIN-SIMARD<\/i><\/b><i><br \/>\nProfesseure titulaire, Universit\u00e9 Laval (Qu\u00e9bec)<\/i> <\/span><\/p>\n<hr width=\"100%\" \/>\n<p><strong>Auteur<\/strong><\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 \/\u00a0<a href=\"#abstract\">Abstract<\/a><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La r\u00e9volution du travail propose de grands d\u00e9fis sociaux. L\u2019\u00e9tude des trajectoires professionnelles caract\u00e9ristiques au fil des \u00e2ges a mis en lumi\u00e8re certaines r\u00e9alit\u00e9s qui peuvent contribuer \u00e0 relever ces d\u00e9fis. Dor\u00e9navant, la notion de d\u00e9veloppement vocationnel doit s\u2019appliquer au multi-travail (travail-emploi, volontariat formel et informel) et inclure l\u2019id\u00e9e de m\u00e9ta-orientations. Le brouillage des \u00e2ges ne doit pas \u00eatre confondu avec le brouillage de l\u2019\u00e2ge. Les liens entre l\u2019\u00eatre et le faire, ainsi que leur mouvance au fil des ans, apparaissent fondamentaux. La coh\u00e9sion sociale doit \u00eatre l\u2019objet d\u2019une attention toute particuli\u00e8re.<\/p>\n<h3>Contenu<\/h3>\n<p><a href=\"#contenu1\">Introduction<\/a><br \/>\n<a href=\"#contenu2\">Le brouillage des \u00e2ges mais non pas de l\u2019\u00e2ge<\/a><br \/>\n<a href=\"#contenu3\">Les \u00e2ges et les liens \u00eatre-faire<\/a><br \/>\n<a href=\"#contenu4\">Les \u00e2ges et les m\u00e9ta-orientations<\/a><br \/>\n<a href=\"#contenu5\">Les \u00e2ges et la coh\u00e9sion sociale<\/a><br \/>\n<a href=\"#contenu6\">Conclusion<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<h3><a name=\"contenu1\"><\/a>Introduction<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chaque \u00e9poque exige une red\u00e9finition des coutumes et savoirs acquis. Cette r\u00e9alit\u00e9 est \u00e0 la fois heureuse et stimulante. Il ne faut pas oublier le pass\u00e9. Il faut s\u2019en servir comme guide pour une aventure personnelle et sociale toute nouvelle. Dans le but d\u2019utiliser les connaissances actuelles visant \u00e0 mieux comprendre la r\u00e9volution du travail, plusieurs auteurs pr\u00e9tendent que les nouveaux sens du travail ne peuvent se comprendre que dans une perspective historique \u00e9largie. Par exemple, Fragni\u00e8re (1992) a identifi\u00e9 sept sens du travail, de <i>Adam<\/i> jusqu\u2019\u00e0 nos jours. Les deux derniers sont: un d\u00e9terminant du temps humain (le rythme de la vie humaine est conditionn\u00e9 par le travail-emploi); toute forme d\u2019activit\u00e9s humaines. Ransome (1999) a \u00e9tudi\u00e9 les fondements anthropologiques, \u00e9conomiques, philosophiques et psychologiques du travail tout au long de l\u2019histoire. Il conclut que tous les concepts du travail sont bas\u00e9s sur trois principes fondamentaux reli\u00e9s \u00e0 l\u2019expression: d\u2019un besoin d\u2019action, de la cr\u00e9ativit\u00e9 humaine et d\u2019une activit\u00e9 profond\u00e9ment sociale visant \u00e0 promouvoir la r\u00e9alisation de besoins reconnus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans nos travaux, nous avons \u00e9galement opt\u00e9 pour une lecture historique afin de mieux comprendre la r\u00e9volution du travail. Cependant, il s\u2019agit d\u2019histoires de vie, et non pas de l\u2019histoire sociale du travail. Il s\u2019agit de l\u2019identification des modalit\u00e9s de l\u2019\u00e9volution vocationnelle, au sein m\u00eame de l\u2019instabilit\u00e9 et de la multi-directionnalit\u00e9. D\u00e8s les premi\u00e8res analyses, au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, nous avons observ\u00e9 que l\u2019\u00e9volution vocationnelle adulte, au fil des ans, est \u00e0 la fois chaotique et structur\u00e9e. Elle est chaotique, car elle est essentiellement marqu\u00e9e par le mouvement des remises en question (en alternance sur les finalit\u00e9s ou les modalit\u00e9s) provoqu\u00e9 notamment par le contexte socio-\u00e9comique et son lot d\u2019impr\u00e9visibilit\u00e9s, mais aussi par la r\u00e9appropriation graduelle de sa temporalit\u00e9 au fil des ans. Elle est structur\u00e9e, car elle semble comporter des principes sous-jacents tout comme l\u2019ordre cach\u00e9 de la loi du chaos de Gleik (1990). C\u2019est notamment pourquoi nous avons emprunt\u00e9 la m\u00e9thode de l\u2019it\u00e9ration ou de r\u00e9solution de probl\u00e8me par approximations successives. Cette m\u00e9thode est utilis\u00e9e dans plusieurs domaines scientifiques. Elle nous est apparue comme \u00e9tant pratiquement la seule voie