{"id":5905,"date":"2001-09-06T21:31:29","date_gmt":"2001-09-06T20:31:29","guid":{"rendered":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/?p=5905"},"modified":"2015-09-06T23:34:33","modified_gmt":"2015-09-06T22:34:33","slug":"a-propos-de-lindecision","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/index.php\/2001\/a-propos-de-lindecision\/","title":{"rendered":"\u00c0 propos de l\u2019ind\u00e9cision"},"content":{"rendered":"<p><em><strong><a href=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/volume08_1-2_17_forner_forner.pdf\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright wp-image-5882 size-full\" src=\"https:\/\/www.carrierologie.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2001\/07\/PDF.png\" alt=\"Version PDF\" width=\"50\" height=\"50\" \/><\/a>Yann FORNER<\/strong> <\/em><br \/><em> Universit\u00e9 Lille 3 &#8211; U.F.R. de Psychologie. BP 149 &#8211; 59653 Villeneuve d\u2019Ascq cedex.<\/em><\/p>\n<hr>\n<p><strong><a href=\"#auteur\">Auteur<\/a><\/strong><\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 \/\u00a0<a href=\"#abstract\">Abstract<\/a><\/strong><\/p>\n<p>L\u2019\u00e9volution des conceptions de l\u2019ind\u00e9cision est d\u2019abord r\u00e9sum\u00e9e, des conceptions globales initiales aux actuelles approches multifactorielles, en passant par les th\u00e9ories d\u00e9veloppementales et cognitives. Un nouvel outil, l\u2019\u00c9preuve de d\u00e9cision vocationnelle, destin\u00e9 \u00e0 \u00e9valuer les facteurs de l\u2019ind\u00e9cision est ensuite pr\u00e9sent\u00e9. Quelques recherches sont ensuite expos\u00e9es; les unes pr\u00e9cisent les effets de diverses variables sur l\u2019ind\u00e9cision; d\u2019autres \u00e9valuent les effets de quelques d\u00e9marches cens\u00e9es r\u00e9duire l\u2019ind\u00e9cision, la derni\u00e8re discute d\u2019un effet adaptatif de l\u2019ind\u00e9cision.<\/p>\n<p>Contenu<\/p>\n<p><a href=\"#1\">Introduction<\/a><br \/><a href=\"#2\">L\u2019\u00e9volution des conceptions de l\u2019ind\u00e9cision<\/a><br \/><a href=\"#3\">Un nouvel instrument d\u2019\u00e9valuation de l\u2019ind\u00e9cision<\/a><br \/><a href=\"#4\">Recherches sur l\u2019ind\u00e9cision vocationnelle<\/a><br \/><a href=\"#5\">Conclusion<\/a><\/p>\n<hr>\n<h3><a name=\"1\"><\/a>INTRODUCTION<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Incapacit\u00e9 d\u2019une personne \u00e0 exprimer un choix quand elle est incit\u00e9e \u00e0 le faire, l\u2019ind\u00e9cision est un \u00e9tat particuli\u00e8rement irritant. Elle l\u2019est au plan th\u00e9orique tant elle se montre difficile \u00e0 expliquer, voire simplement \u00e0 cerner; elle l\u2019est au plan pratique car elle s\u2019av\u00e8re particuli\u00e8rement r\u00e9sistante aux tentatives de modification, pouvant parfois cro\u00eetre \u00e0 mesure que l\u2019on cherche \u00e0 la r\u00e9duire. Un sentiment de malaise est souvent ressenti tant par la personne qui manifeste cette ind\u00e9cision, que par celles qui l\u2019observent et cette \u00e9motion d\u00e9sagr\u00e9able est un premier guide pour l\u2019analyse de l\u2019ind\u00e9cision. Le terme lui-m\u00eame est connot\u00e9 de mani\u00e8re fortement n\u00e9gative\u00a0: doute, h\u00e9sitation, flou, d\u00e9sorientation. On peut user d\u2019artifices simples pour faire dispara\u00eetre provisoirement ces connotations, voire les inverser, comme distinguer des <i>projets pr\u00e9form\u00e9s<\/i> et des <i>projets ouverts au changement<\/i> (Krumboltz, 1992) mais, de fait, l\u2019aspect n\u00e9gatif reste dominant. On en retrouve la trace dans le fait que les premi\u00e8res \u00e9tudes de l\u2019ind\u00e9cision \u00e9taient parfois quasi psychopathologiques. Dans ces \u00e9tudes, o\u00f9 l\u2019ind\u00e9cision \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme une forme d\u2019inadaptation personnelle, les auteurs visaient quasi syst\u00e9matiquement \u00e0 v\u00e9rifier des hypoth\u00e8ses peu valorisantes pour les jeunes ind\u00e9cis\u00a0: \u00e9chec scolaire, refus ou abandon des \u00e9tudes, insatisfaction personnelle, anxi\u00e9t\u00e9, d\u00e9pendance, faible estime de soi, attitude dogmatique, \u00e9vitement du risque ou pauvret\u00e9 de la repr\u00e9sentation de soi (voir Forner et Dosnon, 1991; Dosnon, 1996). Une telle approche a pu \u00eatre int\u00e9ressante, elle appara\u00eet n\u00e9cessaire mais insuffisante actuellement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les choix de carri\u00e8re s\u2019\u00e9laborent traditionnellement dans deux cadres essentiels\u00a0: familial et scolaire (Guichard, 1993). Sur les effets du cadre familial on dispose de certaines donn\u00e9es\u00a0: divers aspects des projets, comme le niveau d\u2019aspiration et, \u00e0 un moindre titre, le secteur vis\u00e9, sont marqu\u00e9s par les caract\u00e9ristiques familiales. Mais les relations familiales peuvent-elles \u00eatre la cause d\u2019un \u00e9tat d\u2019ind\u00e9cision\u00a0? Le maintien de l\u2019\u00e9quilibre fonctionnel du groupe familial pourrait impliquer qu\u2019un de ses membres se maintienne en \u00e9tat d\u2019ind\u00e9cision. Un choix entra\u00eenerait, par exemple, une modification de l\u2019\u00e9quilibre du syst\u00e8me familial ou l\u2019anticipation anxieuse du d\u00e9part d\u2019un de ses membres. En fait, il ne semble pas que la famille puisse tenir habituellement un r\u00f4le n\u00e9gatif actif, cr\u00e9ateur d\u2019ind\u00e9cision, mais plut\u00f4t qu\u2019elle puisse s\u2019abstenir de jouer un r\u00f4le positif, en ne soutenant pas la construction de l\u2019identit\u00e9 professionnelle d\u2019un jeune (Lopez, 1989).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les effets du cadre scolaire sur les projets sont souvent ramen\u00e9s \u00e0 une simple s\u00e9lection sur des crit\u00e8res d\u2019excellence ou de r\u00e9ussite\u00a0: il s\u2019agit en fait des seuls contenus des d\u00e9cisions. D\u2019autres effets peuvent \u00eatre parfois masqu\u00e9s par les mod\u00e8les d\u00e9veloppementaux du choix lors de l\u2019adolescence. On peut ainsi voir l\u2019ind\u00e9cision vocationnelle d\u00e9cro\u00eetre au cours de l\u2019enseignement du coll\u00e8ge; il ne faudrait pas en d\u00e9duire l\u2019existence d\u2019un d\u00e9veloppement automatique de l\u2019individu l\u2019amenant naturellement \u00e0 se diff\u00e9rencier. L\u2019analyse des conduites de diff\u00e9renciation d\u2019un individu ne dispense pas d\u2019une analyse de la situation qui le pousse \u00e0 se diff\u00e9rencier et il n\u2019appara\u00eet pas qu\u2019\u00e0 l\u2019adolescence le fait de prendre de l\u2019\u00e2ge soit, \u00e0 lui seul, suffisant pour lever l\u2019ind\u00e9cision, qui diminue surtout \u00e0 l\u2019approche d\u2019un palier d\u2019orientation (Benedetto, 1987; Forner et Martin, 1998).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, l\u2019\u00e9tude de l\u2019ind\u00e9cision appelle a priori la prise en compte de facteurs propres au sujet, de facteurs li\u00e9s \u00e0 la situation et de facteurs d\u2019interaction. Toutefois, un poids d\u00e9terminant est g\u00e9n\u00e9ralement attribu\u00e9 au facteur sujet et ce, pour deux raisons majeures. D\u2019une part, on n\u2019envisage qu\u2019une seule cat\u00e9gorie de situations, les choix de carri\u00e8re et, \u00e0 ce titre, on maximise n\u00e9cessairement le poids du facteur sujet dans l\u2019analyse des conduites. D\u2019autre part, le but premier des d\u00e9marches des psychologues demeure d\u2019aider les personnes, chacune consid\u00e9r\u00e9e individuellement. Dans la pr\u00e9sente r\u00e9flexion, cette tendance se manifeste mais peut-\u00eatre plus faiblement qu\u2019ailleurs.