susceptible de d\u00e9tecter une structure sous-jacente au sein de l\u2019irr\u00e9gularit\u00e9. Cette structure exige, pour la d\u00e9couvrir, de parcourir ses d\u00e9dales dans ses aspects les plus insolites, bizarres ou exceptionnels. Nous avons alors investigu\u00e9, au moyen d\u2019entrevues semi-structur\u00e9es, les trajectoires professionnelles d\u2019abord en g\u00e9n\u00e9ral (1984, n= 786), puis selon des variables intra-culturelles (1990) et intra-individuelles (1996, n=941, ou 786 + 155) chez les adultes travailleurs repr\u00e9sentant en 9 groupes d\u2019\u00e2ge (de 23-27 \u00e0 63-67 et +) et ayant v\u00e9cu, ou non, de la discontinuit\u00e9. Puis nous avons effectu\u00e9 une partie des analyses des trajectoires chez des adultes (1998, n=500) ayant tous, cette fois, v\u00e9cu de la discontinuit\u00e9 involontaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais que nous apportent ces analyses it\u00e9ratives relatives aux histoires de vie ou aux trajectoires particuli\u00e8res au fil des \u00e2ges? Comment nous aident-elle \u00e0 mieux comprendre les nouvelles donnes relatives \u00e0 l\u2019\u00e9volution vocationnelle au sein de la r\u00e9volution actuelle du travail?<\/p>\n<h3><a name=\"contenu2\"><\/a>Le brouillage des \u00e2ges mais non pas de l\u2019\u00e2ge<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au XXI\u00e8 si\u00e8cle, on conna\u00eet plusieurs brouillages des \u00e2ges (Boutinet, 1998). Nos travaux le confirment. Des p\u00e8res vont choisir de rester \u00e0 la maison pour s\u2019occuper de leurs jeunes enfants; pourtant, c\u2019\u00e9tait l\u2019\u00e2ge d\u2019\u00eatre sur le march\u00e9 du travail. Des femmes vont donner naissance \u00e0 leurs enfants vers la quarantaine apr\u00e8s avoir fait leurs preuves sur le march\u00e9 du travail; pourtant, c\u2019\u00e9tait l\u2019\u00e2ge de pr\u00e9parer le d\u00e9part du nid familial de leurs enfants rendus \u00e0 la vingtaine. Des personnes vont prendre une retraite vers la quarantaine, d\u2019autres vers la cinquantaine; pourtant la retraite \u00e9tait pr\u00e9vue vers le milieu de la soixantaine. Des gens reviennent vers l\u2019\u00e2ge de soixante-dix ans sur le march\u00e9 du travail; pourtant leur retraite devait \u00eatre entam\u00e9e depuis belle lurette. En ce sens, il y a un brouillage des \u00e2ges. Il s\u2019agit d\u2019un brouillage des \u00e2ges sociaux. Et ces \u00e2ges sont, dans un certain sens, des constructions historiques; ils sont pertinents \u00e0 une certaine culture et \u00e9poque donn\u00e9es. D\u2019ailleurs dans tous nos \u00e9crits, nous avons pris r\u00e9guli\u00e8rement soin de rappeler que l\u2019\u00e2ge \u00e9tait une variable indice et non pas une variable causale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toutefois, et ceci est essentiel, le brouillage des \u00e2ges n\u2019est pas le brouillage de l\u2019\u00e2ge. L\u2019avancement en \u00e2ge, entra\u00eenant une sorte d\u2019exigence de la r\u00e9appropriation de sa temporalit\u00e9 tout au long de sa vie, est un ph\u00e9nom\u00e8ne humain; il n\u2019est pas un ph\u00e9nom\u00e8ne strictement culturel et historique (Pineau, 2000). Son \u00e2ge, il faut l\u2019interpr\u00e9ter, et ce peu importe si cette interpr\u00e9tation se r\u00e9v\u00e8le pro-active et stimulante, ou \u00e0 l\u2019inverse, n\u00e9gative et d\u00e9mobilisante. Nul ne peut \u00e9viter cette interpr\u00e9tation des sentiments d\u2019infinitude, puis de finitude. Par exemple, la transition du milieu de la vie se situait vers la quarantaine \u00e0 la fin du si\u00e8cle dernier. Il est possible qu\u2019elle se situe dor\u00e9navant vers la cinquantaine, ou m\u00eame encore vers la soixantaine, d\u2019ici quelques d\u00e9cennies. Toutefois, personne ne pourra \u00e9viter cette transition du milieu de la vie, ind\u00e9pendamment de l\u2019\u00e2ge chronologique o\u00f9 cette transition se passera. Peu importe l\u2019issue de la r\u00e9volution actuelle du travail, la personne aura toujours \u00e0 se repositionner vis-\u00e0-vis son rapport changeant avec ses temps de vie. Elle sera toujours confront\u00e9e \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de donner un sens \u00e0 sa naissance, \u00e0 son vieillissement et finalement \u00e0 sa mort \u00e9ventuelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon nos r\u00e9sultats pr\u00e9liminaires r\u00e9cents, les \u00e9tapes de vie vocationnelle continuent de traduire des modes h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes de plus en plus complexes de r\u00e9appropriation de sa temporalit\u00e9 tout au long de sa trajectoire. Cependant, comparativement \u00e0 nos travaux ant\u00e9rieurs, les \u00e9tapes doivent \u00e9largir la notion d\u2019activit\u00e9s professionnelles pour int\u00e9grer le multi-travail, c\u2019est-\u00e0-dire le travail-emploi, de m\u00eame que le volontariat formel et informel. L\u2019identit\u00e9 vocationnelle s\u2019\u00e9largit aussi; elle doit comprendre une harmonisation de tous ces engagements sociaux. Et cons\u00e9quemment, la notion de carri\u00e8re doit int\u00e9grer la carri\u00e8re r\u00e9elle et la carri\u00e8re virtuelle. \u00ab\u00a0Volunteers work for the same organizations, in the same structured roles, with some of the same people, often for years. For many individuals, these activities are akin to a career&#8230; \u00a0\u00bb (Grube et al., 2000, p.1108). Par exemple, vers 23-27 ans, c\u2019est l\u2019insertion dans le multi-travail, notamment par le moyen de la poursuite d\u2019\u00e9tudes, ou encore, par l\u2019engagement dans le volontariat formel en vue d\u2019une insertion dans le travail-emploi. Vers 38-42 ans, c\u2019est l\u2019essai de nouvelles lignes directrices relatives surtout au travail-emploi avec une ouverture continue sur le multi-travail. Vers 53-57 ans, c\u2019est la recherche d\u2019une sortie prometteuse en favorisant davantage le volontariat \u00e0 la fois formel et informel. Pr\u00e9cisons ici que la notion de volontariat r\u00e9f\u00e8re \u00e0 celle de Wilson et Musick (1997). Il est une activit\u00e9 productive comme toute autre forme de travail-emploi. Il n\u2019est pas un simple acte de consommation de loisirs. Il comprend l\u2019aspect formel (au sein d\u2019associations distribuant, ou non, un revenu minimal) et informel (soutien aux personnes significatives: les enfants, les parents \u00e2g\u00e9s, les amis et les voisins).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi la personne vocationnellement active est celle qui poursuit son d\u00e9veloppement par le multi-travail et ce, peu importe, si elle est, ou non, \u00e9conomiquement active. Ou encore, la personne vocationnellement active est celle qui cherche \u00e0 se r\u00e9aliser dans le volontariat lorsque la r\u00e9alisation de soi professionnelle est impossible \u00e0 cause d\u2019une absence involontaire du march\u00e9 du travail, ou encore, lorsque cette r\u00e9alisation de soi se traduit plut\u00f4t en une destruction de soi en milieu organisationnel marchand. Dor\u00e9navant on \u00e9voquera moins la question du brouillage des \u00e2ges dans l\u2019\u00e9volution de la carri\u00e8re r\u00e9elle ou virtuelle. On parlera plut\u00f4t d\u2019\u00e9tapes de vie vocationnelle typiques au multi-travail comme autant de modes particuliers de r\u00e9appropriation de sa temporalit\u00e9 au sein m\u00eame de la r\u00e9volution du travail.<\/p>\n<h3><a name=\"contenu3\"><\/a>Les \u00e2ges et les liens \u00eatre-faire<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019\u00e9tude des trajectoires caract\u00e9ristiques, au fil des \u00e2ges, ram\u00e8ne \u00e0 une autre pr\u00e9occupation centrale: celle des liens \u00eatre-faire. Cette pr\u00e9occupation sera toujours pr\u00e9sente au sein des grands d\u00e9fis sociaux pr\u00e9vus pour les premi\u00e8res d\u00e9cennies du XXI\u00e8 si\u00e8cle. Car les liens entre l\u2019\u00eatre et le faire sont fondamentaux \u00e0 la mobilisation de l\u2019humain dans pratiquement tout projet de vie et dans toute p\u00e9riode de l\u2019histoire pass\u00e9e, pr\u00e9sente ou \u00e0 venir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon nos travaux (1996; 1998), il y a deux savoirs (savoir-faire et savoir-\u00eatre) vocationnels qui sont prioris\u00e9s, chacun, par trois types de personnalit\u00e9. Ces savoirs renvoient \u00e0 deux modes de rapports au monde du travail: aux choses et aux personnes. Le savoir-faire vocationnel entretient un rapport privil\u00e9gi\u00e9 au monde du travail au moyen surtout de choses. Elles sont de nature diverse selon que ce savoir-faire se qualifie de: 1. <i>coop\u00e9ratif<\/i> (le type conventionnel fournit des informations, telles des rapports administratifs ou financiers, proc\u00e8de \u00e0 la saisie de donn\u00e9es dans le but d\u2019apporter son concours au soutien de l\u2019organisation, etc.); 2. <i>technique<\/i> (le type r\u00e9aliste utilise des outils, de la machinerie, entre autres, pour transformer la mati\u00e8re); 3. <i>investigatif<\/i> (le