<\/p>\n<h2><a name=\"2\"><\/a>L\u2019\u00c9VOLUTION DES CONCEPTIONS DE L\u2019IND\u00c9CISION<\/h2>\n<h3>Les premi\u00e8res \u00e9tudes\u00a0: l\u2019approche dichotomique<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019ind\u00e9cision a \u00e9t\u00e9 et reste l\u2019objet d\u2019une estimation spontan\u00e9e, globale et apparemment objective, o\u00f9 l\u2019on regroupe sous un m\u00eame vocable l\u2019ensemble des personnes caract\u00e9ris\u00e9es par l\u2019absence de formulation d\u2019un choix \u00e0 une question sur leurs intentions d\u2019avenir (Crites, 1969). Cette d\u00e9marche syncr\u00e9tique, que l\u2019on pourrait qualifier d\u2019<i>administrative<\/i> incite \u00e0 consid\u00e9rer \u00e9galement <i>ind\u00e9cises<\/i> des personnes qui n\u2019ont en commun que cet \u00e9tat d\u2019ind\u00e9cision, sans qu\u2019aucune hypoth\u00e8se ne soit formul\u00e9e quant \u00e0 la nature des processus qui ont pu les y mener.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans une telle optique, on a alors cherch\u00e9, d\u2019une part, \u00e0 pr\u00e9ciser la fr\u00e9quence de ce comportement au cours de l\u2019adolescence et, d\u2019autre part, \u00e0 \u00e9tablir des contrastes entre les personnalit\u00e9s des jeunes d\u00e9cid\u00e9s et des jeunes ind\u00e9cis. Crites (1969) estimait qu\u2019entre le quart et le tiers des adolescents d\u2019Am\u00e9rique du Nord pouvaient \u00eatre qualifi\u00e9s d\u2019ind\u00e9cis et notait la grande variabilit\u00e9 de cette fr\u00e9quence sans pouvoir l\u2019expliquer par des caract\u00e9ristiques psychologiques ou sociales simples. Le rep\u00e9rage des causes, comme le sexe, le milieu social ou l\u2019ethnie d\u2019origine, de cette variabilit\u00e9 s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 d\u00e9cevant (Lunneborg, 1975), de m\u00eame que les contrastes \u00e9tablis entre personnes d\u00e9cid\u00e9es et personnes ind\u00e9cises. Baird (1969) concluait ainsi de mani\u00e8re tr\u00e8s d\u00e9sabus\u00e9e, et sans doute excessive, que jeunes d\u00e9cid\u00e9s et jeunes ind\u00e9cis ne se diff\u00e9renciaient pratiquement sur aucune autre variable que leur ind\u00e9cision\u00a0(!). La d\u00e9ception ressentie \u00e0 l\u2019issue de ces premi\u00e8res \u00e9tudes devait sans doute \u00eatre \u00e0 la mesure des attentes, car le probl\u00e8me devenait important avec l\u2019allongement et la sp\u00e9cialisation des formations, et \u00e0 la mesure des moyens investis dans les recherches.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On pouvait pourtant relever certaines observations, m\u00eame non d\u00e9cisives (Dosnon, 1996)\u00a0: quelques-unes \u00e9taient \u00e0 l\u2019avantage des sujets ind\u00e9cis, qui manifesteraient, par exemple, plus d\u2019originalit\u00e9 et de cr\u00e9ativit\u00e9 (Holland et Nichols, 1964). Toutefois, parmi les recherches qui montraient des diff\u00e9rences, celles concluant aux difficult\u00e9s de ces sujets ind\u00e9cis restaient majoritaires\u00a0: difficult\u00e9s portant sur la scolarit\u00e9 (Rose et Elton, 1971), difficult\u00e9s portant sur la repr\u00e9sentation de soi, qu\u2019il s\u2019agisse de la pauvret\u00e9 de la description (Marr, 1965) ou de la qualit\u00e9 de son \u00e9valuation (Resnick et al., 1970), difficult\u00e9s portant sur les processus intellectuels comme, par exemple, un fonctionnement dogmatique (Maier et Herman, 1974).<\/p>\n<h3>L\u2019approche d\u00e9veloppementale<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le relatif \u00e9chec de ces premi\u00e8res approches \u00e9tait compatible avec les conceptions g\u00e9n\u00e9tiques du choix de Ginzberg et al. (1951), Super (1957) ou Tiedeman (1961) selon lesquelles, une fois pass\u00e9es les r\u00eaveries de l\u2019enfance, les d\u00e9cisions d\u2019orientation ne pourraient se prendre qu\u2019\u00e0 l\u2019issue d\u2019un long processus de d\u00e9veloppement. Il en r\u00e9sulterait l\u2019existence, en cours d\u2019adolescence, d\u2019une n\u00e9cessaire p\u00e9riode d\u2019\u00e9laboration du choix et, donc, d\u2019ind\u00e9cision. Comme les personnes entrent dans cette p\u00e9riode et en sortent \u00e0 des \u00e2ges (chronologiques) diff\u00e9rents, des d\u00e9calages apparaissent qui font artificiellement appara\u00eetre <i>d\u00e9cid\u00e9es<\/i> celles dont le d\u00e9veloppement est pr\u00e9coce et <i>ind\u00e9cises<\/i> celles dont le d\u00e9veloppement est plus tardif.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce nouveau mod\u00e8le a \u00e9t\u00e9 confort\u00e9 par diverses \u00e9tudes (Neice et Bradley, 1979; Westbrook et al., 1985), mais il laissait appara\u00eetre deux difficult\u00e9s\u00a0: la premi\u00e8re est que tous les \u00e9tats ind\u00e9cis ne d\u00e9croissent pas lors de l\u2019adolescence, la seconde est que les processus de r\u00e9solution de probl\u00e8mes doivent \u00eatre pr\u00e9cis\u00e9ment d\u00e9crits.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La plupart des jeunes r\u00e9solvent leurs probl\u00e8mes de carri\u00e8re, avec ou sans l\u2019aide d\u2019un tiers mais, pour une minorit\u00e9, cette r\u00e9solution ne se fait pas. L\u2019ind\u00e9cision, en ce cas, n\u2019est plus un in\u00e9vitable \u00e9tat transitoire de l\u2019adolescence, mais une caract\u00e9ristique probl\u00e9matique de la personne. Cette premi\u00e8re diff\u00e9renciation permet d\u2019expliquer, en partie, l\u2019absence de contraste entre les personnalit\u00e9s des jeunes d\u00e9cid\u00e9s et ind\u00e9cis, ces derniers ne formant pas un groupe homog\u00e8ne. On proposait donc de rep\u00e9rer une forme ancr\u00e9e d\u2019ind\u00e9cision, une forme qui ne dispara\u00eet pas au cours du d\u00e9veloppement (Hawkins et al., 1977). Caract\u00e9ristique des personnes et non de la situation, une telle ind\u00e9cision devait se manifester dans d\u2019autres situations que les d\u00e9cisions de carri\u00e8re, c\u2019est pourquoi on a fait \u00e9tat d\u2019une <i>ind\u00e9cision g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e<\/i> (Tyler, 1961). Pour certains (Holland et Holland, 1977), ce serait la manifestation d\u2019une <i>personnalit\u00e9 ind\u00e9cise<\/i>, l\u2019association d\u2019un manque de maturit\u00e9 vocationnelle (manque de connaissance de soi et des milieux professionnels) et d\u2019insuffisances moins d\u00e9veloppementales (comme le manque de confiance en soi ou l\u2019intol\u00e9rance \u00e0 l\u2019ambigu\u00eft\u00e9). Pour d\u2019autres (Frost et Shows, 1993), ce serait la cons\u00e9quence d\u2019une trop forte anxi\u00e9t\u00e9. De fait, les liens entre ind\u00e9cision et anxi\u00e9t\u00e9 sont complexes. Goodstein (1965) avait propos\u00e9 un mod\u00e8le s\u00e9duisant selon lequel l\u2019anxi\u00e9t\u00e9, en tant que trait de personnalit\u00e9, \u00e9tait la cause de l\u2019ind\u00e9cision g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e et que l\u2019anxi\u00e9t\u00e9, en tant qu\u2019\u00e9tat d\u00fb \u00e0 la situation, \u00e9tait une cons\u00e9quence de l\u2019ind\u00e9cision d\u00e9veloppementale. \u00c0 l\u2019approche d\u2019une d\u00e9cision, un jeune encore incapable de formuler un choix satisfaisant ressentirait de l\u2019anxi\u00e9t\u00e9\u00a0: il s\u2019agirait alors d\u2019un \u00e9tat anxieux sp\u00e9cifiquement \u00e9voqu\u00e9 par les questions d\u2019orientation et susceptible de se r\u00e9duire par l\u2019acquisition des comp\u00e9tences \u00e0 la prise de