type investigateur jongle avec des id\u00e9es et donn\u00e9es dans le but, entre autres, de d\u00e9couvrir, diagnostiquer le fonctionnement des \u00e9l\u00e9ments (choses, personnes) qui les entourent. Pour sa part, le savoir-\u00eatre vocationnel entretient un rapport privil\u00e9gi\u00e9 au monde du travail surtout avec des personnes. Ces sous-groupes de personnes varient selon que ce savoir-\u00eatre vocationnel se qualifie de: 1. <i>relationnel<\/i> (le type social oeuvrant aupr\u00e8s des assist\u00e9s sociaux, \u00e9tudiants, patients de clinique psychologique); <i>2. persuasif<\/i> (le type entreprenant s\u2019affairant aupr\u00e8s des clients, des partisans politiques); <i>3. artistique<\/i> (le type artistique qui tient notamment compte d\u2019un public de spectateurs, de lecteurs, de connaisseurs, ou encore de collectionneurs).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette relation, soit aux personnes, soit aux choses, confirme plusieurs \u00e9crits. Citons les travaux de Roe (1990), les observations de Prediger et Vansickle (1992), la distinction de Arendt (1994) entre <i>l\u2019action<\/i> et <i>l\u2019\u0153uvre<\/i>. Ce que nos travaux ont d\u00e9cel\u00e9 de suppl\u00e9mentaire, toutefois, est le fait suivant. Les deux savoirs vocationnels n\u2019occultent en rien ni le faire, ni l\u2019\u00eatre. Ces deux savoirs expriment plut\u00f4t deux liens diff\u00e9rents, et oppos\u00e9s, entre l\u2019\u00eatre et le faire. Ces principes sont: <i>je suis, donc je fais<\/i> et <i>je fais, donc je suis<\/i>. Ces liens entre l\u2019\u00eatre et le faire sont tr\u00e8s importants. Le \u00ab\u00a0verbe faire exprime l\u2019une des cat\u00e9gories les plus fondamentales de l\u2019existence&#8230; faire implique une transcendance de l\u2019\u00eatre par rapport \u00e0 lui-m\u00eame&#8230; un mouvement par lequel il se fait autre tout en restant soi\u00a0\u00bb (Henriot, 1989. p.947).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les deux principes vocationnels reposent sur les propri\u00e9t\u00e9s de la compr\u00e9hension (ou de l\u2019int\u00e9riorit\u00e9), de l\u2019ant\u00e9riorit\u00e9 (ou de la post\u00e9riorit\u00e9) et de la positivit\u00e9 (ou de la n\u00e9gativit\u00e9) du <i>je suis<\/i> (ou du <i>je fais<\/i>) par rapport au <i>je fais<\/i> (ou au <i>je suis<\/i>).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voyons tout d\u2019abord les propri\u00e9t\u00e9s de la compr\u00e9hension et de l\u2019int\u00e9riorit\u00e9. Prenons le cas de la personne qui adh\u00e8re au principe <i>je fais, donc je suis<\/i>. Pour elle, affirmer qu\u2019elle pose des gestes (i.e. qu\u2019elle \u00ab\u00a0fait\u00a0\u00bb), signifie presque n\u00e9cessairement qu\u2019elle r\u00e9v\u00e8le qui elle est. Car, pour elle, l\u2019\u00eatre est compris dans le faire: si je fais, je suis. Elle aura souvent tendance \u00e0 oublier de faire valoir ses caract\u00e9ristiques personnelles. Cette tendance peut \u00eatre tr\u00e8s nuisible, notamment en entrevue de s\u00e9lection. Prenons maintenant le cas de la personne qui priorise le principe <i>je suis, donc je fais<\/i>. Si elle affirme, par exemple, qu\u2019elle est efficace, c\u2019est, pour elle, presque n\u00e9cessairement la preuve de son efficacit\u00e9. Car pour elle, le faire est compris dans l\u2019\u00eatre: si je suis, je fais. Elle aura ainsi tendance \u00e0 oublier de fournir des preuves confirmant ses caract\u00e9ristiques personnelles. Cette tendance peut \u00eatre tout aussi nuisible en entrevue de s\u00e9lection. Ainsi tant qu\u2019on se repr\u00e9sente cette int\u00e9riorit\u00e9 ou cette compr\u00e9hension de l\u2019\u00eatre par rapport au faire, ou vice-versa, l\u2019\u00e9volution vocationnelle optimale demeure plus \u00e9loign\u00e9e. Car chacune des deux r\u00e9alit\u00e9s comporte sa part d\u2019incompl\u00e9tude.