d\u00e9cision. \u00c0 l\u2019inverse, certains \u00e9prouvent si facilement de l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 qu\u2019elle devient chez eux un trait de personnalit\u00e9. Or, un choix impose de renoncer \u00e0 l\u2019exploitation de certaines potentialit\u00e9s, d\u2019accepter de se diff\u00e9rencier de mani\u00e8re souvent irr\u00e9versible, de risquer de ne pas atteindre le but que l\u2019on se donne\u00a0: le choix a, \u00e0 l\u2019\u00e9vidence, des aspects inqui\u00e9tants. Chez des personnes particuli\u00e8rement anxieuses, la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un choix induirait un \u00e9tat tellement perturb\u00e9 que les processus complexes d\u2019\u00e9laboration de la d\u00e9cision ne pourraient se d\u00e9rouler efficacement (Newman et al., 1989). Et l\u2019on observe ainsi que l\u2019absence de d\u00e9cision d\u2019engagement dans une profession est li\u00e9e \u00e0 l\u2019anxi\u00e9t\u00e9-trait, mais pas \u00e0 l\u2019anxi\u00e9t\u00e9-\u00e9tat. L\u2019ensemble des travaux sur les liens entre ind\u00e9cision et anxi\u00e9t\u00e9 n\u2019est pas totalement concordant (Kaplan et Brown, 1987), notamment parce qu\u2019il est tr\u00e8s difficile de distinguer l\u2019anxi\u00e9t\u00e9-trait de l\u2019anxi\u00e9t\u00e9-\u00e9tat, mais il ressort nettement que l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 est associ\u00e9e seulement \u00e0 quelques formes d\u2019ind\u00e9cision. On a d\u2019ailleurs envisag\u00e9 l\u2019existence de deux voies de d\u00e9veloppement vocationnel \u00e0 l\u2019adolescence, dont l\u2019une seulement serait marqu\u00e9e par l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 (Locascio et al., 1976). On a \u00e9galement consid\u00e9r\u00e9 que l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 pouvait prendre la forme d\u2019une <i>peur de l\u2019engagement<\/i> (Serling et Betz, 1990) ou d\u2019une tendance \u00e0 la forclusion (Blustein et al., 1989).<\/p>\n<h3>L\u2019approche du traitement <em>cognitif<\/em> de l\u2019information<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette conception de l\u2019ind\u00e9cision (Peterson et al., 1991) compl\u00e8te l\u2019approche d\u00e9veloppementale du choix\u00a0: elle vise \u00e0 d\u00e9terminer les phases successives du traitement n\u00e9cessaire de l\u2019information concernant la personne elle-m\u00eame, les m\u00e9tiers et le monde du travail, en en pr\u00e9cisant les formes et les contenus. Chaque phase est caract\u00e9ris\u00e9e par l\u2019utilisation dominante d\u2019un processus\u00a0: communication (pr\u00e9l\u00e8vement d\u2019information), analyse (exploration), synth\u00e8se (cristallisation), \u00e9valuation et ex\u00e9cution. Ces traitements de l\u2019information sont contr\u00f4l\u00e9s par des r\u00e8gles m\u00e9tacognitives plus ou moins pertinentes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette approche est particuli\u00e8rement repr\u00e9sent\u00e9e dans le monde francophone par la d\u00e9marche <i>A.D.V.P.<\/i> qui pr\u00e9cise la s\u00e9quence cognitive \u00e0 mettre en place pour aboutir \u00e0 une d\u00e9cision pertinente, c\u2019est-\u00e0-dire une d\u00e9cision prise \u00e0 l\u2019aide de processus eux-m\u00eames pertinents.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans cette approche, l\u2019ind\u00e9cision n\u2019est pas trait\u00e9e sp\u00e9cifiquement mais comme la cons\u00e9quence du dysfonctionnement de l\u2019un, au moins, de ces processus. Cette conception normative m\u00e8ne les auteurs \u00e0 ne pas consid\u00e9rer <i>d\u00e9cid\u00e9es<\/i> des personnes qui n\u2019auraient pas exerc\u00e9 de mani\u00e8re approfondie chacun de ces processus\u00a0: en cons\u00e9quence, un jeune qui indiquerait un choix unique et r\u00e9aliste, mais formul\u00e9 \u00e0 l\u2019issue d\u2019un traitement superficiel de l\u2019information, ne serait qu\u2019un <i>faux positif<\/i> (Peterson et al., 1991), artificiellement d\u00e9cid\u00e9. Janis et Mann (1977) avaient auparavant nomm\u00e9 <i>changement sans conflit<\/i> la d\u00e9marche, non pertinente, o\u00f9 le d\u00e9cideur retient la premi\u00e8re option acceptable afin de r\u00e9duire imm\u00e9diatement le stress li\u00e9 \u00e0 la d\u00e9cision.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une telle fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 la logique des processus risque toutefois d\u2019\u00e9loigner de la r\u00e9alit\u00e9 des comportements\u00a0: un jeune peut parvenir \u00e0 une d\u00e9cision \u00e0 l\u2019aide d\u2019un processus insuffisant, il n\u2019en pr\u00e9sentera pas moins les conduites d\u2019un autre jeune qui aura d\u00e9cid\u00e9, lui, au terme de la d\u00e9marche recommand\u00e9e. Au demeurant, cette approche m\u00e8ne essentiellement \u00e0 pr\u00f4ner un mod\u00e8le id\u00e9al, celui du jeune d\u00e9cid\u00e9 qui a achev\u00e9 sa phase d\u2019\u00e9valuation des options et qui entre dans la phase d\u2019ex\u00e9cution. Ce sujet a construit de mani\u00e8re autonome une connaissance int\u00e9gr\u00e9e de soi et du monde et retenu l\u2019option la plus int\u00e9ressante pour lui-m\u00eame et sa communaut\u00e9\u00a0: il pr\u00e9sente une identit\u00e9 vocationnelle construite (Holland, 1985), il est mature au plan de la carri\u00e8re (Super, 1980), il est rationnel dans ses strat\u00e9gies de d\u00e9cision (Harren, 1979), qu\u2019il prend en \u00e9tat de vigilance (Janis et Mann, 1977). \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de cet \u00e9tat id\u00e9al de pr\u00e9paration \u00e0 la d\u00e9cision, deux autres \u00e9tats sont possibles\u00a0: le premier est normal, c\u2019est l\u2019\u00e9tat de non-d\u00e9cision (<i>undecideness<\/i>), celui d\u2019une personne qui examine les diverses options mais qui est encore incapable de formuler un choix. Le second \u00e9tat (<i>indecisiveness<\/i>) s\u2019enracinerait dans un trouble fondamental de la personnalit\u00e9 (Holland et Holland, 1977), qui pourrait d\u00e9couler de d\u00e9marches de <i>coping<\/i> inadapt\u00e9es (Larson et al. 1988), de l\u2019usage de r\u00e8gles m\u00e9tacognitives non pertinentes ou d\u2019attentes irrationnelles comme la croyance de la personne qu\u2019une et une seule profession peut la satisfaire (Peterson et al., 1991).<\/p>\n<h3>L\u2019approche multifactorielle<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019opposition initiale de l\u2019ind\u00e9cision d\u00e9veloppementale et de l\u2019ind\u00e9cision g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e a pr\u00e9figur\u00e9 diverses distinctions. Ainsi, l\u2019insuffisance de l\u2019information sur soi ou sur les professions (Campbell et Cellini, 1981) a pu \u00eatre associ\u00e9e \u00e0 certains \u00e9tats d\u2019ind\u00e9cision. Il s\u2019agit d\u2019une insuffisance subjectivement ressentie, car il n\u2019appara\u00eet pas que la s\u00fbret\u00e9 du choix d\u2019un sujet augmente m\u00e9caniquement avec la quantit\u00e9 d\u2019information dont dispose ce sujet. L\u2019existence d\u2019un \u00e9tat ind\u00e9cis a \u00e9galement pu \u00eatre associ\u00e9e \u00e0 celle d\u2019un conflit interne. Parmi les types de conflits classiquement d\u00e9crits, il s\u2019agit ici de conflits du type <i>approche<\/i>, de ceux \u00e9veill\u00e9s par la coexistence dans les repr\u00e9sentations de plusieurs buts \u00e9galement attirants, mais s\u2019excluant mutuellement. Pour une formalisation plus op\u00e9rationnelle de cette ind\u00e9cision, on a caract\u00e9ris\u00e9 certains sujets par leur <i>absence de m\u00e9thode de d\u00e9cision<\/i>, sugg\u00e9rant que la mise \u00e0 disposition d\u2019une m\u00e9thode acceptable les am\u00e8nerait \u00e0 se d\u00e9terminer. Il semble que les autres conflits, comme ceux de type <i>approche-\u00e9vitement<\/i> (une attitude ambivalente face \u00e0 un choix unique pr\u00e9sentant simultan\u00e9ment des aspects d\u00e9sirables et ind\u00e9sirables), soient plut\u00f4t formul\u00e9s en termes de manque d\u2019information.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On est alors progressivement pass\u00e9 d\u2019une analyse de deux ou quelques formes possibles d\u2019ind\u00e9cision \u00e0 l\u2019analyse de l\u2019importance, chez un m\u00eame sujet, de ses principaux <i>facteurs<\/i> potentiels. Cette approche, plus fine que les pr\u00e9c\u00e9dentes, n\u00e9cessitait des outils de mesure plus syst\u00e9matiques et pr\u00e9cis, mais aussi plus lourds \u00e0 utiliser. Plusieurs \u00e9chelles ont \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9es, comme la <i>Career Decision Scale<\/i> (Osipow et al., 1976), ou la <i>Vocational Decision Scale<\/i> (Jones et Chenery, 1980) devenue <i>Career Decision Profile<\/i> (Jones, 1989). Pour une synth\u00e8se on peut voir Slaney, 1988, ou Dosnon, 1996. Les r\u00e9sultats \u00e0 ces \u00e9preuves ont \u00e9t\u00e9 trait\u00e9s \u00e0 l\u2019aide d\u2019analyses factorielles (Fuqua et al., 1987). Les relations entre les facteurs ainsi isol\u00e9s et l\u2019\u00e9tat d\u2019ind\u00e9cision lui-m\u00eame ont alors \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9es; elles varient selon la mani\u00e8re dont on \u00e9value cet \u00e9tat\u00a0: simple observation, voire auto \u2013 observation, du non aboutissement du processus de d\u00e9cision, <i>s\u00fbret\u00e9<\/i> du choix formul\u00e9 (Lunneborg, 1978), <i>confort<\/i> associ\u00e9 \u00e0 ce choix (Hall, 1992). Les relations entre les facteurs d\u2019ind\u00e9cision et le sentiment d\u2019ind\u00e9cision sont donc variables et faibles\u00a0: variables en fonction de la mani\u00e8re dont on \u00e9value ce sentiment, faibles car chaque facteur joue un r\u00f4le diff\u00e9rent selon les personnes (Forner, 1995). Sujets d\u00e9cid\u00e9s et sujets ind\u00e9cis se diff\u00e9rencient mal sur les grandes caract\u00e9ristiques de la personnalit\u00e9, telles \u00e9taient les observations fondamentales. Toutefois des \u00e9tudes plus r\u00e9centes montrent des associations de certaines formes d\u2019ind\u00e9cision avec des traits comme le contr\u00f4le externe (Taylor, 1982) ou l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 (Newman et al., 1989). On a pu, de mani\u00e8re plus sp\u00e9cifique, \u00e9tudier les relations entre l\u2019ind\u00e9cision et des caract\u00e9ristiques assez voisines\u00a0: la maturit\u00e9 vocationnelle d\u2019une part, l\u2019identit\u00e9 vocationnelle d\u2019autre part. Ainsi l\u2019ind\u00e9cision est associ\u00e9e \u00e0 un manque d\u2019exploration (Savickas, 1985), de planification (Larson et al., 1988), voire de r\u00e9solution de probl\u00e8mes (Taylor et Betz, 1983), c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 des insuffisances dans des processus n\u00e9cessaires \u00e0 cet \u00e9tat pr\u00e9paratoire \u00e0 la d\u00e9cision qu\u2019est la maturit\u00e9 vocationnelle. L\u2019identit\u00e9 vocationnelle, qui d\u00e9signe la constitution d\u2019une repr\u00e9sentation potentielle de soi stable incluant des \u00e9l\u00e9ments professionnels, s\u2019av\u00e8re aussi en relation n\u00e9gative forte avec l\u2019ind\u00e9cision (Graef et al., 1985; Vondracek et al., 1995).<\/p>\n<h3>L\u2019avenir de l\u2019ind\u00e9cision<\/h3>\n<p>S\u2019il n\u2019a jamais vraiment exist\u00e9, le temps des certitudes est bien r\u00e9volu pour les questions d\u2019orientation. Deux articles ont marqu\u00e9 la r\u00e9flexion r\u00e9cente sur la pr\u00e9paration \u00e0 la prise de d\u00e9cision\u00a0: celui de Gelatt (1989) qui recommande d\u2019<i>assumer positivement l\u2019incertitude<\/i> et celui de Krumboltz (1992), consacr\u00e9 \u00e0 <i>la sagesse de l\u2019ind\u00e9cision<\/i>. De ces \u00e9crits un peu d\u00e9concertants, on peut retenir que les conditions classiquement reconnues pour la prise d\u2019une d\u00e9cision efficace (connaissance de soi, connaissance des r\u00e9alit\u00e9s, utilisation d\u2019un processus rationnel pour le choix) sont difficiles \u00e0 remplir, qu\u2019une perp\u00e9tuelle incertitude s\u2019impose et qu\u2019un comportement d\u2019apparence ind\u00e9cis en est une cons\u00e9quence plausible.<\/p>\n<p>Le rythme des modifications qui affectent le monde est tellement rapide que la constitution d\u2019un projet peut \u00eatre nuisible \u00e0 l\u2019adaptation de l\u2019individu. Chacun doit r\u00e9ajuster constamment son information et donc ses projets d\u2019action. En ce sens, pour \u00eatre adaptative, une d\u00e9cision doit se prendre le plus tard possible. Dans un monde stable et simple, l\u2019ind\u00e9cision constitue un facteur d\u2019inadaptation individuelle qui entrave la pr\u00e9paration \u00e0 l\u2019action. Dans un monde plus complexe, une p\u00e9riode d\u2019ind\u00e9cision est n\u00e9cessaire au traitement de l\u2019information. Dans un monde complexe et instable, l\u2019ind\u00e9cision peut constituer un facteur d\u2019adaptation parce qu\u2019elle laisse la personne disponible aux changements.<\/p>\n<p>Mais, adaptative ou non, l\u2019ind\u00e9cision est un \u00e9tat qu\u2019il convient d\u2019\u00e9valuer pr\u00e9cis\u00e9ment en diff\u00e9renciant le comportement observable de ses d\u00e9terminants potentiels tels qu\u2019ils sont per\u00e7us par le sujet.<\/p>\n<h2><a name=\"3\"><\/a>UN NOUVEL INSTRUMENT D\u2019\u00c9VALUATION DE L\u2019IND\u00c9CISION<\/h2>\n<h3>L\u2019\u00c9preuve de d\u00e9cision vocationnelle<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un nouvel outil a \u00e9t\u00e9 propos\u00e9 (Forner, 1999). Outre les auto-\u00e9valuations de l\u2019intensit\u00e9 de l\u2019ind\u00e9cision ressentie en mati\u00e8re de formation d\u2019une part, d\u2019emploi d\u2019autre part, il correspond \u00e0 un mod\u00e8le de l\u2019ind\u00e9cision en sept facteurs. Quatre sont fondamentaux\u00a0: 1- la <i>personnalit\u00e9<\/i> (ce facteur, qui se confond avec le facteur <i>anxi\u00e9t\u00e9<\/i> est appr\u00e9ci\u00e9 par des items comme <i>Devoir choisir un m\u00e9tier me met tr\u00e8s mal \u00e0 l\u2019aise<\/i>), 2- le manque de <i>d\u00e9veloppement<\/i> (<i>Je me pr\u00e9occupe encore assez peu de mon avenir professionnel<\/i>), 3- le manque de <i>m\u00e9thode<\/i> (<i>Plusieurs m\u00e9tiers me semblent \u00e9galement attirants<\/i>), 4- le manque d\u2019<i>information<\/i> (<i>Je manque d\u2019information sur les professions pour pouvoir me d\u00e9cider<\/i>). Trois facteurs sont compl\u00e9mentaires\u00a0: 5- les <i>obstacles<\/i> externes\u00a0(<i>J\u2019ai d\u00e9couvert que je ne pourrai pas exercer le m\u00e9tier qui m\u2019int\u00e9resse<\/i>), 6-\u00a0les <i>anticipations<\/i> pessimistes (<i>J\u2019ai peur de ne pas r\u00e9ussir dans les \u00e9tudes que je voudrais faire<\/i>), 7- le d\u00e9sinvestissement de la <i>scolarit\u00e9<\/i> (<i>Je trouve que faire des \u00e9tudes ne me servirait \u00e0 rien<\/i>).