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voyons maintenant les propri\u00e9t\u00e9s de l\u2019ant\u00e9riorit\u00e9 et de la post\u00e9riorit\u00e9. Selon le principe <i>je suis, donc je fais<\/i>, d\u00e8s que la personne est sous tension, elle croit que c\u2019est la d\u00e9finition de soi, la d\u00e9finition de son \u00eatre, qui est la principale cause de son action professionnelle. Et c\u2019est seulement \u00e0 partir de cette d\u00e9finition, pense-t-elle, qu\u2019elle pourra graduellement se remettre en action, planifier des projets, interagir avec le milieu. Par contre, selon le principe <i>je fais, donc je suis<\/i>, ce sont surtout les produits r\u00e9alis\u00e9s (le faire) qui causent ou r\u00e9v\u00e8lent les caract\u00e9ristiques de l\u2019\u00eatre&#8230; et non pas l\u2019inverse, comme dans l\u2019autre principe. C\u2019est aussi le principe vocationnel dominant de la soci\u00e9t\u00e9 actuelle. Comme on le sait, le march\u00e9 du travail exige souvent que la personne pr\u00e9sente la preuve de ses r\u00e9alisations professionnelles avant m\u00eame de lui reconna\u00eetre des qualit\u00e9s personnelles la rendant \u00e9ligible \u00e0 un emploi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voyons, enfin, les propri\u00e9t\u00e9s de la positivit\u00e9 et de la n\u00e9gativit\u00e9. Comme les principes sont deux contraires, il y en a toujours un qui repr\u00e9sente un aspect de positivit\u00e9 par rapport \u00e0 l\u2019autre. Et l\u2019autre rev\u00eat, pour la personne, un aspect de n\u00e9gativit\u00e9 \u00e0 \u00e9viter. Cependant, au fil des ans, l\u2019aspect n\u00e9gatif de cet oppos\u00e9 en vient graduellement \u00e0 se traduire en une n\u00e9cessit\u00e9 \u00e0 int\u00e9grer. Toutefois, pour une grande partie de la vie, le principe vocationnel oppos\u00e9 joue un r\u00f4le important. Il l\u00e9gitime le principe vocationnel prioris\u00e9. Nous cherchons \u00e0 \u00e9viter les oppos\u00e9s, ou encore, nous sommes contraints \u00e0 ne pas les refuser. Cependant ne pas refuser les oppos\u00e9s est un effort qui est impos\u00e9 par les circonstances \u00e0 tout \u00e2ge. Mais chercher \u00e0 int\u00e9grer les oppos\u00e9s est un tout autre processus. C\u2019est une d\u00e9marche profonde d\u2019harmonisation qui est volontaire, et saisie comme telle, apr\u00e8s la transition du mitan de la vie. D\u00e8s lors les oppos\u00e9s s\u2019estompent. L\u2019oppos\u00e9 n\u2019est plus un ennemi. Il ne rev\u00eat plus un caract\u00e8re de n\u00e9gativit\u00e9. Il devient un bienfait compl\u00e9mentaire qu\u2019il faut rechercher. Le nouvel ennemi, ou le nouvel oppos\u00e9, devient plut\u00f4t le refus de s\u2019engager dans ce processus d\u2019int\u00e9gration.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais pour une grande partie de la vie vocationnelle, il faut d\u2019abord saisir ces repr\u00e9sentations d\u2019ant\u00e9riorit\u00e9, de compr\u00e9hension et de positivit\u00e9 de l\u2019\u00eatre, ou du faire, avant m\u00eame d\u2019atteindre un stade d\u2019\u00e9volution de plus en plus optimale. Et ce dernier stade, apparaissant surtout lors de la derni\u00e8re partie de la vie vocationnelle, est celui o\u00f9 on est parvenu \u00e0 d\u00e9passer, ou \u00e0 transcender, ces m\u00eames repr\u00e9sentations. D\u2019o\u00f9 l\u2019importance des enjeux des diff\u00e9rents liens \u00eatre-faire, au fil des ans, ou tout au long de la vie vocationnelle. Et cette importance est toute particuli\u00e8re dans la r\u00e9volution actuelle du travail o\u00f9 la notion m\u00eame de travail doit s\u2019\u00e9largir \u00e0 des aspects fondamentaux, ou transhistoriques, comme ceux des liens \u00eatre-faire.<\/p>\n<h3><a name=\"contenu4\"><\/a>Les \u00e2ges et les m\u00e9ta-orientations<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chaque personne, \u00e9tant donn\u00e9 son existence m\u00eame, et l\u2019unicit\u00e9 de cette existence, poursuit plus ou moins consciemment des m\u00e9ta-orientations vocationnelles. C\u2019est ce qui se d\u00e9gage avec encore plus de clart\u00e9 de nos r\u00e9cents travaux (1998). Ces orientations, qui ont certes \u00e0 se red\u00e9finir au fil des \u00e2ges, entretiennent une relation symbiotique avec l\u2019identit\u00e9 de la personne et son projet existentiel. Ces m\u00e9ta-orientations sont en harmonie avec sa personnalit\u00e9: avec la couleur, la richesse et l\u2019originalit\u00e9 de cette personnalit\u00e9. Elles r\u00e9v\u00e8lent les aspirations les plus profondes de l\u2019individu et annoncent l\u2019orientation globale poursuivie. Les m\u00e9ta-orientations vocationnelles apportent une certaine fra\u00eecheur au quotidien. Elles remettent les r\u00eaves au premier plan.