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une enqu\u00eate a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e en 1996 (Forner, 1999) aupr\u00e8s d\u2019un \u00e9chantillon de 700 lyc\u00e9ens de classes de premi\u00e8re (11<sup>e<\/sup> ann\u00e9e de formation) de 13 lyc\u00e9es publics. L\u2019ind\u00e9cision quant \u00e0 la formation est relativement rare en classe de premi\u00e8re\u00a0: 5\u00a0% des sujets d\u00e9clarent n\u2019avoir aucune id\u00e9e pr\u00e9cise, 16\u00a0% h\u00e9sitent entre plusieurs voies, 43\u00a0% consid\u00e8rent qu\u2019ils ont choisi mais que leur choix n\u2019est pas d\u00e9finitif et 36% ont choisi de mani\u00e8re d\u00e9finitive. On peut donc consid\u00e9rer qu\u2019un lyc\u00e9en sur cinq est ind\u00e9cis au plan scolaire. L\u2019ind\u00e9cision quant \u00e0 l\u2019activit\u00e9 professionnelle est plus fr\u00e9quente\u00a0: 10\u00a0% des sujets d\u00e9clarent n\u2019avoir aucune id\u00e9e en ce domaine, 24\u00a0% h\u00e9sitent entre plusieurs activit\u00e9s, 35\u00a0% ont choisi mais de mani\u00e8re non d\u00e9finitive et 31\u00a0% ont choisi un m\u00e9tier fix\u00e9 d\u00e9finitivement. On peut donc consid\u00e9rer qu\u2019un lyc\u00e9en sur trois est ind\u00e9cis au plan professionnel. Pour ce qui est des causes de l\u2019ind\u00e9cision, on a proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 une analyse en facteurs communs sur les corr\u00e9lations entre items. La structure apr\u00e8s la rotation Varimax met en \u00e9vidence les sept facteurs attendus et pr\u00e9sent\u00e9s ci-dessus.<\/p>\n<h3>Les facteurs de variabilit\u00e9<\/h3>\n<ul>\n<li style=\"text-align: justify;\">Gar\u00e7ons et filles ne se diff\u00e9rencient pas quant \u00e0 l\u2019intensit\u00e9 de leur ind\u00e9cision, ni quant aux principaux facteurs susceptibles de la d\u00e9terminer. Sur les facteurs compl\u00e9mentaires, on note que l\u2019ind\u00e9cision des gar\u00e7ons se caract\u00e9rise plut\u00f4t par le d\u00e9sinvestissement scolaire et celle de filles plut\u00f4t par le pessimisme des anticipations.<\/li>\n<\/ul>\n<ul style=\"text-align: justify;\">\n<li>L\u2019\u00e2ge n\u2019intervient pas dans la variabilit\u00e9 de l\u2019ind\u00e9cision, ni dans celle de ses principaux facteurs. Pour les facteurs compl\u00e9mentaires, on note que les obstacles externes et le d\u00e9sinvestissement scolaire sont associ\u00e9s \u00e0 un \u00e2ge \u00e9lev\u00e9 : les sujets \u00e2g\u00e9s sont aussi ceux qui \u00e9prouvent des difficult\u00e9s scolaires, qui voient leurs projets entrav\u00e9s par des obstacles externes et qui tendent \u00e0 d\u00e9sinvestir leur scolarit\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<ul style=\"text-align: justify;\">\n<li>L\u2019origine sociale a \u00e9t\u00e9 appr\u00e9ci\u00e9e \u00e0 partir des professions du p\u00e8re et de la m\u00e8re. Les r\u00e9sultats obtenus \u00e0 partir de ces deux indices sont homog\u00e8nes : (a) l\u2019ind\u00e9cision est un peu plus forte dans les milieux favoris\u00e9s, (b) certaines causes d\u2019ind\u00e9cision sont plus fr\u00e9quentes dans les milieux favoris\u00e9s : le manque de d\u00e9veloppement et le manque de m\u00e9thode, (c) certaines autres sont plus fr\u00e9quentes dans les milieux plus modestes : les obstacles externes, les anticipations pessimistes et le d\u00e9sinvestissement de la scolarit\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li style=\"text-align: justify;\">L\u2019\u00e9tablissement scolaire fr\u00e9quent\u00e9 est une cause importante de variabilit\u00e9 pour les diff\u00e9rentes variables mesur\u00e9es. On peut attribuer, pour partie, cet effet \u00e0 la distinction de secteurs de recrutement plus ou moins favoris\u00e9s. Ainsi, les obstacles externes sont davantage mis en avant dans les lyc\u00e9es recrutant dans les zones d\u00e9favoris\u00e9es. On peut attribuer, pour partie aussi, cet effet \u00e0 l\u2019opposition entre une implantation rurale et une autre urbaine, l\u2019ind\u00e9cision d\u00e9veloppementale \u00e9tant associ\u00e9e \u00e0 l\u2019habitat urbain. Il demeure, enfin, un important effet d\u00fb aux \u00e9tablissements eux-m\u00eames, qui s\u2019analyserait en termes de politique locale, ou de tradition locale, d\u2019orientation.<\/li>\n<\/ul>\n<h2><a name=\"4\"><\/a>RECHERCHES SUR L\u2019IND\u00c9CISION VOCATIONNELLE<\/h2>\n<h3>L\u2019\u00e9volution de l\u2019ind\u00e9cision dans l\u2019enseignement secondaire<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il s\u2019agit de mettre en \u00e9vidence le poids du syst\u00e8me \u00e9ducatif sur la formation et la r\u00e9duction de l\u2019ind\u00e9cision (Forner et Martin, 1998). On peut attendre que l\u2019ind\u00e9cision soit minimale lorsque s\u2019exerce sur les \u00e9l\u00e8ves la pression maximale pour les inciter \u00e0 des choix diff\u00e9renci\u00e9s, c\u2019est-\u00e0-dire en fin de classe de troisi\u00e8me de coll\u00e8ge (9<sup>e<\/sup> ann\u00e9e). On attend que l\u2019ind\u00e9cision soit forte en classe de cinqui\u00e8me (7<sup>e<\/sup> ann\u00e9e), faible en classe de troisi\u00e8me et \u00e0 nouveau forte en classe de premi\u00e8re (11<sup>e<\/sup> ann\u00e9e). Pour chacun de ces niveaux un \u00e9chantillon de 60 sujets (30 gar\u00e7ons et 30 filles) a \u00e9t\u00e9 interrog\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les r\u00e9sultats sont de trois ordres\u00a0: (a) Conform\u00e9ment aux attentes, l\u2019intensit\u00e9 de l\u2019ind\u00e9cision passe par un minimum en classe de troisi\u00e8me et c\u2019est en classe de premi\u00e8re que les scores moyens d\u2019ind\u00e9cision sont les plus \u00e9lev\u00e9s. (b) \u00c0 l\u2019inverse, les facteurs de l\u2019ind\u00e9cision sont pratiquement insensibles au niveau de formation\u00a0: seul le manque d\u2019information para\u00eet suivre l\u2019\u00e9volution pr\u00e9c\u00e9dente. (c) L\u2019effet de l\u2019\u00e2ge se r\u00e9v\u00e8le n\u00e9gligeable quand on le distingue de l\u2019effet du niveau de formation\u00a0: quand on calcule, s\u00e9par\u00e9ment pour chaque niveau de formation, la corr\u00e9lation entre l\u2019\u00e2ge et les scores d\u2019ind\u00e9cision, il n\u2019appara\u00eet aucune association significative, m\u00eame si toutes ces corr\u00e9lations restent n\u00e9gatives (les sujets jeunes tendant \u00e0 \u00eatre un peu plus ind\u00e9cis). Les variations observ\u00e9es sont compatibles avec l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019un effet de la structure du syst\u00e8me de formation et d\u2019orientation et, pour un niveau donn\u00e9 de formation, l\u2019effet de l\u2019\u00e2ge appara\u00eet tr\u00e8s secondaire.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">L\u2019ind\u00e9cision vue par les conseillers<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">La volont\u00e9 d\u2019am\u00e9liorer la qualit\u00e9 de la mesure de l\u2019ind\u00e9cision s\u2019est traduite avant tout par l\u2019\u00e9laboration de questionnaires s\u2019adressant aux sujets dans le but de leur faire pr\u00e9ciser leurs repr\u00e9sentations de leur propre \u00e9tat. Ce sont donc les seules r\u00e9ponses des sujets qui constituent le support d\u2019identification des facteurs de l\u2019ind\u00e9cision. Il conviendrait de s\u2019int\u00e9resser aux psychologues. L\u2019hypoth\u00e8se est que deux syst\u00e8mes de repr\u00e9sentations se constituent en fonction des situations occup\u00e9es par les acteurs\u00a0: l\u2019un qui est directement concern\u00e9 par son propre devenir et l\u2019autre qui doit, avec les moyens dont il dispose, aider le jeune \u00e0 \u00e9voluer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Forner et Del Tedesco (1997) ont interrog\u00e9 140 lyc\u00e9ens qui fr\u00e9quentaient un enseignement litt\u00e9raire (L), \u00e9conomique et sociale (ES) ou scientifique (S), ainsi que 123 