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces m\u00e9ta-orientations diff\u00e8rent largement d\u2019un individu \u00e0 l\u2019autre. Mais, selon nos travaux, il ne faut pas interpr\u00e9ter ces divergences comme un rejet du principe de la pouss\u00e9e intrins\u00e8que continue du d\u00e9veloppement. Par exemple, McCrae et Costa (1990, p.17) pr\u00e9tendent que les finalit\u00e9s des d\u00e9veloppementalistes sont, en un sens, non seulement divergentes, mais contradictoires. Selon ces auteurs, ces m\u00e9ta-orientations viseraient \u00e0 en arriver \u00e0 \u00eatre tant\u00f4t plus pr\u00e8s de la r\u00e9alit\u00e9 (Gould), tant\u00f4t davantage en retrait de celle-ci (Gutman). Elles s\u2019\u00e9chelonneraient jusqu\u2019\u00e0 l\u2019atteinte de la sagesse (Erikson) ou se limiteraient aux alentours de la cinquantaine (Gould; Levinson). Elles guideraient les gens vers des formes de d\u00e9fense plus sophistiqu\u00e9es (Vaillant) alors que d\u2019autres se dirigeraient vers des d\u00e9fenses davantage primitives (si l\u2019on songe \u00e0 la r\u00e9action peu positive des personnes \u00e2g\u00e9es vis-\u00e0-vis leur d\u00e9tresse) (Pfeiffer). Enfin ces finalit\u00e9s conduisent vers un d\u00e9clin (B\u00fchler; Super) ou vers un accroissement stable vers l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 (Neugarten).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nos travaux laissent observer, rappelons-le, que les divers types de personnalit\u00e9 vocationnelle \u00e9voluent tous ultimement vers un processus d\u2019int\u00e9gration partielle des oppos\u00e9s. Et les contenus de ce processus varient sensiblement de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre; il va donc de soi que les m\u00e9ta-orientations soient, en un sens, tr\u00e8s diff\u00e9rentes. Par exemple, apr\u00e8s la transition du mitan de la vie, un type de personnalit\u00e9 vise \u00e0 int\u00e9grer tel oppos\u00e9, et un autre type, tel autre oppos\u00e9. Avec des processus d\u2019\u00e9volution pourtant similaires ayant des contenus fort vari\u00e9s et, en un sens fort divergents, il s\u2019ensuit forc\u00e9ment que les finalit\u00e9s de l\u2019\u00e9volution vocationnelle sont, non seulement diff\u00e9rentes, mais peuvent appara\u00eetre contradictoires. Pourtant elles ne font que refl\u00e9ter l\u2019unicit\u00e9 de chaque type de personnalit\u00e9, ou encore, de chaque personne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 la lumi\u00e8re de nos r\u00e9sultats, nous nous demandons, par ailleurs, si les chercheurs, cit\u00e9s par McCrae et Costa et mis en contradiction par ceux-ci, n\u2019auraient pas analys\u00e9 les donn\u00e9es d\u2019un \u00e9chantillon dont la repr\u00e9sentativit\u00e9 de l\u2019un et l\u2019autre types de personnalit\u00e9 vocationnelle varierait grandement ? Si oui, il serait ainsi fort explicable qu\u2019ils aient pu observer des m\u00e9ta-orientations divergentes. Et les contradictions relev\u00e9es par McCrae et Costa seraient plut\u00f4t l\u2019indice d\u2019une \u00e9volution, empruntant, au fil des ans, un processus relativement similaire (\u00e9vitement des oppos\u00e9s puis int\u00e9gration de ceux-ci \u00e0 titre compl\u00e9mentaire), mais avec des contenus fort divergents. Et cet indice \u00e9volutif semble tr\u00e8s r\u00e9v\u00e9lateur des trajectoires multidirectionnelles caract\u00e9ristiques qui se d\u00e9ploient au sein m\u00eame de la r\u00e9volution du travail.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans l\u2019\u00e9conomie post-marchande, particuli\u00e8re aux premi\u00e8res d\u00e9cennies du XXIe si\u00e8cle, les personnes ont plus que jamais \u00e0 se donner une existence sociale par le biais de m\u00e9ta-orientations vocationnelles. Ces orientations, susceptibles de se poursuivre dans une carri\u00e8re r\u00e9elle ou virtuelle, sont l\u00e0 afin de donner du sens: un sens \u00e0 sa vie, un sens \u00e0 son existence sociale. Le d\u00e9veloppement vocationnel sera plus intense, et surtout le nouveau contrat social mieux respect\u00e9, si la personne per\u00e7oit mieux, gr\u00e2ce \u00e0 la d\u00e9finition et \u00e0 la red\u00e9finition de ses m\u00e9ta-orientations, la continuit\u00e9 et l\u2019int\u00e9gration temporelles des diverses transitions vocationnelles. Ces orientations stimulent la personne \u00e0 tenter, malgr\u00e9 de nombreux obstacles, de constamment red\u00e9finir un projet vocationnel, au sein m\u00eame du multi-travail. Ainsi cette r\u00e9alit\u00e9 des m\u00e9ta-orientations vocationnelles, valables pour tout travail (travail-emploi, volontariat formel et informel), doit retenir encore davantage l\u2019attention des praticiens comme les conseillers-\u00e8res d\u2019orientation et les formateurs-trices d\u2019adultes.