conseillers d\u2019orientation &#8211; psychologues (questionn\u00e9s par courrier). La perception que les conseillers ont de l\u2019ind\u00e9cision a \u00e9t\u00e9 appr\u00e9ci\u00e9e \u00e0 l\u2019aide d\u2019une version modifi\u00e9e de l\u2019\u00e9preuve o\u00f9 ils devaient dire s\u2019ils avaient \u00e9t\u00e9 confront\u00e9s \u00e0 diff\u00e9rentes situations : <i>Au cours de vos propres activit\u00e9s d\u2019aide \u00e0 l\u2019information et \u00e0 l\u2019orientation, avez-vous d\u00e9j\u00e0 rencontr\u00e9 des personnes qui \u00e9taient ind\u00e9cises pour les raisons suivantes<\/i>. Suivaient les items du questionnaire formul\u00e9s \u00e0 la troisi\u00e8me personne du pluriel : <i>Elles<\/i> (les personnes) <i>avaient d\u00e9couvert qu\u2019elles ne pourraient pas exercer le m\u00e9tier qui les int\u00e9ressait<\/i> (item 1, Obstacles), etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">S\u00e9par\u00e9ment pour les lyc\u00e9ens et les conseillers, on a calcul\u00e9 les fr\u00e9quences de r\u00e9ponse \u00e0 chaque item, puis ordonn\u00e9 ces fr\u00e9quences par ordre d\u00e9croissant. Les rangs covarient globalement dans les deux groupes\u00a0: la corr\u00e9lation entre les deux classements est de +.76. Toutefois on note que certains items sont fr\u00e9quemment cit\u00e9s par les conseillers et rarement par les lyc\u00e9ens. C\u2019est le cas, notamment, de deux items d\u2019Obstacles (<i>Mes projets sont bloqu\u00e9s \u00e0 cause de mes r\u00e9sultats scolaires<\/i> et <i>Ce qui m\u2019attire demande des \u00e9tudes beaucoup trop longues pour moi<\/i>) et de deux items de D\u00e9veloppement (<i>C\u2019est seulement plus tard que j\u2019aurai \u00e0 prendre des d\u00e9cisions<\/i> et <i>Il est tr\u00e8s rare que j\u2019imagine quel m\u00e9tier je pourrai exercer<\/i>). \u00c0 l\u2019inverse, d\u2019autres items sont fr\u00e9quemment cit\u00e9s par les lyc\u00e9ens et rarement par les conseillers. C\u2019est le cas de deux items de Personnalit\u00e9 (<i>Quand je r\u00e9fl\u00e9chis \u00e0 mon avenir, je r\u00e9p\u00e8te les m\u00eames choses sans arriver \u00e0 en sortir<\/i> et <i>Je peux dire de moi que je suis quelqu\u2019un d\u2019ind\u00e9cis<\/i>) et de deux items d\u2019Anticipations (<i>Je crains de ne pas \u00eatre capable, plus tard, de vivre de mon m\u00e9tier<\/i> et <i>Je crains de ne pas r\u00e9ussir vraiment \u00e0 exercer le m\u00e9tier qui m\u2019int\u00e9resse<\/i>). Il existe donc un accord global entre jeunes et conseillers, mais les psychologues attribuent plut\u00f4t l\u2019ind\u00e9cision \u00e0 des caract\u00e9ristiques instables (manque de d\u00e9veloppement) et externes (obstacles externes); \u00e0 l\u2019inverse, les lyc\u00e9ens attribuent plut\u00f4t leur ind\u00e9cision \u00e0 des caract\u00e9ristiques plus personnelles (plus internes et plus stables) marqu\u00e9es par le pessimisme et l\u2019anxi\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par ailleurs, les r\u00e9ponses des jeunes et des conseillers ont \u00e9t\u00e9 s\u00e9par\u00e9ment soumises \u00e0 des analyses en facteurs communs et uniques suivies de la rotation Varimax. La structure attendue est bien observ\u00e9e chez les lyc\u00e9ens, tandis que pour les conseillers seuls trois facteurs sont bien identifi\u00e9s : D\u00e9veloppement, M\u00e9thode et Information, c\u2019est-\u00e0-dire les dimensions sur lesquelles ils peuvent agir et qui sont vis\u00e9es par leurs activit\u00e9s.<\/p>\n<h3>Les effets de quelques aides \u00e0 l\u2019orientation<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il s\u2019agit de la comparaison des effets de quatre pratiques ponctuelles d\u2019aide \u00e0 l\u2019orientation des jeunes \u00e0 la fin du coll\u00e8ge (Fasquel, 1993; voir aussi Forner, 1999). Le crit\u00e8re est l\u2019ind\u00e9cision. Un pr\u00e9-test consiste en la passation d\u2019une forme pr\u00e9c\u00e9dente de l\u2019actuel questionnaire quinze jours avant une intervention d\u2019aide \u00e0 l\u2019orientation. Cette intervention est suivie, apr\u00e8s un d\u00e9lai de quinze jours, d\u2019une seconde passation du m\u00eame questionnaire (post-test). L\u2019\u00e9chantillon comporte 302 sujets dont l\u2019\u00e2ge moyen est de 15 ans et demi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les traitements des quatre groupes sont les suivants. (1) Le groupe <i>t\u00e9moin<\/i> est laiss\u00e9 sans intervention. (2) Le groupe <i>\u00e9ducation des choix<\/i> suit l\u2019application des trois chapitres suivants de la m\u00e9thode EDC (voir ci-dessous)\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0La grille d\u2019\u00e9valuation\u00a0\u00a0\u00bb (qui consiste \u00e0 \u00e9valuer diff\u00e9rentes professions en tenant compte des valeurs qu\u2019elles permettent de satisfaire et de leur importance pour le sujet), \u00a0\u00bb\u00a0Ma r\u00e9alit\u00e9 int\u00e9rieure\u00a0\u00a0\u00bb (qui conduit les jeunes \u00e0 choisir des professions qui leur permettent de mettre en valeur leurs traits personnels) et, \u00a0\u00bb\u00a0La r\u00e9alit\u00e9 ext\u00e9rieure\u00a0\u00a0\u00bb (qui m\u00e8ne \u00e0 \u00e9valuer les \u00e9l\u00e9ments du monde ext\u00e9rieur qui pourraient emp\u00eacher les jeunes de choisir certaines des professions qui les int\u00e9ressent. (3) Le groupe <i>Carrefour &#8211; Formations<\/i> participe \u00e0 une rencontre avec des enseignants de divers lyc\u00e9es de la r\u00e9gion, ainsi que des jeunes eux-m\u00eames scolaris\u00e9s dans ces \u00e9tablissements. (4) Le groupe <i>d\u00e9terminants des choix<\/i> utilise la m\u00e9thode <i>Philip 6 x 6<\/i> qui vise \u00e0 faire prendre conscience des effets, facilitants ou inhibiteurs, de divers faits ou \u00e9v\u00e9nements de la vie sur la poursuite des projets personnels. Avec l\u2019aide du conseiller, les propositions \u00e9mises sont cat\u00e9goris\u00e9es, par exemple selon qu\u2019elles rel\u00e8vent de soi, des \u00e9tudes ou des m\u00e9tiers. (5) Le dernier groupe suit une <i>s\u00e9ance d\u2019information<\/i> consistant en un expos\u00e9 sur les voies de formation pr\u00e9sent\u00e9 aux \u00e9l\u00e8ves et \u00e0 leurs parents suivi d\u2019un \u00e9change avec les participants.<\/p>\n<p>Pour d\u00e9terminer si les \u00e9volutions des groupes entre pr\u00e9-test et post-test sont de formes significativement diff\u00e9rentes, on utilise l\u2019analyse de la covariance. On peut d\u2019abord distinguer deux ensembles de sujets : ceux qui suivent une d\u00e9marche d\u2019aide (ensemble exp\u00e9rimental fait des groupes 2, 3, 4 et 5) et l\u2019ensemble t\u00e9moin (groupe 1). Pour l\u2019intensit\u00e9 de l\u2019ind\u00e9cision, l\u2019\u00e9volution des scores diff\u00e8re\u00a0: l\u2019ind\u00e9cision ne baisse que dans l\u2019ensemble exp\u00e9rimental. Cet effet ne varie pas selon le sexe des sujets, mais il s\u2019av\u00e8re plus net chez les sujets les plus jeunes. On peut, ensuite, s\u2019int\u00e9resser aux quatre groupes de cet ensemble exp\u00e9rimental\u00a0: on constate la relative \u00e9quivalence des effets de ces divers traitements, m\u00eame s\u2019il semble que ces effets augmentent avec le temps investi dans la r\u00e9alisation de l\u2019intervention (c\u2019est pour le groupe 2 que les progr\u00e8s semblent les plus marqu\u00e9s).<\/p>\n<h3>L\u2019\u00c9ducation des choix<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019\u00c9ducation des choix, <i>EDC<\/i>, est une m\u00e9thode d\u2019aide \u00e0 l\u2019orientation utilis\u00e9e dans divers \u00e9tablissements du premier cycle de l\u2019enseignement secondaire. Adaptation \u00e0 la France du programme <i>\u00c9ducation au choix de carri\u00e8re<\/i> (Noiseux, 1984), elle s\u2019\u00e9tend sur l\u2019ensemble de la scolarit\u00e9 du coll\u00e8ge (de la 6<sup>e<\/sup> \u00e0 la 9<sup>e<\/sup> ann\u00e9e de formation).