<\/p>\n<h3><b><a name=\"contenu5\"><\/a>Les \u00e2ges et la coh\u00e9sion sociale<\/b><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019\u00e9largissement de la notion du travail (travail-emploi, volontariat formel et informel), propos\u00e9 par nos plus r\u00e9cents travaux, pose notamment la question complexe de la coh\u00e9sion sociale. Mais signalons tout d\u2019abord que cet \u00e9largissement rejoint plusieurs \u00e9tudes. Il y a notamment celles de Cannon (1997), de Collins et Young (2000). Ces \u00e9tudes concluent que les jeunes con\u00e7oivent le travail-emploi comme un moyen parmi d\u2019autres de d\u00e9velopper des connaissances et des comp\u00e9tences. Il y a \u00e9galement les \u00e9tudes de Hall et al. (1998), du SACA (2000) et de Skocpol et al. (2000); elles signalent l\u2019engagement respectif des Canadiens, des Qu\u00e9becois et des Am\u00e9ricains dans le volontariat dans toutes ses formes. Celles-ci soulignent aussi la conception mutualiste des retomb\u00e9es positives que les gens con\u00e7oivent entre l\u2019inscription dans le travail-emploi et le volontariat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019\u00e9largissement de la notion du travail propos\u00e9 par nos travaux correspond aussi \u00e0 deux conceptions qui s\u2019opposent sur le sens accord\u00e9 au travail. Il y a tout d\u2019abord celle de la centralit\u00e9 du travail-emploi. Celle-ci int\u00e8gre les \u00e9conomies marchande et sociale (Rifkin, 1997). Les gens re\u00e7oivent un salaire marchand (d\u00e9termin\u00e9 selon l\u2019offre et la demande) ou social (revenu minimal distribu\u00e9 par les associations \u00e0 but non lucratif). La coh\u00e9sion sociale y serait en un sens assur\u00e9e, car il y aurait valorisation du travail effectu\u00e9 dans les deux \u00e9conomies. Toutefois, cette conception de la centralit\u00e9 du travail-emploi est fortement critiqu\u00e9e: elle intensifie et structure \u00e0 la fois la soci\u00e9t\u00e9 duale (Meda &amp; Schor, 1997). La seconde vision du sens accord\u00e9 au travail pr\u00e9tend que c\u2019est d\u00e9sormais le temps lib\u00e9r\u00e9 qui va structurer la soci\u00e9t\u00e9 (Grube et al., 2000). Cette seconde vision est relative au multi-travail, et tout particuli\u00e8rement au volontariat \u00e0 la fois formel et informel. Tous y re\u00e7oivent un salaire en provenance de l\u2019\u00e9tat, suite \u00e0 la redistribution des richesses. Les gens offrent volontairement leurs multiples formes de travail selon leurs int\u00e9r\u00eats et comp\u00e9tences. Ils sont reconnus socialement pour leur apport. Surtout, selon ses tenants, cette soci\u00e9t\u00e9 du multi-travail permettrait d\u2019assurer la coh\u00e9sion sociale (Meda &amp; Schor, 1997) parce qu\u2019elle \u00ab\u00a0permet \u00e0 tous les citoyens d\u2019exercer des activit\u00e9s socialement utiles, conf\u00e9rant dignit\u00e9 et reconnaissance\u00a0\u00bb (Rosanvallon, 1995, p.125). Toutefois, cette vision du multi-travail est fortement critiqu\u00e9e. Elle correspondrait \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019utopisme des communautaristes ou des \u00e9galitaristes\u00a0\u00bb (L\u00e9tourneau, 1997, p.208).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette double conception, que l\u2019on retrouve chez les adultes interview\u00e9s de diff\u00e9rents \u00e2ges, est source d\u2019inqui\u00e9tude, notamment au regard de la coh\u00e9sion sociale. On sait que la question du rapport au travail-emploi est au centre m\u00eame de la probl\u00e9matique de l\u2019exclusion ou de la fracture sociale (Clavel, 1998). D\u2019ailleurs, \u00ab\u00a0le grand bouleversement \u00e0 l\u2019heure actuelle est sans contredit la remise en cause du travail-emploi, comme principe fondateur de l\u2019ordre social et de ses repr\u00e9sentations\u00a0\u00bb (Sue, 1992, p.123). Les observations de ces sens contradictoires accord\u00e9s au travail pourrait ainsi faire craindre le pire et le meilleur dans un contexte de p\u00e9nurie d\u2019emplois. Le pire serait des risques r\u00e9els de r\u00e9voltes civiles contre le pouvoir politique et \u00e9conomique (Rifkin, 1997): \u00ab\u00a0la crise n\u2019est pas seulement \u00e9conomique: le tissu social et culturel est lui-m\u00eame atteint\u00a0\u00bb (Clavel, 1998, p.21). Le meilleur serait le renforcement des liens unissant les individus gr\u00e2ce \u00e0 de nouveaux consensus sur le sens du travail (M\u00e9da et Schor, 1997). Mais le probl\u00e8me de la r\u00e9mun\u00e9ration demeure crucial. Un salaire marchand, un salaire social ou encore un revenu minimal en provenance de l\u2019\u00e9tat, sont source de grandes disparit\u00e9s \u00e9conomiques et aussi sociales. Comme le signalent nos travaux, et d\u2019autres \u00e9tudes, autant les personnes souhaitent s\u2019investir dans le multi-travail (Hall et al.,1998), et d\u00e9velopper ainsi une identit\u00e9 multiactive (Grube et al., 2000), autant la grogne et le d\u00e9couragement se manifestent \u00e0 une vitesse et \u00e0 une ampleur exponentielles devant l\u2019angoisse de la survie (Eisenberg, 2000).<\/p>\n<h3><b><a name=\"contenu6\"><\/a>Conclusion<\/b><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">La question des toutes nouvelles donnes du d\u00e9veloppement vocationnel adulte est tr\u00e8s importante. Elle se r\u00e9percute notamment sur une question soci\u00e9tale grave et complexe. Ces nouveaux sens du travail au fil des ans (travail-emploi ou multi-travail) s\u2019av\u00e8rent-ils des indices de coh\u00e9sion ou de fracture sociales? Comme on le sait, la coh\u00e9sion sociale (la nature et la force des liens qui unissent les membres de la collectivit\u00e9) passe d\u00e9sormais au premier plan des pr\u00e9occupations individuelles et socio-\u00e9conomiques (Union Europ\u00e9enne, 1997). C\u2019est pourquoi les praticiens et les chercheurs en provenance de toutes les sciences humaines sont sollicit\u00e9s pour \u00e9clairer cette probl\u00e9matique cruciale. Le domaine du d\u00e9veloppement et du counseling de carri\u00e8re, de m\u00eame que celui de la formation continue, ne font pas exception. Ils doivent continuer \u00e0 apporter une contribution compl\u00e9mentaire des plus importantes \u00e0 cette priorit\u00e9 collective. Il importe donc de surveiller de tr\u00e8s pr\u00e8s les nouveaux sens du travail, gr\u00e2ce notamment aux histoires de vie vocationnelle. Toute nouvelle tendance en \u00e9mergence, susceptible de se g\u00e9n\u00e9raliser, doit faire l\u2019objet d\u2019une attention toute particuli\u00e8re. Car elle aura des r\u00e9percussions ind\u00e9niables sur la coh\u00e9sion sociale ainsi que sur le d\u00e9veloppement personnel et vocationnel des citoyens. La variable \u00e2ge, ainsi que toute autre variable pr\u00e9cisant les trajectoires caract\u00e9ristiques des sous-groupes d\u2019adultes, doivent continuer \u00e0 \u00eatre investigu\u00e9es de tr\u00e8s pr\u00e8s afin d\u2019\u00eatre en mesure de proposer des politiques soci\u00e9tales fines susceptibles de contribuer \u00e0 relever les d\u00e9fis sociaux propos\u00e9s par la r\u00e9volution du travail. Rappelons-le, dans les grands bouleversements collectifs, ce sont pr\u00e9cis\u00e9ment de telles recherches bas\u00e9es sur les trajectoires caract\u00e9ristiques, de m\u00eame que celles apparent\u00e9es aux sociologies du sujet (Ransome, 1999), qui peuvent le mieux rendre subtilement compte des nouvelles orientations sociales en \u00e9mergence.<\/p>\n<h3><a name=\"auteur\"><\/a>Auteur<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>Danielle Riverin-Simard <\/b>est professeure titulaire \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Laval (Qu\u00e9bec). Ses domaines de recherche sont la psychologie de l\u2019adulte au travail, la formation continue, la trajectoire professionnelle de l\u2019adulte, la discontinuit\u00e9 professionnelle, la coh\u00e9sion sociale et les nouveaux sens du travail.<br \/>\nCourriel: <a href=\"mailto:driverin@fse.ulaval.ca\"><u>driverin@fse.ulaval.ca<\/u> <\/a><\/p>\n<h3><a name=\"abstract\"><\/a>Abstract<\/h3>\n<p>The revolution of work implies great social challenges. Our research on adult vocational trajectories obtained data which could contribute to uphold those challenges. Henceforth, the concept of vocational development has to include the \u00ab\u00a0multi-work\u00a0\u00bb (work-job, formal and informal volunteering) and the concept of meta-orientations. The changing social roles during the lifetime is different from the changing relationship with temporality. The links between being and doing, and their alterations along the years, seem to be fundamental. The social cohesiveness has to be a social priority.<\/p>\n<h3><a name=\"references\"><\/a>R\u00e9f\u00e9rences<\/h3>\n<blockquote><p>ARENDT, H. (1994). <i>Condition de l\u2019homme moderne.<\/i> Paris: Calmann-L\u00e9vy.<\/p>\n<p>BOUTINET, J-P. (1998). <i>L\u2019immaturit\u00e9 de la vie adulte<\/i>. Paris: PUF.<\/p>\n<p>CANNON, D. (1997). New career, old problem. <i>British Journal of Guidance and Counselling<\/i>, vol. 5, no. 4, p. 491-505.<\/p>\n<p>CLAVEL, G. 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