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Forner et Vouillot (1995) ont compar\u00e9 deux groupes d\u2019\u00e9l\u00e8ves de troisi\u00e8me de coll\u00e8ge\u00a0: l\u2019un (<i>exp\u00e9rimental<\/i>) est compos\u00e9 de 102 \u00e9l\u00e8ves ayant suivi la d\u00e9marche <i>EDC<\/i> sous sa forme compl\u00e8te depuis la sixi\u00e8me, l\u2019autre (<i>t\u00e9moin<\/i>) est un groupe de 129 \u00e9l\u00e8ves n\u2019ayant b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 que des formes classiques d\u2019aide \u00e0 l\u2019orientation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019<i>EDC<\/i> se propose de \u00a0\u00bb\u00a0rendre l\u2019\u00e9l\u00e8ve apte et habile \u00e0 faire des choix \u00e9clair\u00e9s d\u2019\u00e9ducation et de formation professionnelle, choix congruents par rapport \u00e0 lui-m\u00eame et r\u00e9alistes par rapport au march\u00e9 du travail, le tout dans une perspective de r\u00e9alisation de soi\u00a0\u00ab\u00a0. \u00c0 cette fin la d\u00e9marche consiste \u00e0 \u00a0\u00bb\u00a0faire vivre \u00e0 l\u2019individu des situations concr\u00e8tes o\u00f9 il d\u00e9couvrira les \u00e9tapes du processus de choix d\u2019orientation scolaire et professionnelle\u00a0\u00ab\u00a0. Ce processus comporte quatre grandes t\u00e2ches correspondant globalement \u00e0 des niveaux dans le processus g\u00e9n\u00e9ral de d\u00e9veloppement de l\u2019adolescence. Ainsi l\u2019exploration (examen des diverses possibilit\u00e9s que l\u2019on peut envisager pour son avenir ind\u00e9pendamment de toute contrainte) est d\u00e9velopp\u00e9e en classe de sixi\u00e8me. La cristallisation (l\u2019organisation des informations accumul\u00e9es faisant appara\u00eetre les \u00e9l\u00e9ments essentiels de la d\u00e9cision) correspond \u00e0 la classe de cinqui\u00e8me. La sp\u00e9cification (prise en compte optimale de l\u2019attrait ressenti pour les possibilit\u00e9s offertes et des chances que l\u2019on a de les atteindre) est d\u00e9velopp\u00e9e en classe de quatri\u00e8me. Enfin la r\u00e9alisation (mise en actes organis\u00e9e de la d\u00e9cision prise dans la phase pr\u00e9c\u00e9dente) correspond \u00e0 la classe de troisi\u00e8me. Une des hypoth\u00e8ses \u00e9tait que la d\u00e9marche devrait \u0153uvrer dans le sens d\u2019une baisse de l\u2019ind\u00e9cision.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, globalement l\u2019ind\u00e9cision, essentiellement dans son aspect professionnel, se r\u00e9v\u00e8le plus forte dans le groupe exp\u00e9rimental. On note quelques interactions\u00a0: \u00e0 la d\u00e9marche <i>EDC<\/i> est associ\u00e9e une plus forte ind\u00e9cision scolaire pour les \u00e9l\u00e8ves ayant plut\u00f4t un bon niveau scolaire et une plus forte ind\u00e9cision professionnelle seulement chez les jeunes de troisi\u00e8me g\u00e9n\u00e9rale (et non de troisi\u00e8me technologique) et ceux ayant plut\u00f4t un bon niveau scolaire. De m\u00eame, les scores sur les facteurs d\u2019ind\u00e9cision semblent plus marqu\u00e9s dans le groupe exp\u00e9rimental.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les r\u00e9sultats observ\u00e9s vont donc contre l\u2019intuition. Toutefois, les \u00e9l\u00e8ves dont l\u2019ind\u00e9cision est la plus forte sont ceux pour lesquels elle serait plut\u00f4t b\u00e9n\u00e9fique (\u00a0\u00bb\u00a0bons\u00a0\u00a0\u00bb \u00e9l\u00e8ves de troisi\u00e8me g\u00e9n\u00e9rale qui vont poursuivre des \u00e9tudes longues), elle ne correspondrait qu\u2019\u00e0 un \u00e9veil \u00e0 la complexit\u00e9 des questions d\u2019orientation. En ce sens une telle augmentation, inattendue, n\u2019est pas n\u00e9gative.<\/p>\n<h3>L\u2019adaptation des \u00e9tudiants \u00e0 l\u2019universit\u00e9<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une simple question a guid\u00e9 une recherche de Forner et Autret (2000). \u00c0 l\u2019universit\u00e9 il est utile de construire des projets pour choisir une fili\u00e8re et voir son comportement actuel dynamis\u00e9 par l\u2019anticipation d\u2019une adaptation professionnelle ult\u00e9rieure. Mais il est aussi utile de pouvoir s\u2019adapter aux possibilit\u00e9s qui peuvent s\u2019offrir de mani\u00e8re un peu inattendue et de ne pas se figer sur un projet unique. L\u2019attitude la plus adaptative ne correspond-elle pas \u00e0 un niveau moyen d\u2019ind\u00e9cision\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Dipl\u00f4me d\u2019\u00e9tudes universitaires g\u00e9n\u00e9rales (D.E.U.G.) de sciences humaines mention Sociologie est pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 des Sciences et Technologies de Lille 1. Une inscription dans cette formation ne correspond pas toujours \u00e0 la d\u00e9termination d\u2019un projet pr\u00e9cis. De plus les d\u00e9bouch\u00e9s de ce D.E.U.G. sont pr\u00e9sent\u00e9s par les responsables comme un large \u00e9ventail de formation, comme les sciences de l\u2019\u00e9ducation, l\u2019ethnologie, l\u2019enseignement, la gestion ou la communication. De fait, l\u2019ensemble du cursus de sociologie (du D.E.U.G. au Doctorat) n\u2019est parcouru que par une faible minorit\u00e9 d\u2019\u00e9tudiants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Deux cent trente-neuf \u00e9tudiants de premi\u00e8re ann\u00e9e de sociologie \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Lille 1 ont rempli l\u2019<i>EDV<\/i> peu apr\u00e8s leur entr\u00e9e \u00e0 l\u2019universit\u00e9. Les donn\u00e9es relev\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 associ\u00e9es aux r\u00e9sultats obtenus par les \u00e9tudiants aux \u00e9preuves de fin du premier semestre (<i>session de f\u00e9vrier<\/i>), ces \u00e9preuves portaient sur les sciences \u00e9conomiques, la psychologie sociale, la sociologie et les statistiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il appara\u00eet que les r\u00e9sultats globaux, mais aussi dans chacune des mati\u00e8res, sont significativement meilleurs pour une ind\u00e9cision moyenne en mati\u00e8re de formation (<i>Je pense \u00e0 une voie de formation, mais je ne suis pas d\u00e9finitivement fix\u00e9(e)<\/i>) par rapport \u00e0 une ind\u00e9cision quasi inexistante (<i>Je suis d\u00e9finitivement fix\u00e9(e); je pense \u00e0 une voie de formation et une seule<\/i>) ou \u00e0 une forte ind\u00e9cision (<i>J\u2019envisage plusieurs voies de formation<\/i> et <i>Je n\u2019ai aucune id\u00e9e pr\u00e9cise sur ma future formation<\/i>). Ces observations sont ind\u00e9pendantes du sexe des sujets, de leur \u00e2ge et de leur origine sociale. En revanche, les r\u00e9sultats aux \u00e9preuves de fin du premier semestre sont globalement sans relation avec l\u2019ind\u00e9cision professionnelle, ni avec les facteurs de l\u2019ind\u00e9cision.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans leur conclusion les auteurs attirent l\u2019attention sur le fait que \u00a0\u00bb\u00a0la meilleure d\u00e9marche pour la construction d\u2019un projet dynamisant n\u2019est peut-\u00eatre pas toujours une centration monomaniaque de l\u2019attention sur un but unique et totalement identifi\u00e9. A l\u2019inverse, une attitude d\u2019acceptation de l\u2019incertitude incitant au choix d\u2019une strat\u00e9gie complexe, \u00e9labor\u00e9e, substituant un sc\u00e9nario \u00e0 un autre selon les situations potentielles serait plus efficace (ou choisie par les personnes par ailleurs les plus efficaces)\u00a0\u00ab\u00a0.<\/p>\n<h3><a name=\"5\"><\/a>CONCLUSION<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">M\u00eame si la t\u00e2che du conseiller ne consiste pas seulement \u00e0 aider les personnes \u00e0 se construire un projet unique et intangible une fois qu\u2019il aura \u00e9t\u00e9 (bien) constitu\u00e9, la constitution d\u2019un tel projet reste \u2013implicitement ou explicitement\u2013 souhait\u00e9e tant par la personne que par sa famille, ses enseignants et l\u2019institution scolaire. Or il appara\u00eet, tr\u00e8s pratiquement, qu\u2019une certaine ind\u00e9cision peut \u00eatre li\u00e9e \u00e0 l\u2019adaptation. Le conseiller doit-il inciter \u00e0 choisir ou \u00e0 ne pas choisir\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le propos n\u2019est pas strictement nouveau et doit rester mesur\u00e9\u00a0: de fait, personne ne fait l\u2019\u00e9loge d\u2019une totale ind\u00e9cision. Pour s\u2019adapter, il est souvent n\u00e9cessaire de suspendre la prise d\u2019une d\u00e9cision qui pourrait s\u2019av\u00e9rer pr\u00e9matur\u00e9e. Au plan affectif il est parfois difficile de supporter une telle absence de d\u00e9cision; au plan cognitif il est toujours n\u00e9cessaire de bien la g\u00e9rer. Il faut donc souvent aider les personnes \u00e0 ne pas d\u00e9cider en les incitant \u00e0 d\u00e9velopper leurs repr\u00e9sentations de soi, des formations, des m\u00e9tiers et du monde du travail. Mais pour s\u2019adapter, il est parfois aussi n\u00e9cessaire de d\u00e9cider. Or, dans certaines situations, il est d\u00e9cisions qui ne peuvent pas \u00eatre prises par certains (Janis et Mann, 1977; Mullet, 1988) qu\u2019il convient alors d\u2019aider \u00e0 d\u00e9cider. En ce cas, pour mieux aider une personne ind\u00e9cise, il peut \u00eatre important de conna\u00eetre les poids respectifs des principaux d\u00e9terminants de son \u00e9tat, et de les lui faire d\u00e9couvrir. Pratiquement, il convient, par exemple, de ne pas rassurer qui manque d\u2019information.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quels facteurs d\u2019ind\u00e9cision faut-il consid\u00e9rer\u00a0? Pour \u00eatre int\u00e9ressants, ces facteurs doivent rester d\u2019un niveau de g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 moyen. Il peut exister des facteurs d\u2019ind\u00e9cision tellement g\u00e9n\u00e9raux qu\u2019ils sont vrais chez chacun\u00a0: ainsi, serions-nous tous beaucoup plus enclins \u00e0 d\u00e9cider si nous pouvions pr\u00e9voir avec certitude l\u2019\u00e9tat du monde dans quelques ann\u00e9es (!). La prise en compte d\u2019un tel facteur d\u2019incertitude quant \u00e0 l\u2019avenir ne peut raisonnablement d\u00e9boucher que sur des consid\u00e9rations philosophiques tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9rales. \u00c0 l\u2019inverse, il peut exister des facteurs d\u2019ind\u00e9cision qui ne sont vrais que chez une personne : on pourrait \u00e9voquer <i>l\u2019argument de la belle-m\u00e8re<\/i> (si je suis ind\u00e9cis, c\u2019est \u00e0 cause d\u2019elle\u00a0!). De tels facteurs ne peuvent \u00eatre appr\u00e9ci\u00e9s que dans une approche clinique et leur prise en compte pour expliquer l\u2019ind\u00e9cision d\u2019une personne donn\u00e9e n\u2019apprend rien sur l\u2019ind\u00e9cision d\u2019une autre personne. Ce sont donc finalement des facteurs d\u2019un niveau moyen de g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 qui semblent les plus pertinents. Ils permettent de constituer une typologie de quelques grandes formes d\u2019ind\u00e9cision et de proposer quelques grandes formes d\u2019intervention diff\u00e9renci\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est en ce sens que nous avons propos\u00e9 un outil d\u2019aide \u00e0 l\u2019\u00e9valuation de l\u2019ind\u00e9cision. Il peut \u00eatre utile dans deux grands types de situations.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans des situations d\u2019aide individualis\u00e9e, on l\u2019a dit, il peut permettre au psychologue de ne pas se tromper de cible et, par exemple, de ne pas chercher \u00e0 informer une personne excessivement anxieuse ou de ne pas vouloir rassurer quelqu\u2019un qui cherche une m\u00e9thode de d\u00e9cision. Connaissant mieux l\u2019ind\u00e9cision de la personne, le psychologue peut adapter la suite des d\u00e9marches qu\u2019il va proposer. L\u2019outil peut \u00e9galement permettre \u00e0 la personne d\u2019enrichir sa repr\u00e9sentation de son propre \u00e9tat. Les praticiens savent que cette repr\u00e9sentation est initialement pauvre et qu\u2019un silence suit souvent la d\u00e9claration \u00a0\u00bb\u00a0Je ne sais pas ce que je veux faire plus tard\u00a0\u00ab\u00a0. L\u2019usage de l\u2019\u00e9preuve peut donc fournir un mat\u00e9riau utile \u00e0 un entretien individuel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un tel outil peut \u00eatre utilis\u00e9 avec des groupes. Il peut s\u2019agir de pr\u00e9ciser les formes dominantes d\u2019ind\u00e9cision de groupes (on pense surtout aux jeunes en formation), pour intervenir plus efficacement aupr\u00e8s d\u2019eux; il peut s\u2019agir aussi d\u2019\u00e9tablir des constats sur les effets de certaines d\u00e9marches d\u2019aide, pour en pr\u00e9ciser les conditions d\u2019application \u00e0 certaines populations ou pour en am\u00e9liorer la forme ou le contenu.<\/p>\n<h3>Auteur<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Yann Forner est professeur de psychologie diff\u00e9rentielle \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Charles de Gaulle \u00e0 Lille o\u00f9 il dirige le Centre de formation des conseillers d\u2019orientation psychologues. Ses travaux portent sur l\u2019apport de l\u2019informatique \u00e0 la connaissance des processus de choix, sur la maturit\u00e9 vocationnelle et l\u2019ind\u00e9cision, sur les styles et les strat\u00e9gies de prise de d\u00e9cision et sur la motivation \u00e0 la r\u00e9ussite en situation de formation.<\/p>\n<h3>Abstract<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><span class=\"resume\"> First, the evolution of the theories of indecision is summarized: these approaches were initially global or dichotomic, later developmental and cognitive; they are currently multifactorial. Second, a new tool, l&rsquo;\u00c9preuve de d\u00e9cision vocationnelle, intended to evaluate the factors of indecision, is presented. Third, some researches are reviewed: those which specify the effects of various variables on indecision; others which evaluate the effects of some methods supposed to reduce indecision; the last one discusses an adaptive effect of indecision.<\/span><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>R\u00e9f\u00e9rences<\/h3>\n<blockquote>\n<p>BAIRD, L. L (1969). The undecided student: How different is he? Personnel and Guidance Journal, 47, p. 429-434.<\/p>\n<p>BENEDETTO, P. (1987). Int\u00e9r\u00eats, maturit\u00e9 vocationnelle et choix d\u2019\u00e9tudes. L\u2019Orientation Scolaire et Professionnelle, vol. 16, no. 3, p. 193-206.<\/p>\n<p>BLUSTEIN, D. L.; ELLIS, M. V. et DEVENIS, L. E. (1989). The development and validation of a two dimensional model of the commitment to career choices process. Journal of Vocational Behavior, 35, p. 342-378.<\/p>\n<p>CAMPBELL, R. E. et CELLINI, J. V. (1981). A diagnostic taxonomy of adult career problems. 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